Petites misères de la vie conjugale
119 pages
Français

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Petites misères de la vie conjugale , livre ebook

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Description

La Comédie Humaine Etudes analytiques. Tome XVIII - Houssiaux, 1855.

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 53
EAN13 9782820601919
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Petites mis res de la vie conjugale
Honor de Balzac
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0191-9

PRÉFACE
OU CHACUN RETROUVERA SES IMPRESSIONS DE MARIAGE
Un ami vous parle d’une jeune personne :
— Bonne famille, bien élevée, jolie, et trois cent mille francs comptant.
Vous avez désiré rencontrer cet objet charmant.
Généralement, toutes les entrevues fortuites sont préméditées. Et vous parlez à cet objet devenu très-timide.
VOUS . — Une soirée charmante ?...
ELLE . — Oh ! oui, monsieur.
Vous êtes admis à courtiser la jeune personne.
LA BELLE-MÈRE ( au futur ). — Vous ne sauriez croire combien cette chère petite fille est susceptible d’attachement.
Cependant les deux familles sont en délicatesse à propos des questions d’intérêt.
VOTRE PÈRE ( à la belle-mère ). — Ma ferme vaut cinq cent mille francs, ma chère dame !...
VOTRE FUTURE BELLE-MÈRE . — Et notre maison, mon cher monsieur, est à un coin de rue.
Un contrat s’ensuit, discuté par deux affreux notaires : un petit, un grand.
Puis les deux familles jugent nécessaire de vous faire passer à la mairie, à l’église, avant de procéder au coucher de la mariée, qui fait des façons.
Et après !... il vous arrive une foule de petites misères imprévues, comme ceci :
LE COUP DE JARNAC.
Est-ce une petite, est-ce une grande misère ? je ne sais ; elle est grande pour les gendres ou pour vos belles-filles, elle est excessivement petite pour vous.
— Petite, cela vous plaît à dire ; mais un enfant coûte énormément ! s’écrie un époux dix fois trop heureux qui fait baptiser son onzième, nommé le petit dernier , — un mot avec lequel les femmes abusent leurs familles.
Quelle est cette misère ? me direz-vous. Hé bien ! cette misère est, comme beaucoup de petites misères conjugales : un bonheur pour quelqu’un.
Vous avez, il y a quatre mois, marié votre fille, que nous appellerons du doux nom de C AROLINE , pour en faire le type de toutes les épouses.
Caroline est, comme toujours, une charmante jeune personne, et vous lui avez trouvé pour mari :
Soit un avoué de première instance, soit un capitaine en second, peut-être un ingénieur de troisième classe ; ou un juge suppléant ; ou encore un jeune vicomte. Mais plus certainement, ce que recherchent le plus les familles sensées, l’idéal de leurs désirs : le fils unique d’un riche propriétaire !... (Voyez la Préface .)
Ce phénix, nous le nommerons A DOLPHE , quels que soient son état dans le monde, son âge, et la couleur de ses cheveux.
L’avoué, le capitaine, l’ingénieur, le juge, enfin le gendre, Adolphe et sa famille ont vu dans mademoiselle Caroline :
1º Mademoiselle Caroline ;
2º Fille unique de votre femme et de vous.
Ici, nous sommes forcé de demander, comme à la Chambre, la division :
I. DE VOTRE FEMME.
Votre femme doit recueillir l’héritage d’un oncle maternel, vieux podagre qu’elle mitonne, soigne, caresse et emmitoufle ; sans compter la fortune de son père à elle. Caroline a toujours adoré son oncle, son oncle qui la faisait sauter sur ses genoux, son oncle qui... son oncle que... son oncle enfin dont la succession est estimée deux cent mille francs.
De votre femme, personne bien conservée, mais dont l’âge a été l’objet de mûres réflexions et d’un long examen de la part des aves et ataves de votre gendre. Après bien des escarmouches respectives entre les belles-mères, elles se sont confié leurs petits secrets de femmes mûres.
— Et vous, ma chère dame ?
— Moi, Dieu merci ! j’en suis quitte, et vous ?
— Moi, je l’espère bien ! a dit votre femme.
— Tu peux épouser Caroline, a dit la mère d’Adolphe à votre futur gendre, Caroline héritera seule de sa mère, de son oncle et de son grand-père.
II. DE VOUS :
Qui jouissez encore de votre grand-père maternel, un bon vieillard dont la succession ne vous sera pas disputée : il est en enfance, et dès lors incapable de tester.
De vous, homme aimable, mais qui avez mené une vie assez libertine dans votre jeunesse. Vous avez d’ailleurs cinquante-neuf ans, votre tête est couronnée, on dirait d’un genou qui passe au travers d’une perruque grise.
3º Une dot de trois cent mille francs !...
4º La sœur unique de Caroline, une petite niaise de douze ans, souffreteuse et qui promet de ne pas laisser vieillir ses os.
5º Votre fortune à vous, beau-père (dans un certain monde, on dit le papa beau-père ), vingt mille livres de rente, qui s’augmenteront d’une succession sous peu de temps.
6º La fortune de votre femme, qui doit se grossir de deux successions : l’oncle et le grand-père. Trois successions et les économies, ci. 750,000  fr. Votre fortune 250,000 Celle de votre femme 250,000 Total 1,250,000  fr.
qui ne peuvent s’envoler !...
Voilà l’autopsie de tous ces brillants hyménées qui conduisent leurs chœurs dansants et mangeants, en gants blancs, fleuris à la boutonnière, bouquets de fleurs d’oranger, cannetilles, voiles, remises et cochers allant de la mairie à l’église, de l’église au banquet, du banquet à la danse, et de la danse dans la chambre nuptiale, aux accents de l’orchestre et aux plaisanteries consacrées que disent les restes de dandies ; car n’y a-t-il pas, de par le monde, des restes de dandies, comme il y a des restes de chevaux anglais ?
Oui, voilà l’ostéologie des plus amoureux désirs.
La plupart des parents ont dit leur mot sur ce mariage.
Ceux du côté du marié :
— Adolphe a fait une bonne affaire.
Ceux du côté de la mariée :
— Caroline a fait un excellent mariage. Adolphe est fils unique, et il aura soixante mille francs de rente, un jour ou l’autre !...
Un jour, l’heureux juge, l’ingénieur heureux, l’heureux capitaine ou l’heureux avoué, l’heureux fils unique d’un riche propriétaire, Adolphe enfin, vient dîner chez vous, accompagné de sa famille.
Votre fille Caroline est excessivement orgueilleuse de la forme un peu bombée de sa taille. Toutes les femmes déploient une innocente coquetterie pour leur première grossesse. Semblables au soldat qui se pomponne pour sa première bataille, elles aiment à faire la pâle, la souffrante ; elles se lèvent d’une certaine manière, et marchent avec les plus jolies affectations. Encore fleurs, elles ont un fruit : elles anticipent alors sur la maternité.
Toutes ces façons sont excessivement charmantes... la première fois.
Votre femme, devenue la belle-mère d’Adolphe, se soumet à des corsets de haute pression. Quand sa fille rit, elle pleure ; quand sa Caroline étale son bonheur, elle rentre le sien. Après dîner, l’œil clairvoyant de la co-belle-mère a deviné l’œuvre de ténèbres.
Votre femme est grosse ! la nouvelle éclate, et votre plus vieil ami de collége vous dit en riant : — Ah ! vous avez fait des nôtres ?
Vous espérez dans une consultation qui doit avoir lieu le lendemain. Vous, homme de cœur, vous rougissez, vous espérez une hydropisie ; mais les médecins ont confirmé l’arrivée d’un petit dernier !
Quelques maris timorés vont alors à la campagne ou mettent à exécution un voyage en Italie. Enfin une étrange confusion règne dans votre ménage. Vous et votre femme, vous êtes dans une fausse position.
— Comment ! toi, vieux coquin, tu n’as pas eu honte de... ? vous dit un ami sur le boulevard.
— Eh ! bien, oui ! fais-en autant, répliquez-vous enragé.
— Comment, le jour où ta fille ?... mais c’est immoral ! Et une vieille femme ? mais c’est une infirmité !
— Nous avons été volés comme dans un bois, dit la famille de votre gendre.
Comme dans un bois ! est une gracieuse expression pour la belle-mère.
Cette famille espère que l’enfant qui coupe en trois les espérances de fortune sera, comme tous les enfants des vieillards, un scrofuleux, un infirme, un avorton. Naîtra-t-il viabl

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