La folle journée du professeur Kant
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La folle journée du professeur Kant

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Description

Que puis-je connaitre ? Que dois-je faire? Que m'est-il permis d'espérer ? À Königsberg, le sévère professeur Kant répondit à ces questions et à quelques autres, au cours d'une jounée si folle qu'il devait en oublier sa promenade …

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 14
EAN13 9782361650629
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Emmanuel Kant (1724 — 1804)
Kant a vécu jusque dans un âge très avancé, et jamais il n’est sorti de Königsberg ; c’est là qu’au milieu des glaces du Nord, il a passé sa vie entière à méditer sur les lois de l’intelligence humaine. Une ardeur infatigable pour l’étude lui a fait acquérir des connaissances sans nombre. Son traité sur la nature de l’entendement humain, intitulé Critique de la raison pure , fut quelque temps inconnu ; mais lorsqu’enfin on découvrit les trésors d’idées qu’il renferme, il produisit une telle sensation, que presque tout ce qui s’est fait depuis lors, en littérature comme en philosophie, vient de l’impulsion donnée par cet ouvrage.
d’après Madame de Staël, De l’Allemagne , 1810

Spécialiste de philosophie allemande, Jean Paul Mongin a brièvement enseigné, mais il préfère écrire des histoires. Depuis qu’il est papa, il croit fermement que les enfants vont changer le monde.
Laurent Moreau , quant à lui, n’est pas un grand philosophe mais un grand gars qui fait des bonshommes. Il publie des livres dans l’édition jeunesse (Hélium, Actes Sud Junior…) et illustre pour la presse. Il vit et travaille à Strasbourg.
Königsberg était, en cette fin du dix-huitième siècle, une petite ville paisible de Prusse orientale. Dominée par les tours de son célèbre château, résidence de nombreux hiboux et de quelques prisonniers s’ennuyant au fond de leurs oubliettes, l’ancienne cité bâtie par les chevaliers teutoniques avait déjà ses plus belles heures derrière elle.

Nous n’aurions guère évoqué la nostalgie de ses crépuscules, étreignant le promeneur lorsque revenant chez lui, il tournait le dos à la vaste et morne plaine polonaise, si ce promeneur n’avait été le Professeur Emmanuel Kant.
Dieu avait, paraît-il, porté à l’existence Emmanuel Kant un jour qu’il se languissait d’un partenaire pour jouer aux échecs.
Mais Kant n’était pas, à vrai dire, d’un tempérament très joueur. Il devint donc professeur de philosophie à Königsberg. Martin Heidegger, l’un de ses jeunes confrères, également sensible aux charmes de la plaine polonaise, devait résumer son existence ainsi : « Kant est né, il a travaillé, et il est mort. » À Königsberg, pourrions-nous ajouter.


Alors que s’annonçait une limpide matinée d’été, Lampe, le valet du Professeur Kant, fit irruption dans la chambre où ce dernier, emmailloté dans son drap, semblait dormir d’un sommeil sans rêve.
« Il est l’heure ! », grogna Lampe à l’adresse de son maître. Ancien soldat prussien, Lampe avait des manières assez rustiques. Mais il réveillait chaque jour le Professeur à cinq heures moins cinq avec une ponctualité infaillible, et c’était là ce qui comptait. Sans dire un mot, Emmanuel Kant se levait, se laissait raser les joues et poudrer la perruque. Sous son pantalon, un petit système de bretelles en boyaux, monté sur barillet à ressort, maintenait ses bas sans entraver la circulation sanguine. Puis Kant réglait sa montre, et pénétrait dignement dans son cabinet de travail pour s’affairer à sa correspondance en fumant une pipe.
Installé près du poêle, face à la fenêtre donnant sur la tour du vieux château, le Professeur Kant entreprit d’abord de répondre aux sottises à la mode. Il faut dire que ces derniers temps, la lecture des journaux, à laquelle des problèmes de constipation le contraignaient souvent, lui donnait plus d’un sujet d’irritation. Mais là, tout de même, on avait atteint une sorte de sommet ! Il se trouvait en effet un farfelu suédois pour prétendre deviner l’avenir et communiquer avec les morts…


Le soi-disant savant Swedenborg racontait à qui voulait l’entendre qu’il conversait avec les fantômes. Et de citer en exemple la veuve d’un ambassadeur hollandais, qui aurait, grâce à ses services, retrouvé la quittance perdue d’une facture réclamée par un bijoutier malhonnête, alors que son défunt mari l’avait bel et bien réglée sept mois avant d’aller périr on ne sait où.
« Tu vas voir, ton fantôme de hollandais volant avec sa quincaillerie, comme je vais lui apprendre à marcher au pas, moi… » murmura Kant.


« Tous ces efforts pour nous élever à la science, pour rejeter préjugés et superstitions, pour répandre les lumières de la raison, tant de rigueur, de sacrifices… et lire encore de telles charlataneries ! » songeait notre héros.
« Comme si un spectre pouvait agir sur les choses ! Comme si le monde n’était qu’un délire de fantôme ! »

Le Professeur Kant, d’un coup de plume, régla son compte au suédois Swedenborg et à ses visions.
« L’inutilité de cette espèce de phénomènes, écrivit-il, le grand no

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