Les épouses de Fa
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Description

Les épouses de Fa nous introduit dans l'univers de l'une des plus prestigieuses géomancies négro-africaines. Le Fa, système divinatoire pratiqué en Afrique de l'Ouest, est un ensemble de connaissances remontant aux temps les plus anciens. Les épouses de Fa sont dix récits palpitants - de Tata le sage à Mahougnon Kakpo - traversés par un même souffle, le souffle vigoureux de la parole sacrée. La parole des origines tente de dire l'indicible sous le couvert de l'énigme de la métaphore.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2008
Nombre de lectures 190
EAN13 9782336252018
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection TERRAIN : récits & fictions
dirigée par Bernard Lacombe
La collection TERRAIN : récits et fictions prend en compte l’ambition des sciences sociales, sciences du récit par excellence, d’intégrer l’ensemble des formes d’écriture. Ajustant la forme de l’écrit au sens du terrain, explicitant ainsi l’expérience qu’ils ont vécue, les auteurs de cette collection interrogent, par leurs textes, le sens du récit dans les sciences sociales et le poids de la fiction dans le discours scientifique.
Le logo de la collection est dessiné par Chantal Pairaud-Lacombe.
Il représente un serpent bwaba du Burkina Faso.
Déjà parus
Adama Coulibaly, Contes toussian de Péni. Burkina Fasoi, 2006.
Catherine Fourgeau, Dobadjo, la première épouse, 2000.
Arthur Tsouari, L’arbre des sagesses, Mboongi, The Tree of Wisdom, 850 proverbes beembé, Congo , ouvrage trilingue, 2001.
Moussa Ouattara, Le grin, rires et blagues à Bobo-Dioulasso, Burkina Faso, 2003.
Saratta Traoré, Femmes dans le miroir de leurs récits : Mariage et célibat à Ouagadougou, 2003.
Bernard Germain Lacombe, Ethnographiques, récits de voyages, 2003.
Saratta Traoré, Mariage et célibat à Ouagadougou, 2005.
Les épouses de Fa
Récits de la parole sacrée du Bénin

Mahougnon Kakpo
Du même auteur
— Entre Mythes et Modernités : Aspects de la poésie négro-africaine d ’ expression française, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 1999, 524 p., (Essai).
— Créations burlesques et déconstruction chez Ken Bugul, Cotonou, Editions des Diasporas, 2001, 76 p., (Essai).
— Ce Regard de la Mer... Anthologie de la poésie béninoise d’aujourd’hui, Cotonou, Editions des Diasporas, 2001, 108 p., (Anthologie).
— La petite fille des eaux, (Collectif), Paris, Editions Ndzé, 2006, 94 p., (Roman).
— Introduction à une poétique du Fa , Cotonou, Editions des Diasporas/Editions du Flamboyant, 2006, 176 p., (Essai).
Couverture
Le Scribe d’Héliopolis par Camille Amouro http://www.oduland.com
© L’HARMATTAN, 2007
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296043794
EAN : 9782296043794
Pour

Horus, Isis, Osiris, Néfer, Imhotep, Ramsès.

Parce que la Parole ne pourrit jamais... Elle est la Lumière qui nous guide chaque jour
Dans la recherche de la Pierre Verte...
Sommaire
Collection TERRAIN : récits & fictions Page de titre Du même auteur Page de Copyright Dedicace PREFACE 1 - LA NAISSANCE DE FA : L’ENFANT QUI PARLE DANS LE VENTRE DE SA MERE 2 - LA REINE NAN 3 - DE LA SAGESSE DE FA AÏDEGUN AU VODUN 4 - FA OU L’AMANDE DE PALME 5 - LES EPOUSES DE FA 6 - LE PARASOL ET LA BANNIERE 7 - LOGOZO : UN GEANT PARMI LES GEANTS 8 - LE GLAIVE DES ANCETRES 9 - AGBO KU CEBELE OU LA MORT DU PARJURE 10 - LA LEGENDE DES EAUX DU BENIN
Les récits de ce recueil, sauf les deux premiers, ont tous connu une première publication entre 1994 et 1996 dans Jamboree , le bimensuel d’informations et d’analyses du monde Kamit (négxo-africain) paraissant à Bordeaux et dont j’étais le Rédacteur en chef puis le Directeur de publication.
Ces récits, inspirés des Fa Du (division de Fa), trouvent leur éclairage théorique et conceptuel dans l’un de mes essais : Introduction à une poétique du Fa, Cotonou, Editions des Diasporas / Editions du Flamboyant, 2006, 176 p.
Mahougnon KAKPO.
PREFACE
L es épouses de Fa . Sous ce titre, Mahougnon KAKPO nous introduit dans la Sagesse africaine du jour et de la nuit. En effet, c’est Aubin Deckeyser, professeur de philosophie à l’Université Saint Paul à Ottawa (Canada), qui a fait connaître, à travers une communication, le champ des genres littéraires du jour et de la nuit. La structure de ces textes de style oral se laisse saisir par deux critères : le temps (jour et/ou nuit) et l’espace d’utilisation. La plupart des genres littéraires oraux sont presque exclusivement utilisés par ou pour les jeunes. Ces récits livrent une connaissance de l’être humain dans le temps et dans l’espace cosmique du sacré et du profane, du visible et de l’invisible.
Avec Les épouses de Fa que nous offre ici Mahougnon KAKPO, nous sommes dans ce double contexte. Dix récits révèlent, sous forme de tableaux ou de sketchs, une dimension de la sagesse béninoise, c’est-à-dire le sens, la signification, le pourquoi des choses, l’origine invisible de leur visibilité. Il s’agit notamment d’un ensemble de textes oraux, bien structurés et d’ampleur variée, exposant les origines mythiques du monde, de la vie, de la mort, du bien, du mal...
Un d’entre eux nous enseigne. Une sentence proverbiale placée en exergue, comme pour tous les textes, proclame une parole de Fa : « A force de persévérer, le lépreux se remettra de son mal, l ‘ infirme guérira de son infirmité, comme l ’ aveugle guérira de sa cécité ». Dès lors, tout le récit organise la réflexion heuristique, à partir de cette sentence, pour démontrer la vérité ou, tout au moins, la véracité morale de cette parole de Fa Aïdegun. C’est le lieu et le temps pour Tata, le sage conteur, pour expliquer tour à tour les signes de cette géomancie. Ainsi, « Bénin », mot d’origine Yoruba, signifie : « c’est cela ; voilà notre vœu, notre souhait ».
Cette œuvre ethnolinguistique expose la richesse anthropologique de la langue Yoruba dans sa transition en Fon. Elle permet aux jeunes d’apprendre, au clair de la lune, autour du feu de bois, sous le fromager tutélaire, les lexies religieuses de notre culture : « Fa Aïdegun, noyau du palmier de la terre », est en réalité la graine de la vie, le principe même de la vie. Les épouses de Fa sont des symboles vivants de la vie et de la mort : Zojêxwe (maison en feu), Xwefa (maison en paix). Ainsi, les vérités les plus simples trouvent leur dimension universelle à partir de l’existence particulière du rapport conflictuel de deux coépouses.
Ce modeste ouvrage de Mahougnon KAKPO est une excellente contribution à la quête de sens par l’activité réflexive ; acte par lequel l’homme fait faire à son esprit retour sur lui-même pour se regarder regardant ; sème en son for interne son esprit et suit le procès du mouvement spirituel des figures de la connaissance : do aï xomè bo lin kpon . Cette descente au gouffre abyssale et remontée astrale mène l’esprit aux sources des fondements fondateurs.
Père Mèdéwalé Kodjo Jacob AGOSSOU
Recteur de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest
(Unité Universitaire de Colonou — Bénin)
1
LA NAISSANCE DE FA : L’ENFANT QUI PARLE DANS LE VENTRE DE SA MERE
Lorsqu’un grand animal disparaît, C’est auprès du Roi de la Marmite Qu’il faut le rechercher.
(Devise de Di-Minji) 1
Un voleur qui vole un cadavre Ne saurait le cacher à une mouche.
(Devise de Di Minji ).
D e mémoire d’habitant de Wêkê, nul n’avait jamais ressenti une attente de façon aussi générale. Générale mais aussi tacite. Tacite bien que tenace. De mémoire d’habitant de Wêkê, nul ne s’était jamais senti gonflé d’aussi grande espérance.
Ce jour-là, il y avait, dans tous les cœurs, un décalage dans la pressurisation. Nuageux, ils étaient annonciateurs d’une pluie tant attendue. Cette pluie, c’était le programme de la classe de Sagesse de ce soir-là : la parole sur la naissance de Fa . Fa Aïdegun 2 lui-même. Le Roi de tous les rois. De tous les Vodun. Nul ne voulait rater cette parole . Même ceux qui n’étaient pas programmés pour cette leçon-là ; pour cette classe de Sagesse-là : les parents. Ils étaient eux-aussi présents. Aussi nombreux que les enfants. Certains d’entre eux n’hésitaient même pas à bousculer les plus jeunes afin de mieux se positionner par rapport à la source de la parole .
Mais la source se faisait attendre. Une attente qui devenait de plus en plus longue. De plus en plus insupportable. Surtout pour les plus âgés. Eux qui n’étaient même pas programmés pour cette classe de Sagesse ! Ils étaient si impatients que certains enfants s’en étaient étonnés. C’était à eux de s’impatienter. Eux, les privilégiés de cette classe de Sagesse.
Heureusement, dans le sillage de l’ombre du fromager plusieurs fois séculaire, qui trônait dans la vaste cour de la concession, se percevait, comme l’effet d’une luciole, une étincelle. Elle provenait de la pipe de la source de la parole  : Tata. Le patriarche à paroles. Bonnes paroles. Intarissables. Paroles des origines.
Dès son entrée dans le cercle où il prit place sur ce qui tenait lieu de fauteuil traditionnel et qui lui était réservé, Tata comprit aussitôt que son retard n’était pas apprécié par les parents des enfants. Eux qui ne devraient même pas être là, dans cette classe de Sagesse. Mais Tata était un sage. Et un sage a toujours le cœur magnanime. Alors, comme pour calmer les coeurs impatients et introduire de la bonne ambiance, Tata lança à l’endroit du groupe des parents :
— Je suis le grand animal que vous attendez. Mais où recherche-t-on un grand animal qui disparaît ?
Les parents ne comprirent rien à cette parole. Encore moins les enfants. Nul n’osa s’aventurer dans une réponse. Surtout pour ne pas dire des bêtises. Tata leur avait déjà appris à préférer le silence dans le doute. Cependant, Nujènumin, un des enfants de la classe, osa :
— Tata, tu étais en train de manger, c’est pourquoi tu as mis du temps pour venir.
— Tu as trouvé juste, mon enfant, reprit le vieillard sans donner l’assurance que ce n’était pas exactement la réponse qu’il espérait. Tu as vu juste, répéta-t-il. Se nourrir est un acte de vénération. C’est pourquoi nous devons nous rassasier de lumière, tel un étang du ciel.
A ces mots, le silence attachait tous les membres de la classe. Les programmés comme les non-programmés. Les paroles de Tata se densifièrent à leur entendement. Elles avaient comme des noyaux. Qu’il ne faut jamais faire éclater à coups de marteaux. Alors Kudolo tenta de s’informer :
— Tata, qu’est-ce que la lumière ?
— C’est la parole accomplie. Elle est cachée. Comme la pierre verte...
— Tata peut-il nous éclairer sur la naissance de Fa, le Roi des rois, pour nous aider à rechercher la pierre verte ? coupa un parent. Il avait déjà flairé la stratégie du vieillard.
— Vous parlez de Fa ? Le Roi de tous les temps ? Le roi de tous les Vodun ? interrogea Tata, comme s’il était surpris par la question. Voici, à ce propos, ce que dit Di-Minji : « Lorsqu’un grand animal disparaît, c’est auprès du Roi de la Marmite qu’il faut le rechercher ». C’était au temps où le temps n’existait pas. Le soleil et la lune n’étaient même pas en état de projet pour leurs parents. Il y avait un roi. Le roi Mintolonfin 3 . Dans un village nommé Wêkê. Un vaste village prospère qui rendait les voisins jaloux, comme un chien amoureux.
Le roi Mintolonfin avait une femme. Elle s’appelait Nan. Le roi l’aimait de tout son cœur. Comme un roi n’avait jamais aimé. Le roi aimait et chérissait sa femme Nan comme un œuf de perroquet. Il la chérissait d’autant plus qu’elle attendait un enfant. Un enfant pour garantir la descendance et assurer la pérennité de Wêkê.
Nan, la femme du roi Mintolonfin était enceinte et allait souvent ramasser du bois mort pour le feu. Dans le champ sis derrière la concession royale. Mais un jour, un jour où il n’y avait ni soleil ni lune, un jour où Nan était en train de chercher du bois mort pour le chauffage, elle s’entendit interpellée : « Femme, lorsque tu arriveras chez toi, chez toi où tu trouveras ton mari le roi, dis-lui ! Dis-lui, femme ! Dis-lui que dans trois mois, seize jours, je viendrai. Je viendrai mais la guerre viendra aussi. Une guerre comme on n’en a jamais vu à Wêkê. Dis-lui, femme ! Dis-lui que la guerre viendra, qu’il sera décapité, et toi femme, tu seras faite captive. Et moi, je viendrai à la suite de tout cela. Femme, dis à ton mari le roi que pour éviter la guerre, il doit immoler sa vache de couleur blanche pour en faire de l’aumôné 4 ».
— Qui parlait ainsi ? s’enquit Gnilété, un des enfants de la classe.
— Nan, la femme aimée du roi Mintolonfin, ne vit point la personne qui venait de parler ainsi. Elle regarda autour d’elle. Elle regarda et chercha encore. Personne. Elle était seule. Comme un cadavre dans sa tombe. Seule dans le champ. Seule à entendre ces paroles lugubres. Elle rentra alors chez elle. Précipitamment. Avec sur le cœur les paroles lugubres d’une voix invisible. Elles lui firent perdre le sommeil.
— Pourquoi n’en parle-t-elle pas au roi, son mari ? Pourquoi ne lui en parle-t-elle pas, Tata ? raisonna un des parents présents.
— Nan pouvait-elle en parler à son mari, le roi Mintolonfin ? Et qu’allait-elle lui dire ? Qu’elle avait entendu une voix dire des âneries ? Depuis quand une voix apostrophe-t-elle les gens à Wêkê ? Et quelle voix ? Voyez-vous, mes chers enfants, poursuivit Tata, Nan avait peur d’être traitée de folle, de folle et d’oiseau de mauvais augure. Elle avait peur de tout cela qui pourrait déclencher l’ire du roi. Cela pouvait la conduire là où elle ne souhaitait pas... Alors, elle décida de se taire.
Cette nuit-là, la même voix l’apostropha de nouveau. Elle répéta les mêmes paroles. Mais toujours Nan, la femme du roi Mintolonfin, ne vit personne. Elle chercha partout. Sous le lit. Derrière la porte. Dans la douche. Personne. Personne cette nuit-là qui répétait les mêmes paroles lugubres. La même scène se reproduisit le lendemain matin. Cette fois-ci, la voix précisa : « Mère, pourquoi cherches-tu ailleurs celui qui te parle ? C’est moi qui te parle ! Moi qui suis dans ton ventre ! C’est moi qui te parle ! ».
Nan ne pouvait plus contenir les sentiments qui l’animèrent aussitôt. La surprise et la panique. Comment un enfant peut-il parler depuis le ventre de sa mère ? Excédée, elle s’en fut voir son mari, le roi Mintolonfin, à qui elle raconta tout sur la voix invisible et sur l’enfant qui parle dans son ventre. Mais le caractère insolite de l’information fit croire au roi Mintolonfin. à une crise de grossesse qu’ont coutume de faire les femmes enceintes. Surtout lorsqu’elles sont très fatiguées.
— Cela fait longtemps que je t’interdis de te livrer à des activités qui peuvent t’éprouver, se contenta d’apprécier le roi au milieu d’un rire moqueur à peine voilé. Rentre chez toi, repose-toi et tu n’entendras plus cette voix.
Ramollie, Nan retourna dans sa case. Elle retourna chez elle sans grande assurance de ne plus entendre la voix provenant de son ventre. Elle eut raison. Car, depuis ce jour-là, chaque matin et chaque soir, la voix se faisait entendre jusqu’au jour indiqué. Pour rappeler le même message à l’endroit du roi. Mais le roi était imperturbable. Non seulement il s’interdit de croire à cette sottise, mais encore il refusa de faire les sacrifices exigés par la voix.
— Qu’arriva-t-il par la suite, Tata ? s’empressèrent de demander plusieurs enfants à la fois.
— Il arriva au roi ce qui devait lui arriver dans ces conditions. En effet, le seizième jour du troisième mois depuis l’avènement de la voix, le roi de l’un des villages voisins de Wêkê déclencha une guerre au roi Mintolonfin. Ce dernier ne s’étant pas préparé pour la guerre, ne lui survécut point.

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