La prophétie de Samuel
108 pages
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Description

Toujours impliqués dans les grands événements de la Bible, voici Nicolas et Frédéric au seuil de la Terre Promise !

Après l’éprouvante bataille de Jéricho, leurs péripéties les conduisent à David, cet homme au destin unique qui choisit de s’établir dans une ville appelée Jérusalem. C’est leur ingéniosité et leur imagination qui leur permettront de s’introduire dans la ville... Action et suspens garantis !
Collégiens ordinaires, juste un peu plus curieux que leurs copains, Nicolas et Frédéric se retrouvent mystérieusement mêlés à l’histoire du peuple hébreu au temps de la Bible ! Témoins de la fabuleuse Alliance entre Dieu et son peuple, ils en sont aussi les messagers...



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 mars 2011
Nombre de lectures 2
EAN13 9782728914548
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Tome 2

Jean-Michel Touche
À Camille et Simon, mes petits-enfants, à Pierre, Anne-Margaux, Marie-Caroline, Marie-Pierre, Geneviève, Enguerran et tous les autres, qui ont voulu savoir ce qu’il s’est passé après le mont Nébo.
Un bruit bizarre
C ’est au cours d’un dîner que, pour la première fois, je l’ai entendu.
Un bruit bizarre, cristallin, léger, indéfinissable. Le genre de bruit dont vous ne devinerez jamais l’origine, à moins bien sûr que vous ne viviez les mêmes aventures que moi, ce qui serait tout de même très étonnant.
Mais n’anticipons pas.
Marc, mon père, venait de nous décrire avec force détails la nouvelle invention à laquelle il réfléchissait depuis plusieurs semaines. Un appareil compliqué destiné à la transmission de pensée. Au fur et à mesure de ses explications, il était devenu quasiment lyrique, décrivant avec une volubilité incroyable les ondes que produit le cerveau lorsque nous pensons. Entre les alpha, les bêta et les téta, il nous a carrément plongés dans la perplexité, ma mère et moi. Seule Caroline, ma sœur, hochait la tête pour faire croire qu’elle comprenait !
– Vous vous rendez compte, s’enthousiasmait-il, grâce à mon invention on pourra communiquer à distance !
Claire, ma mère, ne parvint pas à saper son enthousiasme quand elle lui rappela l’existence du téléphone portable.
– Ah, je l’attendais, celle-là ! Le portable ! Mais ça n’a rien à voir, ma chérie. Avec mon système, une oreillette suffit. Pas de micro, bien entendu, puisqu’on ne parle pas. On se contente de penser.
– On va vraiment entendre toutes les pensées ? demanda Caroline.
– Oui. Toutes.
C’est à ce moment précis que je l’ai entendu. À l’exception de son côté cristallin, ce petit bruit ne ressemblait à rien. Comment vous dire ? Imaginez par exemple un verre en cristal qui se mettrait à rire tout seul. Cela aurait presque pu y ressembler. Je tournai la tête à droite puis à gauche, cherchant d’où provenait ce son étrange.
– Qu’est-ce que tu as ? Tu as une apparition ?
– Il entend une pensée, sans doute ! ricana Caroline qui fut menacée d’un départ séance tenante en direction de sa chambre.
Marc est le père le plus affectueux du monde, mais il déteste que l’on se moque de ses inventions.
Le petit bruit retentit à nouveau, tout près de moi : « Cli-cli-cli ! » Ça alors ! Qu’est-ce que ça pouvait bien être ?
Je tournai de nouveau la tête à droite puis à gauche. Ma sœur me jouait-elle un tour ? Mes parents me regardèrent sans comprendre et Caroline leva les yeux au ciel en pinçant les lèvres. Elle fait ça chaque fois qu’il m’arrive des choses qui la dépassent.
– Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.
– Quoi ?
– Ce bruit.
Marc, qui est toujours aux aguets comme tous les inventeurs, fronça les sourcils et voulut savoir de quel bruit il s’agissait.
– Mais… vous n’avez pas entendu ?
Voyant les parents froncer les sourcils, j’en conclus que j’étais doté d’une ouïe particulièrement fine, l’oreille absolue en quelque sorte, puisque je détectais des sons que les autres ne percevaient pas.
La nuit qui suivit me parut interminable. Impossible de m’endormir. Deux fois encore le « cli-cli-cli » se produisit. Existait-il un lien entre ce bruit et l’incroyable voyage dans le temps que je venais de faire avec Frédéric ? J’aurais bien aimé poser la question à Fred…
Sacré Frédéric ! Rapidement je passai en revue l’aventure extraordinaire que nous avions vécue tous les deux. Pour l’instant, ni lui ni moi n’en avions soufflé mot à qui que ce soit. Même pas à nos parents. C’est plus fragile qu’on le croit, les parents. Il n’était pas nécessaire de les alarmer. J’avais eu assez peur en constatant que Frédéric n’était pas revenu du mont Nébo en même temps que moi. Dieu merci, il n’avait cependant pas tardé à me rejoindre.
Le sommeil commençait enfin à me gagner, quand il me sembla entendre du bruit dans ma chambre. Je me redressai d’un coup et tendis l’oreille. Pas de doute, quelqu’un marchait à pas de loup. Je distinguais même un chuchotement à peine interrompu par un « cli-cli-cli » encore plus discret que pendant le dîner. Panique à bord ! Je m’enfouis sous les draps. Vous n’allez pas me croire : les voix m’ont suivi dans mon lit. Inimaginable ! La première a dit : « Allez, il faut partir. » La seconde a ajouté : « Viens, Nacklas, on s’en va. » Et j’ai senti une main m’attraper par le bras pour me mettre debout. Là, j’ai poussé un cri de terreur en basculant en arrière. Le noir absolu. Puis plus rien.
Jéricho
M ort de peur, je m’affalai de tout mon long contre un rocher et poussai un cri.
– Chut ! fit une voix. Tu vas les réveiller.
– J’ai mal !
– Tais-toi, Nacklas, reprit la voix.
– Mais, qui es-tu ? Où sommes-nous ? demandai-je en essayant de retrouver mes esprits.
– Comment, qui je suis ? C’est ton coup sur la tête qui t’a fait perdre la mémoire ? C’est moi, Élidad, voyons. On va à Jéricho* . Ma parole, je me demande si Josué a eu raison de t’envoyer avec nous.
Dans l’obscurité quasi totale, je m’efforçai de me lever. Ma tête résonnait comme une énorme cloche en bronze, et la douleur me déchirait le crâne. Qui avait parlé ? Élidad… Élidad ? Oui, cela me disait quelque chose. Fermant les yeux, je cherchai dans ma tête d’où venait ce nom. Mes souvenirs revinrent lentement, à la manière des pièces d’un puzzle qui retrouveraient peu à peu leur place. Je revis les visages d’Élidad et de Yeroham, les deux hommes que Josué avait désignés pour espionner Jéricho et voir comment les Israélites pourraient faire le siège de la ville et en prendre possession.
Oui, je me rappelais à présent. Cela s’était passé dans le camp des Israélites. Josué avait donné ses instructions.
– Préparez-vous, car dans trois jours nous allons traverser le Jourdain pour conquérir le pays que Yahvé nous donne.
Après avoir choisi Élidad pour son agilité et son courage, et Yeroham pour sa taille et sa force, Josué m’avait convoqué.
– Il faut que tu les accompagnes, Nacklas. Je n’ai pas oublié ce qu’a dit Moïse avant de mourir. Si tu as réellement mission de porter témoignage, il faut que tu voies les choses de tes propres yeux. Cherche les points faibles de Jéricho. Aide tes compagnons à les découvrir. Mais sois prudent, surtout. Vous ne devez en aucun cas vous faire repérer.
– Frédéric vient avec nous ?
– Non, répondit Josué. Je peux avoir besoin de lui ici. D’ailleurs, trois, c’est un maximum pour une telle expédition. Mais ne crains rien. Lorsque nous entrerons en Canaan, il te rejoindra et vous serez tous deux auprès de moi.
Nous étions donc partis à la nuit, nous frayant un chemin dans l’obscurité. « Prends garde, m’avait averti Élidad, le sol est jonché de gros cailloux. Ne te tords pas les chevilles, tu nous ralentirais. »
Ensuite… trou noir ! J’étais tombé malgré l’avertissement d’Élidad. Ma tête avait dû heurter un rocher car ma tempe me faisait atrocement mal et j’étais encore étourdi.
– Tu vas nous attendre ici jusqu’à l’aube, dit Yeroham. Si nous revenons au lever du soleil, tout ira bien. Sinon, retourne au camp et préviens Josué. D’accord ?
– Non, c’est trop dangereux, objecta Élidad. S’il est découvert, les gens de Jéricho vont le rouer de coups jusqu’à ce qu’il parle. Ensuite, ils se lanceront à notre poursuite et nous tueront. Si nous voulons réussir, il faut qu’il vienne avec nous. Lève-toi à présent, Nacklas, et suis-nous.
Me redressant tant bien que mal, je collai mes pas à ceux de mes compagnons qui s’étaient remis en marche. Le vent balaya quelques instants les nuages, faisant apparaître un bref instant les murailles d’une ville.
– Jéricho ! s’exclama Yeroham.
– Chut ! fit de nouveau Élidad, à voix très basse. S’il y a des avant-postes, on pourrait nous entendre. À partir de maintenant, plus aucun bruit. Allons-y. Nous avons perdu assez de temps.
Aussi discrètement que possible, nous reprîmes notre progression. Jéricho se dressait devant nous, immense, apparemment impénétrable. Nous longeâmes les murailles dont le sommet se noyait dans l’obscurité de la nuit. Parvenus devant une gigantesque porte de bois qui semblait commander l’unique entrée dans la cité, Yeroham perdit courage et poussa un soupir : « On ne pourra jamais entrer. Il faut faire demi-tour et informer Josué. » Élidad soupira à son tour, peut-être découragé lui aussi.
Je venais de reculer de quelques pas pour mieux prendre la mesure de la ville et des remparts qui l’entouraient, quand j’entendis un bruit très faible. Pas le bruit cristallin qui m’avait tellement intrigué. Non. Quelque chose d’autre, mais également indéfinissable. Mon Dieu, que se passait-il encore ? Je m’accroupis et m’immobilisai, le cœur battant, cherchant d’où provenait cette sorte de crissement. C’était diffus, presque un frôlement. Guère rassuré, je levai légèrement la tête et dirigeai mon regard vers l’endroit d’où semblait venir le bruit. Par chance le vent repoussa de nouveau les nuages, laissant tomber une lumière blafarde mais suffisante pour faire une surprenante découverte. Un homme se tenait au pied de la muraille et parlait à quelqu’un que je ne voyais pas.
Tout doucement je rejoignis mes compagnons.
– Il y a quelqu’un, murmurai-je en leur montrant du doigt la muraille.
– Où ça ?
– Là, regarde.
– Non ! Il n’y a personne, s’emporta Élidad après avoir longuement observé les remparts.
Comment ça, personne ? Me redressant à demi, j’examinai attentivement les remparts à mon tour. C’était renversant ! Je n’avais tout de même pas la berlue ! Quelques secondes plus tôt, un homme se trouvait devant la muraille. Et maintenant, j’avais beau écarquiller les yeux, je ne voyais effectivement personne.
– Je n’y comprends rien, avouai-je honteux. Je t’assure, je l’ai vu, même… Oh ! tiens, regarde !
– Il a raison, souffla Yeroham. Je le vois moi aussi. C’est un homme. Ah ça ! comment fait-il pour apparaître et disparaître à volonté ?
Élidad nous enjoignit de nous taire et tendit l’oreille.
L’homme parlait. Ce que j’avais pris quelques instants auparavant pour un crissement était en réalité un chuchotement à voix basse. Une voix de femme lui répondit. Nous allions de surprise en surprise. Que faisait donc une femme en pleine nuit, au pied des remparts ?
Sans même nous consulter, Yeroham s’élança vers le couple. Dès qu’il l’entendit, l’homme se retourna : « Sauve-toi ! » cria-t-il à la femme. Puis il se mit à courir dans la direction de l’oasis qui bordait Jéricho, et disparut de notre vue. Élidad, de son côté, bondit vers le rempart et saisit la femme par le bras avant qu’elle n’eût réussi à s’enfuir. J’arrivai à mon tour, suivi de Yeroham qui fulminait, vexé d’avoir laissé l’homme lui échapper.
– Ne crains rien, fit Élidad en lâchant la femme. Nous ne te voulons pas de mal. Dis-nous qui tu es.
Elle leva les yeux vers nous sans la moindre trace de peur.
– Je m’appelle Rahab 1 .
– Et que fais-tu la nuit hors de la ville, Rahab ?
– Je raccompagnais un visiteur.
Surpris, Élidad nous regarda puis se retourna vers la femme.
– Un visiteur ? Quand tout le monde dort ?
La femme ne répondit rien. Regardant Élidad droit dans les yeux, elle l’interrogea à son tour.
– Et vous, qui êtes-vous ? Faites-vous partie de ces gens qui viennent du désert ?
– Oui, répondit Yeroham.
– Alors venez. Suivez-moi. Toi, ajouta-t-elle à mon intention, donne-moi la main. Faites attention, le passage est très étroit. Maintenant taisez-vous. On va entrer dans la ville.
– Comment ? questionnai-je. On ne peut pas traverser le mur.
– Tu te trompes, répondit-elle en me tirant par la main.
Rahab contourna un buisson d’épineux. « Par ici », dit-elle. Le buisson masquait une brèche entre les pierres. Cela expliquait l’apparition et la disparition successives de l’homme, tout à l’heure. Il devait être revenu sur ses pas avant de quitter la ville pour de bon. Nous suivîmes Rahab. Elle avait raison. À certains endroits le passage était si étroit qu’il fallait se mettre de biais pour avancer. Cette voie n’était pas assez large pour que Josué et les siens pussent entrer dans Jéricho.
Une fois de l’autre côté, Rahab fila sur la droite et nous fit signe de la suivre. Tout le monde dormait dans Jéricho. Tout le monde ? Pas sûr. Il me sembla voir sur notre droite une porte s’entrouvrir puis se refermer discrètement.
Parvenue chez elle, Rahab nous fit entrer, barricada sa porte derrière nous et alluma une lampe.
– Pourquoi nous reçois-tu chez toi ? demanda Élidad.
– Parce que l’histoire de votre peuple est venue jusqu’à nous, répondit la femme. Nous savons comment votre Dieu a asséché devant vous la mer des Roseaux pour vous libérer des Égyptiens. Ici, tout le monde redoute le peuple de Yahvé. Son seul nom suffit à terroriser les plus courageux des hommes de Jéricho. Moi, je crois que votre Dieu est un grand Dieu et qu’il vous a donné ce pays. Comme il ne servirait à rien de s’opposer à lui, je préfère vous aider. Mais vous, en échange, sauvez-moi et sauvez ma famille. Le jour où les Israélites entreront dans notre ville, épargnez-nous.
– Nous te le jurons, répondirent d’une seule voix mes deux compagnons. Si tu ne révèles rien de notre passage chez toi, tu seras traitée avec bonté lorsque nous aurons pris Jéricho.
Rahab ouvrit une porte et nous indiqua un escalier.
– Montez sur la terrasse, vous serez en sécurité. Mais ne faites pas de bruit et prenez garde à ne pas vous faire repérer.
Peu avant l’aube, un homme franchit la porte que j’avais vue s’entrouvrir à notre arrivée, et se dirigea vers un bâtiment plus vaste que les autres. Je ne m’étais donc pas trompé, on nous avait remarqués. Quand le soleil fut levé, une clameur se répandit dans la ville. Armés de gourdins et de lances, des hommes descendirent dans les ruelles et se dirigèrent vers la maison de notre hôtesse en poussant des cris : « Où sont-ils ? Qu’on les tue ! À mort les espions d’Israël ! » M’approchant du rebord de la terrasse, je risquai un œil vers l’extérieur et me remis aussitôt à plat ventre.
« Ils sont nombreux ? » interrogea Yeroham.
Une trappe se souleva, laissant apparaître le visage de Rahab.
« Ne bougez surtout pas. Ne craignez rien, tout va s’arranger. Mais je vous en prie, pas de bruit. Autrement nous y passerions tous. Ils sont rudement remontés. »
Cette précision était inutile. Il suffisait d’entendre les cris pour s’en rendre compte.
Rahab disparut dans la maison au moment où des coups retentirent contre sa porte.
– Rahab, ouvre-nous. Nous savons que des hommes d’Israël sont venus nous espionner et qu’ils se cachent chez toi. Livre-les nous.
– Oui, des hommes ont voulu venir chez moi, répondit Rahab en se penchant par une fenêtre. Ils ont cherché à forcer ma porte mais j’ai résisté, alors ils sont repartis. Je crois qu’ils sont retournés en direction du Jourdain. Si vous courez vite vous pourrez peut-être les rattraper.
On entendit des cris, il y eut des menaces proférées contre nous et contre le peuple d’Israël, et les hommes de Jéricho sortirent de la ville pour se lancer à nos trousses. Les gardes refermèrent derrière eux l’immense porte, ne laissant à l’intérieur des remparts que des femmes, des enfants et des vieillards saisis par la crainte.
Rahab nous rejoignit sur la terrasse.
– Vite, il faut partir avant leur retour. Allez dans la montagne et restez-y cachés quelques jours. Dès que les hommes d’ici seront rentrés, vous pourrez regagner votre camp. Mais promettez-moi à nouveau de laisser la vie sauve à moi, ainsi qu’à toute ma famille.
– Nous t’en faisons le serment.
La maison de Rahab était accolée aux remparts. L’une de ses fenêtres ouvrait sur l’extérieur, c’est par là que nous allions nous enfuir. Rahab nous remit une corde et nous indiqua comment nous échapper.
– Ça serait mieux de passer par le même chemin que cette nuit, fit remarquer Élidad.
– Non, répondit Rahab. Ce passage est un secret. Personne ne doit le connaître.
Je la regardai avec surprise.
– Pourtant nous le connaissons, et l’homme qui était avec toi la nuit dernière le connaît aussi.
– Tu es un petit futé, Nacklas. Mais sans moi tu ne le retrouverais jamais. Ni de l’extérieur, ni depuis l’intérieur. Maintenant hâtez-vous tant que la voie est libre. Tenez, prenez ça. Ce sont des dattes de la palmeraie. Elles vous permettront de tenir une bonne journée. Que votre Dieu vous bénisse et vous aide.
Rahab nous tendit un paquet enveloppé dans un linge.
Suivant ses conseils, nous passâmes par la fenêtre. La corde était trop courte, il fallut sauter dans le vide. Yeroham se blessa en tombant et poussa un cri. Sa jambe droite avait cassé une branche d’épineux : une partie s’était enfoncée dans son mollet. Le sang jaillit aussitôt. Pour éviter de crier à nouveau, Yeroham mordit son avant-bras. Incapable de poser le pied par terre, il tenta d’avancer en sautillant mais il perdit l’équilibre et chuta de nouveau.
Nous ne pouvions nous permettre de perdre trop de temps. Les gens de Jéricho ne tarderaient plus à revenir.
« Aide-moi, nous allons le soutenir » fit Élidad.
Mais Yeroham était trop lourd pour nous. Au-dessus de nos têtes, Rahab avait refermé le volet de bois devant la fenêtre. Impossible de l’appeler. Et d’ailleurs, qu’aurait-elle pu faire ? Quant au passage que nous avions emprunté la nuit précédente, j’eus beau tourner et retourner, je ne parvins pas à le retrouver.
– Laissez-moi et fuyez, supplia Yeroham.
– Pas question, répondis-je sans laisser à Élidad le temps de réagir. Je vais arranger ça.
Élidad me lança un drôle de regard, tandis que Yeroham, sous le coup de la souffrance, continuait de mordre son bras sans m’accorder la moindre attention. Je priai Élidad d’allonger son ami et de lui tenir les bras pour qu’il me laisse intervenir. Surpris sans doute par mon assurance, Élidad s’exécuta : « Comme ça ? » demanda-t-il. Je fis signe que oui. Puis, me penchant sur Yeroham, je posai les mains sur sa blessure et rapprochai peu à peu les bords déchirés de ses chairs. Tout d’abord haletante, sa respiration devint plus régulière et ses traits se détendirent.
« Comment fais-tu ça ? » interrogea Élidad visiblement éberlué.
Je ne répondis pas. La douleur avait quitté Yeroham. Peu importait qu’elle remontât le long de mes bras, Yeroham pouvait à présent se lever, nous devions partir sans plus attendre.
Chemin faisant, Élidad posa de nouveau sa question. Tout en grimpant à flanc de montagne, j’expliquai que je ne savais pas, que c’était venu tout seul, de longues années auparavant. Me retournant à cet instant, j’aperçus un nuage de poussière qui revenait du Jourdain et s’approchait de Jéricho.
« Vite, ils reviennent. Dépêchons-nous. »
Sans doute avais-je parlé avec autorité car mes compagnons accélérèrent le pas sans protester. Nous avons grimpé longtemps à travers de larges étendues jonchées de pierres de toutes tailles. Je n’en pouvais plus. Le soleil cognait dur et nous n’avions rien pour étancher notre soif.
Un moment, épuisé, je m’arrêtai pour souffler. Surplombant Jéricho, nous pouvions voir tout ce qui s’y passait. Yeroham s’approcha de moi et posa sa main sur mon épaule. Il ne dit rien, mais la pression de ses doigts suffisait à exprimer sa reconnaissance.
Nous demeurâmes trois jours dans une grotte, à mi-hauteur de la montagne. Élidad n’avait pas son pareil pour dénicher du miel sauvage que nous avalions avec bonheur. Quelques chèvres, égarées peut-être, nous fournirent du lait.
Quand la douleur eut quitté la jambe de Yeroham, nous décidâmes de regagner le camp. Depuis notre repaire nous avions surveillé Jéricho. De retour de leur vaine expédition, ses habitants s’étaient barricadés derrière leurs remparts dans la crainte d’une attaque. Rahab n’avait pas menti, l’approche des Israélites et la puissance de Yahvé répandaient l’effroi.
Réunis autour de Josué, les chefs écoutèrent notre récit avec attention. La taille de Jéricho les impressionnait, de même que l’enceinte qui la protégeait.
– La brèche par laquelle cette femme vous a fait passer, pourrons-nous l’emprunter ? demanda l’un d’eux.
– Non. Elle est beaucoup trop étroite. Ça va pour deux ou trois personnes, mais pas davantage.
– Dans ce cas, nous ne pourrons jamais entrer ! s’exclama un homme âgé au regard triste. Il faut contourner cette ville. Vouloir la prendre serait aller au-devant des plus graves dangers.
Yeroham, qui s’était tu jusque-là, se leva et prit la parole.
– Hommes incrédules, allez-vous à votre tour manquer de confiance dans le Seigneur ? Allez-vous, comme vos pères, refuser de croire en sa parole ? Oui, cette ville est imposante, oui, elle semble imprenable. Mais ses habitants redoutent notre arrivée. Le seul nom de Yahvé les affole. Rahab, la femme qui nous a abrités, nous l’a dit et nous en avons eu confirmation depuis notre cachette dans la montagne. De là où nous étions, nous avons pu voir avec quelle frénésie ils organisaient leur défense. Ils nous craignent, c’est certain.
– Tu devrais dire qu’ils craignent Yahvé, intervint Josué. Souvenez-vous des paroles de Moïse. Cette terre, le Seigneur nous la donne. Gardez confiance. Hier, Yahvé nous a fait sortir d’Égypte en asséchant la mer des Roseaux. Demain, il nous livrera Jéricho. Alors rien ni personne ne nous résistera. Nacklas et Frédéric seront mes messagers. C’est eux qui vous porteront mes instructions. Maintenant, rejoignez vos tribus. Dès l’aube, nous partirons pour le Jourdain.
Ce discours redonna du courage aux chefs du peuple qui acclamèrent Josué.
– Tout ce que tu nous commanderas, nous le ferons. Et là où tu nous enverras, nous irons !

* Tu trouveras à la fin du livre des explications sur les mots en caractères gras.
La traversée du Jourdain 2
A ux premières lueurs du jour, le peuple s’ébranla dans la plus belle des pagailles en direction du Jourdain . Dans une rumeur formidable, hommes et bêtes mélangés, il se mit en mouvement vers le pays que Dieu avait promis. Nous allions, Frédéric et moi, de famille en famille, pressant certaines, en freinant d’autres. C’était épuisant, mais l’excitation nous donnait des ailes !
Le soir, après une journée éreintante, nous rejoignîmes Josué qui avait établi son camp sur une petite hauteur à proximité de la rive orientale du fleuve. Sa femme venait de cuire la manne ramassée le matin. Elle nous en offrit deux galettes chacun, dont nous ne fîmes qu’une bouchée tant nous étions affamés.
« Vous allez passer la nuit ici, décida Josué. Demain, j’aurai besoin de vous. »
Si les gens de Jéricho nous apercevaient depuis leurs murailles, ils devaient frémir et penser que la terre brûlait, de l’autre côté du Jourdain. Avec le soir, les feux s’étaient multipliés dans le camp d’Israël. Chaque famille avait allumé le sien pour cuire la manne et avait ensuite laissé les flammes danser dans la nuit. Cela brillait de partout. Un immense bivouac sur lequel flottait une rumeur : « Demain en Canaan. »
Avant de nous endormir, je décrivis en détail à Frédéric ce que nous avions vu, Yehoram, Élidad et moi, au cours de notre mission. Je m’attardai notamment sur les formidables murailles qui protégeaient Jéricho.
– Si elles ressemblent à ce que tu racontes, fit Frédéric en grimaçant, je ne vois pas comment on pourra s’emparer de cette fichue ville. Pourquoi n’en fait-on pas le tour ?
– Dis donc, Fred, tu ne vas pas faire comme les Hébreux, toi ? Tu n’as quand même pas oublié tout ce que le Dieu d’Israël peut faire ! Souviens-toi, mon vieux, quand la mer des Roseaux s’est ouverte devant nous. Eh bien, Jéricho, en comparaison, c’est rien ! S’il a décidé de donner ce pays aux Israélites, il va le faire, ne t’inquiète pas.
Ce n’est pas mon argument qui réussit à convaincre Frédéric. Je crois que c’est plutôt une étoile filante qui traversa le ciel en direction de Jéricho. La longue traînée lumineuse qu’elle dessina resta gravée dans la nuit plusieurs secondes avant de s’évanouir lentement.
« Regarde ! s’écria Frédéric. Après tout, tu as peut-être raison. »
La fatigue nous plongea peu après dans un sommeil profond que la main de Josué sur nos épaules vint interrompre le lendemain, quand il fut temps de se lever.
Autour de nous, les premières familles s’éveillaient. Braiments d’ânes et bêlements de moutons, cris de nourrissons exigeant le sein de leur mère, jurons étouffés. Bien que naissante, l’aube bruissait de la vie d’un peuple.
Après avoir abondamment plongé la tête dans le Jourdain proche afin de bien nous réveiller, nous revînmes en courant auprès de Josué pour nous mettre à sa disposition. Déjà les prêtres se tenaient autour de l’arche d’Alliance, prêts à partir.
« Allez avec les scribes, nous dit Josué. Vous donnerez aux premières familles le signal du départ dès que vous verrez les prêtres lever le camp avec l’Arche. L’Éternel va marcher en tête du peuple. Il nous montrera la voie. C’est lui qui nous ouvrira le chemin de la Terre Promise. Que chaque tribu choisisse un homme qui ramassera une pierre en traversant le Jourdain. On s’en servira pour dresser ensuite un autel à la gloire de Dieu, lorsque nous aurons pris pied sur l’autre rive. »
Le soir venu, et comme la veille, nous ne sentions plus nos jambes tant nous avions couru, Frédéric et moi, tant nous avions sauté par-dessus les pierres qui jonchaient la rive du fleuve, enjambant de temps à autre les rares biens que les femmes empaquetaient pour les charger sur leurs ânes ou à même leurs dos.
« Ça ne te rappelle rien ? » demanda Frédéric.
Sous nos yeux, les Israélites se mettaient en mouvement. Exactement comme lorsqu’ils avaient quitté l’Égypte sous la conduite de Moïse, précédés par la nuée lumineuse.
« Tu te rappelles lorsque nous avons traversé la mer des Roseaux, reprit-il, cette colonne de feu qui se dressait dans l’obscurité et qui nous montrait le chemin ? »
Bien sûr, je me souvenais de cette étrange colonne de lumière surgie de nulle part, qui s’était formée devant Moïse et avançait dans les ténèbres pour nous guider. Aujourd’hui encore Yahvé indiquait la route. Il le faisait cette fois avec l’Arche que portaient les prêtres et où se trouvaient les Tables de la Loi .
« Viens, dis-je à Frédéric, retournons auprès de Josué, il peut avoir besoin de nous. »
Coupant à plusieurs reprises à travers la longue file des Israélites qui poussaient leurs troupeaux sur un chemin sinueux en direction du Jourdain, nous le rejoignîmes en contrebas dans la palmeraie qui s’étendait au bord du fleuve. Le soleil éclairait à présent la terre que Dieu allait donner à son peuple, et la caressait de ses rayons, jouant avec l’ocre des roches, le vert des palmiers et le bleu profond du ciel.
Essoufflés mais portés par une force inouïe, nous ne pouvions détacher nos yeux de l’arche d’Alliance. Au moment précis où les prêtres qui la portaient entrèrent dans le fleuve, il se produisit exactement la même chose que devant la mer des Roseaux. Le Jourdain cessa de couler !
« Venez avec moi, nous dit Josué. Nous allons nous poster au bord du fleuve. Dès qu’il sera sec, le peuple tout entier devra passer. »
À la fois attentifs et émerveillés, nous observâmes le lit du Jourdain qui apparaissait au fur et à mesure que l’eau se retirait, avec ses petites pierres rondes, ses roches rugueuses que la violence du courant n’avait pas encore polies, son gravier et son sable très fin.
À la suite des prêtres, hommes, femmes et enfants s’engagèrent dans le lit asséché pour le traverser. Quelques heures auparavant, le Jourdain coulait avec orgueil et impétuosité. À présent, il s’était littéralement assoupi, tel un lion qui s’endort, repu, les pattes de devant croisées sur son mufle, inoffensif, voire apaisant.
Quand tout Israël fut passé, les prêtres reprirent leur marche et sortirent du Jourdain.
« Regarde ! » s’écria Frédéric.
Stupéfaits, nous vîmes les eaux reprendre leur cours. Doucement pour commencer, puis de plus en plus violemment, et bientôt en furie, comme pour essayer de rattraper ces nomades qui venaient de franchir le fleuve sans payer de quelques noyades le tribut qu’il avait coutume d’exiger. Ainsi qu’il l’avait fait à la mer des Roseaux, Yahvé venait de suspendre un moment les eaux pour que son peuple puisse entrer en Terre Promise.
Les Israélites dressèrent leur camp à Guilgal, sur la rive occidentale du fleuve. Il me semblait que le passage avait à peine duré, mais les familles étaient nombreuses et voici qu’à présent le soir était tout proche. Continuer le chemin n’aurait pas été sage.
Selon ce qu’il avait annoncé, Josué appela les chefs des douze tribus. Ensemble, ils dressèrent un autel pour Yahvé avec les douze pierres ramassées dans le lit du Jourdain.
« Ce mémorial rappellera à vos enfants et aux enfants de vos enfants que le Seigneur Yahvé a fait passer Israël à pied sec. Quant à vous, ajouta Josué en regardant l’ensemble du peuple que Yahvé lui avait confié, n’oubliez jamais combien la main du Seigneur est puissante et combien il vous aime, lui qui a interrompu pour vous le cours du Jourdain. Vivez dans le respect et la crainte de l’Éternel. »
La prise de Jéricho 3
D epuis la lisière de la palmeraie, Josué avait observé Jéricho durant toute la journée. Personne n’y entrait, personne n’en sortait. On aurait juré une ville morte. La nuit venue, il décida d’y partir en reconnaissance et me demanda de l’accompagner. « Je veux voir cette fameuse brèche dans la muraille. Peut-être pourrions-nous tout de même l’emprunter ? »
Avec des ruses de Sioux, nous nous approchâmes de la cité qui ressemblait à une masse noire, encore plus sombre que la nuit.
« Alors, où se trouve-t-elle, cette brèche ? »
Évidemment, c’est toujours quand on est sous pression que les choses clochent ! Impossible de retrouver ce fichu passage. Bon. Restons calmes. Rahab nous a fait passer derrière un buisson d’épineux. Je devrais repérer ça, un buisson d’épineux. Même dans la nuit. J’accélérai le pas, histoire de précéder Josué pour lui annoncer triomphalement : « C’est ici. » Mais il n’y avait rien du tout. Les gens de Jéricho se seraient-ils doutés de quelque chose ? Auraient-ils abattu l’arbre et bouché le passage ? Je retournai, rempli de honte, pour annoncer cette mauvaise nouvelle à Josué… Josué ? Oh ! Josué ?
Pas de Josué ! Personne ! Ma parole, il ne m’avait quand même pas laissé tomber ! Ce n’était pas son genre. Où était-il passé ? Brusquement, une lueur étrange apparut, accompagnée d’un bruit de voix semblable à un chuchotement. Instinctivement, je m’accroupis. La lueur s’évanouit et le bruit se fit plus discret, jusqu’à disparaître. Inquiet, ne sachant que faire et respirant à peine, j’attendis un moment. Rien ne bougeait. Cela dura longtemps. Quand on a peur, le temps paraît démesurément long. Soudain le bruit de voix s’éleva de nouveau et la lueur réapparut. Aucun doute possible : il y avait des gens au pied des remparts. Des gens qui parlaient tout bas. Ah, ça ! Josué serait-il tombé sur Rahab ? Ou au contraire entre les mains de l’ennemi ? Il fallait faire quelque chose.
Rampant à moitié, tremblant de tous mes membres mais bien décidé à défendre Josué en cas de nécessité, je me dirigeai vers l’endroit d’où provenaient les voix.
Je dus me retenir pour ne pas pousser un cri de surprise. Au pied de la muraille, immobiles, deux hommes se faisaient face. L’un d’eux était Josué. L’autre, je ne le connaissais pas. Une lumière étrange le rendait lumineux, comme si elle venait de l’intérieur de son corps. Poussé par la curiosité, je dominai ma crainte et m’approchai en silence, suffisamment pour entendre Josué poser cette simple question :
– Qui es-tu ?
L’homme ne répondit pas tout de suite.
– Mais qui es-tu ? questionna de nouveau Josué d’une voix qui avait du mal à dissimuler son inquiétude. Es-tu des nôtres ou bien es-tu de Jéricho ?
– Je suis l’envoyé de l’Éternel, répondit l’inconnu avec une voix majestueuse. Écoute ce que je vais te dire. Si tu obéis aux instructions que je vais te donner, dans sept jours la muraille de Jéricho s’effondrera et tu pourras prendre possession de la ville.
– Que devrons-nous faire ? questionna Josué.
– Écoute-moi bien et fais ce que je vais te dire.
J’eus beau m’approcher encore, impossible d’entendre la suite. Un vent léger venait de se lever et de siffler à mes oreilles, couvrant les paroles de l’inconnu. Une chape de plomb tomba sur moi, m’empêchant de bouger. Je voyais Josué et son mystérieux interlocuteur, mais je ne pouvais ni entendre ni remuer d’un pouce. Un peu comme avec Moïse devant le buisson ardent.
Quand enfin je fus en mesure de bouger, Josué se trouvait seul dans la nuit et me secouait le bras.
– Nacklas, me dit-il, nous devons rentrer au camp. Je sais maintenant comment nous prendrons Jéricho.
Il me regarda ensuite avec attention.
– L’inconnu m’a recommandé de prendre soin de toi. Il ne doit pas t’arriver malheur.
– Pourquoi ?
– Il ne l’a pas précisé, répondit Josué en posant sa main sur mon épaule. J’aimerais bien savoir qui tu es vraiment et quelle est cette mission dont parlait Moïse.
C’est alors que le petit « cli-cli-cli » venu de nulle part a retenti une fois encore à mon oreille.
– Tu as entendu ?
– Quoi ? demanda Josué l’air étonné.
– Rien, j’ai dû me tromper, répondis-je.
Puisque Josué n’avait rien entendu, comme Marc et Claire dans l’autre temps, cela prouvait bien que ce cliquetis s’adressait à moi seul.
Que signifiait-il ? Quelqu’un cherchait-il à entrer en communication avec moi ?
Grimpés l’un et l’autre sur un rocher, nous contemplions, Frédéric et moi, le peuple d’Israël rassemblé à proximité de Jéricho. Josué s’approcha des hommes en armes et leur ordonna de ne faire aucun bruit, de ne dire aucun mot, selon les instructions qu’il avait reçues.
« Allez, et faites le tour de la ville. Mais ne poussez pas le cri de guerre. Pas encore. Je vous dirai quand vous pourrez le faire. »
Quelques protestations fusèrent. A-t-on jamais vu armée aller à l’ennemi sans hurler ? Ignorant les mécontents, Josué se tourna vers les prêtres.
« Avancez, maintenant. C’est l’heure. »
Sept prêtres portant chacun une trompette se mirent en route, précédant l’Arche de Yahvé. Le peuple venait ensuite, silencieux, selon les ordres de Josué. En équilibre sur notre rocher, nous n’osions pas bouger tant le spectacle de cette immense colonne, marchant autour de Jéricho au son des trompettes des prêtres, nous impressionnait.
Une fois achevé le tour de la ville, les hommes se replièrent vers le camp où les femmes avaient préparé le repas du soir et puisé l’eau à même le Jourdain. La pourpre du ciel se teinta de noir et disparut dans la nuit qui recouvrit le monde. Accroupi près de Josué, Frédéric tombait de fatigue et ne tarda pas à sombrer dans le sommeil. Je l’imitai presque aussitôt.
Le froid nous surprit à l’aube. Déjà Frédéric s’activait auprès du feu et soufflait sur les braises quand je me réveillai. Une flamme s’éleva bientôt, éclairant en rouge les corps endormis qui émergeaient peu à peu du sommeil.
« Va, Frédéric, et toi aussi, Nacklas, ordonna Josué. Buvez rapidement un peu de lait puis parcourez le camp pour que tous se préparent. Que les hommes ne tardent pas, ni les prêtres. Nous devons faire à nouveau le tour de Jéricho. Et nous recommencerons demain et les quatre jours qui suivront. »
Frédéric partit de son côté et moi du mien. Au bout d’une heure ou deux, le soleil se trouvait haut dans le ciel et les premiers hommes sortaient du camp en rangs serrés et silencieux. Une fois les prêtres arrivés devant la ville, leurs trompettes résonnèrent, faisant vibrer les airs de leur son éclatant. L’Arche à son tour prit le chemin de Jéricho, suivie de près par l’arrière-garde. Les hommes, comme la veille, regagnèrent le camp après avoir accompli le tour de la ville. Une nouvelle nuit se passa, sans bruit, sans cri, seulement troublée par les piqûres des moustiques et les rêves des tout-petits.
Le même scénario se reproduisit encore quatre fois.
Au matin du septième jour, Josué appela les chefs des tribus et leurs fils. L’horizon rougeoyait de manière inhabituelle. De gros nuages lourds et noirs filtraient les rayons du soleil et les projetaient sur Jéricho, comme pour l’incendier. Chacun comprenait que ce jour serait différent des autres.
« Aujourd’hui, s’écria Josué, l’Éternel va nous donner la ville. Écoutez-moi bien, vous tous. Nous allons faire sept fois le tour des remparts. À la septième fois, quand les prêtres sonneront de la trompette, vous devrez pousser le cri de guerre. Alors la ville tombera entre nos mains. »
Une acclamation accueillit cette déclaration, que Josué eut bien du mal à faire cesser.
« Écoutez-moi encore. Jéricho est le verrou qui commande notre passage en Terre Promise, et Yahvé va nous ouvrir cette porte. Aussi Jéricho doit lui être consacrée. Vous ne prendrez aucun bien, vous ne laisserez aucun survivant, à l’exception de Rahab et de sa famille, car elle a protégé Élidad, Yeroham et Nacklas. Maintenant allons. Il est temps. »
Émus, les Israélites se mirent en mouvement. Par six fois, hommes en armes, sonneurs de trompette, Arche de Yahvé et arrière-garde firent le tour de Jéricho. Lentement. Avec solennité.
– Écoute ! me dit Frédéric. Tu entends ?
Je dressai l’oreille et me retournai vers mon ami.
– Non, je n’entends rien. Que se passe-t-il ?
– Écoute bien. Là. Tu entends maintenant ?
Le chant de Moïse ! Le chant grave et profond qui avait fait l’unité des Hébreux à leur sortie d’Égypte ! Voilà qu’inconsciemment les chefs des différentes tribus s’étaient mis à fredonner en sourdine cette mélodie que l’on aurait dite gravée dans leurs gènes. À présent, chacun la reprenait à bouche fermée. Rapidement la colonne des Israélites ne fut plus qu’un chant d’espoir et d’amour qui s’élevait vers Yahvé. Comme des dizaines d’années plus tôt, lorsque l’Éternel les avait fait sortir d’Égypte.
Quand Israël eut achevé le septième tour, les hommes s’arrêtèrent et les prêtres sonnèrent de la trompette. Puis, selon les directives, le peuple tout entier poussa le cri de guerre.
Alors un grondement terrible se fit entendre, du ciel et de la terre. Le sol trembla sous nos pas. Hagards, nous regardions tous la ville. Sous nos yeux pétrifiés, les remparts se mirent à bouger. Des cris montèrent de Jéricho, des hurlements de peur devant le cataclysme qui s’abattait sur la ville. De nos rangs également s’élevaient des cris. Mais des cris de joie car la porte de la Terre Promise n’allait pas tarder à s’ouvrir.
Frédéric m’attrapa par le bras.
– Regarde, là !
Du doigt il me montra dans la muraille une fissure qui s’élargissait progressivement. Elle avait pris naissance derrière un épineux et formait dans le mur une fente étroite.
Je ne pus réprimer un cri.
– Frédéric, cet épineux, c’est celui que j’ai cherché en vain la nuit où je suis retourné près des remparts avec Josué. Je suis sûr que la fissure est partie du passage qu’utilisent les visiteurs de Rahab.
– Peut-être, répondit Frédéric. Mais regarde, maintenant ça s’ouvre de partout.
Effectivement, les remparts se désagrégeaient et tombaient lourdement devant les habitants de Jéricho terrorisés, qui couraient en tous sens.
Médusé, je contemplais l’œuvre de Yahvé. Car ce phénomène extraordinaire ne pouvait venir que de lui. Ainsi, voilà ce qu’avait annoncé l’étrange personnage avec lequel j’avais vu parler Josué !
Je me sentis brusquement bousculé puis soulevé : « Viens ! » cria quelqu’un. Me retournant, je reconnus Yeroham.
« Vite, Nacklas, il faut se rendre chez Rahab et sa famille. Nous avons fait le serment de les protéger. »
Sans réfléchir je courus derrière lui, bientôt rejoint par Frédéric. Devant nous, Élidad venait d’atteindre la muraille. Lui aussi voulait secourir Rahab. Il retrouva sans peine la maison dans laquelle nous nous étions cachés, cogna contre la porte et l’enfonça d’un coup d’épaule.
Rahab et les siens nous attendaient.
« Nous voici comme nous l’avions promis, déclara Élidad. Venez tous. Nous allons vous mettre en lieu sûr. »
Un à un, les parents de Rahab sortirent de la maison. Abasourdis, ils contemplèrent les remparts de leur cité qui continuaient de s’effondrer.
« Pas de temps à perdre ! hurla Yeroham. Vite, suivez-nous. »
Tandis que les Hébreux s’introduisaient dans Jéricho, scandant toujours leur cri de guerre, nous courûmes vers la palmeraie.
– Où nous conduisez-vous ?
– Les femmes de ma famille prendront soin de vous, assura Élidad. Personne ne vous fera le moindre mal.
À Jéricho, les deux camps luttaient de manière acharnée. Enivrés par la facilité avec laquelle ils étaient entrés dans la ville, les Israélites saccageaient tout sur leur passage, ne laissant pas pierre sur pierre. Impatient de prendre lui aussi part à la bataille, Yeroham abrégea l’installation des réfugiés et s’en retourna vers la ville. J’avais beau lui crier de nous attendre, il courait aussi vite que le lui permettait la lourde épée que lui avait confiée Josué.
Au moment où nous atteignîmes Jéricho, les remparts finissaient de s’écrouler. Frédéric, qui a toujours couru plus vite que moi, me devançait. Il allait sauter par-dessus un tas de gravats lorsque le dernier pan de mur encore debout trembla sur ses bases et se disloqua dans un vacarme épouvantable qui couvrit celui de la bataille. Les pierres les plus hautes tombèrent lourdement, frôlant la tête de Frédéric. Il m’entendit hurler et se retourna vers moi. Ce mouvement lui sauva la vie car une pierre plus lourde que les autres rebondit à sa hauteur et lui aurait autrement défoncé le crâne.
Après ? Je ne sais plus. Quelqu’un a crié : « Nacklas, tu es fou ! » Il me semble avoir vu une femme se pencher vers moi mais je n’en suis pas certain. Ma poitrine se déchira et la douleur m’arracha un cri.
Curieuse sensation de vide, bruit assourdissant, sifflement super aigu. Puis, plus rien.
La boîte en fer
C aroline braquait sur moi des yeux ahuris, lorsque je repris mes esprits.
« Tu t’es fait mal ? »
Évidemment que j’avais mal. Allongé sur le dos, tout mouvement m’arrachait un gémissement.
« Mais qu’est-ce que tu as fait ? »
Ça, je n’en savais rien. Quelques instants auparavant, j’allais franchir les remparts de Jéricho en compagnie de Frédéric, et voilà qu’à présent je me trouvais assis par terre dans ma chambre, devant ma sœur, entouré de tout ce que je rangeais habituellement dans ma bibliothèque.
– Regarde, reprit Caroline, tu as fait tomber toutes tes étagères. Tu es fou, ma parole ! Comment as-tu fait ça ?
– Ce n’est pas moi. Ce sont les trompettes de Jéricho.
Caroline se drapa dans sa dignité, persuadée que je me moquais d’elle, et me traita d’empoisonneur public, avant de quitter ma chambre en claquant la porte.
– Je te jure que c’est vrai ! criai-je à tue-tête.
La porte se rouvrit violemment.
– Et moi, je suis la reine de Saba, crétin !
Nous en étions là de nos échanges de mots doux, lorsque je découvris près de moi ma boîte à trésors, une boîte carrée, en fer, à laquelle je tenais particulièrement. De son vivant, ma grand-mère y plaçait les gâteaux que ma mère lui confectionnait. Lorsque je venais lui rendre visite, elle attrapait sa boîte en catimini, retirait cérémonieusement le couvercle et me disait : « Tiens, sers-toi, mon grand. » Et moi, je faisais une razzia sur les petits millas cannelés, spécialité de ma mère, dont je raffolais.
Le jour où Grand-Mère a disparu, Claire est arrivée dans ma chambre, le soir, avec la boîte en fer blanc, et m’a serré très fort contre elle comme chaque fois qu’elle est émue.
« Tiens, ta grand-mère m’a toujours dit qu’elle voulait te donner cette boîte. Elle prétendait qu’elle y avait mis ton sourire, et que la boîte te revenait. »
Se savoir aimé, c’est extraordinaire. Même dans les moments tristes. Et celui-ci était vraiment triste parce que je comprenais que je ne verrais plus jamais ma grand-mère et que plus jamais elle ne me confierait ses petits secrets. C’est elle qui m’avait parlé de mon ange gardien. J’avais souri sans trop y croire à l’époque.
Je n’ai pas voulu pleurer devant ma mère, mais quand même, c’était juste ! La boîte paraissait vide. Il est vrai qu’un sourire, ça ne pèse pas bien lourd. À l’intérieur pourtant se trouvait une demi-feuille de papier sur laquelle, de son écriture toute cabossée tant elle tremblait, Grand-Mère avait écrit : « Souris, chaque fois que tu ouvriras cette boîte, et gardes-y tes secrets. Un jour, tu verras, tu seras étonné de ce que tu y découvriras. »
La boîte se trouvait donc par terre à mes pieds, au milieu des livres et des bibelots qui avaient dégringolé sous l’effet de je ne sais quel mystère. Je me baissai pour la ramasser et ranger avec soin ce trésor. Or elle était anormalement lourde. Étonné, je l’ouvris et poussai un cri de surprise.
– Quoi encore ? questionna Caroline qui n’avait pu s’empêcher de revenir dans ma chambre.
– Ah ! ça ! Ce n’est pas possible !
– Qu’est-ce qui n’est pas possible ?
Sous le coup de la surprise, les mots me manquaient.
– Regarde !
Ma sœur s’accroupit auprès de moi et regarda l’intérieur de la boîte.
– Eh bien ?
Toute cabossée alors que jusqu’à présent elle était en parfait état, la boîte de ma grand-mère contenait une pierre. Une pierre ocre.
– Cette pierre, Caroline, cette pierre… Non, tu ne peux pas comprendre.
– Quoi ? C’est une pierre, voilà tout.
– Non, justement, Caro. C’est plus compliqué que ça. Cette pierre… Tu ne me croiras pas… Écoute, je vais tout te raconter.
Nous étions assis tous les deux au pied de mon lit. Je fis à ma sœur le récit des aventures que nous avions vécues, Frédéric et moi, notamment de la traversée du Jourdain et de la prise de Jéricho.
Interdite, Caroline faisait des yeux ronds, ne sachant si elle devait me croire ou si je lui racontais des craques.
– Cette pierre, comment se trouve-t-elle dans ta boîte ?
– Ça, mystère ! Je n’en sais rien. Mais c’est celle que j’ai reçue en pleine poitrine devant les remparts de Jéricho. J’en suis certain.
– Emmène-moi là-bas, Nicolas, supplia Caroline. Je veux aller dans le passé, moi aussi. Tu verras, je t’aiderai. S’il te plaît !
– Je veux bien, Caro, mais je ne sais pas comment faire. Brusquement je change d’époque et ça se produit tout seul.
La porte de la chambre s’ouvrit à ce moment-là, et mon père fit irruption en pyjama dans la chambre. Quand il découvrit le désastre, il nous regarda avec stupéfaction. Avant qu’il n’ait pu formuler la moindre question, Caroline lui annonça :
– Ce sont les trompettes de Jéricho.
– Les trompettes de Jéricho ? (Marc faillit s’étrangler.) Mais vous n’êtes pas fous tous les deux ? Qu’est-ce qui vous prend ? Vous avez vu l’heure ? Et qu’est-ce qui vous a pris de mettre tout ça par terre ?
De très mauvaise humeur, l’œil courroucé, il contemplait le désordre de ma chambre et faillit shooter dans la boîte que j’eus à peine le temps de déplacer, lui évitant de se blesser les orteils, ce qu’il ne soupçonna même pas.
– Je viens de te le dire, Papa. Ce sont les trompettes de Jéricho, répéta Caroline avec son assurance habituelle.
Moi, ça bouillait dans ma tête. Elle, elle répondait à son père comme si tout ça était normal. C’est fou, le tempérament de cette fille.
– Toi, Caroline, déguerpis. Demain, je vais te parler des trompettes de Jéricho, moi, tu vas voir. Quant à toi, jeune homme (c’est très rare qu’il m’appelle jeune homme, et en général ce n’est pas bon signe), tu es privé de piscine demain. Tu vas réparer les dégâts, ensuite nous aviserons, ta mère et moi. Pour le moment, va te coucher.
Par gros temps, dans la famille, on a toujours intérêt à baisser les voiles et à filer doux. C’est l’expérience qui parle. J’obéis donc, sans manifester d’opposition.
« Il faut dormir, maintenant. »
Marc éteignit la lumière et quitta la pièce, me laissant seul et un peu désemparé, je l’avoue.
Peu après son départ, des bruits étranges se manifestèrent. Comme si tout ce qui était tombé de mes étagères se mettait en mouvement dans l’obscurité. Au début, je ne compris pas de quoi il s’agissait. Mais, peu à peu, je distinguai des voix. Guère rassuré, je m’assis dans mon lit, le dos calé contre le mur, les draps remontés jusqu’au menton, bien décidé à me défendre si l’on m’attaquait. N’entendant plus rien, j’osai un timide « Qui est là ? » et je retins aussitôt un hurlement. Dans la nuit, je venais de recevoir un formidable coup sur la tête !
L’Arche prise en otage
– E nfin tu es là ! Mais où étais-tu passé ?
Ouvrant les yeux, je découvris Frédéric penché vers moi, qui me secouait comme si j’étais évanoui.
– Allez, mon vieux, c’est fini. On est sauvé.
– Sauvé de quoi ?
– Holà ! s’exclama Frédéric, tu as dû recevoir un fameux coup sur le crâne, toi. Tu ne te souviens pas ? On revient d’Ashdod, mon vieux. Du temple de Dagôn .
Ashdod ? Dagôn ? Oui, ces noms me disaient vaguement quelque chose. J’allais fermer les yeux pour bien me concentrer, quand j’entendis le petit « cli-cli-cli » auquel mes oreilles avaient fini par s’habituer, mais dont j’ignorais toujours l’origine. Lentement mes souvenirs finirent par s’assembler.
Je me rappelais maintenant. Tout avait commencé avec cette défaite cuisante devant les Philistins , au cours de laquelle l’arche d’Alliance avait été capturée par nos adversaires. Échappé par miracle à la cruauté des ennemis qui avaient dû me croire mort, j’avais pris mes jambes à mon cou afin de me rendre à Silo où résidait Éli, juge et prêtre de Yahvé. Éli avait accepté à contrecœur que l’Arche fût conduite sur le champ de bataille pour donner courage aux hommes d’Israël. Il fallait à présent lui rendre compte de la débâcle.
Épuisé par une course effrénée à travers des chemins tortueux, brûlé par le soleil, la gorge en feu, je m’effondrai en arrivant à Silo et fermai les yeux.
Une femme courut vers moi. Elle m’aida à me relever. Les genoux en sang, le visage figé par la poussière que la transpiration avait collée à ma peau, le souffle court, je faillis perdre connaissance.
« De l’eau ! » cria la femme.
Aussitôt un enfant accourut, portant une cruche dont je me saisis. J’aurais bu le Jourdain tout entier tant j’avais la gorge sèche.
– Tu viens du camp ? interrogea la femme.
Tout en continuant de boire, je fis signe que oui. Puis je lui demandai où se trouvait Éli afin de l’informer sans délai.
– Viens, je vais te conduire à lui. Son cœur est comme suspendu depuis que l’Arche a quitté Silo.
Elle me prit par la main et me conduisit auprès du vieillard décharné qui se tenait tout seul, tel un berger sans troupeau. À sa demande, son serviteur avait placé un siège sur le seuil de sa maison afin qu’il pût s’y asseoir et guetter malgré ses mauvais yeux l’arrivée de tout messager de l’armée.
– C’est toi, Nacklas ? demanda-t-il en tournant vers nous son regard éteint.
Je fis signe que oui.
– Parle-lui, me dit la femme. Depuis le départ de l’Arche, il ne voit quasiment plus.
Un attroupement consterné s’était formé autour de nous. À ma tenue déchirée et aux traces de coups que portait mon visage, personne n’eut besoin de poser de question. C’était la déroute. Dans cette atmosphère pesante, le vieil homme comprit immédiatement. Même sans voir. Rien qu’à l’intensité du silence qui s’était abattu sur Silo.
– Et l’Arche ? bredouilla-t-il.
– Les Philistins s’en sont emparés.

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