Quel collège pour nos enfants ?
228 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Quel collège pour nos enfants ?

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
228 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

De nombreux jeunes sortent du système éducatif sans qualification et n'ont qu'une infime chance d'insertion professionnelle. Il est urgent d'apporter les moyens nécessaires et les méthodes adaptées là où naît l'échec. Une première partie décortique les atouts et les faiblesses du collège aujourd'hui. La seconde partie propose une analyse du rôle des parents dans l'accompagnement éducatif de leurs enfants et des conseils pour un accompagnement scolaire efficace.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2013
Nombre de lectures 47
EAN13 9782336287768
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
Jean-Claude Mazin




QUEL COLLÈGE POUR NOS ENFANTS ?
ÉCOLE – COLLÈGE : MODE D’EMPLOI POUR LES PARENTS

Analyses, critiques et propositions pour un collège moderne et efficace






L’Harmattan
Copyright

© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-28776-8
Dédicace

à mes enfants,
à mes élèves,
qui m’ont tant apporté…
Préambules
L’éducation de nos enfants nécessite une cohérence d’action de tous ceux qui les encadrent ou les accompagnent. C’est l’éducation partagée et concertée. La famille et l’école restent les deux acteurs déterminants de la qualité du fonctionnement de cette sphère éducative. Toutes leurs forces doivent converger pour entretenir et stimuler le désir d’apprendre : les contenus et les méthodes doivent être pensés et construits dans les seuls objectifs de motiver l’apprenant et de le mettre en situation de progrès.

Les postures d’apprentissage, les rapports aux savoirs ne sont pas naturels chez une majorité d’enfants. Les attitudes d’éducateurs ne le sont pas non plus chez certains parents. Ceux-ci s’en remettent souvent de manière exclusive et aveugle aux enseignants, qui ne sont pas toujours eux-mêmes formés et idéalement compétents.

Refonder l’école pour l’adapter aux évolutions sociales, c’est redonner du sens à ses missions. Chacun doit retrouver la confiance en une école moderne, qui doit elle-même transmettre confiance et espoir.

La coopération de l’école et des familles est indispensable. Elle est aujourd’hui insuffisante. Elle doit progresser, tant sur le plan quantitatif que sur la nature des relations à mettre en place.
Cette symbiose nécessite que la famille et l’école se rencontrent, se concertent, coordonnent leurs actions, se projettent ensemble : c’est une révolution éducative devenue indispensable.
Refonder l’école impose de construire le cadre de cette coopération. Les missions d’accompagnement éducatif ne peuvent être développées ou améliorées que si l’on met en place des programmes d’aides à la parentalité.

Aujourd’hui, l’école de la république a de nombreux maillons faibles. Certains relèvent de l’organisation des services : manques de moyens humains tant quantitatifs que qualitatifs, insuffisances de coopérations avec les familles. D’autres concernent les contenus et les méthodes.
L’école maternelle doit accueillir tous les enfants à partir de trois ans. Elle doit aussi les accueillir dès deux ans si les parents en expriment le besoin.
L’école élémentaire doit se recentrer sur ses missions fondamentales, principalement l’apprentissage de la lecture et la résolution des difficultés d’apprentissage, avec les aides ou soutiens appropriés.
Le collège doit être totalement repensé dans ses objectifs, dans sa forme et ses programmes.
Le fonctionnement des lycées et l’organisation des baccalauréats ont besoin de quelques adaptations, mais pas de réformes fondamentales.

L’école n’est pas seulement un service. Elle est une institution liée à l’Etat. Celui-ci a donc le devoir d’en définir le sens, d’en garantir les objectifs, de structurer les contenus et affecter les moyens. L’autonomie des établissements doit s’exercer dans ces cadres régulateurs, définis par la collectivité nationale.

Refonder l’école constitue un vrai projet politique structurant les bases d’un projet sociétal :
« L’Education consiste à favoriser le développement aussi complet que possible des aptitudes de chaque personne, à la fois comme individu et comme membre d’une société régie par la solidarité. L’éducation est inséparable de l’évolution sociale ; elle constitue une des formes qui la déterminent. Le but de l’éducation et ses méthodes doivent donc être constamment révisés, à mesure que devient plus conscient le besoin de justice sociale, à mesure que la science et l’expérience accroissent notre connaissance de l’enfant, de l’homme et de la société » ( Ligue internationale de l’éducation nouvelle).

C’est une immense chance que d’avoir réalisé le parcours professionnel que l’on a choisi. C’est probablement le meilleur aboutissement et la conséquence d’un itinéraire scolaire simple et cohérent, d’un accompagnement éducatif régulier.

C’est un vrai bonheur que d’avoir pratiqué son métier avec passion, avec une motivation toujours renouvelée.
En plaisantant, j’ai souvent dit à mes élèves que les trois plus jolis métiers sont celui de paysan parce qu’il nourrit les humains, celui de médecin parce qu’il les soigne, et enfin celui d’enseignant parce qu’il les éduque. Je pense que j’aurais eu le même plaisir et la même motivation en étant paysan ou médecin. Je suis devenu enseignant.
Ces trois métiers ont un point commun évident : ils consistent à s’engager au service de ses voisins, plus précisément à celui des enfants dans le cas de l’enseignant.

Cette envie d’être utile aux autres est sans doute innée. Elle se conforte certainement au fur et à mesure qu’on la met en œuvre, car chacun se construit par les liens qu’il tisse avec son environnement, principalement professionnel. Elle explique peut-être mon goût pour les sports collectifs. Elle est probablement la cause de mon engagement associatif et politique.

Le déroulement de ma carrière ne présente pas un grand intérêt, bien qu’il soit plutôt atypique.
Il permet cependant de comprendre l’analyse que je fais de l’école d’aujourd’hui et les propositions que j’énonce pour l’améliorer, particulièrement au niveau du collège.

J’ai fait une première tentative en passant le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs en classe de troisième. Cet échec ne m’a pas découragé car après un bac D et une période à la faculté de sciences, j’ai réussi le concours d’entrée en formation professionnelle à l’école normale de Poitiers. Cours de psycho pédagogie, analyses de pratiques, activités socioculturelles diverses, stages d’observation… ces deux années n’ont pas été épuisantes… mais je mesure aujourd’hui l’influence qu’elles ont eue sur ma conception de ce métier, sur mes motivations et aussi sur mes compétences pour l’exercer.

La première moitié de ma carrière s’est déroulée dans l’enseignement agricole, sur des formations professionnelles et sur l’apprentissage, en alternance. J’ai alors effectué des tâches très variées en plus de l’enseignement : relations avec les professionnels et suivis de stages, gestion administrative, financière et pédagogique, mise en place de nouvelles formations, création d’outils de liaisons avec les familles et les professionnels formateurs, animation d’une équipe et préparation des emplois du temps…

J’ai réalisé la seconde partie en tant que professeur de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) dans un collège rural comprenant 200 à 250 élèves. Groupes classes inférieurs à 24 élèves, matière d’éveil avec des activités motivantes, équipe pédagogique soudée… j’ai pu mesurer l’intérêt pour les élèves de ces excellentes conditions de travail.

J’ai exercé mon métier sur le territoire sur lequel je suis né. Mon implication locale dans les associations, ma connaissance de l’environnement socioprofessionnel et mon investissement personnel m’ont aidé dans mes relations avec les familles, dans la conduite des projets d’orientation, dans ma participation à la cohésion de l’équipe éducative, et, j’ose l’espérer, dans l’efficacité et le rayonnement de l’établissement au bénéfice des enfants.
J’ai compris que les écoles élémentaires ont besoin de retouches et d’adaptations pour réduire les situations d’échec en fin de scolarité. J’ai aussi compris l’évidence du besoin de réformes structurelles et fonctionnelles du collège d’enseignement secondaire. Le collège connait une crise d’identité et montre un besoin de réadaptation aux exigences de notre société d’aujourd’hui.

Comme de nombreux enseignants passionnés par ce métier, j’en connais les contraintes. J’ai la connaissance des atouts et des faiblesses de ceux qui le pratiquent. Je mesure les pertinences et surtout les carences des projets politiques en matière d’Education.

Animateur puis directeur de centres de loisirs, ayant occupé toutes les fonctions d’éducateur et de dirigeant d’associations sportives, culturelles, humanitaires, de parents d’élèves, j’ai exercé une très grande variété de pratiques sociales et d’actions éducatives.
Peu avant mon départ à la retraite, je suis devenu Conseiller général. Président de la commission de l’éducation, en charge des collèges, j’ai alors pris la mesure des besoins en équipements et en aménagements dans les établissements, mais aussi, hélas, des limites des moyens de cette collectivité territoriale.
Sommaire Couverture 4e de couverture Titre Copyright Dédicace Préambules Sommaire Première partie Quel collège pour nos enfants ? Un peu d’histoire Pourquoi une réforme du collège ? Education et laïcité Des réformes peu significatives L’indépendance des établissements : danger ! Carte scolaire, mixité sociale et offre éducative sont liées L’hétérogénéité est un atout pédagogique Une équipe éducative doit porter un projet Les liaisons école – collège – lycée doivent progresser Education périscolaire, ou apprendre en dehors de la classe Voyages scolaires ou séjours pédagogiques ? Le collège actuel « démotive » de nombreux élèves Cours magistral ou séquences interactives ? La relation prof – élève, ou l’importance de la psychopédagogie L’école communique avec les familles Des programmes trop souvent incohérents Un système d’évaluation inadapté… qui évolue enfin ! Un système d’orientation complexe Le conseil de classe : un travail indispensable Un corps d’inspecteurs inadapté Des manuels peu utilisés, bientôt numérisés Quelle place pour le numérique ? Des emplois du temps contraints Enseignant : un métier difficile, qui doit redevenir attractif Des enseignants isolés. Un enseignement trop cloisonné Des enseignants formatés, mais peu formés Des locaux mal conçus et difficiles à adapter Deuxième partie Ecole – collège : Mode d’emploi pour les parents Ecole des parents ou aides à la parentalité L’Education est un devoir parental La place de la famille dans l’Education L’autorité parentale : un cadre à mettre en place avant la scolarisation S’adapter à la personnalité de son enfant L’autonomie pour réussir et s’épanouir Transmettre une image positive de l’école et des enseignants Accepter et gérer les sanctions institutionnelles Organiser les espaces d’évolution de l’enfant Gérer les temps de l’enfant Choisir et doser les activités extrascolaires Le temps partagé est indispensable L’éducation sexuelle doit être réfléchie Contrôler les écrans Le téléphone portable multifonctions Communiquer avec l’école Les actions collectives des parents Attention aux changements d’école ! Accompagnement scolaire et aide aux devoirs Accompagnement à l’orientation Éducation et Formation aux éditions L’Harmattan Adresse
Première partie Quel collège pour nos enfants ?
Un peu d’histoire
Le collège est aujourd’hui l’établissement scolaire d’enseignement secondaire situé à la charnière entre l’école élémentaire et les différents paliers d’orientation des élèves.

Créés dès le douzième siècle, les collèges sont alors en lien avec les universités. Ils deviennent rapidement autonomes. Les enseignements sont diversifiés et consolidés jusqu’à la révolution. Ils sont appelés écoles centrales, puis collèges communaux à la restauration.

Après diverses évolutions concernant le niveau d’études terminal, les matières enseignées ou la mixité sexuelle (écoles géminées à partir de 1927), ils deviennent cours complémentaires. En 1959, ceux-ci sont transformés en collèges d’enseignement général (CEG), organisés en quatre années scolaires.

Le collège d’enseignement secondaire (CES) est mis en place à partir de 1963 : tous les élèves quittant l’école primaire accèdent au collège, dans trois filières selon leur évaluation.
L’essor démographique, allié aux exigences plus grandes d’éducation et de qualification, entraîne la construction de nombreux établissements. Ils sont installés dans les zones en cours d’urbanisation en périphérie des villes. Chaque canton rural, sauf quelques exceptions, a aussi son collège. Il s’agit souvent de structures légères de type « Pailleron » qui laisseront de tristes souvenirs, ou bien de cubes de béton conçus de manière très éloignée de la démarche de développement durable préconisée actuellement.

Ils s’appellent simplement « collèges » depuis la loi Haby de 1975, ou « Etablissements Publics Locaux d’Enseignement » (EPLE). Cette loi supprime les filières, permet l’orientation vers les filières professionnelles en fin de 5 ème et la création d’options en 4 ème , promeut l’hétérogénéité.

1981 voit la mise en place des ZEP (Zones d’Education Prioritaire). En 1989, puis en 1994, le collège est organisé en 3 cycles : cycle d’adaptation et d’observation, cycle central et cycle d’orientation.

L’ensemble du personnel est longtemps resté sous statut de fonctionnaires d’Etat. Depuis 2008, les agents de restauration et d’entretien sont devenus fonctionnaires territoriaux sous l’égide des départements. En plus des agents, le Conseil général prend en charge les bâtiments, le mobilier, le matériel éducatif, la restauration et, en milieu rural, les déplacements des élèves.
Normalement, le Ministère de l’Education nationale dirige et finance l’ensemble des missions d’éducation. Les départements prennent cependant en charge certaines actions éducatives périscolaires : sport scolaire, fonctionnement des centres d’information et d’orientation et des centres de documentation pédagogiques, programmes d’actions culturelles, financement des transports lors des séjours pédagogiques. Il s’agit de choix des élus.
Pourquoi une réforme du collège ?
Chaque individu se construit par les liens qu’il tisse avec son territoire, avec les groupes sociétaux dans lesquels il évolue, et par l’utilisation qu’il en fait.
L’Education des jeunes est donc la base de la construction d’une société. L’enfant devient citoyen par l’Education. Celle-ci comprend l’ensemble des acquisitions de connaissances et de compétences nécessaires dans sa vie professionnelle ou personnelle. Elle participe à déterminer ses comportements.
Elle conditionne le fonctionnement de chaque individu dans le groupe auquel il appartient, ainsi que les relations entre les groupes sociétaux. Elle est le résultat de nombreuses composantes qui sont « proposées » au jeune par le groupe-famille, par le groupe-école, ou par tout autre élément de son environnement, mais dans tous les cas captées et utilisées par le jeune lui-même.

Les situations d’apprentissage sont bien sûr essentielles pendant l’enfance et l’adolescence, mais elles perdurent au-delà, chez le jeune adulte, et de plus en plus pendant toute la vie.

« Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs » (Condorcet – rapport de 1792).

Il ne s’agit pas que tous les individus accèdent aux mêmes niveaux de compétences et de conditions sociales qui supprimeraient toute forme de hiérarchie. L’égalité des chances implique des principes d’égalité d’éducation et de droits, dans le but de fonder une société démocratique et stable.

Depuis plusieurs décennies, les progrès scientifiques et surtout l’évolution des moyens de communication et de mobilité des populations ont apporté plus de confort et ont permis aux personnes d’élargir leurs champs d’action et de relations. Ces progrès ne sont malheureusement pas accessibles à tous : combinés aux difficultés économiques et aux inégalités toujours plus grandes, ils ont contribué à la fragilisation de nombreux individus et à l’aggravation des fractures sociales.

La famille est de plus en plus souvent déstructurée, recomposée. Le « temps partagé » en famille est de plus en plus réduit. L’enfant, livré à lui-même, a logiquement davantage de difficultés à se construire, à trouver sa voie.

Dans ce contexte, l’Education s’est considérablement complexifiée. Elle n’est plus seulement partagée entre la famille et l’école. Elle est rarement concertée entre les différents acteurs.

L’école est davantage sollicitée pour compenser les difficultés familiales ou sociales. Elle est trop souvent le premier lieu, parfois le seul, qui impose un cadre, des règles, une autorité.
Sa mission initiale, qui reste incontournable, est l’acquisition par les jeunes de connaissances et de compétences. Elle devient plus difficile. Dans tout système éducatif, ce ne sont pas les élèves qui réussissent ils sont nombreux, fort heureusement dans les écoles françaises d’aujourd’hui – mais ceux qui sont en difficultés ou classés « en situation d’échec » qui posent problème. Les statistiques indiquant le pourcentage d’enfants qui ne maîtrisent pas la lecture en arrivant au collège sont édifiantes. Ceux-là doivent bénéficier de moyens spécifiques le plus tôt possible : les remèdes immédiats sont les plus efficaces.

Malheureusement, aujourd’hui, cette égalité des chances – concept énoncé dès qu’il est question d’éducation – est mise à toutes les sauces, y compris par les responsables politiques. Actuellement, les évaluations des acquisitions cognitives et l’observation des comportements montrent que nos jeunes s’en éloignent de plus en plus. Les causes sont multiples, mais faciles à identifier. Tous les éléments structurants de la société sont concernés, particulièrement les écoles.

Les fractures sociales aggravent les inégalités scolaires et inversement. Les périodes de crises économiques fragilisent et déstabilisent principalement les catégories sociales les moins qualifiées. Les difficultés financières des familles les éloignent des accès à la culture et plus généralement de l’éducation et des acquisitions des savoirs.
Les politiques d’austérité, si on admet qu’elles puissent être utiles, ne doivent donc pas toucher l’Education nationale. Celle-ci comprend les écoles, collèges, lycées, universités, mais aussi toutes les actions culturelles et sportives initiées par le monde associatif ou par les institutions.
Un Etat qui fait le choix de diminuer les moyens affectés à l’Education hypothèque gravement son avenir sur le long terme, particulièrement en périodes difficiles.

La pertinence globale d’un système d’éducation se mesure aux moyens mis en œuvre ainsi qu’à leur organisation et à l’implication des différents acteurs. Si les aspects quantitatifs sont importants, la qualité ne doit pas être négligée. La définition des fonctions, des contenus et de la forme, doit évoluer en s’adaptant aux évolutions du monde. Les mutations récentes imposent plus que jamais une professionnalisation de tous les acteurs, mais aussi une coordination de toutes les actions.

L’Education à l’école doit être raisonnée dans sa globalité, de la maternelle à l’université. Chaque maillon de la chaîne est important. Mais chacun d’eux doit être adapté aux besoins des élèves. Il s’agit de les considérer dans leur globalité, en prenant en compte l’ensemble de leurs atouts et de leurs contraintes sur le plan personnel ou familial, afin d’adapter leur Education aux exigences de leur intégration sociale réussie. Cette socialisation est principalement basée sur l’insertion professionnelle, elle-même conditionnée par les compétences acquises. La première intégration professionnelle est normalement réalisée à partir d’une qualification obtenue par des formations, par les différentes formes d’apprentissage proposées dans « le monde de l’école ». Le fait que des individus de plus en plus nombreux doivent se socialiser sans situation professionnelle établie, complique le processus et fragilise les équilibres.

Les élèves nés pendant la période du babyboum, et tous ceux d’avant 1968, s’adaptaient à l’école qui leur était proposée. Les enseignements étaient stéréotypés. Le cadre et la forme s’imposaient, parfois brutalement, étaient acceptés ou subis.
Cette relation s’est inversée. L’école doit maintenant s’adapter aux besoins des enfants. Elle doit évoluer de plus en plus vers des enseignements individualisés, afin de répondre en particulier aux besoins de ceux qui ont des difficultés d’apprentissage.

Le constat est évident : de nombreux jeunes sortent du système éducatif sans qualification, c’est-à-dire avec un ensemble de compétences insuffisant pour intégrer le monde du travail, parfois en ne maîtrisant pas les outils ou les formes d’intelligence indispensables à la compréhension des messages qu’ils reçoivent de leur environnement ! Ces situations sont établies dès la fin de scolarité au collège, mais sont souvent constatées beaucoup plus tôt encore.

Si le système a des faiblesses ou des carences, en toute logique elles sont préjudiciables d’abord et surtout à ceux qui ont un moindre potentiel. Les individus ne sont pas génétiquement égaux dans leurs possibilités d’apprentissage. L’égalité des chances consiste pour chacun à bénéficier d’un système qui lui permette de travailler, progresser, s’épanouir.

Alors il me semble essentiel de garantir une qualité et une cohérence des enseignements à l’école maternelle et élémentaire ainsi qu’au collège. L’efficacité des lycées et des universités sera toujours présente de manière triviale et les « élites » se dégageront invariablement. Mais l’objectif est que les « non élites » se rapprochent davantage d’un niveau d’autonomie intellectuelle et matérielle diminuant les fractures sociales.

Le cadre doit être solide, cohérent : il comprend les contenus, que l’on appelle programmes, et surtout les nombreux outils de leur mise en œuvre. Il est facile à mettre en place pourvu qu’on s’en donne les moyens matériels et humains. Il doit s’adapter aux besoins de tous les individus, et non pas faire subir à certains d’entre eux des situations de non-apprentissage. Les nuls n’existent pas. Tout individu a des possibilités d’évolution et de progression même si le système l’a classé en situation d’échec, classement vécu comme un handicap.

La forme est plus difficile à appréhender car elle comprend toutes les facettes de la pédagogie, y compris la personnalité de l’enseignant et de l’apprenant ainsi que leurs relations.

L’objectif général est de tendre vers cette égalité des chances déjà évoquée : l’acquisition par les jeunes d’un socle de connaissances et de compétences suffisant pour aborder une formation leur permettant une insertion professionnelle choisie et une intégration sociale correcte : former des êtres libres et responsables, éléments constitutifs d’un système social démocratique et respectueux des différences.

Avec les contenus et les méthodes actuels, il faut reconnaître que de nombreux élèves réussissent très bien leur scolarité à l’école élémentaire et au collège. Mais la proportion d’« élèves en difficultés », est trop importante pour que l’on ne se pose pas la question de la pertinence globale du système.

Je préfère nettement l’expression « élève en difficultés scolaires » à celle « d’élève en échec scolaire ». Il n’y a jamais d’échec individuel total. Des progrès sont toujours possibles. Il y a toujours une réussite partielle, qui peut être améliorée en adaptant et en variant la forme et le contenu : la prise en compte des difficultés des enfants exige cependant que l’on affecte les moyens adaptés à ces situations individuelles. La pertinence de l’appareil d’Education se mesure essentiellement à sa capacité à répondre aux besoins de ces élèves-là.
Oui, la performance d’un système éducatif est en grande partie liée aux moyens qui lui sont affectés, mais aussi largement aux conditions de leur mise en œuvre. Tous les ministres de l’Education nationale qui se sont succédé pendant la cinquième république n’ont malheureusement pas semblé en être convaincus !
La définition et la mise en œuvre de l’école de la république est une mission régalienne de l’Etat-nation. Il s’agit d’un service public essentiel pour lequel nous avons constaté depuis plusieurs années une baisse des moyens qui lui sont affectés : suppressions de postes, augmentation des heures supplémentaires, diminution du nombre de titulaires remplaçants, recrutement de vacataires et de contractuels non formés, quasi suppression de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM), baisse de l’enveloppe dédiée à la formation continue… sont autant d’indicateurs de la dégradation des services d’Education. Il s’agit de choix politiques inacceptables, impossibles à justifier par les seuls soucis d’économies budgétaires.
La diminution du nombre de postes d’enseignants n’est pas strictement proportionnelle au nombre d’enfants. Elle entraîne automatiquement une augmentation du nombre d’élèves par division et dans tous les cas une baisse de la qualité des enseignements, préjudiciable d’abord et surtout aux élèves les plus faibles.

Oui, les choix politiques faits dans le domaine de l’éducation ont un impact direct sur l’efficacité du système ! Ces choix doivent s’appuyer sur l’évaluation du système en place, sans concessions relatives à ses carences et à ses contraintes, et en s’appuyant sur les nombreuses expériences positives menées à l’initiative d’équipes éducatives volontaires.

Depuis de nombreuses années, les ministres successifs évoquent ou proposent des réformes du lycée. Ils parlent alors du lycée général, qui doit préparer l’élite de notre société pour l’orienter vers les universités et les grandes écoles.
Le potentiel de l’ensemble de nos lycéens et l’émergence de ceux que l’on qualifie d’élites dépend du travail préalable d’éducation qui a été réalisé dans les écoles et les collèges.
Les lycées généraux et les lycées professionnels sont performants si on leur attribue une carte des formations pertinente, si on leur affecte les personnels dont ils ont besoin, et surtout si les élèves arrivent avec les pré-requis indispensables. Ces établissements n’ont pas besoin de réformes structurelles. C’est essentiellement avant leur arrivée dans les lycées que l’avenir des jeunes se joue.

L’école élémentaire et le collège sont donc les maillons essentiels de l’éducation et de la préparation des individus à une orientation scolaire positive. Pour cela, ils ne doivent négliger la progression d’aucun de leurs élèves. Trop souvent, le niveau des enseignements est conforme à l’acquisition des pré-requis exigés à l’étage supérieur sans prendre en compte les difficultés de compréhension ou la lenteur de certains élèves. Les écarts se creusent progressivement et les fractures scolaires se mettent en place.
La progression des meilleurs ne doit pas non plus être freinée par les temps d’enseignants consacrés aux difficultés. D’où l’importance de la méthode, de la pédagogie, pour une gestion positive de l’hétérogénéité.

En France, l’enseignement préélémentaire est bien structuré dans ses contenus. Nos écoles maternelles constituent souvent un exemple, une référence pour d’autres pays. L’évolution du langage, la compréhension des espaces et du temps, l’acquisition de gestuelles dans l’utilisation des outils de graphisme, la socialisation sont travaillés avant six ans. Ce travail est un préalable indispensable aux apprentissages de lire, écrire, compter. L’efficacité de cet enseignement est cependant fortement liée à l’environnement psycho affectif de l’enfant, et donc à l’efficacité et à la cohésion de la cellule familiale.

L’école élémentaire semble également structurée de manière pertinente. Elle a surtout besoin de moyens humains suffisants, en nombre et en qualité, pour résoudre les difficultés qui apparaissent chez certains enfants. Lire, écrire, compter, comprendre ce que l’on lit, ce que l’on écrit et ce que l’on compte restent les objectifs de base.

Il faut s’attaquer aux causes des échecs et des ruptures, là où ils naissent.

Les professeurs des écoles doivent être formés pour éviter des catastrophes comme celles causées pendant quelques années par la méthode strictement globale d’apprentissage de la lecture. Apprendre à lire est essentiel et conditionne tous les autres apprentissages : la période du cycle 2 (5-8 ans), comprenant la grande section de maternelle, le CP et le CE1, est déterminante. Elle doit faire l’objet de toutes les attentions de la part de l’Education nationale, tant pour la quantité que pour les compétences des enseignants auxquels elle est confiée.

Le collège constitue une charnière dans la scolarité. Il oblige à choisir une orientation scolaire, parfois une orientation professionnelle. Il révèle ou confirme les réussites et les échecs. Il accélère et amplifie le classement.
Il devrait constituer une étape ultime et décisive pour gommer les difficultés, pour permettre à l’enfant d’exprimer son potentiel. Mais nous constatons qu’il ne constitue que trop rarement une marche de rattrapage pour les élèves en difficultés.

Le collège unique, voulu par les ministres de l’éducation depuis 1975, n’a pas donné les résultats escomptés. Ce concept doit être redéfini. Chaque élève doit y trouver sa place. Ce n’est pas du tout le cas actuellement.
Malgré les nombreux efforts et initiatives développés par les équipes éducatives, force est de constater que cet appareil d’éducation est inadapté aux enfants qui ont des difficultés, qu’elles soient innées ou liées à leur environnement.
En fin de cycle du collège, plus d’un élève sur quatre a redoublé. On constate dans une majorité des cas que ces redoublements n’ont pas été profitables. Refaire le même programme avec les mêmes activités par les mêmes enseignants ne résout que rarement les difficultés. Ils sont seulement utiles pour les enfants qui ont subi des situations particulières et ponctuelles ou ceux qui ont besoin d’un renforcement des bases en vue d’une orientation vers l’enseignement professionnel. Face à ce constat, la tendance est, heureusement, à la baisse du nombre de redoublements.

Tous au collège, oui, mais pas le même collège pour tous !

Cette institution n’a jamais été réformée en profondeur, et on peut dire qu’elle ne s’est pas suffisamment adaptée aux exigences du monde moderne, ni à l’évolution des comportements et des besoins des adolescents. Cette structure est donc archaïque et inadaptée. Elle complique le travail des enseignants qui sont prisonniers du cadre, travaillent rarement en équipe, sont peu formés. Ils tâtonnent et « bricolent » longtemps pour améliorer leurs pratiques. Ils acquièrent quelques certitudes après de nombreuses années d’expérience tout en restant très éloignés des idéaux dont ils ont rêvé.
On retrouve une problématique similaire chez les parents. Ils n’ont pas une bonne lisibilité du fonctionnement et des objectifs des établissements. Ils en ont souvent une image négative par défaut de communication. Ceux qui ont besoin d’un « mode d’emploi » n’en disposent pas. Le plus souvent, ils ne maîtrisent pas l’accompagnement de la scolarité ou bien ne deviennent efficaces que lorsque leurs enfants sont grands. Certains d’entre eux, trop nombreux, baissent les bras très vite et s’en remettent aux enseignants.

Dans l’apprentissage du « métier de parents », nous sommes tous pour une trop large part, autodidactes. C’est malheureusement aussi le cas pour le métier d’enseignant. Or l’éducation des enfants ne doit pas être le champ d’expérimentations ou d’apprentissages des adultes. Dans notre monde moderne et tumultueux, certains retards accumulés par des jeunes en difficultés scolaires deviennent très rapidement difficiles à rattraper.

L’Education n’est plus seulement partagée entre la famille et l’école. Depuis longtemps, les associations d’éducation populaire, à caractère culturel ou sportif ont apporté leur pierre à l’édifice. Les enfants captent en plus de nombreuses informations par les outils modernes de communication. Or celles-ci ne sont pas classées, pas triées ni organisées, de telle sorte qu’elles sont peu structurantes. De plus, elles interférent souvent de manière perturbante dans les apprentissages organisés par l’école.

Le collège d’enseignement secondaire a besoin d’une réforme profonde, dans toutes ses composantes. Il doit être modernisé, adapté aux besoins d’une population qui a beaucoup changé depuis plusieurs décennies. Cette réforme nécessite une large concertation avec tous les acteurs de l’Education nationale, principalement les enseignants. Elle suppose une volonté politique forte d’y affecter les moyens nécessaires : il n’y a pas de progrès possible sans adaptation quantitative et qualitative des moyens d’encadrement, humains et matériels.

Réformer structurellement le collège, mettre en place les formations initiales et professionnelles dont les enseignants ont concrètement besoin, organiser de vrais soutiens à la parentalité : ce sont des chantiers urgents à mettre en place.

Alors cet ouvrage a l’ambition de faire un diagnostic exhaustif des atouts et des faiblesses du collège d’enseignement secondaire et de proposer des pistes pour des réformes utiles.
La critique se veut objective et sans concessions. Elle met logiquement en évidence les carences politiques passées et les choix indispensables à une amélioration significative du système. Elle s’appuie sur des expériences et des appréciations personnelles acquises tout au long d’une carrière professionnelle d’enseignant, dans l’enseignement professionnel par alternance et dans un collège rural.

Dans cette première partie, c’est un documentaire ayant pour but d’informer les parents sur le fonctionnement du collège, de susciter leur réflexion en leur délivrant une analyse pertinente et surtout utile.
Les propositions de réforme qui sont énoncées à la fin de chaque chapitre sont basées sur des observations rigoureuses et concertées des dysfonctionnements d’aujourd’hui et définissent un vrai projet politique d’adaptation du collège aux besoins des enfants et de leurs familles.
Education et laïcité
La séparation des églises et de l’Etat, l’application de la déclaration des droits de l’homme, la liberté d’exercice des cultes, la liberté d’exercice des droits civils en dehors de toute religion sont les fondements de l’Etat laïc.

L’école de la république est l’école publique, organisée selon les règles et les valeurs de la laïcité, ayant obligation de neutralité sur le plan confessionnel.
C’est l’école libre et indépendante, qui met les services de l’Education à la disposition des enfants. Ces services comprennent les apprentissages didactiques ou d’instruction générale, l’éducation citoyenne et civique, l’éducation morale. Ils intègrent également l’instruction du « fait religieux », défini depuis 2002 par le rapport Debray. Ce fait religieux est considéré comme élément historique et culturel et donc fondateur de notre civilisation contemporaine.

L’interdiction du port de signes identifiant une religion n’a pas posé de problèmes jusqu’à ce que le débat soit relancé à propos du port du foulard. Il s’agit là de la volonté de la part de certaines communautés d’affirmer leur identité religieuse, plutôt qu’une identité culturelle liée au territoire.
L’application d’une loi serait difficile car elle ne pourrait pas, par exemple, préciser les limites des vêtements autorisés ou non, comme les foulards, bandanas ou catogans. Elle ne correspondrait pas aux conventions internationales, comme celles de la cour européenne des droits de l’homme. Une directive ministérielle et des circulaires frappées du sceau du bon sens, devraient permettre aux communautés concernées d’adapter leurs pratiques dans le respect des règles de laïcité.

L’adaptation de la laïcité aux évolutions de notre société ne doit en aucun cas détourner l’école de ses principes d’indépendance vis-à-vis des organisations cultuelles. L’exercice des religions, la liberté des cultes doivent rester des facteurs de socialisation pour ceux qui les choisissent, en apportant une éducation morale. Mais elles ne doivent pas intervenir dans l’éducation scolaire qui reste une mission essentielle de l’Etat.
Des réformes peu significatives
Les enseignements sont restés cloisonnés. Une matière, un enseignant : la monovalence est la règle, à l’exception des sciences humaines, comme l’histoire, la géographie et l’instruction civique). Cela a été confirmé avec la disparition des PEGC (Professeurs d’Enseignement Général de Collèges) et leur remplacement par des professeurs certifiés, spécialisés dans une seule matière. Les activités pluridisciplinaires sont trop peu nombreuses, formalisées sous forme d’itinéraires de découverte, ou bien conduites à l’initiative de l’équipe dans le cadre du projet d’établissement.
Les équipes éducatives proposent différentes actions d’aides et de soutien aux élèves en difficultés, mais dans la limite des moyens affectés par l’autorité académique.

Les séquences de cours ont peu évolué dans leur durée : 50 minutes à 1 heure pour les matières générales, 1 à 1,5 heures pour les matières scientifiques ou l’éducation physique.
Dans quelques établissements, des initiatives ont été prises pour améliorer le rythme de travail de la journée, en changeant la durée des séquences et leur répartition, en essayant de placer les matières générales dites importantes en matinée et l’éducation artistique ou sportive l’après midi. Le plus souvent, ces essais n’ont pas résisté aux contraintes d’emploi du temps, d’occupation des salles et de partage des enseignants entre deux ou trois collèges.

Les programmes ont peu évolué dans leurs contenus. Leur forme est actuellement modifiée, enfin modifiée !
Les manuels sont de qualité très irrégulière, souvent inutiles, parfois inutilisés.
Les rythmes scolaires, hebdomadaires et annuels, n’ont toujours pas été adaptés à ceux de l’enfant.
La formation des enseignants a régressé, pendant que leur métier est devenu plus difficile.
Le système d’évaluation est resté longtemps archaïque. Des tentatives récentes pour son évolution devront être améliorées et généralisées.
Les locaux sont de qualités très irrégulières et sont très difficiles à transformer. Les équipements internes ont cependant beaucoup progressé, surtout depuis le transfert de cette compétence de l’Etat vers la collectivité départementale.

Ces constats montrent que le collège actuel est peu différent du CEG des années cinquante.

L’Education nationale a une réputation de grosse machine difficile à faire évoluer. En réalité, les enseignants ne sont pas hostiles aux évolutions de leurs méthodes de travail ou du contenu des enseignements. Ils savent bien que les programmes doivent être adaptés aux évolutions technologiques et sociales. Ils se sont, par exemple, adaptés à l’arrivée des nouvelles technologies : les jeunes enseignants débutent leur carrière avec une bonne maîtrise mécanique de ces outils.

Mais les changements, jamais structurels, sont toujours venus du sommet de la pyramide, sans véritable concertation. Cependant, depuis quelques années, certaines équipes enseignantes prennent des initiatives pour des évolutions positives, encouragées, il faut le reconnaître, par les autorités académiques.
Il est bien sûr illusoire de réformer le système éducatif sans y associer ceux qui en connaissent les atouts et surtout les contraintes, c’est-à-dire les enseignants. Mais le ministère doit afficher des volontés politiques précises, s’appuyer sur l’évaluation des expériences menées dans certains établissements et préparer des orientations pertinentes, acceptées parce que préparées collectivement entre tous les acteurs.

Les « réformettes », si elles ont été nombreuses, presque autant que les ministres de l’éducation qui se sont succédé, n’ont pas modifié l’architecture du collège. Elles ont consisté dans la plupart des cas à faire évoluer les programmes par petites retouches peu significatives, sans impact réel sur les enseignements, seulement suffisantes pour entraîner des changements de manuels : les concepteurs des livres scolaires ont toujours été proches des décideurs… et sans doute des éditeurs !

L’enseignement de la technologie fait exception : L’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication a provoqué sans aucun doute les changements les plus importants depuis longtemps dans le fonctionnement des collèges. L’enseignement de la technologie a été le premier concerné : modifications à plusieurs reprises des programmes tant dans leur contenu que dans leur présentation, formation continue des enseignants, organisation et équipements des salles et ateliers. Il convient de saluer le travail des enseignants de cette matière, qui ont su se former pour modifier totalement les contenus de leurs enseignements et leurs méthodes à plusieurs reprises. Le volume de travail requis pour s’adapter plusieurs fois à un changement total du programme a été considérable. L’arrivée de nouveaux matériels a nécessité des efforts supplémentaires. Dans une large majorité, ces enseignants passionnés ont parfaitement rempli leurs missions. Il y a eu également un certain nombre d’échecs : certains se sont réorientés, d’autres ont stagné entre une insuffisance professionnelle dommageable pour les élèves et leur propre souffrance.
Ces efforts ont apporté aux jeunes lycéens une bonne maîtrise des logiciels de base, du traitement de textes et de l’accès à internet. Ce travail a permis aux adolescents des nouvelles générations d’avoir une maîtrise correcte de ces technologies, indispensable tant dans l’éducation que dans la vie familiale et le monde du travail.

Dans chaque département, le Conseil général a généralement accompagné les évolutions liées à l’arrivée des TIC en équipant les établissements du matériel nécessaire : ordinateurs en réseaux, salles multi médias, vidéo projecteurs, tableaux blancs interactifs…
L’indépendance des établissements : danger !
Les chefs d’établissement, principaux de collèges ont une autonomie de gestion des moyens qui leur sont alloués par le ministère de l’éducation nationale pour ce qui concerne la pédagogie et les personnels enseignants, et par le Conseil général de leur département pour le fonctionnement, pour les agents d’entretien et de service et le patrimoine mobilier et immobilier.
L’autonomie de gestion ne signifie pas indépendance. Le chef d’établissement est un fonctionnaire dont les fonctions consistent à organiser les enseignements, à définir et mettre en œuvre un projet éducatif en cohérence avec les orientations données par le ministère de tutelle. Il préside le conseil d’administration. Il conduit les budgets puisqu’il est l’ordonnateur des dépenses.

L’indépendance des établissements attribuerait aux directeurs les compétences de recrutement des enseignants, mais aussi de leur évaluation et de leurs mutations, voire de leur licenciement.

La diminution du nombre de postes, en particulier des titulaires remplaçants, le manque de candidats pour enseigner certaines matières, ont obligé l’administration à demander aux directeurs de recruter eux-mêmes des enseignants, parfois par annonces à pôle-emploi.
L’évaluation de ce système fait apparaître des difficultés énormes et immédiates pour ces personnes dans l’exercice de leurs fonctions, et par voie de conséquence, une dégradation des enseignements délivrés à nos enfants.

La notation des enseignants par le chef d’établissement, principal du collège ou proviseur du lycée ne peut être totalement et dans tous les cas objective. Les principaux et les proviseurs se mettent rarement dans une posture de conseiller pédagogique. Ils ne sont jamais présents dans la classe. Ils n’ont que rarement des entretiens avec les professeurs sur les contenus et les méthodes. Ils n’ont donc pas les moyens, ni en temps ni en compétences pour évaluer la qualité des enseignements, en tout cas pas dans toutes les disciplines.
Dans le monde de l’éducation, le débat contradictoire relatif aux méthodes est normal et nécessaire. Mais il peut évoluer rapidement vers des situations de conflit lorsque le directeur considère que son autorité est contestée.

Cette indépendance entraînerait aussitôt une perte de confiance et d’autorité des directeurs de la part de leurs collaborateurs, et par voie de conséquence une moindre reconnaissance par les parents et les collectivités locales.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents