Octave Mirbeau et la Bretagne
240 pages
Français

Octave Mirbeau et la Bretagne

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240 pages
Français

Description

La matière de Bretagne a réellement offert à Mirbeau une inépuisable réserve de sujets romanesques, de figures inoubliables, de souvenirs pittoresques ou profonds, de décors singuliers. Les fréquents séjours de Mirbeau en cette terre d'élection ont suscité la veine polémique tout autant que la sensibilité poétique de l'écrivain. Le théâtre, la critique d'art, le roman, la chronique, la correspondance en portent les traces. Cette âme volcanique trouve dans les paysages morbihannais ou les côtes d'Audierne une manière de reflet de son théâtre intime.

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Date de parution 22 février 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140074134
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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Exrait

« Mirbeau, mon cher Mirbeau de Bretagne » : c’est ainsi que l’un des proches d’Octave Mirbeau, l’écrivain Paul Hervieu, touchait du doigt le rapport presque organique qui liait l’auteur duJournal d’une femme de chambreà une région qu’il connaissait intimement. La matière de Bretagne a réellement offert à Mirbeau une inépuisable réserve de sujets romanesques, de figures inoubliables, de souvenirs pittoresques ou profonds, de décors singuliers. Les fréquents séjours de Mirbeau en cette terre d’élection, souvent libres, parfois contraints, ont suscité la veine polémique tout autant que la sensibilité poétique de l’écrivain ; le théâtre, la critique d’art, le roman, la chronique, la correspondance, en portent les traces. Cette âme volcanique, dont l’un des pseudonymes estJacques Celte, trouve dans les paysages morbihannais ou les côtes d’Audierne une manière de reflet de son théâtre intime, âpre, tourmenté, livré aux violences tumultueuses de la nature. Pan de géographie intérieure, la Bretagne accueille aussi certains débats publics : le procès de Rennes vient clôturer en 1899 l’affaire Dreyfus, auquel assiste Mirbeau. Le présent volume réunit les actes du colloque « Mirbeau et la Bretagne », organisé à l’occasion du centenaire de sa mort.
Vice-président de la Société Mirbeau,Samuel Laira publié Mirbeau et le mythe de la nature (2004) etHuysmans, Littérature et religionaux Presses universitaires de (2009) Rennes, ainsi queMirbeau l’iconoclasteet (2008) Le Curieux XIXe siècle (2011) aux Éditions L’Harmattan. Il est codirecteur desCahiers Tristan Corbière, chez Garnier, et a organisé avec Benoît Mérand le colloque « Léon Bloy dans l’histoire », en novembre 2017, à l’ICR.
Image de couverture :Mirbeau au procès de Rennes, 1899 © Blog de la Société internationale d’histoire de l’affaire Dreyfus http://affaire-dreyfus.com.
ISBN : 978-2-343-14250-0 23,50
Sous la direction de SamuelLai r
Octave Mirbeauet laBretagne
Espaces EL Littéraires E
Octave Mirbeau et la Bretagne
Espaces Littéraires Collection fondée par Maguy Albet Dernières parutions Joanna KOTOWSKA,L’eau et la terre dans l’univers romanesque de Claude Simon. L’obsession élémentaire, 2017. Evelyne LANTONNET,André Malraux ou Les métamorphoses de Saturne, 2017. Nzanzu MASEGABIO,Tchicaya U Tam’si. Le feu et le chant. Une poétique de la dérision, 2017. Maëva ARCHIMÈDE et Valeria LILJESTHRÖM (Dir.), Figuration du monde dans le roman francophone, 2017.Danièle BELTRAN-VIDAL,Bernanos, Jünger, Teilhard de Chardin, Quatre ans dans la tranchée : survivre et écrire, 2017.Jean-François CHÉNIER,Communiquer l’incommunicable. Une lecture des œuvres de Georges Bataille et de Pierre Klossowski, 2017. Bernard POCHE,La littérature à Lyon dans l’entre-deux-guerres. L’érosion d’une culture, 2016. Isabelle BERNARD,Deville, « Une petite sphère de Patrick vertige »,2016Ramona ONNIS,Sergio Atzeni, Écrivain postcolonial, 2016. Marcel BOURDETTE-DONON,Raymond Queneau, le Peintre de la vie moderne, 2016. Michèle DUCLOS,Un regard anglais sur le symbolisme français, Arthur Symons,Le mouvement symboliste en littérature(1899), généalogie, traduction, influence, 2016. Anne-Marie REBOUL et Esther SÁNCHEZ-PARDO (éd.), L’écriture désirante : Marguerite Duras, 2016. Gladys M. FRANCIS, Amour, sexe, genre et trauma dans la caraïbe francophone, 2016. Fabienne GASPARI,L’écriture du visage dans les littératures e francophones et anglophones, De l’âge classique au XXI siècle, 2016. Yulia KOVATCHEVA,Modernité esthétique chez André Malraux,2015.
Sous la direction de Samuel Lair
Octave Mirbeau et la Bretagne
Du même auteur
Mirbeau et le mythe de la nature, PUR, 2004, 361p.
Mirbeau l’iconoclaste, L’Harmattan, 2008, 331p.
Huysmans, Littérature et religion, PUR, 2009, 178p.
Le Curieux XIXème siècle – Groupes et individualités à la Belle Époque, L’Harmattan, 2011, 232p.
Fortunes littéraires de Tristan Corbière, L’Harmattan, 2012, 226p. À paraître Cahiers Tristan Corbière (sous la direction de Benoît Houzé, Samuel Lair, Katherine Lunn-Rockliffe), Garnier, printemps 2018.
Léon Bloy dans l’histoire, actes du colloque organisé par Samuel Lair et Benoît Mérand, octobre 2017, ICR, Garnier.
Actes du colloque organisé au Théâtre du Pays de Morlaix, le 11 février 2017, à l’occasion du centenaire de la mort de l’écrivain Avec le soutien de la Société Octave Mirbeau et de la Ville de Morlaix © L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-14250-0 EAN : 9782343142500
INTRODUCTION
Mirbeau et la Bretagne : entre sincérité problématique et ironie grinçante
1 In memoriam Claude Herzfeld
«Mirbeau, mon cher Mirbeau de Bretagne» : c’est ainsi que l’un des proches les plus intimes d’Octave Mirbeau, l’écrivain Paul Hervieu, touchait du doigt le rapport presque organique qui liait l’auteur du Journal d’une femme de chambreà une région que ce dernier avait choisie comme terre d’élection quatre séjours durant, représentant plus de deux ans d’existence cumulés – auxquels il convient d’ajouter quatre ans de scolarité au lycée Saint-François-Xavier de Vannes, d’octobre 1859 à juin 1863. Soit en définitive, six ans de vie en terre celte! La cause est donc entendue : n’y aurait-il chez le normand Mirbeau aucune incidence de cette sensibilité bretonne sur l’œuvre de l’écrivain, qu’on serait déjà néanmoins fondé à tenter de chercher comment s’enracine l’expérience bretonne en cette âme volcanique, chez celui qui voyait l’anarchisme comme l’invariant de son évolution littéraire et artistique.
Or la matière de Bretagne offre réellement à Mirbeau une inépuisable réserve de sujets romanesques, de figures inoubliables, de souvenirs pittoresques ou profonds, de décors singuliers. Elle aiguise aussi sa sensibilité, à tel point que sa grande carrière de critique d’art s’ouvre au lendemain de son retour d’Audierne, en juillet 1884. Le simple attrait esthétique de la Bretagne est, il est vrai, capable d’aimanter l’inspiration de Gauguin et, à sa suite, de drainer toute une école de peintres : Mirbeau, dont l’un des pseudonymes dans la presse estJacques Celte, perçoit aisément qu’il y va de quelque chose de plus profond, et rendra compte des tentatives des peintres de Pont-Aven (Alain-Georges Leduc), comme il saisit le sens authentique de l’itinéraire de Monet à Belle-Ile (Sophie Gondolle).
1 Claude Herzfeld fut l’un des membres fondateurs de la Société Octave Mirbeau, au sein de laquelle il occupa le poste de vice-président. Il nous a quittés le 23 janvier dernier, peu de temps avant la tenue de notre manifestation. Cet ouvrage nous donne l’occasion de lui rendre un dernier hommage de reconnaissance et d’amitié.
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Mais les choses ne sont pas aussi simples, et le discours de Mirbeau n’est jamais univoque. Au «C’est la solitude admirable et 2 complète. Les siècles n’ont point passé sur ce coin de nature» vanté auprès de Monet qui s’enquiert de la santé morale de son ami 3 retiré en Armorique, ou au «Ce pays vous enchantera» promis à 4 5 Rodin , été 1887, répond un «Quel sale pays que la Bretagne» , asséné quelques mois plus tard.
Que comprendre? La valse-hésitation de Mirbeau à l’égard de la Bretagne traduit-elle autre chose que la recherche d’un impossible équilibre entre nature et culture, ou entre la société et le repli à quoi aspire ponctuellement Mirbeau? C’est la thèse défendue par Lisa Rodrigues Suarez dans «Le jeune homme et la nature bretonne».
Geste bretonne d’Octave Mirbeau
La Bretagne abrite aussi nombre d’épisodes touchant au destin collectif qui déterminent des éclairages non plus littéraires mais historiques; force est de reconnaître que la dimension d’art n’est pas absente des plus grands moments. «Spectacle donné sur la scène bretonne», d’après Paul-Henri Bourrelier, «[é]pisode déterminant de notre histoire» selon les termes de Pierre Michel, mais aussi bien «arrière-plan historique duJournal d’une femme de chambre» (Yannick Lemarié), l’affaire Dreyfus, qui n’est pas encore l’Affaire, connaît en effet son point d’orgue en la capitale bretonne, un mois durant, du 7 août au 9 septembre, à l’occasion du procès en révision du capitaine, été 1899. Le choix de Rennes est conditionné par des éléments qu’il convient de situer en deçà du politique, rappelle Paul-Henri Bourrelier : cité paisible, catholique, favora-blement desservie dans la perspective de l’acheminement du condamné, elle sera le théâtre d’un procès qui vient de façon un peu artificielle clore une «affaire qui appartenait déjà au passé lorsqu’il s’est ouvert», précise Paul-Henri Bourrelier. Aussi bien cette vocation un peu artificielle justifie-t-elle et prolonge-t-elle selon l’auteur la métaphore dramatique, dont, il est vrai, tout procès suffit
2  Lettre de Mirbeau à Monet, vers le 10 septembre 1887,Correspondance générale de Mirbeau, L’Âge d’homme, I, 2002, p.706.3 Lettre de Mirbeau à Rodin, vers le 4 juillet 1887,op. cit.,p.680. 4 Rodin, dont on commémore également en 2017 le centenaire de la mort. 5 Lettre de Mirbeau à Paul Hervieu, 7 ou 8 mars 1889,op. cit., p.763.
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à susciter l’image. Le prétoire traîne un héritage théâtral évident : n’y a-t-il pas secrète consubstantialité de l’audience et du spectacle? Dans le cas du procès rennais, sa structure, les attentes exprimées -Mirbeau concède une faiblesse pour le talent et la tactique de maître Labori, préféré à maître Demange - la prestation de comédiens plus ou moins inspirés, les traditionnels coups de théâtre – la tentative d’assassinat de maître Labori, le 14 août, puis le refus de plaider de ce dernier - font de cette révision un cas d’école. Tout se passe comme si la rencontre des partis adverses cristallisait en une forme de mise en scène, s’élevait au rang paradigmatique de représentation finale; et l’on n’éprouve aucune peine à imaginer que dans la tension nerveuse, dans l’attente fébrile qui était celle de spectateurs aussi exigeants que le dramaturge Mirbeau et le régisseur André Antoine, sorti pour l’occasion de sa villégiature de Camaret, entrait pour une bonne part la séduction de la représentation à réussir.
Pourtant, les faits sont décevants : «la province s’en fout», concluait Mirbeau, en une résignation désabusée qui est sa réaction face à l’inertie des masses. Et pourtant, six ans auparavant, il y a loin à dire qu’Octave Mirbeau a lui-même été attentif au début de l’affaire d’espionnage qui allait aboutir à la condamnation, à la dégradation publique et à la déportation d’un innocent à l’Île du Diable. Pierre Michel nous montre que, sollicité très tôt par son ami Bernard Lazare, le polémiste Mirbeau avait opposé un refus d’intervention poli. Influencé par une sorte de mimétisme sain, il se laisse par la suite aiguillonner par l’entrée de Zola dans l’arène publique, en novembre 1897. Et de fait, c’est la voie littéraire que choisira Mirbeau pour lancer à son tour toutes ses forces dans la bataille, à travers la forme du dialogue adopté dans «Chez l’illustre écrivain». Pétitions des intellectuels, articles de presse, succèdent à la fiction, quand c’est au tour de Mirbeau de poursuivre des objectifs pragmatiques. L’anarchiste place le débat à son niveau le plus ambitieux : «C’est tout l’ordre social qui est en cause.» Mirbeau entame ici «un combat qui ne va pas de soi», selon Pierre Michel. Comme s’il cristallisait en sa personne les éléments collectifs du débat national, Mirbeau doit «vaincre quatre réticences et réfuter quatre objections» : Alfred Dreyfus est un officier juif, nanti, et alsacien. À cette figuration composite qui parle à un imaginaire fin-de-siècle tourmenté, le sien propre, Mirbeau décide courageusement de se colleter avec sincérité, comprend qu’il lui faudra dépasser
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