Parlons Iaaï
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Description

Langue austronésienne d'Océanie, le iaaï appartient au groupe des langues de la Nouvelle-Calédonie, plus particulièrement à celui de l'archipel des Loyauté, où se situe l'île d'Ouvéa. Langue d'origine mélanésienne, le iaaï est riche de par sa phonologie et sa morphologie verbale. Elle se caractérise également par un système de déclinaisons très élaboré dans les classificateurs possessifs. Sa pérennité semble assurée grâce à son enseignement dans les établissements scolaires d'Ouvéa.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2011
Nombre de lectures 25
EAN13 9782296472075
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Parlons iaaï
Parlons…
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Daniel M IROUX


Parlons iaaï
Du même auteur


Tusi hwen iaai
Alliance Champlain

Manuel de conversation français-iaaï
Nouméa 2003

Le français, une langue en mouvement
Alliance Champlain, Nouméa, 2005

Tusi hwen iaai ae gaan
Alliance Champlain

Dictionnaire français-iaaï
Nouméa 2007

Tusi hwen iaai ae thep
O uvéa, Guide historique et linguistique de Iaaï
Alliance Champlain
Nouméa 2010


© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56546-3
EAN : 9782296565463

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Remerciements
L’auteur exprime sa reconnaissance à Jacques Jeno, un enseignant originaire d’Ouvéa, fervent défenseur du iaaï qui lui a apporté une aide essentielle pour parfaire ses connaissances dans la langue.

Il remercie également Jean-Yvon Le Penven pour ses illustrations, ainsi que Charles Poisson pour la photo de la page de couverture représentant une plage d’Ouvéa prise dans le sud de l’île.

Introduction
Ouvéa (Iaaï en langue kanak), d’une superficie de 132 km 2 , est la plus au nord des trois grandes îles Loyauté. Ces îles sont situées à l’est de la Nouvelle-Calédonie à environ 110 kilomètres. Ouvéa s’allonge du cap Rossel à la pointe Lékine sur 35 kilomètres. Elle est prolongée au sud par les îles Fayava (Fayawa) et Muli (Mouli). C’est un atoll basculé, édifié par sédimentation corallienne sur le tracé d’un cratère englouti, permettant l’ouverture de l’île sur un grand lagon fermé par une série de petits ilots et de récifs : les Pléiades du Nord et les Pléiades du Sud. Entre ces deux chapelets d’îles s’ouvre, à l’ouest, la passe d’Anemata. Les Pléiades se prolongent par un petit atoll dont l’île principale, Heo, a une longueur de 1 500 mètres pour une largeur de 600 mètres avec une altitude inférieure à 5 mètres.
Le nom d’Ouvéa est d’origine wallisienne. Il veut dire "île".

Iaaï est située entre les latitudes 20°23’ S. et 20°45’S. et les longitudes 166°10’E. et 166°41’E. Elle se trouve géologiquement sur le dessus de la partie qui précède la plaque Australo-indienne, sous la plaque Pacifique. L’avancement de cette plaque plongeante devrait permettre la surélévation progressive de l’île qui pourrait dans quelques milliers d’années se retrouver complètement émergée comme aujourd’hui les autres îles Loyauté. La distance la séparant de la Grande Terre calédonienne est d’environ 100 kilomètres avec une profondeur qui dépasse parfois les 3 000 mètres.

Si Ouvéa, en forme de croissant, présente, du côté du lagon une plage, parmi les plus belles du Pacifique-Sud, de plus de 30 kilomètres de long, elle tombe de l’autre côté, à l’est, en falaises sur la mer dont certaines atteignent les 46 mètres d’altitude au Sud et les 42 mètres au Nord. L’accès facile du lagon qui rend le mouillage aisé contraste avec les récifs frangeants de la côte Est qui sont adossés aux falaises coralliennes abruptes où les platiers sont de faible étendue, rendant sur cette côte un débarquement des plus hasardeux. Les grandes profondeurs sont, par ailleurs, très vite atteintes.

L’île est formée de deux masses calcaires, Ohwen au Nord, plus élevée et parsemée de grottes et Iaaï au Sud, plus basse mais plus étendue, reliées par une étroite bande de corail dont le passage le plus étroit ne dépasse pas les 400 mètres à Hanawa au pied du col Bou Kaat.
La végétation est principalement constituée de cocotiers qui recouvrent quasiment tout Ouvéa, faisant du coprah la principale ressource agricole. Une huilerie ainsi qu’une savonnerie sont en production à Hwaadrila. Les principales plantations à l’arrivée des Européens étaient constituées essentiellement de taros, de patates douces, de bananes et de cannes à sucre. Il y avait peu de cultures d’ignames. Si les pins colonnaires sont fréquents près des falaises de la côte Est, les autres arbres rencontrés sont le gaïac, le santal et le kohu.

Les îles Loyauté n’ont ni rivière, ni cours d’eau. Il en est de même à Iaaï. Les lentilles d’eau contrairement à Lifou et à Maré ne sont, toutefois, pas exploitables car leur salinité est trop importante. En fait, la constitution de l’île ne permet pas l’accumulation d’eau douce. Il existe quelques petites étendues d’eau, un grand marais dans le Nord ainsi que deux lagunes situées à Lekiny et à Hanawa Hnyimëk qui autrefois étaient propices aux moustiques vecteurs de la filariose.

En 1993, une usine de dessalement d’eau de mer, installée à Hwaadrila, pouvant fonctionner à la fois, sur le réseau électrique local et à partir de l’huile de coprah voyait le jour. Mais sa production d’eau douce s’avéra, au fil des années, insuffisante et son coût en énergie exorbitant. La municipalité d’Ouvéa a mis en service depuis 2009, une nouvelle usine de dessalement par la technique de l’osmose inverse. Cette installation d’une capacité de 300 m 3 /jour a une facture énergétique dix fois moins importante que la précédente usine.

Le climat tropical est influencé par l’océan et les alizés. La température moyenne sur une année est de 24°C. La moyenne des précipitations plus fréquentes en saison chaude est peu importante, entre 1 200 et 1 400 mm par an.

La plupart des tribus se situent, surtout à l’Ouest, vers le lagon. L’autre côte, à l’Est, est très peu habitée. L’île de Muli est reliée à l’île principale par un pont depuis 1974.

L’île d’Ouvéa constitue, depuis 1969, une commune, devenue de plein exercice depuis l’application du code des communes en 1977 complété en 1980. Elle est, de ce fait, une commune à part entière comme les 32 autres communes de Nouvelle-Calédonie. Le conseil municipal est composé de 27 élus. Le maire est assisté de 8 adjoints désignés parmi les élus.

La population résidente de l’île approchait au recensement de 2009 les 3.500 habitants. À ce chiffre, il convient d’ajouter ceux qui se sont installés à Nouméa et dans sa périphérie depuis une trentaine d’années. Si l’on tient compte des enfants issus de couples mixtes c’est à dire ceux dont le père ou la mère est d’une autre origine, on peut estimer les originaires d’Ouvéa installés sur la Grande Terre à un nombre approchant les 3.000 personnes.
Le 9 juillet 2008, l’île et le lagon d’Ouvéa dans sa totalité ainsi que la petite île d’Heo (Beautemps-Beaupré) ont été classés par l’UNESCO, en même temps que cinq autres sites calédoniens, sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité.
Le peuplement ancien
Ouvéa, comme les autres îles Loyauté fut habitée par les Mélanésiens à une époque contemporaine de celle de la grande terre calédonienne, c’est-à-dire au moins 3 000 ans.

Iaaï aurait été peuplée, au départ, de populations originaires de Lifou (Gaica et Wetr) et de Kanak de la Grande Terre (de Canala, Houaïlou et de Touho en particulier) et aussi très certainement de Vanuatais. Pendant longtemps, l’île a été contrôlée par deux chefferies. Le Nord (Ohwen) relevait de l’obédience du Grand Chef Bazit établi à Wenekii, à l’intérieur des terres, et la région du Sud, le pays de Iaaï, du Grand Chef Daoumé qui était installé à Fajawe (Fadjaoué), plus précisément à Hnyeihiök.
La migration wallisienne
L’éclatement de l’empire tongien a amené au milieu du XVIII e siècle (vers 1750) des Wallisiens à quitter leur île natale. Leurs pirogues touchèrent d’abord le Vanuatu, puis Lifou. Repoussés par deux fois, certains gagnèrent la petite île d’Uneec (Ounetch), où ils formèrent la tribu de Teuta (Téouta). Par la suite, cette tribu se fixa, avec l’assentiment du Grand Chef Bazit, au nord d’Ouvéa. Ils se répartirent également à Héo et Taakeji, près de l’actuel Saint-Joseph. On pense que Bazit considérait les nouveaux arrivants, emmenés par Nékélo, comme des alliés potentiels contre la chefferie Daoumé de Fajawe (Fadjaoué) avec laquelle les conflits étaient fréquents. L’animosité entre le pays de l’Ohwen et celui de Iaaï était ancienne. Vers 1840, un Nékélo, personne d’origine wallisienne, était d’ailleurs ministre de la guerre de Bazit. Les autres navigateurs, avec en tête Doumaï, se fixèrent à Muli (Mouli) et Lekiny (Lékine), probablement avec l’assentiment de Daoumé qui espérait contrebalancer la nouvelle puissance de Bazit, son rival du Nord de l’île. Le nombre des Wallisiens arrivés en pirogues doubles est estimé à une centaine d’hommes.

Arrivés avec très peu de femmes, (certains récits parlent même d’une absence totale de femmes), les Wallisiens firent ainsi souche en épousant des femmes du lieu aux deux extrémités de l’île. Ils adoptèrent l’organisation des chefferies mélanésiennes et donnèrent le nom d’Ouvéa à leur nouvelle terre en souvenir de leur île natale, Uvea lalo ce qui veut dire l’île d’en bas en wallisien. Ils adoptèrent la plupart des coutumes locales en dehors de la langue. Leur langue d’origine polynésienne, le fagauvea (hwen ûë), est parlée de nos jours par environ 37% de la population. Toutefois, de nombreux locuteurs du nord de l’île sont bilingues, contrairement aux habitants de Muli (Mouli) qui ne connaissent que le hwen ûë.

La tradition orale raconte que vers 1750, ces habitants polynésiens d’Ouvéa, venant de Wallis, construisaient une pirogue lorsque par maladresse, une hache s’échappa des mains d’un des constructeurs et vint frapper mortellement le fils d’un grand chef. Prises de peur et par crainte des représailles, les familles conduites par Kaukelo (Nékélo), Atumai (Doumaï), Peka (Beka) et Pumali (Poumali) mirent les pirogues à la mer et s’enfuirent. La tradition, à Wallis même, parle d’une grande pirogue appelée Ifilaupakola.

En fait, il apparaît vraisemblable qu’il y eut auparavant plusieurs migrations polynésiennes qui auraient pu débuter à partir du XVI e siècle. On y trouve des noms de clans samoans et tongiens ainsi que des traits linguistiques samoans et futuniens.
Les relations entre Ohwen et Iaaï
Le centre d’Ouvéa resta aux mains des premiers occupants de l’île. Toutefois, des Kanak, originaires de Koné situé sur la côte ouest de la Grande Terre, s’installèrent au début du XIX e siècle (peu après l’arrivée des Wallisiens) sous l’autorité des Wenegei. Après plusieurs conflits avec le grand chef Daoumé, réputé pacifique, ils seront à l’origine de la création d’une puissante chefferie à Fajawe (Fadjaoué), plus précisément à Hnanemeû (Nanéméhu).

En 1840, la région d’Ohwen était toujours dirigée par Bazit. Les différentes chefferies du Nord, qu’elles soient mélanésiennes comme Oûë à Ohnyât, Ihmwöne à Wenekii ou d’origine wallisienne comme Beka à Uneec et Nekelo à Heo, lui étaient rattachées par de nombreux liens coutumiers. L’Ohwen était devenu une région nettement distincte du reste de l’île. Son chef, Bazit, était l’ennemi de Wenegei, le chef du pays de Iaaï, car l’un comme l’autre voulaient asseoir leur suprématie sur l’atoll entier. Des combats fréquents eurent lieu dans les années 1840 entre Ohwen et Iaai car Wenegei souhaitait soumettre le nord d’Ouvéa mais il n’y parvint pas. Au cours d’un combat, il y laissa la vie.

Aucune des deux grandes chefferies ne réussira à s’imposer sur toute l’île.
CARTE LINGUISTIQUE
Première partie Description de la langue


Le " hwen iaai " fait partie des langues austronésiennes. Cette famille linguistique englobe toutes les langues du Pacifique, allant des premiers habitants de l’île de Formose aux Maoris de Nouvelle-Zélande. Son influence s’étend même au-delà, puisque la langue malgache parlée dans l’île de Madagascar est aussi une langue austronésienne. Le iaaï, comme toutes les langues de Nouvelle-Calédonie, fait partie de la branche Est de cette famille linguistique, appelée aussi branche océanique. Des six groupes de langues répertoriées dans l’archipel néo-calédonien, le iaaï est apparenté au groupe des langues loyaltiennes (fagauvéa excepté). Si une partie du vocabulaire se rapproche de celui du drehu, la langue de Lifou, la structure de la langue iaaï s’apparenterait davantage aux langues du Vanuatu.

Comme toutes les langues austronésiennes, le " hwen iaai " était une langue orale. Toutefois, dès sa découverte par les Européens, elle eut la chance d’avoir très tôt sa propre écriture. Les missionnaires fixèrent l’orthographe afin de permettre la traduction des textes religieux. Dès 1851, une liste de mots en iaaï est établie, probablement par un santalier, J. Inglis. Un abécédaire et un livre de lecture, dont l’auteur est le Pasteur Samuel Ella, apparaissent en 1865 et 1866, suivis par l’édition des évangiles. L’Évangile de Luc fut édité en 1868, celui de Jean en 1869, celui de Marc en 1870. Les actes des Apôtres datent de 1874, les épitres de Paul et de l’Apocalypse de 1878 et enfin les psaumes de 1880.

Son successeur, James Hadfield, fut le traducteur de la Bible (Tusi Kap) en iaaï, dont la première édition date de 1901. Il est également à l’origine du système orthographique de la langue, en particulier des accents. Son travail fut toutefois complété, notamment dans les longueurs des voyelles, jusque-là insuffisamment notées. Son œuvre reste, encore de nos jours, un excellent document.
Du côté catholique, un premier catéchisme en langue iaaï est imprimé en 1891. Une nouvelle version fut éditée en 1930.
En 1926, une ébauche grammaticale fut effectuée par Sidney Ray et en 1946, Maurice Leenhardt acheva une enquête lexicale. Un ouvrage scientifique très détaillé de la langue iaaï a été réalisé en 1976 par une linguiste française du C.N.R.S. (Centre National de la Recherche Scientifique), Françoise Ozanne-Rivierre. Cette publication a été suivie en 1984 par la parution d’un dictionnaire iaaï-français de la même auteure.

Les modifications orthographiques, qui sont intervenues au cours des dernières décennies dans l’écriture de la langue, sont limitées et concernent essentiellement le doublement des voyelles longues et le kh .

Auparavant, un trait apparaissait au-dessus des voyelles longues, ce qui alourdissait l’accentuation et rendrait difficile de nos jours l’utilisation informatique de la langue. Les linguistes ont privilégié le doublement des voyelles. C’est le cas aussi de nombreuses langues de la Grande Terre.

En ce qui concerne le kh qui est prononcé comme la jota espagnole, il n’est écrit ainsi qu’en iaaï. Toutes les autres langues kanak ont adopté le x pour orthographier ce même son. Afin d’arriver à une certaine uniformisation des langues kanak, en particulier celles des îles Loyauté, il apparaît souhaitable d’opter pour cette nouvelle graphie.

Certes, des réticences existent concernant cette évolution. De nombreux locuteurs regrettent que l’on ne se cantonne pas exclusivement à l’écriture telle qu’elle est reproduite dans le Tusi Kap (la Bible). Toutefois, une langue n’est jamais figée. Elle est en évolution constante et son avenir dépend de son adaptation au monde qui l’entoure. Il est à noter également que dans certains mots, tels que soohmwecaa (la vieille ) et xumwöng (le chant ), le w a tendance à disparaître pour devenir soomecaa et xumöng .

Le d de certains pronoms personnels a également tendance à s’effacer. On dit ainsi fréquemment öru au lieu de ödru , öree au lieu de ödree , örin au lieu de ödrin etc.

Prononciation du hwen iaai
Plutôt que de créer des séparations par catégorie de consonnes et de voyelles, comme le ferait un ouvrage spécialisé, il nous est apparu plus simple et surtout plus pratique de noter par ordre alphabétique les prononciations les plus importantes. En effet, les consonnes se répartissent en 12 consonnes nasales, 11 consonnes occlusives et 10 consonnes continues. Quant aux voyelles, elles sont 6 à être fermées, 8 à être semi-ouvertes et 6 à être ouvertes.


1/ le « â » se prononce comme le o de « botte » mais plus ouvert.
2/ le « ââ » de la même façon que le « â » mais plus long.
3/ le « aa » est un « a » plus long.
4/ la terminaison « an » se prononce « ann ».
5/ le « bw » se prononce comme dans « bois ».
6/ le « c » se prononce « tch » comme dans « catch ».
7/ le « ch » se prononce comme dans « chien ».
8/ le « dh » se prononce comme dans « this » en anglais.
9/ le « dr » se prononce de plus en plus avec le son « dj ».
10/ le « e » sans accent équivaut à l’« é » français en se rapprochant du son « nez ».
11/ le « ee » est un « e » plus long.
12/ le « ë » se prononce comme « bête » mais plus ouvert.
13/ le « ëë » se prononce comme « ë » mais plus long.
14/ la terminaison « en » se prononce « enn ».
15/ le « g » correspond au son « gu » comme dans guitare.
16/ le « h » se prononce comme dans « hat » en anglais.
17/ le « « hl » se prononce comme le « l » mais précédé d’une aspiration.
18/ le « hm » se prononce comme le « m » mais avec une aspiration.
19/ le « hmw » se prononce comme le « mw » mais avec une aspiration.
20/ le « hn » se prononce comme le « n » mais avec une aspiration.
21/ le « hny » se prononce comme dans « nielle » avec un souffle.
22/ le « hv » qui a tendance à s’écrire « hû » se prononce comme le « v » mais avec aspiration.
23/ le « hw » se prononce comme le « w » mais avec une aspiration.
24/ le « ii » se prononce comme le « i » mais plus long.
25/ la terminaison « in » se prononce « inn ».
26/ le « j » se prononce « dj » comme dans « Fidji ».
27/ le « k » se prononce comme dans « coq ».
28/ le « kh » qui s’écrit de plus en plus « x » se prononce comme la jota espagnole sauf le mot Khong ( Dieu ) ou le « kh » se prononce « que ».
29/ le « m » ou « n » précédés d’un « h » se prononcent avec une légère aspiration.
30/ le « mw » se prononce comme dans « moi ».
31/ le « ny » se prononce « nieu » comme dans agneau.
32/ le « o » se prononce comme dans « pot ».
33/ le « oo » est un « o » plus long.
34/ le « ö » se prononce en se rapprochant du « e » muet français comme dans « le »
35/ le « öö » de la même façon mais plus long.
36/ la terminaison « on » se prononce « onn ».
37/ le « s »se prononce comme les deux « ss » français et jamais comme un « z ».
38/ le « sh » se prononce comme dans « champ ».
39/ le « th » se prononce comme dans « think » en anglais.
40/ le « tr » se prononce avec un léger son « ch » après le « t ». En fait, la prononciation d’origine est le t du mot anglais « tea ».
41/ le « u » se prononce invariablement « ou ».
42/ le « û » se prononce comme le u dans « mur ».
43/ le « ûû » se prononce comme le « û » mais plus long.
44/ la terminaison « un » se prononce « ounn ».
45/ le « uu » se prononce comme le « u » mais plus long.
46/ le « v » se prononce « ua » comme dans « huître » ; il est de plus en plus remplacé par « û ». Toutefois le « v » de Fayava se lit comme le « v » français car cette appellation est d’origine polynésienne.
47/ le « w » se prononce comme le « ou » dans « oui ». Précédé d’un « h », il se prononce avec une légère aspiration.
48/ le « x » qui s’écrit parfois « kh » se prononce comme la jota espagnole c’est à dire un « r » roulé.
Les lettres non mentionnées dans cette liste se prononcent comme en français.

Les voyelles peuvent être tantôt longues, tantôt brèves. On note la longueur en redoublant la voyelle. Souvent des mots ne se différencient que par cette variante.
Le nom
Deux catégories de noms caractérisent le iaaï. Les noms à posession inaliénable et les noms aliénables. Les noms à possession inaliénable (noms de parenté, parties du corps, parties d’un tout…) ne peuvent s’énoncer sans un déterminant possessif qui se décline à la fin du mot.
Les noms aliénables sont invariables. Pour en marquer la possession, on a recours à des classificateurs possessifs qui se déclinent eux aussi.
Le groupe des mots
L’ordre des mots est généralement sujet, verbe, complément. Lorsqu’on veut appuyer sur la possessivité, il devient sujet, verbe complément, sujet.
il m’a frappé
aa kokot nya

Bucen a frappé mon grand frère
aa kokot tuhök Bucen
Les phrases complexes
Les conjonctions sont souvent employées pour relier plusieurs phrases entre elles, comme me et ke ( mais ) ou kene ( et puis ).
Les phrases subordonnées sont introduites par ka habe en discours direct et me ( pour que ) en discours indirect de même que anyin a ou caan a ( parce que ).
Les adjectifs
Le iaaï n’a pas, à proprement parler, d’ajectifs. Pour exprimer une qualification, on doit construire une relative.
il est grand
e gaan
Les déclinaisons
La marque d’appartenance d’une chose se caractérise par la terminaison du mot qui termine cette chose :

la case ronde
uma ito

ma case ronde
umwök ito

ta case ronde
umwâm ito

sa case ronde
umwen ito

la case ronde de Bétengé
ito umwö Betenge

notre case ronde
umwöhmun ito

notre case ronde à nous tous
umwötin ito

notre case à nous deux
umwötu ito

votre case ronde
umwöbun ito

votre case ronde (politesse)
umwöbu ito

votre case ronde à vous deux
umwöbu ito

leur case ronde
umwörin ito

leur case ronde à eux deux
umwöru ito

On peut aussi faire suivre le mot décliné par le même mot invariable pour appuyer l’appartenance :

ma case ronde
umwök uma ito

ta case ronde
umwâm uma ito

sa case ronde
umwen uma ito

la case ronde de Bétengé
uma ito umwö Betenge

notre case ronde
umwöhmun uma ito

notre case ronde à nous tous
umwötin uma ito

notre case à nous deux
umwötu uma ito

votre case ronde
umwöbun uma ito

votre case ronde (politesse)
umwöbu uma ito

votre case ronde à vous deux
umwöbu uma ito

leur case ronde
umwörin uma ito

leur case ronde à eux deux
umwöru uma ito

ou par le possessif :

c’est à moi
mon, moi
anyik

c’est à toi
ton, toi
ânyâm

c’est à lui
son, sa
anyin

c’est à nous tous
notre
anyitin

c’est à nous deux
notre
anyitu

c’est à nous
notre
anyihmun

c’est à vous
votre
anyibun

c’est à vous (politesse)
votre
anyibu

c’est à vous deux
votre
anyibu

c’est à eux
leur
anyirin

c’est à eux deux
leur
anyiru

que l’on place avant la chose qui devient alors invariable :

ma case ronde
anyik uma ito

ta case ronde
ânyâm uma ito

sa case ronde
anyin uma ito

la case ronde de Bétengé
uma ito anyi
Betenge

notre case ronde
anyihmun uma ito

notre case ronde à nous tous
anyitin uma ito

notre case à nous deux
anyitu uma ito

votre case ronde
anyibun uma ito

votre case ronde (politesse)
anyibu uma ito

votre case à vous deux
anyibu uma ito

leur case ronde
anyirin uma ito

leur case ronde à eux deux
anyiru uma ito
Les marques du pluriel
les cases rondes
jee uma ito

1/ avec la déclinaison du mot case
mes cases rondes
umwök jee ito

tes cases rondes
umwâm jee ito

ses cases rondes
umwen jee ito

les cases rondes de Bétengé
jee ito umwö Betenge

nos cases rondes
umwöhmun jee ito

nos cases rondes à nous tous
umwötin jee ito

nos cases à nous deux
umwötu jee ito

vos cases rondes
umwöbun jee ito

vos cases rondes à vous deux
umwöbu jee ito

leurs cases rondes
umwörin jee ito

leurs cases rondes à eux deux
umwöru jee ito

2/ on peut aussi faire suivre le mot décliné par le même mot invariable pour davantage appuyer l’appartenance.


mes cases rondes
umwök jee uma ito

ses cases rondes
umwen jee uma ito

les cases rondes de Bucen
jee uma ito umwö Bucen

nos cases rondes
umwöhmun jee uma ito

nos cases rondes à nous tous
umwötin jee uma ito

nos cases à nous deux
umwötu jee uma ito

vos cases rondes
umwöbun jee uma ito

vos cases rondes à vous deux
umwöbu jee uma ito

leurs cases rondes
umwörin jee uma ito

leurs cases rondes à eux deux
umwöru jee uma ito

ou avec le possessif :

mes
anyik jee

tes
ânyâm jee

ses
anyin jee

les
jee……anyi

nos
anyihmun jee

nos (à nous deux)
anyitin jee

vos
anyibun jee

vos (à vous deux)
anyibu jee

leurs
anyirin jee

leurs (à eux deux)
anyiru jee


que l’on place avant la chose qui devient alors invariable :

3/ sans déclinaison du mot case
mes cases rondes
anyik jee uma ito

tes cases rondes
ânyâm jee uma ito

ses cases rondes
anyin jee uma ito

les cases rondes de Paul
jee uma ito anyi Pool

nos cases rondes
anyihmun jee uma ito

nos cases rondes à nous tous
anyitin jee uma ito

nos cases rondes à nous deux
anyitu jee uma ito

vos cases rondes
anyibun jee uma ito

vos cases rondes à vous deux
anyibu jee uma ito

leurs cases rondes
anyirin jee uma ito

leurs cases rondes à eux deux
anyiru jee uma ito

Autres marques du pluriel
Si jee est la principale marque du pluriel, ce n’est pas la seule car ta est également employé mais seulement lorsqu’il y a une imprécision d’appartenance. C’est la différence par rapport à l’emploi de jee .

Ainsi on dira :
ta ûëët
un nombre indéterminé de personnes

Exemples :
maman est allée aux champs
bai aa mwi hnyi ta hnyei

nous avons été dans les îlots
öhmune mwi hnyi ta ang bomene

le chien a disparu dans la brousse
aa hia kuli hnyi ta hnyoot

ta marque un nombre indéterminable de choses ainsi que l’imprécision d’appartenance
jee marque la précision d’appartenance
ta jee employés ensemble marquent la globalité et parfois l’imprécision d’appartenance.
sa est utilisé comme pluriel de groupe
les arbres
saûöö
la bananeraie
sahnööwi
Les pronoms et indices personnels
Le système des pronoms et indices personnels est très riche. Il comprend 4 nombres (singulier, duel, pluriel restreint et pluriel étendu). Dans le cas de plusieurs personnes, il existe un nous qui inclut l’interlocuteur et un nous qui exclut celui qui parle. Voir les exemples plus loin.


Les pronoms personnels
JE
je (sans action)
inya

je (avec action au passé)
ogee

je (avec action au présent)
oge me

je (avec action au futur)
oge mwaa

TU
tu (sans action)
au

tu (avec action au passé)
ujee

tu (avec action au présent)
umwe

tu (avec action au futur)
umwaa

IL
il / elle (sans action)
e

il / elle (avec action au passé)
aa

il / elle (avec action au présent)
ame

il / elle (avec action au futur)
amwaa

NOUS (cas général)
nous (sans action)
öhmun

nous (avec action au passé)
öhmune (à un moment précis)

nous (avec action au présent)
öhmune

nous (avec action au futur)
öhmunaa

NOUS (exclusif, toi et moi)
nous (sans action)
ötu

nous (avec action au passé)
ötee

nous (avec action au présent)
ötumwe

nous (avec action au futur)
ötumwaa

NOUS (inclusif, moi et vous)
nous
(sans action)
ötin

nous
(avec action au passé)
ötine / atee (en précisant le moment)

nous
(avec action au présent)
ötine

nous
(avec action au futur)
ötinaa

NOUS (lui et moi)
nous
(sans action)
öhmu

nous
(avec action au passé)
öhmwee

nous
(avec action au présent)
öhmwe

nous
(avec action au futur)
öhmwaa

VOUS (cas général)
vous
(sans action)
öbun

vous
(avec action au passé)
öbune (en précisant le moment)

vous
(avec action au présent)
öbune

vous
(avec action au futur)
öbunaa

VOUS (politesse ou vous deux)
vous
(sans action)
öbu

vous
(avec action au passé)
öbwee

vous
(avec action au présent)
öbwe

vous
(avec action au futur)
öbwaa

ILS, EUX OU ELLES
ils (ou elles) (sans action femmes et hommes)
ödrin, örin

ils (ou elles) (sans action femmes ou hommes)
ödra, öra

ils (ou elles) (avec action au passé)
adree, aree, ödrin, örin

ils (ou elles) (avec action au présent)
ödrine, örine

ils (ou elles) (avec action au futur)
ödrinaa, örinaa

EUX DEUX ou ELLES DEUX
ils (ou elles) (sans action)
ödru, öru

ils (ou elles) (avec action au passé)
ödree, öree

ils (ou elles) (avec action au présent)
ödrumwe, örumwe

ils (ou elles) (avec action au futur)
ödrumwaa, örumwaa

L’évolution actuelle de la langue a tendance à ne plus tenir compte dans la prononciation du d . On dit ainsi fréquemment öru au lieu de ödru, öree au lieu de ödree, etc.
Les verbes
Le iaaï ne marque pas le temps des verbes par le verbe lui-même mais par les pronoms. Nous venons de voir que ceux-ci changent en fonction du temps du verbe. Il n’est donc pas nécessaire que ce soit le verbe qui marque le temps.

On dénombre des verbes statifs, des verbes actifs transitifs, des verbes actifs intransitifs et des verbes de localisation et d’opinion. En dehors de ces derniers verbes qui se déclinent avec des suffixes personnels possessifs, les autres verbes sont invariables et ne s’actualisent qu’en fonction des sujets actifs ou passifs.
je suis protégé
iny söng

je dors
oge me mokutr

je suis en colère
iny hmööhny-ik
Les verbes être et avoir
Pour exprimer une réalité propre au verbe français être , on utilise en iaaï uniquement un pronom personnel adapté à la personne dont on veut parler avec ou sans action et avec la situation dans le temps (passé, présent, futur) conformément au tableau des pronoms personnels présenté plus haut.
Exemples, sans action
je suis
iny ou inya

tu es
u ou au

il / elle est
e

nous sommes
öhmun

nous tous sommes
ötin

nous deux sommes
ötu

vous êtes
öbun

vous êtes (politesse)
öbu

vous deux êtes
öbu

ils / elles sont
ödrin ou örin

ils / elles sont tous/ toutes les deux
ödru ou öru

Pour exprimer l’équivalent du verbe français avoir , on emploie le possessif précédé de ehu .

j’ai
ehu anyik

tu as
ehu ânyâm

il / elle a
ehu anyin

nous avons
ehu anyihmun

nous tous avons
ehu anyitin

nous deux avons
ehu anyitu

vous avez
ehu anyibun

vous avez (politesse)
ehu anyibu

vous deux avez
ehu anyibu

ils / elles ont
ehu anyirin

ils / elles ont tous les deux
ehu anyiru

il y avait
ehu ehaac

il y a
ehu walaang ang

il y aura
ehu nyielee
L’interrogation
Les principaux interrogatifs sont :
combien
ûe

comment
haawa

encore
hmetu


ua

ou bien
aanee

pourquoi
geeû

quand
kehöö

quel
iee

qui
iaa

quoi
ieû
La place de l’interrogatif dans la phrase est en général au début de l’interrogation : Qui est là ? iaa ae ang ? comment vas-tu ? haawa e gaam ?
Mais il peut êtreaussi à la fin : quand viendras-tu ? umwaa he jeem kehöö ?
La négation
Elle se caractérise essentiellement par la marque caa précédant le terme concerné.
Les nombres
Si la numération utilisée de nos jours, en dehors des 5 premiers chiffres, est souvent en français, il est intéressant de noter qu’il existe deux manières de compter en iaaï, l’une fortement imprégnée de l’influence des pasteurs anglais, l’autre composée à partir de la langue elle-même. Le système purement iaaï est à base quinaire, c’est à dire que le nombre cinq joue un rôle central, ainsi d’ailleurs que vingt (il s’agit des traces d’un système où l’on compte avec les doigts de la main et l’ensemble de ceux du corps, pieds et mains). Par exemple 100 se dit cinq fois vingt .

1
waan
haca

2
truu
lo

3
therii
kun

4
foa
ûëk

5
faiv
thabûng

6
sik
thabûng me haca

7
seven
thabûng me lo

8
eitr
thabûng me kun

9
nain
thabûng me ûëk

10
tren
haca ut at

11
leven
haca ut at me haca

12
truorop
haca ut at me lo

13
thöötriin
haca ut at me kun

14
footriin
haca ut at me ûëk

15
fifitriin
haca ut at me thabûng

16
sisiktriin
haca ut at me thabûng me haca

17
seventriin
haca ut at me thabûng me lo

18
eitriin
haca ut at me thabûng me kun

19
naintriin
haca ut at me thabûng me ûëk

20
truendre
haca at

21
truendre waan
haca at me haca

22
truendri truu
haca at me lo

30
thöötre
haca at ke ut at

40
footre
lo li at

50
fifitre
lo li at ke ut at

60
sisitre
kun ta at

70
sevintre
kun ta at ke ut at

80
eitre
ûëk ta at

90
naintre
ûëk ta at ke ut at

100
handren
thabûng ta at

200
truu handren
lo thabûng ta at

365
1/ therii hadren sisitre faip
2/ kun thabûng ta at me kun ta at me thabûng

1000
1/ wan thauzan
2/ lo lithabûng thabûng ta at
Les nombres ordinaux
A l’exception de premier qui est irrégulier, les nombres ordinaux se forment en ajoutant au nombre le suffixe -iny .
1 er
aabâân

2 e
loiny

3 e
kuniny

4 e
ûëkiny

5 e
thabûng-iny
Les fractions et les quatre opérations
la moitié
keekeihen

le milieu
wanben

6 / 2= 3 thabûng me haca xeene lo me eme kun
4 x 3= 12 ûëk troais kun me eme haca ut at me lo
4 + 3= 7 ûëk me kun me eme thabûng me lo hia
8 – 5= 3 eitr oc thabûng me eme kun

nous sommes quinze à table
öhmun haca ut at me thabûng hia hon laulau

j’habite au 2 e etage
oge me laba hnyi gaöö uma a loiny edhöö

j’ai bu la moitié de mon verre
ogee ijem keekeihen anyik ehweni
Deuxième partie Conversation courante
La coutume
je m’abaisse devant vous
oge me oot me ûhnyikong hnyimaköbun

voici ma coutume
walaang anyik sigââ

merci de votre accueil
oleeti ge hna köp nya

je suis très honoré
e gaan anyik senyin

je vous demande pardon
oge me haiöö monu kööbun

il faut se respecter mutuellement
ötinaa ûoogaanöötin köuöötin

vous êtes les bienvenus dans ma demeure
e xöxöing kööbun hnyabaak

la coutume est très importante pour les Kanak
haba hwen me eti ûnyi hnathu ka je Hlitr mëkan

il faut respecter la coutume
esoo he ka oogânâ hwen

rassembler est la racine et le fondement de la coutume
haba iwâân me hwecin hwen me ooxacaa

ici, vous êtes chez vous
öbun ang, hnyi gaabun

soyez à l’aise
öbunaa caa oot
Phrases usuelles
Sur les achats
que désirez-vous Monsieur ?
ieû ame weebu, hoiee ?

que désirez-vous Madame ? (pluriel de politesse)
ieû ame weebun ?

il n’y en a plus
ebë but

regardez au fond du magasin .
wâ balaa elee hnyi koona iny sidroa

quelle couleur ?
iee hnalimen ?

je n’ai pas cette couleur .
ebë hnalimen ee eang

je n’ai pas ce modèle .
ebë ûnyi ee eang

combien cela coûte ?
ûe hwaaban ?

c’est 1 000 francs.
xaca thauzan faraeng

j’ai moins cher .
ehu ae caa gaan hwaban

dois-je faire un paquet ?
inyaa ânyâ ke bwiihnyihnying

c’est pour un cadeau .
hnâan ke bwilhaany

voulez-vous un sac ?
eweebun ke bëek ? / e weebun ke tang ?

je voudrais un livre
eweek ke tusi /oge me weenyâ ke tusi

avez-vous du papier pour écrire ?
ehu anyibun peipë hnâân sisitr ?

un crayon s’il vous plaît ?
ke peen sumat ?

un stylo s’il vous plaît ?
oge me sumatâ ke stilo ?

n’oublie pas d’acheter du pain et du sucre
caa hnyiing hook falawa me suga

achète du pain à ton retour
hook falawa ju hnyi ihmetoom

prends l’argent dans le sac
hom mani ee hnyin tang

ramène le reste de la monnaie
hom hmetu jeem koloon mani
Sur les achats au marché


où se trouve le marché ?
ewa hna maaketr ?

devant la route principale
hnyimëkan gethen gaan

je voudrais des bananes
inyaa hook oûic

pouvez-vous me les peser ?
e ûcû kööbun ka weitrâ (weirâ) ?

avez-vous des fleurs ?
e hu thiûôngon ?

à combien est le kg de poisson ?
ûe hwaaban kilo wââ ?

mettez m’en un kilo
ip tööbun haca kilo me anyik

je n’ai pas de petite monnaie
ebë thö anyik mani ûnhyikong

gardez le reste
kââtru öbun koloon

merci de votre gentillesse
oleeti ge hwakecibun ae soo

les acheteurs sont nombreux aujourd’hui
eti sehia ûëët amûcû walaang ang
Sur les animaux
le chien est l’ami de l’homme
haba kuli me ihumwiny at

il faut protéger les roussettes
esoo ga haatr wiaa nya jee bû

ce soir je vais chasser le canard
inyaa he ââu sahaac ga kuhöö drâk

mon troupeau de bœufs est important
ese hmööhnyin dut haaleek obolok

les vers de cocotier sont très bons
eti senem hnamen nya jee waacinghâû
Sur la boisson
j’ai soif
iny be ic

ma soif est grande
e gaan hnöök tang be ic

veux-tu boire ?
e weem ga ic ?


donne-moi ton verre
inâ köönya belâm ehweni

ne bois pas trop
umwaa caa ic monu
Sur la connaissance de la langue
parles-tu le iaaï ?
ume hwen iaai ?

parlez-vous le iaaï ? (deux)
obwe hwen iaai ?

parlez-vous le iaaï ? (plusieurs)
obune hwen iaai ?


j’apprends la langue d’Ouvéa
oge me nââ hwen iaai.

je ne comprends pas
oge me caa tremângâ

parlez plus lentement
omii puco

c’est une belle langue
ke hwen ae ti soo

comment dit-on « merci » en iaaï ?
adreme kâmâu hna haa « merci » hnyi hwen iaai ?

je parle le iaaï mais je ne sais pas l’écrire
oge me hwen iaai ke oge me ca setr pi

j’apprends à écrire la langue
oge me nâa hna setr hwen

j’apprends à écrire le iaaï
oge me nââ hna setr hwen iaai

il faut apprendre la langue de ses ancêtres
eso he ka nâa hwen anyin jee lakibitin

il faut être fier de parler sa langue
haba ga puco hnyi hwen öta, me waleling hop ita
Sur l’habitation
Paul construit sa case
Pool ame hwaa umwen umwa

les abris sont autour des cases
jee odrahee are me waigigilöö ta jee uma

la case ronde est très belle
haba ito me ke uma ae hmanenang

la case est souvent surmontée d’une flèche
ame caa hnyi bë bwaitoiny ito

le toit des cases est en paille
are me hlu ban jee ito ge ot

où habitez-vous (plusieurs) ?
öbune laba ua ?

nous habitons à la Rivière Salée
öhmune laba Rivière Salée

vous êtes nombreux dans la maison ?
öbun se aten hnyaba ?

nous sommes 10 personnes
treen ûseihmun

mais nous avons 4 chambres
ka hnyi ûëk ta ut uma mokutr

la maison est sur 2 étages
haba uma me lo li gaöö uma ejii me edhöö

nous avons un petit jardin
ehu anyihmun oong gaadran
Sur l’heure
quelle heure est-il ?
ie traem but ang ?

il est trois heures (matin ou soir)
hawa kun
ou
theri kâlââk

il est midi
truorop kâlââk
ou
jeebigö saa

il est douze heures cinquante
jeebigö saa ke fifitre minitr

il est minuit
waben seetr ou saa litr ke saa laany

ma montre avance
haba anyik wac me elogot monu

ma montre retarde
haba anyik wac me beec monu

ma montre ne marche plus
ame caa he but anyik wac

vous (plusieurs) êtes en avance
enua monu anyibun traem

je suis en retard
e beec anyik traem ou oge oo beec
Sur la pêche



demain matin je pars pêcher
haba nyi hnyoomëkatu me inye he ka thuutr

combien serez-vous à pêcher ?
öbun ûe öbune he ga thuutr ?

nous serons quatre, viens-tu avec nous ?
öhmun ûëk, umaa tha he m’ööhmun ?

qu’allez-vous pêcher ?
ieû öbunaa thuurâ ?

des picots et des perroquets
jee omweetr me jee driisapwe

nous ferons aussi un peu de plonge
öhmune he hminya ga khutr

c’est surtout pour les popinées et les langoustes
k’öhmune ti he bi ga xulii wahep me otr
Sur les sentiments



j’ai envie de toi
e week au

je t’aime
iny betenge gaam

j’aime bien te voir
iny ti be oou

je t’aime bien
iny ti be week u

je t’apprécie
oge me laaiöu

c’est toi seul(e) que j’aime
au thibi week

toi seul(e) es dans mon cœur
au thibi hnyi oûnykumik

ma copine m’a quitté hier
haba week me aa digic nya but etr

mon ami m’a laissé tomber
haba i humik me a hnöönya but

je suis célibataire (homme)
iny tiga hidröu

je suis célibataire (femme)
iny tiga hlu

je peux t’embrasser ?
eûcû köönya ka ûkiis möu ?

la vie est belle, lorsqu’on aime
esoo möötr, aaanee hu weeta
Sur la végétation


le flamboyant a de belles fleurs
e hmanenang hûönginy ifalamboia

le fruit de l’arbre à pain est comestible
are me an wan ioun

la mangue est le fruit du manguier
haba omââng me wan imwââng

le papayer pousse facilement
e kûkûû manaapo

le santal est un arbre recherché
haba wahata me ke ûöö are me ti elââm

le cocotier est l’arbre roi d’Ouvéa
haba nu me ûöö iiny hnyei Iaai

le coco sucré est agréable à mâcher
hab nya wanuhe m’öta be hwee
Troisième partie Culture
La vie sociale et coutumière
Les premiers Européens trouvèrent que les Ouvéens menaient une vie difficile. Le manque d’eau potable et la faiblesse des pluies à certaines époques de l’année obligeaient les habitants de l’île à de durs travaux des champs.
À cette époque, les maladies les plus répandues à Ouvéa étaient la tuberculose associée à la filariose et au pian. Nombre d’habitants en étaient atteints.

La structure sociale reposait sur la lignée familiale. Le regroupement de lignées qui ont un même ancêtre forme le clan. Un chef, véritable gardien de la coutume du clan, est à sa tête. Les filles se marient en dehors du clan. L’enfant appartient au clan paternel, et ainsi détermine la transmission des terres. Mais la vie venant de la mère, l’oncle utérin a une grande importance. Les clans entre eux font allégeance à un autre chef qui représente un espace bien déterminé et qui sera plus tard désigné par le terme tribu par les Européens. Si plusieurs clans peuvent cohabiter, le rapport entre eux se fait selon leur ancienneté d’occupation de la terre. Les chefs de tribu n’ont pas de pouvoir absolu. L’opinion de leurs sujets, représentés par les chefs de clans qui les entourent et qui occupent des fonctions précises dans la chefferie, est déterminante.
De nombreuses chefferies sont originaires de Lifou et de la Grande Terre.

Quant aux chefferies d’origine wallisienne, leur organisation est semblable aux autres tout en étant plus ou moins autonomes dans leurs relations avec la grande chefferie de Bazit. À Muli, le chef Doumaï s’est également progressivement affranchi de la tutelle de Wenegei.
Vingt-six chefferies constituent alors Ouvéa. Ces chefferies étaient réparties entre deux grandes chefferies, celle de Bazit dans le Nord et celle de Wenegei dans le Sud.

La position de chef n’a aucune incidence sur la propriété foncière. Celle-ci est d’ailleurs assez complexe à Ouvéa. D’une manière générale, la terre est inaliénable, mais des traditions peuvent donner en dot un terrain aux femmes dont les frères utérins redeviendront propriétaires à la disparition de celles-ci. Comme il s’agissait de champs ou de cocoteraies situés dans les terres de leurs clans d’origine leur permettant d’y revenir régulièrement, cette dot ne pouvait appartenir définitivement aux fils aînés c’est à dire à un autre clan. La dot demeure valable tant que les femmes sont en vie. Certains clans peuvent ainsi avoir d’importantes propriétés disséminées dans plusieurs tribus. La mort de guerriers, tués par un membre du lignage familial, peut donner lieu à des cessions de terre au profit des mères. Les maîtres de la terre sont souvent des descendants des plus anciens clans installés et ont, de ce fait, une grande influence dans les conseils des anciens.
Les croyances
Les Ouvéens avaient une grande croyance dans des esprits et des dieux qui pouvaient être aussi bien bienfaisants que malfaisants et qui pouvaient être présents sur terre et sur mer. C’étaient des dieux de la nature et des dieux de la guerre. Ils pouvaient se matérialiser dans une pierre, un morceau de corail, du bois, etc. L’un des plus célèbres était Khong Hulup, dieu de la région de Canala. Il résidait dans une grotte à Hulup.

Tous croyaient en la vie après la mort, les défunts pouvant intervenir en bien ou en mal dans la vie du clan. Si le totem (représenté par un végétal ou un animal) était propre au clan, chaque personne avait l’esprit d’un ancêtre qui lui était propre et qui pouvait l’aider. Nombreux étaient ceux qui gardaient dans des amulettes la présence d’un disparu (cheveux, cils, ongles…) qui servait d’intermédiaire dans les moments difficiles.
Toutes ces croyances rendaient la notion du bien et du mal très présente. La morale des originaires d’Ouvéa était, à bien des égards, proche de la morale chrétienne, toutes proportions gardées bien sûr.

Le culte des ancêtres était très présent, notamment dans les danses et les cérémonies coutumières.
Quant à la sépulture, elle se trouvait souvent à proximité des habitations dans des sortes de tombes familiales, sur lesquelles des offrandes étaient régulièrement placées ; parfois les morts étaient enterrés dans les bois. Quant aux dépouilles des chefs, enveloppées de nattes, elles étaient fréquemment déposées dans des grottes ou des anfractuosités de falaises.
CARTE DES TRIBUS DE IAAI
L’ARRIVÉE DES EUROPÉENS
Les premiers découvreurs
Le premier Européen qui semble avoir pressenti l’île de Iaaï sans l’avoir découverte serait Bruni d’Entrecasteaux, c’était en avril 1793. Il faillit même se perdre le 17 avril de cette même année sur un atoll tout proche qu’il fit hydrographier par Beautemps-Beaupré. Celui-ci lui donna son nom. En langue locale, l’île s’appelle Heo. Mais il n’alla pas plus loin car sa mission était, en fait, de retrouver les traces de l’expédition de Lapérouse. Il revenait des îles de l’Amirauté situées en Papouasie-Nouvelle-Guinée où le capitaine anglais Hunter pensait que Lapérouse avait séjourné après son naufrage, ce qui s’avéra inexact. À l’époque, aucun Européen n’avait encore découvert l’archipel des Loyauté. On peut donc dire que Bruni d’Entrecasteaux fut le premier à en découvrir une partie, même si ce ne furent pas les trois grandes îles que sont Ouvéa, Lifou et Maré. Par contre, il eut un contact avec des originaires de l’île peu de temps après sur la côte Est de la Grande Terre. Le 3 mai 1793, Bruni d’Entrecasteaux rencontra, en effet, à Balade une pirogue double à deux voiles dont les occupants (sept hommes et une femme) parlaient une langue polynésienne et qui disaient venir « d’Avouea ».

En novembre 1793, le capitaine Raven, au cours d’un voyage de Sydney à Djakarta, commandant le transport à voiles anglais Britannia, découvrit l’île qu’il appela du nom de son bateau. Il avait précédemment visité Maré et Lifou auxquels il avait donné le nom de "Loyalty Islands". Mais la nouvelle de ses explorations fut peu répandue.

En juin 1827, le 17, Dumont d’Urville, mettant le cap sur Beautemps-Beaupré et continuant sa route, découvrit Ouvéa en lui donnant le nom d’Halgan. (Amiral français, Directeur des longitudes à Paris). Le 18 juin, il pénètre dans la baie d’Ohnyât où il aperçoit cinq pirogues remplies d’hommes qui portaient des chapeaux cylindriques. Il entama l’hydrographie de l’île mais ne descendra pas à terre.

En mai 1840, Dumont d’Urville retourna à Halgan et procéda à l’hydrographie de la partie sud de l’île, toujours sans avoir de contact particulier avec les habitants. Il est à préciser que le nom Halgan fut la seule dénomination d’Ouvéa, pendant une trentaine d’années sur les cartes marines françaises et étrangères.

Après la période des découvreurs européens, vint celle des aventuriers de tous bords. La recherche de bois de santal et de biches de mer entraîna de nombreux commerçants surtout anglo-saxons à sillonner le Pacifique-Sud pour y remplir les cales de leurs bateaux en échange de verroterie, de tissus et de barres de fer. Ouvéa n’échappa pas à la ruée des santaliers.
Les premiers santaliers et trafiquants
En 1842, le capitaine Cheyne et le capitaine Banks se procurèrent pacifiquement du bois de santal en traitant avec la chefferie Wenegei. En arrivant la première fois à Iaaï, plus précisément à Ohnyât, le 5 septembre 1842, le capitaine Cheyne dénomma l’île Britannia, du nom que lui avait donné le capitaine Raven en 1793, alors que cette appellation avait déjà été donnée pour désigner Maré. Le capitaine Cheyne fut le premier Européen à faire une description d’Ouvéa et de ses habitants. Il y remarqua l’animosité du chef Nékélo envers la chefferie Wenegei. Il fut toujours bien reçu et ses rapports avec la population locale se passèrent bien. Il nota que les Ouvéens étaient de très habiles commerçants. Le chef Wenegei avait une forte personnalité et était très respecté, ce qui évita bien des débordements. Le 22 septembre, le navire la Juno quitte Ouvéa pour Sydney puis le 12 octobre, le second bateau de Cheyne, le Bull met le cap sur Balade.
Le capitaine Cheyne se rendit à plusieurs reprises à Ouvéa pour y acheter du bois de santal et ce, jusqu’en 1846 où l’exploitation intensive du santal commença à atteindre ses limites. Cheyne resta toujours persuadé que Wenegei était le seul chef de toute l’île.

En 1848, un trafiquant britannique, lié aux activités de Lancaster et Kirsopp qui faisaient du recrutement forcé pour le Queensland en Australie, s’installa dans l’île malgré l’hostilité des habitants.
Dans les années 1850, le recrutement des Loyaltiens par les santaliers fut à son apogée. Il fut facilité par le souhait de nombreux iliens de quitter leur île, par la passion de voyager et aussi en raison de la dureté de la vie. Non seulement ils devinrent marins mais nombreux furent enrôlés pour travailler sur les plantations du Queensland en Australie où ils furent exploités durement. Malgré l’hostilité de l’administration française et les protestations faites auprès des autorités anglaises, ces recrutements durèrent jusque dans les années 1870.
En 1856, un santalier, Henry Burns, s’installa à Fajawe (Fadjaoué). À son arrivée, le chef Jookuie, fils de Wenegei venait d’être assassiné par les gens du Nord. Le fils de Jookuie étant mineur, les habitants de Fajawe (Fadjaoué) nommèrent ce même Henri Burns régent de la chefferie, pendant près d’une année, jusqu’à l’installation de Salomon Ombalu, l’un des frères du défunt Jookuie. L’entrepôt d’Henri Burns fut, de 1856 à 1861, le principal point de commerce du santal dans le Sud-Ouest Pacifique. Le santal était préparé et conditionné sur place avant d’être expédié vers la Chine (Canton). Ce santalier résidait dans une vaste maison qu’il avait fait construire et possédait même un magasin. Prenant trop d’importance, il fut poussé par l’administration française à quitter l’île, ce qu’il fit en 1861. Henri Burns s’installa par la suite à Anatom aux Nlles-Hébrides. Il possédait quatre bateaux dont les équipages étaient tous des Loyaltiens.

Cette même année, Wenegei fut assassiné par Bazit. Quarante cinq hommes furent tués au cours des combats, une grande majorité parmi les hommes de Bazit pourtant armés de fusils, mais ceux-ci perdaient du temps à recharger leurs armes. La supériorité des casse-têtes et des lances dans les combats rapprochés était encore réelle.

C’est à cette époque que James Paddon envisagea d’installer sur les côtes du détroit de Torrès en Australie une partie de la population d’Ouvéa afin qu’elle puisse travailler sur une importante pêcherie de biches de mer et d’huitres perlières, mais ce projet n’eut pas de suite.
La vie des habitants à l’arrivée des Européens
La plupart des hommes et des femmes avaient les lobes des oreilles perforés, opération qu’ils effectuaient à la puberté. Les hommes avaient les perforations si grandes que cela leur permettait d’y insérer des petits rouleaux de tapa, des morceaux de bois ou des paquets de feuilles. Les cheveux étaient bien entretenus. Les jeunes les blanchissaient avec de la chaux. L’aiguille que les hommes plantaient dans leurs cheveux donnait une indication de leur rang. Les personnes inférieures la portaient attachée autour du cou. Avant l’arrivée des Européens, les hommes se rasaient avec des coquillages (les clovisses) qui étaient utilisés comme pinces pour arracher les poils. Ils ne se peignaient pas le corps sauf pour aller au combat. De même le tapa qu’ils enroulaient autour de la tête n’était porté qu’à la guerre. On se courbait toujours et on baissait ses armes en passant devant un chef.
La population ne portait pas de vêtements. À l’adolescence, les garçons portent un cordon fait de poils de roussette qu’ils mettent autour des reins. Les hommes n’étaient pas circoncis et les femmes mariées portaient une frange autour de la taille qui couvrait leur nudité intime. Les femmes non mariées n’avaient aucun habit. Une stricte chasteté était observée avant le mariage. La polygamie n’était pratiquée qu’à une petite échelle, surtout par les chefs. On raconte que Wenegei à l’époque du passage du capitaine Cheyne avait quatre femmes. Les hommes et les femmes vivaient dans des cases séparées. Les enfants à partir de la puberté vivaient dans les cases de leur père ou de leur mère en fonction de leur sexe.
Les originaires d’Ouvéa comme ceux de l’archipel des Loyauté avaient une taille un peu plus élevée que ceux de la Grande Terre. Généralement de couleur moins foncée, ils avaient aussi les cheveux beaucoup moins crépus.
Les journées étaient bien remplies pour les femmes car elles effectuaient seules la majeure partie des travaux sauf la plantation des ignames. L’emploi du temps était bien réglé. Tous se levaient avec le soleil, prenaient leurs 3 repas par jour, allaient aux champs plutôt le matin et se couchaient vers 21h. Le travail des champs se faisait à mains nues avec des bois pointus. La nourriture était constituée d’ignames, de patates douces, de taros, de noix de coco, de bananes, de cordylines et bien sûr de poissons. Pour obtenir du feu, on frottait l’une contre l’autre deux nervures centrales séchées du cocotier, le combustible étant la bourre de coco. Les utilisations du cocotier étaient multiples. Les coques des cocos servaient de gourdes en mer. Coupées en deux, elles faisaient des écuelles voire des tasses. Matériau de construction par excellence, la palme de cocotier pouvait, tout aussi bien, être transformée en pagnes de danse, en paniers, chapeaux ou colliers.
Les premiers missionnaires
En septembre 1846, le grand chef Wenegei rencontra à Mou sur l’île de Lifou le catéchiste rarotongien Ta’unga pour lui demander l’envoi de catéchistes. Mais le projet ne put se réaliser.
En mai 1848, les Pères Rougeyron et Roudaire, embarqués depuis l’île des Pins sur l’Arche d’alliance faisant route vers Anatom aux Nouvelles-Hébrides, déposèrent dans l’île le fils de Wenegei, Jookuie, qu’ils avaient trouvé à Port-Jakson en Australie alors qu’il s’était enfui du navire d’un trafiquant anglais. Le Père Roudaire espérait pouvoir s’installer sur l’île. Toutefois, le projet d’installation d’une mission mariste ne put se réaliser car les deux grandes chefferies d’Ouvéa étaient en guerre.

En 1856 venant de Maré, principal centre de la Mission protestante, deux catéchistes protestants, Kakoulua de Samoa et Paeone de Maré, débarquèrent afin d’évangéliser l’île. Il semble que ce soit la chefferie Wenegei qui les ait appelés. Ils s’installèrent à Fajawe où la population accueillit favorablement la nouvelle religion.
L’arrivée de Burns à Fajawe ainsi que les nombreux contacts que la chefferie Wenegei avait avec les trafiquants anglais et les premiers catéchistes protestants, contrarièrent Bazit. Celui-ci se montra alors ouvert à l’arrivée de la mission catholique afin de contrebalancer l’influence grandissante des Protestants.
Le 13 avril 1857, jour de Pâques, les Pères maristes débarquèrent à Héo en compagnie du Père Rougeyron, devenu Provicaire et Chef de la Mission catholique après la mort de Monseigneur Douarre. Jean Bernard et François Palazy seront les premiers Pères à apporter la parole catholique. L’installation de la mission bénéficia de la protection du grand chef Bazit. Le Père Bernard était accompagné du Wallisien Siriano.

L’installation des Catholiques à Ohwen et des Protestants à Iaaï intensifia le conflit entre les deux grandes chefferies. À cette époque il régnait à Fajawe une atmosphère de guerre.

À la fin de l’année 1857, le gouverneur des Établissements français de l’Océanie, du Bouzet, se rendit en bateau à vapeur (c’était une première) à Ouvéa pour informer les chefs coutumiers rencontrés qu’ils étaient sous la dépendance de la France. Sous l’insistance du Père Bernard, il tenta de réconcilier les deux grandes chefferies qui n’avaient toujours pas fait la paix depuis l’assassinat de Wenegei. Le Père Bernard avait souhaité un compromis, les Catholiques au Nord et les Protestants à Fajawe, mais celui-ci ne résista pas à l’épreuve du temps.

En avril 1858, le père Eugène Barriol remplaça le Père Palazy que le Révérend-Père Montrouzier (en déplacement sur le navire du commandant Testard, le Styx ) emmena à Lifou. Si la mission catholique commençait à se développer dans l’Ohwen avec le Père Bernard, le Père Barriol s’installa à Fajawe (Fadjaoué) dans le pays de Iaaï car il souhaitait éviter une mainmise trop importante de la mission protestante dans cette région. Il eut de grandes difficultés à s’y implanter.

Vers 1859-1860, toute la population d’Ohwen (environ 1 000 personnes) était acquise aux Pères maristes. Dans le Sud, le grand chef Doumaï et les 300 habitants de Muli s’étaient rangés du côté de la mission catholique, probablement afin de se libérer de l’autorité de la chefferie Wenegei et se rapprocher des descendants des Wallisiens du Nord.

À Fajawe, près de 200 personnes sur un millier d’habitants que comptait le pays de Iaaï se rapprochèrent également des Pères maristes. La crainte de voir des navires de guerre français venir les attaquer et prendre leurs terres étaient pour beaucoup dans ce soutien.
La guerre des religions
Afin de consolider son influence dans Ohwen avant une arrivée probable des Protestants, la mission catholique imposa des lois (assistance obligatoire aux offices, prohibition de la polygamie, interdiction de divorcer, respect du dimanche…). Bazit se chargea de les faire respecter auprès de toutes les chefferies du Nord. Tous acceptèrent sauf le chef Oûë de Ohnyât qui se plia d’abord avec réticence à ces lois. Puis, il rompit avec Bazit, soutenu en cela par les catéchistes protestants de Fajawe qui s’assemblèrent peu après à Ohnyât pour y ériger une chapelle protestante. Bazit fit détruire le village et chassa les habitants qui se réfugièrent à Hwaadrila.

Désemparé, Wenegei se rendit à Lifou demander un missionnaire au Pasteur Mac Farlane. Il vint à Fajawe pendant trois semaines et y installa son meilleur catéchiste, Apolo.

En 1864, la société missionnaire de Londres (LMS) établit un missionnaire permanent à Ouvéa par l’arrivée au mois de décembre du Pasteur Samuel Ella qui emménagea dans l’ancienne maison de Burns. Les Protestants prirent de l’assurance. À Muli, Pumali se sépara de Doumaï pour se rapprocher du pasteur Ella. Pendant plusieurs années l’hostilité régna entre les deux hommes. Le village de Pumali fut même incendié par Doumaï. Mais à Fajawe, le grand chef Ombalu et le Père Barriol usèrent de nombreux stratagèmes pour s’approprier l’édifice religieux qui fut construit en premier par les Protestants.

Le 25 juin 1865, le gouverneur Guillain débarqua à Ouvéa afin de conforter le rattachement de l’île à la Nouvelle-Calédonie, ce qu’il avait déjà fait l’année précédente à Maré et Lifou. Le drapeau tricolore y fut hissé officiellement pour la première fois. Son intervention avait aussi un double but : interdire l’enlèvement d’Ouvéens par des navires anglais qui recrutaient toujours de la main-d’œuvre pour les plantations du Queensland en Australie et ramener l’ordre dans une île passablement agitée. Il trouva, en effet, Iaaï déchirée par des conflits tribaux exacerbés par une guerre de religions entre Protestants et Catholiques. Il confirma la nécessité de la liberté religieuse et divisa Ouvéa en 3 districts : Ohwen, Fajawe (Fadjaoué) et Muli (Mouli) et nomma à leur tête Bazit, Ombalu et Doumaï. Tous les trois furent cependant contestés par les Protestants car ils étaient Catholiques.

Ombalu et son neveu Cyrille Wenegei s’étaient, en effet, décidés à soutenir la mission catholique probablement plus par calcul politique que par conviction.

Le Pasteur Ella ne manqua pas de s’opposer au prosélytisme envahissant des catholiques en intervenant même auprès des autorités de Paris par le truchement du Foreign Office. En 1869, une commission d’enquête fut nommée par Paris qui aboutit au départ des Pères Barriol et Bernard remplacés par les P.P. Roussel et Pionnier qui restèrent jusqu’en 1874 pour le premier et 1875 pour le second. De 1872 à 1873, le Pasteur Sleigh séjourna près d’une année en remplacement d’Ella en congé.

Mais les troubles ne cessèrent pas et Ombalu fut emprisonné à Nouméa afin de laisser la place à Wenegei qui était en âge de prendre la chefferie. Bien que catholique, sa neutralité ne dura pas longtemps devant les agissements de Waesolot, lui aussi catholique, qui émit des prétentions à la chefferie. Wenegei se rapprocha alors des Protestants et fut assiégé en 1873 à Fajawe pendant deux mois avant de capituler. Quinze personnes trouvèrent la mort. Le Résident français de Lifou, Caillet, fit arrêter Waesolot ainsi que vingt-et-un de ses guerriers. Wenegei, rétabli dans ses droits, dut se résoudre à faire revenir de Nouméa Ombalu acclamé à son retour. Wenegei se résigna à n’être grand chef que de nom.

Les tensions s’apaisèrent après le départ des ecclésiastiques. Le père Roussel quitta Ouvéa en 1874 et fut remplacé par le Père Armand Emprin qui s’avéra beaucoup plus conciliant que ses prédécesseurs. On doit à ce dernier la rédaction d’un catéchisme en fagauvéa édité en 1887 par l’imprimerie catholique à Nouméa. Ce catéchisme tant attendu depuis des années a finalement été imprimé dans la langue de St-Joseph. Les responsables maristes, dont le Père Rougeyron, avaient bien essayé de faire accepter un catéchisme en drehu ou en wallisien mais l’obstination des pères qui souhaitaient un livre dans la langue locale a fini par être fructueuse. Quant au catéchisme en hwen iaai, (are we Houia Wegnaïa), il ne fut imprimé qu’en 1891 par l’imprimerie de la mission de St-Louis près de Nouméa. En 1930, le catéchisme sera réimprimé dans une nouvelle version.
Mais le retard était important par rapport aux Protestants dont les premiers livres de lecture en iaaï datent de 1865. Le Pasteur Samuel Ella réalisa de nombreuses traductions des Évangiles, d’Actes des Apôtres, d’Épitres et de Psaumes entre 1868 (Évangile de Luc), 1869 (Évangile de Jean), 1870 (Évangile de Marc), 1874 (Actes des Apôtres), 1878 (Épitres de Paul et de l’Apocalypse) et 1880 (Psaumes).

Ce n’est qu’en 1903 que sera imprimé toujours à St-Louis l’Évangile de St-Mathieu en fagauvea. En 1914 un nouveau catéchisme dans la langue de St-Joseph sera édité mais dans une nouvelle orthographe.

PRIÈRE DU NOTRE PÈRE EN IAAI



Kamöhmun löö

Kamöhmun löö edhöö hnyi draany,
esoo e kap iâm,
esoo e oo but doxoom doxu,
esoo adre me ânyâ weem eang hmweledraany,
Eme ûcû me edhöö hnyi draany.
Haam but kööhmun hnyi bong aang,
jeeû ae ûcû kööhmun,
thang gut ta jee monu gaahmun, helâ me hnöhmun,
Hna thang gut ta jee monu gaadra, adre me ookonguu
öhmun ;
caa hum öhmun ka hnyi ûcubwic, ke soo bi
hûgûn’ööhmun dut ûnyi hnyi hulö. Anyin
au thibi baaselaia,
me mën, me hmanenang nyielee balua !
Aamen.



En octobre 1874, le Résident Caillet arrive de Lifou à Ouvéa à l’appel du missionnaire Ella à la suite d’une déclaration de guerre qu’Ombalu avait fait à la tribu de Banutr. Le calme revint peu après.

Ce n’est qu’en 1875, que la paix s’installa définitivement entre les différentes parties de l’île, avec la fin des conflits entre catholiques et protestants. Ouvéa était devenue la seule des îles Loyauté à ne pas être à majorité protestante. Toutefois, si le Nord (en dehors de Goosana) et le Sud de l’île sont essentiellement catholiques, le district de Fajawe (Fadjaoué) situé au centre de Iaaï est majoritairement de confession protestante.

Le missionnaire Ella, desservi par la santé de sa femme, quittera Ouvéa en 1875. Son successeur James Hadfield, n’arrivera que deux ans plus tard, le 3 avril 1877, et résidera à Fajawe (Fadjaoué) de 1877 à 1886 puis ensuite à Lifou. Il fut le traducteur de la Bible (Tusi Kap) en iaaï dont la première édition date de 1901. Il est également à l’origine du système orthographique de la langue, en particulier les accents, toujours en vigueur de nos jours. Il multiplia ses efforts pour l’éducation et la formation non seulement des jeunes mais aussi des adultes notamment, par la création d’une association ouverte à tous qu’on appellera aux Loyauté les Kerisiano.

Lorsqu’en 1895, le pasteur Langereau demandera à Hadfield un pasteur pour s’occuper de la communauté loyaltienne de Nouméa, c’est un pasteur originaire d’Ouvéa, Peteru Ihily, qui fut nommé.

Les relations s’harmonisèrent progressivement entre les deux principales communautés religieuses pour devenir œcuméniques vers 1950.

En 1900, Ouvéa comme les autres îles des Loyauté est déclarée réserve autochtone.

En 1903, le 10 mars, un arrêté du gouverneur Picanon interdit la vente de boissons alcoolisées à tous les indigènes de Nouvelle-Calédonie. Cet arrêté ne sera abrogé que le 18 décembre 1970 par une délibération de l’assemblée territoriale autorisant l’introduction de l’alcool dans les tribus. Cette délibération sera toutefois amendée le 22 décembre 1972 par la supression des licences de vente d’alcool dans les tribus.

Le 18 avril 1914, par arrêté du gouverneur Brunet, Nekelo est reconnu grand chef du district indépendant de Taakeji qui devient le 4e district de l’île après la création du district de Mouli en 1865 par le gouverneur Guillain. Le dernier district, celui de Ihmwöne, vit le jour en 1988.

En 2011, Iaaï est composée de 5 districts coutumiers :
Fajawe , 11 tribus, 51% de la population.
Ihmwöne , 1 tribu, 6% de la population.
Muli , 3 tribus, 17% de la population.
Heo , 4 tribus, 20% de la population.
Taakeji , 1 tribu, 6% de la population.
L’évolution de la vie quotidienne
Le verre et le tabac ont été les premiers produits qui ont modifié la vie des insulaires. Le verre parce qu’il a permis d’être utilisé comme instrument tranchant (pour se raser) mais aussi comme bouteilles et comme bijoux (perles). Le tabac est consommé abondamment par tous et prend rapidement une place importante dans la coutume. Aujourd’hui encore, même s’il est de moins en moins présent dans les gestes coutumiers qui se désignent par le mot sigââ ( cigarette ). Les lobes percés des oreilles servent désormais à transporter pipe et tabac. Il devient même un instrument monétaire. Les objets métalliques trouvèrent eux aussi rapidement la faveur des Ouvéens, en particulier pour le travail des champs, la construction des habitations et la fabrication des pirogues. L’herminette devient indispensable. Ouvéa passa de l’âge de la pierre polie à celui du fer.

Quant aux tissus, c’est davantage pour se parer que pour s’habiller qu’ils furent d’abord utilisés. Les fusils n’eurent jamais grande presse. Leur maniement à cette époque était compliqué et n’apportait pas vraiment de supériorité face aux casse-têtes traditionnels. Ils permettaient toutefois d’améliorer la chasse au gibier (canards, autres oiseaux et roussettes).

Contrairement à de nombreuses autres îles du Pacifique, il n’y eut à Iaaï, jamais d’échanges de femmes contre des marchandises de même qu’il n’apparait pas qu’il y eut de scènes d’harcèlement sexuel ou de débauche.

Par contre, beaucoup d’hommes furent embarqués comme matelots sur des bateaux de santaliers. Si nombreux parmi eux allaient de leur propre gré, d’autres étaient enrôlés de force. Ce fut le cas de ceux, appelés plus tard les Kanakas, qui allèrent travailler durement sur les plantations du Queensland en Australie.

On estimait la population de l’île, à l’arrivée des Européens, à 2.500 habitants. Les maladies importées (la phtysie pulmonaire, la lèpre, la petite vérole et la rougeole mais aussi l’alcoolisme et la dysenterie) ont fait décroitre la population mais dans des proportions moindres que dans la Grande Terre calédonienne. En 1901, le recensement donnait une population de 1.884 habitants. En 1931, la population était remontée à 2.300 habitants.

La structure sociale d’Ouvéa fut certes ébranlée et secouée par l’arrivée de la modernité, mais ne fut ni corrompue ni bouleversée par la présence étrangère que les Ouvéens utilisèrent souvent à leur avantage.
État civil
Avec l’arrivée des premiers missionnaires qu’ils soient catholiques ou protestants, une ébauche d’état civil va se mettre en place par l’établissement de registres paroissiaux. Ceux-ci datent à Ouvéa de 1856 pour les Protestants et 1857 pour l’Église catholique. Cet état-civil ne concernera toutefois que les personnes baptisées et l’enregistrement des données se fera la plupart du temps uniquement avec les prénoms. Ceux-ci étaient souvent en iaaï pour les baptisés Protestants à qui on donnait fréquemment des prénoms bibliques, et en français pour les nouveaux Catholiques à qui on donnait principalement des prénoms de Saints, prénoms en français qui se transformeront souvent avec la prononciation en prénoms orthographiés en iaaï.

Ce n’est que le 21 juin 1934, que l’administration par un arrêté paru au Journal Officiel de la Nouvelle-Calédonie du 15 juillet suivant, créa un état civil des Indigènes qui deviendra en 1954 l’état-civil des citoyens de statut civil particulier. Les actes (naissance, reconnaissance, décès, mariage, dissolution ou annulation de mariage, adoption…) sont inscrits au fur et à mesure de leur déclaration sur un registre tenu en double expédition par le fonctionnaire de l’état-civil chargé de l’administration de la circonscription. La double expédition permettait de conserver un exemplaire de tous les registres directement à Nouméa au service des affaires indigènes. C’est encore le cas aujourd’hui.
Ce seront en fait les gendarmes qui feront office d’officiers d’état-civil en tant que syndics des affaires indigènes et ce, pendant près de trente ans

En 1955, un nouvel arrêté précise la nécessité de tenir trois registres (l’un pour les naissances, le second pour les mariages et leur dissolution et le troisième pour les décès). Ceux-ci étant toujours réalisés en double exemplaire.

En 1964 que l’état-civil sera progressivement transféré aux maires des communes, ce fut le cas à Ouvéa.

Il faudra attendre l’importante délibération du 3 avril 1967 publiée au Journal Officiel du 5 avril de la même année et applicable le 1er janvier 1968 pour que soient précisés non seulement le fonctionnement des états-civils mais aussi la rédaction des actes. C’est à cette époque que les actes de l’état civil seront désormais reçus dans chaque circonscription par le Maire ou par l’Officier de l’état civil. L’identité des citoyens de statut civil particulier qui, jusque là ne pouvaient être enregistrés que sous leurs prénoms est clairement désignée.

Cette identité doit comprendre 3 éléments :
1 le nom patronymique ou nom de famille.
2 le (ou les) prénom (s) chrétien (s)
3 le nom individuel mélanésien.

L’instauration du livret de famille date de cette époque.

Dans l’évolution de l’état-civil coutumier, il convient de parler des dernières dispositions actuellement applicables et en relation avec l’accord de Nouméa de mai 1998 (loi organique n°99-209 du 19 mars 1999). Celui-ci stipule qu’à compter du 1er janvier 2000, le statut civil coutumier (remplaçant l’appellation de statut civil particulier) devient une compétence de la Nouvelle-Calédonie. Il est géré par le service de l’état civil coutumier de la direction des affaires administratives et juridiques.

Dans ce texte, il est donné la possibilité aux personnes de changer leur nom patronymique afin de retrouver leur nom d’origine. Cette possibilité demande pour être prise en compte un procès-verbal de tenue de palabre. La commune d’Ouvéa est l’une des communes calédoniennes où les demandes de changement de nom sont les plus nombreuses.
Le choix des prénoms
Comme dans toute la culture kanak, aucun nom n’était prononcé à la légère. Il est partie prenante des ascendants. Le prénom était souvent celui d’un ancêtre du côté du père ou de la mère. Il pouvait être pour les garçons le prénom d’un grand-père ou d’un ancêtre comme celui d’un père. Il en était de même pour les filles. Les cycles étaient fréquents dans le choix des prénoms. De nos jours, la transmission se fait toutefois de plus en plus irrégulièrement. Il y a une perte réelle de la tradition. Cette perte est cependant plus sensible en milieu catholique qu’en milieu protestant. L’obligation pendant une longue période de donner un prénom en français (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui) a abouti des extravagances comme celle de donner le nom d’hommes politiques ou tout simplement celui du saint du jour de naissance, qui parfois n’en n’était pas un, comme fetnat pour le 14 juillet.

Les ancêtres étaient invoqués par les prénoms dans les exclamations coutumières. Autrefois, le Kanak faisait peu usage de son propre prénom. Il y avait même beaucoup de discrétion à le prononcer, voire un attachement secret à celui-ci. Dans la vie quotidienne, on se nommait surtout par des surnoms ou par des appellations du type "père de … ou mère de…"

Avec la généralisation de l’état-civil, les prénoms sont devenus d’un usage courant dans leur utilisation. Mais de nos jours très souvent, notamment aux îles Loyauté, le nouveau-né a deux prénoms, l’un dans la langue qui sera utilisé dans le milieu kanak, l’autre en français pour les formalités administratives, pour l’employeur ou les relations avec les Européens. Et si le prénom kanak n’a pas été déclaré à l’état-civil, il sera alors employé comme un surnom qui pourra parfois supplanter le ou les prénoms officiels ce qui peut générer quelques difficultés en milieu non-kanak.
LEXIQUE FRANÇAIS-IAAI



A


a (il y en)
e hu

à
1/ köö
2/ eû

à (dans)
1/ hnyi
2/ walee hnyi

à (vers)
ka

à bientôt
ötinaa ioouny hmetu dhö

à cause
caan

à côté
elââ

à côté de
baaten

à côté de lui
hnyi baaten

à demain !
1/ taa ioouny jut nyi !

à demain
2/ aawe, but nyi !

à demain !
3/ nyi !

à jeun (alcool)
1/ caa monu
2/ caa gârââk

à jeun (alcool)
3/ caa köiö

à jeun (nourriture)
caa han

à partir de maintenant
hwâân walaang ang

à profusion
dudu

à qui est-ce ?
anyi iaa ?

à toi !
1/ he ju !
2/ kaa au !

à tout à l’heure !
1/ taa ioouny dö eâu !

à tout à l’heure !
2/ aawe but ââu !

abaisser
hom hnyikânââi

abaisser (s’)
1/ oot
2/ xudrung
3/noom

abandonner
hnaju

abattre
oouuâ

abattre (s’)
uu

abeille (l’)
bii

abime (l’)
dok ae ditr

abondance (l’)
unöngöt tö

aborder
1/ xöp
2/ fëëtrö

aboyer
1/ hâup
2/ kuku

abri (l’)
1/ ondrahehe
2/ odrahee

abriter
ootungâ

abriter (s’)
tung

absent
e hiaa

absorber (remède)
ijem bubuny

acacia (le vieil)
wajoon kasia

acanthacée (plante)
begun

acanthaster (l’)
xûûiny jee hme

accalmie (l’) brève
oong tahau

accalmie (l’) de pluie
uusöösö

accepter
kap sooâ

accompagner (m’)
tha he möönya

accompli
1/ bexöt
2/ hwadâdhö

accomplir
1/ oobexötâ
2/ oohwadââ

accomplir (s’)
hwadâ

accord (c’est d’)
oge me kap

accorder
hna

accorder (s’)
tha xaca

accoster (bateau)
fëëtr

accostage (l’)
iffëriny

accoucher
ohmaalin

accourir
wadring

accroc (l’)
mou

accroché
1/ him
2/ uhni

accrocher
uhno

accroupir (s’)
baatetootr

accueil (l’)
hna kap

accueillir
xöp

accuser quelqu’un
biifuucâ

achat (l’)
ûcoo

acheter
ûcûû

acheteur (l’)
amûcû

achever
1/ ooumâ
2/ umdö
3/ hlingâ

acide
miminy

acné (l’)
ohmenut

âcre
hnahmiâ

acte (son)
anâânen

active
1/ hukâ

activer
2/ oomweimweiâ

activer
3/ oologotâ

adhérer
1/ ookeceâ
2/ hanen

adieu
ötiâ

admirer
lââiâ

admirer (s’)
xuxudrung

adolescent (l’)
thööt

adolescente (l’)
oong hlu

adosser (s’)
1/ fëëtr
2/ joon

adroit
1/ macamök
2/ hwahwadâ

adulte (l’)
at hnathu

adultes (les)
ûëët gaan

affaiblir
1/ oomëtrâ
2/ oomërâ

affaire (c’est son)
1/ hamen ka
2/ hanymen ka

affaires (les)
1/ melita
2/ thaatûnyi

affaisser (s’)
1/ kölu tootr
2/ kökölu

affaisser (s’)
lap

affligé
1/ hlöuhlöu
2/ hmehmë

afin que
2/ me haba
2/ me ame

âge (l’)
hunaa

agenouiller
oociibouucaa

agenouiller (s’)
ciiboouuca

agité (qui agit trop vite)
seesee

agiter
1/ bwebweelâ
2/ waalöö

agiter (s’)
jaat

agneau (l’)
nak maamoe

agréable
hnebwia

agripper
kââtr hmââ

agripper (s’)
1/ xöötr hmâ

agripper (s’)
2/ ûxöötrhmâ köu

ai (j’)
ehu anyik

aide (l’)
ûhadruö


aider
hadruâ

aïeux (les)
jee lanyiitin

aigle (l’)
baaholee

aigle solitaire (l’)
ien

aigrette (l’)
thihmwöu

aigrette (l’) (mèche)
ohmwöu

aigrette (l’) de récifs
menâiny jee hme

aiguille (l’)
jebû

aiguillette (la grande)
wat

aiguiser
xetr

aile (l’)
labenyin aileron

(requin)
bohûnyoon

aimable
1/ at ae betenge

aimable
2/ esoo hwakecin

aimer
betenge

aimer (avoir envie)
weenyâ

aimer bien
1/ be wâ
2/ be weeny

aimer (s’)
1/ ibetengiököu

aimer (s’)
2/ betenge ke at ka ke at

aine (l’)
waseetr

ainé (l’)
aatöö

air (en l’)
göraany ai

aisselle (son)
hnyaabenyin

ajouter
bii hanen

albinos (l’)
omë

albula vulpes (le gros)
hu

alcool (l’)
gârââk

alêne (l’) pour toiture
didio

alentours (aux)
1/ hee
2/ eheeling baaten

algues (les)
1/ajilaat
2/ papanu
3/ dren

aligner
1/ oogaagaa
2/ oogaaiâ

aliment (l’)
uten

aliment (l’) comestible
hing jeeû

allaiter
1/ asen
2/ ûasin

allé (être)
1/ mwi
2/ mu

aller
he

alliance (l’)
1/ mani tootr
2/ ûhihinyköu

allier
noocköuâ

allier (s’)
1/ ûhihiny köu
2/ ûnoocköuâ

allié
hien

allume-feu (l’)
1/ utam 2/ udham

allumer
ûôôc


allumettes (la boite d’)
thimeic

allumettes (les)
jee omeic

alors
me

aloès (l’)
lalues

amande (l’) (coco)
wahenu

amarre (l’)
töö fëëtr

amaryllis (l’
ûlis

amasser
ûxöûnâ

ambidextre
medro

ambrevade (l’) (plante)
bana

âme (l’)
hanu

amener
hom

amer
1/ hnaca
2/ hnahmiâ
3/ hiny

amertume (l’)
1/ hnaca
2/ hlöuhlöu

amertume (ôter l’)
1/ oohiaa hnaca

amertume (ôter l’)
2/ oohiaa hlöuhlöu

ami, e (l’)
1/ ihum
2/ hanen

ambrevade (l’)
bana

amorce (l’)
obë

amorcer
habëë

amour divin (l’)
ibetengiö anyin Khong

ampoule (l’)
bubuluu köiö

ananas (l’)
painaapë

ancêtres (les)
1/ wahingat
2/ jee lakibitin

ancien
e kueeny jut

ancre (l’)
iun

ancrer
xûööuniny

ancrer (s’)
1/ un
2 / xûöö un

anéantir
oohiaa

anémone (l’)
ajilaat

ange (l’)
angela

anglais (l’) (poisson)
tehmëë

anguille (l’)
ûenyâ

animal (l’)
meno

année (l’)
hunaa

année (bonne nouvelle)
esoo hunaa ae thep ûnyi !

annoncer
1/ xetâ
2/ oomënenâ

annoncer
3/ ûnöö
4/ thumetoo

annoncer la parole
1/ haa hofuuc
2/ xetâ hofuuc

annulaire (l’)
baanye hûnyâk

anse (l’) du panier
nyingen tang

antidote (l’)
eeny

anus (l’)
ohmokuiny okooman

aout
ogos

apaiser (s’)
ta but hau

apercevoir
wâûnykûme

après
hwaaban

apparition (l’)
ibii menen

apparition (l’)
2/ oo a bâân
3/oo

appartement (l’)
uma

appât (l’)
obë

appâter
habëë

appeler
1/ hawâ
2/ hongot

applaudir
1/ xöxöû hnyaam

applaudir
2/ ame xöûxöû hnyaam

apporter q. q. chose en haut
1/ öliâ

apporter q. q. chose en haut
2/ hom ke ûnyi göraany ai

apprécier
1/ be wâ
2/ be weeny
3/ be ic

appréhender
1/ kââtr 2/ outen

appréhension (l’)
1/ hloohlo
2/ oot

apprendre
nââ

approcher (s’)
he hakekeny

approfondir
oodilâ

approuver
oohnathoo

approuver par des cris
oogââ

appui (l’)
ci

appuyer
hlec

appuyer (s’) (sur qq chose)
ûciimöng

appuyer (s’)
1/ cöö
2/ fëëtr

après
hwaaban

après quelques jours
hwaaban dö ke jee bong

après-demain
1/ hwaaban bong nyi

après-demain
2/ bong elee

après-midi (l’)
1/ hwaaban dö jeebigö

après-midi (l’)
2/ aa haû but seûnö

après (d’)
1/ ooûcoo
2/ helâ me

araignée (l’)
1/ wahaiihnââ

araignée (l’)
2/ waleleehmëë

araignée (la petite)
oong waleleehmëë

araignée (l’) venimeuse
1/ wa lelehmëë ûhûlû

araignée (l’) venimeuse
2/ walelehmëë ejii ae kong hwadeeny

araignée (l’) (coquillage)
anget

arbitre (l’)
paia

arbre (l’)
ûöö

arbre (l’) à colle
miina

arbre (l’) à feuilles pennées
wanecotr

arbre (l’) à fruit ihuigne
ihûiny

arbre (l’) à ombrage
û drök

arbre (l’) à pain
ioun

arbres (les)
saûöö

arbres (la plantation d’)
1/ saûöö aree taa
2/ hna te ûöö

arbrisseau (l’)
oong ûöö

arbuste (l’)
1/ mëëgun
2/ ölitr

arc (l’)
fana

arc-en-ciel (l’)
waajilöufat

arcade sourcilière (l’)
1/ hon li badeemëkan

rcade sourcilière (l’)
2/ hon li badeecmëk

arête de poisson (l’)
jeien wââ

argent (l’)
mani

arme (l’)
ûnyi ûëët

arracher
1/ oc
2/ hööc
3/ thâ
4/ thö

arranger
1/ anyâ wiaa
2/ hiip

arrêt (l’)
1/ ûtilen
2/hna tootr

arrêté
hnaip

arrêter
thawââ

arrêter (s’)
1/ tootru
2/ tootr

arrêter quelqu’un
1/ thawââ ju
2/ke at are kââtr

arriver
oo

arriver à
1/ oo aang
2/ oo eû
3/ oo elee

arroser


artère (l’)
tööiny oûnykum

articulation
hna hûjö

assassin (l’)
at ûhlingö

assembler
ooxacaa

asseoir
oolabaa

asseoir (s’)
1/ laba
2/ laba ju 3/ laba thö

assez (c’est)
e ûcû but

assiette (l’)
1/ taben jeeû
2/peleitr

assistant (l’)
hanen

assombri
xömet

assommer
1/ saa
2/tho ban

assortiment (l’)
1/ niken
2/ thueniken

assoupli au feu
ong hnyi meic

assouplir les feuilles
uung löö

asthme (l’)
môxon

asticot (l’)
waahnyöng

astiquer (battre)
hlabec

atout (l’)
trâm

atout carreau (l’)
trâm draimen

atout coeur (l’)
trâm haatr

atout pique (l’)
trâm sipeitr

atout trèfle (l’)
trâm kalap

attaché
1/ oohûkölöâ 2/ nooc

attache (l’)
ohûkölö

attache (l’) (fait en coco)
gögölö

attacher
1/ nooc 2/hûkâlâ

attacher
3/hnuuk 4/ ca

attendre
1/ halubaahingen

attendre
2/ lubaahingen

attente (l’)
1/ ûlubaahing
ûhalubaahing

attention (faire)
wâ thibi

atterrir
ta

attiser le feu
hukâ meic

attraper
1/ kââtr
2/ köötr
3/ xöötr

attraper une langouste
la ke otr

attraper avec q.q. chose
seeû

au-dessus
edhöö hon

au loin
1/ hââng
2/ jimeû

au revoir
ötin ioouny dö

au sujet de
1/ hwakeci
2/gaa
3/ ge

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