Les enseignements de Dune : Enjeux actuels dans l oeuvre phare de Frank Herbert
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Description

L’usage de la science-fiction comme un laboratoire pour comprendre le monde est de plus en plus fréquent pour les scientifiques de différentes disciplines, notamment des sciences humaines et sociales. Cette pratique a fait ses preuves à maintes reprises au cours des dernières années. Voilà pourquoi, au moment où les médias ont ramené à l’avant-scène l’œuvre phare de Frank Herbert, Dune, quelques-uns se sont sentis interpellés. Voilà un terrain riche pour étudier des phénomènes contemporains et en tirer des enseignements!
Regroupant les textes de chercheuses et de chercheurs provenant de divers champs d’études – politique, physique, philosophie, génie, religion, environnement, sociologie –, le présent ouvrage a comme objectifs de faire «parler» le plus possible l’œuvre littéraire, d’établir des ponts concrets et directs entre elle et les débats de société d’aujourd’hui, de même que de donner un nouvel éclairage aux problèmes auxquels les humains sont confrontés ou auxquels ils auront à faire face dans un avenir proche. Y sont abordés en complémentarité le déni et les dépendances technologiques, la place de la religion dans la gouverne des sociétés, l’évolution du pouvoir des femmes, l’interdépendance entre les humains et leur environnement, de même que l’évolution des régimes politiques et leur influence sur les communautés qui les voient naître et mourir. Les autrices et auteurs s’interrogent, à partir d’angles variés, sur ce que l’univers de Dune peut nous enseigner sur notre propre devenir.
Cet ouvrage s’adresse tant aux spécialistes de l’analyse des représentations dans la science-fiction qu’aux amateurs du genre et aux grands admirateurs de Dune. Nous croyons qu’en plus d’en tirer des enseignements pour approfondir leur compréhension de notre monde, les lecteurs et les lectrices pourront découvrir – ou redécouvrir – la richesse de l’œuvre de Frank Herbert.
Isabelle Lacroix est professeure agrégée à l’Université de Sherbrooke et directrice de l’École de politique appliquée depuis 2015. Elle est aussi la codirectrice de l’axe Impacts, usages et société de l’Unité mixte internationale – Laboratoire nanotechnologies et nanosystèmes. Elle a codirigé en 2016 D’Asimov à Star Wars: représentations politiques dans la science-fiction.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 février 2020
Nombre de lectures 6
EAN13 9782760552753
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Presses de l’Université du Québec Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2 Téléphone : 418 657-4399 – Télécopieur : 418 657-2096 Courriel : puq@puq.ca – Internet : www.puq.ca Diffusion / Distribution : C ANADA Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Québec) J7H 1N7 – Tél. : 450 434-0306 / 1 800 363-2864 F RANCE ET B ELGIQUE Sofédis, 11, rue Soufflot, 75005 Paris, France – Tél. : 01 53 10 25 25 Sodis, 128, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France – Tél. : 01 60 07 82 99 S UISSE Servidis SA, Chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse – Tél. : 022 960.95.25 Diffusion / Distribution (ouvrages anglophones) : Independent Publishers Group, 814 N. Franklin Street, Chicago, IL 60610 – Tel. : (800) 888-4741 La Loi sur le droit d’auteur interdit la reproduction des œuvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autorisée — le « photocopillage » — s’est généralisée, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la rédaction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L’objet du logo apparaissant ci-contre est d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit le développement massif du « photocopillage ».

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre : Les enseignements de Dune : enjeux actuels dans l’œuvre de Frank Herbert / sous la direction de Isabelle Lacroix.
Noms : Lacroix, Isabelle, 1976- éditeur intellectuel.
Description : Comprend des références bibliographiques.
Identifiants : Canadiana (livre imprimé) 20190038047 | Canadiana (livre numérique) 20190038055 | ISBN 9782760552739 | ISBN 9782760552746 (PDF) | ISBN 9782760552753 (EPUB)
Vedettes-matière : RVM : Herbert, Frank. Dune. | RVM : Écologie dans la littérature. |
RVM : Religion dans la littérature. | RVM : Technologie dans la littérature.
Classification : LCC PS3558.E63 D853 2020 | CDD 813/.54—dc23

Révision
Catherine Vaudry
Correction d’épreuves
Sandra Guimont
Conception graphique
Julie Rivard
Mise en page
Le Graphe
Images de couverture
iStock
Dépôt légal : 1 er trimestre 2020
› Bibliothèque et Archives nationales du Québec
› Bibliothèque et Archives Canada
© 2020 – Presses de l’Université du Québec
Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
G5273-1 [01]
Remerciements

Mes premiers remerciements doivent certainement revenir aux collègues qui ont accepté d’investir un temps précieux dans la rédaction de chapitres aussi pertinents qu’audacieux. Je vous sais pressés par les demandes incessantes, votre collaboration m’est des plus précieuses. Un grand merci à la professeure Karine Prémont qui fut de bon conseil à toutes les étapes de ce projet. Elle fait définitivement partie de l’équipe élargie de cette entreprise. Merci aussi aux éditions Robert Laffont et Pocket qui ont généreusement accepté que nous utilisions des extraits des romans de Frank Herbert publiés par ces grandes institutions littéraires. Merci d’avoir cru à la valeur de ce projet universitaire. Un merci sincère à l’équipe des Presses de l’Université du Québec, tout particulièrement à mesdames Martine Pelletier, Mélanie Bérubé et Cynthia Boutillier. Merci à Daphné Paquette, étudiante à la maîtrise en politique appliquée, d’avoir contribué avec patience et minutie à la révision du manuscrit. Finalement, un grand merci à l’Université de Sherbrooke et à la Faculté des lettres et sciences humaines pour le soutien à l’édition de ce projet hors normes. Sans la contribution appréciée de toutes ces personnes et organisations, vous ne pourriez tenir ce livre entre vos mains.
INTRODUCTION /
Les enseignements de Dune , cette œuvre phare
Isabelle Lacroix , Université de Sherbrooke

L’idée à la base du présent ouvrage est née dans un café. Ce sont deux collègues, Jonathan Genest et Jacques Beauvais (auteurs du chapitre 4 ) qui nous ont interpellée. Pour eux, il y avait tant à dire sur Dune , tant à apprendre. Il fut d’ailleurs particulièrement facile de recruter des collaborateurs, comme quoi nous n’étions pas les seuls à voir l’intérêt et le potentiel d’une telle démarche. L’ouvrage que vous tenez entre vos mains est ainsi le résultat de cette collaboration multidisciplinaire misant sur un double atout : celui de se servir de la science-fiction pour s’interroger sur notre monde à partir d’enjeux réels possédant une résonance dans la fiction et celui de centrer notre regard sur Dune , cette œuvre magistrale de Frank Herbert, devenue un classique incontournable du genre. À l’instar de Denis Villeneuve et de Legendary Pictures, nous sommes persuadés que la société humaine imaginée par Herbert, qui projette un scénario possible du futur de l’humanité, renferme de nombreux enseignements sur notre monde actuel et sur notre devenir réel. C’est cette volonté de mettre de l’avant ces riches enseignements qui a guidé notre relecture de l’univers de Dune .
1 / La science-fiction : un véritable laboratoire
Le laboratoire scientifique est soit cet espace d’expérimentation, de création et de découvertes, soit un groupe de chercheurs qui développent ensemble de nouveaux savoirs. Pour nous, la science-fiction offre aussi cette double possibilité. Elle incarne un véritable espace pour tester des modèles sociaux, économiques ou politiques différents et en envisager les conséquences sur les individus et les collectivités. Si on ne peut pas « mettre dans un bocal » une communauté humaine réelle pour soumettre ses membres à différents régimes politiques et étudier leurs réactions, on peut créer ou étudier des récits qui mettent en scène ces hypothèses fictives et les proposer aux amateurs du genre pour observer leurs réactions à eux. Cela ouvre un espace d’étude pour des chercheurs auquel on ne pourrait avoir accès autrement. C’est là le plus près que l’on puisse être d’un laboratoire. De plus, comme le rappelle Yannick Rumpala : « L’avantage avec la fiction, c’est qu’il est plus commode de tenter l’expérience sans avoir à craindre d’éventuels désagréments si elle finit par mal se dérouler… 1 »
Cette approche, si elle présente une certaine audace, n’est pas complètement nouvelle. Par exemple, pour Carrie Lynn Evans, « la science-fiction a toujours été un genre bien adapté pour tester des idées et explorer les préoccupations contemporaines reliées aux développements techno-scientifiques 2 ». Charli Carpenter propose d’ailleurs une triple utilisation de la science-fiction à des fins de recherche. Pour elle, l’analyse sociopolitique de la science-fiction, notamment en ce qui a trait à l’étude des relations internationales, peut être bâtie soit à partir d’une approche pédagogique (enseigner à des répondants à partir d’œuvres choisies pour porter une vision précise), d’une approche interprétative (analyser les propositions sociétales à partir des œuvres fictives pour approfondir la compréhension du monde réel) ou encore à partir d’une approche exploratoire qu’elle qualifie d’empirique 3 (les œuvres et les valeurs qu’elles portent sont créées dans une optique de sensibilisation des populations réelles).
Dans le cadre du présent ouvrage, à l’instar de plusieurs autres chercheurs en ce domaine, nous nous situons clairement du côté de l’approche interprétative, et nous reprenons une démarche amorcée il y a quelques années 4 , inspirée à ce moment-là particulièrement de Jean-Pierre Béland et George-A. Legault 5 . Pour nous, et cela rejoint l’objectif du présent ouvrage, étudier les œuvres de science-fiction revient à se pencher sur le monde actuel, celui des créateurs autant que celui des amateurs du genre. Que nous enseignent ces œuvres sur nous, sur notre monde et sur notre devenir ? Pour Jutta Weldes, la science-fiction est une « fenêtre sur le monde 6 » (« window on the world »). Pour Michael Allen et Justin Vaughn, la science-fiction permet de « penser à l’extérieur de la boîte 7 » et pour Harald Köppin Athanasopoulos, de porter un regard renouvelé sur notre société 8 . C’est ce qui fait dire à Lisa Rivera que la science-fiction permet de « recenser les éventualités possibles 9 », comme le ferait le scientifique dans son laboratoire. Nous sommes donc neuf chercheurs à avoir créé et dédié un laboratoire à Dune , cette œuvre littéraire aux multiples vies.
2 / Dune : un classique riche en enseignements
En 2017, dans le cadre d’un autre projet de recherche, un assistant de recherche avait dû produire une recension des œuvres de science-fiction les plus populaires – fréquemment citées – sur les blogues et les forums de discussion voués à la science-fiction. À ce moment-là, et même si la première publication du premier tome datait de 1965, Dune trônait au premier rang quant aux œuvres littéraires de ce genre. Mais Dune , ce n’est pas que ce roman, c’est aussi un univers complet, complexe et riche.
Pour en dresser les pourtours à grands traits, disons simplement que l’univers de Dune , c’est : six romans (six tomes) écrits par Frank Herbert 10 , et douze romans écrits par Brian Herbert, le fils de Frank, et Kevin J. Anderson à partir des textes de Frank Herbert 11 . C’est aussi un film réalisé en 1984 par David Lynch 12 , une série télé diffusée en 2000, et une nouvelle adaptation cinématographique à venir en 2020, réalisée par Denis Villeneuve. C’est aussi des jeux vidéo qui offrent aux amateurs de faire partie de cet univers et d’y vivre des aventures virtuelles. Et surtout, ce sont d’innombrables admirateurs qui ont su se renouveler depuis la publication du premier tome.
Or notre intérêt n’est pas simplement justifié par ce succès populaire. Il s’appuie d’abord et avant tout sur la richesse de l’œuvre en vue de porter un regard éclairé sur notre monde : « notre monde » étant celui de l’époque de Frank Herbert, celui d’aujourd’hui, voire celui qui adviendra. Pour nous, Dune est un laboratoire futuriste qui nous permet d’étudier tant les composantes collectives des sociétés que leurs composantes purement humaines. Susan L. Schwartz exprime bien l’ampleur de l’œuvre tout comme son potentiel compréhensif, alors que pour elle, « [l]e monde de Dune se situe 20 000 ans dans le futur, et est fait d’un système féodal dirigé par des Maisons qui contrôlent tous les aspects de la vie sur les planètes qu’elles gouvernent 13 » et au centre duquel se retrouvent de multiples destins humains : « Qu’est-ce que veut dire être humain ? Dans Dune , la réponse est clairement donnée : c’est l’habilité d’utiliser sa raison et son intellect pour aller au-delà de son instinct 14 ». Notre regard se portera, à l’instar de Schwartz, sur ces deux plans.
Ainsi, nous ne sommes pas les seuls ou les premiers à nous intéresser à cette œuvre. D’autres avant nous ayant mis en relief sa valeur analytique, nous souhaitons poursuivre ce travail, en français cette fois, et même l’approfondir. Nous croyons que la complémentarité de notre équipe multidisciplinaire est en ce sens un atout central à notre démarche, car Dune se prête particulièrement bien à des analyses transdisciplinaires. Pour véritablement comprendre une société, il faut l’observer sous tous ses angles ! Pour certains, ce qui est le centre de l’univers de Dune est la gestion des ressources naturelles, leur rareté et leur nécessité. Rumpala nous dit en ce sens que « [m]ême s’il ne faut surtout pas réduire le roman à cet aspect, il permet de mettre en situation la gestion de ressources rares (l’eau, l’Épice), qui deviennent donc sources et enjeux de pouvoir 15 ». Athanasopoulos va encore un peu plus loin en faisant un parallèle direct entre cet aspect du roman et certaines réalités actuelles : « Le Dune de Frank Herbert, par exemple, peut être vu comme une critique de la dépendance croissante de l’humanité à l’endroit du pétrole pour sa production énergétique 16 ». Pour d’autres, tels que Julia List 17 , c’est la composante religieuse de l’univers de Dune qui en fait sa richesse. Pour cette autrice, la fonction sociale de la religion y est présentée de façon particulièrement intéressante. Pour d’autres encore, l’intérêt d’étudier Dune renvoie à sa composante politique. Kevin Mulcahy y voit des questionnements classiques en théorie politique :

Herbert utilise le cliché en science-fiction de l’empire galactique comme un moyen pour faire une analyse sérieuse de quelques questions centrales à la théorie politique : quel est le but légitime d’un gouvernement ? Quelle est la relation adéquate entre les gouvernants et les gouvernés ? Quelle est la relation entre les moyens d’exercice du pouvoir et les finalités du pouvoir 18 ?
Cela lui fait dire que Dune est d’abord et avant tout un roman « à propos de la politique 19 ». Gemma Field y perçoit quant à elle une mise en garde contre certains débordements transparaissant dans la réalité de notre monde actuel : « Dune rend les dangers du techno-utopisme très clairs, alors que Paul lutte pour le contrôle de l’Épice et les tendances des politiques impériales 20 ».
Notre démarche va précisément dans ce sens et cherche à explorer les enseignements de Dune quant à notre monde et notre futur humain. Mais nous proposons de le faire à partir de plusieurs angles disciplinaires différents, sous un même couvert, dans une approche véritablement complémentaire.
3 / Notre proposition
Les six chapitres qui composent cet ouvrage offrent des regards croisés sur le même univers, la même œuvre, en se concentrant principalement sur la lecture des six premiers tomes, soit ceux que l’on doit à Frank Herbert. Si on retrouve à quelques endroits des références aux romans de Brian Herbert et Kevin J. Anderson, c’est généralement pour appuyer l’analyse faite des composantes de l’imaginaire du maître de Dune , son premier créateur.
Dans le chapitre 1 – « De Dune à Daech : le glossaire inspirant et inspiré de l’univers de Frank Herbert » –, Sami Aoun s’intéresse précisément à Frank Herbert et à ses inspirations. L’auteur y explore les œuvres qui ont influencé Herbert, de même que les changements sociétaux desquels le créateur de Dune fut un témoin attentif. Cette étude minutieuse culmine par une analyse des résonances qu’ont ces inspirations avec le vocabulaire, les concepts et les personnages qui font de Dune cette œuvre considérée aujourd’hui comme « culte ».
Dans le chapitre 2 – « Dune : une écologie des conséquences » –, Corinne Gendron et René Audet portent leur attention sur le concept d’écosystème dynamique. Dans cette œuvre romanesque écologiste, Herbert a créé un univers où les relations entre les humains, leur collectivité et leur environnement sont déterminantes. Les lieux, tels que la planète Arrakis, deviennent littéralement des personnages influant sur le récit par leurs cycles d’évolution et les conséquences que cela entraîne pour les populations qui en sont dépendantes. Les auteurs s’intéressent aux leçons de Herbert développées au travers de ces représentations des interdépendances humains-environnement qui résonnent fortement aujourd’hui.
Dans le chapitre 3 – « Les religions dans Dune : émanciper l’ordre politique et la paix galactique » –, Sara Teinturier et David Koussens abordent les liens inextricables entre religion et pouvoir politique. Le fait religieux est au cœur de la construction de cet univers, au centre des préoccupations des personnages et des communautés, à la base des mouvements sociétaux et des grands conflits. En fait, la religion est partout présente dans Dune et elle est responsable de la vaste majorité des actions des acteurs de pouvoir, soit parce qu’ils veulent se conformer aux croyances, soit parce qu’ils désirent les manipuler.
Dans le chapitre 4 – « Interroger le futur : Dune et la dépendance technologique » –, Jonathan Genest et Jacques Beauvais explorent le novum de Dune et ses multiples ramifications. Les auteurs s’intéressent au fait que si ce roman de science-fiction s’appuie sur un rejet des technologies et un bannissement des machines « à l’esprit de l’homme semblable 21 », son créateur évoluait dans un univers de grande effervescence scientifique et technologique. Il en ressort une dualité qui vient orienter le récit, l’évolution des sociétés qui le composent et de l’univers entier, tout en nous invitant à remettre en question notre propre rapport à la technologie.
Dans le chapitre 5 – « Élites, régimes et mutations politiques dans la saga de Dune : de la dépendance économique à la dispersion écologique par la centralisation totale » –, Tristan Rivard propose une lecture de Dune axée sur les représentations des régimes politiques, leurs transformations et leurs alternances. Il s’intéresse aussi, et c’est là assurément un des éléments phares de l’œuvre de Herbert, aux justifications développées (le « discours sur ») par les personnages assurant la gouverne des sociétés de Dune en vue de rendre justice à leur choix politique, qu’ils soient éclairés par une vision porteuse ou carrément tyrannique.
Finalement, dans le chapitre 6 – « Dune , ou quand le salut de l’humanité repose sur l’exercice du pouvoir des femmes » –, nous explorons les représentations féminines qui habitent et forment cet univers hors norme. La variété des modèles féminins mis en scène, perçus parfois positivement et parfois négativement, offre un espace d’analyse inespéré. Ces modèles, individuels comme institutionnels (tels que le Bene Gesserit et les Honorées Matriarches), y sont étudiés pour l’exercice de leur pouvoir et de leurs effets déterminants sur la conduite des sociétés de Dune .
Bibliographie
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1 Yannick Rumpala, « Entre imaginaire écotechnique et orientations utopiques. La science-fiction comme espace et modalité de reconstruction utopique du devenir planétaire », Quaderni , n o 92, 2016, p. 113.
2 Carrie Lynn Evans, Women of the Future : Gender, Technology, and Cyborgs in Frank Herbert’s Dune, Mémoire de maîtrise en littératures d’expression anglaise, Université Laval, 2016, p. 82. Citation originale : « Science fiction has always been a medium well suited to testing ideas and exploring concerns about contemporary technoscientific developments ». Sauf indication contraire, toutes les traductions sont des traductions libres.
3 Charli Carpenter, « Rethinking the Political/-Science-/Fiction Nexus : Global Policy Making and the Campaign to Stop Killer Robots », Perspectives on Politics , vol. 14, n o 1, 2016, p. 55.
4 Isabelle Lacroix et Karine Prémont (dir.), D’Asimov à Star Wars. Représentations politiques dans la science-fiction , Québec, Presses de l’Université du Québec, 2016.
5 Jean-Pierre Béland et George-A. Legault (dir.), Asimov et l’acceptabilité des robots , Québec, Presses de l’Université Laval, 2012.
6 Jutta Weldes, To Seek Out New Worlds. Exploring Links between Science Fiction and World Politics , New York, Palgrave MacMillan, 2003, p. 12.
7 Michael Allen et Justin S. Vaugh, Poli Sci Fi. An Introduction to Political Science through Science Fiction , New York, Routledge, 2016, p. 3.
8 Harald Köppin Athanasopoulos, « Where No Human Has Gone Before : Representation of Europe (an integration) in Science Fiction », Space Policy , n o 41, 2017. Priya Dixit, « Relating to Difference : Aliens and Alienness in Doctor Who and International relations », International Studies Perspectives , n o 13, 2012. Weldes, To Seek Out New Worlds. Exploring Links between Science Fiction and World Politics . Patrick Thaddeus Jackson et Daniel Nexon, « Representation is Futile ? American Anti-Collectivism and the Borg », dans J. Weldes (dir.), To Seek Out New Worlds. Exploring Links between Science Fiction and World Politics , New York, Palgrave MacMillan, 2003. Paul Barton-Kriese, « Exploring Divergent Realities : Using Science-Fiction to Teach Introductory Political Science », Extrapolation , vol. 34, n o 3, 1993.
9 Lisa Rivera, « Future Histories and Cyborg Labor : Reading Borderlands Science Fiction after NAFTA », Science Fiction Studies , vol. 39, n o 3, 2012, p. 432. Citation originale : « mapping of possible alternatives ».
10 Soit Dune (1965), Le Messie de Dune (1965), Les Enfants de Dune (1976), L’Empereur-Dieu de Dune (1981), Les Hérétiques de Dune (1984), La Maison des Mères (1986).
11 Soit Dune la genèse : La Guerre des machines (2002), Le Jihad Butlérien (2002), La Bataille de Corrin (2004) ; Dune les origines : La Communauté des Sœurs (2012) ; Avant Dune : La Maison des Atréides (1999), La Maison Harkonnen (2000), La Maison Corrino (2001) ; Après Dune : Les Chasseurs de Dune (2006), Le Triomphe de Dune (2007) ; Légendes de Dune : Paul le prophète (2008), Le Souffle de Dune (2009), La Route de Dune (2005).
12 Ajoutons à cet univers qu’en 2013, un documentaire sur un non-film fut diffusé. Jodorowsky’s Dune , réalisé par Franck Pavich, porte sur le projet avorté de mise à l’écran du roman Dune dans les années 1970. Ce film devait mettre en scène, notamment, Orson Welles, Mick Jagger et Salvador Dalí.
13 Susan L. Schwartz, « A Teaching Review of Dune : Religion is the Spice of Life », Implicit Religion , vol. 17, n o 4, 2014, p. 533-533. Citation originale : « The world of Dune is 20,000 years in the future, and is made up of a feudal system of ruling Houses who control all aspects of life on the planets they rule ».
14 Ibid ., p. 535. Citation originale : « What does it mean to be human ? In Dune , the answer is clearly given : it is the ability to use reason and intellect in order to transcend instinct ».
15 Rumpala, « Entre imaginaire écotechnique et orientations utopiques. La science-fiction comme espace et modalité de reconstruction utopique du devenir planétaire », p. 105.
16 Athanasopoulos, « Where No Human Has Gone Before : Representation of Europe (an integration) in Science Fiction », p. 60. Citation originale : « Frank Herbert’s Dune for example can be seen as a critique of humanity’s increasing dependency on petroleum oil for the purposes of energy production ».
17 Julia List, « “Call me a Protestant” : Liberal Christianity, Individualism, and the Messiah in “Stranger in a Strange Land”, “Dune”, and “Lord of Light” », Science Fiction Studies , vol. 36, n o 1, 2009, p. 22.
18 Mulcahy, Kevin, « The Prince on Arrakis : Frank Herbert’s Dialogue with Machiavelli », Annexe 3.1, Le Bene Gesserit comme ordre religieux typique, vol. 37, n o 1, 1996, p. 22. Citation originale : « Herbert uses the commonplace science fiction trope of a galactic empire as the means to a serious analysis of some of the central questions of political theory : What is the legitimate purpose of government ? What is the proper relationship between rulers and those they govern ? What is the relationship between the means to power and the ends of power ? »
19 Ibid ., p. 22.
20 Gemma Field, « Dune Rehabilitation in Progress », Journal of Literary Studies , vol. 34, n o 3, 2018, p. 125. Citation originale : « Dune makes the dangers of techno-utopianism quite clear, as Paul struggles to control the spice and flow of imperial politics ».
21 Frank Herbert, Dune , Paris, Robert Laffont, 1965, p. 24.
CHAPITRE 1 /
De Dune à Daech
Le glossaire inspirant et inspiré de l’univers de Frank Herbert
Sami Aoun , Université de Sherbrooke

1 / La richesse de l’œuvre
Les œuvres de science-fiction qui ont comme objectif de créer un univers inconnu vont généralement l’enrober d’un vocabulaire riche et exotique pour bien marquer la différence avec le monde réel. Si certains auteurs misent d’abord et avant tout sur des sonorités alimentant l’imaginaire (George Lucas disait s’inspirer du verbiage de ses jeunes enfants pour les noms et les langages des différentes sociétés extraterrestres), Frank Herbert semble s’être nourri à la fois de son imagination et de son érudition pour enrichir l’univers de Dune . À dire vrai, la fascination à l’égard du roman Dune 1 s’explique par le style brillant et attachant de son auteur, mais surtout par son usage de points d’ancrage qui interpellent ses lecteurs, et qui sont reliés, par des éléments factuels et idéels, à l’actualité du quotidien culturel et politique sur la scène-monde.
Dans Dune – roman culte classique et intemporel de science-fiction –, Herbert traite des liens inextricables entre la lutte pour la survie de l’humain (le Surhomme) dans un milieu aride, surtout désertique, et l’intervention de divinités dans la destinée humaine. Ces thématiques persistantes sont toujours au cœur des débats actuels sur l’absurdité de la violence en général, et de celle qui est religieuse en particulier, ou sur son apologie. Il en va de même de l’instrumentalisation idéologique du religieux et de ses textes sacrés dans les luttes du pouvoir et de la domination, dans l’absolutisme religieux, la tyrannie, etc., ou encore de cette demande omniprésente pour l’idéal de la liberté, toujours non atteint, au moins à un niveau satisfaisant quand on pense aux espoirs envolés du Printemps arabe, aux conflits sectaires, aux attentats-suicides…
Cette approche fait de Dune une exploration forte et presque illimitée des sens multiples et des formes ambivalentes inextricables des relations entre la religion et la politique. Ce roman offre aussi des sauts impressionnants dans le génie scientifique (dès les années 1950, les plans d’un avion supersonique – le Concorde – avaient été révélés), alors qu’aujourd’hui, les découvertes éblouissantes de l’intelligence artificielle ne cessent de se réaliser et d’impressionner. On y traite même de la centralité de l’Homme (le Surhomme, la sélection génétique) au détriment de la Machine (l’intelligence artificielle, les drones, les voyages interplanétaires), sujet qui nous renvoie à nos préoccupations actuelles, telle celle de faire voyager des passagers partout sur la planète en moins de 3 heures – un vol reliant New York à Londres pourrait bientôt prendre seulement 120 minutes plutôt que 7 heures 2 . Même la hantise de la dégradation de l’environnement (citons le débat autour de la campagne organisée par la jeune Greta Thunberg) et de la disparition de l’espèce humaine, l’obsession de la mentalité du complot pour comprendre et décrypter les réalités mondiales, les changements abrupts et imprévisibles dans le domaine de la diplomatie, des loyautés et des alliances instables dans des sociétés féodales, tribales, et des régimes impériaux, tout cela se retrouve dans Dune , comme un regard porté vers le devenir humain.
Sans doute Dune est prémonitoire et visionnaire, mais il reste aux prises dans une large mesure avec le lexique et les jugements de la littérature orientaliste de son milieu et de son temps sur les parcours et les particularités de l’espace non occidental. Dans les sensibilités et la terminologie actuelles, il lui serait assurément reproché d’être islamophobe, antisémite, antiarabe ou xénophobe (réduire l’islam au désert et au penchant des peuples du désert à la violence, et le définir comme religion conquérante), ou même de faire l’éloge des barbares qui rajeunissent la civilisation (cette idée déjà profondément et rigoureusement analysée par le fameux historien René Grousset dans son ouvrage L’Empire des steppes , en 1939).
La question incontournable qui se pose à nos yeux se formule ainsi : en quoi les événements politiques, géopolitiques, culturels et sociaux ont-ils influencé l’imaginaire de Dune de Herbert ? Et à quel degré sont-ils représentés dans le glossaire développé par l’auteur pour enrichir cet univers fictif ?
Ce chapitre prend comme point de départ cette observation que le monde fictif et épique de Frank Herbert garde toujours sa résonance et son attractivité en 2020. Ses points d’ancrage restent fréquents, voire omniprésents, dans les propos et les visées des mouvances religieuses messianiques actuelles (les mahdistes chez les chiites, les étendards noirs khorasanistes chez les sunnites, etc.) et dans l’espace musulman, surtout au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Cela est aussi vrai dans des récits millénaristes du monde chrétien développés au Moyen Âge et qui résonnent dans cette œuvre et dans notre monde actuel. En bref, la prétention de cette relecture de Dune à partir de son glossaire reste éclairante et même inspirante pour saisir les mutations, parfois inattendues ou imprévisibles, de l’actualité mondiale, et les relations de conflictualité entre les civilisations, de même que les tiraillements et les entrechoquements de leurs composantes en leur sein.
Dans le cadre de ce chapitre, nous abordons d’abord les inspirations de Frank Herbert qui trouvent une résonance dans l’univers de Dune . L’érudition de l’auteur se perçoit dans ses références scientifiques et culturelles d’abord, mais aussi dans le contexte sociopolitique qui l’influence et l’alimente. Ensuite, dans la seconde partie, nous mettons en relief le glossaire de Herbert comme des illustrations parlantes des emprunts et des concepts, aux sens multiples et ambivalents, des mots et des notions des langues et dialectes arabes, caucasiens, tamazight, touaregs ou berbères.
2 / Les inspirations intellectuelles
Les sources d’inspiration du génie de l’auteur de Dune sont innombrables, mais nous avons choisi de faire ressortir la parenté de certaines d’entre elles avec l’œuvre. Il s’agit là, pour nous, d’une illustration de la force des œuvres de science-fiction pour refléter les enjeux contemporains des artisans de ce genre. Nous aborderons dans un premier temps les influences de l’environnement scientifique et culturel de Frank Herbert, avant de nous pencher sur son contexte sociopolitique.
2.1 / Les sources du savoir de Frank Herbert
Carl Gustav Jung (1875-1961) a été une inspiration magistrale de Frank Herbert, qui, en 1952, se dirige vers la psychanalyse jungienne, puis devient analyste praticien pendant deux ans. La pensée jungienne se base sur le fait qu’il y a un lien entre la structure de la psyché (ou « âme » dans le vocabulaire jungien) et ses productions et manifestations culturelles. Herbert est fasciné par cette psychologie des profondeurs et par l’exploration de l’inconscient collectif dans les écrits de Jung, et par la centralité des mythes, des légendes, de la religion et de la mystique dans ses approches psychanalytiques thérapeutiques.
Cet emprunt central de Jung dans Dune se retrouve en particulier dans la Mémoire Seconde dont est dotée la Révérende Mère, qui est apte à communiquer avec ses lointaines ancêtres féminines et peut ainsi leur demander conseil 3 . Paul Atréides (Kwisatz Haderach) avait aussi ce privilège 4 . Mentionnons qu’en raison de son initiation psychiatrique, Frank Herbert a puisé des concepts utilisés par Jung dans son approche de l’inconscient collectif, notamment celui de l’archétype, que Jung postule comme un processus qui renferme les modèles de base façonnant l’imaginaire de l’individu et les représentations de l’expérience humaine à travers les époques. Cet archétype se manifeste dans les mythes (d’où ce recours massif à la mythologie grecque chez Jung), les visions et les rêves. À la manière de Jung, Frank Herbert rend ses personnages représentatifs des « archétypes trans-personnels », ayant des qualités émanant de leur culture, et des « archétypes personnels » propres aux individus (par exemple la tendance masculine Animus et féminine Anima ) 5 .
Frank Herbert a été un ami proche d’Alan Wilson Watts (1915-1973) et il a été influencé par cet écrivain et conférencier anglo-américain autodidacte, auteur de 25 livres et de nombreux articles sur la spiritualité, les religions et philosophies d’Orient et d’Occident, surtout sur le bouddhisme zen, le taoïsme, le christianisme et l’hindouisme. Chroniqueur de radio et de télévision réputé en Californie, Watts se faisait l’apôtre d’un certain changement des mentalités quant à la société, la nature, les styles de vie et l’esthétique, et il est considéré comme l’un des pères de la contre-culture aux États-Unis. Son influence passait par les valeurs du bouddhisme, principalement le zen, et il s’était initié aux deux pôles de la paix : celui de la paix intérieure individuelle, qu’il découvrit par ses premières expériences du bouddhisme et du taoïsme de la contemplation chan (zen) ; mais surtout celui de la paix entre les peuples, les cultures et les nations, et c’est là qu’apparaît chez lui le phénomène de « jeteur de ponts » entre l’Orient et l’Occident. La référence aux origines des Fremen, un groupe religieux connu sous le nom de Zensunni Wanderers , a vraisemblablement été influencée par le bouddhisme zen de Watts, de même que l’intérêt de Herbert envers la culture orientale a pu créer ce « pont de Watts » entre l’Occident et l’Orient. Cela se reflète dans Dune dans cette alliance souhaitée entre les Atréides (peuple noble de descendance grecque) et les Fremen (peuple apparenté aux nomades Zensunni).
Encore, Frank Herbert était un initié des écrits de science-fiction de John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973), écrivain, poète, philologue, essayiste et professeur d’université. Son grand succès est dû principalement à ses deux romans, Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux . Le Seigneur des anneaux est considéré par certains comme la naissance d’un nouveau genre, celui de la « fantasy moderne », dont Tolkien devient le père ou l’un des pères. Son œuvre a eu une influence majeure sur les auteurs ultérieurs de ce genre, comme Frank Herbert. Cela peut être vu par exemple dans le fait que les deux livres, Le Seigneur des anneaux et Dune , sont largement inspirés par les termes et les langues inventés, tout en utilisant des références suffisamment explicites pour que le lecteur attentif puisse y retrouver une parenté.
L’invention du langage est un élément vital de ce que Tolkien a appelé la sous-création d’un monde. Tolkien et Herbert ont tous deux consacré beaucoup d’efforts à la construction de vocabulaires particuliers. Toutefois, sur le plan religieux, les positions respectives des livres à l’égard de la religion sont très différentes. Tolkien était dans la vie réelle un catholique dévoué. Son intention était de minimiser la présence de religions fictives dans Le Seigneur des anneaux , en s’appuyant sur l’esprit général du travail pour véhiculer une sensibilité teintée de catholicisme traditionaliste. La trilogie a apparemment lieu dans le passé lointain de notre propre Terre. Par conséquent, le christianisme historique n’y est pas présent. Herbert, qui a plutôt une tendance à l’agnosticisme, fait référence aux religions du « monde réel » dans Dune , bien que la plupart d’entre elles se soient métamorphosées au cours des millénaires en de nouvelles croyances syncrétiques hybrides. Il utilise des termes tels que la Bible Catholique Orange , Zensunni et Bindu sous l’influence du catholicisme, de l’islam et du bouddhisme.
Plusieurs commentateurs ont aussi remarqué l’influence majeure de Lesley Blanch (1904-2007), auteure de l’ouvrage Les sabres du paradis ( The Sabres of Paradise : Conquest and Vengeance in the Caucasus , 1960), sur le roman Dune , notamment sur le plan du langage. Bien que la source d’inspiration essentielle de Herbert ait été les sociétés et les cultures du Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et les traditions islamiques dans le Caucase, particulièrement la branche doctrinale sunnite, l’influence de Lesley Blanch est décisive, notamment sur ces aspects. Le « Chakobsa », une langue de chasse du Caucase, devient la langue d’une diaspora galactique dans l’univers de Herbert. De même, Herbert utilise des mots comme Kanly (d’origine caucasienne et désignant une « querelle de sang ») pour évoquer la vengeance dans le monde de Dune . Le kindjal , l’arme à double tranchant (ou le khandjali russe, le dragger ou le poignard arabe khanjar ), aussi arme personnelle des guerriers russes et caucasiens, est privilégié dans la liste des armes chez Herbert. Finalement, Paul Atréides est adopté par une tribu du désert qui pratique des rituels présentant de fortes ressemblances avec la culture du Caucase, incluant celle des populations musulmanes. Paul Atréides devait s’engager dans le duel, connu par son appellation arabe, le Tahaddi (le défi), entre deux Fremen, duel qui est réclamé par les hommes comme par les femmes ; c’est un défi à mort, sans possibilité de s’y soustraire. Aussi, les Fremen portent les couleurs islamiques, le noir et le vert (tels les combattants musulmans de Shamyl contre les armées russes). Paul Atréides lui-même a été mis au défi de se hisser sur le Shai-Hulud, ce ver des sables, et de le chevaucher, ce qui est une évocation du rituel, populaire dans le Caucase et ailleurs, de la course périlleuse des chameaux et des chamelles 6 .
Frank Herbert ne s’interdit pas d’alterner les cadres réels et imaginés, à l’instar de l’écrivaine américaine de science-fiction et de fantasy Ursula K. Le Guin (1929-2018). Cette dernière a surtout été connue à partir des années 1960 pour ses nouvelles et ses romans de fantasy et de science-fiction, dans lesquels elle se distingue par son exploration des thèmes anarchistes, taoïstes, féministes, ethnologiques, psychologiques et sociologiques. Elle a remporté plusieurs prix aux États-Unis et en France. Sa science-fiction n’est pas tournée vers la technique ; elle y accorde plutôt une grande place aux sciences sociales comme la sociologie ou l’anthropologie, ce qui fait que ses œuvres livrent souvent un message sur notre époque par l’entremise des cultures extraterrestres inhabituelles qu’elle invente. Et c’est là son innovation, car la plupart des écrivains de science-fiction ne s’intéressaient pas au cadre réel et social. Son influence sur ce genre nous rappelle Dune de Frank Herbert, où l’auteur fait référence à plusieurs événements de son époque (par exemple, la Guerre froide, la montée de l’islamisme au Moyen-Orient, la question des armes nucléaires) en les transposant dans un cadre autre que terrestre et en représentant un devenir humain marqué par ces changements sociaux déterminants.
2.2 / Les sources d’inspiration filmographiques de Dune
Pendant l’écriture de Dune , le film d’aventures historiques Lawrence of Arabia , réalisé par David Lean en 1962, est un grand succès mondial. Il est inspiré de la vie de Thomas Edward Lawrence, surnommé « Lawrence d’Arabie », dont le rôle est interprété par Peter O’Toole. Lawrence d’Arabie était un officier de liaison britannique durant la Grande révolte arabe de 1916-1918 et un écrivain. Frank Herbert était lui aussi journaliste depuis 1939, notamment durant la Seconde Guerre mondiale, et il a été influencé par les faits militaires et les événements politiques qu’il avait couverts, comme la guerre du Désert de 1940 à 1943, qui s’était étendue dans les régions sahariennes, de la Lybie, de la Tunisie, de l’Afrique du Nord et de l’Égypte. Il avait connu la grande bataille de El Alamein, et d’autres mettant face à face le général britannique Montgomery (1887-1976) et le renard du désert, le général allemand Rommel (1891-1944).
De retour au livre Dune : il semble que le contexte de l’histoire, qui se situe dans le désert et qui met en scène les rivalités entre les Grandes Maisons, rappelle cette révolution arabe connue par Lawrence d’Arabie et rendue très populaire par ce film de David Lean basé sur l’art guerrier dans le désert. De même, l’histoire personnelle de Paul Atréides, le personnage principal du premier tome de Dune , peut être inspirée de personnages clés de l’époque de Lawrence d’Arabie, comme le chérif de la Mecque Hussein ben Ali (1853-1931), ses fils Abdallah (roi du Royaume jordanien, de 1921 à 1951) et Fayçal (roi du royaume irakien en 1921 et mort en 1933). Des intrigues de cette période sont notamment reflétées dans Dune au travers de Paul, avec des relations de pouvoir politique, des histoires de trahisons et de coups de palais, des assassinats et des expulsions du pouvoir. On peut aussi y voir les influences du déroulement des guerres durant lesquelles les stratèges et les généraux des forces de l’Axe et ceux des Alliés se sont livré des batailles d’une férocité inédite dans le désert et ont scellé des alliances et des contre-alliances avec les dirigeants et des chefs des peuples du Maghreb et de l’Égypte.
2.3 / Des publications de science-fiction inspirantes pour Dune
Depuis sa jeunesse, Frank Herbert a été nourri par une série de publications de science-fiction à grand tirage aux États-Unis. Des éléments inspirés de ces publications ou d’autres semblables réapparaîtront dans Dune .
Edgar Rice Burroughs (1875-1950) a devancé Frank Herbert avec son fameux roman Tarzan , mais surtout avec ses romans de science-fiction de type planet opera , Under the Moons of Mars (1912, ou le Cycle de Mars ; le premier tome de la série, Les conquérants de Mars , a été traduit en français en 1937). À titre comparatif, Tarzan, fils de famille aristocratique blanche représentant la domination coloniale, devient le héros humain aux capacités athlétiques imposantes, venu de l’extérieur et élevé par une tribu imaginée de singes, qui s’impose maître et sauveur de leur monde. Les Fremen eux s’attendent à l’arrivée de leur sauveur et guide, le Mahdi (terme arabe messianique et islamique), qui vient de l’étranger pour les protéger et leur rendre justice. Justement, dans Dune , Paul Atréides aura la vocation du Jihad pour sauver Arrakis des barbares et fonder une nouvelle religion 7 .
Les histoires d’amour dans Dune entre des partenaires de différentes ethnies et classes sociales surtout entre des chefs tribaux (arabes ou autres) et des femmes blanches ou caucasiennes avaient été largement popularisées par le roman Le Cheik ( The Sheik 8 ) de l’écrivaine britannique Edith Maude Hull (1880-1947). Paru en 1919 au Royaume-Uni, ce roman avait obtenu un énorme succès et il est reconnu comme l’un des précurseurs du roman d’amour populaire moderne entre un chef tribal arabe et une femme anglaise appartenant à la puissance dominante durant les intervenions anglaises dans les déserts du Golfe, alors que les Anglais étaient en quête du pétrole et se battaient contre l’Empire ottoman, allié de la puissance allemande. Le roman avait fait l’objet d’une adaptation cinématographique deux ans plus tard avec Rudolph Valentino dans le rôle-titre. Le Cheikh y apparaissait comme le modèle des personnages vivant dans les régions arides de Dune . L’amour de Paul Atréides pour Chani et celui du Duc Leto pour Dame Jessica reflète plus ou moins ce prototype 9 .
La construction de l’imaginaire de Frank Herbert sur l’Orient se nourrit des récits des luttes pour le pouvoir, du despotisme et des injustices, du fossé entre riches et pauvres et de la romance telle que montrée dans le fameux film britannique Le voleur de Bagdad ( The Thief of Bagdad ), réalisé par Ludwig Berger, Michael Powell et Tim Whelan et sorti en 1940 (avaient en outre participé à la réalisation du film, sans être crédités au générique, Alexander Korda, Zoltan Korda et William Cameron Menzie).
Aussi utile pour son montage des lieux des intrigues de Dune , le film Sahara (1943) de Zoltan Korda offre à l’imaginaire de Herbert une suggestion de grande importance : le théâtre de l’Afrique du Nord de 1942. Pensons à la fameuse bataille de Tobrouk, tombée aux mains des Allemands, pendant laquelle un char américain retardé par une panne se retrouve isolé. Cherchant à rejoindre ses lignes, il recueille un petit groupe d’Anglais et un Soudanais qui a fait un prisonnier italien.
Frank Herbert trouve dans la figure de Genghis Khan des éléments caractériels de ses propres personnages avides de pouvoir : la ruse, l’éloge de la force et de la guerre. Déjà, les films Le conquérant ( The Conqueror ) en 1956 et The Princess of Samarkand (ou The Golden Horde ) en 1951, qui relatent les batailles entre les croisés qui veulent sauver la princesse de Samarkand (Shalimar) et les cavaliers de Genghis Khan, restent de riches sources d’inspiration pour les différentes astuces politiques et militaires et l’image du dynaste et du combattant dans les différents écrits de Herbert, et surtout dans Dune .
Quant au thème de la rareté de l’eau sur cette planète imaginaire qu’est Arrakis, Herbert utilise et manipule différentes modalités et techniques du recyclage de l’eau, de sa distillation et de sa conservation. Dans La bataille de l’eau lourde , film franco-norvégien réalisé par Jean Dréville et sorti en 1948, la hantise de Frank Herbert pour la distillation de l’eau trouvait son écho 10 . L’histoire relate une mission de sabotage en 1943 contre l’usine qui distillait l’eau lourde pour l’Allemagne nazie en Norvège occupée pendant la Seconde Guerre mondiale.
Encore avec une insistance remarquable, la guerre occupe dans Dune une grande place, entre autres dans les rapports entre les clans féodaux et les Maisons régnantes. Suscitant intérêt et émoi, Dune décrit dans plusieurs passages les armes d’usage (les faisceaux laser), l’intensification de leur efficacité destructrice (les Allemands ont commencé à utiliser des gaz toxiques en 1915), les missions de commandos, renforcées par la cinquième colonne qui a aidé les Harkonnen (encore la ruse du type de la guerre de Troie), la guérilla (forme actuelle des guerres asymétriques), les politiques hégémoniques, les luttes fratricides et les rébellions 11 . En lien avec tout cela, la mémoire créative de Frank Herbert est nourrie par plusieurs productions cinématographiques de son temps, comme le film anglo-américain Les canons de Navarone ( The Guns of Navarone ), sorti en 1961 et inspiré du roman de l’écrivain écossais Alistair MacLean publié en 1957.
Un autre film similaire et inspirant pour Herbert est Dunkerque ( Dunkirk ), film américano-britannique réalisé par Leslie Norman et sorti en 1958, qui reproduit la bataille de l’encerclement des troupes britanniques et françaises par l’armée allemande en 1940.
Frank Herbert a articulé sa conception de la guerre en mélangeant les ruses des anciens conflits avec l’imagination de ceux de l’avenir. Soit les belligérants font la guerre pour défendre le trône, soit elle se déroule entre les Maisons régnantes pour limiter les ambitions hégémoniques d’une d’entre elles 12 . Les déroulements de la guerre se font dans l’espace et sur les territoires. Dans Dune , l’objectif de la guerre est de sauvegarder l’équilibre des pouvoirs, à l’instar de celui de la dissuasion nucléaire, sans aboutir à l’extermination de l’adversaire. Les combats dans Dune sont de type homérique et leur code moral ressemble au bushido (le code moral du bouddhisme des samouraïs).
2.4 / Le contexte sociopolitique
2.4.1 / Le fait religieux
Un des éléments de l’œuvre de Dune qui a entraîné de nombreuses questions et controverses est la Bible Orange . Cela s’explique par le fait qu’elle combine dans cet univers fictif un Jihad Butlérien, une Bible et des éléments éclectiques des dogmes et croyances du catholicisme et du protestantisme. La visée de ce mélange est fantasmagorique en quelque sorte, car, pour Herbert, cette Bible Orange doit refléter une réconciliation religieuse et un syncrétisme. En effet, quelques événements peuvent justifier le choix de Herbert en matière de religion. À mentionner que l’ambition de fonder une Maison impériale et même une nouvelle religion fait partie de la trame de Dune et de la vision projetée par Paul Atréides. Frank Herbert est un témoin de son temps, qui lui inspire des éléments de son génie littéraire. Ce qui suit est une tentative de reconstruction du réel vécu par l’auteur de Dune .
Le pèlerinage du pape Paul VI en Terre sainte, du 4 au 6 janvier 1964, a été un de ces événements. C’est la première fois, depuis celui du pape Pie VII (1742-1823), que le souverain pontife quitte l’Italie pour participer à un pèlerinage à l’étranger. Cela va dans le sens de l’union que Herbert veut illustrer : le symbole que le pape représente avec celui de la Terre sainte ( terra santa ), hautement significative pour les traditions abrahamiques et habitée majoritairement par des musulmans, sous tutelle du Royaume hachémite jordanien fondé par les descendants du Prophète de l’islam après leur expulsion des Villes saintes, La Mecque et Médine, dans les années 1930. De même, l’usage du concept du Djihad, sous l’appellation de Jihad Butlérien , qui a pour but de combattre certaines technologies menaçantes pour l’humain (les Machines Pensantes), peut être lié à la montée de la mouvance militante islamiste qui tient à rejeter la modernité morale et scientifique-technologique perçue comme occidentale, antireligieuse, étrangère et inamicale. À noter que Paul Atréides suit un parcours ressemblant à celui du prophète de l’islam, forcé d’émigrer de sa ville natale La Mecque et cherchant refuge dans une autre Médine où ses fidèles l’aident à fonder son Empire et à faire triompher sa vocation. À noter que Frank Herbert, converti au zen, a tenté de les intégrer dans le Zensunni.
Précisons aussi que du temps de Herbert, la culture religieuse aux États-Unis a été marquée par la montée de la religion islamique dans les milieux afro-américains, entre autres avec Malcolm X, qui a été une grande influence pour Herbert. Malcolm Little, connu sous le nom de Malcolm X, avait connu une enfance difficile, surtout avec la mort de son père qui, selon lui, avait été tué par des militants proches de l’organisation supra-raciste blanche du Ku Klux Klan. Il a été emprisonné en 1946 pour des faits de délinquance, et c’est durant son emprisonnement qu’il a découvert la Nation of Islam, une organisation politico-religieuse prônant un nationalisme islamiste afro-américain. Correspondant avec son leader, Elijah Muhammad, Malcolm s’est converti à l’islam. À sa sortie de prison en 1952, Malcolm Little a pris le surnom de Malcolm X et est devenu un activiste de l’organisation Nation of Islam. Ses qualités d’orateur lui ont procuré un grand succès et il est ainsi devenu le prêcheur de l’organisation. Mais après plusieurs années, il a cessé de s’entendre avec Elijah Muhammad et a quitté l’organisation. Il s’est converti à l’islam sunnite orthodoxe et a fondé sa propre organisation religieuse, The Muslim Mosque. La tension entre Malcolm X et Nation of Islam n’a ensuite cessé de croître. Le 14 février 1965, la maison de Malcolm X a été incendiée, puis il a été assassiné de 18 balles le 21 février 1965, justement l’année de la publication de Dune . Ces turbulences au sein de la communauté afro-musulmane et les conversions ont eu des résonances sur la vision du fait religieux de Herbert et sur sa propre personne.
Frank Herbert suivait avec intérêt la montée de l’islam aux États-Unis, surtout dans la communauté des Afro-Américains, qui avaient des ambitions d’émancipation de l’esclavage, et la formation d’un mouvement islamique noir de contestation des valeurs dominantes et de démantèlement des institutions. Cela permet à ses lecteurs de voir des similarités entre Malcolm X, le converti à l’islam, et Paul Atréides. Ce n’est pas non plus sans rappeler les tensions entre Dame Jessica et la Révérende Mère Gauis Helen Mohiam du Bene Gesserit, qui lui en veut pour son insubordination dans un passé reculé 13 .
Ajoutons à cela qu’en 1959, le premier centre communautaire islamique et la première mosquée ont vu le jour à San Francisco, suivis en 1964, toujours à San Francisco, de la consécration du plus large temple bouddhiste aux États-Unis, la Buddha Universal Church. Dans Dune , le Zenchiite et le Zensunni semblent avoir quelques sources dans le bouddhisme zen, et le Sentier d’Or peut être apparenté au Noble sentier octuple, où le syncrétisme est dominant. D’ailleurs, Herbert était attiré par la vision écologique du zen, surtout depuis que des disciples de Jung s’étaient convertis à cette philosophie. Paul Atréides est soucieux de conserver l’environnement et montre une prise de conscience planétaire pour la protection de la nature, une idée qui est fondamentale dans le zen 14 . On le dénote de plus chez Leto II, qui se présente comme un dictateur zen 15 .
Donc, l’encadrement idéel de Herbert reflète les enjeux religieux des réalités de son temps : un effort de rapprochement, de solidarité, de cohésion et de coexistence qui est contrebalancé par le repli identitaire, l’exclusivisme, le fanatisme et le radicalisme. Cela contribue à la grande richesse de l’œuvre et, assurément, à sa grande complexité.
2.4.2 / Le fait culturel
La vie culturelle à San Francisco a aussi été une influence marquante pour Herbert. Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, San Francisco a accéléré sa transformation en un pôle cosmopolite et urbain de cultures où apparaissent des modes de vie alternatifs, comme le mouvement littéraire et artistique d’après-guerre dans les années 1950. À titre d’illustration, mentionnons la Beat Generation, l’effervescence poétique de la Renaissance de San Francisco, la contre-culture hippie des années 1960, la libération sexuelle au début des années 1970, les droits civiques homosexuels. San Francisco s’est vue appelée en 1964 la « capitale homosexuelle d’Amérique ».
L’Épice gériatrique, ou Mélange, existant dans l’univers de Dune peut aussi être associée à certains phénomènes sociaux des années 1960. En effet, l’Épice est une sorte de drogue qui prolonge la vie, renforce les défenses immunitaires et permet les voyages interstellaires. Avant son utilisation, les voyages spatiaux étaient très longs et dangereux. Cette Épice, toujours désignée dans le roman avec une lettre majuscule pour souligner son importance, n’est pas sans rappeler la mouvance de la contre-culture dans les années 1960 et 1970, surtout celle des hippies, où il y avait une consommation massive de plusieurs drogues, dont le LSD. Albert Hofmann avait découvert le LSD, ou diéthylamide de l’acide lysergique, en 1943, à partir de l’ergot du seigle, un champignon qui se développe sur les épis de seigle. Les effets hallucinogènes de cette drogue peuvent durer des heures, parfois plus de 24 heures. Elle fut d’ailleurs brevetée aux États-Unis en 1948.
En 1964, la Society of Individual Rights (SIR – Société des droits de l’individu) est formée. De même, San Francisco devient de plus en plus marquée par la pluralité ethnique et religieuse, et surtout, elle abrite des communautés asiatiques de poids : sa communauté chinoise est l’une des plus importantes d’Amérique du Nord, avec le deuxième Chinatown le plus peuplé des États-Unis derrière celui de New York. Cette présence asiatique implique des célébrations comme le Nouvel An chinois, ou, par exemple, la présence de musées d’art asiatique. À noter que c’est en 1963 qu’a été fondée la Chinese Historical Society of America (CHSA), la plus ancienne organisation dédiée à la documentation de l’histoire sino-américaine.
2.4.3 / Le fait politique
À la veille de la parution de Dune , la société américaine était secouée par la violence politique, ce qui a eu des échos dans la vision de Frank Herbert du jeu politique et des relations humaines. Quelques conflits nous apparaissent plus marquants à cet égard.
Un des événements qui a fortement bouleversé l’Amérique est l’assassinat, le 22 novembre 1963 à Dallas (Texas), du président charismatique John F. Kennedy, qui s’était distingué par sa gestion de la crise des missiles de Cuba en 1962 et par sa confrontation diplomatique ferme avec les dirigeants de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) à la même époque. Ces événements géopolitiques ont été très influents sur l’imaginaire de Dune . La crise des missiles de Cuba a mis l’équilibre nucléaire à haut risque. Cette crise a commencé le 15 octobre 1962, au moment le plus fort de la course aux armements pendant la Guerre froide, lorsqu’un avion-espion américain a pris des photos des missiles balistiques appartenant à l’URSS en pleine installation à Cuba. On a évalué que ces missiles, conçus pour lancer des têtes nucléaires, étaient capables de toucher n’importe quelle cible de l’Amérique du Nord, et surtout les États-Unis. John F. Kennedy a alors décidé de mettre en place un embargo naval sur Cuba par l’intermédiaire d’un message télédiffusé dans lequel il menaçait l’URSS de prendre des mesures additionnelles si les bases n’étaient pas démantelées. Le conflit a pris fin au bout de 13 jours, après des pourparlers entre les deux pays et au travers des Nations unies. Le 28 octobre, le premier ministre soviétique Nikita Khrouchtchev a accepté de retirer les missiles soviétiques en échange d’une promesse des États-Unis selon laquelle ils n’envahiraient pas Cuba.
Toujours dans le contexte de la Guerre froide, deux États rivaux s’affrontaient au Vietnam (1963-1975) : le Nord-Vietnam se campait comme prosoviétique et le Sud-Vietnam, dans l’axe pro-occidental. Toutefois, le Sud-Vietnam était dévasté par une rébellion communiste activement soutenue par le Nord, ce qui allait déboucher sur une nouvelle guerre dans laquelle s’impliqueraient les deux grandes puissances qu’étaient l’URSS et les États-Unis. Une série d’événements internes (protestation de moines bouddhistes qui se sont immolés, chute de Diem, incident du golfe du Tonkin en août 1964 – bien que ce dernier reste problématique quant à sa réalité et ses faits) a été la cause de la décision du président américain Lyndon Johnson, à la suite de l’obtention par le Congrès des pleins pouvoirs en matière d’engagement militaire, de lancer le 4 août 1964 les premiers raids contre des positions communistes au Sud et au Nord-Vietnam.
Une des spécificités des écrits de Herbert est l’intérêt de l’auteur pour les questions de technologies militaires, qui défilent dans les nombreuses scènes de guerre. Frank Herbert procure à ses personnages différents types d’armements : des armes connues depuis un passé reculé telles que les armes blanches, ou des armes plus nouvelles d’une très haute technicité comme les bombes atomiques (l’eau lourde). Il présente l’utilisation de ces dernières comme étant fortement réglementée par la loi et la coutume. Elles sont ainsi encadrées, car elles sont dangereuses, puisqu’elles assurent une destruction mutuelle ou « destruction mutuelle assurée » (DMA). Ce dernier type d’armement nous rappelle sans doute les armes nucléaires qui, à l’époque de Herbert, ont joué un rôle crucial dans la Guerre froide. C’est ainsi que le contexte de la Guerre froide (crise des missiles de Cuba et guerre du Vietnam) est reflété dans Dune par l’armement et le potentiel de destruction mutuelle, qui ne sont pas sans rappeler le concept de l’« équilibre de la terreur », réfléchi par le fameux penseur Raymond Aron.
Au Moyen-Orient, à la même époque, le conflit entre Arabes et Israéliens était exacerbé. En 1967, le monde a assisté à la guerre des Six Jours, qui a eu pour conséquence l’occupation par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Une résistance s’est organisée par l’entremise de la création de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) le 28 mai 1964 et, surtout, à la faveur du premier sommet arabe au Caire du 13 au 17 janvier 1964 organisé par Nasser, le raïs égyptien charismatique qui était à l’apogée de sa gloire comme dirigeant panarabiste. À ce moment, les médias occidentaux et pro-israéliens dépeignaient Nasser comme le Hitler arabe.
Ces événements qui se déroulaient sur la scène mondiale, surtout au Moyen-Orient, et qui étaient à la une des médias américains et occidentaux ont inspiré la description du conflit et les difficultés de cohabitation entre les Atréides et les Harkonnen. Ces difficultés se rapprochent également des luttes ensanglantées et même des massacres génocidaires (arméniens, syriaques, etc.) qui ont eu lieu à la veille de l’effondrement de l’Empire ottoman entre ses différentes ethnies et confessions (les Grandes Maisons dans Dune ), tout comme l’émergence des États-nations du Moyen-Orient entre les deux guerres mondiales lors des interventions des puissances européennes (les fiefs Arrakis et Geidi Prime dans Dune ). Encore, on y retrouve ces affrontements au sein d’un même empire entre les différents gouverneurs et dynastes, comme ce qui se fait entre le Baron Vladimir Harkonnen et Leto Atréides.
Toujours pendant la même période, Frank Herbert a suivi la montée en force du dirigeant irakien Saddam Hussein (1937-2006), qui a planifié en 1959 un attentat manqué à la mitraillette contre le président irakien, le général Abdel Karim Kassem. Ce dernier est finalement mort assassiné en 1961. Hussein a été président de l’Irak de 1979 à 2003, avant de fuir devant l’invasion de l’Irak par les forces américaines et alliées.
Herbert se serait inspiré de Saddam Hussein pour son personnage Shaddam IV dans Dune . Celui-ci est le 81 e Empereur Padishah et son histoire ressemble un peu à celle de Hussein, notamment en matière de complots organisés par les Grandes Maisons de l’Empire, et aussi face à Paul Atréides, qui le renversera lors d’un soulèvement armé. Il connaîtra finalement lui aussi l’exil après l’envahissement de l’ennemi.
3 / Des vocabulaires inspirés
Après avoir discuté de différentes inspirations de Frank Herbert, qui nous semblaient particulièrement visibles dans Dune , nous nous intéressons maintenant au vocabulaire que l’auteur utilise pour développer cet univers en assurant sa cohérence. Nous abordons d’abord des concepts centraux à l’intrigue et, ensuite, nous observons certains noms et représentations des personnages.
3.1 / Quelques concepts Alrrakis : Dérivé du nom arabe du chameau que lui avaient attribué les observateurs arabes, al-Rāqis . , ou « le chameau trotteur » ou « le danseur ». Ce nom est parfois orthographié Arrakis ou Errakis . Probablement que l’appellation de « camel trotting » était courante depuis les photos prises par Eadweard Muybridge (1830-1904). Dans le roman de Herbert, Rakis ou Arrakis désignent, selon les époques, la planète désertique Dune.
Ainsi, les événements de l’histoire de Dune se produisent sur la planète Arrakis, qui est un espace désertique aride immense, un paysage d’une extrême hostilité souffrant de la sécheresse et de la rareté de l’eau. Le Tanzerouft est la partie du désert profond d’Arrakis, espace théâtral de Dune , qui en réalité dérive du nom d’une région du Sahara, « Tanezrouft », dans le sud de l’Algérie. Cette région est rendue fameuse par ses collines de sable élevées (en arabe : al kuthban ).
Dans Dune , Herbert emprunte le terme Erg – –, qui en arabe désigne les types de champs de dunes, sans végétation, couverts par une couche de sable, qui se remoulent à une grande fréquence en forme de vagues, semblables à la mer sous l’effet des vents. D’où l’appellation en anglais Sea . Mais son appellation diffère selon les dialectes. Par exemple, les Touaregs emploient le mot Edeyen , les Libyens Ramla , en Arabie on le nomme Nefoud et en Asie centrale, le Koum . Herbert emploie Erg , qui est le terme mondialement reconnu.
Arrakis souffre d’une précarité due à la rareté de l’eau liquide, ce qui entraîne dans le comportement des habitants la mise en application du rationnement ou d’une « discipline de l’eau ». Le cas du distille, qui est la tenue portée par les Fremen, est symptomatique. Ce vêtement est destiné à recycler l’eau métabolique de la transpiration, de l’urine, des excréments et même de l’haleine de son porteur. Ceci s’apparente à la combinaison spatiale, l’équipement utilisé pour la survie des astronautes, ou au scaphandre, cet habit d’isolation thermique des plongeurs (déjà présents dans les écrits de Jules Verne).
Encore, ce que les Bédouins portent, la burka, que Frank Herbert a empruntée à la lettre Bourka , est ce manteau aux propriétés protectrices des Fremen quand ils ne portent pas le distille. Ou encore, cette cape que Herbert appelle justement, comme les habitants du désert, la jubba et que les Fremen mettent par-dessus le distille. Dans Dune , comme dans la vie des nomades, la jubba peut selon le cas admettre ou rejeter la chaleur, permettre une bonne transpiration et assurer une ventilation. Sa taille et sa résistance lui permettent de se transformer en hamac à accrocher dans les abris 16 .
Les Touaregs, quant à eux, portent traditionnellement un long vêtement, le takakat (en étoffe de coton nommée « bazin »), et un chèche, appelé aussi taguelmoust ( tagelmust en berbère) ou encore turban , qui s’enroule sur la tête pour se protéger du soleil, du vent, de la pluie, du sable et du froid. Lisan al-Gaib : Terme utilisé par Herbert, alors qu’en arabe, il réfère au mot Ghayb . Ce terme désigne tout ce qui est inaccessible, non visible, absent ou dissimulé – « » ( Tafsîr ul-Qurtubî ). Cela peut renvoyer encore à ce qui n’est pas à la portée de l’entendement ou de la raison humaine, qui est plutôt propre ou exclusif à Dieu. Le Jihad Butlérien ( Butlerian Jihad ) : Réfère notamment au Jihad musulman pour décrire la guerre sainte, ou légale, livrée dans l’uni-vers de Dune contre les Machines Pensantes. Cette appellation est due au personnage de Serena Butler, capturée par les Machines Pensantes et exécutée par celles-ci. Sa mémoire, incluse dans la Mémoire Seconde des Révérendes Mères, contribuera grandement à la bataille finale des humains contre lesdites Machines Pensantes. Krys : Poignard traditionnel du guerrier Fremen. Sa lame est forgée dans une dent de ver des sables. L’adolescent Fremen a comme obligation de fabriquer son propre Krys, signe de sa virilité, qui officialise son passage à l’âge adulte. Le Krys reste efficace tant qu’il est porté par son propriétaire. Sinon, bizarrement, il s’effrite en poussière et se dissout à sa mort. L’usage du Krys est encadré par un code d’honneur et il est généralement conservé dans son fourreau. Répondant à une insulte ou engagé dans un duel, le Fremen ne peut plus le ranger sans l’utiliser : le Krys, une fois sorti de son fourreau, doit toucher le sang de l’adversaire. On trouve un écho à tout cela dans les us et les coutumes des Yéminites entourant l’usage du poignard, appelé la janbiya (ou jambiya ou jambia ou djambia ), et chez d’autres peuplades du désert et des montagnes arides.
3.2 / Quelques personnages Le Kwisatz Haderach : Personnage central du roman, son nom désigne le « court chemin ». C’est le personnage que les uns tentent de créer, que les autres cherchent à dominer, et qui est déterminant pour la conduite de l’histoire du premier tome à la conclusion. L’origine du mot est probablement talmudique et kabbalistique, ayant la même signification que celle que Herbert lui donne, soit « contraction du chemin ». Le Kwisatz Haderach décrit la téléportation miraculeuse. Mais cette téléportation peut être aussi présente chez les chiites avec le Mahdi disparu ou occulté, ou avec le voyage nocturne du prophète de l’islam Muhammad de La Mecque à Jérusalem ( israa2 wal me3raj ) pour rencontrer les autres prophètes bibliques et descendre aux enfers accompagnés de l’ange Gabriel (Jibril). Herbert évoque des voyages interstellaires, et cette idée est probablement inspirée par la notion de « Tay Al Ard », qui est le nom de la téléportation thaumaturgique dans la forme mystique de la tradition religieuse et philosophique islamique, surtout chez les soufis. Muad’Dib : Enfant de Leto et Jessica, nommé Paul. Au fil des événements, Paul se voit doté des pouvoirs de prescience, alors il est nommé le « Mahdi » (en islam, « celui que Dieu a élu pour éclairer le vrai chemin du Salut »). Dans le chiisme, le Mahdi al Mountazar est le guide attendu à la fin des temps pour être le Rédempteur. À un moment, Paul Atréides change son prénom pour Paul-Muad’Dib (ou « le tuteur », responsable de la discipline, ou « le prêcheur »). Dans l’espace céleste, Muad’Dib peut renvoyer encore à la Mouzannabat , qui est traduite en français par le mot comète (une étoile avec une ou deux queues), alors que Paul sera surnommé « la souris du désert », étant insaisissable et évoquant la nature furtive des comètes. Sayyadina : Personne qui assume le rôle d’une prêtresse, de son assistante ou d’une acolyte chargée des rites religieux et tribaux dans l’imaginaire de Frank Herbert. Dans Dune , la mère de Paul, Jessica, est désignée Sayyadina au sein de la communauté Fremen qu’elle intègre. Ce mot renvoie au Sayed ou Seigneur (descendant de la famille prophétique ou de la noblesse tribale), qui a encore plusieurs connotations, dont la fonction rituelle. De la culture kabbylie, berbère ou tamazight, Herbert a choisi Sayyadina ou la Kahina , c’est-à-dire le féminin du kahin , du prêtre ou du chef officiant religieux. La Kahina est aussi la reine ( Dhiya ) guerrière des Berbères de la région des Aures qui s’est opposée à l’invasion des Arabes musulmans au VII e siècle, en Afrique du Nord. Alia et Chani : Elles sont respectivement la sœur cadette et la concubine de Paul. Alia, alors qu’elle occupe le pouvoir, porte une coiffe presque identique à celle des femmes amazighes ou des religieuses cloîtrées. Chani porte, à un certain moment, un voile couvrant tel qu’il est utilisé par certaines sociétés islamiques actuellement. Mentionnons les liens avec l’abaya et le niqab, par exemple en Arabie. Fremen : Ils se proclament des Hommes libres ( Free men ) dans Dune . Il s’agirait d’un emprunt au terme des langues berbères amazigh ou « homme libre » : c’est un qualificatif que se donnent les Touaregs, ainsi que d’autres peuples berbères d’Afrique du Nord. Mis au pluriel, Imazighen , ce terme renvoie au « peuple libre ». Il est intéressant de noter que les Fremen utilisent l’expression Ichwan Bedwine , qui décrit leur fraternité (la fratrie nomade ou bédouine) et leurs relations familiales proches. Ichwan (frères) réfère probablement à Ikhwan ou brotherhood en anglais, alors que Bedwine renvoie aux nomades ou membres de la tribu, vu que les Fremen sont un peuple nomade, formant une tribu qui a des codes d’honneur et un système de vie qui lui est propre. Bene Gesserit : Institution regroupant uniquement des femmes et qui exerce une influence politique et religieuse importante tout au long du cycle de Dune . Le terme Bene Gesserit peut représenter une traduction de l’arabe abna’a al Jazira ou Gezira , soit « les habitants du désert » ou plus proprement « les filles ou les fils de la péninsule ou l’île désertique ». L’ordre des Assassins : Dans le premier tome, le personnage associé à l’ordre des assassins est Thuffir Hawat de la Maison des Atréides. Il s’agit aussi d’un nom communément utilisé pour référer à une secte de l’islam aussi connue sous le nom des Ismaéliens Nizârites . L’usage courant du terme assassin a un double sens : les criminels tueurs ou les drogués ( haschischins ). Probablement que ce sont les actes de violence attribués à leur fondateur, Le Vieux de la Montagne, à leur Maître de secte Hassan ibn al Sabbah ou encore leur consommation de la drogue (le Haschich) dans leur fief Alamut qui auront marqué leur réputation. Des historiens occidentaux qui ont étudié les origines de l’ismaélisme leur ont attribué les traits de secte radicale 17 . CHOM : Dans Dune , le Combinat des Honnêtes Ober Marchands (CHOM) est la structure économique unique de l’Imperium, qui représente un vaste marché commun où toutes les Grandes Maisons et les Maisons Mineures viennent échanger les biens et les produits. Il désigne un lieu privilégié de la ville dans le désert ou les villes-carrefours : les souks en arabe ou ameznaz en tamazight . L’organisation du CHOM est assurée à un niveau suprême par le Conseil de direction, composé de l’Empereur et des Grandes Maisons les plus riches. Les Maisons Mineures ont aussi un siège, mais sans voix délibérative.
Concernant le marché même, toutes les Maisons, grandes ou petites, en possèdent des parts, même si elles sont parfois minimes.

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