Le temple du dragon
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Le temple du dragon

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Description

Dans une Chine impériale ravagée par les troubles, trois Immortels confient à Allia le sort de l’humanité. Pour accomplir sa tâche, la chamane s’entoure d’une étonnante troupe : un soldat déserteur, un lettré, une jeune guerrière aux manches plombées et sa renarde, un voleur et deux frères jumeaux que tout sépare !

Secondée par ces compagnons du Lotus, Allia parcourt le pays, affrontant seigneurs tyranniques et brigands, esprits pirates et fantômes, pour se rendre au temple du Dragon céleste. Car là s’achève son voyage et commence sa mission…


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 juin 2011
Nombre de lectures 35
EAN13 9782740434253
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Toute ressemblance avec des contes et légendes, ou avec des scènes d’anciens romans chinois, est voulue et revendiquée. Quelle meilleure façon de découvrir la pensée chinoise que de boire à sa source ?

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Âgée d’environ 7 000 ans, la civilisation chinoise est l’une des plus anciennes de la planète. Au fil des dynasties impérialesqui l’ont façonnée, elle a développé une pensée bien différente de la pensée occidentale et dont voici quelques notions.

Les empereurs portent le titre de Fils du Ciel car, pour les Chinois, c’est du ciel qu’ils reçoivent leur mandat. Le principal devoir des souverains consiste à faire régner l’ordre nécessaire au bon développement de l’État. Quand le désordre s’installe, quelle que soit son origine – inondation, tremblement de terre, famine ou défaite militaire –, l’empereur est tenu pour responsable. Si son incapacité menace prospérité et harmonie, il perd alors son mandat céleste.

La roue du temps obéit à un ordre universel appelé le tao ; son contraire est le chaos ! Suivre le tao, c’est emprunter la voie de l’harmonie. Pour faire tourner cette roue du temps, il faut un souffle, une énergie : le chi. Sans lui, il n’y aurait ni univers ni création. Il baigne chaque cellule de notre corps et il est important de le régénérer par des exercices physiques, de la méditation, de l’acupuncture et une alimentation saine. Un être humain tombe malade quand son chi n’est plus en harmonie. Le médecin s’applique alors à rééquilibrer son yin et son yang.

Car le tao se manifeste dans le monde par deux forces, le yin et le yang, à ne pas confondre avec le bien et le mal. Yin et yang sont complémentaires et se transforment sans cesse l’un en l’autre, comme la nuit succède au jour et le jour à la nuit. De leur union naît l’harmonie, sans doute le mot le plus important de la sagesse chinoise. Toute chose dans l’univers est yin ou yang (la terre, la lune, la femme… sont yin ; le ciel, le soleil, l’homme… sont yang), mais cet état n’est jamais figé.

Cependant, dans la pensée chinoise, suivre le tao et équilibrer son yin et son yang ne suffisent pas pour être heureux. Il faut également naître sous une bonne étoile et, dans le cas du zodiaque chinois, sous l’influence d’un animal bénéfique, déterminé par l’année de naissance (rat, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, chèvre, singe, coq, chien ou cochon). Le caractère de chaque nouveau-né dépend aussi de cinq éléments (le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau) qui agissent sur les organes du corps humain et sur les émotions. Le bois gouverne le foie, les muscles et la colère ; le feu règne sur le cœur, les veines et la joie ; la terre est associée à l’estomac, la chair et la mélancolie ; le métal correspond aux poumons, à la peau et au chagrin ; et l’eau aux reins, aux os et à la peur. Ainsi, chaque personne est caractérisée par son animal et son élément, toutes les combinaisons étant possibles.

Dans ce roman qui se déroule à l’époque médiévale, la stagnation du yin et du yang a détruit l’harmonie, fragilisant ainsi les corps humains. La maladie frappe donc les gens de manière différente selon leur caractère et selon l’élément qui les influence.

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Extrait duGrand Livrede maître Liu, ancien moine taoïste de l’empire des Quatre Mers et des Neuf Provinces occupant la céleste fonction d’historien dans le monde des Immortels* grâce à son art de la calligraphie.

Vers la fin de la dynastie Mong, l’empire des Quatre Mers et des Neuf Provinces traversa l’une des pages les plus noires de son histoire. Le chi*, énergie vitale de l’univers, se figea, entraînant la stagnation du yin et du yang*. L’harmonie fut rompue.

Avant la Stagnation, le monde des vivants et celui des morts étaient liés. Les vivants mouraient, allaient accomplir leur temps dans le monde des enfers, où ils occupaient souvent des fonctions similaires à celles qu’ils exerçaient sur notre terre, puis se réincarnaient selon leurs mérites et ainsi de suite. Du moins était-ce ainsi quand le chi circulait. Quand il s’arrêta, le passage fut fermé. Cela eut plusieurs conséquences néfastes. Les esprits ou les fantômes d’avant la Stagnation pouvaient survivre sur notre monde parce qu’ils s’étaient humanisés en choisissant de rester à nos côtés ; ils pouvaient boire, manger, et même avoir des enfants. Les personnes décédées après la Stagnation ne purent gagner le monde des enfers. Pour survivre, elles furent obligées de boire du sang animal ou humain.

Pire, la Stagnation eut des répercussions sur les cinq éléments (le bois, le feu, le métal, l’eau et la terre), dont l’harmonie garantissait la bonne santé physique et mentale de chaque être humain. Et la Stagnation se répandit. Elle n’épargnait ni les riches ni les pauvres, ni les vieux ni les jeunes, présentant des symptômes différents selon les personnes. La médecine officielle était incapable d’expliquer ce qui la déclenchait. Aucun remède n’était efficace.

Confrontés au chaos, les Immortels, qui, comme chacun le sait, vivent sur des îles soutenues par des tortues géantes, confièrent le sort de l’humanité à trois de leurs membres les plus émérites. Mon don pour la calligraphie et mes antécédents d’historien me désignèrent, et plus encore le fait que je sois intéressé par les humains et leurs problèmes. Il paraît que cela me passera ! Je n’ai atteint l’immortalité que depuis peu, grâce à ma pratique du tao*.

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Des fleurs, du vin, le printemps s’éternise.
Sans lune ni lanterne, la nuit s’illumine.

Allia marchait depuis des lustres.

Les trois Immortels lui avaient permis de chevaucher les nuages de l’Altaï*jusqu’à Chang’an*, première capitale historique de l’empire du Milieu. Là, pour une raison qu’ils étaient seuls à apprécier, la jeune femme s’était retrouvée près du sanctuaire sacré où reposaient le premier empereur*et ses fidèles guerriers de terre cuite. Après l’unification des royaumes archaïques, ce despote avait donné l’ordre de brûler tous les livres de l’Empire afin de faire table rase du passé. Il rêvait de découvrir les îles des Immortels pour y vivre dix mille ans. Y était-il parvenu ? Allia regrettait de ne pas avoir posé la question à ses trois hôtes. Mais auraient-ils répondu ? Elle avait écouté en silence leurs commentaires, fascinée par les trois longs filets de barbe qui ornaient leur menton.

— La dynastie impériale s’est éloignée du principe du bien, avait claironné le premier, sans cesser de nourrir une minuscule tortue bleu turquoise.

— Les trois derniers empereurs ont quitté la voie du tao. Ils ont laissé s’installer l’injustice et la corruption. À cause de leur mauvaise conduite, toutes sortes de catastrophes se sont abattues sur la Chine. Résultat, les Fils du Ciel ont perdu le mandat céleste*, avait ajouté le deuxième ancêtre d’une voix plutôt guillerette.

Toute son attention se concentrait sur un bébé dragon, remuant et indiscipliné. Le sage essayait de lui enseigner des tours simples, comme allumer un feu de brindilles ou souffler sur un nuage pour diriger sa course vagabonde.

— Cette perte a précipité l’Empire dans le chaos. Seul un homme de bien pourrait rétablir l’harmonie et ramener la paix et la prospérité, avait conclu le troisième Immortel, qui s’adonnait au grand art de la calligraphie.

Ils n’avaient pas posé les yeux sur Allia. Aucun n’avait remarqué son visage ovale d’une grande pureté, ses immenses yeux verts très peu bridés, son nez droit et fin, plus long que celui des Chinoises, sa bouche pulpeuse d’un rouge cerise et sa flamboyante crinière bouclée. Comme si la femme n’existait pas et qu’ils ne voyaient que le pur esprit de la chamane turco-mongole.

Le premier lui avait expliqué sa mission. Souffle coupé, Allia s’était alors réfugiée dans un silence prudent.

*

* *

Le soir de la fête des Lanternes*, au quinzième jour de la nouvelle lune, Allia avait quitté Chang’an. Depuis deux mois, la jeune fille traversait marais et plaines, rizières et villages, escaladait des montagnes, gravissant des centaines de marches polies par les voyageurs pour en redescendre d’autres glissantes comme des plaques de glace vive. Elle avait essuyé des pluies titanesques, affronté des bourrasques de neige, transpiré par des chaleurs caniculaires. Parfois, les trois se succédaient dans la même journée.

Son cheminement, entravé par les sautes d’humeur d’un climat fou, lui avait montré l’état catastrophique des campagnes en friche, dévastées par des hordes de barbares qui saccageaient tout sur leur passage, pillaient les villages et enlevaient femmes et enfants, quand ils ne les tuaient pas.

Depuis la mort du dernier empereur, fauché par le mal, ainsi que celle de la plupart de ses ministres, courtisans, mandarins et généraux, l’Empire était en pleine déliquescence. Brigands, voleurs et assassins faisaient la loi. Certains bourgs étaient déserts. Leurs habitants s’étaient réfugiés dans les montagnes, comme si la Stagnation était contagieuse. Mais Allia savait que c’était faux. La maladie était en eux, déclenchée par leurs émotions. C’est ce qui expliquait qu’elle soit si différente selon les personnes.

*

* *

Une odeur suave, accompagnée de vibrations et de bruissements, la tira de sa rêverie. Allia regarda autour d’elle et découvrit un paysage féerique. Des dizaines de cerisiers en fleur la séparaient des flancs d’une montagne. Un havre printanier, miraculeusement préservé.

Saluée par le chant des rossignols, Allia s’engagea dans le verger. Elle ressentait leur joie de vivre, comme s’ils ignoraient les menaces pesant sur toutes les espèces.

En haut de la montagne, la jeune femme trouva le couvent où elle comptait passer la nuit. La pagode principale était entourée de cellules aux portes closes, désertées par les moines. À chacun des quatre points cardinaux se dressait un pavillon, à l’abandon, protégé des vents par de hauts bambous touffus.

Fatiguée par sa longue marche, la chamane se dirigea vers le pavillon de l’Ouest, déposa sac et tambourin sur le sol, puis s’assit en position du lotus, les yeux fermés. Régénérée par sa méditation, la jeune fille alla ensuite ramasser du bois pour faire un feu. Elle posa sur les braises un trépied découvert dans le temple, y versa de l’eau et entreprit de préparer une soupe avec les légumes du potager à l’abandon et du riz de sa réserve personnelle.

À la tombée de la nuit, le coassement des grenouilles s’était accentué. Une cacophonie perçait les lambeaux de brume qui montaient de l’étang. La fraîcheur naissante la fit frissonner. Allia s’enveloppa dans sa pèlerine, rabattit la capuche sur ses cheveux, couvrit le bas de son visage de sa grande écharpe jaune et attendit.

Les premiers arrivants furent monsieur Lu, un marchand ambulant, le jeune Wou, son commis, et un âne surchargé de saucisses fumées et de viandes séchées. Sur un ordre de son maître, Wou jeta de la viande dans le bouillon, puis les deux hommes s’installèrent autour du feu. D’une voix larmoyante, le boucher se mit à parler :

— Quelle époque ! Mendiants et maraudeurs fourmillent, mais les acheteurs sont rares. Le mois dernier, j’ai été dévalisé trois fois. Cette Stagnation va causer ma ruine.

Les jérémiades habituelles, songea Allia, peu sensible aux malheurs d’un commerçant qui ne pensait qu’à sa bourse.

Soudain, une silhouette apparut à l’entrée du pavillon. Furieux, monsieur Lu apostropha le nouveau venu.

— Quelle folie d’effrayer d’honnêtes voyageurs, nous aurions pu vous trucider et…

L’homme s’avança en silence pour réchauffer ses mains au-dessus de la marmite fumante. Le boucher se tut. Dissimulée derrière son écharpe jaune, Allia se permit un sourire. C’était un guerrier de grande taille, au regard dur, aux lèvres fines et serrées, au nez cassé. Sur sa joue droite, une grande estafilade mal recousue ne parvenait pas à enlaidir un visage maigre et osseux, d’une beauté barbare.

Issue d’une société matriarcale où les femmes choisissent leur mari, la jeune chamane aurait certainement été attirée par lui si la tristesse qui émanait de ses yeux ne l’avait refroidie. Un homme chagrin n’est jamais un bon compagnon de jeu.

Sur son dos, le guerrier balafré portait une épée protégée par un fourreau laqué et ciselé d’ivoire. Son uniforme était usé mais bien entretenu.

Allia observa du coin de l’œil le commerçant pansu, qui regrettait ses paroles. La rencontre du tigre et du mouton. Amusée, la jeune fille décida d’intervenir pour alléger l’atmosphère.

— Pardonnez cet accueil, monsieur l’officier, vous nous avez fait peur ! Venez vous asseoir et manger une bonne soupe grâce à la viande offerte par le marchand que voici.

Déconcerté par cette offre claire et joyeuse, l’homme se tourna vers Allia. Il examina ses habits, sa cape indigo délavée par les intempéries, s’attarda sur le sac de cuir qui pendait à sa poitrine, plongea dans ses yeux sans y trouver ce qu’il cherchait, la terreur, si palpable dans le silence du colporteur. Le regard du soldat s’adoucit et sa tête s’inclina en signe d’acceptation. Il sortit de son barda un grand bol en fer et une timbale, qu’il tendit à son hôtesse. Une fois servi, il s’assit devant le feu et mangea sans prononcer une parole.

Quand ils furent tous rassasiés, Allia leur proposa du thé dans lequel elle avait versé un alcool fort de sa composition. Il fut si apprécié qu’à la troisième tasse la glace était rompue. La chamane sortit son tambourin et chanta une vieille chanson chinoise que tout le monde reprit en chœur ; même le guerrier fredonna quelques notes d’un air lugubre. Le chant racontait l’histoire d’un étudiant qui avait offert du vin à une fille. C’était un morceau de l’opéraLe Pavillon de la Lune,de Shi Junmei, un auteur de la dynastie Yuan*.

Au ciel monta sa voix,

Et les nuages se figèrent pour l’écouter.

Aux vagues parvint sa voix,

Et les poissons se mirent à batifoler.

Quand les camelots se levèrent pour rejoindre leur chambre, Allia rejeta sa capuche en arrière, libéra ses cheveux emprisonnés dans une résille de soie bleue et secoua sa crinière. Son geste théâtral eut l’effet escompté. Intrigué par sa jeunesse, le soldat la regarda avec admiration. Cela fit plaisir à Allia. Insensibles à sa beauté, les marchands s’éloignaient. Elle les interpella.

— Je vous souhaite le bonsoir. Permettez-moi un conseil : si cette nuit vous rencontrez une jeune fille délicieuse, puis-je vous suggérer de ne pas l’importuner ?

Arborant un air surpris et légèrement vexé, monsieur Lu s’inclina trois fois en signe de grand respect.

— Ne craignez rien, chère hôtesse, nos cœurs sont purs, nos corps fatigués, et nous ne désirons qu’une bonne nuit de sommeil.

— Alors, qu’il en soit ainsi.

Comme le soldat faisait mine de s’éclipser lui aussi, elle posa une main sur son bras pour le retenir.

— Restez. La nuit est encore jeune et j’ai un excellent élixir contre la tristesse et les cauchemars.

Allia avait parlé d’un ton nonchalant, mais la réponse du guerrier claqua comme une injure.

— Un élixir ! Mêlez-vous de vos affaires, magicienne ! Ce n’est pas parce que vous m’avez nourri que…

Un sifflement moqueur l’interrompit.

— Je sais que vous êtes un guerrier sans pitié. Pourtant, quelque part au fond de vous survivent un mari aimant, un père affectueux, un fils respectueux, la victime de circonstances dramatiques. Ne me regardez pas ainsi. Des histoires comme la vôtre, j’en ai entendu dix mille. Elles sont toutes différentes, mais semblables dans l’horreur. Si vous acceptez de me la confier, je la transformerai enhuaben*. Ce récit fera le tour des foires des Neuf Provinces.

Cette fois-ci, Allia avait gagné l’attention du soldat. Il la dévisagea, cherchant à savoir si elle était sincère, puis haussa les épaules.

— Pourquoi pas. Je n’ai plus rien à perdre et, si l’on m’attrape, le bourreau ne m’étripera qu’une fois. Je suis un déserteur, parti rejoindre les Chevaliers des Vertes Forêts*qui se cachent dans les lacs autour de Suzhou. Voici mon histoire…

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