Les Maisons d éducation de la Légion d honneur
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Description

Mystérieuses car mal connues et installées dans des lieux historiques entourés de hauts murs, réglées par des traditions bicentenaires mais sans cesse actualisées, les Maison d'éducation de la Légion d'honneur sont pourtant des établissements publics d'enseignement secondaire. Pourquoi, malgré l'uniforme, l'internat,la non-mixité et la discipline, rencontrent-elles pareil engouement? Comment chaque "Demoiselle de France" parvient-elle à aller au bout de son talent?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2007
Nombre de lectures 289
EAN13 9782336265766
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Acteurs de la Science
collection dirigée par Richard Moreau, professeur honoraire à l’Université de Paris XII, correspondant national de l’Académie d’Agriculture de France

La collection Acteurs de la Science comprend des études sur tous les acteurs de l’épopée scientifique humaine, des inédits et des réimpressions de textes anciens écrits par les savants qui firent la Science ou sur eux par leurs pairs, des débats et des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et sur la pratique de la Science.
Titres déjà parus  :
Jean-Paul Martineaud, De Vincent de Paul à Robert Debré. Des enfants abandonnés et des enfants malades à Paris , 2007.
Joseph Averous, Sur mer et au delà des mers. La vie d’une jeune médecin de Marine, 1888-1904 , préface de Jean Kermarec, 2006.
André Krzywicki, Un improbable chemin de vie , 2006.
Joseph Averous, Marie-Joseph Caffarelli (1760-1845), Préfet maritime à Brest sous le Consulat et l’Empire , 2006.
Claude Brezinsky, Histoires de sciences. Inventions, découvertes et savants , 2006.
Paul Germain, Mémoire d’un scientifique chrétien , 2006.
Marc de Lacoste-Lareymondie, Une philosophie pour la physique quantique , 2006.
Jean-Paul Moreau, Un Pasteurien sous les tropiques , 2006.
André Audoyneau, Le Docteur Albert Schweitzer et son hôpital à Lambaréné. L’envers d’un mythe , 2005.
Jacques Verdrager, L’OMS et le paludisme. Mémoires d’un médecin spécialiste de la malaria , 2005.
Christian Marais, L’âge du plastique . Préface de Pierre-Gilles de Gennes, 2005.
Jean Perdijon, Einstein, la relativité et les quanta , 2005.
Lucienne Félix, Réflexion d’une agrégée de mathématiques au XXème siècle , 2005.
Lise Brachet, Le professeur Jean Brachet, mon père , 2004.
Jacques Risse, Les professions médicales en politique (1875-2002) , 2004. Patrice Pinet, Pasteur et la philosophie , 2004.
Jean Defrasne, Histoire des Associations françaises , 2004.
Pierre Schuller, La face cachée d’une vocation . Lettres à un futur médecin . Préface de Bernard Lebeau, 2004.
François Du Mesnil du Buisson, Penser la recherche. L’exemple de la physiologie animale , 2003.
Suite des titres de la collection page 183
Les Maisons d'éducation de la Légion d'honneur :
deux siècles d'apport à l'instruction et à l'éducation des jeunes filles

Jean-Pierre Kelche
Sommaire
Acteurs de la Science Page de titre Page de Copyright Introduction générale PREMIERE SESSION : - L’EDUCATION DES FILLES AU XVIIIEME ET AU DEBUT DU XIXEME SIECLES
La création des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur Aux origines des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur. - La maison royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr
DEUXIEME SESSION : - LES PRINCIPAUX ACTEURS. QUELQUES PORTRAITS
Madame Campan, - une destinée exceptionnelle Maîtresse à Ecouen : - le cas de Mélanie de Boileau (1774-1862) La Reine Hortense, - élève modèle, princesse protectrice
TROISIEME SESSION : - PRINCIPES ET MODES EDUCATIFS
L’enseignement des matières nouvelles ou sensibles . - Un exemple : la géographie à Saint-Denis au XIXème siècle La reconnaissance du mérite, - les systèmes de récompense, de punition et de distinction Les Maisons d’Education de la Légion d’honneur : - un modèle européen au XIXème siècle ? Les Maisons d’éducation : - à l’avant-garde dans la pérennité Discours de conclusion
Annexes - Commémorations 2006 Cérémonie du souvenir - La Tronche - 28 avril 2006 Hommage à Madame de Lezeau, - première Directrice de la Maison des Loges, Cimetière Montparnasse - 21 septembre 2006 Hommage à Madame du Bouzet - première Surintendante de Saint-Denis, Cimetière Montmartre - 21 septembre 2006
L’éducation donnée dans les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur a pour but d’inspirer aux élèves l’amour de la patrie et de la liberté ainsi que le sens de leurs devoirs civiques et familiaux et de les préparer, par leur instruction et la formation de leur caractère, à s’assurer une existence digne et indépendante.
Code de la Légion d’honneur-Article R. 122
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan,2007
9782296023680
EAN : 9782296023680
Introduction générale
par
le général d’armée Jean-Pierre Kelche Grand Chancelier de la Légion d’honneur

Le renard a dit au Petit Prince : Il faut des rites , et il avait raison. Aujourd’hui nous sacrifions au rite de l’anniversaire et j’ai souhaité que celui des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur soit à la fois cérémonieux, ce fut le cas notamment à Vienne, au Château de Schönbrunn où l’Empereur signa le décret de création, mais aussi chaleureux, à travers en particulier les fêtes de famille qui seront organisées dans chaque Maison en Juin, ou encore plein d’émotion comme cet extraordinaire concert la semaine dernière lorsque les demoiselles ont chanté tout près du lieu où repose leur fondateur, et enfin culturel, c’est la raison d’être de ce colloque.
Le 19 mai 1802, Bonaparte proposait et faisait voter le projet qui est devenu la loi organique du 29 floréal An X, portant création d’un nouvel Ordre auquel fut donné le nom de Légion d’honneur .
Cet Ordre n’est pas le plus ancien, certains datent des croisades. Mais il est aujourd’hui notre premier Ordre national et il a survécu à tous les régimes, aux crises et aux malheurs de notre Histoire. Au centre de l’étoile, le visage a changé, mais le symbole est resté. Des adaptations ont été introduites dans le statut initial, mais elles n’ont en rien modifié les principes d’origine qui en assurent ainsi depuis deux siècles la pérennité et le prestige.
Le principe d’égalité, d’abord, qui faisait dire à Napoléon : Cette institution met sur le même rang les princes et les tambours . Le principe d’universalité ensuite, qui vise à récompenser tous les services, civils ou militaires, sans établir entre eux ni hiérarchie ni distinction, pourvu qu’ils soient exemplaires.
Ces deux grands principes, empreints de la profonde humanité dont la France se fit championne il y a deux siècles, expliquent certainement la résonance extraordinaire qu’a très vite obtenue la Légion d’honneur.
Louis XVIII choisit de maintenir « l’Etoile des braves ». Louis-Philippe lui redonna sa place de première récompense française. En 1848, on voulut la supprimer et elle fut réservée pendant quelques années aux seuls militaires officiers.
Après y avoir fait entrer la première femme en 1851, le futur Napoléon III la dota d’un nouveau statut appelé à la régir pendant plus d’un siècle. Il le fit au moment où il créa la Médaille militaire.
En 1962 enfin, après les vicissitudes, la gloire et les ombres des deux conflits mondiaux, le Général de Gaulle dota la Légion d’honneur d’un Code qui demeure aujourd’hui encore sa charte fondamentale. Ce Code fut complété, en 1963 et toujours par la volonté du Général de Gaulle, par la création d’un second Ordre national, l’Ordre national du Mérite.
Si j’ai souhaité faire ce court rappel historique, c’est simplement pour que chacune des élèves des Maisons d’éducation mesure la profondeur de l’ancrage de ses racines dans le temps. Toutes ici sont en effet filles, petites-filles ou arrière-petites-filles d’un légionnaire, d’un médaillé militaire ou d’un membre de l’Ordre national du Mérite.
Les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur sont désormais bicentenaires, elles sont fidèles elles aussi aux deux principes fondateurs de la Légion d’honneur : l’égalité, tous les dossiers sont regardés avec la même attention et des facilités financières sont accordées aux familles qui en ont besoin, l’universalité, vous n’aurez qu’à regarder autour de vous pour constater que toutes les catégories socio-professionnelles et toutes les conditions sociales sont représentées. J’ajoute que des étrangères sont régulièrement admises, ce qui accentue encore l’ouverture et le rayonnement de cette Institution.
Avant que ne s’ouvrent les débats, je voudrais donner quelques repères chronologiques.
Napoléon Ier, on le sait, avait constamment présent à l’esprit sa Légion d’honneur. Au milieu des bivouacs, aussi bien qu’aux Tuileries et à Saint-Cloud, on le voit se préoccuper des moindres détails de l’administration de l’Ordre, comme des intérêts de ceux qui en font partie.
Déjà, en 1805, avant de se rendre à l’armée pour commencer la célèbre campagne que devait illustrer la victoire d’Austerlitz, il avait pensé aux filles des légionnaires et chargé le Conseil d’Etat de préparer un projet en vue de créer trois maisons d’éducation en leur faveur.

SAINT DENIS, 2006
(Cl. coll. part. Maison d’éducation de la Légion d’honneur de Saint Denis)
Ce projet fut sanctionné par le décret du 15 décembre 1805, signé à Schönbrunn. Il fut complété par la fameuse lettre que l’Empereur écrivit au château de Finkenstein en Pologne le 15 mai 1807, par laquelle il donnait au Grand Chancelier Lacépède ses directives pour l’instruction et l’éducation dans les Maisons de la Légion d’honneur.
La première Maison ouvrit à la fin de 1807, dans la superbe demeure des Montmorency, le château d’Ecouen ; Madame Campan, ancienne première femme de chambre de Marie-Antoinette, en reçut la direction.
L’Empereur fut à tel point satisfait de la façon dont ses intentions avaient été réalisées qu’après avoir honoré Ecouen de sa visite, il décrétait le 25 mars 1809, l’ouverture d’une seconde Maison dans l’ancienne Abbaye de Saint-Denis, qui sera dirigée par Madame du Bouzet, l’adjointe de Madame Campan à Ecouen ; Madame Campan et Madame du Bouzet reçurent à cette occasion le titre de Surintendante.
D’autre part, en 1810, trois Maisons d’orphelines vinrent compléter cette organisation ; elles étaient réservées aux filles des légionnaires morts en service, administrées, comme tous les orphelinats à cette époque, par des religieuses et placées, elles aussi, sous l’autorité du Grand Chancelier.
Deux de ces Maisons furent Les Loges, en forêt de Saint-Germain-en-Laye, et la maison Corberon, rue Barbette dans le Marais à Paris, laquelle fonctionna de 1810 à 1850. La Restauration, en rendant le Château d’Ecouen à ses anciens propriétaires, répartit les élèves de cette Maison d’éducation entre les Loges et la rue Barbette qui perdirent ainsi leur statut exclusif de Maisons d’orphelines. La troisième Maison fut l’abbaye de Barbeau, en lisière de la forêt de Fontainebleau. Elle ferma en 1814 et ne rouvrit jamais.
En 1850, Ecouen redevient Maison d’éducation, entraînant de facto la fermeture de la rue Barbette, dont il ne subsiste actuellement aucune trace, le quartier ayant été profondément remanié. En 1881 enfin, les nouvelles lois régissant l’instruction publique ont entraîné le départ des religieuses de la Congrégation de la Mère de Dieu, qui étaient toujours présentes bien qu’il n’y ait plus réellement de Maisons d’orphelines, et la laïcisation complète de l’ensemble.
Il me faut encore signaler La Tronche, dans la banlieue de Grenoble. En effet, un hôpital tout neuf et pas encore en service accueillit pendant la seconde guerre mondiale toutes les demoiselles dont la famille habitait en zone non occupée et qui, de ce fait, ne pouvaient plus revenir à Ecouen, Saint-Denis ou les Loges. L’histoire n’a pas retenu comme Maison d’éducation les châteaux de Fleury-Mérogis et Morsang sur Orge, Issoire, ou le séminaire de Saint-Pé ou encore Hossegor, car ces lieux n’ont fourni qu’un hébergement temporaire des élèves et de certains de leurs professeurs pendant la même époque. Peut-être y-a-t-il dans l’assistance certaines anciennes ayant connu ce périple ?
Ecouen continua à fonctionner jusqu’en 1962, date à laquelle le Général de Gaulle et le Général Catroux, Grand Chancelier, décidèrent de l’abandonner pour des raisons purement économiques et organisationnelles. Cette mesure entraîna des travaux lourds aux Loges et une restructuration des deux Maisons restantes.

FETE DE FAMILLE AUX LOGES, 20 JUIN 2006
(Cl. coll. part. Maison d’éducation de la Légion d’honneur deS Loges)
Depuis 1962 donc, les élèves sont réparties à peu près par moitié entre les Loges, en forêt de Saint-Germain-en-Laye, qui est un véritable collège et Saint-Denis, un lycée d’enseignement général comportant quelques classes préparatoires dans les domaines littéraire, commercial et des sciences politiques.
Venons-en aux travaux de ce jour. Le titre même indique qu’ils seront nettement plus tournés vers l’Education et l’Instruction que vers l’Histoire, même si ces disciplines sont interdépendantes. J’ai souhaité que l’on s’attache surtout à mesurer les différences, s’il y en a, ou les parfaites similitudes entre les Maisons et les autres établissements de I’Education Nationale. J’ai aussi demandé que l’on étudie comment les Maisons ont répondu aux directives de l’Education nationale et comment, maintenant, elles se situent par rapport aux différents établissements, alors qu’à l’origine et pendant longtemps elles ont été résolument exceptionnelles.
J’ai enfin voulu, bien que je ne sois pas spécialement féministe, que soit soulignée l’originalité des Maisons qui, les premières et les seules pendant longtemps, se sont intéressées aux femmes.
C’est ainsi qu’une succession de communications nous permettront d’abord de nous pencher sur les origines, puis de nous attarder sur certains personnages et à travers ces portraits sur les catégories de personnel qui font et ont fait l’originalité et le succès des Maisons, et enfin de relever les valeurs et les principes qui, de tous temps, ont été les nôtres.
Avant de laisser la parole aux divers intervenants, je voudrais les remercier car chacun d’entre eux a accepté de livrer une communication originale qui, j’en suis persuadé, permettra la publication d’actes tout à fait intéressants, cette publication étant rendue possible grâce au soutien de la Fondation Napoléon.
Je me félicite enfin de voir réunis sur cette estrade, conformément aux principes de la Légion d’honneur, des conférenciers jeunes et moins jeunes, des hommes et des femmes, d’illustres professeurs et d’autres moins connus, et pas seulement des Parisiens ni uniquement des universitaires. Réjouissons-nous donc de cette diversité et sûrement complémentarité. La journée va être dense, elle sera passionnante.
J’espère que les débats seront suffisamment animés de telle sorte que ce soir, lorsque M. le Ministre Gilles de Robien sera là, on puisse vraiment répondre à la question posée que je reformulerai autrement : En conclusion, peut-on penser que les Maisons d’éducation ont été et sont encore des modèles d’enseignement pour les jeunes filles  ?, et vérifier ainsi ce que l’on affirme couramment en les jugeant résolument modernes et de leur temps, bien qu’ancrées dans une tradition bicentenaire.
Que tous les intervenants nous enrichissent à présent de leur savoir, c’est mon seul et unique souhait.

LE MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE, LE GRAND CHANCELIER DE LA LEGION D’HONNEUR
et les différents intervenants, en fin de journée, sur l’estrade de la salle des fêtes de la Maison de Saint Denis (Cl. Jean-Claude Rime, Studio Sphynx)
PREMIERE SESSION :
L’EDUCATION DES FILLES AU XVIIIEME ET AU DEBUT DU XIXEME SIECLES
Introduction
par
M. Jean Tulard 1

Après le divorce de l’Empereur, un conseil extraordinaire réunissant la famille impériale et les grands dignitaires eut lieu aux Tuileries. Napoléon devait-il épouser une princesse russe, autrichienne ou saxonne ?
Talleyrand dans ses mémoires rapporte les propos de Napoléon ouvrant ce conseil : Je n’ai pas renoncé sans regret, assurément, à l’union qui répandait tant de douceur sur ma vie intérieure  ? Si, pour satisfaire aux espérances que l’Empire attache aux nouveaux liens que je dois contracter, je pouvais ne consulter que mon sentiment personnel, c’est au milieu des jeunes élèves de la Légion d’honneur, parmi les filles des braves de France, que j’irais choisir une compagne et je donnerais pour Impératrice aux Français celle que ses qualités et ses vertus rendraient la plus digne du trône .
Rêvons. Si Napoléon avait épousé une demoiselle de la Légion d’honneur, son choix eût été incontestablement populaire, non seulement auprès de l’armée, mais de l’ensemble des Français, il eût ménagé la susceptibilité russe et soulagé les craintes autrichiennes, il eût aussi évacué le souvenir malheureux de Marie-Antoinette. Napoléon n’aurait pas été trahi et abandonné par une demoiselle de la Légion d’honneur comme il le fut par Marie-Louise.
Mais son destin n’était-il pas d’être trahi d’abord par Joséphine puis par Marie-Louise ?
Dans ses rapports avec les femmes Napoléon a tout connu : l’amour, l’infidélité, le divorce et la solitude. Il a laissé le souvenir d’un amant pressé (mais il avait l’Europe à conquérir) et peu empressé. Mais il savait leur écrire - ses lettres à Joséphine font partie de la littérature française - et probablement leur parler. Il détestait les égéries, les femmes intrigantes et leur préférait les femmes bonnes, douces et conciliantes . Ce sont celles que j’aime, disait-il à Joséphine. Misogyne ? Non. Mais on lui attribue un mot cruel : Si l’on ne vieillissait pas, je ne voudrais pas de femme .

DE G. A DR. MME DOSSIOS-PRALAT, M. JEAN TULARD, MME PICCO
(Cl. Jean-Claude Rime, Studio Sphynx)
La création des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur
par
Madame Odette Dossios-Pralat 2

Napoléon, grand chef de guerre fut aussi un administrateur avisé qui, dès les premières heures du Consulat, entreprit d’organiser la société civile dans tous les domaines. La création du Conseil d’Etat, du corps préfectoral, de la Banque de France, de la Légion d’honneur, ou encore l’élaboration du Code civil, entamée dès 1801, témoignent de l’intérêt du Premier Consul puis, plus tard, de l’Empereur, pour tous les rouages qui permettent un fonctionnement harmonieux de la société. La question de l’enseignement ne pouvait lui être étrangère. Il fut ainsi conduit à créer les lycées et les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur.

Etat de l’enseignement avant le Consulat
Sous l’Ancien régime, les fils des familles nobles ou de la bonne bourgeoisie étaient éduqués soit par des précepteurs particuliers, soit dans des collèges religieux, par des maîtres relevant de l’Eglise.
Certains jeunes gens pouvaient toutefois, s’ils étaient nobles, être admis dans les écoles militaires royales. On se souvient que le jeune Napoléon, âgé de dix ans, fut reçu en 1779 à Brienne, puis en 1784, à l’Ecole de guerre de Paris. Les fils des paysans ou des ouvriers fréquentaient parfois des écoles charitables durant quelques mois, au mieux deux ou trois ans, mais, dans l’ensemble, ils restaient auprès de leurs pères qui leur enseignaient à conduire la charrue ou à manier la truelle.
Les filles, quant à elles, demeuraient en général près de leurs mères qui les pliaient aux tâches ménagères et familiales. Dans la première classe de la société, la tradition voulait que l’on plaçât les jeunes filles dans des couvents - ceux de la Visitation étaient les plus appréciés - où elles recevaient un enseignement religieux et prenaient l’habitude de se comporter avec politesse et réserve. Grande nouveauté : au XVIIème siècle, Madame de Maintenon avait créé la Maison de Saint-Cyr, placée sous la tutelle du roi lui-même, destinée à recevoir trois cents jeunes filles nobles mais sans fortune. L’une des soeurs de Bonaparte, Elise, fut admise à Saint-Cyr et y resta jusqu’à la fermeture de l’école, ordonnée par la Convention, le 16 août 1792. La Convention, en effet, condamna couvents et monastères - et l’école de Saint-Cyr protégée par le roi - car elle voulait créer un enseignement public.
Une loi du 19 décembre 1793 rendit l’enseignement obligatoire, gratuit et laïque pour les enfants de six à huit ans. Les maîtres, « bons citoyens » aux yeux des révolutionnaires, devaient être rémunérés par l’Etat. Mais la loi Lakanal du 17 novembre 1794 supprima l’obligation - dans la difficulté où se trouvait la République de recruter en nombre suffisant des maîtres « bons révolutionnaires » - et celle de 25 octobre 1795 le principe de la rémunération prévue. Si la Convention renonça finalement à un enseignement primaire d’Etat, elle s’attacha, en revanche, à multiplier les établissements supérieurs de qualité : Collège de France, Museum, Conservatoire général de Musique, Ecole centrale des Travaux publics - qui deviendra l’Ecole Polytechnique -, Conservatoire des Arts et Métiers, Ecole Normale, Ecoles d’officiers de santé.
Des cours de langues orientales vivantes furent même créés en mars 1795. C’est également sous la Convention que se trouvèrent fondés la Bibliothèque Nationale, le Musée des Monuments français, les Archives Nationales, l’Institut de France. En ce qui concerne l’enseignement secondaire, la loi Lakanal créa les écoles Centrales, en principe une par département, qui furent l’objet essentiel des soins du Directoire. Un enseignement national, laïque, scientifique y était dispensé aux adolescents de douze à dix-huit ans, mais non aux jeunes filles. Celles-ci furent complètement délaissées par les pouvoirs publics à cette époque, réduites à l’éducation et aux rudiments de savoir que leurs mères pouvaient leur dispenser.

L’enseignement sous le Consulat et l’Empire
La loi du 11 floréal de l’an X, soit le 1er mai 1802, dans la seconde année du Consulat, s’intéresse à l’ensemble du système scolaire. On lit : l’Instruction sera donnée  : premièrement dans les écoles primaires établies par les communes ; deuxièmement dans les écoles secondaires établies par les communes ou tenues par des maîtres particuliers  ; troisièmement dans des lycées ou des écoles spéciales entretenues aux frais du Trésor public . Parmi ces institutions scolaires, seuls les lycées relèvent d’une création. Leurs débuts s’avèrent assez difficiles : on n’en compte que trente-huit en 1804. C’est qu’ils sont supposés s’autofinancer en partie et que les professeurs compétents que l’Etat peut nommer ne se trouvent pas si nombreux. Les membres du conseil d’administration du lycée (proviseur, censeur, procureur) dépendent étroitement du pouvoir central, ainsi que les inspecteurs généraux, au nombre de trois, dès le 11 floréal de l’an X.
Les lycées ne sont ouverts qu’aux garçons, externes ou internes. Parmi ces derniers on remarque des « élèves nationaux », fils de militaires ou de fonctionnaires ou encore recrutés à la suite de concours organisés à l’intention des meilleurs éléments des écoles centrales supprimées à partir de l’an IX (1800-1801), par un décret consulaire.
Sont enseignées les humanités - latin, lettres - auxquelles se rattachent l’histoire ainsi que la géographie - et les mathématiques qui laissent une place réduite à la physique et à l’astronomie. Mais les lycées ne doivent pas se contenter de diffuser le savoir. Ils ont pour mission aussi d’éduquer des jeunes gens responsables, désireux de servir leur pays et d’oeuvrer en vue de la cohésion nationale. La loi du 10 mai 1806, qui crée l’Université et fixe le monopole de l’Etat, confirme les principes de base sur lesquels Bonaparte s’était appuyé dès 1802.
Par ailleurs, les douze écoles militaires de l’Ancien régime ayant été supprimées par la Révolution, Bonaparte, puis Napoléon, les restaure et en établit de nouvelles. Ayant beaucoup d’intérêt pour la ville de Saint-Germain-en-Laye, l’Empereur y installe une très importante école de Cavalerie créée par un décret du 8 mars 1809. De nombreuses écoles d’artillerie, de navigation recrutent d’excellents candidats qui rêvent de glorieux exploits dans l’armée napoléonienne.
Les jeunes filles, toujours délaissées par les pouvoirs publics, reçoivent leur éducation de leurs mères ou de particuliers tenant une école. Parmi ceux-ci, on peut citer Madame Campan, ancienne première femme de chambre de la reine Marie-Antoinette, qui avait ouvert un établissement à Saint-Germain-en-Laye pour y éduquer des jeunes filles de la meilleure société. Elle compta Hortense de Beauharnais au nombre de ses élèves.
Certaines congrégations religieuses se vouant à l’enseignement, fermées sur ordre de la Convention, furent autorisées peu à peu sous l’Empire à rouvrir leurs portes.

La création des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur
Après la signature de la paix d’Amiens, le 25 mars 1802, paix que les français avaient si fort espérée, la rivalité anglaise se manifesta de nouveau à propos de l’affaire de Malte, puis hors de l’Europe, dans des territoires coloniaux ou sur les mers. En 1805, l’Autriche envahit la Bavière alliée de la France, si bien que l’armée française qui, à Boulogne, se préparait apparemment à débarquer en Angleterre, dut faire volte-face en direction de l’Europe centrale. Le conflit se termina par la célèbre victoire d’Austerlitz le 2 décembre 1805.

DECRET DU 24 FRIMAIRE AN 14 (15 DÉCEMBRE 1805)
(Cl. Centre historique des Archives nationales : Arch. nat., AE II 2300)
Les blessés et les morts - dont le nombre parait ne pas excéder quinze cents d’après les estimations les plus récentes - s’étaient sacrifiés pour la gloire de l’Empire. Les disparus laissaient des enfants que Napoléon décida d’adopter par le décret du 16 frimaire de l’an XIV, à savoir le 7 décembre 1805. Les garçons eurent aussitôt leurs places dans les lycées d’Etat ou les Ecoles militaires. Mais leurs soeurs ? L’Empereur songeait depuis plusieurs mois, en prévision de la reprise des hostilités, au sort des filles des plus valeureux de ses soldats, membres de la Légion d’honneur. Il avait demandé à Michel Regnaud de Saint-Jean-d’Angély, président de la section de l’Intérieur du Conseil d’Etat, de préparer un décret en vue de l’établissement de trois Maisons d’éducation pour les demoiselles enfants des membres de la Légion . Le président fit connaître une première rédaction du décret souhaité, le 20 novembre 1805. Après quelques modifications de détail, le projet fut adopté le 30 novembre par le Conseil d’Etat, et, le 15 décembre 1805, à Schönbrunn où il se trouvait, Napoléon signa le décret de création de trois Maisons destinées aux demoiselles. Chacun de ces établissements devait accueillir cent enfants élevées sur les fonds de la Légion d’honneur.
Le choix du château de Saint-Germain-en-Laye, puis celui du château de Chambord n’eurent pas de suite, en raison des travaux fort coûteux que nécessitait l’installation des élèves. Le château d’Ecouen fut définitivement choisi et aménagé pour accueillir les premières jeunes filles sous l’autorité de Madame Campan, nommée directrice le 5 septembre 1807. Une seconde Maison fut installée dans l’ancienne abbaye de Saint-Denis, inaugurée le 18 juillet 1810 et placée sous la direction de Madame du Bouzet.
Au cours de cette même année 1810, l’Empereur décida de créer six Maisons d’orphelines et de les confier à Madame de Lézeau, supérieure générale de la Congrégation de la Mère de Dieu. Les quatre premières Maisons furent installées rue Barbette, au Mont Valérien, dans l’ancienne abbaye des Barbeaux, et aux Loges dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye.
Aujourd’hui, subsistent deux Maisons d’Education de la Légion d’honneur, celle de Saint-Denis et celle de Saint-Germain-en-Laye. Le château d’Ecouen étant devenu le musée de la Renaissance après 1960, les élèves qu’il abritait furent recueillies dans la maison de Saint-Germain-en-Laye, agrandie à cette occasion, de telle sorte que l’effectif en fut doublé pour atteindre celui de six cents internes.

Le projet éducatif de l’Empereur pour les jeunes filles des Maisons d’éducation
Très curieusement, alors qu’il avait tant d’affaires de la plus haute importance à régler, Napoléon eut à coeur de réfléchir par lui-même à l’éducation de ces jeunes filles.
Quelles femmes de son entourage immédiat avaient pu lui fournir des éléments de réflexion ? Letizia, sa mère tout d’abord, qui eut le mérite d’élever huit enfants, femme de devoir s’il en fut, mais sévère, trop peut-être, d’une humeur parfois sombre, semble-t-il, économe et peut-être avare ; son épouse, Joséphine, pratiquant à la perfection le savoir-vivre de l’Ancien régime, affable avec chacun, élégante, artiste, mais dépensière à l’excès pour sa toilette ; Elise, sa soeur, élevée à Saint-Cyr, éduquée, assez instruite, capable de réflexion, mais faisant preuve de suffisance, et même d’une hauteur déplaisante ; sa belle-fille, Hortense, élevée par Madame Campan, aimable en société, artiste, pleine de charme, ayant apparemment toutes les qualités…
Napoléon, alors qu’il n’était pas encore le jeune général Bonaparte, avait eu l’occasion de discuter avec Madame Campan de l’éducation de sa future belle-fille Hortense et des jeunes filles dans l’ensemble. Il avait été frappé par la pénétration et la pertinence de sa réflexion. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il lui avait confié ses deux jeunes soeurs Caroline et Pauline. Tout naturellement, l’Empereur associa Madame Campan à son projet relatif aux Maisons d’éducation des demoiselles.
Certes, Napoléon avait des idées très précises en fondant ces Maisons. Il souhaitait que les jeunes filles éduquées de la meilleure manière possible fussent susceptibles de devenir les épouses sérieuses de ses officiers ou de ses fonctionnaires, puis des mères de famille avisées, capables le moment venu, d’éduquer leurs enfants selon ses voeux.
L’Empereur voulait que les principes en exergue dans la belle devise de la Légion d’honneur : Honneur et Patrie fussent respectés par les demoiselles comme ils l’avaient été par leurs pères et devraient l’être par leurs enfants. Certes, cette devise n’implique que des devoirs et elle s’oppose à celle qu’avaient choisie les révolutionnaires et la République : Liberté, Egalité , qui elle, n’exalte et ne revendique que des droits ! Mais Napoléon voulait que la France fût forte et prospère. Tous les citoyens, par conséquent, devaient connaître leurs devoirs et les accomplir dignement, et les demoiselles qui avaient le privilège d’être éduquées dans les Maisons impériales mieux que quiconque.
Quelles connaissances, quel comportement fallait-il enseigner à ces jeunes filles ? Napoléon souhaitait qu’elles ne devinssent ni des savantes, ni des femmes du monde, ni des femmes de charge. Le 15 mai 1807, à Finkenstein, il dicta une note assez connue dans laquelle il fixa un véritable programme d’instruction et d’éducation. La religion s’y trouve en bonne place, jugée indispensable à la vertu. L’étude de la langue française, du calcul, d’un peu d’histoire, de géographie, de botanique, celle des soins à donner aux malades trouvent l’agrément de l’Empereur qui précise nettement que les demoiselles n’étudieront ni le latin, ni les langues étrangères.
Enfin, les ouvrages manuels devront occuper une grande partie de la journée des élèves. Non sans intérêt, ils favorisent la maîtrise de soi et la réflexion. Soumises à un programme austère et à une stricte discipline, les demoiselles pourraient devenir des épouses capables d’offrir à leurs maris une vie digne et paisible et, le moment venu, d’assurer l’éducation de leurs enfants. Madame Campan, tout en respectant les prescriptions de l’Empereur, réussit, probablement avec l’appui de la reine Hortense, à introduire dans la formation des demoiselles des leçons de maintien, de chant et de danse.
Dans l’ensemble, les résultats de ce programme d’instruction et d’éducation se révélèrent remarquables. De nombreuses épouses d’officiers supérieurs, issues des Maisons d’éducation, furent appréciées pour leur réserve, leur aisance, leur distinction. On dit même qu’après son divorce d’avec Joséphine, Napoléon songea à choisir sa seconde épouse parmi les demoiselles… Si, en définitive son choix se porta sur Marie-Louise, princesse de l’Empire d’Autriche, c’est que l’alliance projetée devait servir ses vues politiques.

Considérations sur les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur
En faveur des filles des serviteurs les plus méritants de la patrie - qu’ils fussent ou aient été généraux, simples soldats, civils - Napoléon a repris le projet de Louis XIV pour Saint-Cyr, dont Madame de Maintenon avait été l’inspiratrice. Le programme arrêté par l’Empereur pour les demoiselles se révélait beaucoup moins ambitieux que celui qui avait été destiné aux lycéens ; il faut noter qu’il correspondait néanmoins à l’idéal éducatif imaginé pour les jeunes filles durant presque tout le XIXème siècle. On ne peut donc pas considérer qu’il fut l’expression de la volonté expresse que l’on prête parfois à Napoléon de maintenir les jeunes filles et les femmes dans un état de soumission ou d’infériorité dans la société. Cet état de fait, que l’on put constater, était en accord avec les principes de la société patriarcale de ce siècle, qui professaient que la femme ayant un cerveau moins lourd que celui de l’homme ne pouvait pas penser comme lui, que, de plus, en raison des émotions dues à sa physiologie propre, elle n’était pas capable de maîtrise d’elle-même, ni d’indépendance. Ce sont ces vérités supposées qui expliquent certaines des dispositions du Code civil , lesquelles restreignent les libertés et les pouvoirs légaux des femmes… En un mot, seule une instruction minimale paraissait devoir convenir aux demoiselles des Maisons d’éducation fondées par l’Empereur en 1805.
Il fallut attendre les convictions fortes de Victor Duruy et de Jules Ferry qui aboutirent à la loi du 21 décembre 1880 pour que l’enseignement secondaire public, destiné à former de futures bachelières, fût organisé. C’est donc avec quatre-vingts ans d’avance sur les pédagogues et les hommes politiques de la fin du XIXème siècle que Napoléon s’inquiéta de l’éducation des jeunes filles, qu’il créa des institutions susceptibles de devenir des modèles et décida que des fonds d’Etat permettraient le fonctionnement de ces établissements.
Les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur constituent aujourd’hui l’un des fleurons de l’enseignement en France. En effet, au cours des deux siècles qui ont suivi leur création, les Maisons instituées par l’Empereur ont su adapter leur enseignement à l’évolution de la société. Ainsi, leurs professeurs ont aujourd’hui les mêmes titres que leurs collègues de l’Education Nationale, les élèves passent les mêmes examens que tous les lycéens de France et obtiennent, du reste, de brillants succès. Mais certaines traditions qui viennent de l’Empire, telles l’internat, le port de l’uniforme, l’encadrement hors des cours proprement dits, assuré naguère par des dames éducatrices dénommées à ce jour « chargées d’éducation », subsistent. C’est que ces traditions ont permis, entre sévérité et permissivité, la recherche constante d’une bienveillante fermeté auprès des élèves, assurance de succès en matière d’éducation.
La société, les pédagogues, les hommes politiques s’interrogent aujourd’hui pour savoir s’il ne faudrait pas créer de nouveaux internats ou réintroduire le port de l’uniforme dans les collèges et les lycées… Les Maisons d’éducation se trouvent donc pour ainsi dire placées de nos jours à l’avant-garde d’un vaste mouvement de renouveau éducatif. En ce bicentenaire des institutions créées par le Premier Consul, perfectionnées par l’Empereur, telles celles du Conseil d’Etat, du Corps préfectoral ou des Lycées, la création des Maisons d’éducation mérite, sans aucun doute, souvenir, célébration et même admiration pour Napoléon, grand chef de guerre et non moins grand, non moins véritable chef d’Etat.

Bibliographie
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Berthon (Roger) « Napoléon et Saint-Germain-en-Laye ». Saint-Germain-en-Laye . Ed. Diguet-Denis,1969.
Bonneville de Marsangy (Louis) et Ducourtial (Claude) La Légion d’Honneur . Lavauzelle, Paris, 1992.
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Collection Mounier , conservée au Sénat, des Imprimés du Conseil d’Etat. De l’an VIII à 1815.
Couëdic de Kergoualer (Hermine du), Les Maisons de la Légion d’honneur . Imprimerie Sadag, Bellegarde, 1979.
David (Yvan). « Madame Campan et les Maisons impériales ». Revue du Souvenir Napoléonien , n° 269, 1973.
Ducrest (Georgette), Mémoires de l’Impératrice Joséphine . Mercure de France, Paris, 2004.
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Mémoires d’une femme de qualité sous le Consulat et l’Empire . Ecrit anonyme présenté par Ghislain de Diesbach. Mercure de France, Paris, 2004.
Monnier (Emilie), « Les orphelines de la Légion d’honneur ». Article rédigé par une ancienne élève d’Ecouen et de Saint-Denis publié dans le Journal des Enfans (sic) entre 1836 et 1842, pp. 349 à 362.
Napoléon Ier, Correspondance , publiée par ordre de Napoléon III. Imprimerie impériale, Paris, 1859.
Rousselot (Paul), La pédagogie féminine . Delagrave, Paris, 1881.
Sonnet (Martine), L’Education des filles au temps des Lumières . Cerf, Paris, 1987.
Tulard (Jean) et Garros (Louis), Itinéraire de Napoléon au jour le jour . Tallandier, Paris, 1992.

VISITE DE L’EMPEREUR NAPOLEON IER AUX ORPHELINES DE LA LEGION D’HONNEUR A ECOUEN
Illustration d’un article signé Emilie Monnier, ancienne élève d’Ecouen et de Saint-Denis, paru dans le Journal des Enfans (sic) entre 1838 et 1842 (Collection particulière)
Aux origines des Maisons d’éducation de la Légion d’honneur.
La maison royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr
par
Madame Dominique Picco 3

Gardez-vous de suivre l’exemple de l’ancien établissement de Saint-Cyr où l’on dépensait des sommes considérables et où l’on élevait mal les demoiselles  : tels sont les conseils de Napoléon au comte de Lacepède, Grand chancelier de la Légion d’honneur, au moment de la création des Maisons d’éducation, en1807 4 . Si cette petite phrase met en exergue les inimitiés, par-delà l’épisode révolutionnaire, entre volontés impériales et Saint-Cyr, toute recherche sur la genèse des maisons de la Légion d’honneur achoppe effectivement sur cette filiation. Ainsi, Rebecca Rogers parle d’ inévitable rapprochement (…) avec la maison royale de Saint-Cyr , soulignant que celui-ci fut fait dès l’origine (et) mérite qu’on s’y attarde 5 .
La maison royale de Saint-Louis, installée par Louis XIV en 1686 non loin de Versailles, est une institution destinée aux filles de la vieille noblesse désargentée. Elle répond aux choix politiques du souverain et au goût de Madame de Maintenon pour l’éducation des filles. Pérennisée par ses successeurs, cette maison accueille jusqu’à sa fermeture, en 1793, plus de trois mille élèves. Elles y reçoivent, aux frais de l’Etat, une éducation complète alliant des contenus traditionnels - lecture, écriture, calcul, travaux d’aiguille, instruction religieuse et morale - à d’autres plus originaux comme la musique, l’histoire et la géographie. A l’issue de leur scolarité, âgées de vingt ans, dotées par le roi, elles se marient ou prennent le voile.
Selon Hortense de Beauharnais, dès ses premiers entretiens avec Madame Campan, au lendemain d’Austerlitz, l’Empereur évoque Saint-Cyr : Je ne me bornerai pas à élever un petit nombre de filles. Je n’aime pas les petites choses , elles ne servent à rien. Saint-Cyr n’était qu’une guirlande de fleurs offerte à Madame de Maintenon par l’amour de Louis XIV. Deux cent cinquante filles nobles n’étaient rien pour huit mille familles de pauvres gentilshommes. J’élèverai quatre à cinq cents filles ou point et je réformerai les moeurs 6 .
S’il s’agit ici de faire plus et mieux que le roi soleil, d’autres textes sont plus explicites sur ses intentions précises. Dans une lettre de mai 1807, Napoléon se place en réaction contre Saint-Cyr alors que, quelques mois plus tôt, il avait suggéré à Lacépède de prendre dans l’institution de Saint-Cyr de Madame Campan, et (dans) d’autres maisons semblables, ce qui (…) paraît le plus convenable 7 .
Dans le discours, les liens entre Saint-Cyr et les Maisons de la Légion d’honneur existent donc dès la fondation de ces dernières. Les écrits de Napoléon et de Madame Campan sont riches d’allusions à Saint-Cyr - une institution qu’ils ont approchée - et sont révélateurs de leur opinion sur cet établissement. Lors de la mise en place de ces écoles, les deux initiateurs se sont inspirés mais aussi démarqués du modèle de référence que constituait alors Saint-Cyr. Faire la part entre le discours d’opposition à une création de la monarchie absolue et la réalité des influences paraît ici essentiel.

Napoléon et Saint-Cyr
L’opinion négative de l’Empereur est tributaire des idées de son temps et de sa propre expérience.
1- L’opinion des contemporains  : au XVIIIème siècle, Saint-Cyr et son éducation ont mauvaise réputation jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. Dans ses Mémoires , Madame Campan rapporte l’opinion du cardinal Fleury, quand il faut choisir un couvent pour éduquer Mesdames : La maison de Saint-Cyr eût été plus convenable pour recevoir les filles du roi  ; le cardinal partageait probablement quelques-unes des préventions qui s’attachent toujours aux plus utiles institutions, et qui, depuis la mort de Louis XIV s’étaient élevées contre le bel établissement de Madame de Maintenon. Il aima mieux confier l’éducation de Mesdames à des religieuses de province 8 .
Selon le marquis d’Argenson, Louis XV aurait exprimé ainsi son dédain pour les demoiselles : Cependant l’on sait que l’établissement de Saint Cyr n’est bon à rien. Il n’en résulte que des bégueules, qu’on ne saurait marier dans leurs campagnes ou qui font enrager leurs maris 9 . Madame du Hausset lui prête des propos similaires : (…) Voilà comment sont ces bégueules de Saint Cyr. Madame de Maintenon s’est bien trompée avec d’excellentes intentions. Ces filles sont élevées de manière qu’il faudrait de toutes en faire des dames du palais ; sans quoi elles sont malheureuses et impertinentes 10 .
Ces opinions négatives semblent en contradiction avec les dons exceptionnels consentis par Louis XV et Louis XVI 11 mais aussi avec les importants travaux engagés pour tenter d’assainir les bâtiments dégradés par l’humidité. En 1755, par exemple, 150.000 livres pour une reprise de fondations, la construction d’une canalisation pour assainir les caves et le renouvellement de toutes les boiseries ; et, en 1785, deux aqueducs neufs pour permettre l’écoulement du fossé de l’infirmerie des demoiselles et de la classe bleue 12 .
Pour les philosophes des Lumières, Saint-Cyr, véritable référent en matière d’éducation des filles, ne doit pas être imité. Dans une lettre à Catherine II, Voltaire parle ainsi de Smolny : Votre Saint-Cyr qui est fort au dessus de notre Saint-Cyr . Il y trouve cependant des similitudes avec l’établissement du Grand siècle, si différent de celui de son temps d’où les élèves sortiront (…) très dévotes et très honnêtes, tandis que les Russes de Smolny joindront à ces deux bonnes qualités celle de jouer la comédie comme elles faisaient autrefois chez nous 13 .
La période révolutionnaire renforce cette image négative. Les liens avec la monarchie absolue sont étroits et connus, ainsi il est de notoriété publique que feu Capet, sa femme et ses tantes versaient fréquemment dans cette maison d’importantes aumônes 14 . Cette communauté religieuse, « caverne impure de la superstition et du fanatisme » 15 , seigneur d’immenses biens fonciers, est peu appréciée par certains tandis que d’autres arguent des emplois induits pour demander son maintien. Dans un mémoire adressé à Roland, ministre de l’intérieur depuis le 10 août, Astruc dernier intendant de Saint-Cyr, reprend valeurs et vocabulaire des Lumières pour tenter de convaincre (…) qu’il était de l’honneur et de l’intérêt de la République de conserver une maison dont l’organisation était un chef d’oeuvre de sagesse, où les institutrices réunissent à la vertu la plus pure et à la plus grande modestie tous les talents utiles et d’agrément, où l’éducation est aussi variée et aussi complète qu’on peut le désirer pour des mères de famille, où enfin, tout respire l’ordre, l’union, la simplicité et l’égalité 16 .
2 - Une opinion relevant de son expérience personnelle  : le rattachement de la Corse à la France permet l’ouverture de certains établissements scolaires aux enfants des familles nobles. Ainsi, la Déclaration royale d’avril 1777 17 offre aux filles la possibilité de bénéficier de la bonne éducation qu’elles reçoivent dans notre dite Maison (de Saint-Cyr), assortie d’un privilège en matière de certification de leur noblesse : Nous avons dispensé et dispensons les susdites Demoiselles Corses, de faire la preuve de Noblesse dans la forme accoutumée, pour l’admission ordinaire dans notre dite Maison . Leurs familles doivent certes attester d’au moins cent quarante ans de noblesse mais à l’aide de documents différents de la norme exigée 18 .
La famille Bonaparte profite de cette opportunité. En juin 1784, Charles conduit lui-même à Saint-Cyr Marianna, sa fille de 7 ans et demi 16 . La correspondance de Napoléon contient plusieurs allusions à son séjour à Saint Cyr, preuves de relations épistolaires avec sa soeur, mais aussi de visites. Ainsi, en janvier 1789, d’Auxonne, il signale à sa mère que Marianna se porte bien 19 . A partir du printemps 1792, ses remarques se multiplient, signes de son inquiétude quant au devenir de sa sœur compte tenu de la situation politique et des menaces pesant sur cette école. A Paris depuis plusieurs semaines 20 , Napoléon souhaite lui rendre visite et écrit à Joseph, son frère : Je n’ai point encore vu Marianna. J’irai après demain 21 . Quelques jours plus tard, il fait part de ce projet à son oncle : Il serait très possible que j’allasse demain voir Marianna (…) Elle est grande, bien taillée (…) Elle a l’oeil vif et perçant, le teint blanc, le menton de famille, le nez un peu gros, mais, en tout, un air très piquant. Elle me paraît vive, ardente et fière. Elle a le sang de la famille 22 .
Le 18 juin, il raconte à son frère : J’ai vu avant-hier Marianna qui se porte bien. Elle m’a prié de la faire sortir si jamais l’on changeait leurs institutions. Il paraît clair qu’elle n’aura pas de dot soit qu’elle sorte actuellement, soit qu’elle reste encore quatre ans. Il en est sorti sept à huit qui avaient vingt ans et n’ont pas eu de dot. Il paraît clair que cette maison va être ou détruite ou changera tellement de face qu’elle n’aura plus aucune similitude avec ce qu’elle est. Marianna est neuve, s’accoutumera très facilement au nouveau train de la maison. Elle n’a point de malice. Sur ce point-là, elle est moins avancée que Paoletta. L’on ne pourrait pas la marier avant de la tenir six ou sept mois à la maison. Ainsi mon cher, si, actuellement que je te suppose à Ajaccio, tu crois que son mariage peut s’effectuer, tu me l’écriras et je l’amènerai. Si tu penses que cela soit plus qu’incertain, alors l’on pourrait courir le risque de la laisser parce qu’on ne peut pas imaginer comment les choses tourneront. Une raison qui influe beaucoup sur moi, c’est que je sens qu’elle serait malheureuse en Corse, si elle restait dans son couvent jusqu’à vingt ans au lieu qu’aujourd’hui elle y passerait sans s’en apercevoir 23 .
Le 22, au même : J’attendrai ta réponse pour Marianna. Je suis plus indécis que jamais 24 . Selon Lavallée, il serait retourné à Saint-Cyr dans les premiers jours d’août et aurait touché les Dames par son attachement à sa soeur. Ayant reçu l’ordre de rejoindre son régiment, il revient le 1er septembre, avec l’intention de faire sortir sa soeur d’une maison à l’avenir incertain. Il doit alors rédiger une pétition afin d’obtenir l’autorisation de la municipalité et du district : A messieurs les administrateurs de Versailles, Messieurs, Bonaparte, frère et tuteur de la demoiselle Marianna Buonaparte, a l’honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et particulièrement l’article additionnel décrété le 16 du même mois supprimant la maison de St Louis, il vient réclamer l’exécution de la loi et ramener dans sa famille ladite demoiselle sa soeur. Des affaires très instantes et de service public l’obligeant à partir de Paris sans délais.

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