Miniatures
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Description

Il tient à la main une cigarette allumée, à la bouche une Chupa Chups. L'adolescent.ŠMiniatures ou ces petits portraits écrits sur le vif, qui vous dépeindront cet entre-deux où, lorsque inquiets, ils se rendent à l'infirmerie de leur école, collège, lycée. Reflet de notre société ces présentations tentent de révéler avec humour ce monde. La vérité dépasse la fiction. Entrez dans les coulisses !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2011
Nombre de lectures 69
EAN13 9782296810907
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

MINIATURES
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-08187-1
EAN : 9782296081871

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Anne BLAYO


Miniatures

Sur le vif, dans une infirmerie scolaire




L’Harmattan
Du même auteurn :

Le néon dans l’art contemporain, Obscure clarté ,
coll. « L’art en bref », L’Harmattan, Paris, 2005.

Chorégraphie – Calligraphie, Danse-Pensée ,
L’Harmattan, Paris, 2011.

« Toute force résulte-t-elle
de la surcompensation d’une
faiblesse ? »
Kostas Axelos
(Le jeu du monde)
Préambule



Miniatures, ou petits portraits ici des adolescents et des enfants qui passent à l’infirmerie de leur école, collège, lycée pour une demande, souvent détournée, à éclairer en quelques instants suscitant un climat de confiance.
Ces esquisses je les ai prélevées tout au long de mon quotidien d’infirmière (trente-neuf heures trente-cinq de présence par semaine, parfois tard le soir à l’internat), pour témoigner de ces moments de l’enfance, préadolescence, adolescence.
Infirmière peut-être parce qu’infirme-hier aussi à cet âge, et recueillant avec précaution leurs maux, n’oubliant jamais que nous avons traversé ces marécages, semblables à ceux de la Carte de Tendre.
Rien d’exceptionnel. La mise à nu du journal commun à tous les infirmiers de l’Éducation nationale. Un regard bienveillant qui accompagne vos enfants lorsque troublés, blessés, incertains, malades, ils viennent chercher réconfort, refuge, écoute, voire conseils, aide ou simple échange. Parfois même sans aucune attente précise.
Je n’ai par pudeur révélé les situations pour lesquelles nous devons faire des signalements entraînant une suite judiciaire.
Ici seulement les évènements souvent éphémères qui jalonnent nos journées. Ces trente à soixante-dix mini consultations quotidiennes qui se soldent sur-le-champ ou parfois requièrent un suivi plus long jusqu’à ce que les adolescents acceptent l’aide d’un spécialiste (psychologues, médecins, psychiatres, assistants sociaux, conseillers d’orientation) dont ils se méfient tout d’abord par peur d’être jugés, catalogués, contraints, à l’heure où ils explosent tous les cadres qui cependant leur sont salutaires en pare excitation.



Infirmières, infirmiers, nous sommes jardiniers {1} de l’adolescence et c’est avec délicatesse qu’en piliers, dans l’espace souvent exigu où nous accueillons, nous servons de tuteurs à ces jeunes herbes folles, afin qu’elles puissent s’épanouir plus sereinement.
Notre infirmerie est un peu une infirmerie de brousse, nous travaillons avec les moyens du bord et voltigeons de l’arbre à palabres à la boîte d’urgence, soignons avec à peine une dizaine de médicaments courants et quelques rubans de sparadrap, de l’eau et des infusions, mais bien plus pensons pour panser et écoutons, consolons, parfois conseillons, faisant usage de bon sens et si possible d’un humour léger.
Miniatures
L’accompagnateur élancé porte un costume foncé très échancré, anachronique, sur une chemise violette. Celui qui le précède est petit, engoncé dans un anorak trop grand, acheté en septembre parce qu’il va grandir, mais le froid de décembre le rabougrit. Donc, les manches descendent comme un pull étiré, sur un corps vide. Justement, il n’a pas aimé le repas à la cantine et vient à dix-sept heures quémander de quoi le remplir, cet estomac baudruche. Il repart les poches pleines de biscuits et tandis que l’estomac au talon se restaure en bonne place, les manches continuent de flotter.


Deux ailes tatouées de quinze centimètres. Elles soulignent ses omoplates rondes en leur donnant l’air timide et voûté d’une vieille dame qui s’en irait au paradis en cachant ses ailes de moineaux. La douleur est vive, une crème hydratante vient la tempérer. Elle regarde dans un miroir le travail esquissé, les plumes seront teintes gris-bleuté dans quelques jours, des ailes métal. Elle a négocié un bon prix, presque deux ailes pour le prix d’une. Sa vie est un conflit avec sa mère, c’est un acte d’autonomie. Elle vole de ses propres ailes.

Ils forment un couple remarquable. Elle l’embarque en le tenant par l’épaule, à grandes enjambées toujours pour un ailleurs, à travers la cour, les couloirs, l’internat. Il lui arrive sous le bras comme un petit frère au regard très doux, admiratif. Il n’a pas encore mué et sourit toujours. Elle le cajole maternellement, sous son allure masculine, godillots et pantalon treillis. On croirait voir une pasionaria affublée d’un poupon en celluloïd.


Elles viennent à trois comme des sœurs siamoises. Se poussent, se pressent, se serrent. L’une a quinze ans, des joues rebondies sous ses lunettes rondes, orpheline de mère. C’est elle qu’elles escortent. Ce week-end un préservatif s’est déchiré. Le monde de l’enfance bascule dans cette micro tragédie. Il y a la pilule du lendemain et les visages se détendent, s’éclairent. Après la prise, les conseils, afin d’apaiser la nuit qui débute, l’on parle avec confiance. Alors l’une des deux camarades à son tour formule une requête. « J’ai toujours des gaz. » L’intimité de ces flatulences semble plus difficile à avouer qu’une maternité maintenant éventée.


Sur son visage flotte un petit air penaud. Durant le cours de dessin technique il a glissé machinalement son crayon à papier dans l’oreille, histoire d’y gribouiller le tympan, peut-être, comme l’on mâchouille un stylo et que l’on en croque le capuchon. C’est un peu stupide mais la mine s’est cassée. Armé d’une loupe et d’une pince elle est extraite précautionneusement. Il souffle d’aise et la regarde avec ravissement, vaguement curieux que mine de rien, une si petite chose lui ai fait perdre sa mine assurée.


De bonne heure, il attend devant le bureau de l’assistante sociale. C’est le jour de la première épreuve du baccalauréat. Il semble bouleversé mais stoïque. Hier soir en rentrant au domicile de son oncle qui l’héberge, il l’a découvert pendu. Depuis, seul, il s’est occupé de toutes les démarches, et demande de l’aide pour gérer le stress épouvantable du choc, de la douleur et de son incompréhension face à ce suicide. Il sera entendu puis vu par un psychiatre afin d’avoir des tranquillisants pour les épreuves scolaires de l’après-midi. L’équipe des correcteurs sera avertie. Son acharnement au travail durant l’année, sa volonté d’entreprendre des études d’avocat après avoir suivi une filière de B.E.P. technique, lui permettront d’obtenir son baccalauréat. Son désir de vie l’emporte sur cet accès de finitude.


Un jeune homme au léger collier rasant comme une calligraphie vient pour morosité. Il est apprenti en C.A.P. vente et pour l’instant son stage se déroule chez un marchand de primeurs. Oui c’est pas mal mais lui ce qu’il aime ce sont les voitures. Vendre de belles voitures. Son idéal. Il se redresse et ses yeux brillent comme les chromes des enjoliveurs d’une Cadillac rose qu’il vous vante déjà avec passion tandis que la belle de fontenay attendrait de faire étalage de ses rondeurs au kilo, avant d’être pesée.

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