La Neva pour se retrouver
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Description

Aux abords de la Neva, le fleuve qui traverse Saint-Pétersbourg, Méganne ne prévoyait pas tomber amoureuse pour la première fois, ni avoir envie si fort de revoir son père qui l’a abandonnée. Parfois, il faut se rendre à l’autre bout du monde pour mieux se retrouver.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 novembre 2020
Nombre de lectures 4
EAN13 9782896996797
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0400€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La Neva pour se retrouver

Marise Gasque
 
 
 
 
 
 
 
La Neva pour
se retrouver
 
Roman
 
 
 
 
 
 
 
2020
Cavales
L’Interligne

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
 
Titre: La Neva pour se retrouver / Marise Gasque.
 
Noms: Gasque, Marise, 1988- auteur.
 
Collections: Cavales.
 
Description: Mention de collection: Cavales
 
Identifiants: Canadiana (livre imprimé) 20200172093 | Canadiana (livre numérique) 20200172115 |
 
ISBN 9782896996773 (couverture souple) | ISBN 9782896996780 (PDF) | ISBN 9782896996797 (EPUB)
Classification: LCC PS8613.A866 N48 2020 | CDD jC843/.6—dc23
 
 
 
 
 
 
 
L’Interligne
435, rue Donald, bureau 337
Ottawa (Ontario) K1K 4X5
613 748-0850
communication@interligne.ca
interligne.ca
 
 
Distribution : Diffusion Prologue inc.
 
 
ISBN 978-2-89699-679-7
© Marise Gasque 2020
© Les Éditions L’Interligne 2020 pour la publication
Dépôt légal : 2e trimestre de 2020
Bibliothèque et Archives Canada
Tous droits réservés pour tous pays







Chapitre 1





P remière constatation : le serveur est beau. Tellement beau que j’oublie de parcourir le menu qu’il a posé devant moi. Il a les cheveux bruns, tirés vers l’arrière. Sur ses épaules carrées se moule un t-shirt rouge carmin et à sa taille est noué un tablier noir. Son regard me plaît. Surtout quand il sourit, car ses yeux adoptent une autre forme.
Deuxième constatation : il ne comprend ni le français ni l’anglais. Sabrina ne tarde pas à le baptiser Dostoïevski en l’honneur de Crime et châtiment, le roman que monsieur Lemieux a mentionné cette année à l’école, même si elle s’amuse à l’appeler « mon amour » à voix haute quand il vient remplir nos verres d’eau. Le rire timide du serveur nous laisse comprendre qu’il sait qu’on fait des blagues inoffensives à son propos.
Nous indiquons ce que nous désirons manger (je pointe l’index vers à peu près n’importe quoi) et il nous fait oui de la tête, toujours avec ce sourire gêné que nous percevons davantage dans ses yeux que sur ses lèvres. Larisa, qui connaît bien le menu, nous commande à toutes les trois un mors , une espèce de cocktail à base de jus de canneberges. Je reçois, comme plat, des petites boulettes de viande enrobées d’une pâte fine, et nous terminons le repas en partageant un gâteau russe ptitchie moloko . Traduction de nos papilles gustatives : gâteau chocolat-meringue.
C’est à la fin de la soirée, le pied à l’extérieur du restaurant, que je remarque des chiffres inscrits sur ma copie de l’addition, accompagnés d’un petit visage souriant.
— C’est quoi, ça ?
La réponse aurait été plus évidente au Canada. On aurait reconnu l’indicatif régional et la façon de disposer les chiffres... Il s’agit d’un numéro de téléphone ! C’est du moins ce que nous en déduisons. Plus spécifiquement, le numéro de téléphone du beau serveur. C’est absurde. En même temps, c’est flatteur, et je ne peux m’empêcher de ressentir une vive excitation. Troisième constatation de la soirée : il fallait que je voyage jusqu’en Russie pour qu’un beau gars s’intéresse à moi. On aurait dû me prévenir, j’aurais fait le voyage plus tôt !
En fait, je n’aurais pas pu le faire sans Larisa. C’est elle qui, depuis le déménagement de son père, voyage chaque année pour le retrouver, et nous rapporte, à Sabrina et à moi, toutes sortes de souvenirs. Surtout, elle revient avec des centaines d’histoires et des photos qui nous font rêver : les cathédrales, les palais royaux, les musées qui cachent des secrets de la ville, la mer Baltique dans toute sa splendeur, les grands ballets, les poupées russes ! Trois années de désir, deux années d’économies, et finalement, onze heures de vol : le rêve se concrétise.
Si j’avais été seule, je n’aurais jamais reconnu l’homme qui, quelques heures plus tôt, nous attendait à l’aéroport de Poulkovo. Il faut dire que je n’avais pas vu Dmitry, le papa de Larisa, depuis presque quatre ans, et qu’il nous a accueillies la tête baissée, les yeux rivés sur son téléphone cellulaire. Une fois en face de lui, nous avons eu droit à un sursaut, à un cri de joie et à un gros câlin de sa part. Décidément, même s’il avait eu la tête relevée, je n’aurais pas su que c’était lui. Mes souvenirs étaient ceux d’un grand homme à l’allure athlétique et aux cheveux noirs bien coiffés. Était-ce le même, celui qui avait rendu ma mère complètement dingue et qui avait réussi à charmer presque toutes les femmes du quartier ? Le Dmitry qui se tenait devant nous avait un ventre en trop, des joues flasques et des cheveux grisonnants. À l’écoute de sa voix, néanmoins, une partie de moi a sursauté. J’avais oublié cet accent mi-parisien, mi-québécois, avec une intonation russe. Et cette manie de toujours ajouter un « hein ! » à la fin de chacune de ses phrases… Je ne pouvais arrêter de sourire. Ça faisait du bien à réentendre. Dans un aéroport bondé d’écriteaux dont je ne pouvais comprendre les messages et de voyageurs fatigués qui vivaient leurs retrouvailles en russe, le français qui sortait de la bouche de Dmitry me ramenait chez moi. Les deux semaines en sa compagnie seraient si plaisantes !
Il semblait heureux d’avoir Larisa (ou Lara, comme il l’appelle tendrement) à ses côtés : il lui flattait la tête de la même façon que je cajole Roméo, mon épagneul. À plusieurs reprises, j’ai remarqué qu’il ne nous regardait pas, Sabrina et moi, quand nous lui adressions la parole. Son attention restait fixée sur sa fille, comme si c’était la première fois qu’il la voyait. Tout lui semblait incroyable : la façon dont elle tenait son sac à main et son téléphone, ses expressions faciales, les vêtements qu’elle portait… tout ! Il la contemplait, les yeux et les lèvres empreints de gaieté. Après une dizaine de minutes, quand l’admiration s’est quelque peu dissipée, il s’est tourné vers moi.
— Méganne, c’est pas croyable à quel point tu ressembles à ta mère, en vieillissant !
Je savais qu’on allait parler de maman à un moment donné, mais pas si tôt, à peine l’avion atterri ! Il a même ajouté un :
— Elle va bien ?
— Oui, oui, elle va bien. Je suis certaine qu’elle est impatiente que je l’appelle pour lui dire que je suis arrivée en Russie. Et elle a hâte que je lui envoie des photos !
— Mais pas tout de suite, hein ! Je serai plus photogénique plus tard, après une bonne douche.
Tiens, une autre chose qui n’avait pas changé : son sens de l’humour. Il nous a même fait croire, quand on s’est rendues à sa voiture dans le stationnement, qu’il était huit heures du matin et qu’il nous amenait déjeuner.
— Je suis toute mêlée, papa ! Je pensais qu’il était huit heures du soir !
— Regardez le beau soleil. Est-ce qu’il ferait si clair si nous étions le soir ?
Aurions-nous mal calculé le décalage horaire ?
— Je blague, a tout de suite avoué Dmitry. C’est la beauté de Saint-Pétersbourg. Le soleil, en été, ne se couche presque pas.
— Ah oui, c’est vrai ! s’est exclamé Larisa en se touchant le front. Je te visite toujours en hiver, et en hiver, c’est le contraire.
— C’est vrai, en hiver, il n’y a pas beaucoup de soleil. Mais en été, c’est tellement vivant, ici ! Vous allez voir, c’est impressionnant. Il y a plein d’activités qui se passent pendant la nuit.
Tout ça, c’était bien beau, mais nous avions tellement faim que nous ne pouvions penser à autre chose. Tour à tour, Larisa et Dmitry nous indiquaient avec excitation des bâtiments et des statues, mais nos estomacs grondaient plus fort que le moteur de la voiture. Dmitry, qui avait déjà mangé et qui avait une course à faire, nous a laissées au Sadko. Mors , boulettes, gâteau, Dostoïevski et numéro de téléphone… Je peux poursuivre là où je m’étais arrêtée.
À notre retour, dans une rue qui porte un nom illisible, Dmitry nous fait visiter son appartement qui sent l’humidité. Les planchers, en bois, craquent sous nos pas. De nombreux murs sont tapissés et les meubles sont anciens. La vieille chaise berceuse dans le salon me rappelle celle qu’avait mon arrière-grand-mère. La télévision à écran plat ne semble pas à sa place, et la tablette électronique, posée sur l’accoudoir du divan, encore moins. Larisa nous l’avait dit : son père vit modestement. Bien qu’il détienne un doctorat en génie informatique et soit professeur d’université, ses appointements sont beaucoup plus maigres que ceux qu’il touchait au Canada à exercer la même profession. C’est dommage, mais s’il a déménagé ici, j’imagine que ce style de vie le satisfait.
Dans la cuisine, il ouvre fièrement la porte de son réfrigérateur :
— J’ai fait une grosse épicerie pour vous !
L’adjectif est faible. Trois oranges s’échappent du frigo et ce qui ressemble à un pot de fromage cottage atterrit lourdement sur le plancher. Je sais au moins qu’on ne mourra pas de faim pendant nos vacances !
Il nous réunit autour de la table. Son air est grave, comme s’il nous regroupait pour contrer l’apocalypse. C’est, selon lui, tout aussi sérieux : il va établir ses règles pour les semaines à venir.
— La Russie, ce n’est pas seulement des bâtiments ornés d’or et du bœuf Stroganov, hein ! Comme dans toutes les grandes villes, il faut faire attention. Et comme dans toutes les grandes villes qu’on connaît mal, il faut prendre ses précautions…
Tiens, ça rime ! Il doit avoir appris son texte par cœur !
— …J’ai réussi à me libérer de l’université quelques jours cette semaine, mais je n’ai pas pu en faire plus : mes étudiants sont en période d’examens. On va faire le tour des musées ensemble et des bons restos, et on va assister à un concert vraiment super…
Encore une rime ! C’est sûr qu’il l’a appris par cœur…
— …Je suis content que vous soyez ici et on va faire tout ce que vous voulez, mais quand je suis absent, mes consignes sont simples. Je vous interdis de sortir sans Larisa, et toi, Lara, dit-il en se tournant vers sa fille, je te défends d’aller dans un endroit où on n’est jamais allés ensemble. Je vais vous fournir le numéro de mon téléphone cellulaire que vous allez ajouter à votre liste de contacts dans votre téléphone, ainsi qu’une clé de l’appartement, au cas où il y aurait un problème. Voilà. Ne me décevez pas : je vous fais confiance.
C’est tout ? Il tape la table de son poing droit et se lève.
— Bonnes vacances, les filles !
Oui, c’est tout. Il marche vers le salon, mais revient aussitôt à la cuisine pour le mot final.
— J’allais oublier… Vous allez découvrir une belle ville, mais vous n’avez pas le droit de découvrir les garçons ici. Je ne veux aucune histoire d’amour sous mon toit.
À ces mots, Larisa s’esclaffe.
— Je pense qu’il y en a déjà une en cours !
Elle raconte ce qui vient de se passer au restaurant. Je suis gênée. J’aurais voulu qu’elle se taise, surtout après l’avertissement qu’on vient de recevoir. Je baisse les yeux devant Dmitry qui s’écrie, les mains en l’air :
— Vous voyez, ça commence déjà !
— Il était beau ! ajoute Sabrina. Un vrai Dostoïevski !
— Eh bien, voilà ! Crime et châtiment raconte l’assassinat de deux femmes par un jeune homme de Saint-Pétersbourg ! Faites attention !
Les filles rigolent devant sa réaction alors que je me dépêche de le rassurer.
— Non, non, tu t’en fais pour rien. Il ne m’intéresse pas.
Certains mensonges sont inoffensifs…
— Et il n’était pas si beau que ça de toute façon, conclut Larisa.
Pas si beau que ça ? Le regard que j’échange avec Sabrina est discret, mais vaut mille mots. De toute évidence, notre amie vit dans une autre galaxie !
Dmitry me fixe et son index est accusateur, même si je n’ai rien fait.
— C’est mieux comme ça !
Mieux comme quoi ? C’est mieux qu’il ne soit pas beau ? Les règlements sont peut-être plus sérieux que je ne les avais perçus…

Larisa n’a jamais appris la langue de son père. Il semblerait qu’elle ait su balbutier quelques mots en russe, à l’âge de deux ans, mais puisque le français prédominait à la maison et que Larisa a passé plus de temps en compagnie de sa mère, une Québécoise pure laine, elle n’a retenu que la langue de Josée. À part da , niet , et privet , en plus de quelques mots d’amour que lui a toujours adressés Dmitry et d’expressions qu’il prononçait souvent, Larisa ne comprend aujourd’hui presque rien en russe, même après tous ses voyages. On dit qu’il est relativement facile de se faire entendre en anglais ici. Et de toute façon, elle n’a aucune facilité pour les langues. Elle-même avoue qu’elle sauterait sur n’importe quel livre d’algèbre, de chimie ou de biologie avant de s’aventurer dans un cours de langue étrangère. C’est dommage. Elle aurait pu apprendre le russe gratuitement et avec le meilleur professeur qui soit.
Je peux comprendre maman d’être tombée amoureuse de lui. Dmitry est sérieux et cérébral, mais aussi charmant et comique. Au début, quand ma mère et Dmitry ont commencé à se fréquenter, Larisa et moi nagions dans la joie : nous allions nous voir plus souvent, être presque sœurs, vivre ensemble ! Or, rien de tout cela n’est arrivé. Après une année de fréquentations, Dmitry n’allait plus bien. Nous le surprenions de plus en plus dans la lune et il avait sollicité un congé de maladie auprès de son employeur. Quelques mois plus tard, il annonçait à ma mère qu’il voulait renouer avec ses origines et s’installer en Russie… pour de bon. La chicane avait éclaté :
— Je pensais qu’on avait quelque chose de solide ensemble !
— Oui, mais je veux partir.
— Mais pourquoi ?
— J’ai besoin de respirer.
— Respirer ? Qu’est-ce que je t’ai fait ?
— Rien du tout.
— Tu ne m’aimes plus ?
— Je t’aime encore… mais j’ai besoin de la Russie.
— Tu n’y as pas mis les pieds depuis presque trente ans !
— C’est le temps que j’y retourne.
— Et tu ne penses pas à tes enfants ?
— J’ai pensé à tout.
Bien entendu, la décision de Dmitry ne lui a pas plu, et leur relation s’est envolée en même temps que l’avion qui portait l’insigne Rossiya . Au début, leur amitié se traduisait par des appels réguliers et des colis fréquemment expédiés. Mais depuis quelques années, ce n’est qu’un texto durant le temps des fêtes. Cette communication ne satisfait pas maman qui comble sa curiosité par les visites de Larisa à la maison. Elle sait déjà que Dmitry a pris du poids, « à peu près quinze livres », qu’il commence à avoir les cheveux gris derrière les oreilles, qu’il habite seul et qu’il n’a jamais réglé les choses avec Josée, son ex-femme. Elle sait aussi qu’il s’est rapproché de David, son fils, depuis que celui-ci habite à New York.
La curiosité de ma mère me fait honte chaque fois. Larisa trouve cela comique, et fait exprès de faire parler ma mère. Un soir, à la table, elle l’a complimentée sur sa lasagne juste pour ajouter :
— Mon père l’aimerait beaucoup. Je devrais lui transmettre ta recette !
Elle la fixait, amusée. Combien de temps allait-il s’écouler avant que ma mère ne pose une première question sur Dmitry ? Moins de deux secondes :
— Avec plaisir ! Je te l’enverrai par courriel. Il aime cuisiner, maintenant ?
Une autre fois, Larisa est revenue des toilettes en s’exclamant, avec enthousiasme :
— J’ai trouvé mon père dans une petite armoire ! Bien encadré, juste à côté du papier hygiénique !
Selon maman, Dmitry Glazkov est un dieu, même après ce qu’il lui a fait subir. Son nom est rarement prononcé, mais quand il l’est, tout s’arrête. Lorsqu’il m’a touché l’épaule, ce soir, en me souhaitant de passer une bonne nuit, j’en ai presque eu des frissons… comme si j’envahissais la demeure d’une célébrité pendant deux semaines.


Chapitre 2





C ette nuit, j’ai fait comme le soleil de Saint-Pétersbourg : je n’ai presque pas dormi. Dmitry nous a bien averties hier : en été, le soleil se couche peu après vingt-deux heures et se réveille avant quatre heures. Et même quand il se couche, il garde un œil ouvert : il ne fait complètement noir que quelques heures.
Heureusement, nous sommes en juillet, et ces « nuits blanches » tirent à leur fin. À mon grand étonnement, les Russes aiment cette constante lumière et la célèbrent ! Toutes sortes de festivités ont lieu pendant les nuits les plus éclairées de l’été. La fin de semaine prochaine, Dmitry a planifié de nous amener voir un spectacle qui fait justement partie des célébrations des Nuits Blanches. Le père de mon amie en parle comme s’il s’agissait des réjouissances les plus importantes et les plus éblouissantes du monde. Un soleil qui ne donne la chance à personne de bien dormir pendant l’été mériterait d’être solennisé ? Ils sont étranges, les Saint-Pétersbourgeois !
En plus du soleil qui fait de l’insomnie, ma première nuit chez les Glazkov a été mouvementée en bruits : sirène de police, ronflement de Sabrina, somniloquie de Larisa et réveille-matin de Dmitry à six heures. Puis, tout le reste : le plancher qui grince, la machine Nespresso qui grogne, la douche qui fait crier la tuyauterie, et finalement, la porte qui claque.
Je voudrais me rendormir, mais la fébrilité d’être ici m’en empêche. Le voyage est à peine commencé, et tout est déjà excitant. C’est étrange de penser, en visualisant la carte du monde, que j’étais à l’autre bout, à l’extrême gauche, il y a quelques jours. Je ne peux pas croire que maman est tout à coup si loin, qu’elle respire un autre air et ne vit pas aux mêmes heures que moi.
Elle doit être en train de se servir une troisième tasse de café au bureau en murmurant, comme toujours, que ce sera la dernière. Entre ses gorgées, elle pense sûrement à moi et attend le texto ou l’appel qui lui fournira davantage de nouvelles que le rapide coup de téléphone d’hier soir (« Maman, je veux juste te dire que nous sommes arrivées à l’appartement de Dmitry. Tu peux te rendormir. Donne un gros bec à Roméo pour moi ! »). Elle a accepté de me laisser partir si loin parce qu’elle connaît son ex-amoureux. Malgré les événements du passé, elle lui fait confiance. Dmitry est imprévisible et mystérieux, oui, mais il est responsable. C’est plutôt de moi qu’elle se méfie. Je ne sais pas combien de fois elle m’a avertie de l’écouter et de ne pas m’éloigner de lui… Un peu plus et elle me procurait une laisse ! Le pire, c’est qu’elle a sûrement accepté que je parte en voyage pour que je revienne à la maison avec toutes sortes de potins au sujet des Glazkov. Ça m’exaspère rien qu’à y penser !
Mieux vaut réfléchir à autre chose. À Dostoïevski, tiens. C’est tellement curieux, comme histoire ! Le beau serveur m’apporte des boulettes de viande et tombe sous mon charme. Je m’imagine, composant son numéro de téléphone et entendant sa voix qui me répond en russe. Je pourrais continuer la conversation en lui disant les deux ou trois mots que je connais dans sa langue, mais c’est tout. Je serais évidemment incapable de lui dire que je suis la fille qui portait un chandail vert au restaurant la veille. Et qu’est-ce qu’il me trouve ? Il a aimé mon air fatigué et mes cheveux collés de sueur et de poussière d’avion ?
Un peu découragée, je me retourne sur le matelas gonflable, installé juste pour moi dans la chambre de Larisa. Pourquoi les beaux garçons sont-ils toujours inaccessibles ? D’abord, il y a le papa, le premier amour de toutes les petites filles. Le mien est absent, effacé de ma vie. Il m’a aimée, pendant les six ans qu’il a passés avec moi, c’est certain. Mais, après la séparation, il a refait sa vie et eu d’autres bébés. Il n’est jamais entré en contact avec moi depuis ce jour, et maman le déteste.
Puis sont arrivés tous les autres, à l’école… Jérémy Courtois : s’amourache d’Annie-Claude Ranger. Tristan Auger : avoue son homosexualité. Yannick Courval : déménage à l’autre bout de la province. Frédérick Bernier : n’a d’yeux que pour son ballon de football. Anthony Lamarre : m’avoue honnêtement qu’il n’éprouve rien pour moi. Et maintenant, Dostoïevski. C’est peut-être irrationnel, mais j’ai déjà des sentiments pour lui. Ce n’est pas de ma faute. J’ai un sérieux problème : je tombe amoureuse trop vite. Un beau garçon passe devant moi, et tout de suite, je m’imagine en couple avec lui. Et chaque fois, je crois qu’il est l’homme de ma vie ! C’est ainsi depuis que je suis enfant. Je rêve au mari parfait et à la petite famille joyeuse qu’on fonderait ensemble.
Si ma mère n’était pas si bornée, je lui parlerais de Dostoïevski. J’aime imaginer qu’il est gentil, affectueux et tout le tralala, même si, dans le fond, il est peut-être le genre de gars qui donne son numéro de téléphone tous les soirs à une fille différente dans l’unique but de coucher avec elle. Je chasse cette possibilité de mon esprit. Ça ne concorde pas avec l’image que je me fais de lui. Et j’ai le droit de rêver. Je revois ses cheveux, tirés naturellement vers l’arrière, et sa main qui replace une mèche lui tombant dans les yeux. Ah, les yeux !… Les yeux qui sourient plus que les lèvres ! Dieu qu’il est beau ! Il doit être en train de dormir. Je pourrais l’appeler, entendre sa voix et raccrocher. Mais qu’est-ce que ça m’apporterait ? Rien. Il faudrait peut-être que je me l’enlève de la tête, après tout je ne suis en Russie que pour deux semaines…
Je me lève doucement du matelas pour ne pas réveiller Larisa, couchée dans le lit que son père a acheté pour elle quand il a déménagé ici, et Sabrina, à ses côtés, qui ronfle. En voyant le soleil entrer par les fenêtres de la cuisine (mais il ne laisse personne tranquille, lui ?), je décide d’aller prendre de l’air sur le balcon de l’appartement. Je pousse la porte coulissante et m’appuie contre la balustrade pour regarder le paysage. Tout de suite, le soleil me réchauffe le visage. La température sera élevée aujourd’hui. Dmitry nous l’a dit : Saint-Pétersbourg traverse une période de canicule. S’il fait habituellement vingt-deux degrés Celsius au mois de juillet, il en fait vingt-neuf cette année.
La vue n’est pas à couper le souffle. Devant mes yeux, se dressent des immeubles composés de plusieurs appartements. À ma droite et à ma gauche, même chose. Si j’étire suffisamment le cou, je peux voir l’autoroute. Moi qui croyais faire face à la mer Baltique occupée par les bateaux de croisière ou à l’une de ces églises orthodoxes à plusieurs dômes colorés ! Quand je pensais à la Russie, j’oubliais que je vivrais dans une ville avant tout. Je n’imaginais pas les voitures qui klaxonnent, les ambulances qui crient, les chiens qui font leurs besoins sur le sol et les constructeurs qui creusent des trous dans la terre avec leurs machines. Malgré tout, ma présence sur le balcon d’un appartement en Europe m’emballe, et j’admire les vieux immeubles qui s’élèvent devant moi, jusqu’à ce que mon visage en sueur me rappelle que ma peau n’est pas immunisée contre les rayons du soleil.
Je retourne donc à l’intérieur et j’envoie un texto à quelques amis (ma mère m’a heureusement payé un forfait, afin de pouvoir prendre des nouvelles de moi). Puis, je passe en revue tous les canaux de la télévision de Dmitry et les livres installés dans sa bibliothèque. Il en a quelques-uns de Dostoïevski… Tout pour me faire repenser à mon beau serveur ! Quand Sabrina me rejoint finalement dans le salon, je suis en train d’ajouter le numéro de Dostoïevski dans le carnet d’adresses de mon téléphone. Il a un statut plus officiel avec son numéro inscrit dans mon téléphone. Je ne l’appellerai jamais, mais ça me rappellera qu’un beau gars en Russie s’est un jour intéressé à moi.
— J’ai mal dormi, annonce-t-elle immédiatement, les yeux plissés de fatigue.
Elle tire les manches de son pyjama pour cacher ses mains, comme si elle avait froid, et se recroqueville sur le divan.
— Vraiment ? Mais tu as ronflé toute la nuit !
— Pas toute la nuit, quand même. La dernière fois que j’ai regardé l’heure, avant de m’endormir, il était quatre heures du matin.
—En tout cas, j’ai aussi très mal dormi. Dmitry a fait beaucoup de bruit, sans compter Larisa qui parle quand elle dort. Je pensais qu’elle avait mis fin à cette habitude.
— Je pensais aussi comme toi. C’est déroutant de l’entendre parler quand on dort, mais encore plus quand on a les yeux grands ouverts, en plein silence de la nuit, à espérer que la fatigue vienne !
— Tu vas vouloir retourner te coucher ?
— Non. Je veux passer au travers de la journée pour avoir une bonne nuit de sommeil ce soir. Qu’est-ce qu’il y a de planifié aujourd’hui ?
Larisa fournit la réponse à cette question quand elle se réveille, une heure plus tard.
— Avant tout, on part à la recherche de masques pour les yeux ! Moi, en tout cas, il va m’en falloir un pour dormir.
Ça nous semble une excellente idée et j’ai le goût de me promener dans ce nouveau pays, de commencer officiellement mon voyage. Dès que nous mettons les pieds dehors, Sabrina et moi sommes émerveillées. Bien que nous ayons vu les bâtiments hier soir à notre retour du restaurant, nous sommes encore plus impressionnées ce matin. En forme de longs rectangles, ils occupent presque toute une rue. Ils sont immenses, on jurerait qu’ils ont été construits pour des géants ! Leur douce teinte de jaune, rouge, vert ou bleu me rappelle les craies de trottoir avec lesquelles j’ai dessiné nombre de nuages, de soleils et d’arbres durant mon enfance. Les couleurs pastel adoucissent les bâtiments imposants, comme si des hommes les avaient construits et des enfants les avaient peints. Je prends diverses photos, mais constate avec déception que les images que je capte ne rendent pas justice aux merveilles qui se dressent devant nous. J’ai si hâte que Dmitry prenne une journée de congé pour nous faire visiter tous les coins de cette ville dont je suis déjà amoureuse !
Nous ne trouvons pas de masques, mais tombons sur une boutique vraiment charmante qui nous fascine par le nombre de petites poupées gigognes russes (appelées ici matriochkas) qu’elle contient. Il y en a pour tous les goûts et les budgets. Je vois même celles que Larisa m’a achetées, il y a quelques années. Elles sont dans ma chambre, sur ma table de chevet. La plus grosse contient une lettre que m’a écrite mon grand-père à mon dixième anniversaire ainsi qu’un dessin de Nathan, un petit garçon que je garde de temps à autre.
Toutes les boutiques qui jalonnent la rue adjacente à la nôtre s’avèrent jolies, et je retourne à l’appartement avec un achat entre les mains : un carnet à feuilles lignées. J’aime les carnets, leur texture, leur senteur, la façon dont ils se ferment… Tout le monde pense que je les remplis de notes, mais j’en ai au moins dix à la maison et ils sont tous vides. Pour mes notes d’école, j’utilise les cahiers avec une spirale en métal sur le côté. Ils se vendent partout. Mais pour ma collection personnelle, c’est différent. Sur la couverture de celui que je viens de me procurer, rigide comme je les aime, on voit une image de la Neva, ce fleuve qui traverse Saint-Pétersbourg avant de se jeter dans la mer Baltique d’un côté et dans un lac de l’autre. Je doute que la mine d’un crayon ou l’encre d’un stylo touche à ces douces pages qui sentent le lys. J’ai chaque fois trop peur de commencer à écrire, puis de me rendre compte que je me suis trompée dans mes mots, dans mes idées. J’attends toujours la bonne histoire à y écrire à l’intérieur.

Je connais Sabrina depuis longtemps. Je l’ai rencontrée au travers de mes larmes. J’avais sept ans et je venais tout juste de changer de maison, d’école et de père. Des petites mains m’ont touché le bras et une voix m’a invitée à jouer. Le coup de foudre ! On ne s’est jamais laissées. Et Sabrina n’a pas beaucoup changé en dix ans.
Petite, elle demandait toujours au professeur si c’était l’heure du dessin. Quand on devait écrire un texte, elle remplissait sa feuille de maisons, de fleurs et de petites filles en robe. Aujourd’hui, le sous-sol de ses parents sert d’entrepôt aux tableaux qu’elle peint, et entre ses notes, dans ses cahiers d’école, on retrouve toujours un croquis de chaque professeur.
Je l’envie souvent. Des fois, j’ai l’impression qu’elle vit dans ses toiles, dans les couleurs et les mouvements, et que les échecs de la vie ne sont qu’un coup de pinceau ou de fusain dans la mauvaise direction. J’ai très tôt compris que le monde qu’elle crée sur papier l’aide à affronter le monde réel. Sabrina est belle, originale et pleine de talent, mais elle est anxieuse, et son anxiété la rend parfois malade. Ce n’est pas une fille timide, pourtant, elle a embrassé des dizaines de gars ! Mais les grandes choses de la vie l’angoissent. Quand elle s’est rendu compte, par exemple, qu’elle ressentait de l’amour pour Renaud, son beau voisin de casier, elle a mis un temps fou à lui en parler. Mais depuis qu’elle s’est ouverte à lui, ils forment le couple le plus mignon de l’école. Le papier, c’est son psychologue. Les arts plastiques sont une passion pour elle, et un besoin. Quand elle dessine, elle réussit à accomplir tout ce qu’elle veut ! Elle fonce !
Larisa, elle, s’est ajoutée à nous au secondaire. Troisième cours de sciences, premier travail en équipe. Comme j’avais un faible pour Tristan (si j’avais su !) qui avait avancé sa chaise vers celle de Larisa, je m’étais jointe à eux. Ma première impression d’elle : une fille très intelligente qui prend l’école au sérieux. Son cahier de sciences contenait le double de mes notes. Pourtant, nous suivions le même cours ! J’avais perçu de la mélancolie dans ses yeux, à ce moment-là, parce que je ne la connaissais pas. Bien qu’elle soit une fille joyeuse, Larisa a l’air triste. Au début, je croyais que c’était attribuable à la forme de ses yeux, légèrement inclinés vers le bas, mais finalement, j’en suis venue à la conclusion que ce n’était qu’une question d’introversion. Elle baisse souvent les yeux, non par gêne, mais par réflexion. Elle aime analyser et elle se perd dans ses pensées à force de le faire. Une fois qu’elle a bien réfléchi, elle ne se gêne pas pour émettre des commentaires ou poser toutes les questions qui lui traversent l’esprit.
Après ce premier échange, je la revoyais partout : elle était apparue dans mon équipe de volley-ball et se trouvait dans mes cours de français et de géographie. Plus elle se liait d’amitié avec Tristan, plus cela m’attristait, mais plus j’avais envie de devenir son amie. Je la croisais souvent dans les corridors, et un jour, alors que nous cherchions le même livre à la bibliothèque, nous avons éclaté de rire. Nous nous étions assises par terre, le dos accoté à une étagère de livres, et nous avions silencieusement échangé sur toutes sortes de sujets pendant plus de quarante-cinq minutes. Elle m’avait parlé de son intérêt pour l’histoire, et je lui avais raconté mon coup de foudre pour Tristan. Il valait mieux lui en parler avant qu’il ne fût trop tard. Tout de suite, elle m’avait frotté le bras.
— Il est homosexuel. Je suis désolée…
Son geste affectueux m’avait rappelé Sabrina. Elle aurait réagi de la même façon. J’avais peut-être perdu en amour, mais je venais de gagner en amitié. Finalement, Larisa me ressemblait beaucoup : nous célébrions nos fêtes au mois d’octobre, nous aimions les cours de français, nos parents étaient divorcés, et nous n’avions jamais eu de chum .
Je me retrouvais entre une intellectuelle et une artiste, entre les sages conseils de l’une et les idées folles de l’autre. Toutes les trois, nous nous complétons bien. Je ne suis douée ni pour les arts visuels ni pour les raisonnements logiques, je n’ai pas les longues jambes de Larisa et encore moins les mèches mauves de Sabrina, mais mon opinion est souvent écoutée. J’équilibre le groupe. En d’autres mots, je suis normale, ordinaire pour certains. C’est sûrement la raison pour laquelle je passe inaperçue… sauf aux yeux de Dostoïevski. Je pense encore à lui. Devrais-je profiter de cette chance en dépit des stricts règlements de Dmitry ? Il faut que je trouve une façon d’aborder le sujet avec les filles.


Chapitre 3





- C ’est le tsar Pierre le Grand qui a eu l’idée de ce palais au début du 18 e siècle. Il souhaitait qu’il dépasse en beauté le château de Versailles. D’après moi, il a réussi. Qu’en pensez-vous ?
On acquiesce d’un signe de tête. Bon, je n’ai jamais visité le château de Versailles, mais comment décrire avec des mots ce que j’ai sous les yeux ? Le palais de Peterhof est assurément le plus bel endroit que j’ai vu de toute ma vie, et je doute qu’un autre palais puisse m’impressionner davantage. Dmitry, qui nous sert de guide depuis le début de l’après-midi, a l’air encore plus passionné par le sujet que les guides touristiques que nous avons croisés jusqu’à maintenant.
— Mais qui a habité ici ?
— Pierre le Grand lui-même, ma chère !
Avec la température qui atteint vingt-cinq degrés Celsius et les touristes qui affluent tous vers le même lieu, la chaleur est accablante et me cause un mal de tête. Nous avançons à petits pas, l’un derrière l’autre, dans le même but : sortir du palais. Sabrina, qui prétend être atteinte d’agoraphobie, ne peut tolérer qu’on lui effleure continuellement les bras et les cheveux. Elle a apporté son carnet, mais impossible de dessiner, avec tous ces gens qui nous bousculent. Je l’évente avec le dépliant d’informations et Larisa lui offre le reste de sa bouteille d’eau.
— On se sent toujours entassés ici, nous informe Dmitry, le cou étiré pour essayer de voir plus loin en avant. Allons manger. Je connais un bon petit restaurant pas très loin d’ici. Ça te fera du bien, Sabrina.
Après avoir visité toutes les pièces du palais, de la chambre à coucher à la salle à manger en passant par le cabinet de travail et le pavillon des Bains de Pierre le Grand, toutes richement décorées d’or et de tableaux, nous faisons maintenant face à des jardins, des sculptures, des centaines de fontaines et un canal qui relie la mer au palais. C’est splendide, il n’y a pas d’autres mots ! Je me tourne vers Sabrina qui a déjà l’air moins pâle :
— Avec cet or et ces fontaines, et avec tous les gens qui prennent des photos, je me sens comme une importante princesse qui se fait accueillir !
— Je vous l’avais dit que c’était impressionnant, réplique Larisa.
— C’est incroyable de voir à quel point tout est bien entretenu…
— Imaginez, depuis les années 1720 !
Dmitry sourit en nous écoutant.
— C’est ça que j’aime de mon pays. Il nous fait vivre dans un passé qu’on n’a jamais connu.
Il m’adresse un clin d’œil complice, comme s’il venait de souligner une blague. Si oui, je ne l’ai pas comprise.
Nous atteignons finalement la Grande Cascade, où nous prenons des photos devant les jets d’eau. Le soleil fait briller l’or des sculptures, et des gouttelettes rafraîchissantes atteignent mon visage. Je resterais ici pendant des heures – les touristes en moins – à admirer la scène. J’aimerais que maman puisse voir ce qui se trouve devant mes yeux, car ce sera difficile à décrire. Il y a trop de choses à regarder !
Je suis tirée de mes pensées quand j’entends le nom « Dostoïevski » de la bouche de Larisa. Bien sûr, elle parle de l’écrivain. Plus précisément, elle demande à son père s’il peut nous amener visiter l’appartement où il a déjà habité, maintenant transformé en musée.
— Aujourd’hui ?
— Oui.
— Si je me souviens bien de l’endroit précis, c’est un peu loin… Je pense qu’on devrait garder l’activité pour une autre journée. Et c’est quoi, soudain, cette fascination pour Dostoïevski ?
— On a lu Crime et châtiment cette année.
— Oh ! C’est tout un ouvrage !
Je rectifie les propos de mon amie et ressens en même temps le besoin de justifier notre envie d’aller au musée, sûrement pour éviter que Dmitry repense à notre histoire du restaurant.
— On en a lu une petite partie, seulement. Parce que l’action se passe à Saint-Pétersbourg et qu’on savait qu’on viendrait ici, on s’est intéressées à l’œuvre.
— Et on a appris toutes sortes de faits intéressants sur sa vie !
— Ah, c’est bien, hein ! Je ne dis pas que c’est mal, juste que c’est loin. Mais… si vous y tenez vraiment, on peut faire la route.
— Non, non, ça va. On y ira cette semaine. Mais il ne faut pas oublier…
— Promis !
— …parce qu’on n’y est jamais allés.
— Promis ! répète-t-il devant l’air suppliant de sa fille.
— Il faut aussi qu’on aille au petit café proche de l’eau. Tu sais, celui que tu as découvert avec David ?

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