Culture et éducation non formelle
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Description

Qu’est-ce que l’éducation non formelle (ENF) ? Cet ouvrage permet de le découvrir et de comprendre en quoi l’ENF se distingue de l’enseignement scolaire officiel dans les domaines de la culture et de l’éducation.
L’éducation non formelle prend la forme d’actes volontaires effectués dans la période de loisirs, sans programme imposé et sans contrôle ni évaluation. Elle est un irremplaçable moyen d’enrichissement intellectuel et affectif chez les individus et les groupes sociaux. Elle couvre un secteur extrêmement large et dispose de moyens remar­quables, tels ceux des industries culturelles, ce qui permet au livre, au cinéma, à la télévision, aux musées et bien sûr au réseau Internet de toucher une masse considérable de personnes et d’exercer, parfois implicitement, un effet continu d’acculturation.
Ce volume, rédigé par des chercheurs en communication, s’adresse aux professionnels de l’éducation non formelle et notamment à ceux de la médiation, aux ensei­gnants, aux amateurs autodidactes et aux spécialistes de la pédagogie. Premier ouvrage en français sur le sujet, il ouvre de nouvelles voies de réflexion aux étudiants et aux chercheurs.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 janvier 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782760544567
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0042€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction de Anik Meunier et Jason Luckerhoff
La collection Culture et publics r unit des ouvrages originaux sur la culture et ses publics. Plus pr cis ment, elle s int resse au champ des m diations culturelles , c est- -dire l analyse des pratiques professionnelles des acteurs, aux m thodes qu ils mobilisent et leurs effets sur les diff rentes cat gories de publics. Toutes les formes de la culture sont concern es, du spectacle vivant en passant par le patrimoine et les mus es. L emploi d lib r du mot publics au pluriel permet de souligner que cette collection accorde un int r t particulier toutes les formes innovantes de m diation de la culture qui se proposent de contribuer la d mocratisation de la culture labor e. En contexte mus al, la notion de m diation culturelle inclut bien videmment celle d ducation non formelle , c est- -dire les diff rentes formes de m diation des savoirs en dehors de l cole. Il s agit notamment de celles mises en uvre dans le patrimoine et les mus es connues sous le nom d ducation mus ale .
La collection Culture et publics publie des ouvrages qui analysent les dispositifs originaux de m diation, d interpr tation et de communication, ou qui prennent appui sur des tudes de fr quentation ou d autres enqu tes sur les pratiques culturelles et la mus ologie. Elle propose des investigations th oriques, empiriques, historiques et conceptuelles ancr es dans les sciences humaines et sociales avec un int r t particulier pour les approches propos es par les sciences de la communication, les sciences de l ducation et la mus ologie.
CULTURE ET DUCATION NON FORMELLE
Presses de l Universit du Qu bec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier
bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2
T l phone: 418 657-4399 - T l copieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca - Internet: www.puq.ca

Diffusion / Distribution:
CANADA
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FRANCE
Sof dis, 11, rue Soufflot
BELGIQUE
75005 Paris, France - T l.: 01 53 10 25 25

Sodis, 128, avenue du Mar chal de Lattre de Tassigny 77403 Lagny, France - T l.: 01 60 07 82 99
SUISSE
Servidis SA, chemin des Chalets 7 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - T l.: 022 960.95.32

Diffusion / Distribution (ouvrages anglophones):

Independent Publishers Group, 814 N. Franklin Street Chicago, IL 60610 - Tel.: (800) 888-4741

La Loi sur le droit d auteur interdit la reproduction des uvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autoris e - le "photocopillage - s est g n ralis e, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la r daction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L objet du logo apparaissant ci-contre est d alerter le lecteur sur la menace que repr sente pour l avenir de l crit le d veloppement massif du "photocopillage .
CULTURE ET DUCATION NON FORMELLE
Sous la direction de Daniel Jacobi
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Culture et ducation non formelle / sous la direction de Daniel Jacobi.
(Culture et publics)
Comprend des r f rences bibliographiques.
Publi en formats imprim (s) et lectronique(s).
ISBN 978-2-7605-4454-3
ISBN 978-2-7605-4455-0 (PDF)
ISBN 978-2-7605-4456-7 (EPUB)
1. ducation non-formelle. 2. ducation ouverte. 3. Apprentissage sur le Web. 4. Apprentissage adulte. I. Jacobi, Daniel, diteur intellectuel. II. Collection: Collection Culture et publics.
LC45.3.J32 2018
371.04
C2017-942336-3
C2017-942337-1

R vision
Isabelle Canarelli
Correction d preuves
Catherine Vaudry
Conception graphique
Mich le Blondeau
Mise en page
Info 1000 mots
Images de couverture
iStock
D p t l gal: 1 er trimestre 2018
Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
Biblioth que et Archives Canada
2018 - Presses de l Universit du Qu bec
Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada
G4454-1 [01]
TABLE DES MATI RES
Liste des tableaux
Liste des abr viations
Avant-propos
1. Une introduction l analyse de l ducation non formelle
Daniel Jacobi
1.1. Une cole parall le?
1.2. Quel(s) public(s) pour l ducation non formelle?
1.3. Quel impact de l ducation non formelle?
1.4. Quelles formes d apprentissage?
1.5. Partenariat ou concurrence?
Bibliographie
2. L ducation dans les mus es: une forme d ducation non formelle
Anik Meunier
2.1. Comment circonscrire les milieux d ducation?
2.2. L apprentissage en contexte d ducation non formelle
2.3. L ducation dans les mus es, la part cach e de la m diation des savoirs
2.4. L ducation non formelle dans les mus es
2.5. Le continuum de l ducation mus ale non formelle
Conclusion
Bibliographie
3. L ducation artistique: entre m diation culturelle et ducation non formelle
Marie-Christine Bordeaux
3.1. Qu est-ce que l ducation artistique?
3.2. Quels sont les buts et les groupes cibles de l ducation artistique?
3.3. Les m diations de l ducation artistique
3.4. Les atouts et les limites du r f rentiel de l ducation artistique
3.5. Un rapprochement improbable: ducation artistique et m diation
Bibliographie
4. ducation non formelle l image et ducation non formelle au regard
Micha l Bourgatte
4.1. Partager une exp rience pour construire un regard
4.2. Se documenter en explorant
4.3. Produire une trace
4.4. N gocier pour construire un regard
Bibliographie
5. Les serious games : ducation, apprentissage et changements psychosociaux
Marie-Pierre Fourquet-Courbet et Didier Courbet
5.1. Les serious games: d finition
5.2. Les serious games: quels processus psychologiques et psychosociaux pendant le jeu?
5.2.1. Apprendre en s amusant: l apprentissage op rant
5.2.2. Apprendre en s identifiant: l apprentissage social
5.2.3. Apprendre en s immergeant: le flow
5.3. Les serious games: quels impacts et effets r ellement constat s?
Conclusion: les serious games , une (r) volution de l ducation?
Bibliographie
6. La culture, la valorisation et l encouragement de l expression
Olivier Zerbib
6.1. Les pratiques immersives et les terrains de jeu r flexif
6.2. Le Web social et les jeux vid o, de l engagement au recul interpr tatif
6.3. La prescription et la recommandation du livre l re num rique
Bibliographie
7. La mobilisation du savoir non formel, la participation et l engagement
Bernard Schiele
7.1. Une br ve mise en contexte historique
7.1.1. 1945-1980: une science inattaquable ou presque
7.1.2. De 1980 aujourd hui: pens e environnementale et mobilisation
7.2. Un changement de paradigme
7.2.1. Le deficit model: une communication sens unique
7.2.2. Le d passement du deficit model
7.2.3. Les raisons du changement de perspective: quelques pistes
7.3. Aux fondements de la participation et de l engagement
Bibliographie
Notices biographiques
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 2.1. Les milieux d ducation en fonction de leurs d finitions, contextes et conditions
Tableau 2.2. Les formes d apprentissage en situation d ducation non formelle, leurs d finitions, contextes et conditions
Tableau 3.1. Les registres de valeurs de l ducation artistique et culturelle
Tableau 3.2. Les trois dimensions de l ducation artistique et culturelle
Tableau 7.1. Du paradigme du d ficit celui de l engagement
LISTE DES ABR VIATIONS
ENF
ducation non formelle
FPS
Jeux de tir la premi re personne ( First Person Shooter )
OTA
Office of Technology Assessment
SG
Serious games
UNESCO
Organisation des Nations Unies pour l ducation, la science et la culture
AVANT-PROPOS
Daniel Jacobi
Ce recueil actualise un projet d j ancien qui avait trouv une premi re concr tisation lors des travaux de recherche parall les conduits par Bernard Schiele au Qu bec et par moi-m me en France sur la communication scientifique et la diffusion des savoirs. En tudiant le recours ce que l on d nomme la "vulgarisation scientifique , nous avions pressenti, l un comme l autre, que ce secteur de diffusion qui tendait s autonomiser disposait d une situation exemplaire. En cr ant une rh torique originale et autonome au sein de m dias de tr s large diffusion, la vulgarisation scientifique occupait une place enviable et originale dans le domaine de la communication sans vraiment se superposer ni concurrencer celui de l ducation.
Avec le d veloppement de la recherche sur les mus es et les expositions, ces travaux ont rev tu une autre dimension, plus singuli re encore notamment cause du succ s des grands mus es et de la qualit des expositions qu ils organisent et pr sentent. Enfin, le d veloppement spectaculaire et rapide d Internet ainsi que le succ s des petits terminaux nomades, qui permettent d en consulter les pages gratuites partout et tout moment, renforcent l actualit des formes non scolaires d acculturation. Autrement dit, de la possibilit pour tout un chacun d apprendre des nouveaux savoirs et de se cultiver sans l cole et hors l cole. Nous avons propos de la d signer sous l appellation d " ducation non formelle (ENF).
Essayons d abord de d finir et de d limiter le territoire de l ducation non formelle. Quel est cet objet? Il est pluriel et multiforme. Inscrit dans le secteur commercial ou marchand. La plupart du temps con u et produit par des professionnels qualifi s et, l oppos , aux mains de passionn s d sint ress s ou m me de militants ou de personnes d vou es et engag es. Il couvre presque tous les secteurs de la vie sociale: qu il s agisse des sciences, des techniques ou des arts, et ce, du pass , du pr sent et des futurs.
Mais en quoi l ENF diff re-t-elle de l enseignement et de l ducation scolaire et acad mique? Donner une identit singuli re aux nombreux dispositifs, qu ils soient institutionnalis s ou pas, l uvre dans ce secteur n est pas une dissertation anti-enseignement. Loin de nous l id e de critiquer l cole (l ducation formelle), qui demeure aujourd hui le principal moyen d acquisition des savoirs et de la culture. Le projet de cet ouvrage est de r v ler l existence et l importance d une autre voie et d autres moyens d acc s aux savoirs et la culture. Et, au passage, de d crire les m canismes d acquisition mis en uvre dans les contextes ou les situations d ducation non formelle.
Deux singularit s caract risent ce volume. La premi re est d avoir r uni non pas des chercheurs en ducation (ils sont habituellement les seuls s int resser l ducation non formelle, qu ils analysent comme une modalit parmi d autres de l enseignement et de l ducation), mais un collectif de chercheurs en communication. La seconde est d avoir choisi, pour le secteur de la recherche en communication qui est centr e sur la culture, qu elle soit savante ou populaire, deux logiques qui coexistent: celle de la production, d une part, et celle des modalit s de reconnaissance, d autre part. Rappelons que l opposition entre grammaire de production et grammaire de reconnaissance a t propos e par Eliseo Veron (1979), un grand socios mioticien comme il aimait le dire pour d crire son travail.
L ducation non formelle est donc une rencontre. Les acteurs qui produisent des livres documentaires, r alisent des films, des missions de t l vision ou des documents multim dias en libre acc s sur le Web ne sont pas des enseignants ni des p dagogues. Ils cherchent d abord informer, distraire, faire le point ou se faire conna tre en publiant leurs travaux ou en essayant de diffuser leurs id es ou leur point de vue. Et ils ont compris qu ils ne pouvaient y parvenir qu en ma trisant compl tement les r gles des genres et leurs contraintes et sp cificit s s miotiques. Un film, une exposition ou un livre documentaire ne peuvent attirer et convaincre le spectateur, le visiteur ou le lecteur qu la condition d tre une production en tous points comparable ceux des meilleurs r alisateurs, des grands mus es et des diteurs de best-sellers.
Quant leur grammaire de reconnaissance, on sait qu elle n est pas univoque. Le public n est jamais contraint. Pas qu il ne se consid re comme tudiant ou apprenant. Il n est que rarement constitu en groupe homog ne r uni en un m me lieu. Les recherches sur la vulgarisation scientifique nous ont appris nous m fier des id es toutes faites. Les contenus de la vulgarisation ne s adressent pas, comme on l affirme et qu elle-m me le programme, tout le monde ou l homme de la rue. Il s agit le plus souvent de publics de connaisseurs d j inform s et soucieux d actualiser ou d approfondir leur culture. Et quels en sont les effets? La litt rature oscille entre deux affirmations contradictoires: la toute-puissance des m dias capables d influencer leur insu le plus grand nombre et, l oppos , l inefficacit av r e des campagnes de communication incapables malgr leur talent et leurs efforts de faire changer d avis le public quant ses pr jug s ou ses fausses repr sentations. Cette question demeure donc ouverte
Le monde de l ducation non formelle est tr s vaste. Et cet ouvrage ne constitue qu une premi re approche. Dans un chapitre introductif, Daniel Jacobi dresse les grandes lignes du champ de l ducation non formelle. Il la situe dans ses relations avec l ducation en d finissant tout ce qui l en distingue. Notons que s il est utile et m me indispensable de d finir ce qu est l ducation non formelle, il est bien difficile d en tracer les fronti res et tout particuli rement de l carter de l enseignement. L appareil de formation est suffisamment vaste et contrast pour avoir rep r tr s vite le parti et les b n fices qu il pouvait tirer du non-formel. D abord, en utilisant des ressources non formelles ou en se r appropriant des m thodes qui, il faut le souligner, avaient parfois t invent es par les enseignants les plus inventifs et innovants qui avaient tent de les mettre en uvre dans leurs classes ou avec leurs l ves dans ce que l on nomme les "activit s p riscolaires .
Cette porosit in vitable est voqu e dans plusieurs chapitres. Dans le chapitre 2 , Anik Meunier, propos de l ducation mus ale, ne peut videmment viter de le faire puisqu en Am rique du Nord, on appelle ainsi les activit s nomm es plut t "m diation en Europe. Du coup, l auteure tablit une tr s clairante mise en place des fronti res entre formel, informel et non-formel et des r les que jouent respectivement les tablissements scolaires et les institutions culturelles (en l occurrence les mus es).
Encore plus compliqu es sont les relations crois es entre enseignement et institutions culturelles en mati re d ducation artistique et culturelle des enfants et des jeunes en France, comme le montre Marie-Christine Bordeaux dans le chapitre 3 . Les centres de cr ation, les th tres, les artistes et les musiciens interviennent directement en classe ou proposent aux publics scolaires, accompagn s (ou pas) par leurs enseignants, diff rentes formes de contenus artistiques et culturels, et ce, en dehors des fili res de formation professionnelle. Le formel curriculaire et le non-formel sont ainsi associ s et intriqu s, au b n fice des l ves ou des coll giens.
L autre grand secteur de l ENF est directement h rit de l ducation populaire, elle-m me largement f cond e par les figures tut -laires des m thodes actives et de l ducation nouvelle. Les cin -clubs et les clubs de lecture, les associations amateurs de naturalistes ou d astronomes, si elles sont moins pr sentes et actives qu elles ne l ont t , continuent leur travail. Et le secteur de l ducation l image, parce qu il est n glig par les programmes officiels d enseignement, est aujourd hui, comme l analyse Micha l Bourgatte dans le chapitre 4 , encore largement assur par des associations qui utilisent des m thodes ayant fait leurs preuves. Bernard Schiele souligne lui aussi, dans le chapitre 7 , la fa on dont les scientifiques amateurs, souvent autodidactes et passionn s, s impliquent dans la production de connaissances. Et surtout comment ils tentent (plus qu ils n y parviennent?) peser par leur engagement sur les contenus de la recherche (c est le cas pour les maladies dites orphelines jug es non rentables par les grands groupes pharmaceutiques) ou pour les choix technologiques engageant l avenir (que faire des d chets nucl aires tr s longue dur e de vie?).
Enfin, il tait impensable de ne pas voquer la place du Web et du multim dia dans l ENF. Certes, divers ouvrages ont d j investi ce champ fascinant, mais ils le font trop souvent en se soumettant la promesse technologique sans la discuter ni la remettre en cause. videmment, c est de tr s loin l univers du jeu qui domine par sa maturit formelle comme par le succ s qu il rencontre aupr s des utilisateurs, sans perdre de vue sa rentabilit commerciale. Marie-Pierre Fourquet-Courbet et Didier Courbet pr sentent, dans le chapitre 5 , une tr s originale revue de la question sur les serious games , tandis qu Olivier Zerbib associe dans une r flexion originale les jeux et la lecture publique (dans le chapitre 6 ). Tous trois, s ils analysent en profondeur l incontestable efficacit de ces formes m diatiques raffin es dites immersives, soulignent combien elles s inscrivent avec force dans le paysage de l ENF et renouvellent dor navant en profondeur la probl matique des effets.
BIBLIOGRAPHIE
JACOBI, D. et B. SCHIELE (dir.) (1988). Vulgariser la science: le proc s de l ignorance , Seyssel, ditions Champ Vallon.
VERON, E. (1979). "Dictionnaire des id es non re ues , Connexions , p. 125-142, https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01484136/document , consult le 22 octobre 2017.
Chapitre 1
UNE INTRODUCTION L ANALYSE DE L DUCATION NON FORMELLE
Daniel Jacobi
Est-il possible d apprendre en dehors de l cole? De quelles fa ons? La culture savante s acquiert-elle seulement par l enseignement l cole? Et si la culture s enrichit apr s la p riode de formation initiale, selon quelle(s) voie(s) le fait-elle? Les soci t s contemporaines ont vu se manifester un d veloppement sans pr c dent de l cole et de ce que l on d signera dans la suite de ce texte du nom d "enseignement acad mique ou mieux d " ducation formelle . Sous l appellation d " ducation formelle , on regroupe toutes les institutions d enseignement de la maternelle l universit . C est- -dire des institutions acad miques qui ont pour seule mission d enseigner et de faire apprendre quelque chose diff rentes cat gories d enfants, de jeunes ou d adultes ( cole maternelle, cole primaire, coll ge, lyc e, grande cole, universit , etc.).
Toutes ces institutions partagent, en effet, un certain nombre de principes et de modalit s de fonctionnement qui en font un ensemble homog ne. Elles sont sp cialis es dans leur fonction d ducation et sont lib r es de toute autre pr occupation; elles emploient des professionnels dipl m s et qualifi s qui n ont que cette activit accomplir; elles sont soumises un ensemble de r gles et d obligations communes qui sont, de plus, impos es nationalement (conditions d acc s, programmes, horaires, valuation, d livrance des dipl mes, etc.). Et, atout incommensurable, l cole est non seulement indispensable mais, comme le pr cise la loi, obligatoire. De sorte que ses publics sont dits parfois des publics captifs.
On a observ au cours du dernier demi-si cle deux tendances tr s fortes dans le secteur de la formation des enfants et des jeunes des pays d velopp s (ce qu il est convenu d appeler la "formation initiale ): une augmentation consid rable de la population scolaris e et un allongement cons quent de la dur e des tudes. Et ce n est pas prendre grand risque que d affirmer que l cole, et au-del toutes les institutions scolaires qui constituent "l appareil d ducation (au sens d Althusser, 1976), est devenue dans notre soci t non seulement le premier outil de socialisation (comme le notait Durkheim en 1922), mais aussi l instance premi re de diffusion des savoirs et de la culture.
La place et le poids de l cole sont tels qu il est pratiquement devenu impossible d analyser n importe quelle d ficience ou lacune de la population, qu elle soit cognitive ou culturelle, sans d abord en rechercher les causes dans le fonctionnement de l cole. Les Fran ais n aiment gu re l art et sont peu musiciens? C est parce que l on a quasi supprim ces enseignements l cole. La culture scientifique du citoyen moyen est superficielle, les Fran ais communiquent mal en langues trang res? C est que l enseignement n est ni adapt ni modernis Et ainsi de suite.
1.1. UNE COLE PARALL LE?
Le poids attribu l cole et l appareil d ducation formelle dans la gen se des conduites et des int r ts des adultes ins r s socialement et professionnellement a compl tement fait perdre de vue une donn e pourtant tr s connue et, par ailleurs, parfois d nonc e par les professionnels de l enseignement: il existe d autres sources de diffusion et d acculturation dans les soci t s modernes. Ces sources sont puissantes et souvent concurrentes au point que Friedmann (1963) les avait appel es l " cole parall le .
Quand on convoque la notion "d cole parall le , on songe au cin ma, au livre, la musique, la presse, la radio, la t l vision, aux mus es et au dernier-n : les m dias num riques diffus s et chang s, essentiellement sous la forme de vid os visionn es sur l cran de son t l phone. Au r le et l impact de ces m dias, comme leur contribution aux processus d acculturation, les Anglo-Saxons ont donn le nom de " informal education , expression que nous avons pr f r traduire en fran ais par ducation non formelle (Jacobi et Schiele, 1990). Nommer ce secteur par sa traduction litt rale - l ducation informelle -, cause de la valeur habituellement p jorative de l pith te informel , pourrait laisser croire que les diverses composantes de ce secteur de la diffusion des savoirs et de la culture sont faibles, inorganis es et d pourvues de moyens cons quents. Or, comme on le verra, c est tout le contraire: cette cole parall le est par nature diff rente de l autre. Elle est d j ancienne, tr s professionnelle, comp tente, forte de grandes institutions disposant de ressources et de financements cons quents Et par ailleurs, pour ce qui concerne l ducation populaire et le secteur parascolaire (interventions en dehors du temps de l cole et en compl ment de celle-ci), elle mobilise des m thodes innovantes, elles aussi labor es et efficaces.
Les caract ristiques du large secteur, aux contours ind cis, que constitue l ducation non formelle sont h t rog nes et ne peuvent tre r sum es de fa on synth tique. Les acteurs de l ducation non formelle constituent une phalange h t rog ne, quantitativement importante. En laissant de c t l univers des journalistes et des m dias, l ducation non formelle est le domaine d action de ce qu on appelle aujourd hui la "m diation . Dans ce secteur coexistent les associations et leurs volontaires souvent b n voles et les m diateurs culturels (autrefois d nomm s "animateurs ) qui sont des professionnels temps plein, dor navant form s, reconnus et r mun r s cette seule fin. Ils sont charg s de diffuser, en direction de diff rentes cat gories de publics jeunes et adultes, la culture artistique, esth tique ou scientifique. Ils sont employ s dans des institutions qui, par d finition, ne sont pas scolaires: mus es, institutions de spectacle vivant, biblioth ques, services culturels, collectivit s territoriales, minist res techniques sp cialis s.
Les m diateurs, qu ils soient associatifs ou professionnels, diff rent des enseignants sur plusieurs plans. Par exemple, ils ne sont pas astreints, comme les enseignants, respecter les obligations et les contraintes des programmes ou des normes scolaires. Il est impossible de les assimiler des enseignants puisqu il est rare qu ils travaillent en continu avec des publics captifs, homog nes et regroup s par niveau. Ils s adressent par principe au plus grand nombre, pendant la p riode des loisirs, aux familles, voire aux exclus et aux laiss s-pour-compte.
Les m dias quant eux ont des missions qui ne sont pas par nature ducatives ou culturelles puisqu ils doivent aussi informer et distraire. De plus, ils sont entr s, et parfois depuis longtemps, dans le secteur marchand de l conomie et d pendent de financements h t rog nes comme les ressources de la publicit . Ils se soucient en permanence de leur audience puisqu ils ne disposent que rarement de publics captifs. En principe, la participation des publics et leur exposition aux m dias sont libres et volontaires. Bref, sur bien des plans, l ducation non formelle se diff rencie nettement de l enseignement acad mique.
Pr cisons aussi que, de notre point de vue, l ducation non formelle se distingue sans la moindre quivoque de l ducation informelle telle qu elle a t propos e par l UNESCO et d finie par certains chercheurs en ducation. En effet, cette proposition, pourtant int ressante en soi, ne co ncide que tr s partiellement avec la d finition que nous venons de tracer grands traits. L UNESCO, lors de sa d claration de Hambourg (1997) consacr e l ducation des adultes, a formul une d finition de r f rence de l ducation tout au long de la vie:
L ducation des adultes d signe l ensemble des processus d apprentissage, formels ou autres, gr ce auxquels les individus consid r s comme adultes dans la soci t laquelle ils appartiennent d veloppent leurs aptitudes, enrichissent leurs connaissances et am liorent leurs qualifications techniques ou professionnelles ou les r orientent en fonction de leurs propres besoins et de ceux de la soci t . Elle englobe la fois l ducation formelle et l ducation permanente, l ducation non formelle et toute la gamme des possibilit s d apprentissage informel et occasionnel existant dans une soci t ducative multiculturelle o les d marches fond es sur la th orie et sur la pratique ont leur place.
Reprenant et largissant ce propos, certains chercheurs en ducation ont essay de reconsid rer le r le de l cole au regard du rapport entre formel, informel et non-formel (Broug re, 2007). Ils ont tout particuli rement envisag ses cons quences du point de vue du r le des ma tres. Ce qui les conduit repenser la place des apprentissages acad miques et non formels dans tout le cours de l ducation tout au long de la vie:
Il importe de mettre l accent sur le fait que les apprentissages ne rel vent pas uniquement d une ducation formelle, de situations qui sont con ues, reconnues ou v cues comme ducatives. Ce que porte cette expression au-del de toutes ses ambigu t s, c est l id e qu en participant diverses activit s, qu il s agisse de travail, de loisir, de vie associative, du plus ordinaire de la vie quotidienne ou d v nements exceptionnels qui traversent une vie, les personnes apprennent sans que la situation ait t pens e pour cela, sans qu elles en aient l intention, voire, parfois, sans qu elles en aient conscience. C est donc refuser de limiter l apprentissage des moments construits pour cela, la pr sence d une intention d apprendre, voire la conscience d apprendre (Broug re, 2007, p. 11).
En somme, ces chercheurs prennent acte du fait que l ducation n est pas seulement l affaire de l cole et des ma tres qui y enseignent. Ils soulignent, et ils ont raison de le faire, que la famille, les situations de travail o l on apprend par imitation jouent aussi leur r le. Pour eux, donc, le non-formel c toie le formel et il existe toujours une dimension non formelle m me au sein de l enseignement acad mique.
Tout aussi restrictive et incompl te est la description de l ducation non formelle telle qu elle est propos e par les chercheurs qui s int ressent l ducation populaire (Bordes, 2012). D crivant l animation et l intervention d organismes souvent li s l enseignement dans le secteur des vacances et dans le temps hors cole, ils ont eux aussi qualifi de "non-formel ce secteur. Cette extension du non-formel est tr s stimulante m me si elle tend brouiller les limites du p rim tre que nous sommes en train de dessiner. Nous reviendrons ult rieurement sur les relations de nature dialectique qui s tablissent tous les niveaux de l ducation entre formel et non-formel. Les acteurs de la culture savent tr s bien ce qu ils doivent l enseignement et r ciproquement, les enseignants admettent tous l importance des activit s volontaires et librement consenties dans le temps des loisirs (autrement dit sans l cole) et l influence des m dias. Sans oublier videmment le temps pass consulter pendant des temps longs les m dias num riques diffus s par vid o et visionn s sur un t l phone.
Dans ce volume, l appellation " ducation non formelle recouvre, en premier lieu, tous les espaces, les quipements et les institutions qui, en dehors de l cole et de ses apprentissages acad miques, favorisent:
la diffusion des savoirs et de la culture, qu elle soit savante ou populaire;
l ducation et l acculturation des enfants, des jeunes et des adultes;
et que cela soit fait de fa on consciente, volontaire et organis e ou de fa on inconsciente, implicite, par impr gnation.
Cependant, nous int grerons autant que de besoin les interrelations entre formel et non-formel. Ainsi, parall lement l cole, certains enseignants se sont depuis longtemps engag s dans un travail militant et plus ou moins b n vole d ducation populaire ou d animation pour favoriser des activit s culturelles de loisir (th tre, musique, cin ma, lecture, etc.) peu enseign es l cole, voire ignor es cause des contraintes de temps et de programmes. De m me, les militants des m thodes actives, qui ont d abord pratiqu celles-ci et les ont mises en uvre dans les vacances et les loisirs, ont pu les faire migrer parfois vers la classe.
1.2. QUEL(S) PUBLIC(S) POUR L DUCATION NON FORMELLE?
Quand on voque la question des publics du secteur non-formel, il est assez paradoxal de constater qu on ne dispose que d id es re ues tr s convenues et en grande partie erron es. La premi re, celle qu on entend surtout dans la bouche des producteurs et des professionnels de l ducation non formelle, consiste dire que leur public est tr s large. Ils affirment qu ils s adressent tout le monde, au grand public ou au r cepteur lambda. En somme, une foule immense, un public sans qualit et constitu par hasard.
La seconde, de nature diff rente, qualifie p jorativement ce public. Il serait docile, passif, se laissant facilement duper par les contenus et serait comme envo t par des contenus certes m diocres, mais dont il serait devenu d pendant (Adorno, 1964). Une sorte de d pendance qui lui permettrait de vivre dans un monde d illusions et d chapper au quotidien. Pourtant, si on s int resse de pr s au fonctionnement de l ducation non formelle, ce qui n est possible qu en abandonnant tout pr jug pour ou contre et en acceptant de conduire des tudes fines et approfondies sur un tout petit secteur de l offre et des usages par le public, on s aper oit tr s vite que ces deux images sont tout aussi fausses et r ductrices l une que l autre.
Que savons-nous de l tendue du public et des caract ristiques sociod mographiques des usagers de l ducation non formelle? Assez peu de choses, car peu d enqu tes sont conduites ce propos. Ou plut t celles qui le sont (quant aux publics des m dias) sont seulement destin es conna tre leurs modes de vie et leurs revenus afin de mieux d terminer les cibles potentielles des publicit s qui pars ment les m dias.
Il faut par ailleurs distinguer les contenus purement distractifs de ceux qui veulent informer ou cultiver. Les contenus culturels ne sont en effet a priori pas cart s de la mission des m dias dans lesquels cohabitent les trois dimensions bien connues (informer, distraire et cultiver). En admettant la critique fr quente qui d nie tout r le culturel aux m dias aux heures de grande coute ( prime time ), opinion qui m riterait cependant discussion ainsi que l a montr Wolton (1990), il faut remarquer que le volet culturel des m dias est loin d tre n gligeable. Les missions de t l vision ou de radio de la seconde partie de soir e, ou les cha nes culturelles sur le c ble et le satellite sont fort nombreuses. Les collections de livres documentaires, les quipements mus ographiques et les expositions se sont multipli s.
R serv s des canaux culturels particuliers ou diffus s en dehors des cr neaux de tr s grande coute, ces contenus sont r put s n int resser que des audiences r duites. Le public de l ducation non formelle est-il restreint un petit cercle d amateurs passionn s et d autodidactes?
Les m dias qui offrent des productions culturelles d excellent niveau (dites de culture savante) occupent pourtant une place non n gligeable. Ce quoi on oppose habituellement le fait que les m dias culturels demeurent marginaux puisqu ils n atteignent qu une fraction du public. Dire que ces productions sont sans grande port e, en soulignant par exemple qu elles font moins de deux points d audience, c est oublier un peu vite qu il s agit n anmoins d un public consid rable de plusieurs centaines de milliers de personnes, qui repr sente donc bien plus qu une lite rare et clairsem e.
Autre remarque, l ducation non formelle concerne non pas un public anomique et indiff renci , mais au contraire des audiences s lectives et structur es, g n ralement motiv es et d j comp tentes. Par exemple, les enseignants ou tous ceux qui exercent une profession en rapport avec les contenus culturels sont les tout premiers consommateurs de ces productions.
Enfin, combien de temps ces publics consacrent-ils l ducation non formelle? Il faut ici comparer la dur e et la fr quence de la consultation des diff rents m dias et celles de l enseignement acad mique. En d pit de l allongement de la dur e des tudes et de l augmentation spectaculaire de la proportion de la population jeune scolaris e, les diff rents m dias occupent aujourd hui une place quantitative pr pond rante. Chez les jeunes, cette place s est encore accrue, car leur consultation s est transform e. Les m dias num riques occupent dor navant la premi re place. De plus, leur mode de consultation est tr s diff rent des m dias traditionnels: les t l phones connect s sont mobiles et restent port e de l utilisateur qui partage avec ses pairs ses coups de c ur comme ses motions. Les formats eux-m mes se sont modifi s: r le accru des jeux et pr dominance de la vid o.
Quoi qu il en soit, les m dias et surtout aujourd hui les m dias num riques, parce qu ils sont consult s parall lement l cole pendant toute la dur e de la scolarisation, puis, parce qu ils continuent de l tre pendant toute la vie, apr s la scolarisation et d s l insertion dans la vie sociale et professionnelle, sont omnipr sents. Et il est impossible qu ils n exercent aucune influence sur tous ceux qui les utilisent haute dose.
1.3. QUEL IMPACT DE L DUCATION NON FORMELLE?
Si l on passe en revue la litt rature sur l impact de cette cole parall le, l encore, on ne trouve que peu de choses. une exception pr s, celle des m dias de masse et dans une moindre mesure sur l impact des jeux vid o les plus violents. Non pas pour mesurer leurs effets quant la diffusion de la culture savante, mais pour les accabler et d noncer leur influence d sastreuse. Il est frappant de constater que l analyse oscille entre deux clich s, l un plus caricatural que l autre. Le premier est celui de la d n gation: les m dias consacrent plus de moyens des niaiseries, la distraction, la publicit , aux soap operas qu la culture. Certains sociologues de l cole de Francfort (Marcuse et Adorno, par exemple) n ont pas h sit la d noncer de fa on vi

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