Le professeur Freud parle aux poissons
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Le professeur Freud parle aux poissons , livre ebook

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Description

"Tu connais ces grenouilles ? interroge le Professeur Freud. - C'est pareil tous les jours, soupire la carpe. Ça essaye de grimper sur son nénuphar, Surmoi lui flanque une beigne, Ça recoule et Moi est bien embêtée."

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2014
Nombre de lectures 3
EAN13 9782361650742
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sigmund Freud (1856 — 1939)
Vous nous avez enseigné à avoir le courage d’approcher de près les choses, d’approcher sans peur et sans fausse honte même la partie la plus extrême et la plus intime du sentiment. Et il faut du courage pour être sincère – votre oeuvre en témoigne comme peu d’autres à notre époque.
Stefan Zweig au Professeur Freud, Salzbourg, le 15 avril 1925

Marion Muller-Colard n’aime pas choisir. C’est pour cela qu’elle s’appelle Muller et Colard. Qu’elle écrit pour les enfants et pour les adultes. Pour le spectacle vivant et pour l’édition. Des romans et des contes philosophiques. Des contes philosophiques pour ne pas choisir entre penser et écrire.
Nathalie Novi voudrait peindre l’intimité d’un bleu Nattier souligné d’un rouge anglais, abandonner un gris de Payne contre un jaune impérial. Dessiner l’attente, celle des bras croisés, des mains tendues. Colorer les silences.
Avec mes vifs remerciements à Ferdinand Scherrer .
M. M.-C.
À tous les adorables poissons qui réfléchissent autour de moi.
N. N.
Il fait gris et le Professeur Freud regarde par la fenêtre. L’appartement du 19 de la Berggasse est trop grand. À moins qu’il ne soit trop petit. Oui, voilà. L’appartement est trop petit, songe le Professeur en desserrant le col de sa chemise. Et Vienne. La ville de Vienne est trop petite. Le monde, n’en parlons pas ! L’esprit humain. Tiens, c’est cela ! L’esprit humain est trop petit ! À moins qu’il ne soit trop grand.
— Va-t-il pleuvoir ? marmonne le Professeur dans sa barbe pour revenir à des choses concrètes.
Depuis quelques années qu’il est rentré de Paris, il craint les sautes d’humeur du printemps viennois.


Il faudrait pourtant sortir, « s’aérer les méninges », comme disent les Français. Mais le Professeur, qui a récemment rédigé un article sur l’anatomie du cerveau, est bien placé pour savoir qu’il est très mauvais signe d’avoir les méninges réellement exposées au grand air.
— C’est une expression, le rassurait le professeur Charcot, toujours un peu moqueur devant le sérieux de son jeune étudiant autrichien. Détendez-vous, mon cher Sigmund ! Personne n’a jamais eu l’intention de vous ouvrir la boîte crânienne et de vous déplier le cerveau. C’est une façon de parler, si vous préférez.



Sigmund Freud préférait, effectivement.
— Façon de parler pour façon de parler, j’ai pour ma part bien l’intention de déplier tous les cerveaux du monde !
Mais le jeune étudiant a eu beau se décortiquer les méninges, se câbler les synapses et se labourer le cortex, les cerveaux se sont dépliés à la manière des accordéons : en se repliant aussitôt et en chantant chaque fois de nouvelles et étranges chansons. Parfois, la nuit, le Professeur Freud rêve qu’il cherche son chemin dans les circonvolutions labyrinthiques du cerveau humain. Mais il s’y perd invariablement, suppliant tous les dieux de la mythologie de lui tendre un fil, fût-il celui d’Ariane. Futile, répète alors le Professeur en écho.
— Je me sens trop petit, déclare-t-il finalement en jetant un coup d’œil vers la photo de son maître accrochée dans son cabinet.
On y voit le Professeur Charcot retenant dans ses bras une patiente sous hypnose. Faut-il donc endormir les patients pour qu’ils sachent dire, comme dans un rêve, ce qui les rend malades ? Cela marche parfois. D’autres fois, cela ne marche pas. N’y a-t-il pas d’autres manières de déplier les cerveaux ?
Façon de parler...
Le Professeur entend dans sa tête la voix de Maître Charcot... Et si Charcot n’avait pas le dernier mot ? Le Professeur Freud claque la porte de son cabinet, faisant trembler au mur ses tableaux et la fameuse photo...

En se chaussant pour mettre le nez dehors, il s’empêtre dans les nœuds de ses lacets. Il songe soudain à sa vieille canne à pêche oubliée au fond du placard de l’entrée.
— Une partie de pêche ! jubile-t-il avec de petits bonds d’enfant. Voilà tellement longtemps !
Et voilà le Professeur Freud en chemin vers l’étang avec sa canne sur l’épaule.





En marchant, on pense différemment. En pêchant, c’est encore autre chose. Le Professeur a toujours aimé réfléchir aux différentes manières que les humains ont de penser.
— On ne pense pas comme une grenouille qui saute d’un nénuphar à l’autre, songe-t-il en voyant un batracien folâtrer à la surface de l’eau.
Il déroule la bobine de sa canne à pêche pour donner du mou à son fil.
— C’est tout à fait cela, dit-il en souriant dans sa barbe. Nous pensons comme on déroule le fil d’une canne à pêche. Nos idées sont toutes liées les unes aux autres...
Et il lance son bouchon au plus loin dans l’étang, là où la berge tombe à pic et plonge vers les profondeurs. C’est alors que l’eau semble répondre à ses pensées :
— Par exemple, toi, tu as eu l’idée de la canne à pêche à cause de tes lacets.

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