Parlons grec moderne
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Description

Parlons grec moderne est une initiation à la langue et à la culture grecques modernes. Elle permet de prendre connaissance d'une civilisation aujourd'hui représentée par deux Etats modernes - la Grèce et Chypre. Au terme de l'apprentissage des formes grammaticales et des expressions adaptées aux diverses circonstances de la vie, le lecteur pourra acquérir des notions de base et commencer à communiquer en grec avec les hellénophones.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2008
Nombre de lectures 385
EAN13 9782296204553
Langue Français
Poids de l'ouvrage 16 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Parlons grec moderne
© L’Harmattan, 2008
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-06211-5
EAN : 9782296062115

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Cyril Aslanov


Parlons grec moderne


L’Harmattan
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Αυτό το βιβλίο είvaι αφιερωμένο στους αδελφούς μου
Ιερουσαλήμ, 14 Ιούνη 2008
I. L’ESPACE LINGUISTIQUE HELLÉNOPHONE
Le grec moderne est la langue officielle de deux États situés aux confins sud-est de l’Union Européenne : la République Hellénique dont la population compte 10 706 290 habitants (juillet 2007) et Chypre, île peuplée de 788 457 âmes (juillet 2007) dont 77 % sont des Grecs hellénophones. Mais la maigreur de ces statistiques ne doit pas faire illusion. De fait, la diaspora grecque compte près de 7 millions d’habitants répandus dans les cinq continents, dont 3 à 4 millions aux États-Unis et plus de 600 000 en Australie. À elle seule, Melbourne compte plus de 300 000 Grecs, ce qui en fait la troisième ville grecque du monde après Athènes et Thessalonique. Certes, les processus d’assimilation qui se manifestent dans ces colonies grecques portent atteinte à l’helléphonie. Pourtant l’identité ethnico-religieuse grecque-orthodoxe (ελληνορθóδοξος [elinorthódhoksos] en un seul mot) se préserve tant bien que mal à travers les réseaux éducatifs à plein temps ou à temps partiel (Sunday schools des pays anglo-saxons, cours de grec décernés dans les consulats grecs et dans les paroisses grecques-orthodoxes). Il s’agit donc d’une identité qui dépasse largement le cadre de l’État-nation.
Du point de vue strictement politique, la Grèce et Chypre sont des pays relativement jeunes. La Grèce n’a proclamé son indépendance qu’en 1822 et c’est seulement en 1829 que sa souveraineté a été garantie et reconnue internationalement. De son côté, Chypre est restée une possession britannique jusqu’en 1960. Pourtant la langue et la culture helléniques peuvent se targuer d’une continuité historique exceptionnelle. De fait, les plus anciennes attestations du grec mycénien qui nous soient parvenues datent du milieu du XIII e siècle avant notre ère. La langue dont le grec moderne est l’aboutissement est donc l’une des plus durablement attestées au monde. À titre de comparaison, les premières traces épigraphiques de l’hébreu remontent au VIII e siècle avant notre ère. Quant au copte qui constitue un avatar ultime de l’ancien égyptien, il n’a jamais été promu au statut de langue officielle d’un État-nation moderne.
Le territoire grec présente une diversité géographique impressionnante. Le pays est marqué par un fort contraste entre une partie continentale au rivage échancré (Grèce du Nord et Grèce centrale avec le promontoire constitué par l’Attique), une grande presqu’île montagneuse au sud (Péloponnèse), les chapelets d’îles de la mer Égée dont les eaux sont presque entièrement contrôlées par la Grèce et enfin la grande île de Crète, limite méridionale de l’espace égéen. Quant à Chypre, elle se situe à 560 kilomètres à l’est de la Crète et à 400 kilomètres au sud-est de Rhodes. En dépit de son appartenance politique à l’Union Européenne, Chypre est généralement considérée comme une île asiatique. De fait, elle ne se trouve qu’à 75 km du rivage de l’Asie Mineure et à 100 km des côtes syriennes.
Paradoxalement, l’homogénéité linguistique de l’espace hellénophone n’est guère affectée par la variété des terroirs et des îles. Le morcellement dialectal qui caractérisait la Grèce archaïque et classique a été résorbé dès la fin du IV e siècle avant notre ère par l’extension d’une langue commune (κοινή) aux dépens des parlers locaux. Même si le grec a connu quelques diversifications secondaires au cours du Moyen Age (entre dialectes du Nord et du Sud notamment), l’intercompréhension entre les hellénophones n’a jamais été sérieusement compromise. Quant aux alloglottes, ils constituent une proportion infime de la population grecque (2% à peine). Mais à Chypre dont la population compte 18 % de Turcs, l’homogénéité linguistique est sérieusement menacée par la partition de l’île en deux entités antagonistes : la République chypriote qui reconnaît au turc le statut de langue officielle aux côtés du grec et la République turque de Chypre du Nord dont l’unique langue officielle est le turc.
Pays membres de l’Union européenne, la Grèce et Chypre se démarquent de leurs partenaires par l’emploi de l’alphabet ancestral ainsi que par la superposition presque totale de l’identité hellénique et de l’appartenance à l’Église grecque-orthodoxe. Cette situation particulière a d’ailleurs posé quelques problèmes en termes de droit européen car jusqu’au 14 novembre 2000, les cartes d’identité grecques portaient la mention de la religion. Les eurocrates de Bruxelles ont exercé d’intenses pressions en vue d’obtenir l’abrogation de cette pratique. En effet ils ne comprenaient pas que dans une perspective hellénique, la question de la religion ne se posait pas seulement en termes confessionnels ou doctrinaux, mais avant tout en termes ethniques et nationaux. Comme beaucoup de nations de l’Europe orientale et du Proche-Orient, les Hellènes ne séparent pas volontiers l’identité ethnique de l’appartenance religieuse. Pendant les longs siècles que la Grèce passa sous le joug ottoman, l’Église grecque-orthodoxe fut la seule instance où pût s’exprimer un semblant de sentiment national. Étant donné cette collusion entre nation et religion, même les athées les plus convaincus s’identifient avec le symbole identitaire constitué par l’Église grecque.
Du point de vue économique, la Grèce figure parmi les États les moins nantis de l’Union Européenne avec un PNB par tête de 30 500 $ (estimation 2007). Mais son taux de croissance annuel d’environ 4 % depuis 1997 est l’indice d’un dynamisme supérieur à celui des pays plus prospères. La force de l’économie grecque réside dans le tertiaire (74,4 % du PNB en 2006). À lui seul, le tourisme concentre 15 % des ressources du pays. Autre atout de taille, la marine marchande grecque qui est de facto la plus grande du monde avec 75 156 763 tonnes brutes, soit 3246 navires, compte tenu de la pratique des pavillons de complaisance. Enfin, les envois d’argent effectués par les Grecs émigrés à l’étranger constituent un apport non négligeable à l’économie hellénique.
L’agriculture grecque qui occupe au moins 5,1 % de la main d’œuvre produit du blé, du maïs, de l’orge, de la betterave, des olives, des tomates, des fruits, du tabac. L’industrie agro-alimentaire grecque est surtout connue pour son huile d’olive, ses vins et ses conserves de poisson. À Chypre, la proportion de la population active employée dans l’agriculture est encore moindre (3,7 %), sauf dans la zone occupée par les Turcs où elle atteint 10,6 %. Les exportations agricoles chypriotes consistent surtout en agrumes et en pommes de terre.
Malgré la part importante de la main d’œuvre grecque employée dans l’agriculture, la Grèce est loin de l’autosuffisance et elle éprouve certaines difficultés à surmonter ses retards structurels. De plus, ses produits ont du mal à percer sur le marché européen où ils se heurtent à la rude concurrence de l’Espagne. Quant à la pêche, elle n’est guère développée, car les eaux de la mer Égée sont particulièrement peu poisonneuses. La Grèce est contrainte d’importer près de la moitié du poisson qu’elle consomme.
La pauvreté du pays a entraîné l’émigration récente d’environ 500 000 Grecs dans d’autres pays de la communauté européenne, en Allemagne notamment. Mais on assiste ces dernières années à une vague d’immigration provenant des pays de l’Est (Albanie, Russie, Ukraine, Pologne), d’Asie (Philippines, Sri Lanka, Bangladesh) et d’Afrique (Éthiopie, Soudan). Dans la forteresse de Schengen, la Grèce apparaît comme un maillon faible du fait même qu’elle constitue un bastion avancé de l’Union Européenne en Europe du sud-est. Rappelons en effet que trois des voisins continentaux de la Grèce sont des pays extracommunautaires (Albanie, Ex-République Yougoslave de Macédoine, Turquie). Du reste, les Grecs éprouvent une appréhension quasiment atavique vis-à-vis de leurs voisins balkaniques du Nord, à l’exception des Bulgares. Ces derniers ont signé récemment des accords de coopération régionale avec la Grèce, dans le domaine de l’écologie notamment. Mais les autres voisins septentrionaux sont considérés comme assez problématiques. Dans ce contexte assez tendu, les Albanais séjournant en Grèce sont soupçonnés des pires méfaits. On leur reproche notamment d’avoir contribué à la hausse de la criminalité dans le pays.
De son côté, Chypre joue le rôle d’une véritable plaque tournante entre le Moyen-Orient, l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est. Cette situation s’explique notamment par les accomodements fiscaux accordés aux sociétés offshore. Le régime préférentiel octroyé aux entreprises étrangères aurait dû prendre fin en 2006. Néanmoins beaucoup d’hommes d’affaires profitent encore de ces facilités, dans le domaine de la haute technologie notamment. Par ailleurs, la position-carrefour de l’île en fait un relais de prédilection pour toutes sortes de transactions illégales (traite des femmes et trafic de drogue notamment).
Du point de vue politique, la Grèce a réussi à surmonter la dure période de la dictature des colonels (1967-1974) en rétablissant un régime démocratique en juillet 1974 et en intégrant la CEE en 1981. La vie politique grecque est dominée par l’alternance entre le parti de droite (Νέα Δημοκρατία [néa dhimokratía] « Nouvelle Démocratie ») et le PASOK (Πανελλήνιο Σοσιαλιστικó Κίνημα [panelínio sosialistikó kínima] « Mouvement socialiste panhellène »). Au terme des élections du 7 mars 2004, c’est le conservateur Kostas Karamanlis (Νέα Δημοκρατία) qui assume les fonctions de Premier ministre.
À Chypre, les élections du 17 février 2008 ont été remportées par Dimitris Christofias du AKEL (parti communiste chypriote).
Plus de trente ans après l’été fatidique de 1974 qui vit l’invasion de Chypre par les Turcs, et la chute des colonels en Grèce, il semble que certains traumatismes du passé commencent peu à peu à s’estomper. Depuis 1999, la Grèce a amorcé des tentatives de rapprochement avec le voisin turc. En revanche, la solution de la question chypriote a été repoussée sine die par la victoire du non au référendum du 24 avril 2004 qui proposait la réunification de l’île à la veille de l’intégration à l’Union européenne. Moyennant quoi, Chypre reste divisée entre une partie grecque et une zone occupée par les Turcs. La frontière de l’Europe coïncide de facto sinon de jure avec la ligne de démarcation entre Chypre et la République Turque de Chypre du Nord n’a jamais été reconnue que par deux État, la Turquie et le Pakistan.
Si Grecs et Turcs arrivaient à surmonter leurs rancunes séculaires, ils pourraient reconstituer ensemble un espace économique égéen qui permettrait à la Grèce de s’ouvrir davantage à ses voisins orientaux (Turquie, Iran, Transcaucasie, Asie Centrale). Jusqu’à présent, les dynamiques de la géopolitique ont contribué à isoler la Grèce de son environnement immédiat, qu’il s’agisse du géant turc ou des pays balkaniques déchirés par les conflits ethniques du post-communisme. Moyennant quoi, la Grèce était quelque peu confinée à l’extrémité sud-est de l’Europe. Si la normalisation des rapports helléno-turcs se concrétisait, la Grèce cesserait d’être un bastion aux confins de l’Europe pour renouer avec son rôle ancestral de médiateur entre l’Orient et l’Occident.
Enfin, il convient de rappeler que même si elle s’est avérée extrêmement onéreuse pour les finances publiques, la tenue des jeux Olympiques 2004 à Athènes manifeste la volonté de la nation grecque d’inaugurer une ère nouvelle en renouant avec la tradition cosmopolite de l’hellénisme. Pendant les quelques semaines qu’ont duré les jeux, la Grèce a accaparé l’attention des médias du monde entier. Quant on songe aux retombées positives des Jeux de Barcelone sur le dynamisme de la métropole catalane, on peut augurer le meilleur pour le développement de la capitale grecque.
LA GRÈCE ET CHYPRE EN CHIFFRES
GRÈCE :
Superficie : 131 944 km2 (un peu plus du cinquième de la France)
Longueur du rivage maritime : 13 676 km (compte tenu des 9841 îles et îlots)
Fleuve principal : Acheloos (220 km)
Point culminant : Mont Olympe (2917 m)
Population : 10 722 816 hab. en juillet 2008 (à peu près le sixième de la population française)
Capitale : Athènes, 3 700 000 hab.
Divisions administratives : Le pays est divisé en 51 nomes (départements)
Villes importantes : Thessalonique (750 000 hab.), Patras (200 000 hab.), Héraklion (120 000 hab.),
Larissa (102 000 hab.), Volos (71 000 hab.), Kavala (56 000 hab.), Alexandroupolis (50 000 hab.), La Canée (48 000 hab.), Trikala (45 160 hab.), Ioannina (45 000 hab.), Chalkis (45 000 hab.), Rhodes (43 500 hab.), Lamia (42 000 hab.), Kalamata (42 000 hab.), Akharnè (42 000 hab.), Corfou (40 000 hab.), Katerini (38 500 hab.), Veroia (38 000 hab.)
Région à statut particulier : Mont Athos (Sainte Montagne), république confédérale de moines sous protectorat hellénique.
Économie
PNB (2007) 356.3 milliard $.
PNB par habitant (2007) 30 500 $
Principales productions agricole : blé, maïs, orge, betterave à sucre, olive, fruits et légumes.
Principales productions industrielles : agroalimentaire, industries chimiques, métallurgie.
L’économie grecque est une économie semi-étatique dans laquelle le secteur public représente pas moins de la moitié du PNB. Elle est également bénéficiaire de l’aide financière de Bruxelles (3,3 % du PNB).
Principaux produits d’exportation : agro-alimentaire, produits manufacturés, produits chimiques, textile…
Principaux produits d’importation : machines-outils, matériel de transport, hydrocarbures, produits chimiques… Les deux premiers partenaires du commerce extérieur, à l’import comme à l’export, sont l’Allemagne et l’Italie. À l’import, la France se trouve à la 4 e place, à l’export à la 7 e .
CHYPRE
Superficie : 9251 km2 (la troisième île de la Méditerranée). 38% du territoire sont occupés par la République Turque de Chypre du Nord, entité sécessionniste qui n’est reconnue que par la Turquie et le Pakistan.
Longueur du rivage maritime : 648 km
Fleuve principal : Pedias (100 km)
Population : 792 604 hab. (juillet 2008)
Capitale : Nicosie (Lefkosia) (206 200 hab.)
Divisions administratives : le pays est divisé en six districts.
Nicosie (Lefkosia) 2727 km 2 (la partie nord de ce district est occupée par la République Turque de Chypre du Nord)
Capitale Nicosie (Lefkosia).
Kyrenia 640 km2 (entièrement occupé par la République Turque de Chypre du Nord)
Capitale Kyrenia
Famagouste 1971 km2 (entièrement occupé par la République Turque de Chypre du Nord)
Capitale Famagouste
Larnaca 1126 km2 (partiellement occupé par la République Turque de Chypre du Nord)
Capitale Larnaca
Limassol 1391 km2
Capitale Limassol
Paphos 1396 km2
Capitale Paphos
Économie
PNB (2006) 20,51 milliards $ pour la partie sud ; 4,54 milliards de $ pour la partie nord.
PNB par habitant 27 100 $ pour la partie sud (2007) ; 7135 $ pour la partie nord (2006).
Principales productions agricoles : pommes de terre, agrumes, légumes, orge, raisin, olives.
Principales productions industrielles : cigarettes, cimenteries, raffineries de pétrole, textile.
Principaux produits d’exportation : agrumes, pommes de terre, produits pharmaceutiques, ciment, vêtements, cigarettes…
Principaux produits d’importation : biens de consommation, hydrocarbures, machines-outils, matériel de transport…
Les quatre premiers partenaires à l’import sont la Grèce, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Les quatre premiers partenaires à l’export sont le Royaume-Uni, la Grèce, la France, et l’Allemagne.
II. LA LANGUE GRECQUE
1. Importance et extension de la langue
Le grec moderne est à la fois la langue officielle de deux États-nations et la langue ethnique des communautés grecques installées à l’étranger. Certains de ces Hellènes de la diaspora n’ont d’ailleurs pas de rapport avec le territoire actuel de la Grèce puisqu’ils sont les descendants de Grecs d’Asie Mineure chassés de leur patrie en 1922-1923. Il y aurait actuellement dans le monde environ 17 millions d’hellénophones. Toutefois, il convient de réviser cette statistique à la baisse compte tenu de l’érosion auxquelles les langues ethniques sont soumises dans un environnement alloglotte.
Quoi qu’il en soit, la valeur intrinsèque d’une langue ne se mesure pas au nombre de ses locuteurs. Le grec moderne présente l’intérêt d’être une langue de culture au confluent de plusieurs traditions historiques :
- L’hellénisme qui est un pôle de référence majeur de la civilisation occidentale dans son ensemble. À cet égard, il est révélateur que les néologismes formés sur des racines grecques ne présentent pas en grec moderne l’aspect quelque peu pédant et opaque qu’ils revêtent dans la plupart des langues occidentales. Loin d’être des corps étrangers enkystés dans le système de la langue, ces termes savants apparaissent tout au plus comme des interférences de la καθαρεúουσα, le pôle puriste de l’ancienne diglossie néo-hellénique.
- La civilisation byzantine qui a marqué de son empreinte une grande partie de l’Europe orientale et du Proche-Orient et qui reste une référence incontournable de la civilisation néo-hellénique. Beaucoup de Grecs se rappellent avec nostalgie et fierté qu’à la veille des conquêtes arabes au VII e siècle, l’Empire byzantin s’étendait de la Mésopotamie à l’actuel Maroc et comprenait une grande partie du territoire de l’Italie.
- Le vécu balkanique qui constitue un arrière-plan commun à toutes les nations de l’Europe du sud-est. Il se manifeste notamment sur le plan du folklore et du mode de vie. Cette parenté n’épargne pas les structures de la langue elle-même. Bien que le grec appartienne à une autre branche des langues indo-européennes que le reste des langues balkaniques (serbo-croate, macédonien, bulgare, albanais, roumain), il présente certaines innovations en commun avec ces dernières, au point que les linguistes reconnaissent dans les langues balkaniques un Sprachbundel ou faisceau de langues en contact.
- L’espace ottoman qui fut le lieu d’une coexistence plus ou moins pacifique entre les Grecs et toutes les ethnies riveraines de la Méditerranée orientale et de la Mer Noire : Turcs, Juifs sépharades, Arméniens, Géorgiens, Circassiens, Arabes, Albanais, Roumains, Slave du Sud. Cette appartenance à l’horizon ottoman a laissé une empreinte profonde dans la culture matérielle du monde néo-hellénique ainsi que dans la langue où nombre de mots rappellent une période où le bilinguisime helléno-turc était fort répandu. Sujets ottomans, les Grecs essaimèrent dans toutes les contrées dominées par la Sublime Porte. D’importantes colonies grecques s’établirent notamment à Alexandrie. Rappelons que l’un des plus grands représentants de la poésie néo-hellénique est le Grec d’Alexandrie Constantin Cavafy (1863-1933).
- L’espace colonial créé par les thalassocraties vénitienne et génoise. Implantés dans la Méditerranée orientale depuis le XIII e siècle, les Italiens s’y maintinrent jusqu’à une date relativement tardive. Chypre ne tomba aux mains des Turcs qu’en 1570, la Crète resta vénitienne jusqu’en 1669 et les Îles Ioniennes (Corfou, Leucade, Céphalonie, Zante et Cythère) ne connurent jamais la domination ottomane. Ces îles demeurèrent vénitiennes jusqu’en 1797, date à laquelle elles furent récupérées par le Directoire qui venait d’abolir la République de Venise. Plus tard, le Royaume d’Italie reprit pied dans la région quand il conquit le Dodécanèse sur les Turcs en 1912. Cet archipel resta italien jusqu’en 1948. Même dans les régions qui n’étaient pas contrôlées par les Italiens l’empreinte linguistique et culturelle est considérable, surtout dans la Grèce des îles.
Ainsi, le grec moderne apparaît comme l’héritier de ces diverses civilisations. Du point de vue de la linguistique comparée, le grec a préservé des caractéristiques typologiques des langues indo-européennes anciennes que d’autres idiomes de la même famille ont perdues depuis longtemps. Mentionnons notamment le maintien d’une déclinaison nominale, l’existence d’un genre neutre et l’importance du critère aspectuel dans la structuration du système verbal. Du point de vue de la linguistique des langues en contact, le grec partage avec les langues balkaniques mentionnées ci-dessus certaines tendances structurelles dont la plus frappante est l’absence d’infinitif. Du point de vue lexical, enfin, le grec moderne partage un assez grand nombre de mots d’origine turque ou arabe avec d’autres langues de l’ancien espace ottoman.
2. Quelques données sur l’histoire du grec moderne
La langue grecque moderne (νεοελληνική γλώσσα neoelinikí ghlósa) est la strate vernaculaire du grec promue au statut de langue écrite. Dans toutes les situations de diglossie, c’est-à-dire de coexistence entre un état de langue pédant réservé à l’écriture et un état de langue spontané et informel, la langue parlée évolue beaucoup plus rapidement que la langue écrite. De ce point de vue, le grec démotique mérite doublement son appellation de « langue néo-hellénique » puisque non content d’être l’aboutissement moderne du grec ancien, c’est aussi la forme la plus avancée de cet idiome. Depuis qu’il est devenu également une langue écrite, le démotique (δημοτική dhimotikí ) ou langue du peuple (δήμος dhímos ) se structure en deux pôles : une variété écrite correspondant à la koiné néo-hellénique, forme de démotique ouverte aux influences de l’ancienne καθαρεúουσα katharevoúsa ; une variété parlée qui n’est pas régie par ces normes et qui est en outre sensible à certaines diversifications régionales, du point de vue de la prononciation notamment.
Avant même l’adoption exclusive du grec démotique comme langue de l’administration et de l’enseignement, les écrivains l’avaient plébiscité en le dotant de bonne heure d’une littérature somptueuse. Dès le XIX e siècle, des écrivains originaires du nord de la Grèce comme Dimitrios Katartzis (1730-1807), Ioannis Vilaras (1771-1823), Athanasios Christopoulos (1772-1847), Dionysios Solomos (1798-1857) avaient donné le branle à un mouvement de défense et illustration de la langue vulgaire. Ces intellectuels très marqués par la culture italienne voulurent suivre le modèle préconisé par Dante Alighieri dans le De vulgari eloquentia, manifeste en faveur de la création littéraire en langue vulgaire plutôt qu’en latin. Par la suite, le philologue Jean Psichari (1854-1929) défendit ardemment le démotique contre les partisans d’un purisme sclérosé.
Adoptée par les hommes de lettre, ce « vulgaire illustre néo-hellénique » mit plus de temps à s’imposer chez les grammairiens et les planificateurs de la langue. Le meilleur spécialiste des dialectes grecs modernes, Georges Hatzidakis (1848-1941) était par ailleurs un adepte de la norme puriste. Il fallut attendre les années 1930 pour que l’éminent grammairien Manolis Triantaphyllidis apporte une caution scientifique à la langue démotique en publiant une grammaire et un dictionnaire du démotique. Ses efforts contribuèrent à standardiser cette langue et à en faire une alternative à la langue puriste.
La question de la langue qui agita l’espace hellénophone jusqu’en 1974 au moins est fortement connotée idéologiquement. Outre qu’ils se posaient en nostalgiques de la grandeur passée de la Grèce classique ou byzantine, les puristes représentaient des tendances réactionnaires au sein de la société grecque. Il n’est pas étonnant que le régime des colonels (1967-1974) ait tenté d’imposer l’usage exclusif de la καθαρεúουσα en tant que langue écrite. Mais cet ultime soubressaut en faveur de la langue puriste fut sans lendemain. Le rétablissement de la démocratie en 1974 discrédita définitivement ces tentatives visant à figer le devenir de la langue grecque dans un état de langue révolu.
Il est significatif qu’à l’instar des artisans de la renaissance culturelle néo-hellénique du XIX e siècle, tous les grands auteurs de la littérature du XX e siècle ont recouru au démotique. Qu’il s’agisse du fameux romancier Nikos Kazantzakis (1885-1957) ou des poètes Constantin Cavafy (1863-1933), Georges Séféris (1900-1971, prix Nobel en 1963), Yannis Ritsos (1909-1990), Odysseas Elitis (1911-1996, prix Nobel en 1979), tous ont prouvé par leurs œuvres que le medium littéraire de la Grèce moderne devait nécessairement puiser aux sources vives de la langue démotique.
3. Grec ancien et grec moderne
La connaissance du grec ancien ne préjuge pas de la maîtrise du grec moderne. Elle aide néanmoins à l’acquisition du lexique néo-hellénique, de la même façon que quelques réminiscences de latin peuvent seconder efficacement quiconque entreprend l’étude d’une langue romane. Outre que le grec moderne représente un stade avancé et vernaculaire du grec de toujours, l’accession de la langue vulgaire (δημοτική dhimotikí ) au statut de langue littéraire, technique et administrative a contraint les planificateurs de la langue à puiser abondamment dans le stock lexical de la langue puriste (καθαρεúουσα katharévousa ) , laquelle est une version à peine modernisée de la langue savante byzantine. En fait, les deux strates de la diglossie néo-hellénique n’ont jamais été séparées hermétiquement. Le démotique a souvent déteint sur le grec puriste et celui-ci a souvent influencé celui-là.
Le système du démotique apparaît comme plus simple et plus économique que ne l’était le système du grec ancien. Du point de vue phonologique, on constate une réduction considérable du nombre des voyelles en raison de l’iotacisme, c’est-à-dire de la réduction de certaines voyelles (η, υ) et diphtongues (ει, οι, υι) à ι = [i]. De leur côté, les consonnes sonores β = [b], δ = [d], γ = [g] du grec ancien se sont réduites à des fricatives sonores [v], [dh] et [gh] (sauf après un [-n] final). Parallèlement, les anciennes aspirées φ = [ph], θ = [th], χ = [kh] sont devenues les fricatives sourdes [f], [th] et [h]. Enfin, la prosodie du grec ancien qui se caractérisait par un accent musical et par une opposition phonologique entre voyelles brèves et longues a cédé la place à un système plus simple fondé sur l’emploi d’un accent tonique. Au lieu que la place de l’accent soit régie par la longueur des trois dernières syllabes du mot, comme c’était le cas en grec ancien, c’est au contraire la présence de l’accent qui provoque l’allongement secondaire de la voyelle. Mais cet allongement n’a pas de statut phonologique. C’est tout juste un corollaire de l’accentuation.
Du point de vue de la morphologie nominale, on notera la disparition du datif, c’est-à-dire de la forme spéciale revêtue par le complément d’attribution, ainsi que l’extrême simplification des paradigmes de la 3 e déclinaison. Seules les formes neutres de la 3 e déclinaison ont été maintenues au singulier et au pluriel. Quant au système verbal, il a perdu le parfait et s’est doté d’un parfait périphrastique composé de l’auxiliaire έχω [ého] « j’ai » et d’une forme nominale du verbe terminée par -ει, aboutissement de l’ancien infinitif en -ειν. L’aoriste a été restructuré moyennant la suppression des formes thématiques et la réinterprétation des formes sigmatiques en un paradigme à désinence -α qui ne fait pas forcément pas apparaître le morphème {-σ-}. Les formes synthétiques du futur, du subjonctif et de l’optatif ont été remplacées par une tournure analytique consistant à faire précéder des formes verbales aux thèmes du présent ou de l’aoriste de particule : θα [tha] < θέλw ïνα « je veux que » pour le futur, να [na] < ΐνα « afin que » pour le subjonctif, ας [as] pour l’optatif. Enfin, le participe actif qui était déclinable en grec ancien a généralisé une forme figée dont la terminaison {-οντας} reprend en la généralisant la forme du participe présent actif accusatif pluriel.
4. Quelques données dialectologiques
Avant d’arriver en Grèce vers 1900 avant JC, les premiers Hellènes vivaient probablement au Nord des Balkans. À cet époque reculée, le protogrec se trouvait en contact avec d’autres langues indo-européennes parlées dans la même région : langues du groupe thraco-illyrien dont l’albanais est peut-être la continuation ; phrygien, peut-être apparenté à l’arménien. C’est ce qui explique pourquoi de toutes les langues indo-européennes, le grec ancien présente certains points communs avec l’albanais et l’arménien, dans le domaine phonétique et lexical notamment.
La première vague des envahisseurs hellènes est à l’origine de la civilisation mycénienne qui se développa en Crète, dans le Péloponnèse, à Thèbes et à Athènes. Cette brillante civilisation fut détruite par l’arrivée de la seconde vague de peuplement hellénique constituée par les Doriens (vers 1000 avant JC). Le décalage entre les premiers arrivés et les nouveaux arrivants explique en partie pourquoi le grec ancien était divisé en dialectes souvent très différents les uns des autres. C’est ainsi qu’on distingue :
- les dialectes arcado-cypriotes, isolats linguistiques qui constituaient probablement l’aboutissement ultime de la langue des Mycéniens. Ils étaient parlés en Arcadie, à Chypre et en Pamphylie.
- les dialectes ioniens parlés en Ionie (Asie Mineure), dans certaines îles de l’Archipel, en Eubée et en Attique ainsi que dans les colonies d’Occident (Marseille notamment). Le fameux dialecte attique utilisé à Athènes et dans ses environs n’est en fait qu’une spécification du ionien.
- les dialectes éoliens comprenant le lesbien, le thessalien et le béotien. Ils constituent une catégorie difficile à classer entre les dialectes de la première vague (arcado-cypriote et ionien) et ceux de la seconde (dorien et dialectes du Nord-Ouest).
- les dialectes doriens et les dialectes du Nord-Ouest apportés en Hellade par la deuxième vague de peuplement hellénique. Ils étaient parlés au nord-ouest de la Grèce continentale, dans le Péloponnèse (sauf en Arcadie), en Crète, à Rhodes et dans les colonies d’Italie du Sud.
À la fin du IV e siècle, l’usage de l’attique se répandit non seulement dans l’ensemble du monde grec mais aussi dans l’immense empire conquis par les armées d’Alexandre le Grand. Cet attique commun mâtiné d’ionien est connu sous le nom de koinè (dialektos), c’est-à-dire (langue) commune. Cette langue d’un maniement un peu plus commode que l’attique puriste supplanta la plupart des dialectes locaux. Elle fut pendant des siècles la langue par excellence de toute la partie orientale de l’Empire Romain. C’est sur cette base que se développa la langue démotique dont dérive en définitive le grec moderne. L’un des monuments littéraires les plus importants de la koinè est la traduction des Septante, première traduction connue de la Bible. L’influence de cette version grecque de l’Écriture sur le développement ultérieur de la langue démotique est considérable.
Une fois cristallisée en une langue nouvelle, le grec démotique se subdivisa à son tour en dialectes septentrionaux et méridionaux. La langue grecque moderne est issue d’une synthèse entre la langue de l’Attique et les dialectes des Iles Ioniennes, foyer de la renaissance littéraire initiée par Dionysios Solomos, dont il a été question ci-dessus. Aujourd’hui, les parlers locaux ont considérablement reculé, mais le grec commun est éventuellement marqué par le substrat dialectal de chaque région. Ainsi, les gens du Nord ont tendance à syncoper les voyelles fermées [i] et [u] en position atone et à fermer les voyelles moyennes [e] et [o] en [i] et [u]. Un mot comme ανθρώπους [anthrôpous] « hommes » (accusatif pluriel) devient ainsi [anthroûps].
En Asie Mineure, les dialectes échappaient quelque peu à la bipolarisation nord-sud, à l’exception du grec parlé à Constantinople qui présentait certains points communs avec les dialectes septentrionaux. Dans la région du Pont, au bord de la Mer Noire, le parler grec local était fortement influencé par le contact avec le turc. Aujourd’hui il subsiste encore dans la région de Trabzun en Turquie quelques milliers de Grecs islamisés qui continuent à pratiquer ce dialecte connu sous le nom de rumca « langue de Rum », c’est-à-dire « langue de Byzance ». Dans le Péloponnèse (Arcadie) on trouve encore quelques vestiges d’un dialecte fossile, le tsakonien, qui passe généralement pour la continuation du dialecte dorien. Enfin, quelques villages calabrais (Bova notamment) ont conservé un parler grec atypique dont l’histoire est assez controversée. Certains y voient l’aboutissement des parlers doriens de la Grande Grèce, mais il est plus vraisemblable de le considérer comme un vestige de la langue commune parlée dans l’Italie byzantine au moins jusqu’à la conquête normande en 1071. Enfin, la variété locale parlée à Chypre présente un phonétisme assez particulier, caractérisé par l’assourdissement du [b] en [p] ou la sonorisation de [p] en [b], de [t] en [d], de [k] en [g], l’apparition d’un phonème chuintant [sh] issu des combinaisons [si] (σι) et [xi] (χι) et la palatalisation de [k] en [tsh] devant la voyelle [i].
Les convulsions de l’histoire ont parfois brouillé les frontières dialectales. Ainsi, l’afflux d’environ cent mille réfugiés grecs d’Asie Mineure à Thessalonique dans les années 20 a profondément transformé le dialecte local. Les dialectes d’Asie Mineure ont du reste connu une dimension internationale à la faveur de l’émigration des Hellènes exottomans aux quatre coins du monde.
5. Les langues minoritaires
La proportion des alloglottes n’atteint même pas les 2 % de la population totale de la Grèce. Il s’agit le plus souvent de frontaliers constituant le prolongement des populations des contrées voisines.
- à la frontière albanaise se trouvent quelques locuteurs de l’ albanais (variété tosque). Ce contingent d’albanophones a été renforcé par les Grecs d’Albanie rapatriés en Grèce au cours de ces dernières années ainsi que par les Albanais séjournant de façon plus ou moins légale sur le territoire hellénique.
- quelques locuteurs du macédonien et du bulgare subsistent dans les régions qui jouxtent la République exyougoslave de Macédoine et la Bulgarie.
- à la frontière turque, en Thrace, on rencontre une minorité turcophone d’environ 100 000 âmes, c’est-à-dire moins de 1 % de la population grecque. À Chypre, la proportion des turcophones atteint pas moins de 18 %, mais cette statistique est en partie imputable à l’afflux d’environ 60 000 immigrants turcs d’Anatolie dans les années qui suivirent l’opération Attila en 1974. Jusqu’à ces dernières décennies, on rencontrait encore, en Grèce ou dans la diaspora hellénique, des Grecs d’Asie Mineure qui avaient conservé une pratique active du turc.
- dans les régions montagneuses du nord de la Grèce survivent des populations de pasteurs semi-nomades qui ont préservé une variété de roumain subdivisée en deux dialectes : l’ aroumain des Vlahi ou Koutzovlahi dont le domaine s’étend de façon discontinue de l’Albanie à la Thessalie et le mégléno-roumain parlé au nord de Thessalonique. Ces formes atypiques de roumain se distinguent des parlers de Roumanie par une certaines perméabilité à l’influence du grec (en ce qui concerne l’aroumain) et du macédonien (en ce qui concerne le mégléno-roumain).
- chez les quelques 5000 Juifs grecs on trouve encore quelques vestiges du judéo-espagnol, variété archaïque d’espagnol apportée en Méditerranée orientale au début des Temps modernes par les Sépharades expulsés d’Espagne. Avant la guerre, la plupart des locuteurs de cette langue se trouvaient à Thessalonique, à Rhodes (sous domination italienne) et à Athènes. La saignée que les persécutions nazies ont infligée à la population juive salonicienne (95 % de cette communauté a été exterminé dans les camps) a sérieusement compromis la survie du judéo-espagnol en Grèce. Par ailleurs, certains Juifs de Grèce n’étaient pas des locuteurs du judéo-espagnols : à Corfou, l’île dont était originaire le fameux écrivain Albert Cohen, les Juifs parlaient une variété d’italien du sud. En effet ils avaient quitté les possessions aragonaises des Pouilles où les décrets d’expulsion de 1492 s’appliquaient au même titre qu’en Espagne. À Ioannina, à Larissa et dans l’Eubée subsistent quelques groupes de Juifs romaniotes, descendants des Juifs byzantins qui vivaient dans la région avant même l’arrivée des Sépharades dans l’Empire ottoman dans le courant du XVI e siècle. Certains considèrent la langue de ces Juifs romaniotes comme une variété spécifiquement juive du grec (judéo-grec).
- En Grèce et plus encore à Chypre fleurissent des communautés arméniennes préservant jalousement la langue ancestrale. À Chypre où vivent 3600 Arméniens, la présence arménienne est attestée depuis le Moyen Age, à l’époque où l’île était un royaume franc entretenant des relations étroites avec le royaume arménien de Cilicie.
- Enfin, l’arabe levantin (variété libanaise) est représenté par la communauté maronite chypriote forte de 2700 âmes ainsi que par quelques isolats arabophones du Dodécannèse. Par ailleurs, un certain nombre de Palestiniens ont trouvé refuge en Grèce et à Chypre où ils parlent encore la variété palestinienne de l’arabe levantin.
III. L’ÉCRITURE
L’alphabet grec n’est pas un obstacle majeur à l’apprentissage du grec moderne. En effet, l’alphabet latin n’est autre qu’un dérivé d’un alphabet grec archaïque (corinthien). Non seulement la séquence des lettres de notre alphabet rappelle à bien des égards celle des lettres grecques, mais en outre le tracé même de ces graphèmes est assez aisé à reconnaître.



Les quelques lettres grecques qui n’ont pas été adoptées par l’alphabet latin sont souvent connues de tout Occidental cultivé en vertu de leur réutilisation dans l’horizon sémiotique de notre civilisation. Du fait même de son origine hellénique, la mathématique recourt fréquemment aux lettres grecques pour symboliser certaines fonctions. L’Alphabet phonétique international est aussi un grand consommateur de lettres grecques. De la même façon, le christianisme, religion née dans un contexte juif hellénisé, a familiarisé les Chrétiens avec certaines lettres comme le iota (Matthieu 5:18) ou l’alpha et l’oméga (Apocalypse 21:6 ; 22:13). Même le marketing utilise parfois des graphèmes grecs pour nommer les produits. Il n’est que de songer aux appellations de certains modèles de la firme Lancia.
Ainsi le lecteur français confronté à l’alphabet grec ressent une sensation de déjà vu. Néanmoins nous lui faciliterons la tâche en adjoignant systématiquement aux occurrences du grec une transcription en lettres latines. Une fois que l’apprenant se sera familiarisé avec le système de l’alphabet hellénique, nous lui conseillons de ne plus s’embarrasser de ces équivalences phonétiques qui ne sont que des béquilles provisoires.
1. Alphabet
L’alphabet grec, emprunté aux Phéniciens vers le VIII e siècle avant notre ère, s’écrit de gauche à droite. Depuis l’époque byzantine, il s’est développé une graphie en minuscules.
Au total, ce système d’écriture fort économique compte 24 lettres réalisables de quatre façons différentes : majuscules d’imprimerie, minuscules d’imprimerie, majuscules cursives, minuscules cursives.
L’un des seuls signes diacritiques qui ait été conservé par le grec moderne sert à marquer l’accent d’intensité. Les esprits (’ et ‘), l’accent grave (‘) et le périspomène (~) ont été abandonnés car ils ne correspondaient plus à rien du point de vue phonétique.
La syllabe marquée de l’accent doit se prononcer plus intensément que les autres. Ainsi πόρτα se prononce avec l’accent sur la première des deux syllabes comme italien porta. Dans θάλασσα [thálassa] « mer », l’accent est sur la première des trois syllabes. Dans βιβλίο [vivlío] « livre », il est sur la deuxième des trois. Enfin dans μαθητής [mathitís] « élève », il tombe sur la troisième des trois syllabes. Si un mot accentué sur la troisième syllabe à partir de la fin est suivi d’un pronom possessif, il prend un accent supplémentaire sur la dernière syllabe. Ex : η οικογένειά μου [i ikoyéniá mou] « ma famille ». Dans l’orthographe moderne, on ne note pas l’accent dans les mots d’une seule syllabe, sauf dans les cas où il importe de distinguer deux homophones et homographes. Ainsi l’accent placé sur ή [i] « ou » permet de ne pas confondre cette conjonction de coordination avec η [i], la forme de l’article au nominatif féminin singulier. De la même façon, πού [pou] et πώς [pos] accentués, pronoms interrogatifs signifiant respectivement « où ? » et « comment ? », s’opposent à που [pou] πως [pos] atones qui fonctionnent l’un comme un pronom relatif et l’autre comme une conjonction de subordination.
Certains mots dits clitiques ne portent pas l’accent et constituent une seule unité phonétique avec le mot qui les précède ou qui les suit. Ainsi dans η πóρτα [ipórta] « la porte », l’article η [i] s’appuie sur le nom πóρτα [pórta]. Dans η πóρτα σου = [ipórtasou] « ta porte », le possessif σου [sou], littéralement « de toi », c’est-à-dire « ton, ta, tes » s’appuie sur πóρτα [pórta] même s’il en est séparé dans la graphie.
Signalons en outre l’existence d’un tréma. Ex : dans μαϊμού [maimoú] « singe », le tréma indique une prononciation [ai] de –αϊ. Sans le tréma, cette combinaison <ai> se prononcerait [e]. Lorsque l’accent tonique tombe sur la syllabe qui précède le i, le tréma est superflu.
Ex : γαϊδάρος [gháidaros] « âne », mais γαϊδαρου [ghaidarou] « d’âne » (au génitif).
Les signes de ponctuation diffèrent quelque peu de ceux des autres langues européennes. Avec ces dernières, le grec partage le point, la virgule, le point d’exclamation, les deux points et les points de suspension. En revanche, le point d’interrogation s’exprime au moyen du point-virgule (;). Le grec possède en outre un point en haut (·) qui sert à noter l’équivalent de notre point-virgule.
2. Valeur des lettres et convention de transcription {1}
a = [a]
Ex : αγορά [aghorá] « marché ».
αι = [e] (prononciation absolument identique à celle de e)
Ex : αίμα [éma] « sang ».
αυ = [av] devant voyelle ou consonne sonore ; [af] devant consonne sourde.
Ex : αύριο [ávrio] « demain » ; παύω [pávo] « je cesse » ; αυτóς [aftós] « même ».
β = [v].
Ex : βιβλίο [vivlío] « livre ».
γ = [gh] (presque comme le [R] grasseyé du français) devant [a], [o], [u] ou devant consonne, mais [j] devant [e] et [i].
Ex : γράμμα [ghrama] « lettre », mais γέρος [yéros] « vieil homme ».
γι = [j]
Ex : γυναίκα [yinéka] « femme ».
Ex : γιαγια [yayá] « grand-mère ».
γγ = [ng] devant une voyelle
Ex : άγγελο [angelo] « ange » ; αγγλικó [anglikó] « anglais ».
γκ = [g]
Ex : γκάζι [gázi] « gaz ».
δ = [dh] (comme la première consonne de l’anglais that).
Ex : δύο [dhío] « deux »
ε = [e] (prononciation absolument identique à celle de ai).
Ex : έχε [éhe] « tiens ! »
ει = [i] (prononciation absolument identique à celle de η, ι, οι et υ).
Ex : είδα [ídha] « je vis, j’ai vu ».
ευ = [ev] devant consonne sonore ou voyelle ; [ef] devant consonne sourde.
Ex : ευρώ [evró] « euro » ; δουλεύω [dhoulévo] « je travaille » ; ευχαριστώ [efharistó] « merci ».
ζ = [z].
Ex : ζωή [zoí] « vie ».
η = [i] (prononciation absolument identique à celle de ει, ι, οι et υ).
Ex : ήλιος [ílios] « soleil »
θ = [th] (prononciation semblable au ceceo castillan)
Ex : θεóς [theôs] « dieu ».
ι= [i] (prononciation absolument identique à celle de ει, η, οι et υ).
Ex : ίδιος [ídhios] « même ».
κ = [k]. Précédé de v , κ- se prononce [g].
Ex : ο καφές [okafés] « le café » (sujet), mais τον καφέ [tongafé] (c.o.d.).
Dans les combinaisons κβ et κζ, κ se prononce [g].
Ex : εκζητώ [egzitó] « je recherche ».
Dans la combinaison κδ, κ se prononce [gh].
Ex : έκδοση [éghdhosi] « édition ».
λ = [l]
Ex : λίγο [ligho] « un peu ».
μ = [m]
Ex : μέλισσα [mélissa] « abeille ».
μπ = [b] en début de mot (c’est le seul moyen de noter le phonème [b]), À l’intérieur du mot, la combinaison < μπ > vaut [mb] / [b], parfois [mp].
Ex : μπύρα [bíra] « bière » ; έμπορος [émboros] / [éboros] « commerçant » ; τον πóνο [tombóno] / [tobóno] « la douleur » (c.o.d.) ; λάμπα [lámpa] « lampe ».
ν = [n]
Ex : ναι [ne] « oui ».
- v = [-m] devant π et μπ
Ex : τον πατέρα [tombatéra] « le père » (c.o.d.) ; τον μπάρμπα [tombárba] « l’oncle » (c.o.d).
ντ = [d] en début de mot (c’est le seul moyen de noter le phonème [d]). À l’intérieur du mot, la combinaison <ντ> représente [nd], parfois [nt].
Ex : ντροπή [dropí] « honte » ; κοντóς [kondós] « court » ; τον δήμο [tondímo] « le peuple » (c.o.d.) ; δαντέλλα [dhantéla] « dentelle ».
ξ = [ks] mais [gz] après v.
Ex : ξένος [oksénos] « l’étranger » (sujet), mais τον ξένο [tongzéno] (c.o.d.).
o = [o]
Ex : óμορφος [ómorfos] « beau ».
οι = [i] (prononciation absolument identique à celle de ει, η, ι et υ)
Ex : οικογένεια [ikoyénia] « famille ».
ου = [u]
Ex : οúζο [oúzo] « ouzo » (anisette grecque).
π = [p]. Précédé de v , le π se prononce [p].
Ex : ο πóνος [opônos] « la douleur » (sujet), mais τον πóνο [tombóno] (c.o.d.).
p = [r] (toujours roulé).
Ex : ρακί [raki] « marc de vin ».
σ = [s], mais [z] devant consonne sonore (en ce cas, sa prononciation ne diffère en rien de celle de ζ).
Ex : σπίτι [spíti] « maison », mais σμπάρο [zbáro] « coup de feu ».
τ = [t]. Précédé de -ν, τ-se prononce [d].
Ex : τρώω [tróo] « je mange », mais τον τρώω [tondróo] « je le mange ».
τσ = [ts], mais [dz] après v.
Ex : τσάκίζω [tsakízo] « je casse », mais τον τσακίζω [tondzakízo] « je le casse ».
τζ = [dz]
Ex : τζατζίκι [dzadzíki] « salade de yaourt ».
ν = [i] (prononciation absolument identique à celle de ει, η, ι et οι).
Ex : συ [si] « toi ».
φ = [f]
Ex : φίλος [fílos] « ami ».
χ = [x] légèrement mouillé comme le <ch> de l’allemand ich devant e et l, plus guttural (comme la jota espagnole) devant α, ο, ου et consonne.
Ex : χέρι [héri] « main » ; χόρτο [hórto] « herbe » ; χρώμα [hróma] « couleur ».
ψ = [ps]. Précédé d’une nasale, ψ se prononce [bz].
Ex : ο ψαράς [opsarás] « le pêcheur » (sujet), mais ton ψαρά [tombzara] « le pêcheur » (c.o.d.).
ω = o (prononciation en tout point identique à celle de o).
Ex : ωραίος [oréos] « beau ».
3. Pratique de la lecture et de l’écriture
θεός, en cursive Mot de quatre lettres. La première est le θ qui se prononce comme le ceceo castillan. Les trois autres sont aisément déchiffrables pour un Occidental. L’accent tonique frappe la dernière voyelle, c’est-à-dire le o. L’ensemble ainsi obtenu se prononce [theós] et correspond au nom « Dieu » au cas du sujet.
πόρτα, en cursive Mot de cinq lettres. Seules la première et la troisième posent des problèmes pour qui n’est pas encore habitué à l’alphabet grec. Il s’agit respectivement de π = [p] et de p = [r]. Le mot est accentué sur la première voyelle. Ce n’est autre que l’italien porta intégré au grec où il constitue la façon la plus courante de désigner une porte.
Γιώργος, en cursive Les deux premières lettres γι-représentent un seul phonème, à savoir [j]. Le deuxième γ ne se trouve pas devant e ou L, mais devant la voyelle d’arrière o. Par conséquent, sa prononciation est plus gutturale, proche de celle du [R] grasseyé français. Le p qui précède doit absolument être roulé, faute de quoi on aurait du mal à la distinguer du γ = [gh] qui suit. Le ω (troisième lettre) et le o (avant-dernière) se prononcent de la même façon, si ce n’est que l’accent tonique qui dans ce nom frappe le ω confère plus de force et de netteté à la première syllabe. Ce nom prononcé [yórghos] n’est autre que le prénom Georges, très fréquent dans l’onomastique grecque.
Xριστιανóς, en cursive La première lettre est un X majuscule, prononcée comme la jota espagnole, c’est-à-dire [h]. On s’efforcera donc de bien rouler le [r] qui suit et de ne pas le prononcer comme un [R] français qui risquerait de ne pas se distinguer du [h] précédent. La structure du mot est transparente : on reconnaît une base Χριστ- qui n’est autre que le nom Χριστóς « Oint, Christ », amputé de la désinence de masculin singulier -óς. Sur cette base se greffe le suffixe d’appartenance -ιανóς. À l’époque de la domination turque, ce mot de Χριστιανóι [hristianós] « Chrétien » s’est spécialisé pour désigner les Grecs par opposition aux Turcs.
δήμος, en cursive La première lettre est un δ prononcé [dh] comme dans l’anglais that. La deuxième est un η prononcé [i] en vertu de l’iotacisme. La troisième lettre est un μ. Quant aux deux dernières lettres, elles constituent ensemble la désinence -ος du nominatif, c’est-à-dire le cas du sujet, au singulier. L’ensemble se lit [dhímos] accentué sur la première syllabe δη-[dhi-]. Ce terme hérité du vocabulaire politique de la cité antique désigne aujourd’hui le peuple au sens moderne.
Ce même mot de δήμος entre dans la composition d’un terme bien connu qui n’est autre que δημοκρατία, « démocratie, république ». On reconnaît dans ce nom composé l’élément δημο- [dhimo-] amputé de la désinence -ς [-s] du nominatif. Le second élément fait apparaître le radical κρατ- [krat-] qui se rapporte à l’idée de pouvoir et le suffixe -ία [-ía] accentué sur le ι [i]. L’ensemble doit se lire [dhimokratía]. En grec moderne, δημοκρατία désigne non seulement le concept abstrait de démocratie, mais aussi l’institution de la République. Ελληνική Δημοκρατία [eliniki dhimokratía], écrit avec une majuscule à l’initiale de chacun des termes, est la désignation officielle de la République Hellénique. Les deux -λλ-<ll> de l’adjectif Ελληνική [eliniki] (féminin de ελλήνικóς [elinikós] « grec » se prononce comme un [l] unique. L’accent tonique porte sur la dernière voyelle du mot, comme dans tous les adjectifs suffixés en -ικóς [-ikós] (féminin -ική [-ikí]).
Κύπρος, en cursive , est facile à lire. On reconnaît le K-majuscule dont la valeur est identique à celle de <k> latin. La voyelle qui suit est un υ prononcé [i] en vertu du iotacisme. La troisième lettre est le pi, bien connu des mathématiciens. Sa valeur est celle d’un [p]. La quatrième est un p [r] qu’il faut prononcer comme un [r] roulé. L’élément Κυπρ – [kipr-] ainsi obtenu constitue la partie radicale du mot sur laquelle vient se greffer la désinence -ος [-os] de nominatif singulier qu’on retrouve dans δήμος étudié ci-dessus. L’ensemble désigne Chypre.
Ελλάδα, en cursive fait apparaître le radical ελλ-[el-] qui figure dans ελληνικóς, ελληνική « grec, grecque ». L’élément -άδα [-ádha] correspond à la partie grammaticale du mot. C’est un suffixe qui sert à désigner des entités féminines. On le retrouve par exemple dans Ιλιάδα [iliádha], « Iliade », poème épique consacré à l’histoire de la prise de Troie appelée aussi IIion.
Τουρκία, en cursive commence par un T majuscule, identique à son aboutissement latin. Les deux voyelles suivantes servent à noter un son unique qui n’est autre que la voyelle [u] de doux. Sur ce point, le grec et le français se comportent exactement de la même façon. Les deux consonnes qui suivent sont -ρκ-[-rk]. L’ensemble ainsi obtenu constitue le radical Τουρκ-[tourk-] qu’on retrouve dans Τούρκος [toúrkos] « turc ». Le suffixe -ία [-ía] est le même que dans δημοκρατία [dhimokratía] étudié ci-dessus. L’ensemble ainsi obtenu est prononcé [tourkía] et désigne la Turquie.
Δωδεκάνησα, en cursive , commence par un Δ majuscule prononcé [dh] comme dans l’anglais that. La deuxième lettre est un ω qui ne se distingue pas phonétiquement de o [o]. Les deux syllabes suivantes sont δεκα [dheka] où l’on reconnaît le numéral δέκα [dhéka] « dix ». L’ensemble ainsi obtenu est δώδεκα [dhôdheka] qui signifie « douze ». Quant à νήσά [nísa], second élément de ce composé, il correspond au mot νήσος [nísos] « île » dont la forme moderne serait νήσί [nisí]. Δωδεκάνησα [dhodhekánisa] signifie donc « douze îles ». C’est le Dodécannèse, archipel de la Mer Égée qui comprend entre autres les îles de Rhodes et de Cos. L’élément νήσος [nísos] figure aussi en tant que second élément du toponyme composé Πελοπóννήσος. Quant au premier élément Πελοπο -[pelopo-], c’est le nom du héros mythologique Pélops. Le redoublement du ν- de νήσοι dans Πελοπóννησος s’explique en vertu d’évolutions phonétiques remontant au stade du grec archaïque. Il s’agit d’une survivance étymologique qui n’a aucune incidence sur la prononciation. Le sens propre du toponyme Πελοπόννησος [pelopónisos] est donc « île de Pélops ».
Πίνδος, en cursive commence par un Π majuscule suivi d’un L [i] et d’un v [n]. Ce v permet de réaliser le δ suivant comme un [d] et non comme un [dh] interdental. À ce radical Πινδ-[pind-] vient s’ajouter la désinence -ος [-os] du nominatif singulier. L’ensemble ainsi obtenu se prononce [píndos] et désigne le Pinde, massif montagneux de la Grèce continentale.
Nαύπλιον, en cursive commence par un N-majuscule suivi des deux lettres άυ constituant ensemble l’élément [af], variation de [av] au contact de la consonne sourde π. Les deux lettres suivantes sont λι-[li-], combinaison de λ [l] et de la voyelle ι [i]. Les deux dernières lettres représentent la désinence -ον [-on] du neutre singulier. L’ensemble ainsi obtenu se prononce [náfplion] et désigne une ville du Péloponnèse qui fut la première capitale de la Grèce indépendante.
Θεσσαλονίκη, en cursive La première lettre est un θ majuscule et se prononce comme le ceceo espagnol, c’est-à-dire comme un [th] interdental. La voyelle qui suit est un ε [e] et ne présente aucune difficulté. Le double <σσ> n’a pas d’autre valeur qu’étymologique. Il doit donc se prononcer comme un [s] simple. Viennent ensuite un a [a], un λ [l] et un [o]. L’ensemble constitue le premier élément Θέσσάλο- d’un nom composé dont le second élément est -νίκη « victoire ». On y reconnaît un v [n], un ι [i], un κ [k] et un η prononcé [i]. Il s’agit du toponyme [Thessaloníki], autrement dit Thessalonique ou Salonique, capitale de la Macédoine.
χατζής, en cursive . La première lettre est un χ prononcé comme la jota espagnole au contact de la voyelle a [a]. La combinaison graphique <τζ> représente l’affriquée sonore [dz]. Les deux dernières lettres -ήι qui portent l’accent tonique représentent un suffixe de nom d’action masculin. L’ensemble se lit [hadzís] et désigne le pèlerin de Jérusalem.
ευχαριστώ, en cursive Les deux premières lettres ευ- représentent l’élement [ef], variation de [ev] au contact de χ sourd. Celui-ci doit se lire comme la jota espagnole au contact de la voyelle a [a] qui le suit. La syllabe -ρισ-[ris] qui suit ne devrait plus présenter de difficulté. La dernière syllabe est -τώ où l’on reconnaît τ [t] suivi de ω [o] portant l’accent. L’ensemble se lit [efharistó] et signifie « je remercie » et par extension « merci ».
Πάσχα, en cursive La première lettre est un Π majuscule. On reconnaît ensuite a [a] suivi de σ [s]. La combinaison graphique χά [ha] ne présente aucune difficulté. L’ensemble ainsi obtenu se prononce [pásha] et désigne la fête de Pâques.
τράπεζα, en cursive La première lettre est un τ [t] suivi d’un p ([r] roulé) et d’un a [a]. La deuxième syllabe est πε, combinaison de π [e] et de ε [e]. Le ζ qui suit doit se prononcer comme un [z] français. La dernière lettre est un a [a]. Pour que le mot soit compréhensible, il est essentiel de le prononcer avec l’accent tonique sur la première syllabe τρά-. Le mot ainsi obtenu se prononce [trápeza]. Il signifie « banque ».
Ζορμπάς, en cursive La première lettre est un Z majuscule suivi de o [o] et de p [r]. La combinaison μπ qui suit note la consonne [b]. Les deux dernières lettres -ής constituent ensemble une désinence de masculin. L’ensemble ainsi obtenu se lit [zorbás] et désigne le héros de l’œuvre Alexis Zorba, roman de Nikos Kazantzakis popularisé par le célèbre film de Michael Cacoyannis Zorba le Grec.
καπετάνιος, en cursive La première lettre est un κ [a] suivi de α [a]. La deuxième syllabe est une combinaison de π [p] et de ε [e]. La troisième une combinaison de τ [a] et de a [a] portant l’accent. On reconnaît ensuite la lettre v [n]. Enfin les trois dernières lettres -ιος [-ios] représentent un suffixe masculin. L’ensemble ainsi obtenu se prononce [kapetánios] et désigne le capitaine de navire.
τσοπάνης, en cursive Les deux premières lettres τσ [ts] notent l’affriquée [ts]. Elles sont suivies d’un o [o]. On reconnaît ensuite la syllabe πα [pa] frappée de l’accent. Le digramme -ης note la désinence [-is] du sujet au masculin singulier. L’ensemble se lit [tsopánis] et désigne le berger.
Voilà donc un échantillonnage de quelques termes plus ou moins difficiles à déchiffrer. Si vous avez été capable de franchir cette étape, vous n’avez plus besoin d’une translittération en alphabet phonétique. Nous la fournirons néanmoins pour plus de sûreté.
Recherche des mots dans le dictionnaire : il est important de se familiariser avec l’ordre des lettres de l’alphabet grec. Notez que les substantifs figurent à la forme de nominatif singulier, c’est-à-dire à la forme de cas-sujet singulier. Quant aux verbes, ils apparaissent à la 1 re personne du singulier de l’indicatif présent.
IV. LA GRAMMAIRE DU GREC MODERNE
Le système grammatical du grec moderne présente des caractéristiques qu’on retrouve dans des langues indoeuropéennes quelque peu archaïques comme le latin ou les langues slaves :
- préservation de la déclinaison nominale,
- ordre des mots très souple,
- conjugaison complexe fondée sur une alternance entre des formes exprimant l’aspect accompli et d’autres exprimant l’aspect inaccompli,
- comme le verbe marque la personne, il est possible de se passer des pronoms personnels sujets.
La déclinaison
La déclinaison des noms (substantifs et adjectifs) consiste à changer la terminaison des noms selon la fonction qu’ils occupent au sein de la phrase. Le grec connaît trois formes (ou cas) correspondant au sujet ou à l’attribut du sujet (nominatif), au complément d’objet ou au complément prépositionnel (accusatif), au complément du nom ou au complément d’attribution (génitif). Chacune de ces formes est appelée cas. Il y a donc six formes possibles pour chaque nom, compte tenu de la différence de nombre entre singulier et pluriel. Pour certaines classes de noms, il existe aussi une forme spéciale utilisée dans les apostrophes. Cette forme s’appelle vocatif et n’existe qu’au singulier.
Voici par exemple le mot νóμος [nómos] « loi ». Au nominatif, c’est-à-dire au sujet, ce mot apparaît sous la forme qu’il revêt dans le dictionnaire, à savoir νóμος [nómos]. À l’accusatif, c’est-à-dire au cas du complément d’objet et du complément prépositionnel la forme est νóμο [nómo] sans - ς [-s] final. Au génitif, c’est-à-dire au cas du complément du nom et du complément d’attribution, on obtient νóμου [nómou] avec un -u final au lieu de -ος [-os] ou de -o [-o]. Au vocatif, c’est-à-dire au cas de l’apostrophe, la forme est νóμε [nóme] « ô Loi ! ». Le pluriel fait alterner νóμοι [nomi] au nominatif, νóμους [nómous] à l’accusatif, νóμων [nómon] au génitif. Ce système permet donc de combiner une alternance de cas avec une alternance de nombre. Ainsi νóμος [nómos] s’oppose à νóμο [nómo] en tant qu’il est au nominatif et non à l’accusatif, mais il s’oppose au nominatif pluriel νóμοι [nómi] en tant qu’il est au singulier et non au pluriel.
Souplesse de l’ordre des mots
Puisque les fonctions du mot dans la phrase sont exprimées par le jeu d’alternance entre le nominatif, l’accusatif et le génitif, le grec moderne n’est pas tenu de respecter l’ordre sujet-verbe-objet qui caractérise la syntaxe des langues sans déclinaison comme le français ou l’anglais. Soit la phrase ο λύκος έφαγε το αρνί [olíkos éfaye toarní] « le loup a mangé l’agneau ». Selon l’éclairage qu’on entend apporter à cette proposition, on peut varier assez librement l’ordre des mots.. Au lieu de l’ordre SVO (sujet-verbe-objet) ο λύκος έφαγε το αρνί [olíkos éfaye toarní], on trouvera également un ordre VSO έφαγε ο λύκος το αρνί [éfaye olíkos toarni] ou même un ordre OVS το αρνί έφαγε ο λύκος [to arm éfaye olíkos].
Alternance entre formes verbales inaccomplies et formes verbales accomplies
La conjugaison du grec est structurée par une opposition fondamentale entre le thème exprimant l’action inaccomplie et le thème exprimant une action accomplie. Soit le verbe φέρνω [férno] « porter ». Les temps qui expriment une action inaccomplie ou non déterminée dans le temps, c’est-à-dire l’indicatif présent, l’indicatif imparfait, le futur, le subjonctif présent, l’impératif présent, le conditionnel présent, l’optatif présent continu et l’optatif passé continu se forment sur le radical φερν-[fern-] de ce verbe : indicatif présent φέρνω [férno] « je porte » ; indicatif imparfait έφερνα [éferna] « je portais » ; futur continu θα φέρνω [tha férno] « je porterai » ; subjonctif présent να φέρνώ [na férno] « que je porte » (en général) ; impératif φέρνε [férne] « porte ! » (en général) ; conditionnel présent θα έφερνα [tha eferna] « je porterais » (en général) ; optatif présent continu ας φέρνω [as férno] « puissé-je porter ! » (en général) ; optatif passé continu ας έφερνα [as éferna] « puissé-je avoir porté ! » (en général). La même série de temps existe parallèlement à l’accompli, c’est-à-dire aux temps qui expriment une action ponctuelle et circonscrite. Le futur, le subjonctif, l’impératif et l’optatif peuvent se former sur le thème φερ- de l’accompli qu’on obtient en amputant le thème φερν-[fe] de l’inaccompli de son -v [-n] : aoriste έφερα [éfera] « je portai » ; futur momentané θα φέρω [tha féro] « je porterai » (une fois) ; subjonctif aoriste να φέρω [na féro] « que je porte » (une fois) ; impératif aoriste φέρε [fére] « porte ! » (une fois) ; optatif présent momentané ας φέρω [as féro] « puissé-je porter ! » (une fois) ; optatif passé momentané ας έφερα [as éfera] « puissé-je avoir porté ! » (une fois).
Expression de la personne à l’intérieur du verbe
En français, les formes conjuguées du verbe n’expriment pas toujours clairement la personne. De fait, la forme chante de je chante ne se distingue pas du tout de la forme chante de il chante. Et c’est seulement en vertu de la graphie que cette même forme chante se distingue de la forme chantes

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