L’Université à la croisée des chemins
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Description

Face au désinvestissement des États, confrontées à l’émergence de nouveaux modes d’acquisition et de diffusion du savoir, en proie à une compétition féroce dans un marché concurrentiel, les universités peinent à trouver un modèle conciliant leurs missions fondamentales en matière d’enseignement et de recherche avec un équilibre financier à moyen et à long terme. Dans une société où les repères traditionnels s’écroulent, dans un monde surinformé où les valeurs démocratiques peinent à se faire entendre, les universités doivent plus que jamais innover dans leurs méthodes d’enseignement et maintenir une recherche de pointe. Mais aussi, sous peine de devenir des instituts techniques, elles doivent être des lieux privilégiés où se développe la liberté de penser en lien avec une culture profonde, nourrie de son épaisseur historique, permettant de s’approprier le passé pour mieux envisager le futur.



Docteur en Langues et littératures orientales, Jean Winand est professeur ordinaire à l’Université de Liège et membre de l’Académie royale de Belgique ; il enseigne également à l’Université libre de Bruxelles. Ses domaines de recherche sont principalement la langue et la philologie de l’Égypte ancienne, mais aussi la littérature et l’histoire des idées.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 7
EAN13 9782803106332
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’UNIVERSITÉ À LA CROISÉE DES CHEMINS
J W EAN INAND
L’Université à la croisée des chemins. Plaidoyer pour une université de la culture
Académie royale de Belgique rue Ducale, 1 - 1000 Bruxelles, Belgique www.academieroyale.be
Informations concernant la version numérique ISBN : 9978-2-8031-0633-2 © 2017, Académie royale de Belgique
Collection L’Académie en poche Sous la responsabilité académique de Véronique Dehant Volume 107
Diffusion Académie royale de Belgique www.academie-editions.be
Crédits Conception et réalisation : Laurent Hansen, Académie royale de Belgique
Couverture : © trentemoller, Shutterstock
Publié en collaboration avec/avec le soutien de
À Arthur Bodson, à l’ami, au frère, au maître bienveillant Ce livre a bénéficié de la relecture attentive et des commentaires bienveillants d’Arthur Bodson, Édouard Delruelle, Étienne Famerie, Michèle Mertens, Vinciane Pirenne, Stéphane Polis, François Provenzano, Gérald Purnelle et Didier Viviers. Qu’ils trouvent ici l’expression de ma profonde reconnaissance. Il va sans dire que mes relecteurs ne cautionnent pas nécessairement tous les propos tenus ici, qui n’engagent que l’auteur.
Avant-propos
Le discours ronronnant de la tautologie est toujours aux aguets. Il pose en système la nature immuable des choses, la permanence des lignes et l’évidence de vérités qui véritablement n’en sont pas. (Westphal 2016:13)
On lit régulièrement dans la presse européenne que l’université est en crise. Les cris d’alarme se multiplient pour dénoncer pêle-mêle le manque de financement, le niveau des étudiants de 1 première année, les effets désastreux de la surpopulation dans les universités dites de masse , ou encore la concurrence accrue avec les établissements étrangers, notamment les nouveaux venus d’Asie et des pays du Golfe, pour ne reprendre que quelques thèmes à la mode. À cela s’ajoutent plusieurs critiques à l’encontre du modèle universitaire européen lui-même, qui serait incapable de se ressourcer, prisonnier d’une certaine image directement importée des grands établissements nord-américains. La marchandisation du savoir, la promotion d’une science bling-bling, l’ère du 2 marketing figurent parmi les principaux thèmes à charge . À l’évidence, la perception de la crise est très différente en fonction des endroits où l’on se trouve. Les universités américaines qui caracolent en tête desrankings, comme Harvard, Yale, Stanford ou le MIT, qui disposent de surcroît de trésors de guerre considérables (évalués pour chacune à plusieurs milliards de dollars), n’envisagent certainement pas le futur de la même manière que les universités européennes, qui dépendent largement des subventions publiques. Faire partie de l’élite n’est toutefois pas toujours une garantie en soi de stabilité financière. C’est ainsi qu’en Angleterre, Cambridge et Oxford considèrent la possibilité d’ouvrir des antennes sur le continent afin de contrer les effets du Brexit, perçu comme néfaste pour leurs activités et leur rayonnement. L’accès aux fonds publics, européens, en matière de recherche reste évidemment un élément important dans la stratégie mise en place par les universités réputées. L’appellation « université » paraît à première vue transparente, mais elle recouvre, à y regarder de plus près, des réalités très diverses. Par exemple, des établissements renommés n’intègrent pas le mot université à leur appellation officielle, comme le MIT aux États-Unis, qui se présente comme un institut de technologie. En France, la réputation des grandes écoles (École normale supérieure, École nationale d’administration, Polytechnique, etc.) dépasse souvent largement celle des universités. À cela, il faut encore ajouter des établissements de prestige où l’on n’assure pas un cursus complet, comme l’École pratique des Hautes Études, ou qui sont en dehors de tout cursus, comme le Collège de France. À l’inverse, l’appellation est parfois usurpée 3 ; on se souviendra ici du débat récent sur les « fausses universités » en Belgique . Mais ce n’est pas tout. Il ne suffit pas de s’entendre sur ce qu’on appelle exactement une université. Encore faut-il comprendre dans quel réseau elles sont intégrées. En fonction des pays, les systèmes qui structurent l’enseignement et la recherche sont loin d’être toujours comparables, ce qui a des conséquences importantes sur les rôles et missions des universités. En France, la recherche passe essentiellement par les universités, les grandes écoles et les établissements d’excellence cités plus haut, à quoi il faut ajouter le CNRS, qui dispose de moyens importants et d’infrastructures propres. En Allemagne, en dehors des universités et de la DFG (Deutsche Forschungsgemeinschaftrecherche se déploie aussi via les académies, qui financent des) , la projets sur le long terme — c’est d’ailleurs une de leurs spécificités —, des instituts de recherche renommés comme le Max Planck Institute et des fondations importantes telle la Fondation Alexander von Humboldt. En Belgique, en revanche, la recherche, en dehors de certains laboratoires privés, se concentre de manière maximale dans les universités. Le FNRS, qui est une ressource importante de financement, ne dispose pas de laboratoires autonomes : les mandats de chercheurs et projets de recherche sont intégrés dans les universités. Le système académique est également très loin d’être homogène. Par exemple, là où la
e Belgique n’a que le doctorat de 3 cycle, la France et l’Allemagne ont maintenu (ou rétabli) une structure à deux étages : un doctorat, éventuellement suivi d’une habilitation. Pour des raisons mystérieuses, la Belgique a supprimé, il y a une douzaine d’années, l’agrégation de l’enseignement supérieur, qui était l’équivalent de l’Habilitationallemande. Comme on peut le constater, même entre des pays qui sont historiquement au cœur de la construction européenne depuis plus d’un demi-siècle, le fonctionnement de l’enseignement supérieur et de la recherche présente des différences notables. Aussi peut-on douter que les réponses à apporter aux problèmes qui se posent puissent être uniformément appliquées partout sans considération pour les réalités locales. Même si les missions fondamentales des universités ne sont pas partout explicitées avec clarté, il me semble qu’on doit en attendre essentiellement trois choses : tout d’abord, former des diplômés de haut niveau dont la société a besoin ; ensuite, s’engager résolument dans la recherche fondamentale de pointe ; enfin, être des lieux où se développe pleinement la liberté de penser. Ce dernier point me paraît essentiel. Si les universités bénéficient encore d’une aura importante auprès du public, c’est d’abord parce qu’elles sont perçues comme des centres d’excellence, mais peut-être aussi parce qu’elles apparaissent comme des autorités morales, se montrant exemplaires dans leur comportement. Ces deux qualités rattachent ces institutions à un modèle d’université humaniste, une université qui s’inspire de l’héritage des Lumières et qui suit la tradition de l’université libérale anglo-saxonne (au sens où l’on y pratique largement les arts e libéraux) ou de l’université humboldtienne telle qu’elle vit le jour en Allemagne à la fin du 18 siècle. Les trois composantes fondamentales de l’université rappelées un peu plus haut entrent parfois en conflit. C’est ce qui justifie mon titre. C’est ma conviction — et c’est la thèse de cet essai — qu’il est de l’essence de l’université de fortement intégrer les trois missions de base telles que définies ci-dessus. Cela posé, parler d’université humaniste n’a véritablement de sens que dans le cadre européen et nord-américain, sous peine d’affadir le sens du mot humaniste au point de lui faire dire à peu près n’importe quoi. Ailleurs, en dépit des efforts obstinés vers une uniformisation prônée par la globalisation, les références culturelles qui sous-tendent les modèles universitaires sont très différentes de ce que nous connaissons, ce qui m’apparaît au demeurant comme une richesse plutôt qu’un handicap. Il revient donc à chaque culture de définir ce qui lui convient le mieux. * * * Ce petit texte a été rédigé dans le mouvement général créé par la Conférence mondiale des Humanités, qui s’est tenue à Liège du 6 au 12 août 2017, sous l’égide de l’UNESCO et du CIPSH (Conseil international de la philosophie et des sciences humaines). Il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire un peu rapidement, d’un plaidoyerpro domo en faveur des sciences humaines. Bien sûr, la perte de repères, la crise des valeurs, engendrées par les problèmes économiques, le désarroi devant l’insécurité, la montée des intégrismes appellent un sursaut où les sciences humaines ont un rôle éminent à jouer par l’aide qu’elles peuvent apporter au décryptage du monde dans lequel nous vivons. C’est pourquoi le lecteur voudra bien me pardonner si je m’attarde parfois un peu plus sur un champ du savoir qui se vit comme étant lui-même en crise. En réalité, les sciences dites exactes et les sciences humaines, que l’on se plaît un peu trop facilement à opposer, gagneraient à être considérées comme deux plans complémentaires contribuant, idéalement à parts égales, à la formation et l’information indispensables aux citoyens du monde. * * * Il y aurait beaucoup à dire sur l’appellation même de « sciences humaines ». En fonction des lieux et des époques, le périmètre s’en est modifié, leur contenu altéré et transformé. Selon des standards administratifs reçus un peu partout, les champs du savoir sont volontiers regroupés en trois pôles : sciences du vivant, sciences et techniques et sciences humaines. Dès lors, en procédant par exclusion, on retrouve à l’intérieur des sciences humaines un peu pêle-mêle les facultés de philosophie et lettres, de droit, de psychologie et des sciences sociales, auxquelles on joint parfois les facultés d’économie et de gestion.
Autre indice de la difficulté devant laquelle on se trouve, la traduction de l’appellation sciences humaines ne va pas de soi. L’anglais a bien un mot,humanities, mais il ne recouvre pas exactement ce qui est compris dans la tradition francophone, étant davantage centré sur ce qui constitue le domaine des lettres auquel il faut encore ajouter le droit, mais aussi les disciplines artistiques. En allemand, on parlera plus volontiers deGeisteswissenschaften, les sciences de l’esprit, ce qui suggère une orientation encore différente. Enfin, en France, on trouve à la fois l’appellation simple sciences humaines et, plus fréquemment peut-être, le composé sciences 4 humaines et sociales, ce qui n’est pas beaucoup plus éclairant . Bref, comme on le voit, il règne beaucoup de flou en la matière. Il est vrai aussi qu’à l’intérieur de certaines disciplines rangées dans les sciences humaines on peut trouver des approches très techniques, sinon exclusivement techniques (on pourrait citer ici les cas de la linguistique et de l’archéométrie), et on constate encore que des disciplines traditionnellement incluses dans les sciences exactes comprennent aussi des activités qui les rapprochent du champ des sciences humaines (comme la géographie, qui fait partie deshumanities) et que des domaines comme la psychologie sont très difficilement classables, étant en interaction constante avec les sciences humaines et les sciences du vivant. Dans cet essai, j’ai considéré les sciences humaines dans un sens étroit, plus proche de la tradition desGeisteswissenschaften allemandes et des humanités telles que pratiquées dans les programmes des collèges et universités américains incluant les arts libéraux. J’ai envisagé un moment le mot culture, et son adjectif, culturel, qui constituent des équivalents acceptables. Mais le terme culturel est dangereusement connoté dans nos sociétés car il est très souvent associé à des notions de délassement, de loisir, d’élitisme peut-être, toutes choses en tout cas fort peu scientifiques et fort peu sérieuses aux yeux du public, et qui ont de surcroît l’inconvénient de coûter de l’argent. J’ai donc en définitive conservé l’appellation sciences humaines, remettant à plus tard la recherche d’une dénomination plus adéquate. Le sous-titre de l’essai « Pour une université de la culture » rappelle toutefois de quel côté va mon inclination.
Introduction La gestation douloureuse d’un monde nouveau
1. É ? VOLUTION OU RÉVOLUTION A USSI LOIN QUE LES DOCUMENTS ET LES TÉMOIGNAGES DU PASSÉ PERMETTENT AUX HISTORIENS ET AUX  , ARCHÉOLOGUES DE REMONTER DANS LE TEMPS LE CONSTAT EST PARTOUT LE MÊME SOUS TOUTES LES LATITUDES ET ÀTOUTESLESÉPOQUES :ILNYAPASDESOCIÉTÉFIGÉE. MÊMELIDÉOLOGIEDIFFUSÉEPARLE  , POUVOIR AFFIRMAIT VOULOIR SE CONFORMER EN TOUTES CHOSES AU MODÈLE DES ORIGINES AU CANEVAS DE LA PREMIÈRE FOISINSTAURÉPARLEDÉMIURGECOMMELEPROCLAMAIENTLES ÉGYPTIENS,LASOCIÉTÉ,LES 5 , , . P , IDÉES LES CROYANCES SE SONT TRANSFORMÉES INEXORABLEMENT OUR LE DIRE AUTREMENT MÊME SI LE  , RESPECT DE LA TRADITION POUSSE NATURELLEMENT À FAVORISER DES MODÈLES REPRODUCTIFS RÉPÉTANT DE SLESCANEVASANCIENS,ILEXISTEPARALLÈLEMENT,DEMANIÈREPLUSOUMOINSAFFIRMÉE,DES FAÇON ERVILE  , ’ , ESPACES DE LIBERTÉ DE CRÉATIVITÉ ET D INVENTIVITÉ DANS LESQUELS PEUVENT PRENDRE PLACE DANS LE  , . P , RESPECT DES TRADITIONS DES MODÈLES PLUS PRODUCTIFS LACÉES DANS DE TELS CADRES LES ÉVOLUTIONS DE  , ’ LA SOCIÉTÉ ONT LE PLUS SOUVENT ÉTÉ LENTES SANS DOUTE MÊME IMPERCEPTIBLES DANS L ESPACE D UNE génération. F , ’ ’ ’ , ACE À CE DÉROULEMENT DU TEMPS LONG L HISTOIRE A PARFOIS DONNÉ L IMPRESSION DE S EMBALLER DE BRUSQUEMENTSACCÉLÉRER. CESMOMENTSONTSOUVENTÉTÉSYNONYMESDECRISES,DÉBOUCHANTSURDE S INTERROGATIONSEXISTENTIELLES,SURLAPRISEDECONSCIENCEQUELEMONDETELQUONLECONNAISSAIT ’ , ’ , S ACHEVAIT POUR LAISSER PLACE À QUELQUE CHOSE DE NEUF D INÉDIT POUR LEQUEL ON N AVAIT QUE TRÈS e e PEUDEREPÈRES. LESGRANDESINVASIONSDES4 et 5SIÈCLESQUICONDUISIRENTLACHUTEDEROMEE À N 476ONTPROBABLEMENTGÉNÉRERCEGENREDANGOISSE. MAISENRÈGLEGÉNÉRALE,ILSEMBLEQUELES , , , RUPTURES LES CHANGEMENTS IMPORTANTS SOUVENT BRUTAUX QUI ONT TRANSFORMÉ PROFONDÉMENT LES structures de la société, au point qu’on parle pour les qualifier de...
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