Comment survivre à l échec scolaire ?
170 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Comment survivre à l'échec scolaire ? , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
170 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Née en Algérie et arrivée en France à l'âge de 4 ans, Linda Tezrarin raconte sa scolarité. Les problèmes de sa famille ont gravement perturbé ses premières années d'école primaire. Ayant deux fois échoué au CAP, elle a terminé sa scolarité au plus bas niveau de qualification. Cependant elle a aimé l'école qui l'a ouverte sur le monde, comme le montre le récit du voyage qu'elle a fait en Afrique. Après un passage par l'Ecole de la 2e chance, elle a repris ses études et a obtenu le DAEU (Diplôme d'Accès aux Etudes Universitaires).

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2012
Nombre de lectures 20
EAN13 9782296489295
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Comment survivre à l’échec scolaire ?
Bienvenue de l’autre côté du miroir
Linda Tezrarin

Comment survivre à l’échec scolaire ?
Bienvenue de l’autre côté du miroir
Préface de Jacques Denantes
Nous savons qu’il reste dans ce livre des imperfections. Alertée sur ce point l’auteure a fait valoir qu’elles faisaient partie de son témoignage. (L’éditeur)
© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56976-8
EAN : 9782296569768
Préface
par Jacques Denantes Docteur en Sciences de l’éducation
J’ai rencontré l’échec scolaire à mi-chemin de ma vie active. J’avais jusque-là vécu dans un milieu d’ingénieurs et de cadres, auréolé d’un diplôme qui me donnait l’assurance d’un homme bien né. Devenu formateur d’adultes en 1972, je me suis occupé de l’insertion sociale et professionnelle des jeunes ayant terminé leur scolarité sans aucune qualification. Agés entre 18 et 25 ans, certains d’entre eux avaient des connaissances si déficientes, qu’on se demandait ce qu’ils avaient pu faire durant les dix années qu’ils avaient passées à l’école. Ayant pris ma retraite, j’ai proposé mes services à un collège en zone d’éducation prioritaire. On m’a confié des élèves en difficulté, qu’il fallait accompagner en maths et/ou en français. La plupart d’entre eux ne possédaient pas les bases du primaire. Il m’est arrivé d’en persuader quelques-uns qu’un effort suffisait pour combler leurs lacunes. Mais le plus souvent, je courais avec eux derrière le programme, sans cesse retardé par le fait qu’ils ne possédaient pas ce qu’ils étaient censés avoir acquis.
J’ai rencontré Linda en 2005 quand, pour la seconde fois, elle venait d’échouer au CAP. Ayant gagné un peu d’argent grâce aux emplois de la formation en alternance, elle n’avait pas encore pris conscience des conséquences de son échec. Lorsqu’elle a décidé son voyage en Afrique, je lui ai recommandé de tenir un journal afin de pouvoir le raconter. Son récit était celui d’une voyageuse curieuse et attentive, et aussi le regard sur l’Afrique d’une jeune Française d’origine algérienne.
Je lui ai alors proposé de raconter sa scolarité. Elle m’envoyait son texte au fur et à mesure qu’elle l’écrivait. Il était rempli de fautes d’orthographe, mais Linda savait décrire sa vie à l’école et au collège, la bonne surprise de son orientation vers un lycée professionnel de la photo et la déception de se voir rattrapée par ses lacunes, enfin la découverte de la vie en entreprise lorsque, pour tenter une nouvelle fois le CAP, elle avait signé un contrat de professionnalisation.
L’échec scolaire vécu comme une espérance qui se dérobe, voilà ce que rapporte ce livre. Depuis quelques années, les comparaisons internationales révèlent un trop plein d’échecs dans notre système scolaire. Des enseignants et des chercheurs ont écrit des livres et des articles sur ce sujet, mais aucun d’eux n’a vécu ce qu’ils observent, car pour être parvenus où ils étaient, il avait fallu qu’ils soient de bons élèves. Linda a vécu ce qu’elle raconte et, bien que située de l’autre côté du miroir, elle est capable d’évoquer son échec avec une certaine distance. Elle a gardé un bon souvenir de sa scolarité, elle a aimé l’école, elle a aimé apprendre, mais les tribulations de sa famille ont gravement perturbé ses deux premières années dans le primaire. Elle en a gardé des lacunes dont elle n’a vraiment pris conscience qu’avec le test d’entrée en 6è. Mais ce test n’avait qu’un but statistique, il ne déclenchait aucune action de remise à niveau. Linda a sollicité l’aide d’un professeur qu’elle appréciait. Celle-ci l’a écoutée et lui a donnée de bons conseils, mais elle ne pouvait rien faire de plus. Je pense aux écoles danoises où l’enseignement obligatoire est regroupé dans un seul cycle, qui correspond chez nous au primaire et au premier cycle du secondaire. Un enseignant prend en charge un groupe d’élèves de 6 ans et les suit tout au long des dix années de leur scolarité, sa mission étant de les amener tous à bon port.
Mais nous sommes en France et Linda a fini sa scolarité en situation d’échec au plus bas niveau. Quelle utilité pour elle d’avoir écrit ce livre ? « Il est pour moi comme un diplôme, il est mon diplôme », écrit-elle. Quelque valeur que donne la société à ce « diplôme », il lui aura au moins permis de se pencher sur son propre parcours et d’apprendre à écrire en écrivant.
Dans le dernier chapitre, j’ai prolongé son regard en l’interrogeant. Je lui ai demandé plus d’explications sur les circonstances et sur les aléas de son apprentissage, mais je voulais aussi l’aider à mieux se connaître pour se construire un avenir à la mesure de la personnalité que révèle son récit.
Introduction
Je ne suis pas enseignante, je ne suis pas salariée de l’Education nationale et je ne fais pas non plus partie d’une association éducative. Je suis une élève, j’ai été une élève qui a redoublé deux classes primaires et j’ai traîné mes lacunes tout au long de ma scolarité. Je fais partie de ceux qu’on oublie, parce qu’ils ne font aucun grabuge. Mon livre vous invite à regarder de l’autre côté du miroir, à lire cette histoire où je raconte comment j’ai terminé l’école au plus bas niveau, sans aucun diplôme. Saurez-vous me comprendre ou bien allez-vous me condamner, comme l’a fait l’institution scolaire ?
L’histoire commence lorsque Jacques et Cécile Denantes, que j’appelle mes grands-parents, m’ont conseillé de tenir un journal de bord durant le voyage que j’allais faire en Afrique. Jacques a trouvé mon récit intéressant, et aussi la manière dont je racontais. Il m’a aidée à corriger les fautes en orthographe et en français, puis nous avons parlé de mes souvenirs d’école, et il m’a proposé de les raconter. Au départ, je n’étais pas convaincue et je n’ai écrit que pour lui faire plaisir. Ecrire, c’est difficile pour ceux qui n’ont pas l’habitude, mais j’y ai pris goût, bien que j’aie trouvé douloureux de remuer le souvenir de mon propre échec !
Cette histoire est celle de mon apprentissage à l’école, puis en voyage. Elle commence par le récit de ma scolarité : ma rentrée en maternelle et la joie de la découverte, puis le primaire où sont nées mes inquiétudes, le collège où la maturité s’est imposée, le lycée professionnel où le choix d’un métier a pris forme et tout cela pour aboutir à mon échec au CAP de photographie. J’ai tenté une seconde fois le CAP dans une formation en alternance et j’ai encore échoué. Alors pour noyer mon chagrin et pour cacher ma honte, je suis partie au loin. Avec moi vous allez séjourner trois mois en Afrique, au Sénégal, en Mauritanie et au Mali. Mais au retour, j’ai retrouvé la dure réalité de mon échec : fini de rêver, mon CV était là pour me rappeler le diplôme qui manquait à l’appel. Il fallait trouver une solution : en dialoguant avec mes parents, je me suis remise en question : comment et pourquoi était advenu cet échec à l’école ? Qu’avais-je appris au contact du monde du travail ? Que m’avait apporté le voyage en Afrique ? Quel avenir voulais-je me construire ?
Même s’il retrace les difficultés familiales de mon enfance, ce livre n’a pas pour but de vous faire pleurer. Ce que vous allez lire a été écrit avec sincérité et sans rancœur. Je fais l’amer constat de mon rejet par l’Education nationale, mais je veux me prouver que j’étais capable de réussir. Ce livre est pour moi comme un diplôme, c’est mon diplôme. A mes yeux il vaut autant que notre cher baccalauréat, si ce n’est plus ! Pour vous qui tiendrez ce diplôme entre les mains, j’espère qu’il ne sera pas seulement décoratif ou bien bradé, que mon destin de cancre sera conjuré par vos soins et que sera effacée l’image de la mauvaise élève que j’ai été.
Et j’espère aussi que vous aurez autant de plaisir à le lire que moi à l’avoir écrit.
Partie 1 – J’ai vécu l’échec scolaire
Ma scolarité a commencé avec la découverte de mon pays d’adoption. Nouvelle langue, nouvelle coutume, nouvelle mentalité bien qu’à l’époque je ne savais pas vraiment ce que voulais dire tout cela ! Et encore aujourd’hui je me demande si vraiment en France il y a des coutumes ! Née dans mon village de Kabylie, mon entourage me disait que j’étais la plus chanceuse des petites filles, car j’allais traverser la mer et découvrir le pays de la liberté où j’apprendrais à lire. Voilà ce que me chuchota ma grand-mère maternelle : « Tu vas rejoindre la mère patrie des femmes, tu iras à l’école pour protéger ta maman. »
Pour la génération de ma mère qui n’a pas eu accès à l’instruction, celle-ci était une chance, une aubaine, car la connaissance apporte la liberté. J’ai toujours entendu idéaliser l’école chez ces dames kabyles qui n’ont pas été gâtées par la vie et j’ai baigné dans cette sublimation du savoir, si bien qu’arrivée en France j’ai été surprise de découvrir que certains rejetaient l’école, les enfants qui pleurent pour y aller, mais aussi plus tard certains professeurs démotivés.
J’attendais tout de l’école, mais elle n’attendait rien de moi. Je vais vous le raconter, d’abord l’école maternelle et l’école primaire où tous les espoirs étaient permis, puis le collège où j’ai découvert mes lacunes, et le lycée professionnel où, croyant avoir trouvé ma vocation, j’ai échoué à l’examen de sortie. J’ai essayé de prolonger avec une formation en alternance, mais j’ai été rattrapée par mes lacunes et j’ai échoué une seconde fois. Alors j’ai voulu connaître le monde et je suis partie voyager trois mois en Afrique : ce sera la deuxième partie de mon histoire.
Chapitre 1 – 1 : La découverte de l’école, maternelle et primaire
L’école maternelle
Grâce au regroupement familial des années 80, ma mère et moi retrouvâmes mon père qui vivait à Paris depuis l’âge de 14 ans. Mes parents qui étaient tous les deux analphabètes m’ont inscrite à l’école. Mon père fit les démarches parce que c’était obligatoire, mais s’il n’avait tenu qu’à lui, je n’aurais jamais mis les pieds dans une cour de récréation. Ma mère au contraire était fière et heureuse de m’accompagner dans ce qui était pour elle la maison du savoir, mais elle était triste de me savoir loin d’elle, triste aussi parce qu’elle me sentait seule et qu’à la fin de la journée, je lui montrais mes petits camarades qui m’avaient embêtée.
De cette première rentrée scolaire, il me reste quelques souvenirs : la magie de la découverte du stylo, des crayons de couleur et des livres, la rencontre avec la maîtresse et les autres enseignants, la vie dans un groupe d’enfants. Le début a été difficile. Il y avait d’abord la barrière de la langue dont j’ai souffert une année. Mais compte tenu de mon jeune âge, ce n’était pas le plus dur. Il y avait ensuite le problème de l’intégration. Je ne parle pas d’acculturation mais bien d’intégration dans une classe où les enfants qui se connaissent forment un groupe. Je suis arrivée en maternelle à la mi-octobre et la difficulté du contact avec ce groupe m’a déstabilisée bien plus que le fait d’être étrangère, car à l’âge que j’avais ce n’était pas un problème.
Il y avait enfin, et c’est à mon sens l’essentiel, le problème de ma vie à la maison. Quittant les bancs de l’école pour la maison, j’y retrouvais des problèmes néfastes pour le développement d’un enfant. J’ai toujours voulu croire que j’étais arrivée en France à l’âge de 6 ans, car j’ai, peut-être volontairement, effacé 2 ans de scolarité mouvementée. Le divorce de mes parents fut pour moi un grand soulagement et une grande libération contrairement à ce qu’on pourrait penser. Les temps étaient certes très difficiles, surtout pour ma mère. Nous étions traînées d’un endroit à un autre, ce qui a eu des répercussions sur ma scolarité.
Souvenirs de l’école primaire
J’ai en effet accumulé deux années de retard au début de mes classes élémentaires.
Mon premier contact avec l’école primaire fut angoissant et douloureux. C’est mon père qui me livra à ces loups. J’étais dans l’inconnu. J’avais pourtant eu un avant-goût, grâce à la maternelle mais j’étais inquiète peut-être tout simplement à cause de l’absence de ma mère. Mais il y avait aussi cette atmosphère lourde de sens, je rentrais dans la cour des grands, là où commençait à se jouer mon avenir. Je ne maîtrisais pas encore bien le français, si bien que j’ai fait deux CP et deux CE1. J’ai redoublé deux fois ces premières classes. Les causes sont nombreuses, les changements d’écoles me démoralisaient. Nous avons déménagé à plusieurs reprises. Et découvrir de nouvelles matières telles que l’histoire, la géographie, les mathématiques, etc… tout cela était difficile à ingurgiter. Quant à savoir s’il est bon de faire redoubler un enfant, dans mon cas je crois que c’était nécessaire parce que j’étais totalement absente, je n’arrivais plus à suivre. A cette époque, les classes d’adaptation pour étrangers n’existaient pas encore.
Je ne me souviens pas exactement de la pédagogie mais je savais déjà l’importance du professeur et de sa façon d’enseigner. Comme je changeais souvent d’école, je sentais déjà que par moment quelque chose clochait et ce quelque chose venait de ce que chaque enseignant avait sa méthode personnelle de travail. Quand ma situation s’est stabilisée, j’ai eu le plaisir de voir tous les matins un Maître à la fois protecteur mais aussi passionnant et passionné par son métier. Tous les ans, on changeait d’instituteur, mais on l’avait toute l’année, avec trois autres enseignants, pour le dessin, la musique et de l’expression corporelle (l’éducation physique et sportive). Les cours sur l’art n’étaient qu’une initiation : je les recevais comme une détente trois heures par semaine.
Ce dont je me souviens le mieux, c’est la discipline et la rigueur. L’école m’avait inculqué le respect en utilisant la peur. Je me souviens que lors des rentrées scolaires, le directeur nous mettait en rang par deux dans la cour de récréation. Ensuite il y avait le long discours solennel qu’on écoutait sans comprendre très bien le vrai enjeu, puis nous étions répartis dans les classes. Le professeur prenait la relève de l’autorité : se mettre devant nos pupitres et attendre l’autorisation de s’asseoir, tout cela faisait partie du protocole. Ces petits détails, celui des notes de tenue du cahier et celui des récompenses au moyen d’images ou de bonbons si on avait bien appris sa leçon, ils étaient un peu stupides, mais n’empêche que ça fonctionnait. J’ai un bon souvenir d’une maîtresse de CM2, qui utilisait cette méthode pour nos leçons de géographie. Je n’étais pas une très bonne élève mais j’ai réussi un jour à gagner une récompense. J’étais si heureuse, moi qui regardais les autres avec envie. Elle avait su réveiller en moi le désir de réussir et c’était le plus important. Elle était aussi contente que moi, ce qui me fit grand plaisir. J’étais très fière de moi, j’avais eu les faveurs du professeur et la récompense.
Je me souviens d’une autre bonne aventure qui m’a aussi valu une récompense. Nous avions un professeur de musique, une femme « black » avec un accent américain, qui nous a donné un exposé à faire. C’était sur la chanteuse de jazz Ella Fitzgerald. La semaine d’après, avec mon petit résumé recopié dans mon dictionnaire, je lisais à haute voix la biographie de cette artiste. Personne d’autre n’avait fait cette recherche. Nous avions déjà chacun nos intérêts divers de loisirs : certains pour le sport, d’autres pour le dessin mais peu s’intéressaient à la musique. Nous n’étions pas encore pris d’une flemme de l’école, mais cela commençait. Donc les élèves de ma classe ont considéré qu’il n’était pas intéressant de faire ce travail. Moi je jouais encore le jeu, il était trop tôt pour se faire contaminer et puis je n’ai jamais été précoce. A mes yeux, l’école préparait encore de beaux jours et mon dégoût est venu bien plus tard. Je n’avais pas encore compris le système et quelques années plus tard, c’est lui qui ne m’a pas comprise.
Mais je reviens à la prof de musique. J’ai réussi avec brio cet exposé et le professeur m’a remerciée. (C’est fou quand même, remercier une élève d’avoir fait le travail qu’on lui demandait !). Quelques mois plus tard, il y avait une sélection d’élèves pour recevoir un prix de la Ville de Paris dans la magnifique salle de l’Hôtel de Ville. Et devinez qui a été choisie ? C’est moi ! Les professeurs d’art des classes de CM2 devaient désigner deux élèves. J’étais l’une des deux. Le jour J, mon professeur de musique m’a dit que c’était elle qui m’avait choisie et j’en fus très surprise.
Je reviens sur la tenue des cahiers qui, à mon sens, est la base de l’apprentissage de l’organisation. Jusqu’à maintenant, j’utilise toujours les mêmes méthodes, mettre un titre au milieu en le soulignant en rouge, sauter des lignes pour aérer le texte, etc. J’ai appris la base de la clarté, être claire dans tout ce que je fais pour éviter de tomber dans la désorganisation.
J’ai aussi le souvenir d’un voyage dans le Jura. C’est une excellente idée de faire découvrir aux enfants une autre France, surtout pour ceux qui ne bougent pas. Avant ce voyage, la France se limitait pour moi à Paris, pour être précise à mon quartier, pour être encore plus précise à deux pâtés de maisons, si bien que travailler sur un lieu géographique et ensuite s’y rendre me révélaient des choses incroyables. En plus des activités telles que les promenades avec des raquettes à neige, on nous a même fait découvrir un sport : le ski de fond. La sortie dont je me souviens le mieux est celle des grandes caves à fromage, j’étais subjuguée de voir comment on faisait un fromage. C’était comme si on venait de me révéler un secret énorme ! A la fin de cette visite, on nous avait offert du Comté, le fromage qu’on venait de voir fabriquer. C’était un souvenir de plus que je vous énonce mais pour moi ce voyage a eu un impact inimaginable.
En CE2, nous avons eu une initiation aux langues étrangères. A ma grande surprise ce fut du portugais, oui du portugais! Je me suis empressée de montrer mon mécontentement en demandant pourquoi nous ne faisions pas de l’anglais qui était plus utile et important que le portugais. Oui je sais, ce n’est pas très sympa pour les Portugais, mais il faut voir cela dans le contexte. A cette époque, l’Europe n’existait pas encore et je n’avais pas tort, s’agissant d’une classe d’enfants qui apprenaient une langue pour la première fois. La maîtresse m’a sèchement répondu qu’il y avait d’autres langues que l’anglais : une fille de 10 ans n’avait pas à discuter. Nous avons finalement été heureux d’apprendre cette langue. Le professeur était une toute petite dame avec une coiffe au bol, qui venait une fois par semaine faire une heure de cours. C’est le seul cours dont je me souvienne. Elle apportait des gâteaux traditionnels que nous dévorions, mais dont j’ai oublié le nom, et elle nous apprenait aussi des chansons que nous chantions avec enthousiasme. Finalement j’ai été heureuse d’être initiée à cette langue, même si aujourd’hui je suis incapable de parler portugais autrement qu’en fredonnant le reste d’une chanson.
Voila pourquoi c’était génial le primaire, pour la découverte de l’autre, pour les voyages organisés, pour le corps enseignant complètement voué à ses élèves. Je précise bien ses élèves parce que le professeur se sentait responsable de son groupe, parce qu’on avançait tous en groupe. Là j’avais vraiment l’impression que nous avions affaire à l’école, l’école de la culture, de la diversité, du partage, de l’échange et de l’égalité !
Chapitre 2 – 1 : Le collège
L’arrivée au collège
Pour moi, le collège était comme un début de liberté, c’était la rentrée dans la cour des grands, l’accès à la responsabilité et au devoir. Devoir qui voulait dire : finie l’insouciance des beaux jours. J’avais compris que le changement ne se limiterait pas à la tenue de mes cahiers et encore moins à continuer ma vie d’écolière gentille. Il était question d’avenir, en tout cas d’y penser sérieusement. Contrairement au premier cycle qui consistait à savoir lire et écrire parce que c’était important, parce que la maîtresse nous disait souvent : « C’est pour plus tard quand tu seras grande », là c’était autre chose !
Responsable, a dit la directrice du collège-lycée Stéphane Mallarmé en nous accueillant : son discours a commencé par ce mot lourd de sens qui, pour certains d’entre nous, sonnait trop fort. Cette première journée fut courte mais en deux heures, nous avons fait connaissance avec notre professeur principal et avec l’établissement. Rien que la visite guidée à elle seule me faisait flipper, mon souci à ce moment-là était : comment vais-je me souvenir des lieux, à quel étage faut-il aller, etc ? Ce genre de problème était vital pour une préadolescente. Nous avions eu nos livres de chaque discipline, notre carnet de correspondance pour les messages entre les parents et le corps éducatif. Nous avions déjà un carnet en primaire, mais nous devions maintenant le remplir nous-mêmes. Mon angoisse se dissipa assez vite et je suis rentrée chez moi avec une impression de grandeur, c’est-à-dire d’avoir mûri de quelques années. La responsabilité de mon emploi du temps qu’il fallait gérer, la liste des matières avec chacune un professeur au lieu du maître qui enseignait tout dans le primaire. Tout semblait relever d’une organisation minutieuse. Il y avait une CPE 1 qui se chargeait des retards et des absences, le secrétariat qui gérait l’argent qui rentre et qui sort, il y avait la grande salle des professeurs, où j’ai fait de nombreuses visites lorsque nous autres, élèves sur le fil rouge, devions rendre un devoir en retard, il y avait une enfilade de classes qui se ressemblaient toutes, à l’exception des classes de science qui n’avaient pas le même décor. La cour de récréation était trois fois plus grande que la cour de mon enfance : il est vrai qu’on devait y être trois fois plus nombreux.
Les premiers contacts
L’enseignement débutait avec deux heures de français : nous avons discuté avec notre professeur principal. Elle était sévère mais juste. Je m’en souviens, elle était toujours présente et il lui arrivait même d’être avenante. Elle devait servir de lien avec les autres professeurs, elle était notre référent, celle sur qui nous pouvions compter lorsque nous avions un problème. Elle représentait encore le côté protecteur de l’école avant notre projection dans la gueule du loup ! J’étais fascinée par ce changement considérable, l’ambiance de la classe et la mixité des origines qui existait déjà dans le primaire, mais que je n’avais pas remarquée. C’était peut-être aussi parce que nous étions beaucoup plus conscients de nos différences, de toutes nos différences. Cette mixité apparaissait clairement dans la diversité des cultures et des connaissances de chacun. Nous apprenions à nous découvrir avec toutes nos différences qui, avec le temps, allaient faire apparaître un gouffre d’intolérance vis-à-vis de chacun, mais ce gouffre ne s’est installé que bien après la fin du premier trimestre, lorsque la magie du nouveau et de la découverte eurent disparu. Nous étions 32 élèves : les premiers jours, il était difficile de repérer les bons et les méchants, les cancres et les surdoués. J’ai pris la direction de la table au fond à droite vers la porte de sortie pour avoir un point de vue idéal, un champ visuel de 180 degrés et ne rien manquer des spectacles à venir. Dans notre classe, il y avait ceux dont la popularité était déjà acquise parce qu’ils redoublaient. Car au collège, on voyait les choses autrement qu’à l’école. C’était un univers de paraître et de faire paraître. Des choses insignifiantes ailleurs devenaient majeures, comme la popularité, les sentiments des uns envers les autres, les profs qu’on aimait, ceux qu’on détestait, la rivalité entre les élèves, la compétition, la jalousie, etc.

Quant à moi, j’étais heureuse d’appartenir à cette diversité, j’avais hâte de faire connaissance avec tout le monde. Plus on était nombreux, plus j’étais heureuse. A la fin de la semaine nous étions 35 élèves, car d’autres avaient rejoint le bataillon après un retour de vacances plus tardif. Je me disais que, vu le nombre d’élèves, je ne serais sûrement pas la dernière de la classe, ce qui me rassurait. Je pensais sans arrêt aux lacunes que je traînais depuis le primaire. C’était pour moi une obsession, et ça l’est toujours, mais je le vis maintenant de façon moins dramatique. J’avais toujours ressenti cette inquiétude du lendemain, cette peur du futur, et je n’avais pas besoin de cette pression exercée par l’école, voire même par la famille, avec cette question lancinante de l’avenir : que deviendras-tu si jamais… ? Je ne savais pas d’où venait cette peur du lendemain : peut-être de ce que je ressentais ma venue en France comme un privilège, une chance que je ne devais pas oublier et encore moins gaspiller. Plus je progressais dans les classes, d’année en année, plus j’étais inquiète. Depuis mes redoublements en primaire, ma scolarité était passable, c’est-à-dire que je n’avais plus redoublé jusqu’à la fin du collège. Mais le passable se situait sur une échelle de 35 élèves, où je me classais plutôt dans les dix derniers que dans les dix premiers. Et par la suite j’ai compris qu’on ne me faisait pas redoubler parce que j’avais déjà deux années de retard.
Ce fut difficile à avaler, mais je ne l’ai su qu’en fin de scolarité, heureusement pour moi ! Car le fait d’arriver au deuxième trimestre avec la sentence provisoire du passage à la classe supérieure était crucial, et nous le vivions comme un enjeu de vie ou de mort. C’était une façon de nous mettre les pendules à l’heure et de nous faire prendre en considération l’importance de la scolarité. Puisqu’il restait le troisième trimestre pour nous rattraper, tout n’était pas perdu. C’était une espèce de challenge, une montée d’adrénaline qui nous maintenait en vie avant la fameuse sentence. Et de cette sentence dépendait de savoir si c’était le moment de couler ou de remonter à la surface pour la prochaine année et aussi si nous allions passer de bonnes ou de mauvaises vacances.
La diversité des élèves
Peu après notre arrivée, nous avons subi un test de niveaux, le même que celui des CM2. Il s’agissait de mesurer notre niveau, de voir si nous étions débiles ou si nous étions dans la norme intellectuelle correspondant à la 6è. Cela se faisait dans toutes les classes de 6è en France et pour la nôtre, le verdict était clair, il n’y avait pas de quoi s’alarmer, elle apparaissait représentative. Il y avait les très bons, c’est-à-dire les cinq premiers qui n’avaient rien à faire dans cette classe, enfin c’était mon avis : j’avais même pitié d’eux, les voyant condamnés à la régression. C’était des gens brillants, trop brillants ! A l’autre extrémité, il y avait les nuls parmi les nuls, qui visiblement n’avaient pas compris qu’on était en train de construire notre avenir et que le collège ne se limitait pas à la cour de récréation. Et il y avait enfin nous, les pseudo-élèves, disciplinés, moyens en classe, mais lucides et sérieux. On ne faisait pas de vague, on voulait réussir pour s’en sortir. Chacun avait ses lacunes et ses problèmes familiaux, mais nous restions toujours gentils et agréables. Moi j’étais comblée, en tant que fille, de me retrouver dans cette diversité, c’était éminemment constructif. Je n’aurais pas aimé voir ce qu’ils ont voulu faire plus tard, c’est-à-dire mettre les bons avec les bons, et les moins bons ensemble. La diversité des niveaux me motivait et m’encourageait. Je me disais : bon, je ne suis pas la dernière mais je suis loin de la première. C’était le moyen de vouloir plus, de mettre la barre plus haut sans être jamais démotivée ni démoralisée puisque je n’étais pas la cancre de service.
…et la multiplicité des professeurs
La première semaine a aussi été celle de la découverte de la multiplicité des professeurs selon les matières qu’ils enseignaient. C’était étrange de se retrouver avec plusieurs profs qui pratiquaient tous des pédagogies différentes. C’était enrichissant parce que je découvrais le rôle déterminant que jouaient les enseignants dans l’intérêt que nous portions aux matières enseignées. Dans le primaire, c’était simple comme bonjour : on aimait ou on détestait les maths ou le français, car la transmission du savoir venait d’une seule et même personne. Ce n’était pas le cas au collège où je me retrouvais à découvrir des matières, et à les détester aussi vite. J’ai adoré certaines, qui pour moi n’avaient aucun intérêt, parce que le professeur avait pris une place très importante. J’ai passé une année de 6 ème pas trop mauvaise, parce que j’ai eu des professeurs normaux, c’est-à-dire neutres, voire même excellents. Je dis excellent pour dire simplement que, devant nous autres élèves présents au cours, le prof était le prof, il savait régner en professeur et faisait son cours jusqu’à la fin sans trop d’encombres. Durant cette première année, nous découvrions les nouvelles matières. La plupart avaient l’anglais comme langue vivante. Il y avait les cours de physique-chimie, ceux de S.V.T 2 , la technologie, l’éducation civique. La continuité était assurée avec les matières de l’école élémentaire : français, mathématiques, histoire et géographie, enseignement des arts (musique et dessin), éducation physique et sportive.
Le cours d’anglais, c’était la Bérézina. Nous avons eu, dès le début, un avant-goût de ce qui allait venir : l’enseignante était dépassée, les fauves étaient lâchés dans l’arène, il était impossible pour elle de faire face, elle n’arrivait plus à nous tenir. Au départ, nous voulions la respecter, mais plus les cancres suscitaient une ambiance de fouillis et de désorganisation, plus il devenait impensable de rester raisonnable. La classe était devenue une cour de récréation où dominait le désordre. Nous étions tous complices, animaux dans l’arène autour d’un dompteur dépassé par sa tâche.
Je pense primordial qu’un professeur reste un professeur. Malheureusement, ceux qui sont débordés par leur classe ne sont plus reconnus comme tels : ne pouvant instaurer la discipline, ils perdent leur notoriété de maître, nous ne les voyons plus comme des hommes de savoir et leur présence n’a plus d’importance. Après tout, les livres pouvaient les remplacer, ils avaient perdu leur suprématie.
D’une année à la suivante, deux professeurs de SVT
Je me souviens des sciences de la vie et de la terre enseignées par un professeur une année et un autre l’année suivante. C’était vraiment extraordinaire, le premier avait un super programme qui était le corps humain. On avait cette excitation de la découverte de la vie, et bah ! vous savez quoi ! on a été déçu, le cours était barbant, d’un ennui inimaginable. Le prof avait réussi à nous dégoûter du sujet et ce pour toute l’année. Pourtant le sujet avait tout pour plaire, il était enrichissant.
Tout fut différent l’année d’après. Le thème était les roches volcaniques, avec des nombreux noms gargantuesques pour la classification minéralogique, un véritable casse-tête et puis on se demandait vraiment à quoi cela pouvait nous servir de savoir que la roche plutonique pouvait être graniteuse ou syénite, et pourtant, voyez-vous, on était tous présents à l’appel ! On recevait le cours de cette prof parce que c’était intéressant d’un point de vue humain. La professeur connaissait cette magie de l’échange avec ses élèves, elle savait nous rendre le sujet captivant. C’était étonnant de nous voir appliqués, mais encore plus extraordinaire de nous voir réussir dans cette matière. Les contrôles montraient une réussite pour l’ensemble de la classe, la moyenne tournait autour de 14 sur 20, et moi j’avais des 16, des 14, ça n’allait jamais en dessous de 12, c’était l’une des matières dans laquelle je brillais. Quand on avait un cours SVT, on était vraiment serein, on y allait le plus normalement du monde c’est-à-dire sans appréhension ni flemme. Ce n’était pas et de loin ma matière préférée, mais je m’y suis intéressée grâce à mes bons résultats et grâce aussi au professeur.
Des lacunes dans les matières importantes : à quoi sert le test de niveau à l’entrée en 6è ?
Il n’en était pas de même pour d’autres matières et j’en ai voulu à des professeurs qui négligeaient leur enseignement, sans tenir compte de nous. Certains considéraient que nous n’étions pas à la hauteur de ce qu’ils voulaient. Ils avaient une image de la classe idéale et des élèves modèles, ce qui me semblait totalement ridicule puisqu’à mon sens le parfait n’existait pas. Nous étions l’une des classes les plus agitées du collège, mais je ne pense pas que nous étions une classe difficile.
J’adorais le français, l’histoire et les matières artistiques, ces dernières ne me demandant aucun effort. Mon enthousiasme pour le dessin et le sport m’avait permis d’avoir de bonnes notes, mais je ne pouvais pas en dire autant pour le français et l’histoire pour lesquels je ressentais le même enthousiasme, voire peut-être plus encore. Mes notes n’étaient pas brillantes et de très loin. Pourquoi, me direz-vous ? Tout simplement parce que j’avais commencé avec des lacunes, je n’avais pas les bases et cette arrivée au collège ne se présentait pas comme je pensais, à savoir une année de remise à niveau. C’était tout le contraire, le fameux test de niveau, dont je pensais qu’il permettrait une remise à plat et un redémarrage sur de bonnes bases, ne servait pas du tout à cela. Quelle naïveté de ma part ! Les semaines passaient et aucune initiative n’était prise concernant notre mal à tous. Le verdict avait été prononcé et nous savions plus ou moins où étaient nos carences. Pour moi, il y en avait un peu partout, il y avait celles que je connaissais avant même d’entrer au collège - en français je n’avais pas les bases -et il y avait aussi les maths, mais ce qui m’inquiétait vraiment et sur quoi je faisais fixette, c’était le français. Je savais l’importance de savoir écrire et lire correctement et il me paraissait invraisemblable que je puisse briller dans les autres matières si là, je n’étais pas à l’aise. Cela paraissait du bon sens : comment briller en histoire, si je ne savais pas raconter par écrit ce que j’avais compris à l’oral ? Comment réussir un contrôle si les énoncés n’étaient pas compris, voire même pas lus correctement ?
Les mois passèrent, rien n’était fait. Quand on nous distribuait nos copies après correction, on avait toujours un commentaire du professeur. Pour moi, les mêmes appréciations revenaient souvent : il y avait la plus sympa : « Ne vous découragez pas, en bonne voie », celle qui avait le don de m’agacer : « Redoublez d’effort, on finira bien par y arriver un jour », et enfin celle qui me terrifiait et m’exaspérait à la fois : « Il y a trop de lacunes, il faut revoir les bases ! » Revoir les bases, je ne demandais que ça, j’attendais ça, mais en fait ça voulait simplement dire que je devais me débrouiller toute seule. Je n’osais pas aller voir les profs à la fin des cours pour avoir des explications ou bien pour leur faire une observation. Mais un jour, j’ai fini par le faire. J’ai commencé par ma prof de français avec qui j’avais de bons rapports, comme d’ailleurs avec les autres profs. Je me suis jetée à l’eau, je lui ai demandé comment je pouvais faire pour remédier à mes lacunes. Je voulais être comme elle, je voulais qu’elle me donne son truc, vous savez, quand on voit un tour de magie, on veut connaître l’astuce. Là, c’était pareil ! Je voulais savoir comment supprimer toutes ces lacunes, oui, c’était bel et bien une fixation, mais pour moi ces lacunes ne signifiaient pas seulement un échec scolaire, mais une faiblesse et surtout une incapacité. J’étais incapable, j’étais l’incapable ! Je le vivais comme un mal-être.
Chacun avait son truc, il y avait ceux qui étaient obsédés par leur corps, ceux qui ne pensaient qu’à leur apparence physique, ceux pour qui avoir le plus d’amis était primordial. Pour moi, mon intellect était ma raison de vivre. Je supportais mal d’avoir deux ans de retard, je ressentais une infériorité inimaginable, une débilité encore plus inimaginable. J’avais le dégoût de ma personne, je ressassais mon échec en ne cessant de me comparer avec les autres : celui-ci a telle connaissance, cet autre a tel acquis et moi, qui ai deux ans de plus qu’eux, je n’ai ni cette connaissance, ni cet acquis ! Et je finissais par me répéter : « Mais comment peux-tu être aussi stupide ? » Je sombrais dans le désarroi et puis je finissais par me faire une raison en me disant : « C’est comme ça, c’est la vie ! » C’est ainsi que j’ai pris conscience des inégalités.
J’ai rencontré la professeur de français
Le premier conseil qu’elle me donna, c’était tout simplement de travailler à la maison, oui de redoubler d’effort comme elle l’avait répété dans ses annotations écrites. Je me suis dit : elle se fout de moi, ou alors j’ai mal compris ! Heureusement à l’époque, je ne me braquais pas aussi vite qu’aujourd’hui. Je suis retournée la voir en lui redemandant comment je pouvais faire pour remédier à mon problème. Dans la conversation, j’ai compris que je devais lui expliquer ma situation. Elle pensait simplement que je ne travaillais pas assez. Je lui ai dit comment je m’y prenais pour travailler et elle a découvert que je n’avais pas seulement une absence de bases mais aussi un problème de méthodes. C’est tout con, mais on ne m’avait jamais vraiment appris comment faire pour travailler et réussir.
En primaire on savait qu’il fallait lire et recopier sa leçon pour l’apprendre. Mais au collège, ce n’était plus possible de faire comme cela, car le nombre de matières ainsi que la quantité de travail était tels que c’était inimaginable.
Elle me demanda comment je travaillais en général, puis comment je procédais pour les exercices de français et si, quand j’avais fini, je montrais bien mon travail à mes parents. Je répondis le plus sérieusement du monde à ses questions, mais cette dernière m’étonna beaucoup. Il était impensable pour moi de montrer mes devoirs à mes chers parents, je savais que je ne pouvais avoir aucune aide de ce côté-là. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai pris conscience des inégalités et de mon handicap. Jusqu’ici je pensais que nous tous, enfants, rentrions chez nous et révisions nos cours de la même manière et que nous retournions sur les bancs de l’école avec les mêmes outils, la différence venant de ce que certains étaient plus doués que d’autre, voila tout ! Ma prof de français venait de m’ouvrir les yeux ; il y avait des élèves chaperonnés par leurs parents, d’autres avaient droit à des cours particuliers, à du soutien scolaire. Et là, je me suis rendue compte de l’importance du milieu familial, et que cela pouvait changer le cours de la scolarité d’un individu. Je ne parle pas des conditions de vie mais d’autre chose. Je prends un exemple : dans ma petite existence d’élève, j’avais les cours dans la journée, puis je rentrais chez moi avec mes livres scolaires et la télévision faisait partie de mes loisirs. C’était le seul que je connaissais, alors que d’autres pouvaient se détendre de façon plus enrichissante en visitant des musées avec leurs parents, en faisant de la musique ou du sport, en participant à des ateliers divers. Ces activités étaient dans l’harmonie de la culture, toujours dans la même perspective d’apprendre encore et encore, de s’enrichir en s’ouvrant l’esprit.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents