La Prisonnière - Première partie
185 pages
Français

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La Prisonnière - Première partie , livre ebook

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Description

La Prisonnière est le cinquième tome d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust publié en 1925 à titre posthume.La Prisonnière est le cinquième tome d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust publié en 1925 à titre posthume.La Prisonnière est le cinquième tome d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust publié en 1925 à titre posthume.La Prisonnière est le cinquième tome d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust publié en 1925 à titre posthume.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 478
EAN13 9782820607416
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

La Prisonni re - Premi re partie
Marcel Proust
1925
Collection « Les classiques YouScribe »
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Suivez-noussur :

ISBN 978-2-8206-0741-6
Le texte dactylographié du présent ouvrage, qui forme le tome Vd’ À la recherche du temps perdu , nous avait été remis parMarcel Proust peu de temps avant sa mort, la maladie ne lui ayantpas laissé la force de corriger complètement ce texte, une révisiontrès soigneuse sur le manuscrit en fut entreprise après sa mort parle Dr Robert Proust et par Jacques Rivière. C’est le résultat de cetravail, où nous espérons qu’un minimum d’imperfections se laisseradécouvrir, que nous publions aujourd’hui.
L’Éditeur.
Chapitre 1 Vie en commun avec Albertine

Dès le matin, la tête encore tournée contre le mur, et avantd’avoir vu, au-dessus des grands rideaux de la fenêtre, de quellenuance était la raie du jour, je savais déjà le temps qu’ilfaisait. Les premiers bruits de la rue me l’avaient appris, selonqu’ils me parvenaient amortis et déviés par l’humidité ou vibrantscomme des flèches dans l’aire résonnante et vide d’un matinspacieux, glacial et pur ; dès le roulement du premiertramway, j’avais entendu s’il était morfondu dans la pluie ou enpartance pour l’azur. Et, peut-être, ces bruits avaient-ils étédevancés eux-mêmes par quelque émanation plus rapide et pluspénétrante qui, glissée au travers de mon sommeil, y répandait unetristesse annonciatrice de la neige, ou y faisait entonner, àcertain petit personnage intermittent, de si nombreux cantiques àla gloire du soleil que ceux-ci finissaient par amener pour moi,qui encore endormi commençais à sourire, et dont les paupièrescloses se préparaient à être éblouies, un étourdissant réveil enmusique. Ce fut, du reste, surtout de ma chambre que je perçus lavie extérieure pendant cette période. Je sais que Bloch racontaque, quand il venait me voir le soir, il entendait comme le bruitd’une conversation ; comme ma mère était à Combray et qu’il netrouvait jamais personne dans ma chambre, il conclut que je parlaistout seul. Quand, beaucoup plus tard, il apprit qu’Albertinehabitait alors avec moi, comprenant que je l’avais cachée à tout lemonde, il déclara qu’il voyait enfin la raison pour laquelle, àcette époque de ma vie, je ne voulais jamais sortir. Il se trompa.Il était d’ailleurs fort excusable, car la réalité même, si elleest nécessaire, n’est pas complètement prévisible. Ceux quiapprennent sur la vie d’un autre quelque détail exact en tirentaussitôt des conséquences qui ne le sont pas et voient dans le faitnouvellement découvert l’explication de choses qui précisémentn’ont aucun rapport avec lui.
Quand je pense maintenant que mon amie était venue, à notreretour de Balbec, habiter à Paris sous le même toit que moi,qu’elle avait renoncé à l’idée d’aller faire une croisière, qu’elleavait sa chambre à vingt pas de la mienne, au bout du couloir, dansle cabinet à tapisseries de mon père, et que chaque soir, forttard, avant de me quitter, elle glissait dans ma bouche sa langue,comme un pain quotidien, comme un aliment nourrissant et ayant lecaractère presque sacré de toute chair à qui les souffrances quenous avons endurées à cause d’elle ont fini par conférer une sortede douceur morale, ce que j’évoque aussitôt par comparaison, cen’est pas la nuit que le capitaine de Borodino me permit de passerau quartier, par une faveur qui ne guérissait en somme qu’unmalaise éphémère, mais celle où mon père envoya maman dormir dansle petit lit à côté du mien. Tant la vie, si elle doit une fois deplus nous délivrer d’une souffrance qui paraissait inévitable, lefait dans des conditions différentes, opposées parfois jusqu’aupoint qu’il y a presque sacrilège apparent à constater l’identitéde la grâce octroyée !
Quand Albertine savait par Françoise que, dans la nuit de machambre aux rideaux encore fermés, je ne dormais pas, elle ne segênait pas pour faire un peu de bruit, en se baignant, dans soncabinet de toilette. Alors, souvent, au lieu d’attendre une heureplus tardive, j’allais dans une salle de bains contiguë à la sienneet qui était agréable. Jadis, un directeur de théâtre dépensait descentaines de mille francs pour consteller de vraies émeraudes letrône où la diva jouait un rôle d’impératrice. Les ballets russesnous ont appris que de simples jeux de lumières prodiguent, dirigéslà où il faut, des joyaux aussi somptueux et plus variés. Cettedécoration, déjà plus immatérielle, n’est pas si gracieuse pourtantque celle par quoi, à huit heures du matin, le soleil remplacecelle que nous avions l’habitude d’y voir quand nous ne nouslevions qu’à midi. Les fenêtres de nos deux salles de bains, pourqu’on ne pût nous voir du dehors, n’étaient pas lisses, mais toutesfroncées d’un givre artificiel et démodé. Le soleil tout à coupjaunissait cette mousseline de verre, la dorait et, découvrantdoucement en moi un jeune homme plus ancien, qu’avait cachélongtemps l’habitude, me grisait de souvenirs, comme si j’eusse étéen pleine nature devant des feuillages dorés où ne manquait mêmepas la présence d’un oiseau. Car j’entendais Albertine siffler sanstrêve :
Les douleurs sont des folles,
Et qui les écoute est encor plus fou.
Je l’aimais trop pour ne pas joyeusement sourire de son mauvaisgoût musical. Cette chanson, du reste, avait ravi, l’été passé,M me Bontemps, laquelle entendit dire bientôt que c’étaitune ineptie, de sorte que, au lieu de demander à Albertine de lachanter, quand elle avait du monde, elle y substitua :
Une chanson d’adieu sort des sources troublées,
qui devint à son tour « une vieille rengaine de Massenet,dont la petite nous rebat les oreilles ».
Une nuée passait, elle éclipsait le soleil, je voyais s’éteindreet rentrer dans une grisaille le pudique et feuillu rideau deverre.
Les cloisons qui séparaient nos deux cabinets de toilette (celuid’Albertine, tout pareil, était une salle de bains que maman, enayant une autre dans la partie opposée de l’appartement, n’avaitjamais utilisée pour ne pas me faire de bruit) étaient si mincesque nous pouvions parler tout en nous lavant chacun dans le nôtre,poursuivant une causerie qu’interrompait seulement le bruit del’eau, dans cette intimité que permet souvent à l’hôtel l’exiguïtédu logement et le rapprochement des pièces, mais qui, à Paris, estsi rare.
D’autres fois, je restais couché, rêvant aussi longtemps que jele voulais, car on avait ordre de ne jamais entrer dans ma chambreavant que j’eusse sonné, ce qui, à cause de la façon incommode dontavait été posée la poire électrique au-dessus de mon lit, demandaitsi longtemps, que, souvent, las de chercher à l’atteindre etcontent d’être seul, je restais quelques instants presque rendormi.Ce n’est pas que je fusse absolument indifférent au séjourd’Albertine chez nous. Sa séparation d’avec ses amies réussissait àépargner à mon cœur de nouvelles souffrances. Elle le maintenaitdans un repos, dans une quasi-immobilité qui l’aideraient à guérir.Mais, enfin, ce calme que me procurait mon amie était apaisement dela souffrance plutôt que joie. Non pas qu’il ne me permît d’engoûter de nombreuses, auxquelles la douleur trop vive m’avaitfermé, mais ces joies, loin de les devoir à Albertine, qued’ailleurs je ne trouvais plus guère jolie et avec laquelle jem’ennuyais, que j’avais la sensation nette de ne pas aimer, je lesgoûtais au contraire pendant qu’Albertine n’était pas auprès demoi. Aussi, pour commencer la matinée, je ne la faisais pas tout desuite appeler, surtout s’il faisait beau. Pendant quelquesinstants, et sachant qu’il me rendait plus heureux qu’Albertine, jerestais en tête à tête avec le petit personnage intérieur, salueurchantant du soleil et dont j’ai déjà parlé. De ceux qui composentnotre individu, ce ne sont pas les plus apparents qui nous sont leplus essentiels. En moi, quand la maladie aura fini de les jeterl’un après l’autre par terre, il en restera encore deux ou troisqui auront la vie plus dure que les autres, notamment un certainphilosophe qui n’est heureux que quand il a découvert, entre deuxœuvres, entre deux sensations, une partie commune

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