Quand le Dictionnaire de Trévoux rayonne sur l Europe des Lumières
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Description

Inscrit dans la filiation des grands dictionnaires de la fin du XVIIe siècle, le Dictionnaire universel de Trévoux fut imprimé pour la première fois en 1704 non loin de Lyon, à Trévoux, capitale de la souveraineté de Dombes, ville dont il porte le nom. Auréolé de mystères dès sa parution sans mention d'auteur officiel, ce dictionnaire a constitué une des sources majeures des productions encyclopédiques du XVIIIe siècle. Tombé ensuite dans l'oubli, il méritait d'être réhabilité par les travaux des chercheurs des XXe et XXIe siècles...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de lectures 265
EAN13 9782296230989
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

COLLECTION PATRIMOINE ÉCRIT D’EUROPE
DIRIGÉE PAR BRUNO BÉRARD ET ISABELLE TURCAN

La collection « Patrimoine écrit d’Europe » entend diffuser auprès d’un public touristique et d’amateurs éclairés différentes sortes de documents du patrimoine écrit d’Europe: des textes manuscrits restés jusqu’à ce jour inaccessibles, des textes imprimés peu connus du public en général et des combinaisons des deux, des « textes en genèse », selon leurs versions manuscrites et imprimées.
À PARAÎTRE
Série « anciens textes imprimés »
Quand le Dictionnaire de Trévoux rayonne sur l’Europe des Lumières II
Série « textes manuscrits »
Manuscrits historiques de l’ancienne Seigneurie de « Chastilion les Dombes »
Série « textes en genèse »
Les commentateurs du Coutumier de Lorraine
ILLUSTRATIONS DE COUVERTURE :
1 ère  : Un exemplaire du Dictionnaire de Trévoux en 5 volumes appartenant au fonds ancien de la mairie de Trévoux
4 ème  : Titre abrégé du Dictionnaire de Trévoux sur dos de reliure
LOGO DE LA COLLECTION:
Guerric LEROY, graphiste
Quand le Dictionnaire de Trévoux rayonne sur l'Europe des Lumières

Isabelle Turcan
Astrid
AssociationTrévouxImprimerieDictionnaire Mairie — Place de la Terrasse — 01600 TRÉVOUX 04 74 00 58 90 — astrid01@wanadoo.fr — http://assoc.orange.fr/astride01/
UNE DES VITRINES DU FONDS ANCIEN DE LA MAIRIE DE TRÉVOUX
Sur les deux étagères du bas : une partie de la collection des éditions du Dictionnaire de Trévoux (1704-1771)

Photo : Ville de Trévoux et Association ASTRID
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http:www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
9782296092501
EAN : 9782296092501
Sommaire
COLLECTION PATRIMOINE ÉCRIT D’EUROPE - DIRIGÉE PAR BRUNO BÉRARD ET ISABELLE TURCAN Page de titre Page de Copyright LE MOT DU PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION ASTRID, MAIRE DE LA VILLE DE TRÉVOUX REMERCIEMENTS PRÉFACE PREMIÈRE PARTIE - LE CONTEXTE AU SIÈCLE DES LUMIÈRES
L’ANNÉE 1704 AU PRISME DE LA PRESSE LES PREMIERS JOURNALISTES DE TRÉVOUX LA DUCHESSE DU MAINE ANNE-LOUISE-BÉNÉDICTE DE BOURBON, DUCHESSE DU MAINE LOUIS AUGUSTE DE BOURBON, DUC DU MAINE PORTRAIT DU DUC DU MAINE ET DÉDICACE « A MONSEIGNEUR PRINCE SOUVERAIN DE DOMBES » LES IMPRIMEURS DE TRÉVOUX AU XVIIIe SIÈCLE LES IMPRIMEURS DE TRÉVOUX AU XVIIIe SIÈCLE DU PAPIER POUR L’IMPRIMERIE DE TRÉVOUX ENCYCLOPÉDIES ET DICTIONNAIRES DE PART ET D’AUTRE DE LA MANCHE LE LIVRE PROHIBÉ A LYON AU XVIIIe SIÈCLE ET L’IMPRIMERIE DE TRÉVOUX CUL-DE-LAMPE DIVERTISSEMENT EN GUISE D’INTRODUCTION À LA SECONDE PARTIE
SECONDE PARTIE - LE DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX
PAGE DE TITRE - DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX, ÉDITION 1704 IMPRIMÉE À TRÉVOUX CONNAISSANCE ET RAYONNEMENT DU DICTIONNAIRE FRANÇOIS & LATIN VULGAIREMENT APPELÉ DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX (1704-1771) LES PARTICULARITÉS DE LA PREMIÈRE ÉDITION DU DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX EN 1704 LES CONTRIBUTIONS RELIGIEUSES DANS LE DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX DE 1704 LES PATOIS OU PARLERS RÉGIONAUX DANS LE DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX LE TRAITEMENT DU NOM DE NOS RÉGIONS ET DE NOS SITES DANS LE TRÈVOUX LA SÉRIE DES ÉDITIONS DU DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX : CONQUÊTE D’UNE IDENTITÉ DANS L’HISTOIRE DE LA LEXICOGRAPHIE FRANÇAISE LE DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX (1704-1771), TÉMOIN DES DIVERSITÉS DE LA LANGUE ET DE LA CULTURE FRANÇAISES DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES LA RÉCEPTION DU DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX DU XVIIIe AU XXe SIÈCLE CUL-DE-LAMPE
ÉPILOGUE INDEX NOMINUM
LE MOT DU PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION ASTRID, MAIRE DE LA VILLE DE TRÉVOUX
Trévoux, chef lieu du sud-ouest de l’Ain, à proximité de Lyon, a une histoire très originale. Capitale de l’ancienne Principauté de Dombes durant trois siècles, séparée du royaume de France par la Saône, Trévoux a été à cette époque une ville prospère, avec notamment ses tireurs d’or et d’argent, et ses orfèvres.
Dotée d’un Parlement, classé Monument Historique, dont la salle d’audience est en cours de restauration, elle disposait également d’une imprimerie, dont sont issus des ouvrages célèbres, et notamment le Dictionnaire de Trévoux, le Trévoux, seul dictionnaire à porter le nom d’une ville, ainsi que le journal de Trévoux, de son intitulé complet Mémoires pour l ‘ histoire des Sciences et des beaux Arts.
De cette histoire, Trévoux conserve donc du patrimoine bâti ainsi que des collections historiques de monnaies de Dombes, d’orfèvrerie, d’ouvrages imprimés à Trévoux, collections que la commune renforce avec une politique d’acquisition active depuis une dizaine d’années.
Cette histoire est une des thématiques du « Pays d’art et d’histoire », label que s’est vue décerné la communauté de communes Saône-Vallée, territoire regroupé autour de Trévoux, par le ministère de la Culture en 2008. Reconnaissance du travail déjà accompli, et point de départ d’une démarche patrimoniale et culturelle forte pour ce territoire devenu péri-urbain, et qui veut conserver son identité.
L’association Trévoux Imprimerie Dictionnaire (ASTRID), créée en 1998 entre la ville de Trévoux, des universitaires, des érudits régionaux, et l’ENSSIB, avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles Rhône-Alpes, s’est donné pour ambition de favoriser la recherche scientifique sur les ouvrages imprimés à Trévoux et de valoriser les connaissances acquises auprès du grand public.
Les célébrations du tricentenaire du journal en 2001, puis du Dictionnaire en 2004, ont été des événements importants. Les cycles annuels des « Conférences du Parlement » permettent d’approfondir les connaissances avec des spécialistes sur et sur le Dictionnaire de Trévoux, dans ce contexte du siècle des Lumières, particulièrement remarquable dans la capitale de la Principauté de Dombes.
L’édition du présent ouvrage, pour lequel nous remercions infiniment les conférenciers et Isabelle TURCAN, responsable du conseil scientifique de l’association ASTRID, répond à cette ambition de valorisation des connaissances acquises au fil des années sur cette histoire passionnante. Il prend place dans cette démarche du «Pays d’art et d’histoire Trévoux Saône-Vallée », et dans cette ambition culturelle pour notre territoire.
MICHEL RAYMOND Maire de Trévoux Conseiller régional Président D’ASTRID
REMERCIEMENTS
Nous remercions chaleureusement toutes celles et tous ceux qui contribuent à la vie d’ASTRID et au rayonnement culturel autour du Dictionnaire de Trévoux . Pour la réalisation de cet ouvrage, nous adressons particulièrement nos remerciements à : - Isabelle TURCAN, Professeur à l’Université de Nancy, responsable du conseil scientifique d’ASTRID, - L’ensemble des conférenciers, qui ont accepté la publication de leurs conférences dans cet ouvrage, - Les membres de l’association ASTRID, qui oeuvrent pour la tenue de ces cycles de conférences chaque année, et spécialement Monique, Audrey et Daniel COQUARD, - Amandine PEZZALI et Claire FAYAUD qui se sont succédé comme chargées de mission au sein de l’association, organisatrice des travaux et événements d’ASTRID.
PRÉFACE
L’idée d’un ouvrage destiné à présenter au grand public le Dictionnaire de Trévoux 1 dans le contexte de sa genèse et de son épanouissement s’est progressivement imposée aux membres de l’Association ASTRID (ASsociation TRévoux Imprimerie Dictionnaire) en particulier au cours de l’année 2004 consacrée à la célébration du tricentenaire de la première parution du Dictionnaire de Trévoux: il fut imprimé pour la première fois à Trévoux en 1704 sous la protection du Prince de la Souveraineté de Dombes, Louis-Auguste de Bourbon.
Mais l’année 2004 a permis à Trévoux de mettre plus particulièrement en valeur un des fleurons de son patrimoine culturel, le Dictionnaire de Trévoux, car cette célébration s’est inscrite dans la continuité d’une autre, celle du tricentenaire de la parution en mars 1701 du premier numéro des Mémoires pour servir à l’histoire des Sciences et des arts: cet autre trésor de notre patrimoine culturel, imprimé pour la première fois à Trévoux, est mieux connu du public sous sa désignation abrégée Journal de Trévoux.
Ainsi, d’un tricentenaire à l’autre, depuis la création de l’Association ASTRID en 1998, un travail de fond a été fourni d’année en année par des chercheurs d’horizons variés, universitaires ou non, avec deux objectifs : mieux connaître une partie de l’histoire culturelle et intellectuelle de la Capitale de la Dombes au siècle des Lumières, et surtout l’apprécier à sa juste valeur en la valorisant par le partage lors de différentes manifestations proposées au public trévoltien d’abord, et aussi, au-delà des habitants de l’Ain, aux Rhône-Alpins.
Il eût été utopique d’envisager, dans un ouvrage tel que celui que nous proposons, de donner un compte-rendu exhaustif de toutes les activités de l’Association 2 (expositions, cycles de conférences, colloques et tables rondes, salons thématiques, chroniques journalistiques) pour cette composante du patrimoine écrit que représentent les deux séries des Mémoires et du Dictionnaire  : l’ampleur de la matière imposait des choix et, pour ce faire, trois considérations nous ont guidés.
L’organisation des cycles des conférences du Parlement instaurées en 2000 a permis au public de Trévoux et des environs d’entrer progressivement dans le monde complexe de la communication et de l’écrit au cours du XVIII e siècle, de mieux apprécier quelle fut la place de la capitale de la Souveraineté de Dombes dans la vie intellectuelle du siècle des Lumières, de mieux comprendre dans quel contexte de polémiques idéologiques, de rivalités politiques et religieuses, mais surtout de transmission des savoirs, les Mémoires et le Dictionnaire se sont imposés au sein d’une Europe francophone et francophile.
Par son statut particulier, le Dictionnaire de Trévoux, ouvrage offrant un ensemble de ressources documentaires variées, riches et d’un accès aisé du fait de l’organisation alphabétique, s’est toujours trouvé au coeur des activités culturelles de l’association ASTRID.
Les textes des Mémoires constituent un véritable monde à part, beaucoup plus difficile d’accès en dépit des tables et index, car lourds d’implicites nécessitant un travail de mise en contexte historique et idéologique complexe (histoire religieuse, histoire littéraire, histoire des idées, histoire des techniques, etc.) ; on l’aura compris, les Mémoires offrent encore un vaste champ à explorer, et, malgré les nombreux travaux universitaires qui s’y sont intéressés, peu d’études ont encore été menées sur les relations complexes entretenues avec le Dictionnaire, faits dont nous ne mesurions pas à ce point l’importance lors de la première grande manifestation organisée à Trévoux pour une meilleure connaissance du rayonnement de ce dictionnaire, le colloque international d’octobre 1999.
De fait, le présent ouvrage centré sur le Dictionnaire de Trévoux et son contexte retrace une partie des enrichissements progressifs des recherches universitaires, sans pour autant en imposer les démonstrations rébarbatives pour des lecteurs non spécialistes ! Et c’est aussi pour cette raison, que nous avons délibérément choisi de privilégier une organisation thématique plutôt que chronologique 3 , selon trois axes :
- la mise en contexte offerte par les textes des conférences données en la salle du Parlement, autour de la presse et des journalistes au XVIII e siècle, des imprimeurs de Trévoux et de l’approvisionnement en papier, de la place des dictionnaires et encyclopédies dans l’histoire de l’imprimerie 4  ;
- des intermèdes et épilogues associant expositions et chroniques, qui, loin de se superposer aux contenus des articles en créant des risques de redites, donneront un aperçu de notre démarche de transmission culturelle, même si nous n’avons pas pu, pour des raisons matérielles, enrichir l’ouvrage de photos des vitrines exposées en même temps que les panneaux ;
- enfin, nous avons choisi d’introduire la partie plus particulièrement consacrée au dictionnaire avec le compte-rendu du premier colloque qui s’est tenu à Trévoux en 1999 sur le thème «Connaissance et rayonnement du Dictionnaire de Trévoux », de façon à enchaîner sur les interventions données dans le cadre des cycles de conférences du Parlement et sur les travaux effectués pour la célébration du tricentenaire de la naissance du Dictionnaire . Ces derniers associent les textes de la table ronde organisée en novembre 2004 et ceux des conférences proposées lors du cycle consacré au tricentenaire (2004-2005).

Par souci d’harmonisation textuelle et d’agrément de lecture pour un public diversifié, nous avons demandé à chaque intervenant de bien vouloir nous transmettre une version remaniée des textes de leurs conférences. Qu’ils soient tous ici remerciés pour leur aimable contribution : puisse la présentation des notices bio-bibliographiques à la fin de chaque texte être perçue comme un témoignage de notre reconnaissance à l’égard de leurs travaux. Nous avons pris la liberté de compléter ces textes par de brefs résumés introductifs aimablement traduits en anglais par Gabrielle Charles, enseignante du secondaire à Trévoux et relus par Terence Russon Wooldridge, professeur à l’université de Toronto, Trinity Collège. Nous les remercions chaleureusement ainsi que tous les membres du comité de lecture et relectures qui ont apporté leur contribution à cet ouvrage 5 .
Un index des noms propres permettra au lecteur de se reporter de façon ponctuelle aux textes pertinents. Nous aurions aimé enrichir l’ouvrage à la fois d’une galerie de portraits de personnalités intellectuelles les plus marquantes pour cette période et d’une bibliographie générale, mais, le public soucieux d’approfondissements pourra consulter des dictionnaires biographiques ou attendre des publications ultérieures.
Notre objectif n’était pas de fournir, ni une monographie, ni un dictionnaire sur le Dictionnaire de Trévoux, même si, à certains égards, notre travail se rapproche de cette forme particulière d’une rhétorique fondée sur le principe discontinu de morceaux choisis pour leur représentativité. Or, nous savons que le dictionnaire imprimé sous l’Ancien Régime avait entre autres pour mission, en réunissant les plus beaux extraits des meilleurs livres publiés, de transmettre au public cultivé à la fois une représentation du monde, à la fois un état des connaissances dans tous les domaines du savoir humain.

Espérons que, tout en répondant à la curiosité et à la quête d’informations sur un objet hors du commun, au souci d’enrichissement personnel que procure toute lecture, notre ouvrage, perçu comme un parcours à travers le temps et une promenade au sein d’une cité pittoresque, satisfera les attentes de ses lecteurs et suscitera d’autres vocations pour des recherches à venir.
ISABELLE TURCAN Membre fondateur de l’association ASTRID et présidente de son Conseil scientifique Professeur des Universités à l’université de NANCY 2
PREMIÈRE PARTIE
LE CONTEXTE AU SIÈCLE DES LUMIÈRES
L’ANNÉE 1704 AU PRISME DE LA PRESSE
Conférence donnée par Denis REYNAUD le 25 septembre 2004
Présentation :
Comment l’actualité de l’année 1704 qui a vu la première impression du Dictionnaire de Trévoux, pouvait-elle être perçue par le public cultivé de l’époque avant que le discours historique des événements ne s’attache à définir et classer des événements destinés à être ensuite figés par les manuels ? Que nous reste-t-il de cette année 1704 aujourd’hui ?
Présentation en anglais :
« The year 1704 seen through the press », a lecture given by Denis Reynaud in Trévoux on September 24 th 2004: How could the current events of the year 1704 -year in which the Dictionnaire de Trévoux was printed for the first time- be received by the educated people of the time when the facts to be recorded in textbooks had not yet been defined and classified by the historical discourse? What is left today of that year 1704?

De cette année 1704, qui vit la publication de la première édition du Dictionnaire de Trévoux, on retient surtout deux épisodes militaires : la guerre de succession d’Espagne et la révolte des Camisards, l’une et l’autre dans leur deuxième année ; l’une et l’autre associées au déclin du règne de Louis XIV. Ce que je voudrais montrer, c’est l’actualité de l’année 1704, non telle que le discours historiographique l’a reconstruite (le début de la décadence du grand règne), mais telle qu’elle pouvait être perçue par le public cultivé de l’époque, dans son effervescence originelle ; et aussi l’ actualité de l’année 1704 dans un autre sens : ce qui en reste actuel aujourd’hui.
On puisera la matière d’un instantané politique de 1704 dans deux sources principales : la Gazette d’Amsterdam (ci-après GA), périodique politique bihebdomadaire, juxtaposition de nouvelles d’origines diverses, sans point de vue unificateur apparent ; et les Mémoires de Trévoux (MdT) , magazine littéraire mensuel composé de comptes rendus de livres, unis par une perspective idéologique forte.

I. RYALISTES ET CAMISARDS
La révolte des Camisards s’est déroulée sur une période courte et n’a concerné que quelques centaines de rebelles, qui se sont rendus ou ont été tués en 1704. Cette révolte de protestants cévenols livrés à eux-mêmes après l’émigration de leurs ministres était un effet différé de la révocation de l’Édit de Nantes, vingt ans plus tôt. « Il n’y a rien de semblable dans l’histoire du monde », écrira Michelet. La singularité de l’épisode tient à la disproportion des forces en présence et à la tactique employée par les camisards : une guérilla inouïe à l’époque : « ces troupes se forment comme des étourneaux et se débandent de même », écrit Fléchier, évêque de Mende.
En 1704, le camisard est une créature récente, incompréhensible, une sorte de terroriste insaisissable qui infeste les Cévennes. Le Dictionnaire de Trévoux (édition de 1734) s’intéressera à lui :

Ce mot vient, ou de camisade, attaque brusque et imprévue, parce que les rebelles n’en faisaient que de cette sorte en sortant subitement de leurs montagnes ; ou de camise, qui se dit dans ces pays-là pour chemise, et ils auraient été ainsi nommés parce qu’ils manquaient de linge, et que c’était la chose qu’ils volaient plus volontiers [...]. Mais il paraît plus probable que ce nom vient de camis qui signifie grands chemins, routes battues, que ces brigands infestaient. Ainsi Camisard signifie brigand, voleur de grand chemin.
La prolifération des étymologies ajoute à l’inquiétante marginalité des fanatiques, militairement, religieusement et linguistiquement incontrôlables. Tandis que la presse officielle française (Gazette de France, Mercure galant) reste parfaitement silencieuse, l’action des Camisards est présentée à l’Europe par l’entremise de la GA  ; il ne se passe guère de semaine sans que la feuille hollandaise lui consacre un entrefilet. Elle décrit une sale guerre, éloignée des conventions en vigueur. C’est d’abord la stratégie des rebelles (enlèvements, chantages, menaces) qui l’intéresse ; mais aussi la violence des troupes royales :

Si tout cela dure, le désespoir sera le partage de beaucoup de gens de la campagne qui, se voyant fouler de toutes parts, se mettront dans le parti de ces malheureux. Plusieurs l’ont déjà fait ( GA , 4 mars).
Au printemps 1704, le brutal Montrevel est remplacé par le maréchal de Villars, qui propose une amnistie (GA du 16 mai). Cavalier se rend, mais en héros :

Cavalier s’est retiré de la conférence sur les 5 heures et s’est promené à cheval à l’entour de la ville: en passant devant le logis du Lion d’or, il s’est fait apporter du vin, et de là il est allé avec son escorte dans un jardin sous les Capucins, où il a fait collation: après quoi il s’est retiré. L’affluence pour le voir a été extraordinaire, et hormis les prêtres et les moines, on y a vu des gens de toutes sortes de qualités et professions, qui ont eu la curiosité de le suivre jusqu’à St. Sezari où il a joint sa troupe composée de 600 hommes qui attendaient leur Chef en chantant des Psaumes [...]. Le Sr Cavalier est d’une taille moyenne, âgé d’environ 23 à 24 ans, les cheveux blonds, l’air modeste et affable, mais fort hardi et intrépide, ayant fait des choses surprenantes (GA, 3 juin).
La position de la GA est ambivalente : ces exaltés du Désert ne sont certes pas recommandables ; d’ailleurs, sept ans plus tôt, le traité de Ryswick les avait délibérément oubliés, et ils seront bientôt fort mal reçus en Hollande et en Angleterre. Mais on sent néanmoins une sympathie, qui n’est pas due seulement à une vague solidarité religieuse. Tout en se réjouissant logiquement des troubles intérieurs d’un pays en guerre contre les Pays-Bas, la GA manifeste aussi sa fascination pour une figure du désordre populaire ; fascination constitutive de la presse populaire. Cavalier, le sous-commandant Marcos du Gard, est un des tout premiers héros médiatiques.

II. L’EMPIRE ET L’AXE DU MAL
De 1702 à 1703, la « Guerre de succession d’Espagne opposa Louis XIV, l’Espagne et la Bavière, d’une part, à l’Angleterre, les Provinces-Unies (les Hauts Alliés) et l’Autriche, d’autre part.
La nature des Mdt ne leur permet pas de traiter directement des affaires politiques, mais on trouve des allusions au conflit en cours, par le biais de comptes rendus de livres, tel Les Intérêts de l’Angleterre mal entendus dans la guerre présente, traduit de l’anglais, qui « compare l’état florissant où se trouvait l’Angleterre quand le prince d’Orange s’en rendit maître, avec l’état malheureux où elle se trouve aujourd’hui » (mars 1704). L’origine anglaise du pamphlet est certaine car « la traduction se sent encore du tour de l’original anglais et convainc par ses Anglicismes ceux qui voudraient douter qu’il existât». Voilà, par parenthèse, le premier emploi connu du mot « anglicisme ».
Un autre livre retient l’attention des journalistes : Lettres, mémoires et actes concernant la guerre présente, où l’on apprend que les Hollandais sont devenus « rusés, politiques, ambitieux, conquérants » :

Ils trompent leurs peuples; ils trompent leurs alliées; ils étourdissent les uns par de faux bruits de victoires, par de chimériques avantages de traités qui ne sont pas conclus [...]. Nul particulier en Hollande n’est instruit du véritable état de la république; on n’en sait plus que ce qu’en apprennent les Gazettes infidèles et corrompues que les Supérieurs font débiter (MdT, mai 1704).
En effet, dans l’entreprise de propagande qui saisit toute la presse en temps de guerre, la GA ne laisse pas sa part aux chiens. Malgré sa profession de pluralité, elle cherche à donner un sens aux nouvelles hétéroclites qu’elle rapporte, dans le cadre d’une vision providentialiste caractéristique de la mentalité protestante du Refuge hollandais.

Il a plu à Dieu de favoriser les Hauts Alliés par des miracles continuels ... L’année 1704 que nous venons de finir a été une année de crise, si heureuse pour les hauts Alliés qu’elle a surpassé leurs espérances; et si fâcheuse pour l’ennemi qu’elle l’a mis hors d’état de pouvoir réparer si tôt les pertes qu’il a faites.
La même GA du 2 janvier 1705 critique les prétentions impérialistes françaises : « ce royaume si fécond n’a pas besoin d’agrandissement pour rendre ses habitants heureux » ; et raille les fastes louis-quatorziens :

On a vu l’été dernier à Paris une magnifique fête, à l’occasion de la naissance du Duc de Bretagne. C’était le triomphe de la Seine et du Tage sur les autres fleuves de l’Europe [...]. Cette fête fut célébrée le 28 août dernier: époque mémorable! puisque dans le même temps qu’on dressait les préparatifs de ce triomphe et qu’on le célébrait, le fondement venait d’en être renversé par la fameuse bataille de IIochstet, donnée le 13 du mois.

Mais qu’est-ce donc que cette « fameuse bataille de Hochstet » ?

III. HÖCHSTÄDT OU LA DÉFAITE INNOMMABLE 6
Les gazettes attendent toujours avec impatience les batailles. Elles s’en nourrissent et les périodes de guerre voient les ventes doubler. Mais il s’agit d’une information difficile à manipuler. D’une part parce que la précipitation journalistique est source d’erreur, comme le reconnaissent les MdT  : « si nous ne débitions les nouvelles qu’après un long et difficile examen, elles ne seraient plus nouvelles » (mars 1704). D’autre part, parce que les relations de batailles constituent la part sensible d’une information contrôlée par le pouvoir politique.
À cet égard aucun exemple n’est plus significatif que celui de la bataille qui, sur les bords du Danube, le 13 août 1704, opposa les forces françaises et bavaroises, commandées par Tallard et Marsin, aux forces alliées et impériales de Marlborough et Eugène. Ce fut un tournant décisif dans la guerre de succession d’Espagne. Mais il fut longtemps bien difficile au lecteur français de l’époque de se faire une opinion claire de son importance.
La bataille n’est d’abord qu’un bruit. La GA du 19 août signale le passage d’un courrier en provenance d’Allemagne, porteur d’une nouvelle qui n’éclatera que dans le numéro suivant du 22 août. Il s’agit d’un billet que Marlborough lui-même envoie à La Haye :

Je n’ai que le temps de vous prier, de vouloir assurer la reine de mes respects, et de faire savoir à SM que son armée a remporté une glorieuse victoire: M. de Tallard et deux autres généraux sont dans mon carrosse, et je suis occupé à poursuivre le reste.
La même livraison confirme la déroute de l’armée française. Pour les alliés, cette victoire complète n’a pas de désignation fixe : c’est tantôt la «bataille du Danube », tantôt la « bataille du 13 août », avant que n’apparaisse la « bataille de Höchstät » ( GA du 2 janvier 1705) ; mais les Anglais préféreront toujours le nom de Blenheim, du nom d’un autre village (en fait Blindheim).
A partir de la première réception de la nouvelle, la bataille étend sa trace dans la GA par la multiplication de documents variés : lettres, listes des tués et des prisonniers. Pendant ce temps, Versailles organise évidemment sa désinformation. Dès le 26 août, une édition genevoise de la GA , réimpression de la gazette originale à laquelle sont ajoutées des nouvelles d’origine française, affirme que :

le mal n’a pas été si grand de notre côté qu’on l’avait d’abord cru [...]. Le Roi a dit ce matin que les ennemis n’avaient pas 5000 prisonniers de nos troupes. Le prince Eugène et Marlborough de leur propre aveu ont perdu bien des hommes dans la bataille, et notre armée est encore assez considérable et serait restée en Bavière s’il y avait de quoi subsister.
Quant à la Gazette de France , elle reste d’abord muette. Lorsqu’elle se résout enfin à évoquer la bataille, le 30 août, c’est pour donner des estimations consolantes : l’armée s’est retirée « en bon ordre ». Le 6 septembre, elle prétend apporter « des nouvelles plus sincères et plus véritables que celles que les ennemis ont publiées ».
En octobre, le Mercure galant suggère que la bataille n’a été gagnée par les Alliés qu’à la faveur du brouillard et que «les vaincus ayant combattu en beaucoup plus petit nombre ont remporté toute la gloire ». Aucune relation de la bataille ne paraîtra jamais dans les périodiques français. C’est un non-événement dans la glorieuse campagne d’Allemagne. On tentait ainsi de recréer, dans le champ de l’information, le brouillard qui avait enveloppé le champ de bataille. Ce travail de minimisation du désastre culmina bientôt dans une chanson, « Malbrough s’en va-t-en guerre », qui enterre le général vainqueur.

IV. COMMENT PARLER DE POLITIQUE ?
Il est difficile de parler politique dans la presse française. Ce sujet est le privilège de la Gazette de France et du Mercure . Mais le débat n’est pas impossible : en février 1704, les journalistes de Trévoux abordent l’actualité par le détour de l’histoire antique.
Il s’agit d’abord d’une dissertation d’un certain Pouchard, « Sur les largesses des Romains », qui nous apprend que sous Auguste les distributions de blé aux dépens de lÉtat « entretenaient le peuple dans l’oisiveté, faisaient négliger les arts, et excitaient souvent des séditions, quand ces secours venaient à manquer »; tandis que Louis XIV, qui n’a « pas moins de bonté que les Empereurs romains, mais beaucoup plus de sagesse», ne fait point aux gens du peuple « de libéralités qui les entretinssent dans la nonchalance ». Loin d’être idéologiquement neutre, ce travail d’érudition propose ainsi une réflexion sur le rôle de l’État, question brûlante en cette fin de règne, où les famines se multiplient (la plus terrible avait été celle de 1694).
Les Mémoires de Trévoux s’attardent aussi sur Le Monde romain , de M. de Spanheim. Les républiques de la Grèce refusaient de recevoir les étrangers au nombre de leurs citoyens : mauvaise politique qui causa leur ruine ; les Romains « agirent sur d’autres maximes, et une pratique si sage est une des causes de la grandeur immense où leur empire parvient ». Dans les années qui suivent la révocation de l’édit de Nantes, cet intérêt pour la question de la citoyenneté ne relève pas d’une coïncidence. Mais il est ambigu : certes Spanheim et le journaliste qui le commente semblent plaider pour une nation accueillante, à la romaine, mais un excès d’hospitalité est dangereux :

D’abord c’était le besoin qu’on avait d’hommes, la reconnaissance des services rendus, ou l’estime du mérite qui déterminait la République à augmenter ainsi le nombre des Citoyens; sous Jules César cette grâce devint vénale... Auguste fit des lois pour arrêter ce désordre mais le nombre des citoyens s’accrut infiniment.
L’auteur montre comment en définitive l’identité romaine fut fatalement diluée par la tentation impériale.

CONCLUSION
Nous avons oublié le nom des héros et des batailles, mais le monde de 1704 est confronté à des questions qui nous sont familières : les formes de la résistance au pouvoir central ; le rôle providentiel de l’État ; la définition de la nation ; les droits et le destin des superpuissances... En outre, cette aube du siècle des Lumières voit la vraie naissance de la presse périodique, ce « quatrième pouvoir », qui s’impose avant même que Montesquieu n’ait défini les trois premiers.
En observant l’année 1704 à travers le prisme de la presse périodique, on découvre un monde moderne, insaisissable, incertain, objet de représentations contradictoires, loin de l’image limpide et ordonnée que fournit le discours des manuels d’histoire. C’est à ce flux que le Dictionnaire de Trévoux tentait, cette même année, d’opposer la digue de l’ordre alphabétique.

DENIS REYNAUD est Professeur de littérature française à l’université Lumière Lyon 2, où il est doyen de la Faculté des Lettres, Sciences du langage et Arts. De 1996 à 2000, il a dirigé le Centre d’Etude du Dix-huitième siècle (CNRS-Lyon 2). Ses domaines de recherche sont l’histoire naturelle au siècle des Lumières et la presse d’Ancien Régime. Il travaille également sur le jeu à l’âge classique et sur les représentations du dix-huitième siècle au cinéma.
Ses derniers livres sont : Michel Adanson, Voyage au Sénégal , édition critique, P. U. St-Etienne, 1996 ; La Suite à l’ordinaire prochain, la représentation du monde dans les gazettes (dir-), P. U. Lyon, 1999 ; La Belle et la Bête, quatre métamorphoses, édition critique, P. U. St-Etienne, 2002 ; Buffon, Discours sur la nature des animaux, édition critique, Rivages Poche, 2003 ; Le Régent, entre fable et histoire (dir.), CNRS éditions, 2003 et Oedipe de Corneille et de Voltaire, édition critique, P. U. St-Etienne, 2004.
LES PREMIERS JOURNALISTES DE TRÉVOUX
Conférence donnée par Jean SGARD le 15 novembre 2000
Présentation  :
La présentation de l’histoire du Journal de Trévoux et de ses rédacteurs au XVIII e siècle contribue à situer le contexte culturel dans lequel le Dictionnaire de Trévoux a pris forme et s’est développé.
Présentation en anglais :
« The first journalists in Trévoux », a lecture given by Jean Sgard in Trévoux on November 15 th 2000. An introduction to the history of the Journal de Trévoux and of its writers in the 18 th century helps set the cultural background in which the Dictionnaire de Trévoux took shape and developed.

La grande revue jésuite que l’on a appelée couramment Journal de Trévoux puis Mémoires de Trévoux portait en fait le titre de : Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts, « recueillis par l’ordre de S.A.S. Mgr. Prince Souverain de Dombes », publiés à Trévoux et vendus à Paris chez Etienne Ganeau, « Aux armes de Dombes ». Cette adresse pose plusieurs problèmes : les Mémoires de Trévoux ont-ils été publiés réellement à Trévoux, et pendant combien de temps ? Pourquoi Trévoux ? Et pourquoi Paris après 1734 ?

La publication à Trévoux des Mémoires de Trévoux en 1701 s’explique par l’intervention déterminante du Duc du Maine, Louis-Auguste de Bourbon (1670-1736), fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, pourvu de la Principauté de Dombes dès 1681. C’est lui qui, d’après le Grand Dictionnaire historique de Moreri (article Trévoux ), prit l’initiative de fonder à Trévoux une imprimerie, et d’y installer une revue :

Cette ville était assez peu connue avant que Louis-Auguste de Bourbon, prince de Dombes, y établît une imprimerie considérable en 1695. Quelques temps après, les Pères Michel Le Tellier et Philippe Lallemant, Jésuites, conseillèrent au Prince de faire imprimer dans cette ville un journal littéraire, dont ils représentèrent les avantages. Ce projet fut goûté et accepté, et la direction et composition du journal fut confiée aux Jésuites.
Il est certain que le Prince chercha dès 1695, et obtint en 1699 la permission de rétablir une vieille imprimerie fondée à Trévoux. en 1603 et tombée en désuétude. Pour la doter d’un privilège, il dut attendre que le Roi eût procédé à la réorganisation du régime de l’imprimerie et à son contrôle rigoureux, tant à Paris qu’en province. Grâce au Prince, l’imprimeur Jean Boudot obtint en 1699 un privilège pour « relever » l’imprimerie de Trévoux. Il eut en même temps une librairie à Paris, comme Etienne Ganeau, avec qui il partagea son privilège et qui s’installa à Paris en 1710, laissant à Trévoux un homme de confiance. Comme entre 1720 et 1728, l’adresse des Mémoires de Trévoux était parfois à Lyon, chez Bruyset ou chez Plaignard, on peut se demander si Trévoux ne fut pas dès 1700 une succursale de l’imprimerie lyonnaise. Derrière cette fondation, on devine une plus vaste opération politique : après 1685, Louis XIV se préoccupe, sur l’inspiration de ses confesseurs jésuites, le Père La Chaise, puis du Père Le Tellier, d’éradiquer le protestantisme, qu’il croyait dissimulé sous le jansénisme. Comme le jansénisme s’exprimait discrètement dans la presse hollandaise de langue française et dans la revue savante du journal des savants , publiée avec privilège à Paris, le Roi crut nécessaire de fonder une revue catholique dirigée par les jésuites. Or le régime des privilèges s’opposait à ce qu’il y eût en France une seconde revue savante. Il dut s’entendre avec son fils, le Prince de Dombes, et avec les jésuites pour installer ce journal à Trévoux : c’était une façon de contourner le régime des privilèges qu’il avait lui-même instauré. Ce journal eut pour premier directeur le Père Philippe Lallemant, derrière qui se cachait en fait Michel Le Tellier, confesseur du Roi, négociateur de la Bulle Unigenitus qui exorcisait les jansénistes, et recteur du collège Louis-le-Grand, lieu dans lequel étaient en fait élaborés et rédigés les Mémoires de Trévoux.
La revue jésuite fut donc imprimée d’abord à Trévoux, sous le contrôle des jésuites de Louis-le-Grand, et avec l’aide des imprimeurs lyonnais. Diffuser un millier d’exemplaires chaque mois devait poser à un petit libraire un problème considérable. Les jésuites de l’Assistance de Lyon étaient mieux armés pour le résoudre : en 1720, on les voit publier clandestinement à Lyon et diffuser dans toute la France avec l’aide des capucins le Supplément à la Gazette d’Hollande , qui répondait directement aux attaques des protestants et des jansénistes. Le vrai problème était celui du contrôle intellectuel de la revue. Comme le constatent les rédacteurs dans l’avertissement de janvier 1708 : « Nous imprimons à cent lieues de Paris, et nous envoyons la copie de nos mémoires deux mois avant qu’elles paraissent ». Ils ne pouvaient corriger eux-mêmes les épreuves, d’où des erreurs sur les noms propres et des coquilles, suivies de longs errata . Il arriva enfin que le libraire Etienne Ganeau, contraint de respecter tant bien que mal la périodicité mensuelle, imprima de son propre fait des articles qui n’avaient pas été acceptés par le directeur. Ce fut le cas en particulier dans l’affaire des Élevations à Dieu , ouvrage posthume de Bossuet, publié en 1727 par son neveu, l’évêque de Troyes, janséniste notoire. Les Mémoires de Trévoux publièrent en juin 1731 un article de Michel Fichant, prêtre de Quimper, qui contestait l’authenticité du texte. C’était considérer un évêque, neveu de Bossuet, comme un faussaire. Les jésuites de Louis-le Grand, qui n’avaient pas eu connaissance de l’article de Fichant, furent consternés ; le Duc du Maine retira sa protection au journal ; il ne devait la rendre qu’en 1737. Il s’ensuivit donc une longue crise, qui faillit entraîner la chute du journal. Mais un nouveau privilège fut donné directement au responsable de la Province de Paris, le Père Frogerais, qui confia la responsabilité de la rédaction à une nouvelle équipe, solidement implantée à Louis-le-Grand et protégée par le premier ministre, le cardinal Fleury. À partit de 1734, la revue est publiée à Paris chez Chaubert, éditeur du Journal des savants , qu’on avait purgé de son jansénisme latent, et de plusieurs autres revues. Cette réforme provoqua une nette amélioration de la revue, une régularité de publication plus grande et un progrès dans le tirage : les Mémoires de Trévoux , qui avaient connu un tirage d’environ 1 000 exemplaires, passèrent à 1 650 puis 2 000 sous la direction du Père Berthier en 1745, et ne connurent de déclin qu’à la veille de la suppression de la Compagnie en 1762.

JEAN SGARD est Professeur émérite de l’université Stendhal Grenoble 3, membre de l’UMR LIRE, spécialiste de littérature française du XVIII e siècle. Ses domaines de recherches sont l’histoire de la presse et l’histoire du roman au XVIII e siècle.
Ses principales publications sont : Prévost romancier, Paris, Corti, 1968 ; Œuvres de Prévost , Grenoble, PUG, 1977-1988, 8 volumes sous la direction de Jean Sgard ; L’Abbé Prévost. Labyrinthes de la mémoire , Paris, PUF, 1986 ; Dictionnaire des journaux (1600-1789), Paris-Oxford, Universitas-Voltaire Foundation, 1991 ; Dictionnaire des journalistes (1600-1789), Oxford, Voltaire Foundation, 1999 et Œuvres complètes de Claude Crébillon , Classiques Garnier, Paris, 4 tomes sous la direction de Jean SGARD, tome 1 en 1999, tome 2 en 2000, tome 3 en 2001, tome 4 en 2002.

Bibliographie : - Numéro spécial de la revue Dix-Huitième siècle , 1976, n°8, «Les Jésuites ». - Dictionnaire des journaux (1600-1789), sous la direction de Jean SGARD, Universitas et Voltaire Foundation, 1991, notice « Mémoires de Trévoux » par Pascale FERRAND. - Dictionnaire des journalistes (1600-1789), sous la direction de Jean SGARD, notices de LALLEMANT, LE TELLIER, TOURNEMINE, CHARLEVOIX, HARDOUIN, SOUCIET, HONGNANT, BERTHIER, etc. - Christian ALBERTAN, Apogée et fin des Mémoires de Trévoux (1751-1762), thèse de Paris IV, 1999, dact.
LA DUCHESSE DU MAINE
Conférence donnée par Jean-Luc GOURDIN le 9 mars 2002 7
Présentation :
Petite-fille du Grand Condé, épouse du Duc du Maine, Prince de Dombes, Louise-Bénédicte de Bourbon a suscité enthousiasmes, passions et critiques...
Présentation en anglais :
« Duchess of Maine », a lecture given by Louis André in Trévoux on March 9 th 2002. Granddaughter of the Grand Condé, wife of the Duke of Maine, Prince of Dombes, Louise-Benedicte de Bourbon aroused enthousiasm, passion and criticism...

Depuis plus de deux siècles, Louise-Bénédicte de Bourbon passe pour la femme la plus turbulente de son temps. Petite-fille du Grand Condé, épouse du Duc du Maine, fils favori de Louis XIV, elle n’a jamais cessé de susciter les enthousiasmes, les passions et les critiques. Ses fêtes de Sceaux, fastueuses et flamboyantes, ont illuminé les dernières années du règne du Roi Soleil. Sa conspiration contre Philippe d’Orléans a distillé sur la Régence un parfum de comédie. Son esprit d’indépendance, son anticonformisme et ses fantaisies ont provoqué les fureurs de Saint-Simon.
Mais sous ce masque étincelant, une autre femme se cache. Si elle dévore la vie à belles dents, madame du Maine est également une femme d’honneur, d’esprit et de goût. Son rang, la grandeur de son nom, elle les défend bec et ongles. Toujours en mouvement, elle se montre à la fois muse et mécène. Curieuse de tout, bouillonnante d’imagination, elle exige et inspire la création. Sous son impulsion, le théâtre et la tragédie renaissent, l’opéra se renouvelle, la peinture retrouve un nouveau souffle.
A vingt ans, elle est l’élève de La Bruyère, à quarante, elle soutient le jeune Voltaire, et à soixante-dix, elle le contraint à écrire ses fameux contes philosophiques. Les plus grands esprits de son temps la courtisent : Bossuet, Fontenelle, Marivaux, mais aussi Montesquieu, Réaumur et d’Alembert. Depuis les Caractères jusqu’à Zadig , sur plus d’un demi siècle, Louise-Bénédicte de Bourbon va laisser sa marque.
Voilà une vie menée tambour battant, riche et foisonnante ; un grand souffle vibrant de volonté et d’ardeur. Voilà une femme d’exception, haute en couleur, éblouissant trait d’union entre le Siècle des Lumières et le Grand Siècle.

JEAN-LUC GOURDIN a reçu en 1996 le Grand Prix d’Histoire de la Fondation Napoléon. Son ouvrage sur La Duchesse du Maine a reçu le Prix Hugues Capet en 1999.
JEAN-LUC GOURDIN a fait également paraître : Florian le fabuliste , éditions Ramsay, 2002 et Mémoires et Correspondance de Florian , Sceaux, éditions JBM 21, 2005.
ANNE-LOUISE-BÉNÉDICTE DE BOURBON, DUCHESSE DU MAINE
Extrait du Grand Dictionnaire universel du XIX e siècle de Pierre LAROUSSE, Tome 10, Paris, 1873
« MAINE (Anne-Louise-Bénédicte DE BOURBON, duchesse DU), petite-fille du grand Condé et femme du précédent, née en 1676, morte à Sceaux en 1753. On la maria à seize ans, elle en paraissait dix à peine, tant elle était petite et fluette. Mme de Maintenon, qui avait toujours gardé sur le duc du Maine son ancien ascendant de gouvernante, comptait bien que la frêle jeune fille ne lui ferait pas d’opposition. « J’espère au moins que celle-là ne m’échappera pas» écrivait-elle. En effet, la duchesse, qui sut vite maîtriser le caractère faible de son mari, évita de faire paraître du vivant du grand roi aucune des visées ambitieuses qu’elle gardait au fond du cœur. La cour étant divisée en deux camps, d’un coté ceux qui se conformaient aux pratiques de dévotion morose de Louis XIV vieilli, de l’autre ceux qui aspiraient plus ou moins ouvertement à secouer ce joug insupportable et à se plonger dans les plaisirs, la duchesse du Maine sut tenir un juste milieu et se refuser en même temps aux soupers fins et aux messes trop prolongées. Aimée de Louis XIV, à cause de sa vivacité, de sa gentillesse et de son esprit, elle mit à profit la faveur du monarque ; grâce à elle, le duc du Maine, qui n’était que légitimé, fut reconnu ainsi que son frère apte à succéder à la couronne. C’est le fameux acte enregistré au parlement le 2 août 1714 et annulé après la mort du roi.
L’ambition de la duchesse était de faire de son mari un roi de France. Prévoyant tous les obstacles que lui susciteraient la branche cadette des d’Orléans, la plus grande partie de la noblesse, irritée des prérogatives données aux bâtards de la Montespan, et le parlement lui-même, qui n’avait enregistré ledit que par force, la duchesse du Maine songea dès lors à se créer un parti. L’inertie de son mari la laissait entièrement maîtresse d’agir à sa guise. Elle se forma à Sceaux, magnifique domaine acquis par le duc en 1700 des héritiers du marquis de Seignelay, une véritable cour, où l’on s’apprêtait à conspirer. [...]
Sous le couvert d’une plaisanterie innocente et de divertissements tout littéraires, elle recrutait des adhérents, leur donnait le mot d’ordre et se tenait prête pour le moment décisif de la mort du roi. Malézieu, l’abbé Genest, Sainte-Aulaire, le duc de Bourbon, frère de la duchesse du Maine, le cardinal de Polignac et Mme de Staal-Delaunay formaient le noyau de cette petite cour, à laquelle vinrent se joindre quelques lettrés. La duchesse croyait tenir toute la France. Son dépit fut grand lorsque, par le testament de Louis XIV, la régence fut dévolue non au duc de Maine, comme elle l’espérait, mais au duc d’Orléans ; toutefois, l’influence qui lui était laissée dans le conseil de régence pouvait la consoler. Mais lorsque le parlement eut cassé le testament du roi et réduit le duc du Maine à des fonctions purement honorifiques, le dépit se changea en fureur ; elle résolut de faire au duc d’Orléans une guerre sans trêve; elle l’accabla d’abord de protestations juridiques et de mémoires, dans la rédaction desquels l’aidait son amie, Mme de Staal, puis elle conspira ouvertement. Il ne s’agissait de rien moins que d’enlever le régent et de livrer une partie de la France à l’Espagne; ces projets monstrueux se tramaient à Sceaux, comme de simples enfantillages, au milieu de fêtes étourdissantes et des plus ruineuses folies. Le trait particulier du caractère de la duchesse était la confiance absolue et naïve dans la réalisation de ses désirs, et pour elle une conspiration n’était guère qu’un divertissement d’un nouveau genre, un changement à vue opéré d’un coup de baguette. Elle ordonna tout comme une mascarade, comme une de ces comédies qu’elle aimait à faire jouer sur le théâtre de son château, une pièce dans laquelle chacun dit ce qu’il a à dire et où tout s’achemine vers un dénoûment convenu. Le dénoûment de la conspiration de Cellamare la frappa de stupeur; c’était la première fois que ses désirs étaient aussi outrageusement méprisés. [...] Mme du Maine [...] n’éprouva jamais une résistance à ses désirs jusqu’à l’époque de la régence. Elle se mit de bonne heure dans la condition de n’en pas éprouver en s’enfermant dans cette petite cour de Sceaux, où tout était à elle et n’était qu’elle. Toute volonté autre que la sienne lui eût semblé une impertinence et une révolte. Lorsqu’elle en sortit pourtant et qu’elle eut affaire aux difficultés réelles, elle s’y heurta, elle s’y brisa. Dans cette folle conspiration, qu’elle entreprit de dépit contre le régent (1718) et où elle poussa son timide mari, elle put voir que le monde était plus gros, plus rebelle, plus difficile à remuer qu’elle ne croyait. Toute autre en eût tiré quelque leçon, ou du moins quelque dégoût et quelque tristesse ; mais la force du naturel et des premières impressions l’emporta. Rentrée à Sceaux après une rude épreuve d’humiliation et de disgrâce (1720), elle se remit peu à peu dans les conditions où elle avait d’abord vécu ; elle ne trouva plus de résistance et oublia qu’il y en avait pour elle à deux pas hors de son vallon. Elle resta persuadée comme auparavant que « l’ordre du monde, quand il allait bien, était que tout fût pour elle et uniquement pour elle. »
La duchesse avait été internée à Dijon, tandis que son mari était à Doullens. Elle fut transférée à Châlons en 1719, et elle y resta quinze mois ; encore n’obtint-elle la liberté qu’au prix d’une soumission humiliante au régent. Cela dut lui paraître bien dur, et elle ne conspira plus; elle s’étourdit de nouveau au bruit des fêtes, attira plus de monde que jamais à Sceaux, où les invitations étaient aussi recherchées que celles de Versailles sous Louis XIV, et, renonçant à la politique, ne s’occupa plus que de divertissements, de joutes sur l’eau, de comédies et de tournois littéraires. Voltaire lui-même vint à Sceaux, et il y composa Zadig . Malgré la cruelle leçon qu’elle avait reçue, la duchesse continuait toujours de croire que tout était pour elle, et jusqu’à la fin de sa vie, elle fatigua son entourage de son égoïsme tyrannique. C’est ce qui ressort le mieux de tout ce qu’a écrit sur elle sa confidente, Mme de Staal : « Mme la duchesse du Maine, à l’âge de soixante ans, n’a encore rien acquis par l’expérience : c’est une enfant de beaucoup d’esprit; elle en a les défauts et les agréments. Curieuse et crédule, elle a voulu s’instruire de toutes les différentes connaissances ; mais elle s’est contentée de leur superficie. Les décisions de ceux qui l’ont élevée sont devenues des principes et des règles pour elle, sur lesquels son esprit n’a jamais formé le moindre doute ; elle s’est soumise une fois pour toutes. Sa provision d’idées est faite ; elle rejetterait les vérités les mieux démontrées, et résisterait aux meilleurs raisonnements, s’ils contrariaient les premières impressions qu’elle a reçues. Tout examen est impossible à sa légèreté, et le doute est un état que ne peut supporter sa faiblesse. Son catéchisme et la philosophie de Descartes sont deux systèmes qu’elle entend également bien.
[...] L’idée qu’elle a d’elle-même est un préjugé qu’elle a reçu comme toutes ses autres opinions. Elle croit en elle de la même manière qu’elle croit en Dieu et en Descartes, sans examen et sans discussion. Son miroir n’a pu l’entretenir dans le moindre doute sur les agréments de sa figure; le témoignage de ses yeux lui est plus suspect que le jugement de ceux qui ont décidé qu’elle était belle et bien faite. Sa vanité est d’un genre singulier ; mais il semble qu’elle soit moins choquante, parce qu’elle n’est pas réfléchie, quoiqu’en effet elle en soit plus absurde.
Son commerce est un esclavage, sa tyrannie est à découvert; elle ne daigne pas la colorer des apparences de l’amitié. Elle dit ingénument qu’elle a le malheur de ne pouvoir se passer des personnes dont elle ne se soucie point. Effectivement elle le prouve. On la voit apprendre avec indifférence la mort de ceux qui lui faisaient verser des larmes lorsqu’ils se trouvaient un quart d’heure trop tard à une partie de jeu ou de promenade.
Une femme si altière et si égoïste ne dut pas donner beaucoup à la galanterie. Cependant elle avait la repartie bien verte pour une femme vertueuse.
Un jour, elle reprochait au marquis de Sainte-Aulaire de ne pas aller à confesse ; le spirituel vieillard lui adressa le quatrain suivant :

Ma bergère, j’ai beau chercher, Je n’ai rien sur ma conscience ; De grâce faites-moi pécher, Après je ferai pénitence.
Et la duchesse du Maine de riposter :

Si je cédais à ton instance, On te verrait bien empêché, Mais plus encore du péché Que de la pénitence.
De plus, la chronique scandaleuse du XVIII e siècle lui donne deux amants, le jeune et galant cardinal de Polignac et le propre frère de la duchesse, le duc de Bourbon. Dans une des lettres de ce dernier, adressée à sa sœur, se trouvent ces vers :

Ce qui chez les mortels est une effronterie, Entre nous autres demi-dieux N’est qu’honnête galanterie.
Appeler effronterie ou galanterie un inceste, voilà ce dont ne s’aviseraient jamais les simples mortels. Nous aimons mieux croire que le duc de Bourbon parlait d’autre chose. » 8
LOUIS AUGUSTE DE BOURBON, DUC DU MAINE
Extrait du Grand Dictionnaire universel du XIX e siècle de Pierre LAROUSSE, Tome 10, Paris, 1873
« MAINE (Louis-Auguste DE BOURBON, duc DU), prince légitimé de France, né à Versailles en 1670, mort à Sceaux en 1736. Second fils de Louis XIV et de la marquise de Montespan, il fut légitimé en 1673, puis, quelques semaines après, nommé colonel général des
Suisses et Grisons (il avait alors trois ans); quand il eut cinq ans, on lui donna le régiment commandé par Turenne; à sept ans, il fit paraître un volume intitulé : Œuvres diverses d’un auteur de sept ans (Paris, 1678, in-4°) ; à douze ans, il fut nommé gouverneur du Languedoc, puis chevalier des ordres du roi et général des galères. Ce jeune homme était fort aimé du roi et méritait cet amour ; et lorsque son père disgracia Mme de Montespan et la remplaça par Mme de Maintenon, le duc du Maine, qui le croirait ? prit parti pour la nouvelle favorite contre sa propre mère, prouvant ainsi le respect qu’il avait pour toutes les volontés du monarque, et lorsque sa mère mourut, ce même respect l’empêcha de porter son deuil.
Il est vrai qu’à la mort de son père « il creva de joie, » dit Saint-Simon. Élevé en 1714 au rang de prince du sang, il avait été, par le testament de Louis XIV, investi du commandement des troupes de la maison du roi, et spécialement chargé de veiller à la sûreté, conservation et éducation du jeune monarque. Cette charge ouvrait à son esprit de vastes horizons. Malheureusement le testament fut cassé et le duc d’Orléans déclaré régent. Le duc du Maine, qui avait des vues très-ambitieuses, était en même temps d’un caractère un peu timide, pour ne pas dire lâche. Il n’osa pas résister ; mais sa femme le fit entrer dans mille intrigues, dans la conspiration de Cellamare, à la suite de laquelle il fut enfermé au château de Doullens, où il passa son temps à maudire sa femme et à faire des dévotions. Au bout d’un an il fut relâché; la question des princes légitimés fut résolue par l’édit du 26 avril 1723, qui lui faisait prendre rang après les princes du sang et avant les ducs et pairs, et le duc du Maine ne recommença plus. Il passa les dernières années de sa vie dans les pratiques de la religion. »
Extrait du Supplément aux anciennes éditions du Dictionnaire historique de L. MORERI, tiré de l’édition de l’An MDCCXII, À Paris, chez Denis Mariette, MDCCXIV, s. v. BOURBON 9
« DUCS DU MAINE, DU NOM DE BOURBON, Bâtards de la Maison Roïale de France
XIII. Loüis Auguste de Bourbon légitimé de France, Duc du Maine & d’Aumale, Prince Souverain de Dombes, Comte d’Eu, Pair de France, gouverneur de Languedoc, Grand-Maître de l’Artillerie de France, Colonel General des Suisses, Lieutenant General des Armées du Roi, General des Carabiniers, & Chevalier des Ordres, & fils du Roi Loüis le Grand , nâquit le dernier Mars 1670. fut légitimé le 19. Décembre 1673. obtint par Lettres Patentes du 18. Janvier 1680. que sa posterité à l’infini auroit le droit de prendre le nom de Bourbon , & épousa le 19. Mars 1692. Anne-Loüise-Benedicte de Bourbon, fille de Henri-Jule , Prince de Condé, dont il a eu Loüis-Constantin , né le 27.decembre 1695. mort le 28. Septembre 1698. LOÜIS-AUGUSTE Prince de Dombes, né le 4. Mars 1700. nommé en Avril 1710. Colonel General des Suisses en survivance ; [...] »
PORTRAIT DU DUC DU MAINE ET DÉDICACE « A MONSEIGNEUR PRINCE SOUVERAIN DE DOMBES »
Dictionnaire de Trévoux, édition 1704 imprimée à Trévoux, exemplaire relié en deux volumes 10 et conservé à la mairie de Trévoux

Photo : Ville de Trévoux et Association ASTRID
LES IMPRIMEURS DE TRÉVOUX AU XVIII e SIÈCLE 11
Conférence donnée par Vinciane BRUNET le 30 octobre 2004
Présentation:
Au XVIII e siècle, l’imprimerie de Trévoux jouit d’une réputation européenne. Environ quatre-vingt imprimeurs travaillent dans la Compagnie de Trévoux. Qui étaient ces imprimeurs, quelles étaient leur fonction et leur place dans la société trévoltienne ?
Présentation en anglais :
« Printers in Trévoux in the 18 th century », a lecture given by Vinciane Brunet in Trévoux on October 30 th 2004. In the 18 th century the Trévoux printing house was known all over Europe. Some eighty printers worked in the company. Who were these printers? What role did they play in the society of Trévoux?

La page de garde du Dictionnaire de Trévoux porte la mention « A Trévoux, chez Etienne Gancau, libraire de Paris et directeur de l’imprimerie de Son Altesse Sérénissime ». En effet, ce libraire parisien dirige l’imprimerie à partir de 1699, associé à Jean Boudot, imprimeur de l’Académie des Sciences de Paris. Etienne Ganeau renforce alors une activité restée très incertaine au XVII e siècle et au début du XVIII e siècle. A la mort de Boudot en 1707, il rachète à sa veuve les droits et le fonds de l’imprimerie 12 et crée, avec une dizaine de libraires de la capitale, une association commerciale : la Compagnie de Trévoux 13 . Même si les premiers imprimeurs à avoir obtenu un privilège d’impression étaient des Lyonnais 14 , c’est donc sous la direction d’imprimeurs parisiens que l’imprimerie de Trévoux va se développer.

1. LES IMPRIMEURS DANS LEUR MILIEU professionnel

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