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Enjeux et réalités de l'école maternelle

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Description

Cet ouvrage dessine les entours et les contours d'une école maternelle que l'on ne réduise ni à une crèche ni à un pré-CP ni à une chambre d'enregistrement des inégalités socio-culturelles. Il met à mal un certain nombre d'idées reçues et vise à identifier clairement les enjeux et les réalités d'une école maternelle où rien ne justifie aucun renoncement. Ce livre propose en somme d'aider à mieux "discerner" l'école maternelle, de la sortir de ses errements pédagogiques, de ses fantasmes idéologiques.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 391
EAN13 9782336280240
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ENFANCE LANGAGES

La collection Enfance et langages a pour but d’éditer des textes dont l’objet portera sur le « langage enfantin » de façon générale. Deux dominantes co-existeront : Le développement langagier (du bébé à l’adolescent, en langue maternelle, étrangère ; en situation unilingue ou plurilingue...) L’enseignement des langues dans tout type de situations (Français Langue Maternelle, Français Langue Seconde, Français Langue Etrangère, didactique des langues étrangères...).
Un intérêt particulier sera porté aux ouvrages faisant le lien entre développement langagier et enseignement des langues.
L’approche disciplinaire de ces sujets sera alors très varié : psychologie sociologie sciences du langage sciences de l’éducation didactique anthropologie ...
Les textes édités pourront être issus de travaux universitaires (doctorats, habilitation à diriger les recherches...) mais ils pourront également constituer un essai monographique, les actes d’un colloque, un ouvrage collectif sur un thème ou une approche scientifique particulière, un bilan de recherche intermédiaire ou final, etc. La ligne éditoriale générale peut donc se définir simplement par « étude des rapports entre le(s) langage(s) et les enfants ».
Ouvrages parus Emmanuelle CANUT & Martine VERTALIER (éds.) 2009. L’Apprentissage du langage. Une approche interactionnelle. Réflexions théoriques et pratiques de terrain . Mélanges offert par ses collègues, ses élèves et ses amis en hommage à Laurence Lentin. 430 p. Claudine DAY 2009. Modalité et modalisation dans la langue . 132p. J.-M. Odéric Delefosse (éds) 2009. Le langage de l’enfant. Choix de textes : 1876- 1962. 410 p.
Enjeux et réalités de l'école maternelle

Claudie Canat
© L’HARMATTAN, 2009
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296108622
EAN: 9782296108622
Sommaire
ENFANCE LANGAGES Page de titre Page de Copyright Dedicace Préface Avant-propos Nos maternelles : photos souvenirs... Nos Maternelles : photos souvenirs... Nos Maternelles : photos souvenirs... Enseigner en Maternelle Pourquoi j’ai enseigné en Maternelle Avant de commencer : pour quels enfants ? Acquisition / apprentissage de la lecture Apprentissage et dispositif Attitudes / Formation au jugement, au goût, à la sensibilité ATSEM (à toutes les Mauricette des Ecoles Maternelles) Cahier de littérature Complexité Construction identitaire Corps Culture(s) Effectuation ou activité ? Elèves et activité Ennui Entrer dans la culture scientifique et mathématique Entrée dans l’écrit à la Maternelle Etayage Evaluation Grammaire Imaginaire et imagination Jeu Langage Lexique et langage Lire de la littérature en Maternelle Lire l’image Littérature enseignée Mythe Parents Passage aux toilettes, collation, sieste Penser en réseau (Le) Petit Chaperon rouge Petite Section Rituels Vous avez dit « culture » ? Florilège bibliographique Index
À Nicolas, qui a tant aimé lire La princesse de Clèves ...
Préface

Un abécédaire de l’accomplissement humain
Voici un livre remarquable. Consacré au sens et aux enjeux de l’école maternelle publique, il rappelle en mots simples et précis la fonction d’une institution décisive pour l’accomplissement de l’humanité en chaque enfant. L’abécédaire qu’il nous propose décline les registres de cet accomplissement multiforme. Il marque à la fois les finalités et les modalités du chemin proposé à l’être humain au seuil de la socialisation et de l’ouverture aux principaux champs de la culture comme de la vie commune. Pour tous ceux qui ont choisi d’enseigner, c’est-à-dire d’élever l’humanité au meilleur d’elle-même par l’instruction méthodique et l’éducation à la liberté qui en est l’âme vive, il constitue un précieux viatique. Mais aussi et surtout pour les parents qui entendent accompagner au mieux leurs enfants dans les premières découvertes du monde et de la vie, il donne des repères essentiels.
L’école maternelle n’est pas et ne doit pas être une simple garderie. C’est l’étape première, et décisive, d’un long processus qui vise la maturité intellectuelle et morale, physique et artistique, de l’être qui devra exercer un métier -voire plusieurs-, jouer son rôle de citoyen, et agir en personne humaine apte à conduire sa vie lucidement. Une telle maturité fonde à l’évidence la liberté, cette liberté qui n’est pas seulement le droit de faire, mais aussi et surtout le pouvoir concret de faire. Cet être aura tout à la fois la dimension universelle d’un citoyen du monde qui ne borne pas son horizon aux limites géographiques de son paysage familier, et la dimension singulière d’une personne unique, appelée à conjuguer de façon originale les multiples possibilités de l’accomplissement, de l’épanouissement, selon une biographie dont il est à souhaiter qu’elle l’écrira aussi librement que possible.
La référence à l’ « homme complet », avancée par la nécessaire utopie qui délivre des limites d’une époque et d’un lieu, doit rester la règle et le repère essentiel. Y compris dans des sociétés qui croient devoir bannir, au profit des mieux dotés, toute perspective d’émancipation, toute alternative au monde comme il va, englué dans ses injustices et les souffrances muettes qui blessent l’enfance et gâchent les possibles dont elle est riche. Souvenons-nous de Victor Hugo dans « Melancholia » : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? »
Bien sûr il ne faut pas se méprendre sur le sens de cette référence à l’« homme complet » dont rêvèrent les grands penseurs de la justice sociale. Elle ne signifie aucunement que tous les êtres humains doivent être coulés dans le même moule, unique, et se conformer à un même modèle d’accomplissement. Elle veut simplement déployer et donner à voir dans une sorte de maximum idéal l’éventail des possibles, sans que celui-ci soit d’emblée restreint par les conditions sociales. Sinon ces dernières tendent à faire de l’origine un destin.
Pourquoi un enfant de milieu déshérité ne pratiquerait-il pas le piano classique ? Pourquoi le langage parlé dans la famille devrait-il modeler d’emblée celui du petit être qui se construit ? On pourrait multiplier les exemples. L’enfant, promesse d’humanité en acte, ne doit pas être l’héritier des limites de son milieu, mais celui du patrimoine de toute l’humanité. Pour cela il devient élève. Élève ... un être qui s’ élève . Non pour oublier ou mépriser l’apport propre de sa famille, mais pour le goûter dans un horizon qui le situe et le dépasse. Ainsi s’enclenche le déverrouillage des fatalités sociales dont l’œuvre de Zola souligna le poids presque inexorable. Pourquoi les pratiques culturelles familiales, pauvres ou riches, mutilées ou au contraire pleinement diversifiées, étroites ou amples, devraient-elles esquisser dès la petite enfance une sorte de clivage de l’humanité à venir ? On parle beaucoup aujourd’hui de la nécessité d’une « culture commune ». Très bien. Mais alors pourquoi une certaine politique aboutit-elle à méconnaître le rôle majeur, originaire même, de l’école maternelle dans l’accès à cette culture ?
Il est clair que le sens de l’Ecole maternelle comme institution, comme effet d’une volonté politique au sens noble du terme, celui qui met en jeu la vie de la Cité , doit être de faire appel des inégalités qui sinon sont si promptes à produire leurs effets, à se reproduire presque mécaniquement. Les sociologues ont souligné cela de longue date. Parfois ils ont même douté que l’école républicaine puisse contrer ce mécanisme. Sur ce point, ils ont eu tort. L’école ne peut pas tout. Et les limites de son action, souvent constatées, ne sauraient lui être reprochées sans injustice. Il ne faut pas se tromper de diagnostic, ni de révolution. Celle de la société reste à faire, ce qui ne veut pas dire que l’on doit prendre son parti des éventuelles imperfections de l’école publique, et se refuser à toute réforme. Mais il s’agit de savoir quelles réformes produiront réellement un progrès, et non de consentir à certains faux-semblants dictés par l’idéologie usuelle qui relaie les intérêts économiques dominants.
Les conditions sociales pèsent de tout leur poids dans le devenir de l’enfant, que ce soit économiquement, culturellement, et même psychologiquement du fait de l’intériorisation presque spontanée des repères familiers. Pour contrer ou relativiser ces déterminismes il faut des mesures spécifiques, le plus souvent conquises par des luttes menées sur le plan social et politique. Une politique sociale de l’enfance, un effort pour que la ville soit vecteur d’intégration libératrice et non d’exclusion aliénante, une intervention de l’Etat pour produire de l’égalité là où la loi du marché ne cesse de creuser l’inégalité, sont des exigences essentielles que nulle réforme pédagogique ne pourra jamais remplacer. Pour l’exemple, le souci de mettre tous les domaines de la culture à la portée de tous appelle un véritable volontarisme de la puissance publique. Souvenons-nous d’une démarche exemplaire. Celle qui déboucha sur la création du Théâtre National Populaire : Jean Vilar et Gérard Philippe, entre autres, y jouèrent les grands classiques dans les lieux les plus défavorisés. Souvenons-nous de la Gauche américaine pratiquant le « bussing » pour emmener les petits enfants noirs dans les écoles des quartiers blancs. L’apartheid culturel est aussi cruel et ravageur que l’apartheid social. Il en est tout à la fois un effet manifeste et un facteur de reproduction.
La petite enfance, chacun le sait ou devrait le savoir, est décisive pour le développement et l’accomplissement de l’humanité dans l’homme. C’est le moment où les apprentissages sont les plus aisés et les plus rapides, où la sensibilité comme la première forme d’intelligence prennent leur premier essor, si du moins elles bénéficient des « incitations fonctionnelles » sur l’importance desquelles insistait le psychologue Henri Piéron. C’est donc le moment où se joue en grande partie la richesse de l’accomplissement humain : entre autres, richesse et aisance du langage, maîtrise du corps et des attitudes personnelles, savoirs pratiques et savoir faire techniques, autonomie de jugement et futur esprit critique, sensibilité esthétique et artistique, etc.
Le livre qui nous est proposé ici insiste sur cette panoplie, éventail des registres par lesquels l’humanité se réalise, et par conséquent référence indispensable de l’institution scolaire, de l’éducation parentale, et des pouvoirs publics eux-mêmes. Car les responsabilités de la société, et des institutions scolaires qui ont en charge la formation, l’instruction, et cette part de l’éducation qui leur est liée, sont ici essentielles. A l’évidence, toute privatisation, en la matière, ferait jouer à plein l’inégalité sociale et renforcerait la logique de reproduction au détriment de la logique d’émancipation. C’est pour échapper à ce processus de reproduction de l’inégalité que l’école publique a été inventée, et qu’elle doit déployer son action à tous les niveaux du développement de l’enfant devenu élève. L’école maternelle en est le premier maillon, décisif à bien des égards . Ceux qui veulent la transformer en simple garderie sont en réalité les fossoyeurs de l’égalité des chances, si souvent invoquée mais si peu souvent prise en compte depuis que le prétendu libéralisme a envahi et subverti les politiques publiques d’éducation.
Le passionnant abécédaire de l’Ecole maternelle présenté ici insiste sur des repères majeurs. Il souligne l’importance des finalités éducatives et pédagogiques qui doivent donner sens à la mission des maîtresses et des maîtres d’école, aujourd’hui comme hier et demain comme aujourd’hui. Il le fait de façon à la fois rigoureuse et ludique. Dans sa conception et sa réalisation, il se trouve parfaitement à la hauteur des enjeux qu’il assume.
Il est temps de laisser la parole aux auteures de ce livre essentiel, et de s’engager en une promenade « buissonnière » qui rappellera des souvenirs, réaffirmera des idéaux sans lesquels ce monde ne serait que désespoir, redonnera vie aux espérances les plus nécessaires. On y admirera entre autres la dialectique entre la richesse d’une expérience concrète et l’ampleur d’une compréhension théorique des enjeux et des pratiques émancipatrices qui les assument.
Merci à Françoise Demougin, Claudie Canat, et Carole Rousseau-Elbaz, de nous faire partager ainsi la quintessence de leur réflexion, de leur dévouement multiforme, ainsi que leur résolution à sauver une institution qui est, entre autres, l’honneur de la République. Longue vie à l’Ecole Maternelle publique et laïque . Laïque en effet, car lorsqu’il s’agit d’élever à la liberté, nulle croyance particulière ne saurait être inculquée. L’école publique et laïque, en sa phase maternelle comme dans les autres, est porteuse d’universel, et à ce titre elle est vecteur d’émancipation. C’est bien la seule école qui ne prenne pas prétexte des nécessités éducatives pour conditionner et embrigader les consciences. La seule école qui fasse du respect de l’enfance dans l’enfant le respect de l’humanité accomplie qui ne demande qu’à s’épanouir en lui.
Henri Pena-Ruiz.
Avant-propos
Ce livre est né d’une indignation contre un mépris souvent affiché envers l’Ecole Maternelle.
Ce livre est né d’un double sentiment d’injustice. Contre le sort trop souvent réservé à la Maternelle par des décideurs, voire des acteurs, peu enclins à en comprendre les enjeux. Contre une hiérarchisation implicite instaurée, ou subie, par ces mêmes acteurs et décideurs.
Ce livre est né d’une inquiétude de voir maltraiter, disparaître peut-être, un lieu scolaire précieux et fragile.
Il ne vise ni à faire l’historique de la Maternelle ni à en énumérer toutes les activités ; il ne vise pas non plus à dédouaner les enseignants qui y travaillent de leurs erreurs, de leurs doutes, de leurs paresses parfois. Il vise plutôt à dessiner les entours et les contours d’une Ecole Maternelle en danger aujourd’hui.
Il n’est pas non plus un ouvrage didactique, et les entrées alphabétiques ont été choisies par les auteures pour faciliter, voire provoquer, une lecture buissonnière.
Il vise à donner le goût de la Maternelle, d’une Maternelle où l’on commence de former des citoyens, des êtres de paroles et de pensée, où l’on laisse le temps au temps sans immobiliser jamais, où l’on allume des feux.
Ce livre est né de la volonté de trois enseignantes, de statuts différents, de faire partager leur idée de la Maternelle et de son indispensable apport à l’heure où la tentation du dressage guette notre société.
Ce livre est né d’une certaine idée de la Maternelle. Une Maternelle en majuscules. Une Maternelle irremplaçable dans notre système curriculaire, parce qu’elle échappe à un système de pensée morcelant la réalité et rendant les esprits incapables de relier les savoirs compartimentés en disciplines, celui-là même qui imprègne l’enseignement en France de l’école primaire à l’université. Une Maternelle prenant le temps de cultiver son élève. Une Maternelle nécessitant une formation, une recherche et des enseignants experts, nécessitant la reconnaissance du statut clairement identifié d’une véritable Ecole Maternelle consciente de ses enjeux, que l’on ne réduise ni à une crèche, ni à un pré-CP, ni à une chambre d’enregistrement des inégalités socioculturelles. Une Maternelle dont les élèves sont capables de lire, de s’approprier une œuvre, une émotion, une perception, un désir en somme. Une Maternelle où le niveau linguistique, langagier, n’est pas en cause et ne justifie aucun renoncement. Une Maternelle qui rappelle l’exigence de cette « complexité » qui n’a rien à voir avec une vision compliquée, voire élitaire, de l’enseignement et déclenche seulement et surtout une posture désirante.
Ce livre est né d’un désir d’aider à mieux « discerner » l’Ecole Maternelle, de la sortir de ses apories didactiques, de ses errements pédagogiques, de ses fantasmes idéologiques. La Maternelle aujourd’hui a perdu ses repères, attaquée de toutes parts (quoi de pire pour ceux qui y travaillent que de devoir sans cesse justifier la nécessité de leur travail ?), perdue au milieu d’acquis qui en réalité ne sont plus les siens. Oui, l’Ecole Maternelle est aujourd’hui en mauvaise posture, elle a perdu son ambition, elle est en train de perdre son identité en restreignant cette dernière au seul très jeune âge de ses élèves, ou à la seule anticipation du CP. Antichambre du primaire, caisse de résonance des angoisses et des rêves parentaux, voire des étiquettes sociétales (on y redouble, ou à l’inverse on y est déclaré « doué », on y est décelé « délinquant » ... ), elle perd son âme.
Ce livre est né de l’envie de donner un nouvel élan à l’Ecole Maternelle, où le défaitisme ne le dispute pas à l’angélisme, où les questions posées soient authentiques, où la langue de bois soit absente, où les questions sans réponse demeurent.
Nos maternelles : photos souvenirs...
Claudie CANAT
Peu de souvenirs en ce qui me concerne. Une première image : ma mère me tenant par la main pour me conduire à l’école, une main généreuse et sécurisante, accompagnant mes premiers pas vers une vie sociale nouvelle. Seconde image, moi portant un tablier, un pinceau à la main face à un chevalet. Une impression de plaisir l’accompagne, réminiscence d’une sensation agréable liée à la satisfaction procurée par l’exercice de la trace du pinceau, cette empreinte laissée par le passage de soi sur une feuille. Une vision fascinante de productions colorées, nos productions d’élèves, qui marquaient des pans entiers de murs de classe. Un environnement, où, conquérante des lieux, régnait à mon sens la beauté, contrastant ainsi avec mon univers familial, reflet de sa modeste origine. Je me revois aussi en train d’apprendre à écrire, à coucher des lettres et des chiffres sur le papier avec application ainsi que volonté de réussir le geste graphique attendu. Premier goût de l’effort pour la chose scolaire ? Sans nul doute car l’école représentait pour mes parents un ascenseur social qu’ils valorisaient. Les valeurs de persévérance, de travail comme conquête de sa propre liberté étaient partagées entre famille et école. Et dernier souvenir, pas des moindres, lié à une première expérience dans une société composée d’enfants, celui de mon premier amoureux. Je n’avais de hâte que de le retrouver à l’école. Rassurez-vous tout cela est resté bien platonique, mais néanmoins je croyais très fort à mon devenir d’adulte à ses côtés. Même si mes parents regardaient cela d’un air très amusé, ce qui m’agaçait profondément, moi je pensais dur comme fer qu’il deviendrait mon mari. Que pensez-vous qu’il advînt ?
Nos Maternelles : photos souvenirs...
Françoise DEMOUGIN
Curieusement, je n’ai pas fait de Maternelle.
Nous arrivions d’Algérie. Avec tristesse et sans ressentiment envers quiconque. Ma mère avait essayé de me scolariser en CP à quatre ans et demi. Devant le refus, légitime évidemment, de l’institutrice, elle me retira de l’école. Libre de me garder à la maison avec elle puisqu’elle ne travaillait pas, elle ne voulait pas d’une « garderie ». La Maternelle pour elle ne pouvait être qu’une crèche. Or ce qu’elle voulait c’était un premier CP garantissant une réussite scolaire ultérieure. On est bien là au cœur du problème, entre ces deux écueils qui menacent de ruine la Maternelle : crèche de luxe ou pré-CP ? Sans doute aussi, le terme de « maternelle » fit peur à ma mère, mère aimante et possessive qui ne pouvait concevoir cet adjectif qu’appliqué à elle-même et à son amour pour moi. Voilà une autre ambiguïté, psychologique plus que structurelle, qui marque l’Ecole Maternelle durablement.
D’aucuns feront remarquer que j’ai pu « réussir » mes études sans Maternelle, preuve de son inutilité. Certes. Je n’ai rien à répondre à cela, sinon que je faisais partie d’une famille lettrée suffisamment pour me donner le goût des humanités et de l’étude. Sinon que j’étais la dernière de quatre enfants, profitant à plein des savoirs de mes frères aînés. Sinon que cela a été ainsi sans que je croie qu’on en puisse tirer une quelconque règle.
J’ai donc attendu d’être adulte, enseignante, chercheure, pour faire mon « entrée en Maternelle ». Et mesurer toute l’importance de ces années de première scolarisation, où se joue un entrelacs unique entre savoirs et savoir-faire de divers ordres, au-delà de la seule socialisation si souvent mise en avant.
Nos Maternelles : photos souvenirs...
Carole ROUSSEAU-ELBAZ
Je suis entrée à l’Ecole Maternelle à deux ans et demi à la fin des années soixante. Nous habitions alors une de ces cités HLM construites à l’époque pour répondre aux besoins de logement et de confort des familles modestes.
Maman ne travaillait pas, mais avec une famille nombreuse, l’entrée à l’Ecole Maternelle d’un des enfants constituait d’abord une respiration pour la mère au foyer, renouant ainsi avec une des vocations premières de l’Ecole Maternelle : un lieu d’accueil et de garde de la petite enfance.
De mes premières années je ne me souviens que du long trajet à pied jusqu’à l’école qui était éloignée du domicile familial. Mes souvenirs se précisent à partir de la Grande Section : je suis assise face au tableau occupée à copier. Aujourd’hui je me demande dans quelle écriture il était préconisé de faire écrire les élèves à cette époque. Je me rappelle aussi de jeux d’assemblage et de colliers de perles à faire et à défaire. De nos jours on propose toujours cette activité pour délier les doigts et pour créer des algorithmes en alternant les couleurs des perles. J’ai aussi le souvenir d’une carte pour la fête des mères où il s’agissait d’évider une silhouette de fillette qui ressortirait grâce à un collage de papier métallisé, et de copier la formule bonne fête maman. Bel exemple d’art enfantin tel que l’a développé l’Ecole Maternelle à une époque où elle avait encore à séduire un public qui ne comprenait pas encore son utilité ...
Il y a aussi le souvenir d’une sortie à la ferme au printemps pour observer les arbres fruitiers en fleurs et caresser les bébés animaux. Les activités d’éveil ouvraient l’école sur le monde, j’ai été parmi les premiers élèves à accompagner cette révolution pédagogique.
Mes souvenirs sont doux, ils ont nourri probablement mon envie d’enseigner en Maternelle : comme pour d’autres enfants alors l’ascenseur social a fonctionné pour moi parce que j’ai réussi à l’école.
Enseigner en Maternelle
On a coutume de dire qu’un enseignant qui réussit à exercer dans une classe maternelle réussira à enseigner dans n’importe quelle autre classe ensuite. Loin d’être un sous enseignant parce qu’il exerce avec des Petits qui, pour certains, ont encore les couches... la nuit (la propreté diurne étant la seule exigence posée à l’inscription du petit à la maternelle) l’enseignant de Maternelle, qui n’est pas toujours une enseignante, est un professionnel. Il exerce dans une école. Cette école constitue un espace à la fois réel et virtuel.
C’est d’abord un lieu institutionnel, complémentaire de la famille, en lien avec la nation et le monde en tant qu’incarnation de l’Education Nationale.
C’est un lieu physique qui dépend d’une autorité locale, la mairie qui investira plus ou moins dans l’aménagement des locaux, l’entretien et l’achat de matériel.
C’est un lieu de sécurité affective, morale, physique, où la prise de risque est pensée, et un lieu de non exclusion : la scolarisation est un droit.
C’est enfin un lieu de langage et de vie en groupe.
Enseigner en Maternelle c’est se lier à la petite enfance avec la part particulière qu’elle a historiquement acquise dans la société moderne, une place et une durée dans le temps social qui sont propres aux sociétés contemporaines.
L’enseignant de Maternelle transmet et construit des savoirs, savoir-être, savoirs savants, savoir-faire, savoir-penser, savoir-vivre ... Pour cela, il sait faire accepter la frustration, la patience, l’effort. Il accompagne par la parole des actions, des gestes dont la finalité n’est pas encore conscientisée. Il formule et reformule, il provoque, s’étonne, fait semblant de ne pas comprendre, interpelle..., pour favoriser la progression vers les savoirs. C’est un expert qui sait susciter les formulations, qui ménage des effets de redondance, qui étaye intellectuellement et affectivement pour faciliter la compréhension et la réussite. Il calcule et prévoit la difficulté pour susciter et donner sens à l’apprentissage.
L’acte pédagogique à l’école, a fortiori à la Maternelle où les enfants sont en devenir d’élèves, suppose de la part de l’enseignant générosité, sensibilité, empathie, et compétences techniques. Il est essentiel de savoir laisser et d’oser laisser toute sa place au jeu et aux moments de régression et en même temps de montrer beaucoup de rigueur dans les moments plus structurés consacrés au langage, à la réflexion, à la mise à distance des apprentissages.
Pour toutes ces raisons, l’enseignant de Maternelle est inventeur car il doit imaginer des dispositifs et des supports pour motiver les apprentissages, séduire des petits enfants et captiver ainsi leur attention.
L’enseignant de Maternelle est aussi un bricoleur car les outils diffusés par les éditeurs ne sont jamais adaptés aux centres d’intérêts de la classe dont il a la charge. Le plus souvent, il les fabrique donc. Compte tenu de l’âge de ses élèves, il a aussi à bricoler au sens noble du terme, à concevoir, imaginer et mettre en œuvre des dispositifs toujours renouvelés pour être au plus près du cheminement des élèves, de leur raisonnement et leur permettre ainsi d’atteindre les objectifs d’apprentissages fixés.
Il est enfin comédien car ces dispositifs inventés, ces outils bricolés doivent encore intéresser l’enfant pour que l’apprentissage s’opère. Son attention doit être mobilisée, l’envie de faire et d’apprendre doit être motivée. Pour cela l’enseignant de Maternelle apprend à utiliser toutes les ressources théâtrales de son corps et de sa voix.
Dans un espace de liberté balisé par des programmes depuis 2002 qui font que l’Ecole Maternelle accède ainsi au statut de véritable école, école à part entière même si école première, l’enseignant développe des compétences larges, mobilise des savoirs, développe des aptitudes relationnelles en direction des élèves et de leurs parents. C’est un professionnel qui communique le goût d’apprendre et veille à l’ouverture aux autres. C’est un professionnel quotidiennement récompensé par vingt-cinq élèves qui lui font confiance et comptent sur lui.
Enseigner en Maternelle c’est veiller à la sécurité, tout en permettant à l’élève de prendre les risques nécessaires pour apprendre. Enseigner en Maternelle, c’est exiger patiemment avec rigueur, générosité et respect. Enseigner en Maternelle c’est parler l’école pour mieux lui donner du sens et c’est voir dans le petit d’homme en face de soi le petit élève à faire progresser et le petit enfant à aider à se développer.
CRE

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