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Récits de terroir , livre ebook

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Description

Gaspard de Cherville fut un proche collaborateur d'Alexandre Dumas. Dans cette œuvre publiée en 1893, il livre de ravissants contes se déroulant dans un cadre champêtre…

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 48
EAN13 9782820622167
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Collection
«Contes & nouvelles»

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ISBN : 9782820622167
Sommaire

Une chasse à l’autour
Un déplacement de chasse
GASPARD DE CHERVILLE
Une chasse à l’autour
Victor Hugo a prêté à Louis XIII cette exclamation : « Le fauconnier est dieu ! » Il faut croire que le monarque ou son interprète entendait par là que l’exercice de la fauconnerie avait le privilège de ravir au septième ciel celui qui le pratique en maître ; à en juger par la passion très sincère que ce sport, si démodé qu’il soit, excite encore chez quelques-uns de nos contemporains, l’exclamation n’était point exagérée.
Tout en me rendant compte de ce que devait produire cette mainmise de l’homme sur un des êtres les plus fiers, les plus courageux, les plus indépendants de la création, en comprenant le goût violent que la réduction d’un oiseau farouche, contraint de mettre ses instincts et la puissance de son vol au service d’un maître, pouvait avoir inspiré à nos pères, j’ai été de ceux qui ont tenu la chasse au vol pour close et scellée dans sa tombe.
Ce sport patient, laborieux, qui, en échange d’une énorme dépense de temps, de volonté, d’efforts, ne fournit qu’une jouissance presque immatérielle, me paraissait dépaysé à une époque amie du clinquant, du tapage, des plaisirs positifs et rapidement expédiés comme est la nôtre ; il me semblait destiné à rester la consolation et l’amour des érudits, des délicats, des bénédictins de la cynégétique, comme MM. le comte Lecoulteux, Pierre Pichot, de la Rue. Je me trompais. Ces successeurs lointains de d’Arcussia ont fait des prosélytes, dont un des plus enthousiastes fut le pauvre jeune Montigny, qui eut une fin si tragique ; ils trouvent des continuateurs distingués dans le comte de T… L…, dans M. G…, qui possède en Brie un équipage de vol presque complet ; dans M. Alfred Belvalette, dont le Traité d’autourserie peut, de plus, assurer à la chasse à l’oiseau un regain de vitalité, de par ce qu’il vulgarise celle de ses branches qui est le plus à la portée de tout le monde.
La fauconnerie se divisait en haut vol et en bas vol. Les oiseaux qui montent haut dans les airs, le héron, le milan, le corbeau, etc., étaient les objectifs du haut vol, qui avait les faucons pour auxiliaires ; le bas vol visait les oiseaux qui s’élèvent peu, le faisan, la perdrix, la pie, les petits oiseaux et les quadrupèdes ; il utilisait les autours et les éperviers. Avec notre morcellement territorial, le haut vol n’est plus de mise ; ses essais risqueraient trop de finir tragiquement, comme cela est arrivé, il y a une douzaine d’années, à un des meilleurs faucons de Barr. Le bas vol, au contraire, peut être pratiqué partout ; c’est lui que M. Belvalette s’est attaché à décrire dans une série de chapitres où il détaille si minutieusement et si clairement la manière de prendre les autours et les éperviers, leur dressage, leur mise en chasse, etc., etc., qu’avec des instructions aussi précises, l’autourserie est à la portée de toutes les bonnes volontés que son traité pourrait faire surgir.
J’ajoute que la lecture de ce livre, écrit d’un bout à l’autre avec cette verve passionnée que donne la foi, quel qu’en soit l’objet, est singulièrement attachante, presque entraînante ; il a fallu que je me raisonnasse moi-même, pour ne pas chausser des guêtres, afin de m’en aller en quête d’une aire d’autour dans les fonds de Maison-Rouge. Avec infiniment de bon goût, M. Alfred Belvalette a dédié son traité au doyen de la presse cynégétique, à mon vénérable ami de la Rue, dont la verte et vigoureuse vieillesse est le plus éclatant témoignage des bienfaits de la vie active du chasseur.
C’est à M. de la Rue que je dois d’avoir vu des autours au travail pour la première fois. J’étais arrivé plein de préjugés, soyons franc, de rancune contre ces oiseaux. Un de leurs couples avait son aire dans un grand parc abandonné qui se trouvait en face de ma maison ; il se nourrissait aux dépens de mon pigeonnier et m’avait condamné à des factions parfaitement insipides, puisqu’elles n’avaient jamais eu le dénouement que j’en attendais.
Aujourd’hui que je suis consolé de la perte de deux paires de culbutants, dont les cabrioles aériennes étaient une des joies de mon ermitage, je puis admirer librement les merveilleuses et astucieuses combinaisons par lesquelles le corsaire échappait à tous mes affûts ; mais, dans la première amertume de mes deuils, je ne puis m’empêcher de regarder de travers l’oiseau que me présentait mon hôte, et je ne jurerais pas de ne point lui avoir adressé mezza voce quelques épithètes malséantes, au lieu des témoignages d’admiration que de la Rue essayait de provoquer en me détaillant toutes les beautés de son autour. Il est vrai qu’il avait sur un bloc voisin un camarade qui, au point de vue plastique, lui faisait un tort considérable : un faucon d’un admirable plumage ; jamais je n’ai vu autant de fierté, autant d’audace concentrées dans l’œil d’une créature vivante. Je crois que j’aurais pardonné à celui-là de m’avoir mangé mes pigeons.
Le lendemain, après déjeuner, nous étions en campagne, mon ami avec son oiseau sur le poing et dans une tenue qui rappelait un peu une vieille gravure de ma connaissance représentant un fauconnier du temps de Louis XIV. J’avais insisté pour qu’il coiffât son autour d’un chaperon avec panache qui m’avait tiré l’œil dans son outillage ; il paraît que cela ne se fait pas, le chaperon étant exclusivement réservé aux oiseaux de haut vol. Cependant, j’y mis tant d’insistance que, malgré son respect scrupuleux pour la tradition, de la Rue se décida à me donner satisfaction.

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