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L'Amérique selon Sartre , livre ebook

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Description

Tout au long de sa vie, Jean-Paul Sartre a porté un intérêt soutenu aux États-Unis et à leur culture. Tout petit, accompagné de sa maman, Poulou fouille fiévreusement les boîtes des bouquinistes, espérant trouver une autre aventure de Nick Carter ou de Buffalo Bill. Devenu grand, le romancier fait découvrir à Antoine Roquentin, dans La nausée, les lois de la contingence après lui avoir fait réentendre un vieux ragtime ; il caricature le racisme sévissant au sud de la ligne Mason-Dixon dans La putain respectueuse ; et après l’exécution des époux Rosenberg, il publie une lettre ouverte accusant les Américains d’être des « animaux malades de la rage ».
Il y a aussi des récits de rêve new-yorkais dans L’imaginaire, des références au jazz dans Huis clos, un reportage sur Hollywood dans le journal Combat, sans oublier, dans les mois précédant l’explosion de Mai 1968, un grand tribunal populaire destiné à juger les crimes contre l’humanité commis par l’armée américaine au Vietnam… Yan Hamel montre dans ce livre important comment l’Amérique devient – chez Sartre et dans la culture française en général – une constellation de représentations contradictoires.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2013
Nombre de lectures 1
EAN13 9782760631687
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

ePub : claudebergeron.com
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Hamel, Yan, 1975-
L’Amérique selon Sartre : littérature, philosophie, politique
Comprend des réf. bibliogr.
ISBN 978-2-7606-3166-3
1. Sartre, Jean-Paul, 1905-1980 – Et les États-Unis. 2. Sartre, Jean-Paul, 1905-1980 – Critique et interprétation. 3. États-Unis – Représentation symbolique. 4. Antiaméricanisme. I. Titre.
B2430.S34H35 2013 194 C2013-940526-7
Dépôt légal : 3 e trimestre 2013 Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 2013
ISBN 978-2-7606-3166-3 [édition imprimée]
ISBN 978-2-7606-3167-0 [édition numérique PDF]
ISBN 978-2-7606-3168-7 [édition numérique ePub]
Les Presses de l’Université de Montréal reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs activités d’édition.
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération des sciences humaines de concert avec le Prix d’auteurs pour l’édition savante, dont les fonds proviennent du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
IMPRIMÉ AU CANADA
Pour Claudia
Abréviations renvoyant aux œuvres de Jean-Paul Sartre

CPM
Cahiers pour une morale , Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de philosophie », 1983, 600 p.

CRD
Critique de la raison dialectique, précédé de Questions de méthode, tome I , Théorie des ensembles pratiques , Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 1960, 755 p.

CRD 2
Critique de la raison dialectique, tome II (inachevé) , L’intelligibilité de l’Histoire , Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de philosophie », 1985, 480 p.

EJ
Écrits de jeunesse , textes rassemblés, établis et annotés par Michel Contat et Michel Rybalka, Paris, Gallimard, 1990, 557 p.

EN
L’être et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique , Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 1943, 722 p.

ES
Michel Contat et Michel Rybalka, Les écrits de Sartre. Chronologie. Bibliographie commentée , Paris, Gallimard, 1970, p. 680-682.

I
L’imaginaire. Psychologie phénoménologique de l’imagination , Paris, Gallimard, coll. « Idées-NRF », 1966, 383 p.

IDF
L’idiot de la famille. Gustave Flaubert de 1821 à 1857 , tome II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de philosophie », 1971, 2136 p.

LC
Lettres au Castor et à quelques autres, II. 1940-1963 , Paris, Gallimard, 1983, 366 p.

M
Les mots et autres écrits autobiographiques , Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2010, 1655 p.

OR
Œuvres romanesques , Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1981, 2169 p.

OSS
« Ouragan sur le sucre », Les Temps Modernes , vol. 63, n o 649, avril-juin 2008, p. 5-155.

RE
La responsabilité de l’écrivain , Paris, Éditions Verdier, coll. « Philosophie », 1998, 60 p.

S1
Situations, I. Février 1938-septembre 1944, Paris, Gallimard, 1947, 308 p.

S2
Situations, II. Littérature et engagement, Paris, Gallimard, 1948, 330 p.

S3
Situations, III. Lendemains de guerre, Paris, Gallimard, 1949, 311 p.

S4
Situations, IV. Portraits , Paris, Gallimard, 1964, 480 p.

S5
Situations, V. Colonialisme et néo-colonialisme , Paris, Gallimard, 1964, 256 p.

S6
Situations, VI. Problèmes du marxisme 1 , Paris, Gallimard, 1964, 392 p.

S7
Situations, VII. Problèmes du marxisme 2 , Paris, Gallimard, 1965, 352 p.

S8
Situations, VIII. Autour de 68 , Paris, Gallimard, 1972, 480 p.

S9
Situations, IX. Mélanges , Paris, Gallimard, 1972, 368 p.

S10
Situations, X. Politique et autobiographie , Paris, Gallimard, 1976, 232 p.

TC
Théâtre complet , édition de Michel Contat, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2005, 1601 p.
INTRODUCTION
Sartre et l’Amérique
Au cours de sa triple carrière d’écrivain, de philosophe et d’intellectuel engagé, Jean-Paul Sartre s’est beaucoup intéressé aux États-Unis et à leur culture. L’enthousiasme pour Les Mystères de New York et les galopades des cow-boys remonterait à l’époque de la Première Guerre mondiale, du moins s’il faut en croire l’auteur des Mots rappelant que, pour sa mère et lui, le cinéma était alors le « principal besoin » ( M , 65-68). Hors des salles de projection, Poulou arpentait fiévreusement les quais en compagnie d’Anne-Marie, fouillant les bacs des bouquinistes à la recherche de quelques nouvelles aventures de Buffalo Bill ou de Nick Carter ( M , 117-118). S’il se persuade que « l’Amérique [lui livre] des images plus fascinantes sur l’écran que sur le papier [1] », Sartre n’en continue pas moins dans les années 1920 et 1930 à lire des romans traduits de l’américain ; les chefs-d’œuvre de l’époque, tels Lumière d’août et 1919 , mais encore davantage les polars et autres hard boiled novels seront dévorés avec cette sorte de compulsion maniaque et systématique qui donne toujours un air monstrueux aux engouements sartriens [2] . Le jazz est aussi une importante source d’inspiration, non seulement pour l’auteur, mais aussi pour ses créatures : Antoine Roquentin, Estelle, Mathieu Delarue, Ivich Serguine, Jules Palotin et d’autres encore se laissent emporter à leur manière par les rythmes de cette musique syncopée. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un premier séjour chez l’Oncle Sam amène Sartre à s’illustrer dans un sous-genre particulièrement foisonnant de la littérature de voyage : la description explicative des États-Unis, de New York et des autres villes d’Amérique. La découverte du problème racial qui ensanglante le Deep South donne un article publié dans Le Figaro – « Retour des États-Unis. Ce que j’ai appris du problème noir » (16 juin et 30 juillet 1945) –, une réflexion de fond sur l’engagement de la littérature prenant pour exemple l’œuvre de Richard Wright – Qu’est-ce que la littérature ? –, une méditation restée inachevée sur la morale et l’histoire – Cahiers pour une morale –, sans oublier une « comédie bouffe [3] » – La putain respectueuse – accueillie à sa création par les hauts cris de la critique théâtrale bien-pensante. En 1953, l’exécution des époux Rosenberg marque la fin d’une idylle ambivalente : à partir de là, et jusqu’à l’escalade de la guerre du Vietnam, l’auteur des « Communistes et la paix » dépeindra les États-Unis à grand renfort d’images-choc et de rhétorique combative sous les traits impérialistes d’un omnipotent « monstre sureuropéen ».
L’écriture sartrienne constitue l’Amérique en un parfait sociogramme, cette notion-clé de la sociocritique que Claude Duchet a définie comme « un ensemble flou, instable, conflictuel de représentations partielles en interaction les unes avec les autres, centré autour d’un noyau lui-même conflictuel [4] ». L’Amérique selon Sartre est non pas une représentation stable, achevée et close, mais une constellation dynamique de sous-ensembles représentationnels partiels, inachevés, eux-mêmes instables et conflictuels. Cette Amérique « textualisée [5] » comprend des noms de régions et de villes (New York, Chicago, Washington, le Sud, l’Ouest) ; des éléments de décor (les déserts, les gratte-ciel) ; des œuvres d’art (le jazz, le cinéma, le roman) ; plusieurs noms propres chargés de connotations diverses (Caldwell, Faulkner, Calder, Sacco et Vanzetti, Ford, Taylor, MacArthur, McCarthy, Johnson…) ; sans oublier les multiples métonymies et formules renvoyant à un régime socioéconomique honni (Wall Street, les grandes banques américaines, le capitalisme abstrait, etc.). Des lendemains de la Grande Guerre à la fin des « Trente glorieuses », ces multiples représentations partielles sont mises en des textes aux appartenances génériques tout aussi multiples (romans, théâtre, essais, traités de philosophie, reportages, interviews, etc.), et ce, à des fins qui sont aussi bien esthétiques et littéraires que politiques, historiques ou phénoménologiques. Le lecteur attentif les rencontre partout, souvent en des endroits inattendus ; en plus de cinquante ans d’écriture et de prise de parole, elles se sont essaimées des Écrits de jeunesse à « Autoportrait à soixante-dix ans », en passant par L’imaginaire , La nausée , « L’enfance d’un chef », Huis clos , L’être et le néant , Les chemins de la liberté , Qu’est-ce que la littérature ?, « Merleau-Ponty », « L’analyse du référendum », Critique de la raison dialectique , L’idiot de la famille …
Ces représentations partielles de l’Amérique sont toutes organisées autour d’un « noyau conflictuel » – le noyau sociogrammatique. Celui-ci se compose de deux éléments antithétiques, mais indissociables, qui sont toujours maintenus en une tension productrice de sens donnant leur « littérarité active [6] » aux composantes du sociogramme, et par le fait même aux textes. Dans le cas de l’Amérique selon Sartre, les deux éléments nucléaires ont été on ne peut plus clairement identifiés et corrélés par le titre d’un fameux article issu du premier voyage outre-Atlantique : « Individualisme et conformisme aux États-Unis » ( S3 , 75-91). Mettre en texte l’Amérique, pour Sartre, comme du reste pour nombre d’autres écrivains du XX e siècle, c’est osciller constamment entre les deux termes de cette opposition cardinale ; c’est travailler la coexistence conflictuelle de ces contraires. D’une part, le mythe exaltant d’une individualité triomphante s’épanouissant dans les grands espaces ouverts, les mœurs débridées, l’abondance matérielle, le confort et la vitesse, la mobilité sociale et l’enrichissement facile, l’hypermodernité technologique, les traditions artistiques encore à développer. D’autre part, le mythe oppressant d’un écrasement de l’individu par le puritanisme, le racisme, la culture de masse infantilisante, le travail mécanisé, la consommat

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