Amusements sérieux et comiques
43 pages
Français

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Amusements sérieux et comiques , livre ebook

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Description

Charles Dufresny (1657 - 1724). Ce recueil de textes composites, publié en 1699, est la source d'inspiration directe de Montesquieu pour ses Lettres persanes !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 61
EAN13 9782820629173
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Collection
«Contes & Nouvelles»

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ISBN : 9782820629173
Sommaire


AMUSEMENTS SÉRIEUX ET COMIQUES
AMUSEMENTS SÉRIEUX ET COMIQUES


PREMIER AMUSEMENT

Préface

Le titre que j’ai choisi me met en droit de faire une préface aussi longue qu’il me plaira ; car une longue préface est un véritable amusement .
J’en ai pourtant vu de très nécessaires pour l’intelligence du livre ; mais la plupart, au lieu de mettre l’ouvrage en jour, n’y mettent que la vanité de l’ouvrier.
Un bon général d’armée est moins embarrassé à la tête de ses troupes qu’un mauvais auteur à la tête de ses écrits. Celui-ci ne sait quelle contenance tenir : s’il fait le fier, on se plaît à rabattre sa fierté ; s’il affecte de l’humilité, on le méprise ; s’il dit que son sujet est merveilleux, on n’en croit rien ; s’il dit que c’est peu de chose, on le croit sur sa parole. Ne parlera-t-il point du tout de son ouvrage ? La dure nécessité pour un auteur !
* Tel parle tant de lui et si peu de son livre, qu’on croirait qu’il a fait ce livre pour avoir occasion de se louer dans la préface : ces sortes de panégyriques peuvent avoir les grâces de la nouveauté ; car le mérite de tels auteurs est un sujet que peut-être personne n’a traité avant eux.
Je ne sais si mes Amusements réussiront ; mais si on s’amuse à les critiquer, mon dessein aura réussi.
* Je pourrais retrancher cet article dans ma seconde édition, la réussite de la première n’étant plus douteuse à mon égard. On m’a dit de reste que mes Amusements avaient réussi; mais les auteurs et les maris sont souvent les derniers à savoir le mal qu’on dit de leurs livres et de leurs femmes.
J’ai donné aux idées qui me sont venues le nom d’Amusements : ils seront sérieux ou comiques, selon l’humeur où je me suis trouvé en les écrivant ; et selon l’humeur où vous serez en les lisant, ils pourront vous divertir, vous instruire, ou vous ennuyer.
* Si je suis destiné à ennuyer, j’aime encore mieux que ce soit par les traits sérieux que par les comiques ; quand le comique ennuie, c’est souvent la faute de l’auteur ; quand le sérieux ennuie, c’est quelquefois la faute du lecteur.
* Je pardonne aux ouvrages sérieux qui me font rire ; mais comment tirer parti de ces comiques qui vous attristent ?
L’autre jour, un de ces esprits forts qui croient que c’est une faiblesse de rire trouva sous sa main un de mes premiers exemplaires ; j’étais présent, et il ignorait que j’en fusse l’auteur. A l’ouverture du livre, il fronça le sourcil : Quel titre ! s’écria-t-il d’un ton chagrin ; n’est-ce pas profaner le sérieux que de le mêler avec du comique ? quelle bigarrure !
Cette bigarrure, lui répondis-je, me paraît assez naturelle : si l’on examine bien les actions et les discours des hommes, on trouvera que le sérieux et le comique y sont fort proches voisins ; on voit sortir de la bouche d’un bon comique les maximes les plus sérieuses ; et tel qui affecte d’être toujours sérieux est plus comique qu’il ne pense.
* Non, s’écria d’un, ton colère mon critique, qui, sans m’écouter, avait continué de lire, je ne puis supporter cet assemblage monstrueux. Vouloir unir les extrêmes, le comique au sérieux, le bas au sublime !
* Doucement, Monsieur, doucement, ne confondez point le bas avec le comique ; la bonne plaisanterie a son sublime, et peut-être faut-il plus d’étendue d’esprit pour le comique sublime que pour le sérieux. En voici une preuve qui vous paraîtra comique, parce que vous prenez les choses trop sérieusement.
* Un auteur qui s’acharne à vouloir traiter sérieusement la moindre badinerie paraît sentir qu’il a besoin de toute son application et de toutes ses forces pour s’élever jusqu’à son sujet ; un comique au contraire semble être si supérieur à son sujet qu’il se fait un jeu de le dompter.
* Si vous aperceviez d’un côté un joueur d’échecs se creuser sérieusement la cervelle pour régler la marche de trente-deux pirouettes de bois, et de l’autre un maréchal de France régler en se jouant les mouvements d’une grosse armée, donneriez-vous la supériorité de génie au joueur d’échecs ?
* Je suis persuadé que le bon comique s’accorde parfaitement avec le sérieux ; j’avance même que le comique est si naturel aux hommes les plus graves, que ceux à qui la nature a refusé les grâces de la plaisanterie ne sauraient s’empêcher d’être mauvais plaisants. J’avancerai même que l’éloquence sublime est presque inséparable de la plaisanterie.
* Ces propositions paraîtront un peu hardies à certains auteurs sérieux qui se croient distingués des comiques, comme les nobles le sont des bourgeois. Cependant la plupart des orateurs sont pleins de figures et d’expressions figurées qui tirent leur origine de la raillerie, de l’ironie et d’autres sources de plaisanterie. Comme ceci trouvera des critiques, je m’engage par avance à le soutenir dans un parallèle des auteurs sérieux et des comiques, que je donnerai l’année prochaine, dans un second volume d’Amusements.
* Comment donc ! me dit mon critique. Quoi ! vous êtes l’auteur du livre que je condamne ?
* Oui, Monsieur, lui répondis-je, c’est moi qui me réjouis comiquement de votre condamnation sérieuse ; et si vous me méprisez, croyant votre caractère supérieur au mien, j’en appelle à la définition de l’homme.
* En définissant l’homme, on l’appelle par excellence, et pour le distinguer des bêtes, un animal risible plutôt qu’un animal sérieux ; cela prouve comiquement que le sérieux convient mieux à une bête que la plaisanterie.
* Voilà du franc comique, me dit mon sérieux avec un ris forcé ; cependant il faut convenir qu’il ne laisse pas d’y avoir parmi tout ceci quelques traits assez brillants.
* C’est justement là que je vous attendais, lui dis-je, et certains beaux esprits usent finement de cette espèce de louange pour décrier ce qui n’est point d’eux. Au lieu d’attaquer un livre par ses défauts, comme les critiques vulgaires, ils louent avec une malignité cordiale quelques endroits brillants, et se flattent que leur silence sur tout le reste prouve invinciblement qu’il est mauvais ; on peut impunément blâmer ainsi tous les livres ; car il est impossible que dans les plus parfaits il n’y ait quelque beauté qui se distingue du reste. Dieu nous préserve de ces ouvrages d’esprit si unis et si égaux qu’un trait n’y passe pas l’autre !
* Un auteur qui tombe souvent au-dessous de sa sphère se peut appeler inégal ; mais accuserons-nous d’inégalité celui qui s’élève quelquefois au-dessus de lui-même ? Si cette inégalité est blâmable, plût au Ciel que j’en fusse blâmé !
* Ne plaisantons point là-dessus, reprit mon auteur égal : je suis ennemi des saillies et, dans mes compositions, je les évite comme des écueils.
* Dites plutôt comme des hauteurs inaccessibles, lui répliquai-je. » Il ne s’appliqua point l’inaccessible; car les auteurs égaux n’entendent point les inégalités ; mais continuant son examen méthodique, et comparant la quantité des matières à la petitesse du volume, il conclut que mes Amusements n’étaient qu’ébauchés. J’en convins avec lui. En effet, ma première édition n’était qu’une ébauche ; ce que j’y ajoute augmentera l’ébauche sans la finir, et si j’en fais plusieurs volumes, ce sera encore des ébauches. Je le promets au public. Je lui tiendrai parole, et tous ceux qui lui promettront des ouvrages finis le tromperont : tous les ouvrages des hommes ne sont que des ébauches ; l’homme lui-même n’est qu’un ouvrage ébauché, où le Créateur n’a pas voulu mettre ici-bas la dernière main.
* Quand on se propose de parler de tout, la perfection ne consiste pas à dire sur chaque sujet tout ce qui s’en peut dire, mais à dire bien tout ce qu’on en veut dire : il suffit que chaque pensée y soit finie en elle-même ; encore faut-il qu’elle ne soit pas tellement finie qu’elle ne laisse rien à penser.
* Si l’on pouvait faire un livre qui ne l

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