Pages & Compagnie
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Description

Matilda Pages a passé son enfance dans un endroit féerique pour une dévoreuse de livres : la librairie familiale Pages & Compagnie, où elle a été élevée par ses grands-parents maternels. Mais pourquoi ces derniers évitent-ils toujours de parler de sa mère, disparue peu de temps après sa naissance ? Qui sont ces amis mystérieux qui leur rendent visite ? Et pourquoi Tilly a-t-elle sans cesse l’impression qu’on lui cache quelque chose ?

Quand Alice, l’héroïne de l’un de ses livres préférés, l’emmène prendre le thé au pays des merveilles, Tilly comprend qu’elle est capable d’explorer les histoires et de basculer dans d’autres mondes que le sien. Un pouvoir formidable… à condition de ne pas se perdre en chemin !

Pour Tilly, aidée de son ami Oskar, c’est peut-être l’unique chance de percer enfin le secret de sa naissance et de ses origines, et de retrouver les traces de cette mère qu’elle n’a jamais connue…

Originally published in English under the title : Pages & Co – Tilly and the Bookwanderers


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 septembre 2019
Nombre de lectures 18
EAN13 9782215161790
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
1 – Les promesses de la fête foraine
2 – Personne ne vit d’aventures dignes de ce nom dans la vraie vie
3 – Les souvenirs des autres
4 – Là où se vivent les aventures
5 – Magie, malice et bêtises
6 – Il faut s’attendre à avoir des problèmes lorsqu’on parle avec quelqu’un de disproportionné…
7 – Les amis imaginaires
8 – Un peu d’absurdité n’a jamais fait de mal à personne
9 – En lecture, il faut savoir sortir de sa zone de confort
10 – Fictifs par définition
11 – Laisser un peu de place à l’impossible
12 – Une imagination débordante
13 – C’est l’histoire qui compte
14 – Un excellent retournement de situation
15 – Je sentais que c’était le bon livre
16 – Bienvenue à la Bibliothèque Souterraine
17 – Legere est peregrinari
18 – Certains livres sont bien moins dangereux que d’autres…
19 – Se perdre dans un bon livre
20 – Les livres les plus sûrs au monde à explorer
21 – Le temps s’écoule différemment dans les livres
22 – Une très, très mauvaise idée
23 – Voilà pourquoi il faut toujours respecter les règles
24 – Le jour où le monde a basculé
25 – Bien plus que des procédés narratifs
26 – La dernière page
27 – Les commandements de l’exploration d’histoires
28 – Les histoires sont faites pour être lues
29 – La magie des livres est la seule dont nous disposons
30 – Contes de fées
31 – La curiosité est mère des meilleures aventures
32 – On peut quitter la fin de n’importe quelle histoire
33 – Un tout nouveau personnage
34 – Au mauvais endroit au bon moment
35 – Une librairie, c’est comme une carte du monde
36 – Sois courageuse et sois gentille
37 – Les lecteurs ne font attention à rien
38 – Certains livres sont aimés, d’autres sont oubliés
39 – C’est ainsi que l’histoire devait se terminer
Épilogue
La bibliothèque de Tilly
Remerciements
Page de copyright
Pour ma sœur Hester, qui est faite des mêmes histoires que moi
1 Les promesses de la fête foraine
M atilda Pages ouvrit la porte de Pages & Compagnie et inspira profondément, laissant l’odeur familière des bougies que l’on venait d’éteindre, du chocolat chaud et, bien évidemment, des livres emplir ses narines. L’espace d’un instant, songeant au plaisir de la semaine de vacances qui se profilait devant elle, porteuse des mêmes promesses que la silhouette toute proche d’une fête foraine, elle oublia qu’elle était trempée d’eau boueuse. Mais la bulle de calme qui l’enveloppait éclata lorsque l’humidité traversa ses collants et qu’elle fut parcourue d’un frisson. Elle franchit une autre porte et passa de la librairie à l’étroite maison où elle vivait avec ses grands-parents. Puis, elle jeta son sac de cours sur la table (envoyant valser quelques pommes de terre qui s’y trouvaient) avant de s’affaler sur une chaise.
Elle marqua une pause, attendant une réaction de la part de sa grand-mère. Lorsque celle-ci finit par se retourner, Tilly laissa tomber sa tête sur ses bras avec de grands airs de tragédienne.
– Contente d’être en vacances, Tilly ? demanda sa grand-mère, qui écarquilla les yeux devant le spectacle qu’offrait sa petite-fille. Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Qu’est-ce que les pommes de terre t’ont fait pour mériter ça ?
Tilly rougit et, toute penaude, entreprit de ramasser les tubercules.
– Et tu es trempée… Il ne pleut plus, pourtant, si ? s’étonna encore la grand-mère en jetant un œil par la fenêtre de la cuisine.
Elle frotta affectueusement la tête de sa petite-fille en train de s’agenouiller pour secourir une pomme de terre. Cette dernière avait roulé au sol et était allée se perdre dans le panier du chat ! Tilly soupira et s’appuya contre les jambes de sa grand-mère.
– Grace a roulé dans une flaque avec son vélo et elle m’a tout éclaboussée.
– Tu ne penses quand même pas qu’elle l’a fait exprès ? demanda gentiment la vieille dame.
Tilly poussa un grognement qui sous-entendait que si.
– Mais… je croyais que vous étiez inséparables ?
– Ça, c’était avant, quand on était petites. Elle a de nouvelles amies maintenant, expliqua Tilly. Elle fait partie de l’équipe de basket-ball et elle ne veut plus traîner qu’avec les filles de son équipe. Elle ne s’assied plus qu’à côté d’Ammara et de Poppy.
– Est-ce que j’ai déjà rencontré Ammara et Poppy ? s’enquit Elisabeth Pages.
– Non, avant elles allaient à l’école St Enid, mais elles ne font rien l’une sans l’autre.
– Eh bien, pourquoi ne les inviterais-tu pas pendant les vacances ? Ce serait l’occasion de faire connaissance avec elles…
– Je ne pense pas qu’elles viendraient, maugréa Tilly, visiblement peu convaincue. Elles passent leur temps à faire des messes basses et à rigoler chaque fois que je leur adresse la parole.
– Tu aurais peut-être une bonne surprise. Mais tu ne le sauras pas tant que tu ne le leur auras pas demandé. Sois courageuse, Matilda. Sois courageuse, sois…
– Sois courageuse, sois curieuse, sois gentille, l’interrompit Tilly. Je sais.
– C’est ce que nous avions l’habitude de répéter à ta mère quand elle était petite…
– Mais, être courageux, c’est peut-être plus facile pour certaines personnes que pour d’autres !
– Ce sont souvent les choses qui paraissent difficiles qui ont le plus d’importance, soutint Elisabeth. Maintenant, pourquoi est-ce que tu n’enlèverais pas cet uniforme tout trempé pour aller prendre une douche ? Je vais te préparer un bon chocolat chaud pour fêter le début des vacances !
***
Vingt minutes plus tard, Tilly était propre et sèche et elle tenait dans les mains deux tasses de chocolat chaud surmontées de chantilly : l’une pour elle, l’autre pour son grand-père. Elle poussa d’un coup de fesses la porte de la cuisine pour se retrouver dans l’entrée de la librairie. Pages & Compagnie était son endroit préféré. Située dans l’une des grandes artères animées du Nord de Londres, elle ressemblait, vue de l’extérieur, à n’importe quelle autre librairie. Pourtant, une fois à l’intérieur, on avait bien du mal à comprendre comment des murs si ordinaires pouvaient renfermer un tel univers.
La boutique était constituée de cinq étages pleins de recoins et de pièces miniatures formant un labyrinthe de rayonnages qui partaient dans tous les sens, confortablement meublé de canapés et de fauteuils moelleux. Un escalier en hélice remontait le long du mur et des échelles de bois peint s’élevaient quasiment jusqu’au plafond. Des fenêtres en ogive donnaient à la librairie des allures d’église quand la lumière éclaboussait l’intérieur et que des particules de poussière dansaient dans l’air. Lorsqu’il faisait beau, le soleil inondait le parquet et l’on retrouvait souvent la chatte de la librairie (nommée Alice en raison de son caractère curieux) assoupie aux endroits les plus chauds. Durant l’été, l’énorme cheminée située derrière la caisse enregistreuse était remplie à ras bord de fleurs fraîches mais, en ce mois d’octobre, une belle flambée y crépitait.
Tilly ne s’était jamais beaucoup éloignée de Londres. Cependant, elle avait l’impression d’être une voyageuse expérimentée lorsqu’elle avait le nez plongé dans ses livres. Elle avait ainsi couru sur les toits de Paris, appris à voler sur un balai et contemplé des aurores boréales depuis le pont d’un bateau. Elle avait exploré des mondes merveilleux et des jardins secrets en compagnie de filles curieuses ou, au contraire, pas très aventureuses. Elle avait longuement débattu avec son grand-père de certains livres tout en mangeant des scones dégoulinants de beurre. Elle avait aussi découvert des histoires qu’elle avait lues et relues tellement de fois qu’elle en savait bien plus à leur sujet que sur n’importe quelle matière scolaire évaluée par d’interminables contrôles. Elle avait découvert des amitiés qui semblaient dépourvues de toutes ces règles sociales compliquées qu’il fallait suivre au collège. Tilly avait parfois l’impression qu’on lui avait expliqué une fois en cours comment fonctionnait l’amitié, mais qu’elle n’avait pas bien compris les bases et qu’ensuite elle n’avait jamais vraiment été en mesure de rattraper son retard.
Son grand-père se tenait derrière la caisse, triant des livres commandés par des clients, associant les tickets aux titres avant de les empiler soigneusement : ils n’attendaient plus que l’on vienne les chercher. Tilly déposa l’une des tasses de chocolat chaud sur le comptoir, sans trop en renverser.
– Trinquons aux vacances, Tilly ! s’exclama son grand-père.
Puis il but une grande gorgée et, comme à son habitude, il fit semblant de ne pas se rendre compte qu’il avait de la chantilly plein la moustache.
– As-tu beaucoup de devoirs à faire ? questionna-t-il.
– Je dois lire un livre que je n’ai encore jamais lu, répondit Tilly d’un air tout à fait sérieux.
– Oh mon Dieu, ma chérie ! fit semblant de déplorer son grand-père. Mieux vaut que tu t’y mettes dès maintenant si tu veux pouvoir ne serait-ce qu’ espérer le finir dans la semaine…
Tilly se mit à rire et plongea un doigt dans sa chantilly, pensant aux cinq livres qu’elle avait empilés à côté de son lit en guise de lectures de vacances.
– Mlle Webber nous a annoncé qu’à la rentrée nous commencerions un projet sur nos personnages de livres préférés. Elle nous a dit que, si on voulait prendre un peu d’avance, on pouvait déjà réfléchir à qui étaient les nôtres. Tu choisirais qui, toi ?
– Sacrée question, répondit Archibald Pages en léchant un peu de chantilly sur sa lèvre. Je dois bien admettre que, d’instinct, je pense à Sherlock Holmes, mais il faudrait que j’y réfléchisse plus sérieusement pour te donner une réponse officielle. Sinon, à part cette charge de travail colossale, qu’as-tu prévu de beau pour la semaine ? Est-ce que Grace va venir ?
– Je ne sais pas pourquoi vous me parlez autant de Grace, Mamie et toi ! s’exclama Tilly.
– On fait ça, nous ? releva son grand-père, surpris. Mais je pensais que c’était ta meilleure amie…
– Je n’ai pas de meilleure amie, trancha fermement Tilly. J’ai réalisé que personne au collège n’avait les qualités nécessaires pour être mon meilleur ami.
– Et quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon meilleur ami ?
– Un bon meilleur ami, c’est quelqu’un qui te soutient, quelqu’un qui ne se lasse jamais de discuter avec toi. Quelqu’un qui a le goût de l’aventure, qui est intelligent, courageux et drôle…, énuméra Tilly en déployant un doigt à chaque nouveau critère. Quelqu’un comme Anne Shirley ou Alice, du pays des merveilles : d’ailleurs, ce sont elles mes personnages préférés.
À quelques exceptions près, Tilly préférait nettement la compagnie des personnages de ses romans à celle des gens qu’elle côtoyait dans la vraie vie.
– Je ne suis pas sûr qu’il y ait un seul et unique type de meilleur ami pour toutes les situations, Tilly, hasarda son grand-père avec délicatesse. Parfois, ce sont les personnes auxquelles on s’attend le moins qui deviennent nos meilleures amies. Les amis doivent faire ressortir ce que tu as de mieux en toi, pas être ta copie conforme. Je suis sûr que tu es la future meilleure amie idéale de quelqu’un.
Tilly tenta de s’imaginer dans la peau d’une meilleure amie mais, lorsqu’elle pensait à elle sans détour, elle se sentait un peu confuse, comme si elle observait une photo floue. Et, lorsqu’elle se comparait aux personnages qu’elle rencontrait dans ses livres, elle avait l’impression que l’encre et le papier dont ils étaient faits étaient bien plus réels que sa chair et ses os.
– En attendant, tu m’as moi, continua son grand-père. Si jamais tu cherches à te faire un vieux meilleur ami moustachu avec librairie à la clef, je suis là.
– C’est vrai, répondit Tilly en essayant d’ôter de son esprit tous les meilleurs amis potentiels. Je n’ai besoin de personne qui habite ailleurs qu’à Pages & Compagnie .
2 Personne ne vit d’aventures dignes de ce nom dans la vraie vie
L e lendemain matin, Tilly se réveilla au son de la pluie et des feuilles d’automne qui tombaient sur la lucarne de sa chambre.
Qui disait pluie disait grand calme à la librairie, car les gens préféraient rester chez eux. Seul un petit groupe d’habitués avait osé venir. Tout ébouriffés, ils faisaient sécher leurs vêtements dans le coin salon de thé en attendant une éclaircie. Tilly appréciait les vacances scolaires qui lui permettaient de profiter du rythme et des rituels de la librairie. Elle savoura chaque instant que son premier jour de repos avait à lui offrir. Dès le matin, elle lut au lit un chapitre d’un nouveau roman tant que le calme régnait encore, elle revêtit tout ce qui lui chantait sauf son uniforme scolaire et elle prit un délicieux petit-déj composé d’un œuf à la coque et de mouillettes.
– Alors, quel est le programme du jour ? lui demanda sa grand-mère tout en lui tendant une tasse de thé au lait.
– De la lecture, essentiellement, répondit Tilly.
– Est-ce que tu veux m’accompagner pour une balade dans les bois un peu plus tard ? lui proposa son grand-père. Sinon, je dois aussi passer chez le fleuriste confirmer ma commande de fleurs pour la soirée de mercredi sur le thème du pays des merveilles : tes conseils me seraient bien utiles pour choisir les couleurs ! J’ai parfois l’impression qu’on a vu un peu grand en organisant cette soirée… Chaque année, les clients et les éditeurs attendent un thème encore plus extravagant que le précédent !
Tilly haussa les épaules. Ignorant la question, elle se mit à réfléchir et demanda à ses grands-parents d’un air très sérieux :
– Est-ce que ça vous est déjà arrivé de souhaiter avoir un ami proche en danger de mort pour pouvoir aller le sauver ?
– Pour être honnête, ça ne m’arrive pas souvent de penser à ce genre de choses…, commença Elisabeth en jetant un regard à son mari assis de l’autre côté de la table.
– C’est juste que j’aimerais qu’il y ait des choses plus palpitantes à faire que d’aller chez le fleuriste, soupira Tilly. Personne ne vit d’aventures dignes de ce nom dans la vraie vie.
– Je ne veux pas tendre le bâton pour me faire battre, mais je dirais que quelqu’un qui n’est pas capable de vivre une aventure dans les bois manque cruellement d’imagination, rétorqua Archibald.
– Tu sais très bien ce que je veux dire.
– Je sais, ma chérie. N’empêche ! Il n’y a jamais eu de mal à rester à l’affût des aventures, aussi infimes soient-elles !
– Mais, pour le moment, reprit Elisabeth, pourquoi ne pas t’en tenir aux aventures des livres ? Si la pluie arrête enfin de tomber, nous pourrons toujours aller nous balader plus tard.
***
Tilly ouvrit la porte de la librairie et alla retrouver Jack, le responsable du coin salon de thé situé au rez-de-chaussée. Pourtant, lorsqu’elle arriva près de la rangée de chaises et de tables dépareillées, il n’était nulle part en vue. Elle s’approcha du comptoir en se demandant s’il y avait des gâteaux auxquels elle pourrait goûter. Alors qu’elle tendait la main vers un brownie au chocolat à l’air ultra fondant, Jack sortit la tête de sous le comptoir.
– Ha, ha ! je te prends la main dans le sac, s’écria-t-il.
– Je ne faisais que regarder, se défendit Tilly, un peu honteuse, avant de remarquer le grand sourire qui fendait le visage du jeune homme. Pourquoi est-ce que tu as du miel sur le front ?
– J’essaie de faire des pop cakes, expliqua-t-il en désignant un bac à glaçons rempli de miel collant. Tu te souviens du Club des Cinq d’Enid Blyton ? Les héros mangent des gâteaux qui dégoulinent de miel lorsqu’on croque dedans. Je vais congeler le miel pour le laisser fondre au cœur des pop cakes à la cuisson. Enfin, ça, c’est le plan, parce que le miel se montre fort peu coopératif.
Jack, qui avait dix-neuf ans et économisait pour suivre des cours de pâtisserie à Paris, prenait son rôle de chef pâtissier de la librairie très au sérieux : il ne cessait jamais de chercher à recréer des desserts tirés de romans. Tilly avait pour ordre de l’informer dès que ses lectures la mettaient sur la piste d’une recette qui semblait particulièrement savoureuse.

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