Joséphine Baker
61 pages
Français

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Description

« C’est la France qui a fait ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance éternelle. Les Français m’ont tout donné, en particulier leur cœur. Je leur ai donné le mien. Je suis prête, capitaine, à leur donner aujourd’hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez. »

Un récit qui retrace la vie de Joséphine Baker et raconte son engagement dans la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale et son combat pour la défense des droits civiques.

Une biographie à lire comme un roman pour découvrir cette femme forte et militante.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 mars 2023
Nombre de lectures 90
EAN13 9782215186786
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Table des matières Prologue 1. En cachette 2. Enquête 3. Préparatifs 4. En solitaire 5. Perquisition 6. Au théâtre 7. À la frontière 8. Du courrier 9. Changement de programme 10. Au rapport ! 11. Incroyable ! 12. Gare du Nord 13. Départ précipité 14. Enfin ! 15. Mauvaises surprises 16. Nouvelle tournée 17. Épuisement 18. Dossier à charge 19. Allées et venues 20. Mauvaise nouvelle 21. Drôle de blague 22. Panique 23. Retrouvailles 24. Récompense 25. Le grand jour 26. Vente aux enchères 27. Trop tard 28. Libération ! 29. Sauvetage 30. Sur scène Épilogue Note de l’auteur Notes Page de copyright
Points de repère Cover Title Page Copyright Page Corps de texte
« Le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! »
Général de Gaulle – Appel du 18 Juin 1940
Prologue
Paris, septembre 1939
Le capitaine Jacques Abtey se raidit derrière son bureau et fixe son interlocuteur.
— Vous plaisantez, je suppose, demande-t-il sur un ton tranchant.
Mais l’homme en face de lui sourit de plus belle en secouant doucement la tête.
— Je pense au contraire que je vous propose là la candidate idéale, répond-il, sûr de lui.
— Monsieur Marouani, déclare le capitaine Abtey en se penchant en avant, avez-vous bien compris ce que je recherchais ?
— Parfaitement, capitaine, répond l’homme pourtant plus habitué aux stars de la chanson et du cinéma qu’aux militaires. Et c’est bien pour cela que je suis ici.
— Les Allemands ont de plus en plus d’espions, monsieur, assène l’officier des renseignements français 1 . Il nous faut absolument développer nous aussi notre propre réseau d’agents. C’est capital si nous voulons gagner cette guerre. Je cherche donc des hommes et des femmes prêts à s’engager dans ce sens.
L’imprésario 2 hoche la tête.
— Et c’est exactement ce que je vous propose, capitaine. Joséphine Baker est l’espionne parfaite !
Le capitaine Abtey fronce les sourcils, narquois.
— Mais par définition, un espion est… disons… discret, précise-t-il.
— J’en conviens, admet M. Marouani. Mais justement, rien n’est plus discret qu’un espion qui fait tout pour ne pas être discret.
— C’est-à-dire ?
— Personne n’attendra Joséphine Baker dans ce rôle. Elle attire tant la lumière que l’on ne pourrait pas un seul instant imaginer qu’elle puisse agir dans l’ombre. Les Allemands ne la soupçonneront pas.
Le capitaine Abtey se lève. Il est troublé et a besoin de marcher pour y voir plus clair. Il commence à arpenter la pièce en réfléchissant. Car si les Allemands réagissent exactement comme il vient de le faire, il se pourrait que M. Marouani ait raison. En effet, qui suspecterait une femme évoluant sous le feu des projecteurs ?
— Mais qui nous dit que votre protégée acceptera de travailler pour nous ? demande-t-il finalement.
M. Marouani se retient de sourire. L’officier des renseignements est en train de se laisser convaincre et il s’en réjouit. L’imprésario est persuadé que son idée est excellente.
— Joséphine Baker n’est française que depuis deux ans, ajoute le capitaine Abtey. Pourquoi donc s’engagerait-elle pour notre pays ?
— Elle le chante, capitaine, répond M. Marouani.
Le capitaine Abtey relève un sourcil interrogateur.
— Que voulez-vous dire ?
— Vous connaissez sa chanson préférée : J’ai deux amours !
Il se met à fredonner :
— J’ai deux amours, mon pays et Paris…
— Son pays, justement, ce sont les États-Unis.
— Mais il y a aussi Paris et la France, à qui Joséphine Baker doit tout, insiste M. Marouani. La France l’a accueillie et a fait d’elle une star !
— Pensez-vous que cela soit suffisant pour en faire une ardente résistante ? Car il s’agit ici ni plus ni moins que d’entrer en résistance.
— Vous ne connaissez pas Joséphine, capitaine : quand elle aime, elle est passionnée !
Le capitaine Abtey grimace.
— Les espions passionnés, je m’en méfie comme de la peste, dit-il. J’ai besoin d’hommes et de femmes solides, qui ne se laissent pas submerger par leurs émotions et font preuve d’un formidable sang-froid.
M. Marouani hoche la tête.
— Joséphine Baker est de cette trempe-là.
Le capitaine Abtey reprend ses allées et venues à travers la pièce. Il ne se laisse pas convaincre aussi facilement. Le recrutement d’un agent est loin d’être aussi simple que semble le penser cet imprésario. De sa fiabilité dépendent tant de choses et tant de vies…
— Le mieux serait sans doute que vous puissiez la rencontrer, suggère alors M. Marouani.
— Rencontrer Joséphine Baker ? répète malgré lui le capitaine.
C’est idiot mais il se sent presque intimidé à cette idée. La star évolue dans un monde si différent du sien qu’il n’aurait pas imaginé que cela puisse être possible. Et comme tant d’autres en France, il admire ce qu’elle fait et la vedette qu’elle est devenue à force de courage et de travail.
— Si vous allez la rencontrer dans sa maison du Vésinet, vous constaterez que je ne vous ai pas menti, propose l’imprésario.
— Vous semblez bien sûr d’elle, déclare en souriant le capitaine Abtey. Mais rien de plus normal après tout : n’êtes-vous pas son agent ? Convaincre votre interlocuteur d’embaucher Joséphine Baker est votre métier.
— Oh ! Joséphine n’a pas besoin de moi pour vous convaincre, capitaine !
L’officier des renseignements s’arrête de marcher et se poste devant M. Marouani.
— J’irai, dit-il. Peut-être…
— Demain ! Quatorze heures ! s’enthousiasme l’imprésario sans relever la réserve du capitaine. Elle vous attendra.
Avant que l’officier ne réagisse, il a déjà disparu. C’est à se demander si cette conversation a vraiment eu lieu.
Le lendemain, la réponse de Joséphine Baker au capitaine Abtey est ferme et sans l’ombre d’une hésitation :
« C’est la France qui m’a fait ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance éternelle. [Les Français] m’ont tout donné, en particulier leur cœur. Je leur ai donné le mien. Je suis prête, capitaine, à leur donner aujourd’hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez. »
1. En cachette
Quelques mois plus tard, en 1940
Joséphine Baker passe la tête par la porte, jette un regard à l’extérieur puis ouvre largement.
— Dépêchez-vous, chuchote-t-elle.
Deux silhouettes sombres se glissent dans le château. Deux hommes dont l’un porte une grosse valise. Sitôt qu’ils sont entrés, Joséphine referme prudemment la porte et leur fait signe de la suivre. Elle tient une simple bougie pour éviter d’allumer les lumières.
— Allons la mettre dans la grosse tour, propose-t-elle.
Les hommes hochent la tête sans rien dire et la suivent.
— Attention aux marches, avertit Joséphine avec un large sourire qui semble briller dans la nuit. Mon château est un très vieux monsieur…
Les hommes montent en silence jusqu’au dernier étage de la tour. Joséphine ouvre alors la porte d’une petite salle dans laquelle ils entrent tous les trois. La pièce est étroite mais l’une de ses fenêtres a une vue plongeante sur la cour du château.
— Je pense qu’ici fera l’affaire. La réception devrait être excellente, déclare Joséphine en parlant toujours d’une voix étouffée. Et l’on peut voir qui arrive au château.
Les hommes s’affairent. Moins ils resteront là, mieux ce sera. Les déplacements de la Résistance doivent être rapides et discrets.
— C’est un poste de radio récepteur très puissant, explique l’homme qui semble être le chef alors qu’ils sortent une étrange machine de la valise. Vous pourrez recevoir Radio Londres 3 et intercepter les messages importants.
Joséphine hoche la tête tandis que l’homme lui montre rapidement comment se servir de l’appareil. Elle prend des notes mentalement car elle devra à son tour expliquer à d’autres comment la radio fonctionne.
— Et si jamais les Allemands viennent par surprise, vous devrez vous débrouiller pour qu’ils ne tombent pas dessus, ajoute l’homme. Il faut absolument que vous trouviez un moyen de la cacher facilement. Vous risquez gros s’ils la trouvent.
Joséphine sourit malgré elle. Elle est persuadée que cette radio ne serait rien à côté des autres découvertes que les Allemands risqueraient de faire au château. Que penseraient-ils en effet de l’aviateur qu’elle héberge depuis quelques jours ? Ou de l’officier de marine ? Ils sont là tous les deux, en attente de pouvoir traverser la frontière espagnole afin de rejoindre Londres où le général de Gaulle organise la Résistance. Et ce couple de réfugiés juifs belges qu’elle fait passer pour des membres de son personnel alors qu’ils ont fui leur pays ? Sans compter les armes dissimulées dans le tunnel sous le château… Non, vraiment, cette radio est le cadet de ses soucis.
Mais Joséphine se tait. Elle évite de divulguer des informations aux uns et aux autres, même s’ils sont résistants eux aussi. Elle sait combien il est dangereux de mettre trop de personnes au courant de ses activités. Il suffit qu’un seul ne se fasse arrêter par les Allemands ou par la Milice 4 pour qu’il soit contraint de parler sous la torture et entraîne l’arrestation de nombreuses personnes après lui.
Après quelques minutes seulement, les deux hommes sont déjà prêts à repartir. Au moment de quitter le château, le deuxième, celui qui n’a pas encore prononcé un seul mot, se tourne vers Joséphine avec les yeux brillants. Il semble ému et impressionné.
— Madame, bredouille-t-il, c’est un honneur.
Il incline légèrement la tête pour saluer la grande chanteuse et s’éclipse dans la nuit. Joséphine, rêveuse, regarde les deux silhouettes qui disparaissent rapidement dans la pénombre. Elle soupire, heureuse. « C’est un honneur… » Les mots de l’homme résonnent dans sa tête comme une douce mélodie. Il n’y a qu’en France qu’elle se sent traitée avec autant de respect. Aux États-Unis, lorsqu’elle était gamine, elle n’était qu’une sale petite Noire. Et plus tard, même devenue célèbre, ses compatriotes ne l’ont jamais regardée comme l’une de leurs semblables. Elle portait sur la peau toute sa différence. En France, c’est autre chose. Depuis son arrivée en 1925, il y a quinze ans, les Français la considèr

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