Plutarque - Oeuvres complètes
2678 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Plutarque - Oeuvres complètes , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
2678 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Le Classcompilé n° 136 contient les Oeuvres Complètes de Plutarque dans la traduction d'Eugène Talbot et de Victor Bétolaud (1865 et 1870). La reconnaissance optique a été faite spécialement pour cette édition numérique.


Plutarque (en grec ancien Πλούταρχος / Ploútarkhos), né à Chéronée en Béotie vers 46 et mort vers 125, est un philosophe, biographe, moraliste, et penseur majeur de la Rome antique. Grec d'origine, il fut un des précurseurs du courant philosophique nommé le néoplatonisme et s'opposa dans ses traités de morale aux courants stoïciens et épicuriens. (Wikip.)


Mise à jour 03/2021 : Rétablissement du titre du Tome I des oeuvres morales, qui n'apparaisait plus dans la vue NCX


CONTENU DU VOLUME:
Les Vies des hommes illustres, T. 1
Les Vies des hommes illustres, T. 2
Les Vies des hommes illustres, T. 3
Les Vies des hommes illustres, T. 4
Œuvres morales et Œuvres diverses, T. 1
Œuvres morales et Œuvres diverses, T. 2
Œuvres morales et Œuvres diverses, T. 3
Œuvres morales et Œuvres diverses, T. 4
Œuvres morales et Œuvres diverses, T. 5


Les livrels de lci-eBooks sont des compilations d’œuvres appartenant au domaine public : les textes d’un même auteur sont regroupés dans un eBook à la mise en page soignée, pour la plus grande commodité du lecteur. On trouvera le catalogue sur le site de l'éditeur.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782376810339
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

PLUTARQUE ŒUVRES COMPLÈTES N° 136
Les livrels de lci-eBooks sont des compilations d’auteurs classiques : les ouvrages d’un même auteur sont regroupés dans un eBook à la mise en page soignée, pour la plus grande commodité du lecteur.

MENTIONS
(1) © 2017-2020 lci-eBooks (les eBooks classiques illustrés, www.lci-ebooks.com) pour ce livre numérique, à l’exclusion du contenu appartenant au domaine public ou placé sous licence libre. (2) Toute autre marque ou entité mentionnée par l’éditeur dans cet ouvrage ne l’est qu’à des fins de citation des sources, et il n’existe aucune relation d’aucune sorte entre ladite marque ou entité et l’éditeur. (3) Toute opinion et tout stéréotype contenus dans cet ouvrage n’appartiennent qu’à leur auteur et n’engagent que lui seul ou qu’elle, et il se peut qu’ils reflètent les préjugés de son temps ou de son lieu. (4) L’orthographe originelle a été généralement conservée et peut se trouver différer de celle en vigueur.
ISBN : 978-2-37681-033-9
pour la version 1.x au format EPUB et sans DRM.
Historique des versions : 1.6 (27/03/2021), 1.5 (02/01/2020), 1.4 (06/11/2019), 1.3 (11/04/2018), 1.2 (29/01/2018), 1.1 (12/12/2017), 1.0 (12/10/2017).
SOURCES
Cet eBook a été élaboré à partir des ressources suivantes sur le Web. Pour accéder à des hyperliens cliquables pour chacune, on consultera la page générale des ressources sur le site internet.
— Fac-similés : Vies des hommes illustres , vol. 1 (Google Livres / UCM [Université Complutense de Madrid], 2 images ), Vies des hommes illustres , vol. 2 : (Google Livres / UCM, 1 image ), Vies des hommes illustres , vol. 4 : (Google Livres / UCM) Vies des hommes Illustres, vol. 3 (Google Livres / Université de Californie), Œuvres morales et Œuvres diverses , vol. 1 (Google Livres / BCUL [Bibliotheque cant. et univ. Lausanne], es, 2 images ), Œuvres morales et Œuvres diverses , vol. 3 (Google Livres / BCUL, es), Œuvres morales et Œuvres diverses , vol. 4 (Google Livres / BCUL es, 7 images ), Œuvres morales et Œuvres diverses , vol 2 (Google Livres / BML [Bibliothèque municipale de Lyon]), Œuvres morales et Œuvres diverses , vol 5 (Google Livres / BML)
— Couverture : Buste supposé de Plutarque. II e ou III e siècle après J.-C, Musée archéologique de Delphes. (Wikimedia Commons. Odysses (2013), Licence CC BY-SA (creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0). Modifications : Images taillée et réduite.)
— Pages de titre détail et plein pied : Statue d’un philosophe. Supposé être Plutarque ou Platon. Musée archéologique de Delphes. Wikimedia Commons. Karmakolle (2015).)
Si vous estimez qu’un contenu quelconque de ce livre (texte ou image) n’a pas le droit de s’y trouver ou n’est pas attribué correctement, veuillez le signaler par le formulaire du site ou à : contact@lci-ebooks.com.
LISTE DES TITRES
P LOÚTARKHOS (46 -125)
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES, T. 1
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES, T. 2
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES, T. 3
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES, T. 4
ŒUVRES MORALES ET ŒUVRES DIVERSES, T. 1
ŒUVRES MORALES ET ŒUVRES DIVERSES, T. 2
ŒUVRES MORALES ET ŒUVRES DIVERSES, T. 3
ŒUVRES MORALES ET ŒUVRES DIVERSES, T. 4
ŒUVRES MORALES ET ŒUVRES DIVERSES, T. 5
PAGINATION
Ce volume contient 1 953 921 mots et 4 603 pages
01. Les Vies des hommes illustres, T. 1
474 pages
02. Les Vies des hommes illustres, T. 2
422 pages
03. Les Vies des hommes illustres, T. 3
537 pages
04. Les Vies des hommes illustres, T. 4
463 pages
05. Œuvres Morales et Œuvres Diverses, T. 1
579 pages
06. Œuvres Morales et Œuvres Diverses, T. 2
580 pages
07. Œuvres Morales et Œuvres Diverses, T. 3
672 pages
08. Œuvres Morales et Œuvres Diverses, T. 4
565 pages
09. Œuvres Morales et Œuvres Diverses, T. 5
297 pages
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES, T. 1
Traduites en français par E. T ALBOT .
Profsseur de rhétorique au collège Rollin
Éléments bibliographiques :
Édition de référence : Œuvres Complètes de Plutarque, Les vies des hommes illustres, Tome deuxième, Librairie de Louis Hachette et C ie , 1865.
474 pages
TABLE
[i]INTRODUCTION{1}
THÉSÉE.
[34]ROMULUS.
[74]COMPARAISON DE THÉSÉE ET DE ROMULUS.
[80]LYCURGUE.{375}
[123]NUMA{483}.
[157]COMPARAISON DE LYCURGUE ET DE NUMA.
[165]SOLON{580}.
[205]PUBLICOLA.
[232]COMPARAISON DE SOLON ET DE PUBLICOLA.
[237]THÉMISTOCLE{790}
[274]CAMILLE{917}
[323]PÉRICLÈS{1049}.
[370]FABIUS MAXIMUS{1165}.
[404]COMPARAISON DE PÉRICLÈS ET DE FABIUS.
[408]ALCIBIADE{1240}.
[455]CORIOLAN{1367}.
[495]COMPARAISON D’ALCIBIADE ET DE CORIOLAN.
NOTES
Titre suivant : LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES, T. 2
[I] INTRODUCTION {1}
I
« L’histoire, dit Montaigne {2} , c’est mon gibbier en matière de livres…. Les historiens sont ma droicte balle. Et ceulx qui escrivent les Vies, d’autant qu’ils s’amusent plus aux conseils qu’aux evenements, plus à ce qui part du dedans qu’à ce qui arrive du dehors, ceulx là me sont plus propres.... Voilà pourquoi c’est mon homme que Plutarque. » L’admiration empressée et sans cesse rajeunie de la postérité a pleinement confirmé le jugement de Montaigne, avec cette clause pourtant que Plutarque n’appartient pas exclusivement à l’auteur des Essais : Plutarque est l’homme de tous les temps et de tous les pays. Une épigramme d’Agathias {3} nous montre de quelle estime il était entouré chez les païens. Les chrétiens ne l’eurent pas en moindre véné [ii] ration. Quelques-uns lui accordent cet honneur que, s’il fallait jeter à la mer tous les écrits de l’antiquité, il conviendrait de garder le seul Plutarque, et un pieux évêque demande au Christ de sauver des peines éternelles Platon et Plutarque, qui se sont le plus rapprochés, par leurs discours et par leur conduite, de la morale chrétienne : leur ignorance en matière de foi étant involontaire, la bonté du Sauveur doit les prendre en pitié {4} . Depuis, la renommée de Plutarque n’a fait que grandir. Il n’est pas de peuple qui ne lui ait accordé le droit de bourgeoisie. Sans parler des traductions latines, qui, dès la naissance de l’imprimerie, propagent ses œuvres parmi les savants et les lettrés, des traductions en langue vulgaire le mettent, dans toute l’Europe, à la portée de quiconque sait lire ou écouter. En Italie Jaconello de Riete, en Espagne Jean Castro de Salinas, en Allemagne Jérôme Boner, en Angleterre Thomas North, mais principalement en France Jacques Amyot assurent à Plutarque une popularité aussi vivante, aussi durable que celle des écrivains les plus connus, les plus aimés {5} . D’où vient cette faveur singulière ? N’est-ce pas du penchant irrésistible, qui nous porte à nous intéresser à l’homme au point que le reste nous est, pour ainsi dire, étranger ? Disposition naturelle, qui explique le goût universel des peuples pour la poésie dramatique et pour les fictions romanesques, où l’on retrouve une image de la vie humaine, un miroir dans lequel se reproduisent les caractères et les passions. Or, à le bien prendre, que sont les biographies de Plutarque, sinon des drames, parfois même des romans, qui représentent au vif, comme sur une scène où l’imagination se joint à la réalité, la peinture originale et vraie de faits possibles, unie, comme le veut Montaigne, [iii] à une sorte d’anatomie philosophique du cœur humain ? Il ne faut donc pas s’étonner qu’on en revienne toujours aux biographies de Plutarque. Aucune lecture n’est à la fois plus instructive et plus attachante : c’est le charme et les délices des jeunes gens, des hommes faits et des vieillards. Guerriers, hommes d’État, littérateurs, artistes y trouvent des exemples, des conseils, des inspirations. Ses personnages vivent, parlent, agissent : on les voit, on les pratique, on devise avec eux : l’illusion est complète. Il suit de là que nul écrivain n’a jamais eu d’action plus efficace et plus continue sur le génie des masses ou sur les caractères individuels. L’esprit de Plutarque, ses réflexions, ses tableaux se concentrent, comme en un foyer, dans l’âme de Shakspeare, de Montaigne, de Montesquieu, de J. J. Rousseau, qui en font rayonner autour d’eux la lumière. Et de quelle ardeur, de quelle fierté n’a-t-il pas animé le cœur de nobles héros, de mâles héroïnes? N’allons pas bien loin pour en trouver des exemples. M me  Roland qui, dès l’âge de neuf ans, fait de Plutarque sa « véritable pâture {6} , » apprend dans son livre à aimer d’un amour enthousiaste et pur la liberté qu’elle salue, en mourant, d’un mélancolique regret ; Charlotte Corday {7} y puise le courage stoïque qui la porte à « sacrifier sa vie contre celle de Marat pour sauver son pays ; » Kléber {8} , un véritable héros des temps antiques, lecteur assidu et passionné de Quinte-Curce et de Plutarque, trouve à cette école de sentiments généreux les mots burinés pour l’histoire qu’il adresse à Marceau et au vainqueur d’Aboukir.
[IV] II
Plutarque naquit à Chéronée, petite ville de Béotie, célèbre par la victoire de Philippe de Macédoine, qui anéantit la liberté de la Grèce, l’an 338 avant J. C. Il n’y a aucun doute sur la patrie du biographe : il la désigne lui-même dans plusieurs de ses écrits {9}  ; mais on n’est pas aussi certain de la date précise à laquelle on doit rapporter sa naissance. L’opinion la plus probable, c’est que Plutarque vint au monde dans les dernières années du règne de l’empereur Claude, c’est-à-dire vers le milieu du premier siècle de l’ère chrétienne, l’an 50 de J. C. La Béotie passait chez les anciens pour un pays grossier, qui ne produisait que des hommes lourds, épais, sans intelligence {10} . Elle peut cependant opposer au moins trois noms illustres à ses détracteurs : Pindare, Épaminondas et Plutarque : un grand poëte, un grand général, un grand historien. On ignore le nom du père de Plutarque, mais on sait qu’il exerçait à Chéronée les fonctions de magistrat, et Plutarque en parle comme d’un homme vertueux, modeste, instruit dans la philosophie et dans la théologie de son temps, et fort versé dans la lecture des poëtes. Le nom de sa mère est inconnu. Son bisaïeul Nicarchos, aimable conteur, qui vivait du temps de la bataille d’Actium, et son aïeul Lamprias, vieillard d’une imagination vive et ingénieuse, surtout après boire {11} , occupaient dans leur ville natale d’honorables emplois. Élevé avec soin au milieu de cette société distinguée, avec ses deux frères, Lamprias et Timon, qu’il aima tendre [v] ment, Plutarque fut envoyé tout jeune à Athènes, d’autres disent à Delphes, suivre les leçons d’Ammonius {12} , chez lequel il se lia d’amitié avec un jeune Athénien descendant de Thémistocle {13} . Il apprit à cette école les mathématiques et la philosophie. Ammonius, comme bon nombre de péripatéticiens, semble avoir été un moraliste pratique, qui ne bornait point son enseignement à la spéculation, mais qui gravait ses préceptes par des faits dans l’esprit de ses élèves. Plutarque raconte {14} , à ce sujet, une anecdote assez piquante. À l’une de ses conférences de l’après-midi, Ammonius, s’étant aperçu que quelques-uns de ses disciples avaient dîné plus copieusement qu’il ne convenait, même à des étudiants, fit donner aussitôt le fouet à son propre fils par un affranchi, en disant que c’était pour le punir de ne pouvoir dîner sans vinaigre. Pendant cette correction, si bizarrement indirecte, Ammonius avait les yeux attachés sur son auditoire, de manière à convaincre les jeunes étourdis que ce châtiment s’adressait aux coupables et qu’ils étaient fouettés sur le dos de son fils.
Il est probable que l’étude des matières philosophiques et morales n’empêcha point Plutarque de se nourrir l’esprit de la lecture des poëtes, des orateurs et des historiens. Ses ouvrages abondent en citations qui attestent des connaissances aussi variées qu’étendues, amassées par une mémoire prodigieuse, et il a conservé ainsi à la postérité de nombreux fragments d’auteurs, dont les ouvrages ne sont point parvenus jusqu’à nous {15} .
C’est vers cette époque que quelques biographes placent de prétendus voyages faits par Plutarque en Égypte, à Lacédémone et en Crète, pour s’instruire de la religion, des [vi] traditions et des lois de ces diverses contrées. Rien n’est moins prouvé. Ce qui est plus certain, c’est qu’il fut employé, jeune encore, par ses concitoyens, à des négociations avec des villes voisines, et qu’il s’acquitta fort bien de ces missions.
On est sûr qu’il fut député vers le proconsul d’Achaïe avec un de ses jeunes compatriotes, et que son père, au retour, lui donna une leçon de tact et de modestie qu’il a consignée dans l’un de ses écrits {16} . C’est probablement à la même époque de sa vie qu’il se rendit en Italie pour les affaires de son pays. À quelle date bien déterminée, on ne peut l’affirmer. Cependant il est permis de croire qu’il ne vint à Rome pour la première fois qu’à la fin du règne de Vespasien et qu’il n’y alla plus après celui de Domitien. Ainsi tombe l’assertion de Suidas et de ceux qui prétendent que Plutarque fut le précepteur de l’empereur Trajan, dont la reconnaissance l’aurait élevé au poste de gouverneur de l’Illyrie {17} . Durant son séjour à Rome, Plutarque, en sa qualité de sophiste, profession alors fort en vogue, donna chez lui des séances publiques, dans lesquelles il faisait des lectures sur des sujets empruntés à la philosophie morale, ou discutait quelques-uns de ces paradoxes ingénieux que l’on traitait dans les écoles des rhéteurs {18} . Ce fut là, selon toute probabilité, la première occasion des nombreux traités moraux et des dissertations, parfois subtiles {19} , qui con [vii] courent, avec les biographies, à la gloire de son nom. On peut juger de l’empressement avec lequel on accourait entendre Plutarque et de la composition de son auditoire par le fait qu’il raconte lui-même dans son Traité de la Curiosité {20} . « Un jour, dit-il, que je parlais en public dans la ville de Rome, Arulenus Rusticus {21} , celui que Domitien fit mourir à cause de l’envie qu’il portait à sa gloire, était au nombre de mes auditeurs. Au milieu de la leçon, il entre un soldat qui lui remet une lettre de l’empereur. Il se fait un grand silence, et moi-même je m’arrête pour lui donner le temps de la lire ; mais il s’y refuse et n’ouvre point la lettre avant que j’aie achevé mon discours et que l’assemblée ait été congédiée {22} . »
Bien que les discours de Plutarque fussent prononcés devant un auditoire latin, ils étaient en langue grecque, parce qu’il ne connaissait point assez le latin pour le parler. C’est lui-même qui le dit dans la biographie de Démosthène {23} . À l’en croire, les affaires politiques qui l’avaient appelé à Rome et dans plusieurs villes de l’Italie, jointes à la distraction causée par l’affluence des visiteurs qui assistaient à ses conférences philosophiques, ne lui permirent de s’appliquer [viii] qu’assez tard et dans un âge avancé à l’étude de la langue latine {24} . Peut-être y a-t-il quelques restrictions à apporter à cette déclaration modeste qui rappelle celle de Montaigne {25} se plaignant de sa mémoire, s’accusant d’ignorance et disant qu’il n’entend pas le grec. Si l’on s’aperçoit par certaines phrases des œuvres de Plutarque qu’il ne possédait pas pleinement l’idiome de Cicéron et de Tite Live, il n’est pas douteux cependant qu’il ne l’entendît mieux qu’il ne semble le dire et qu’il ne fût en état de comprendre les textes latins dont il se servait pour rédiger ses écrits.
Revenu à Chéronée, sa patrie, vers l’âge de trente-cinq ou quarante ans, il ne quitta plus cette chère petite ville, où il dit qu’il aimait à se tenir {26} . « Il y a dans la vie de l’homme, écrit Dacier {27} , deux points cardinaux qui décident de son bonheur ou de son malheur, celui de la naissance et celui du mariage.... On ne saurait dire dans lequel de ces deux points Plutarque a été le plus heureux. La nature versa sur lui à sa naissance ses plus précieux trésors ; ses écrits sont une belle preuve de ses talents, de son bon esprit et de sa grande sagesse; son mariage ne fut pas moins fortuné. » Sa femme était de l’une des meilleures familles de Chéronée. Elle s’appelait Timoxena, fille d’un nommé Aristion {28} . Plutarque parle de sa femme avec les plus douces effusions de la tendresse. Ils eurent d’abord quatre fils : Lamprias, Autobule, Plutarque et Charon {29} , puis une fille appelée Ti [ix] moxena {30} , comme sa mère ; ils la perdirent à l’âge de deux ans. Plutarque, absent lors de la maladie qui lui enleva son enfant, apprit la nouvelle de cette mort à Tanagre, où il était en mission pour les intérêts de ses concitoyens. C’est de là qu’il écrivit à Timoxena une lettre de consolation dans laquelle l’éloge qu’il fait des qualités et du cœur de sa femme nous donne des marques touchantes de la bonté du sien. Plutarque chargé, comme nous l’avons vu, de plusieurs députations importantes, fut revêtu, dans sa patrie même, de quelques dignités considérables, entre autres de celle d’archonte ou premier magistrat. Il se distingua dans ces divers emplois par une modération et une équité qui lui valurent l’estime et la bienveillance générales. Sa tendresse pour ses deux frères, Lamprias et Timon, lui fut payée par ceux-ci en confiance et en respect {31} . Il eut de nombreux amis, mais les plus intimes furent Polycrate, pour lequel est écrite la vie d’Aratus, Sossius Sénécion, personnage consulaire {32} favori de Trajan, auquel il dédia ses Biographies, et le philosophe Phavorinus à qui est adressé le traité Du premier froid. La douceur bienveillante de son caractère s’étendit jusqu’à ses esclaves et jusqu’aux animaux. Il professait, à cet égard, des doctrines qui lui font le plus grand honneur. Il trouvait que se servir de ses esclaves comme de bêtes de somme et, après qu’on s’en est servi, les chasser ou les vendre dans leur vieillesse, c’est la marque d’un méchant naturel, [x] d’une âme basse et servile, qui croit que l’homme n’a de liaison avec l’homme que par ses besoins et pour sa seule utilité. Il ajoutait que la bonté doit aller plus loin que la justice : car nous sommes nés pour observer la loi et l’équité avec les hommes, tandis que la bonté nous porte à nourrir même nos chevaux et nos chiens, non-seulement quand ils peuvent nous servir, mais quand ils sont vieux et inutiles. « Je sais bien, dit-il, que pour rien au monde je ne me déferais d’un bœuf qui aurait vieilli en labourant mes terres : à plus forte raison ne pourrais-je jamais me résoudre à renvoyer un vieux domestique en le chassant de ma maison comme de sa patrie, et cela pour quelque argent {33} ...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents