Le mage de la contrée d Ixteria
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Le mage de la contrée d'Ixteria , livre ebook

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Description

Victoire pensait vivre une vie paisible auprès des dragons et des peuples d’Osélie. Mais apprendre qu’une nouvelle contrée existait, cachée par une muraille magique, l’obligea à s’en approcher - si près qu’elle la traversa, se retrouvant seule de l’autre coté. Sans dragon, elle dut avancer dans l’obscurité, vers une nouvelle aventure…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 avril 2020
Nombre de lectures 1
EAN13 9782898080869
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Copyright © 2019 Laetitia Laosakoune
Copyright © 2019 Éditions AdA Inc.
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Directeur de collection : L.P. Sicard
Révision éditoriale : Sylvie-Catherine de Vailly
Révision linguistique : Sara Sfaya
Illustration de la couverture : Mathieu C. Dandurand
Photo de la couverture : © Getty images
Conception de la couverture : Mathieu C. Dandurand
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89808-085-2
ISBN PDF numérique 978-2-89808-086-9
ISBN ePub 978-2-89808-087-6
Première impression : 2019
Dépôt légal : 2019
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada
Téléphone : 450 929-0296
Télécopieur : 450 929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com

Participation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre : Le mage de la contrée d’Ixtéria / Laetitia Laosakoune.
Noms : Laosakoune, Laetitia, 1985- auteur.
Collections : Collection Scarab.
Description : Mention de collection : Collection Scarab | Les contrées ; tome 2
Identifiants : Canadiana 20190032375 | ISBN 9782898080852
Classification : LCC PQ2712.A65 M34 2019 | CDD j843/.92—dc23
P ROLOGUE
Un siècle avant la création du centre Tessier.
L a guerre faisait rage entre les peuples d’Osélie et leurs voisins d’Ixtéria.
Les mages et les sorcières vivant dans la contrée du nord espéraient s’emparer des terres plus fertiles et ensoleillées de leur voisin du sud. Mais les dragons et les fées arrivaient à repousser avec efficacité leurs assauts et autres sortilèges.
Après de nombreuses années de conflit, las de compter les morts dans les deux clans, le roi Staln, souverain d’Osia, ordonna aux différents peuples de ses terres de s’unir pour trouver une solution qui repousserait définitivement les habitants d’Ixtéria et mettrait fin au carnage.
Les fées minimes créèrent alors la muraille magique le long des terres des fées royales. Une frontière infranchissable pour tous les êtres féériques des contrées, même pour les mages les plus puissants.
Depuis, Osélie et Ixtéria n’avaient plus aucun lien, aucune histoire en commun.
• • •
Ixtéria, huit ans avant l’arrivée de Victoire au centre Tessier.
Boldor brûlait.
La cité abritant les plus grands mages d’Ixtéria partait en fumée, incendiée par des ennemis aussi sournois que vifs, se faufilant entre les murs et par les ruelles pavées des vieilles maisons. Ses habitants, pourtant forts, succombaient à un mal terrible, une grippe foudroyante qui n’épargnait personne, les rendant si malades qu’ils ne parvenaient plus à utiliser leurs pouvoirs pour se défendre. On racontait partout qu’un sort était à l’origine de ce fléau qui venait à bout des plus puissants d’entre eux.
Comme partout ailleurs dans le village, dans la plus grande demeure de Boldor, des sanglots résonnaient.
Les yeux pleins de larmes, le grand mage Altis sentait ses forces le quitter, tout comme sa femme avant lui qui dormait à présent à ses côtés. Il était allongé à même le sol, le front mouillé de sueur et le corps crispé par la douleur.
La gorge sèche, il tenta de se relever, mais il était déjà trop tard.
Il posa sa main tremblotante sur celle de son fils unique, assis à sa droite, le regard perdu devant le triste spectacle qui s’offrait à lui.
— Tout ira bien pour toi, Sauron. Tu es fort et tu t’en sortiras ! Je serai toujours auprès de toi et fier !
Le petit garçon ne répondit pas, se contentant de pleurer en posant ses petites mains potelées sur les joues bouillantes de son père.
— Je prendrai soin de lui, résonna la voix de la femme à l’autre bout de la pièce. N’aie aucune crainte, grand doyen, je ne le laisserai pas mourir aujourd’hui. Tu peux à présent partir en paix, tante Avaline est là !
C HAPITRE 1
U NE NOUVELLE AVENTURE
L es yeux rivés sur les arbres cobalt de la belle contrée d’Osélie, Victoire cherchait le petit filou qui tentait de leur échapper. Cette fée royale venait de s’enfuir du centre d’Osia après avoir volé des armes à Parss. Volo redoublait de vitesse et tournoyait sur lui-même, toujours si puissant grâce à elle. Il semblait certain que sa cible se terrait non loin. Elle le connaissait assez à présent pour savoir ce qu’il pensait sans même qu’il n’ouvre la bouche.
Depuis de longs mois déjà, elle était devenue sa guide attitrée, abandonnant peu à peu Mesri, toujours très accaparé par sa nouvelle vie de directeur d’institut. Ce dernier donnait beaucoup aux nouveaux pensionnaires, ce qui la rendait un peu jalouse. Elle avait l’impression que leur lien si particulier se perdait. Et puis, elle avait grandi, avait mûri, et le prince demandait souvent sa présence pour intervenir et régler des problèmes de petites délinquances comme aujourd’hui. Volo avait pris le relais de son père auprès d’elle, la traitant comme l’aînée de ses enfants, parfois protecteur et parfois réprobateur, lui prouvant qu’elle était tout de même à sa place.
— Là ! cria-t-elle en montrant du doigt un objet brillant entre les branches maigres d’un petit arbuste.
Le garde royal pivota et piqua vers le sol avant de se poser à quelques mètres du fuyard. Il dosa son jet de feu pour forcer la fée à se rendre, évitant de justesse de faire griller ses cheveux ébouriffés.
Le petit homme fit frémir ses longues ailes transparentes en tentant une dernière fois de semer le dragon. D’un coup de patte, Volo le fit chuter, l’obligeant à faire tomber les poignards et autres épées qu’il avait dérobés un peu plus tôt. Le bruit de métaux s’entremêlant vrilla les tympans de Victoire, toujours assise sur le cou de son dragon, qui se boucha les oreilles en grimaçant.
— Où penses-tu aller comme ça ? gronda Volo, tandis que la fée se redressait.
Une fumée opaque s’échappait de ses narines et ses yeux se plissèrent. Sa partenaire esquissa un sourire, comprenant qu’il se contentait de l’effrayer, sans plus.
Pourtant, le jeune voleur trembla de tous ses membres, se contentant de fixer les armes qui scintillaient au soleil, étendues dans l’herbe rose.
— S’il vous plaît, ne me faites pas de mal, laissez-moi partir, osa-t-il.
— Je m’excuse, mon ami, mais on ne vole pas le Prince sans en subir les conséquences, lui émit Volo avec puissance.
— Je… j’ai tenté… s’étrangla la fée, les bras ballants. Mais vous ne pouvez pas comprendre.
— De quoi parles-tu ? lui demanda Victoire en descendant de son perchoir pour se rapprocher de lui, assurée maintenant qu’il ne lui ferait strictement aucun mal.
— La frontière magique qui nous sépare d’Ixtéria est en train de céder, on en est sûr ! Et ma femme m’a demandé de trouver de quoi nous défendre si jamais les sorciers parvenaient à quitter leur contrée.
— Mais pourquoi ne pas en avoir parlé à Parss ? s’étonna le dragon en relevant sa longue queue.
— Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, il ne m’aurait pas aidé.
— Et bien, tu connais mal notre souverain ! déclara Volo. Il t’aurait sûrement écouté et soutenu. Es-tu certain qu’il se prépare quelque chose ?
— Oui.
— De quoi parle-t-il ? intervint la jeune fille en soufflant sur une mèche rousse devant son œil noir.
Le garde royal ne lui répondit pas.
— Je vais dans tous les cas te ramener à Osia, pour que tu sois jugé par Parss, mais je ne peux que te conseiller de lui parler de tes craintes. Il me chargera sans doute d’aller contrôler les limites de nos territoires pour voir ce qu’il en est.
Le cambrioleur, soulagé, accepta de les suivre sans montrer la moindre résistance.
• • •
Victoire patientait à l’extérieur du Colisée, où le Prince conversait toujours avec Volo et le voleur.
Le regard flou, elle faisait les cent pas, attendant le retour de son partenaire. Sans lui, et sans autre dragon, elle ne pouvait se déplacer à son aise et cela l’agaçait. Elle souhaitait que ce dernier lui parle de cette fameuse contrée qu’elle ne connaissait pas : Ixtéria. Pourquoi personne ne lui avait jamais parlé de ce territoire ? Était-ce le seul autour d’Osélie ?
Perdue dans ses réflexions, elle se rendit compte qu’elle venait de retrouver la vue. Elle se retourna pour apercevoir Benjamin se dirigeant vers elle.
— Tu attends quoi ? lui lança la bête argentée et rouge en se posant près d’elle, tout soulevant un épais nuage de poussière.
— Ben ! Tu n’es pas avec Katia ? s’inquiéta la guide.
— Non, elle a préféré rester avec Mesri pour accueillir les nouveaux pensionnaires du jour. Elle est trop curieuse pour ne pas être la première à les voir prendre possession de leurs lits ! Tu la connais !
Victoire lui sourit en hochant la tête.
Depuis que sa famille et lui n’étaient plus sous la coupe de Mélusine, la sorcière noire, Benjamin s’était beaucoup rapproché d’elle. C’était un bon ami sur qui elle pouvait compter.
Ce dernier reprit son corps d’adolescent, privant ainsi de vision la guide. Par habitude, elle tendit la main pour attraper son bras.
— Tu m’as pas répondu, tu fais quoi ici ? relança-t-il.
— J’attends Volo pour qu’il m’explique quelque chose !
— Quoi donc ?
— Tu connais la contrée d’Ixtéria ?
Elle sentit le muscle de son biceps se tendre, preuve que ce nom lui parlait, le contrariait.
Après quelques secondes, il lui répondit :
— Ce sont des terres froides situées au nord des contrées lointaines des fées royales. Elles sont occupées par des sorciers et mages au cœur sombre…
— Comment ça ?
— C’était de là que venaient les ancêtres de Mélusine…
— Ah ! Je vois… Je comprends mieux la peur de les voir franchir leurs frontières. Mais qu’est-ce qui les retient de nous envahir ?
— Un sortilège leur barre la route, expliqua le garde royal en surgissant derrière eux.
— Pourquoi ça ? demanda Victoire.
— Ce ne sont que des êtres mauvais… aux pouvoirs immenses, sorciers et mages confondus. Ils ont été interdits de séjour sur notre territoire voilà plus d’un siècle. Les fées minimes se sont chargées de créer un puissant bouclier magique le long de nos frontières pour nous assurer une sécurité. Quand tu vois ce qu’une seule sorcière a réussi à faire à Osélie, imagine un peuple entier !
— Quelle est la différence entre les sorcières et les mages ? osa la jeune fille.
— Les mages sont encore plus puissants que les sorciers, puisant leurs pouvoirs en eux-mêmes, sans avoir besoin de potions ou d’autres incantations pour parvenir à leurs fins. Ils sont en général les souverains des villes, usant de leur supériorité pour faire plier les simples magiciens.
— Je comprends. Doit-on se rendre là-bas ? lui demanda-t-elle.
— Oui, nous partons vérifier les dires des fées royales voisines de la frontière.
— Qu’est-ce qui leur fait croire que le maléfice nous protégeant d’eux s’amenuise ? intervint Benjamin.
— Des lumières étranges, des bruits de voix priants dans la nuit, provenant de l’autre côté des montagnes… La population sent que ces phénomènes parviennent à percer la muraille invisible.
— Quand partons-nous ? s’enthousiasma la guide, sentant enfin qu’une nouvelle aventure l’attendait.
— Je peux y aller sans toi…
— Certainement pas, s’écria-t-elle. Avec moi, tu y seras beaucoup plus vite.
— Ok. Rentre te reposer cette nuit à l’institut. Je passerai t’y prendre demain matin, avec l’accord de mon père.
— Il n’y verra aucun inconvénient, marmonna-t-elle, déçue qu’il n’ait plus de temps pour elle, préférant la laisser à son fils.
• • •
Les jambes suspendues dans le vide, Victoire attendait l’arrivée de Volo, assise sur le petit muret du centre Tessier qui bordait la lisière de forêt. La main collée à son front pour se protéger du soleil, elle plissa les yeux pour scruter avec attention le ciel, attendant que sa vue se lisse et lui laisse entrevoir des détails.
— Tu es d-d-éja prête pour retourner à O-o-sélie ? lui demanda Katia en la rejoignant.
— On a enfin une mission intéressante qui nous attend.
— Oui, m-m-mais on on ne te v-voit plus ici…
— Je sais, désolée… l’interrompit la guide en tendant le bras pour trouver sa petite tête bouclée. Mais cette fois-ci, la situation semble tendue.
— C-comment le sais-tu ?
— Je connais assez le fils de Mesri pour savoir quand il prend quelque chose au sérieux et quand il tente de masquer son inquiétude…
Des bruits de pas se firent entendre dans le dos des deux filles, les forçant à se retourner.
— B-Ben ! lui lança la petite pensionnaire, la voix montant dans les aiguës.
— Salut les filles, lança-t-il en prenant place auprès de Victoire. Alors, t’es pas encore partie ?
— Non, Volo tarde à se montrer ! râla la jeune fille en baissant la tête, faisant tomber une mèche de couleur rouille le long de sa joue.
Sans un mot, le jeune homme posa son regard doré sur le visage de porcelaine de son amie et son cœur sauta dans sa poitrine. Il osa alors lever les doigts vers elle et lissa ses cheveux récalcitrants derrière son oreille. Victoire devenait de plus en plus belle et ses yeux de dragon n’arrivaient plus à se détacher d’elle.
L’arrivée de Mesri le surprit et il interrompit son geste en redressant son buste et en fixant ses chaussures.
— Quand devait-il arriver ? s’inquiéta le Directeur.
— Il ne m’a pas donné d’heure, mais il n’a jamais été aussi long, lui émit Victoire, heureuse de voir son vieil ami sortir de son bureau.
— En effet, ce n’est pas normal, concéda ce dernier en se grattant le menton. Je vais demander à Jean de se rendre à Osia pour voir ce qu’il en est… Je n’aime pas ça, bougonna Mesri entre ses dents.
— Mais je peux y aller, j’ai pas cours en ce moment ! s’imposa Benjamin en se levant. Mon père et mon frère sont occupés à travailler ici, moi j’ai du temps. Et puis, j’ai déjà fait un voyage avec Victoire…
— Humm… pourquoi pas. Je ne vous demande rien d’autre que de vous rendre auprès du Prince pour demander où se trouve mon fils et informer Parss de sa disparition si besoin, on est bien d’accord ?
— Oui, lancèrent en cœur le jeune dragon et la guide.
Ben se transforma et referma ses griffes autour de cette dernière, heureuse de quitter de nouveau le sol, laissant Mesri en compagnie de Katia, tous les deux la tête relevée pour les observer s’éloigner vers le tunnel qui les conduirait dans la contrée fantastique et pleine de vie d’Osélie.
• • •
La joie de retrouver la grande Capitale se lut sur le visage de Victoire.
Plus le temps passait et plus elle se sentait ici chez elle, abandonnant au fur et à mesure son attachement à son monde natal. Sa famille lui semblait parfois si loin de son cœur. Sa mère s’en inquiétait et lui demandait toujours ce qui lui arrivait et si elle désirait demeurer à l’internat qui la rendait si distante.
Victoire lui répondait qu’elle était de nouveau heureuse et qu’elle ne devait pas s’en faire, qu’elle ne se verrait pas vivre ailleurs. Un soir d’hiver alors qu’elle s’en ouvrait à Mesri, celui-ci lui rétorqua que c’était normal, qu’elle grandissait et devenait autonome et plus mature, mais la jolie rousse sentait que c’était plus profond, plus intime.
Ben la déposa avec douceur sur les pavés du grand Colisée d’Osia, non loin d’où se trouvaient le prince et d’autres dragons de couleurs chatoyantes. Le jeune garçon reprit sa silhouette humaine et tendit le bras à sa partenaire pour la guider, mais cette dernière le remercia avant de lui montrer du doigt les gardes volants du prince.
Le souverain d’Osélie interrompit son entraînement quand il les vit approcher :
— Victoire, ne devais-tu pas être avec Volo ? Que fais-tu ici ?
— Eh bien, je venais justement prendre des nouvelles, car je l’ai attendu, mais il n’est jamais arrivé.
— Je ne suis pas au courant, avoua Parss en se grattant le crâne. Je vous pensais déjà sur les lieux… Bast, approche, je te prie !
Le dragon à la longue queue se posta auprès de lui, attendant son ordre.
— Rends-toi chez Volo et demande à sa femme si elle sait où il se trouve et reviens nous faire un rapport.
— Bien, je serai rapide ! conclut-il en se propulsant dans les airs par de puissants coups d’aile.
— Nous aurions pu y aller, proposa Victoire. Je n’aime pas ça…
— Il sera rapide, et nous serons vite fixés. Prenez du temps pour vous, profitez, ne vous inquiétez de rien.
La guide et son ami échangèrent un regard amusé, laissant le prince retourner à ses occupations.
— Tu veux faire quoi ? demanda Benjamin.
— Je profiterais bien de t’avoir avec moi pour aller rendre visite à Balia. Il y a longtemps que je ne l’ai pas vue et je t’avoue que si quelqu’un doit savoir ce qui se passe au nord des terres d’Osélie, c’est bien elle grâce à son rebelle de père !
Ce dernier sourit en baissant les yeux, heureux qu’elle veuille une nouvelle fois faire appel à lui. Grâce à elle, il devenait bien plus puissant qu’un autre dragon adulte et sa fierté s’en trouvait enchantée.
— Si je comprends bien, tu ne comptes pas obéir à Mesri, qui te demandait de te cantonner à ton rôle de messager…
— Bon, tu m’y mènes ou pas ? bougonna-t-elle en croisant les bras avant de marcher en direction de la forêt.
— Très bien, lui lança-t-il en ricanant. Je cède devant tant de motivation !
Il reprit sa forme de reptile et l’agrippa avant de voler vers Tibane, la cité troglodyte des elfes.
C HAPITRE 2
M YSTÉRIEUSE DISPARITION
L a fente sombre de la montagne principale de Tibane se rapprochait à vive allure. Même si elle connaissait le passage, Victoire ne pouvait s’empêcher de fermer les paupières et de retenir sa respiration au moment de s’y engouffrer.
Quand elle rouvrit les yeux, elle les laissa glisser le long de la grande cascade et des petites îles. Benjamin la déposa sur la mousse épaisse qui bordait la maison de Balia.
Le jeune dragon retrouva ses jambes et se posta près de son amie pour lui servir de guide, mais cette dernière refusa sa proposition, préférant avancer lentement, mais seule.
Adanel sortit de sa demeure pour venir à leur encontre :
— Vous êtes là sur ordre de Parss ? s’intéressa-t-il sans parvenir à masquer son inquiétude.
— Non, rétorqua Victoire, soucieuse à son tour. Pourquoi ça ?
— Eh bien, nous hébergeons des familles de fées royales depuis quelques jours. Ils sont terrifiés d’entendre les voix des sorciers s’élever depuis l’autre côté des plaines… Je pensais que le souverain vous envoyait à ce sujet.
— Provenant de la contrée d’Ixtéria ? demanda Ben.
— Oui… Volo est passé très tôt ce matin et devait faire un rapport à Parss. Je pensais donc que vous étiez là à la suite de ce qu’il vous avait rapporté.
— Mais on dirait bien qu’il a disparu ! s’écria la guide. Il était censé venir me récupérer, mais il n’est jamais venu…
Balia apparut à son tour. Elle posa sa petite main fraîche sur l’avant-bras de la jolie rousse et intervint :
— Un nouvel arrivant vient de me dire qu’il l’a vu se diriger vers la frontière juste après son passage ici. Il voulait certainement voir par lui-même ce qu’il s’y passait avant de rentrer à Osia.
Un lourd silence se fit, chacun tentait de retenir cette inquiétude qu’il éprouvait : il était arrivé quelque chose à Volo alors qu’il était parti se rendre compte par lui-même de la fragilité du mur magique.
— Retournons auprès du Prince ! lança Benjamin en faisant craquer son squelette pour reprendre sa forme volante. Nous devons l’informer de ce qu’il se passe avant de prévenir Mesri que son fils a disparu !
— Tu as raison, il attend notre retour, conclut Victoire en s’agrippant à ses épaisses écailles pour remonter jusqu’à l’arrière de la grosse tête fumante de son dragon. Allons-y !
• • •
Quand ils arrivèrent à Osia, ils comprirent que le Prince avait déjà reçu la terrible nouvelle de la disparition du garde royal. L’alerte était donnée et tous les reptiles s’apprêtaient à se rendre à la frontière pour tenter de retrouver leur frère d’armes.
Victoire patientait au centre du Colisée, un peu perdue, ne sachant pas quoi faire pour se rendre utile. L’agitation et l’excitation de ceux qui l’entouraient la dépassaient.
Depuis la mort de Mélusine, elle n’avait pas vu une telle ébullition et un tel nombre de dragons grouillant à cet endroit.
Captivée par le va-et-vient qui l’entourait, Victoire sursauta en entendant une voix s’adresser à elle dans son dos :
— J’ai besoin de toi pour le retrouver ! lui lança Mesri. Un vieux comme moi ne peut rien dans les airs sans un guide…
La jeune fille lui sourit avant de passer ses bras autour de sa taille, heureuse de le retrouver auprès de lui.
— Les nouvelles vont vite, railla Benjamin en se rapprochant d’eux.
— Oui, et nous devons réagir dans l’instant, avant qu’il ne lui arrive quelque chose ! répondit le directeur en saluant l’adolescent.
— Mesri ! lança le Prince en s’approchant du vieux dragon. Toi, ici ? Alors qui s’occupe du centre ?
— Je l’ai confié à Jean. D’ailleurs Ben, il t’attend. Tu dois rentrer sur-le-champ, sans aucun détour.
— Quoi ? Mais je voulais participer aux recherches pour retrouver Volo…
— Non, ordonna Mesri. Nous sommes assez nombreux comme ça ! Toi, tu prends la direction du monde des Hommes.
Victoire s’était éloignée, attirée par une femme qui se tenait immobile au centre de l’allée aux immenses statues. Elle pleurait.
Elle l’avait déjà vue, une fois, il y a bien longtemps, elle la reconnaissait à son regard bleu, unique. C’était la femme de Volo.
— Bonjour Lédra, lui lança-t-elle en esquissant un sourire. Ne sois pas triste, je t’en prie, nous allons retrouver ton mari.
— Je lui avais dit de ne pas s’y rendre seul, d’attendre, mais tu le connais… émit la femme entre deux sanglots.
Le père du disparu s’approcha à son tour en l’apercevant. Il la salua du menton sans parvenir à lui décrocher quelques mots rassurants.
Volo parlait souvent de sa femme à Victoire, de ses enfants aussi, mais son épouse s’évertuait à rester cloîtrée chez elle, refusant tout contact avec les autres, surtout avec Mesri, qu’elle n’appréciait pas.
Pourtant, à ce moment-là, c’est elle qui fit un pas dans sa direction et qui posa ses doigts fins et blancs sur la paume flétrie de son beau-père :
— Tu as la guide. Tu vas le retrouver ?
— Nous allons essayer. Rentre t’occuper de tes enfants, nous te tiendrons informée !
— Je préfère rester ici ! sanglota-t-elle en croisant les bras. Mes parents sont avec nos petits, ils n’ont pas besoin de moi… mais moi, j’ai besoin de mon mari.
Mesri, décontenancé et troublé, osa cette fois la prendre dans ses bras pour la laisser pleurer.
— Je comprends, lui chuchota-t-il à l’oreille. Nous allons partir sans perdre de temps et nous ne reviendrons pas sans lui.
• • •
Des gardes soufflèrent dans d’immenses cornes de brume, annonçant le départ en troupe vers la frontière nord de la contrée d’Osélie. Une boule d’angoisse se forma dans le ventre de la guide. Cela faisait une année entière qu’elle n’avait pas eu à prendre les airs pour affronter des ennemis. Elle avait eu une vie paisible depuis la mort de la sorcière noire et ses uniques vols à dos de reptile avaient été seulement de jolies balades dans le ciel lumineux des terres de paix.
— Prête ? lui demanda Mesri en posant sa main sur son épaule.
— Ça faisait longtemps, se contenta-t-elle de répondre. Mais je suis heureuse de te retrouver pour un nouveau tour !
— Ah, oui, espérons que ça soit le dernier.
— Comment ça ? souligna-t-elle en écarquillant les yeux et en fronçant les sourcils.
— Tu as beau m’offrir une seconde jeunesse, je ne rajeunis pas et je suis maintenant trop vieux pour bénéficier d’une telle pierre précieuse comme toi ! Et puis, je crois savoir que Volo et toi faites la paire…
Sans la laisser lui répondre, Mesri se métamorphosa et laissa sa queue se rallumer d’une flamme bleue toujours dansante.
Victoire se hissa sur son long cou et laissa son regard glisser sur les dizaines de dragons prêts à en découdre avec les sorciers et les mages noirs de la contrée d’Ixtéria.
— Attendez-moi, lui susurra une petite voix stridente qu’elle reconnut avant de sentir quelque chose se pendre à l’une de ses mèches de cheveux.
— Odras ! Que fais-tu là ? lui demanda-t-elle alors qu’ils quittaient déjà le sol.
— Je suis ordonné par les anciens pour apporter avec moi la poudre nécessaire à la reconstruction de la frontière.
— Eh bien, je suis heureuse de te revoir, lui avoua-t-elle.
— Dis-moi, fée minime, intervint Mesri. Vous ne deviez pas vous assurer que personne ne puisse toucher à cette muraille ?
— Si, bien entendu. Même certaines royales y sont en poste pour s’assurer de son étanchéité… Jusqu’à maintenant, rien n’avait été repéré.
— Nous en saurons plus sur place, conclut Victoire en serrant ses jambes autour des écailles orange de son dragon.
• • •
Le groupe, précédé de Parss, traversa les contrées lointaines de fées royales.
Le vent soufflait fort et le givre piquait la peau de Victoire, qui n’avait pas anticipé ce froid et ne portait qu’un simple jean et un pull en laine fine de couleur verte. Ses mâchoires se mirent à claquer et ses doigts devinrent douloureux.
— Tu n’as pas d’autres vêtements ? s’inquiéta Odras en faisant crépiter ses petites ailes transparentes pour qu’elles ne durcissent pas.
— Non… je ne savais pas qu’il faisait ce temps, bredouilla-t-elle en plissant les yeux pour se protéger de l’air glacial qui lui brûlait les pupilles.
— Et tu n’as pas idée du temps qu’il fait encore plus au nord… dans la contrée d’Ixtéria ! cria la fée pour passer par-dessus le sifflement du blizzard.
— Je ne veux pas le savoir ! Mais j’ai froid…
Mesri avait suivi la conversation et il redressa brusquement ses nasaux fumants pour laisser sa vapeur brûlante se diriger vers elle.
— Merci ! lui lança-t-elle en se penchant légèrement pour rentrer tout entière dans la fumée bienfaisante.
— Ça ne sera pas suffisant, lui expliqua alors Odras.
Il fourra sa petite main dans un de ses nombreux sacs de tissu pendant à sa ceinture et massa la peau de la joue de la guide avec une de ses poudres.
Un instant plus tard, elle sentit une douce chaleur bienfaisante s’étaler sur elle comme une pommade, se propageant sur chaque centimètre de sa peau.
— Ah, je vais mieux, merci, lui assura-t-elle en se redressant.
— Tu me diras si tu en as besoin d’autre, ça disparaît assez rapidement.
Le vieux dragon se redressa avec rudesse et surprit sa guide et son passager, qui se crispèrent pour ne pas tomber. Il pivota ensuite sur la droite pour venir se poser sur un champ de glace.
Victoire descendit avec lenteur, gardant avec elle son ami aussi grand qu’un pouce. Ses yeux noirs se posèrent sur une chaîne de montagnes recouverte de neige. Elle l’observa un instant, se demandant en quoi cela pouvait retenir de redoutables sorciers noirs.
— Tu ne vois pas ? se moqua Odras.
— Même moi je pourrais les gravir…
— Mais ce n’est que la frontière terrestre que tu aperçois, pas celle qui est magique !
La fée minime souffla devant les iris de la jeune fille, qui vit alors apparaître un épais mur de brouillard chargé de petites paillettes d’or devant elle. La muraille partait du sol, au pied des pics, pour remonter se perdre très haut dans le ciel, formant une barrière sans limites.
— Wow, se contenta de lâcher Victoire.
— Il faut maintenant chercher Volo et tenter de découvrir si une brèche s’est formée ! lança Mesri en reprenant sa forme humaine.
— En effet, concéda Parss en se posant auprès d’eux. Nous allons ratisser toute la surface de cette frontière, par la terre et par le ciel. Nous allons retrouver notre général et comprendre ce que trafiquent les sorciers d’Ixtéria.

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