Honnis soient-ils !
128 pages
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Honnis soient-ils ! , livre ebook

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Description

Romance historique - 248 pages


Est-il possible d’aimer un homme quand on hait ce qu’il représente ? Comment peut-on se laisser séduire par un corps quand on connaît la noirceur de l’âme qui l’habite ? Amélia se maudit de ne penser qu’à Côme. Elle ne peut adhérer aux excuses que des générations d’exécuteurs ont trouvées pour justifier leurs actes, et derrière lesquelles Côme se retranche. Elle est prête à tout pour s’échapper avec ses enfants, quitte à se détruire.


Mais rien ne va se passer comme elle l’imaginait...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 19
EAN13 9791096384884
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Honnis soient-ils ! Livre 2 : Côme

Livre 2 : Côme


PATRICIA LE SAUSSE
Livre 2 : Côme


PATRICIA LE SAUSSE



Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 979-10-96384-88-4
Corrections : Lily T.
Photo de couverture : Conrado
Remerciements

À L.S. Ange, créatrice et directrice des éditions Elixyria, qui m’a fait confiance, m’a ouvert les portes de son merveilleux univers et me permet de vivre un rêve éveillé.
À Muriel, Aurélie et Esther, mes bêta-lectrices.
À Chrys pour son soutien.
À Didier pour son fantastique travail sur le design du livre et de ses supports dérivés.
À toi, cher lecteur, chère lectrice, qui a offert au livre 1 de Honnis soient-ils un bel accueil et qui attend avec impatience ce nouvel opus.
Pour Camille, ma petite dernière,
Plus connue que moi sur les salons...
Rien ne m’a été épargné  !
La vie va-t-elle enfin me favoriser ?
CHAPITRE 1

Octobre 1466

— Amélia !
— Mère !
Les voix de mon amie Fannie et de mon fils Jehan {1} s’élevèrent dans les airs, portées par le mistral. L’envie de prétendre ne pas les avoir entendues s’imposa à moi, mais la pénombre qui avait envahi le ciel me convainquit de n’en rien faire ; la nuit tombait. Je sortis la tête des hautes herbes où je m’étais allongée pour regarder l’azur, comme je le faisais chaque après-midi, et criai :
— J’arrive !
J’avais senti leur inquiétude. Je savais qu’ils me surveillaient à tour de rôle, effrayés que je fasse une bêtise, comme Nathaniel {2} à une autre époque.
Jehan, mon grand garçon, fêterait bientôt son treizième hiver et ma fille, Apolline, son neuvième automne. Comment pouvaient-ils imaginer que je puisse les abandonner un jour ?
Bien sûr, Côme, le fils que mon défunt mari avait eu avec sa première femme, allait venir réclamer Jehan. Il assurait pour l’instant la succession de leur père en tant qu’exécuteur des hautes et basses œuvres {3} d’Aix {4} , mais il ne tarderait plus à exiger que mon enfant commence son apprentissage avec lui. Pour mon malheur, je n’avais trouvé aucune solution pour l’en empêcher.
En six ans, rien ! Pas la plus petite amorce d’idée, et mon fils ne m’aidait pas. Il refusait de s’enfuir, incapable de comprendre combien l’opprobre des villageois pouvait être pesant. Il me regardait, m’écoutait sagement quand je m’évertuais à le convaincre que seul notre départ très loin d’ici amènerait notre rédemption, puis il s’éloignait comme si de rien n’était.
Alors, depuis quelque temps, je prenais des feuilles de pavot, préparées en décoction et chauffées doucement pour laisser s’évaporer l’eau. J’en gardais le résidu pour le faire brûler. La fumée qui s’en échappait et que je humais me détendait. Je restais ainsi, allongée, à ne penser à rien, même si, au fond de moi, je savais que c’était une très mauvaise idée. L’image fugace de mon époux décédé me traversa l’esprit. L’ironie de la situation aurait presque pu me faire rire, si je n’avais pas été aussi desséchée à l’intérieur.
Pendant des années, j’avais drogué mon mari. Trop embrumé, il ne cherchait plus à me rejoindre dans mon lit. Il en était mort. La veille d’une exécution, j’en avais mis un peu plus que nécessaire dans la farine avec laquelle Ursuline, sa servante et maîtresse, lui préparait amoureusement les gâteaux qu’il trempait le soir dans un verre de vin. Au moment d’appliquer la sentence, l’exécuteur, avait fait un malaise et raté la tête du condamné. L’épée de justice avait tranché le bras de ce dernier. La foule venue se réjouir du spectacle n’avait pas apprécié de le voir ainsi gâché, sa colère avait été terrible. Nous avions dû prendre la fuite et nous barricader chez nous. Mon mari était mort dans la nuit qui avait suivi.
L’assesseur du juge m’avait informée, quelques jours après, que mon fils Jehan, six hivers à peine, avait été nommé par son père pour lui succéder aux dépens de Côme. Incapable de l’accepter, mon cœur s’était recroquevillé sur lui-même. Je m’étais alors juré qu’aucun de mes enfants ne subirait la vie qui avait été la mienne jusqu’à la mort de cet être ignoble. L’humiliation, le rejet, le nettoyage des fosses où se déversaient les excréments jetés dans les rigoles des rues de la ville, les ricanements des gens, leurs crachats… Me remémorer cette période de mon existence, me donna d’abord l’envie de vomir, puis celle de me battre à nouveau pour éviter un tel sort à ma descendance.
Jusqu’à ce jour, Côme était resté à l’écart de la maison de mon amie Fannie où j’avais trouvé refuge avec mes petiots. Je repensai à cet homme qui par la farce de ce mariage, alors qu’il était plus vieux que moi, était devenu mon beau-fils. Il me fallut un moment de réflexion pour calculer d’après l’âge de mes enfants quel était le mien : vingt-huit printemps. Côme devait donc avoir autour des trente-cinq années vécues.
Je longeai l’Arc qui suivait son cours vers d’autres contrées, libre comme l’air, en tentant de garder mon envie de combattre. J’accélérai pour atteindre le vieil olivier dont les plus grosses branches touchaient presque le sol. C’était mon point de repère, je savais qu’à cet endroit je devais partir à travers la garrigue vers l’est pour retrouver le chemin menant à ma maison.
Enfin, celle de Fannie ! J’avais rencontré celle-ci pour la première fois alors qu’elle était aubergiste, et, moi, jeune mariée du jour. Nous nous étions croisées par hasard des années plus tard tandis qu’elle fuyait sa taverne en flammes. Elle avait décidé que ces retrouvailles étaient un message du ciel et s’était installée dans une maison proche de celle où j’habitais avec mon époux. Quand je lui avais expliqué ma crainte de la voir souillée par ma présence, Fannie avait ri en me rabrouant :
— Cette bâtisse est depuis longtemps maudite et se trouve sur un chemin que personne n’emprunte. Si quelqu’un passe devant, je suis prête à parier qu’il détourne la tête en se signant. Personne ne fera attention à toi, et compte sur moi pour me faire aimer du voisinage. Ils penseront que tu es ma fille.
Elle avait eu raison. Personne n’avait fait le rapprochement entre celle dont la capuche ne laissait rien paraître du visage, les rares fois où elle avait assisté son époux, et la jeune femme craintive qui se retirait dans la maison quand quelqu’un se présentait.
La petite voix dans ma tête revint me hanter. J’avais un gros doute sur la cause réelle de la mort de mon mari, même si je m’en tenais à la version de la surdose, qui m’arrangeait bien. C’est Fannie la première qui s’était posé des questions. Le pavot absorbé, mélangé à de la farine, n’avait pas beaucoup d’effets, m’avait-elle dit, un jour plus noir que les autres où je m’inquiétais en plus d’être maudite, d’être devenue une meurtrière.
— J’aurais dû te préciser, quand je t’ai donné les premières feuilles séchées à l’auberge, qu’elles devaient être consumées, se reprocha-t-elle. Il aurait fallu qu’il inspire leurs effluves pour que cela soit efficace. Il ne fumait pas ?
— Non.
— Il était si vieux, fatche ! C’était son heure, c’est tout, avait décidé mon amie. Il s’est vidé par le fondement, devait être pourri de l’intérieur !
Dieu l’avait rappelé à lui, c’était une très bonne chose. Au moins, mes enfants n’avaient pas eu à vivre sous le joug de cette brute épaisse. Il me restait le cas de Jehan. Je ne pouvais pas accepter le destin tout tracé qui était le sien par sa naissance, c’était trop injuste.
Mon commerce de simples, onguents et autres médications était florissant. Ma chère Héloïse, ou sœur Marie-Bernadette comme l’avait renommée la mère supérieure du couvent de mon enfance, m’avait transmis le savoir de plusieurs générations de sœurs apothicaires. J’avais retrouvé dans la nature, déterré et remis en terre dans le potager, les plantes nécessaires aux préparations que Fannie vendait sur la voie Aurélia menant à Aix. Les ravages du grand mal {5} qui s’acharnait sur nos contrées et y apparaissait régulièrement avaient fait de nous, des femmes riches.
Le fléau était passé sans nous toucher. Aix avait fermé ses portes, mon amie avait décidé de faire de même. Cela nous avait permis d’y échapper, comme les villageois qui s’étaient réfugiés dans la ville. Ça n’avait pas été le cas de ceux disséminés dans les campagnes. Dans mes cauchemars, je voyais la mère supérieure du couvent se frotter les mains et rire avec le diable, en comptant le nombre de jeunes filles qu’ils marieraient à ceux ne trouvant pas de femme à épouser, et ce, moyennant finances.
À mon arrivée dans la petite maison qui abritait mon bonheur, Apolline, se jeta dans mes bras. Ma chère enfant, qui ressemblait tant à son père avec son front proéminent et son regard sombre, n’en avait heureusement pas l’affreux caractère. Derrière, Jehan, blond aux yeux bleus comme moi, attendait en retrait son tour pour intervenir. Posé, calme, réfléchi, je me demandais bien de qui il pouvait tenir. Ni de son géniteur, violent, ni de moi, pas vraiment patiente ; certainement à l’un de ses ancêtres. Il faudrait que j’en parle à Rose quand elle passerait nous rendre visite.
Ma belle-sœur venait de moins en moins souvent nous voir. Elle était très âgée et ne s’était jamais remise des malheurs qui s’étaient abattus sur sa famille. Je n’étais jamais retournée dans mon ancienne demeure. À vrai dire, je ne sortais pas, sauf pour longer la rivière. L’idée d’être reconnue comme la bourrelle, même après ces années vécues presque recluse, m’insupportait. Le souvenir des insultes, des jets d’immondices et des quolibets des villageois me fit défaillir. Plus jamais ça !
Tandis que je prenais Jehan entre mes bras et le laissais me sermonner pour être partie si longtemps, Fannie nous appela pour le souper. Une bonne odeur de pois cassés flottait dans l’air, c’est en faisant la course avec Apolline que j’entrai dans la pièce principale de la maison. Celle-ci portait bien son nom. Nous y faisions tout : manger, dormir, y raconter des histoires lors des

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