À l heure de l Exposition universelle
176 pages
Français

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À l'heure de l'Exposition universelle

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Description

1889. Paris est en effervescence. L’Exposition universelle va bientôt ouvrir ses portes, et il reste encore beaucoup à faire ! L’excitation atteint même les routes alentours, où un immense convoi tente d’atteindre Paris sans encombre.

Jules de Bozancourt est sur le point de réaliser ses rêves avec un spectacle d’eaux et de lumière époustouflant. Mais ce jeune Georges, à qui il transmet sa passion de l’électricité, pourrait bien être la raison d’un nouvel échec.

Sur le chantier de la tour Eiffel, on manque de main d’œuvre, il faut recruter. Une chance pour Hippolyte qui pourra ainsi mieux subvenir aux besoins de sa famille.

Le Gipsy Book est un livre de sagesse écrit par un vieux gitan, Nanosh Balatta. Il est passé de main en main, a voyagé dans le temps, changeant chaque fois la vie de ceux et celles qui le lisaient.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 novembre 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782728928507
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Chapitre 55
Chapitre 56
Chapitre 57
Chapitre 58
Chapitre 59
Chapitre 60
Chapitre 61
Chapitre 62
Chapitre 63
Chapitre 64
Chapitre 65
Épilogue
Illustrations
Note de l’auteur
Notes
Déjà parus
Page de copyright
À Jérémy, pour son courage.
« Là où est ton trésor, Là aussi est ton cœur. » Mt 6, 21

« Vis comme un homme brave ; et si la fortune t’est contraire, affronte-la avec un cœur empli de courage. » Cicéron − 106-43 av. J.-C.
1
Paris, avril 1889
Gus émet un rapide sifflement entre ses dents. Aussitôt, ses hommes interrompent leur travail et le regardent. Depuis qu’ils sont sous les ordres du chef riveur, ils ont appris à reconnaître ses petits coups de sifflet pour attirer leur attention. Gus tend la main et leur montre du doigt l’homme qui monte à leur rencontre. Les ouvriers hochent la tête, entendus, et retournent à leur besogne. Ils vont redoubler d’efforts, Gus le sait. Ils aiment montrer au patron qu’ils sont de bons ouvriers et fiers de travailler sur son chantier.
Avec son chapeau haut de forme et son long manteau, Monsieur Eiffel est reconnaissable entre tous. Il vient régulièrement visiter le chantier de sa tour afin de voir si tout se déroule comme il l’a prévu. L’Exposition universelle de Paris ouvre ses portes dans quelques jours. Il faut que tout soit prêt. Et tout le sera, Monsieur Eiffel y veillera.
– Monsieur Eiffel, salue Gus lorsque son patron arrive sur la plateforme où il se trouve.
Le célèbre ingénieur est accompagné de Monsieur Millon, son chef de chantier qui fait les présentations.
– Voici Gustave Lefranc, notre chef riveur de la pile Nord. Il a quatre équipes sous ses ordres. Ils avancent bien.
– Parfait, parfait, approuve Monsieur Eiffel en tendant la main à Gus. Mais nous nous connaissons déjà, n’est-ce pas ? demande-t-il à l’attention du chef riveur.
Gus hoche la tête, heureux que le grand homme se souvienne de lui.
– Oui Monsieur. J’étais là dès le début du chantier.
Monsieur Eiffel sourit. Il aime la fidélité de ses ouvriers. Elle lui garantit un travail de qualité.
– Et vos hommes ? s’inquiète-t-il.
– Ils vont bien.
– Ils tiennent le coup ? La cadence a augmenté ces derniers jours…
Pour réussir à terminer le chantier à l’heure, les temps de travail ont augmenté, en effet. À présent les équipes de Gus travaillent treize heures par jour. Mais personne ne penserait à se plaindre : des heures supplémentaires c’est autant de salaire en plus à la fin de la semaine.
– Ils vont bien, répète Gus avec assurance.
– Nous vous adjoindrons bientôt une cinquième équipe. Le chantier doit avancer plus vite encore.
– Bien, Monsieur.
– Vous devrez vous montrer toujours plus vigilant. Vous savez à quel point je suis à cheval sur la sécurité. Ce chantier n’a encore connu aucun accident, contrairement à ce que ses détracteurs prédisaient. Je veux que cela continue ainsi.
– Rassurez-vous, Monsieur. Je fais le tour de mes plateformes chaque matin, Monsieur. Et chaque soir avant de partir. C’est ma priorité, Monsieur.
Au même moment, comme pour le désavouer, un cri ­d’effroi retentit dans son dos. Gus fait volte-face. Un homme vient de basculer dans le vide. Dans un ultime réflexe, il a attrapé une corde et s’y accroche avec désespoir.
– À moi ! Aidez-moi ! hurle-t-il.
– Seigneur ! murmure Monsieur Eiffel soudain pâle comme la mort.
Gus se rue vers les trois hommes restés sur la plateforme. Ils se sont précipités sur la corde pour remonter leur camarade.
– C’est le garde-corps, pleurniche le plus jeune en tirant de toutes ses forces sur la corde. C’est le garde-corps.
Un simple coup d’œil permet à Gus de constater que la planche du garde-corps s’est brisée net. C’est impossible. Il se revoit encore ce matin, testant sa solidité avant l’arrivée de son équipe.
– Tiens bon ! crie Gus à l’ouvrier suspendu dans le vide.
Il attrape la corde à son tour, la passe autour de sa taille, et s’arc-boute pour tirer. Mais rien ne vient.
– Elle est bloquée, panique son voisin.
Gus se penche par-dessus la plateforme pour comprendre où la corde est coincée. Il ne voit rien. Des gouttes de sueur froide lui tombent sur les yeux et lui brouillent la vue.
– À moi ! panique son ouvrier.
– Non pas ça, pas ça… gémit Gus intérieurement en ­s’essuyant les yeux d’un revers de la manche.
Mais la sueur revient, toujours plus abondante. Gus triture la corde à l’aveuglette. Il entend l’ouvrier suspendu au-dessus du vide, à plus de deux cents mètres de hauteur, qui sanglote à présent.
– S’il vous plaît… S’il vous plaît…
Ses forces le trahissent. Il ne tiendra pas longtemps ainsi.
Gus s’énerve, tire, râle.
– Faites quelque chose !
Il entend Monsieur Eiffel qui s’agite et s’inquiète dans son dos.
Soudain, la corde cède enfin entre les mains de Gus. Elle se détache violemment, manquant de lui arracher le bras à cause de l’ouvrier pendu à l’autre bout. Surpris, Gus lâche la corde qui se détend d’un coup. L’ouvrier encaisse le choc dans un cri plaintif.
– Tirez ! hurle Gus à ses gars, alors qu’il essuie à nouveau la sueur sur ses yeux.
Quand, enfin, la vue lui revient, Gus aperçoit l’ouvrier tordre la bouche en une drôle de grimace puis lâcher la corde tout d’un coup.
– Aaaaaaaah !
– Ah !
Gus se redresse dans son lit, le cœur battant. Foutu cauchemar ! Depuis qu’il a été promu chef riveur de la pile nord, Gus fait presque le même rêve toutes les nuits. À chaque fois, il se réveille, terrorisé et les draps trempés de sueur. Il lui faut toujours un temps infini pour se rendormir. Quand il y parvient. Le plus souvent, il n’arrive pas à retrouver le sommeil et se lève. Il part alors sur le chantier de plus en plus tôt pour vérifier une nouvelle fois chaque garde-corps, surtout si les plateformes ont été déplacées la veille pour être remontées un peu plus haut.
– Si je continue comme ça, je vais devenir vieux avant l’âge, s’inquiète parfois Gus quand la fatigue lui écrase les épaules.
Vieux, il a l’impression de l’être déjà quand il passe la main dans ses cheveux bruns qu’il a trop fins et qu’il perd un peu, sans qu’il n’en ait jamais rien dit à personne. Pourtant, Gus n’a que vingt-six ans. Il a encore toute la vie devant lui, une vie merveilleuse avec Gabrielle, sa fiancée. Quand le chantier de la tour de Monsieur Eiffel sera terminé, il aura mis suffisamment d’argent de côté pour pouvoir lui proposer une date de mariage.
Lorsqu’ils se sont rencontrés, il y a deux ans, Gus venait d’être embauché pour le futur chantier de la tour Eiffel alors que Gabrielle était cousette 1 dans un atelier de couture parisien. Gus a immédiatement succombé au charme de la jeune femme et il l’a demandée en mariage après quelques jours seulement. Gabrielle est une belle femme, en effet. Elle est plutôt grande, bien proportionnée, avec des courbes extrêmement féminines. Elle a de longs cheveux châtain clair, les yeux verts et la peau fraîche. Ses pommettes sont hautes, ses lèvres pleines et bien dessinées, ses oreilles petites et parfaitement collées. Elle est aussi pleine d’ambition et c’est pour cela qu’elle s’est empressée d’accepter la demande en mariage de Gus. Elle voyait dans le poste du jeune homme à la tour Eiffel la promesse d’une véritable ascension sociale. Partout dans les journaux, et même dans le monde, on parlait de ce chantier pharaonique. Gabrielle espérait que l’on parlerait de Gus également. Il n’en était rien et le chef riveur voyait bien que la jeune femme était déçue. Parfois même, il lui semblait qu’elle se désintéressait de lui. Alors, pour elle, il redoublait d’efforts et de travail, pour gagner plus d’argent et lui offrir la vie dont elle rêvait tant. Si seulement il pouvait ne pas y avoir d’accident avant la fin du chantier…
2
Épernay, le 17 avril 1889
À quinze ans, Pierre donne l’impression d’en avoir dix. Il est très petit, en effet, et plutôt malingre. Tout le monde lui promet qu’il va grandir mais il n’a pas pris un seul centimètre depuis des mois. Le garçon n’a jamais connu son père qui est mort, écrasé par un bœuf, quand sa mère était enceinte de lui. Cette dernière a beau lui dire que son père était un grand et beau gaillard, Pierre commence à croire qu’elle lui raconte des histoires. Il voit bien qu’autour de lui, à la ferme, les hommes ne sont pas très grands. Il n’y a pas de raison que son père ait été différent des autres après tout.
Pierre n’est pas très grand, certes, mais il compense autrement. Il a une force de caractère hors du commun et une assurance à toute épreuve. Rien ne lui fait peur. Il ne se laisse démonter par aucune situation. Il est à l’aise avec tout le monde. Il aborde la vie avec le sentiment que tout lui réussira. En plus de tout cela, Pierre est très beau. Il n’en a pas encore tout à fait conscience mais, avec sa peau sombre, ses cheveux raides et noirs, ses yeux noisette et lumineux, ses taches de rousseur, il séduit tous ceux qu’il croise.
Pierre suit les derniers préparatifs avec attention. Aujourd’hui, l’immense tonneau de champagne commandé par Eugène Mercier prend la route pour Paris. Voici des semaines que tout le monde en parle et le moment du départ est enfin arrivé. Pierre n’en a rien dit à sa mère mais il est bien décidé à faire partie du voyage. C’est une chance unique, la seule qu’il aura sans doute jamais de découvrir la capitale.
– Passe-moi la corde ! lance un homme à un autre.
Pierre se précipite et attrape la corde en question avant que l’autre n’ait le temps de réagir. Il la tend au premier. L’homme lui sourit.
– Mârci, gamin, lui dit-il. Tu m’âdes à attacher mes bâtes ?
Pierre n’a pas trop de mal à comprendre l’accent fort prononcé de l’homme. Sans hésiter, il prête main-forte à l’homme en blouse bleue et chapeau à large bord vissé sur la tête. C’est un galvacher : il a loué ses services et sa paire de bœufs à Eugène Mercier pour mener à bien sa formidable entreprise.
Pierre maintient le joug de bois sur l’encolure des deux bœufs qui se laissent faire sans broncher.
– Ce sont de belles bêtes, flatte le garçon. Elles sont d’ici ?
Le galvacher rit bruyamment.
– Non ! Âlles arrivent du Morvan, gamin. Comme mo. Comme tout’ les aut’ bâtes de l’attelage. Cros-mo, ce sont les meilleures bâtes pour tirer un foudre 2 de c’te taille !
Pierre caresse l’encolure du bœuf le plus près de lui. Il sent les muscles saillir sous la peau et éprouve une formidable sensation de puissance.
– Cui-ci, c’ât Barbançon, lui dit alors l’homme, ravi de parler de ses bêtes. C’ât un rud’ gaillard. À côté, avec ses magnifiq’ cornes, c’ât Gayer. Lui, il est meneur et endurant avec ça.
Pierre relève les yeux et regarde l’homme avec aplomb.
– Vous n’auriez pas besoin d’aide pendant le voyage, par hasard ? demande-t-il. Je suis costaud, vous savez.
Le galvacher dévisage le garçon avec un petit sourire bienveillant. Avec son squelette tout fin et ses trois grammes de graisse sous la peau, Pierre est l’exact opposé de quelqu’un que l’on qualifierait de costaud.
– J’ai quinze ans, ajoute Pierre pour rassurer l’homme.
Ce dernier a du mal à cacher sa surprise.
– Je sais me débrouiller, enchérit Pierre sans se laisser troubler par l’hésitation du bonhomme. Je pourrais aller vous chercher de l’eau et abreuver vos bêtes. Je n’ai pas peur de travailler, vous savez.
L’homme regarde Pierre un moment puis se frotte la moustache.
– C’ât que…
– S’il vous plaît… Ma mère est d’accord, ment-il avec aplomb – il sera bien temps de la prévenir quand il partira.
– Hum !
– Je vous aiderai, je vous assure. Vous ne le regretterez pas.
– C’ât long tu sais.
– 144 kilomètres ! répond aussitôt Pierre. Je sais. Mais ça ne me fait pas peur.
– Il faudra…
– S’il vous plaît. Je rêve de voir Paris. Avec l’Exposition universelle qui va ouvrir, je suis certain que le spectacle sera magnifique.
L’homme ne le montre pas mais il comprend l’enthousiasme du garçon. C’est l’une des raisons qui l’a poussé, lui aussi, à accepter l’entreprise. Outre le défi d’acheminer jusqu’à Paris un tonneau géant de 23 t et de plus de 5 m de haut, il rêvait de découvrir la capitale.
Pierre sent que l’homme est sur le point de céder. Il s’avance alors vers lui et lui tend la main.
– Je m’appelle Pierre Mercier, dit-il.
L’homme écarquille les yeux de surprise.
– Mercier… Comme… Comme le patron ?
Pierre sourit, fier de son petit effet.
– Oui, répond-il simplement.
Pierre s’appelle Pierre Mercier, en effet, mais il se garde bien de dire qu’il n’a rien à voir avec la famille du célèbre producteur de champagne qui s’apprête à acheminer son foudre à l’Exposition universelle. Pierre s’appelle Pierre Mercier comme il aurait pu s’appeler Pierre Dubois ou Pierre Bernard. C’est le hasard qui lui a donné le même nom que le célèbre homme d’affaire champenois. Et, parfois, le hasard fait bien les choses…
Le galvacher est si surpris qu’il ne s’étonne même pas de la tenue débraillée de Pierre : une chemise à la propreté douteuse, un pantalon marron élimé jusqu’à la corde et de gros sabots de ferme. Il s’arrête au nom de famille du garçon et cela suffit à l’impressionner.
– Bon… Eh bin… bégaye-t-il, persuadé qu’il ne peut refuser. C’ât d’accord.
Pierre esquisse un rapide sourire – il a le triomphe discret – et court chercher le petit baluchon qu’il a préparé depuis plusieurs jours et qu’il tenait à l’écart afin de ne rien laisser transparaître de ses intentions.
– Merci ! lance-t-il en revenant, les joues rosies par l’excitation.
Il s’affaire autour des bêtes pour montrer à l’homme qui vient de l’autoriser à le suivre qu’il ne doit pas regretter sa décision.
– Et tâ parents ? s’inquiète tout à coup le galvacher.
Pierre secoue la tête.

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