Sohane l insoumise
82 pages
Français

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Sohane l'insoumise

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Description

Soumises au joug des extrémistes, les femmes n’ont pas un sort enviable sur la planète Kerphall. Élam, qui appartient aux modérés, arrache la jeune Sohane des griffes de la brute Tork et l’abrite momentanément chez lui. Sohane est prête à tout pour échapper aux fous de Dieu. Elle n’hésite pas à jouer les passagères clandestines lorsque Élam décide de partir dans l’espace afin de retrouver la planète Terre et ses trésors. Contraints de voyager ensemble alors que tout les oppose, Élam et Sohane s’entre-déchirent. Ils ignorent que des épreuves aussi extraordinaires qu’épineuses les attendent...


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 29 août 2019
Nombre de lectures 6
EAN13 9782740434192
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Éric Simard
Le 4 octobre 2002, Sohane Benziane (17 ans) est morte brûlée vive à Vitry-sur-Seine. Un jeune homme qu’elle connaissait bien l’a attirée dans un local à poubelles pour régler un différend, l’a aspergée d’essence avant de la menacer d’un briquet et de provoquer son immolation.
J’ai choisi de prénommer l’héroïne imaginaire de mon roman Sohane, en souvenir de cette jeune femme.
Sohane Benziane n’a pas subi, comme le personnage de mon livre, les violences d’un État dirigé par des fanatiques religieux, mais elle a été victime du machisme extrême qui peut sévir dans nos sociétés.
Éric Simard
à Patrick Lemarié,
à Denis et à Catherine
1
À peine Élam avait-il arrêté les moteurs de sa navette qu’une dizaine de malabars surgirent, précédés d’un grand type chauve à la mine patibulaire : Tork.
— C’est pour quoi ? cria ce dernier.
— J’ai quelque chose à vous montrer, répondit Élam. Aidez-moi à décharger.
Tork fit signe à ses acolytes. Trois d’entre eux se dirigèrent vers les soutes de la navette et en sortirent une caisse imposante qu’ils transportèrent, non sans peine, à l’intérieur d’un grand hangar. Sur le sol gisaient des pièces détachées prélevées sur des épaves.
— Faites de la place ! ordonna le chef.
La bande déblaya un périmètre. Dans la pénombre, au fond, quelques silhouettes essayaient de dissimuler leur présence.
— Les femmes… hors de ma vue ! aboya Tork.
Les silhouettes se courbèrent et quittèrent l’entrepôt par une porte basse. Avec leurs robes sombres couvrant entièrement leurs corps, elles ressemblaient à des fantômes. Leurs visages étaient invisibles, murés derrière une étoffe parsemée de petits trous. Élam exprima son indignation :
— Elles n’ont pas le droit de me saluer ?
— Les femmes n’ont rien à faire dans les ateliers, répliqua Tork d’un ton sec. Elles ont bien assez de travail dans les cuisines. C’est la seule manière d’avoir la paix. Laisse-leur la moindre liberté et elles transformeront ta vie en enfer.
Élam n’insista pas. Inutile de discuter avec un type comme Tork. Il sortit son couteau et fit sauter les charnières de la caisse.
— Voilà la bête, lâcha-t-il en désignant un cervocommande caché sous un enchevêtrement de tuyaux.
Tork resta un long moment hébété.
— Un DSB06 ! Où l’as-tu déniché ?
— Sur un astéroïde de l’amas des Rugissants. Là où les vents cosmiques sont les plus forts. Une navette s’y est fracassée avant-hier.
— L’amas des Rugissants !
— Je connais le secteur par cœur.
— Des survivants ?
— Aucun.
— Un DSB06 ! répéta Tork, les yeux écarquillés. Ça fait des années que j’en cherche un. Ça vaut une fortune.
Il déglutit et se gratta la tempe.
— Je ne peux pas, dit-il. Je dois rembourser une dette importante à des types qui ne rigolent pas, sinon…
Il passa son pouce le long de sa gorge.
— Dix mille, lança Élam.
— Je n’ai pas cette somme.
— Huit mille !
— Même huit mille, c’est impossible. Ne remue pas le couteau dans la plaie.
— On m’a dit qu’il n’y avait que vous pour remettre en marche un DSB06.
— Je suis à sec ! martela Tork en montrant ses poches vides. Tu comprends ? À sec !
Un refrain s’éleva soudain du fond du hangar :
Je suis une Kerphallienne
Sauvage et enchaînée.
Je suis une femme rebelle,
Éprise de liberté.
— Encore cette pute de Sohane ! fulmina Tork. Bon sang ! Par où est-elle passée ? Amenez-la-moi !
Quatre hommes disparurent dans la pénombre et revinrent en traînant une jeune femme mince, de taille moyenne, vêtue d’un pantalon et d’un pull lâche. Élam ne s’attendait pas à une telle apparition. Surtout pas dans ce lieu. Les traits fins de la Kerphallienne ne le laissèrent pas indifférent. La blancheur de ses joues contrastait avec ses tresses couleur de jais. La tête rentrée dans les épaules, elle ressemblait à un animal traqué, prêt à bondir, mais c’était avant tout l’étincelle sauvage brillant dans ses yeux qui retenait son attention.
— Quand obéiras-tu ? éructa Tork. Tu as encore gardé ces vêtements d’homme !
Il saisit son Trans et fit apparaître l’holoportrait du chef extrémiste qui gouvernait Kerphall.
— Fais-Lui tes excuses ! ordonna-t-il.
Élam s’attendait à ce que Sohane cède, comme toutes les femmes qui tombaient entre les mains des fanatiques, mais la rebelle redressa la tête et défia Tork.
— Tu refuses d’obéir ? aboya le chef. Marquez-la au fer rouge !
Une lueur d’effarement jaillit dans les yeux de la jeune femme. Elle tourna la tête pour chercher les issues du hangar, mais un malabar la saisit par le bras. Les autres hésitèrent, comme s’ils redoutaient d’accomplir la sentence.
— Vous n’allez pas faire ça ! s’interposa Élam.
— Je vais me gêner ! Qu’est-ce que vous attendez ? cria Tork.
Deux hommes soulevèrent Sohane et la traînèrent au fond du hangar. La jeune femme se débattait en hurlant des « Lâchez-moi ! » déchirants. Le groupe disparut derrière un amoncellement de caisses.
— Dites à vos hommes de la laisser ! insista Élam, le regard crispé.
— C’est une rebelle. Quand je l’aurai matée, elle deviendra aussi docile que les autres.
Le jeune Kerphallien bondit pour rattraper les tortionnaires. Au même moment, un hurlement retentit au fond du hangar. Quand il parvint près de la jeune femme, celle-ci était maintenue au sol par deux hommes, l’épaule droite découverte. Avec ses deux bras écartés, elle ressemblait à un papillon cloué sur le carrelage. Un papillon aux ailes déchirées. Une odeur de chair brûlée, insupportable, flottait dans le local. Un C encore fumant était inscrit sur sa peau. C, comme châtiée, condamnée, coupable, criminelle… Élam se précipita et bouscula les hommes.
— Lâchez-la ! Vous entendez ? Lâchez-la !
Il aida Sohane à se relever.
— Vous êtes tous des malades ! lança-t-il, écœuré.
— Mêle-toi de ce qui te regarde ! surgit Tork. Cette fille m’appartient. Grâce à cette marque, son infamie sera connue de tous les hommes.
Sohane le fixait droit dans les yeux. Toute la haine du monde chargeait son regard.
— À partir de ce jour, ne t’endors plus, sale chien, le prévint-elle, parce que je surgirai dans la nuit pour te tuer. Pas la peine de t’entourer de gardes du corps ou de molosses.
Le sang des hommes se glaça. Tork s’approcha de la rebelle et lui envoya une gifle terrible.
— Tais-toi !
— Ça suffit ! cria Élam. Arrêtez de l’humilier !
Le chef partit d’un rire qui résonna dans tout le hangar.
— Notre jeune visiteur joue au sauveur de femmes ! Un conseil, mon gars : occupe-toi de tes affaires et relis les textes sacrés. Dans l’Ancien Testament, Dieu dit à la femme : « Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera 1 . » Dans le Nouveau Testament : « Le chef de la femme, c’est l’homme […]. Pendant l’instruction la femme doit garder le silence, en toute soumission 2 . » Et dans le Coran : « Les hommes ont autorité sur les femmes à cause des préférences de Dieu et à cause des dépenses des hommes […]. Celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, reléguez-les dans leur chambre, frappez-les 3 ! »
— J’aime Dieu et ma religion, riposta Élam. Et je vomis votre violence.
— Surveille tes paroles !
— Prenez le cervocommande et laissez-la.
— Quoi ?
— Le cervocommande contre cette fille.
Tork observa Sohane et réfléchit pendant quelques secondes, puis il claqua la main d’Élam :
— Marché conclu. Tu fais une bonne affaire, mon gaillard, ricana-t-il grassement. Les sauvages sont les meilleures une fois soumises. Mais méfie-toi quand même, cette fille est un démon.
Tandis que le jeune pilote emmenait la rebelle, il ajouta :
— Ne dis à personne que je te l’ai vendue, sinon… (il passa à nouveau son pouce sur sa gorge). Pour nous, elle s’est enfuie. On est d’accord ?
Élam disparut dans le cockpit sans prendre la peine de répondre.
2
À bord de la navette, Sohane restait immobile. Les dents serrées, elle ne cessait de jurer qu’elle tuerait Tork.
— Qui t’a mise entre les mains de ce fou ? demanda Élam.
Elle ne répondit pas. Des spasmes nerveux faisaient trembler ses mains. Ses doigts tordaient son pull.
— D’où viens-tu ? insista le jeune homme.
— Fous-moi la paix !
Sohane regardait les dunes défiler sous l’appareil pour tenter d’oublier la douleur à son bras. Des tresses rebelles tombaient devant ses yeux, zébrant un territoire de silence et de rage.
— Chez moi, tu aideras aux cuisines. Tu ne seras pas seule. J’ai trois femmes : Claudia, Nicky et Meige.
— Je me fous de ta vie. Laisse-moi partir !
Élam saisit le bras gauche de la jeune femme.

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