10 histoires d animaux
119 pages
Français

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10 histoires d'animaux , livre ebook

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Description

Sentiments, humour, frissons, policier, histoire vécue, science-fiction... Les 10 histoires de ce livre abordent tous ces genres !
Autour du thème des animaux, voici de quoi s'embarquer dans d'extraordinaires aventures, aux côtés de héros qui ne manquent pas d'audace.
Les auteurs : Marie Bertherat, Barbara Castello et Pascal Deloche, Gudule, Didier Langlois, Olivier Mau, Gilbert Schlogel, Emmanuel Viau.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2015
Nombre de lectures 247
EAN13 9782215159605
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

d'animaux
Table des matières

Celle qui parlait aux animaux

Le gardien Faims

Un os dans le rosbif Albert

Hurlements

May et l’esprit de la mer L’empailleur et le loup

Le chien qui en savait trop Le Traqueur

Copyright
Dans la même collection
Celle qui parlait aux animaux
de Gudule illustré par Marc Bourgne
- 1 -
Léa n’était pas comme tout le monde, c’est sans doute pour ça que je l’aimais. Elle avait dix-sept ans et parlait aux animaux. Uniquement aux animaux. Devant les gens, elle ne disait rien.
Elle habitait la maison à côté de chez nous, et passait tout son temps dans le jardin – le jardinet, plutôt. Un minuscule carré d’herbe avec un parterre de tulipes et un arbre. Sous l’arbre, il y avait un banc. Sur le banc, un lapin. Et près du lapin, Léa qui rêvait.
La première fois que je l’ai aperçue, j’ai cru à une apparition. Cette fille aux longs cheveux, vêtue d’une robe blanche, devant les tulipes blanches, caressant un lapin blanc sur un banc vert, ça avait quelque chose de magique. D’insolite. De pas vraiment réel.
Moi, je venais d’emménager et, de la fenêtre de ma chambre, j’avais une vue plongeante sur le jardin des voisins.
Léa était là, pieds nus, les cheveux balayés par le vent, ses doigts glissant doucement dans le pelage du lapin. Elle chantonnait un petit air, bouche fermée. « Mmm mm mm mm ». Un petit air de rien du tout, joyeux malgré le ciel gris et la pluie qui menaçait. J’ai crié : « Houhou, mademoiselle ! » Elle a levé la tête et m’a souri, sans interrompre son fredonnement. J’ai dit : « Je m’appelle Félix, et vous ? » Elle n’a pas répondu mais a continué de sourire. Heureusement que je n’ai pas insisté, nos relations auraient débuté sur un malentendu…
C’est beaucoup plus tard que j’ai appris qu’elle était muette. Sa seule manière de s’exprimer, c’était le silence. Sauf en ce qui concernait les animaux.
Au début, je ne comprenais pas bien. Je l’observais par la fenêtre de ma chambre en me demandant : « À quoi joue-t-elle ? » Le lapin et elle se regardaient dans les yeux. Il fronçait le nez, elle fredonnait. « Mmmm mm mmm ». Il re-fronçait, elle re-fredonnait, et ainsi de suite. Au bout d’un moment, j’ai été obligé de me rendre à l’évidence : ils discutaient. ça paraissait fou, au premier abord : les humains et les bêtes n’ont pas le même langage. Ils ne peuvent pas communiquer, ou alors à peine. Moi, j’ai un chat, Tim, que j’adore. On se comprend juste ce qu’il faut. Il reconnaît son nom quand je l’appelle, ronronne si je le cajole et crache si je le taquine. Mais de là à se raconter notre vie !
Parfois, la fille fronçait les sourcils. Ou se mettait à rire. Ou faisait la moue. Les moustaches du lapin frémissaient, il clignait des paupières, remuait ses longues oreilles. Exactement comme dans une vraie conversation. De quoi pouvaient-ils bien parler ? De ce qui intéresse les filles ou de ce qui intéresse les lapins ? De « fringues », de maquillage, de parfums, ou de carottes ? Mystère.
Je crois que c’est ce mystère qui m’a séduit. En tout cas, une chose est certaine : c’est cette fois-là, en les voyant bavarder, que je suis tombé amoureux.
J’ai pris l’habitude de rester de plus en plus longtemps à mon poste d’observation. Le matin, avant de partir au collège, et le soir, dès que je rentrais. Mes devoirs, je les faisais à califourchon sur le rebord de la fenêtre. Et j’étudiais mes leçons, un œil dans le jardinet. Ma curiosité ne semblait pas déranger Léa. Peut-être même lui plaisait-elle. Après tout, moi aussi, j’étais silencieux. Je me contentais de la suivre du regard. Un regard, ce n’est pas très gênant, comme compagnie. ça ne fait pas de bruit, ça ne prend pas de place. C’est moins encombrant qu’un oiseau, à la limite. Moins encombrant qu’un papillon.
Moins encombrant qu’un lapin blanc.
Parfois – rarement – Léa levait la tête vers moi et on se souriait. Alors, même les jours de pluie, il faisait soleil.

C’est par maman que j’ai tout su d’elle. Son nom, son âge, son handicap. Elle n’était jamais allée à l’école, mais avait appris à lire et à écrire avec son père, un ancien instituteur. Elle avait perdu la parole toute petite, à la suite d’un grand choc : la chute de sa mère dans un ravin, lors d’une randonnée en montagne. Le genre de malheur devant lequel on reste sans voix, et pour de bon.
La boulangère, le boucher, l’épicier se souvenaient parfaitement du drame, pourtant vieux d’une douzaine d’années. Ils s’étaient empressés de mettre maman au courant.
– Depuis, la pauvre enfant n’est plus sortie de chez elle, avaient-ils précisé. Personne ne l’a revue, dans le quartier. On ne sait même pas à quoi elle ressemble !
Moi, je le savais. ça m’a rempli de fierté, un peu comme si Léa m’avait confié un secret qu’elle cache à tout le monde. D’être le seul à la connaître me la rendait encore plus précieuse. C’est à partir de là que j’ai commencé à rêver d’elle.
Dans mon rêve, le jardinet d’à côté devenait immense. Une forêt vierge peuplée de bêtes de toutes sortes : des biches, des cerfs, des loups, des renards, et même des lions et des panthères. Léa était la reine de ce zoo grandeur nature.
De mon perchoir, je l’observais, émerveillé, quand soudain, elle m’invitait à la rejoindre. Alors, d’un bond prodigieux, je sautais de ma fenêtre jusque chez elle. C’était toujours l’atterrissage qui me réveillait.
Il ne me restait plus qu’à continuer mon rêve en pensée, ce dont je ne me privais pas. Les bras de Léa autour de moi, des milliers de fois, je les ai imaginés. Et son petit « mmm mm mmm » à mon oreille, et ses longs cheveux balayant mon front, mes tempes, mes joues. Et sa bouche silencieuse, courant sur mon visage à la recherche de la mienne… Et les murmures des bêtes pendant notre baiser…
Oui, on peut dire que pendant plus d’un an – toute l’année de ma quatrième – je n’ai vécu que pour Léa. Je l’avais nuit et jour dans la tête. Mais elle ne m’a jamais invité à la rejoindre. Même par signe.
- 2 -
C’est Tim qui a tout déclenché, sans le vouloir, un mercredi après-midi. J’étais seul à la maison, comme toujours. Mes parents travaillent tous les deux, et ne rentrent pas avant sept heures du soir. J’aurais pu inviter un copain, si j’avais voulu. Maman me le répétait tout le temps, elle me trouvait trop solitaire, trop peu « intégré » comme elle disait. Mais pour rien au monde je n’aurais pris le risque. Parce que les copains, hein, quand on les invite, ils veulent toujours monter dans votre chambre. Et, forcément, ils regardent par la fenêtre. Je les entendais d’ici, tiens : « Waouh, t’as une voisine super ! Un vrai top model , la meuf ! Tu me la présentes ? » Or, moi, qu’on traite Léa de « meuf », qu’on ose même le penser, je ne l’aurais pas admis.
En fait, l’idée même de partager MA Léa avec quelqu’un d’autre m’était insupportable.
Donc, j’étais seul. Et, bien entendu, perché à ma fenêtre. En bas, Léa fredonnait, selon son habitude. Elle n’avait pas mis sa robe blanche, mais une jaune qui formait comme une tache de lumière sur l’herbe. Les tulipes avaient fané. En revanche, des roses grimpantes étaient en train d’éclore sur la façade. Jaunes aussi. Seul le lapin n’avait pas changé de couleur.
Je regardais Léa, ses longs cheveux, sa robe jaune, les roses jaunes, le lapin blanc, et je me sentais fantastiquement heureux. C’est juste à ce moment-là qu’on a sonné à la porte. Je suis descendu quatre à quatre en criant :
– Ouiii, j’arriiive !
En bas, il y avait un type en bleu de travail et casquette. Je ne le connaissais pas, mais lui devait me connaître, ou alors, des voisins l’avaient renseigné.
– C’est à vous, le gros chat roux ? a-t-il demandé, sans même se présenter.
J’ai répondu oui : Tim était le seul chat roux du quartier.
– Il vient de passer sous mon camion !
J’ai senti mon sang se changer en glace.
– Où est-il ?
– Là, plus haut, au carrefour. Il a déboulé devant mes roues, heureusement que j’ai de bons réflexes. Ces animaux qui courent partout, c’est très dangereux, ça peut provoquer des accidents !
Son discours moralisateur, cet écraseur pouvait le garder pour lui. De toute façon, je n’écoutais pas. Dès les premiers mots, je suis parti en trombe, malgré mes jambes flageolantes.
Je voyais tout flou à cause des larmes, mais j’ai quand même reconnu Tim, dans le caniveau. Il n’était pas écrabouillé comme je le redoutais, juste un peu sonné. Quand il m’a vu, il s’est redressé et s’est traîné à ma rencontre en miaulant. Le boucher, qui était sorti de sa boutique, m’a demandé :
– Ça ira ?
– Y a eu plus de peur que de mal, a ajouté la boulangère, elle aussi sur le pas de sa porte. Le pneu avant l’a juste frôlé.
Le camionneur est reparti en maugréant et j’ai ramené Tim à la maison. Pour nous remettre de nos émotions, je nous ai servi à moi un verre de lait et à lui une écuelle.
– Bois, mon pépère, ça ira mieux après.
Il a lapé sans enthousiasme, pour me faire plaisir on aurait dit, puis boum, sans que rien ne l’ait laissé prévoir, il s’est affalé, tout d’une masse.
Je me suis jeté à genoux près de lui.
– Qu’as-tu, Tim ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu as mal quelque part ?
Il ne pouvait pas répondre à mes questions, évidemment. Je ne sais pas parler aux animaux, moi. Mais sa mimique était assez éloquente. Il avait la langue sortie, les yeux révulsés, et pédalait dans le vide. C’était horriblement impressionnant.
Après, il s’est mis à baver de la mousse. Alors, j’ai paniqué, et je me suis rué sur le téléphone pour appeler maman, au bureau.
J’ai eu un mal fou à m’expliquer. Une chance, les mères ont l’ouïe fine. Entre mes reniflements et mes hoquets, elle a réussi à me comprendre. Elle m’a donné le numéro de S.O.S. Vétérinaire et m’a promis de rentrer le plus vite possible. Mais le plus vite possible, ce n’était pas avant une heure, au moins. Peut-être deux, pour peu qu’il y ait des embouteillages.
La vie de mon chat reposait sur mes épaules. C’était un poids écrasant. Un poids qui me coupait le souffle. Jamais je n’avais réalisé à quel point je l’aimais.
Le véto aussi m’a promis de se dépêcher. « Dans une demi-heure, au plus, je serai là ! » ça a été la demi-heure la plus longue de ma vie.
Avez-vous remarqué à quel point le temps est différent, suivant les événements ? Quand on souffre, par exemple, il est interminable. Dans le cabinet du dentiste, chaque minute dure une heure, et chaque heure, n’en parlons pas. Quand on attend, pareil. En revanche, si on s’amuse, le temps file à toute allure. À la piscine ou sur le terrain de foot, on vient juste d’arriver qu’il faut déjà repartir.
Je suppose que le temps doit être de la même consistance que l’élastique. Mais c’est ma théorie à moi, et à ma connaissance, personne ne la partage.
Bref, cet après-midi-là, au chevet de Tim, j’ai eu l’impression de pleurer pendant une éternité. C’est bien simple, au bout de dix minutes, j’avais vieilli d’un siècle. Je me suis même étonné de ne pas avoir de cheveux gris !
Vingt fois, je suis sorti sur le seuil pour guetter le vétérinaire. Mais rien, pas la moindre voiture à l’horizon. Il y avait sûrement des embouteillages…
Quand Tim a commencé à avoir des spasmes, j’ai craqué. La responsabilité était trop lourde pour moi tout seul. Fallait absolument qu’on m’aide à la porter. Quelqu’un, n’importe qui.
J’ai grimpé d’une traite jusqu’à ma chambre. Et par la fenêtre, j’ai hurlé :
– Mon chat a eu un accident, il est très mal ! S’il vous plaît, aidez-moi !
Léa a levé la tête, m’a regardé d’un air étonné, et j’ai vu son sourire se faner sur ses lèvres. L’instant d’après, elle sonnait à ma porte.
- 3 -
De près, elle était encore plus belle. Mais dans l’état où je me trouvais, je l’ai à peine remarqué. Elle s’est dirigée vers Tim, allongé sur le carrelage de la cuisine, et a posé la main sur son dos. Aussitôt, le chat a ouvert les yeux. Alors, très doucement, Léa s’est mise à fredonner. « Mmmm mm mmm ». Et le plus ahurissant, c’est que Tim a répondu. Un miaulement très faible, presque inaudible. Sauf pour Léa, bien sûr.
C’est à cet instant précis que le véto est arrivé.
Il était très jeune pour un médecin, même d’animaux. Comme ça, à vue de nez, je ne lui donnais pas plus de vingt-cinq ans. Il a ramassé le chat et l’a mis sur la table. Puis il a sorti un tas d’instruments et l’a examiné.
Il lui a palpé soigneusement les membres, la tête, la mâchoire, la colonne vertébrale. Léa ne le quittait pas des yeux. Moi non plus. Elle fredonnait encore, mais si bas qu’il fallait tendre l’oreille – ou avoir des sens aiguisés d’animal – pour s’en rendre compte.
– Rien de cassé, a déclaré le véto, son examen fini. À mon avis, ce n’est pas bien grave…
– Mais pourquoi il se tord comme ça ? j’ai protesté. Pourquoi il bave ? Pourquoi ses yeux sont blancs ?
– Une réaction nerveuse au choc. Je vais lui faire une piqûre de calmant, pour qu’il dorme… Dans quelques heures, ce brave matou sera sur pattes !
Il préparait sa seringue quand Léa l’a saisi fermement par le bras. Il s’est retourné, étonné.
– Oui ? Qu’y a-t-il ?
Elle secouait la tête de gauche à droite, non non, non non, en indiquant le ventre de Tim du bout de son doigt. Avec un regard à vous transpercer de part en part.
Comme le vétérinaire ouvrait des yeux ronds, je lui ai signalé qu’elle était muette.
– Sauf avec les bêtes, j’ai précisé. Les bêtes, elle leur parle. Je crois que c’est ce qu’elle essaie de vous expliquer.
Il y a eu un long moment de silence. Ils se fixaient tous les deux bien en face. Léa continuait à montrer le ventre de Tim, avec obstination. Et elle fripait son nez, en une grimace de douleur.
– Il a mal au ventre ? a traduit le véto.
Elle a fait « oui » de la tête.
– Ce sont des contractions dues au stress, ne t’inquiète pas.
La tête de Léa oscillait, non non, non non, avec tant d’énergie que ses cheveux s’éparpillaient.
– Pourquoi, non ?
Léa a réfléchi quelques secondes, puis s’est mise à quatre pattes, en imitant un lapement d’animal. Le véto se grattait la tête avec perplexité. Il n’avait encore jamais dialogué de cette manière. Ni établi de diagnostic d’après un mime.
– Tu cherches à me dire que ce chat a mangé ou bu quelque chose, c’est ça ? a-t-il hésité.
Hochement de tête de Léa.
– Eh bien, qu’a-t-il mangé ?
Nouvelle grimace de Léa, marquant le dégoût, cette fois.
– Quelque chose de pas bon… Une substance toxique ?
Oui, oui.
Le toubib semblait de plus en plus ahuri.
– Mais… comment sait-elle ça, elle ? m’a-t-il demandé en aparté. Elle l’a vu faire ?
– Ben non… Je vous ai dit qu’elle parlait aux animaux !
Avec un petit haussement d’épaules, il a ouvert la gueule de Tim et respiré son haleine. Puis il lui a appuyé sur le ventre, entre les côtes. Le chat a eu un haut-le-cœur et s’est mis à vomir.
– Bon sang de bonsoir ! Mais ça change tout ! s’est écrié le vétérinaire.

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