Izya
102 pages
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Izya , livre ebook

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Description

Izya a vingt ans, l'âge des incertitudes et des élans du cœur, des convictions nouvelles et des courages insensés. Perturbée par le destin que sa caste lui réserve, elle sera confrontée aux fantômes de son pays, la Boccagrande.
Sous les Tropiques, la Boccagrande, pays imaginaire, est une ancienne dictature qui à l’instar du Brésil, n’a connu aucun procès, aucune catharsis. Rien ni personne n’a apaisé la souffrance des victimes et des familles des disparus alors que tout porte à croire que les bourreaux sont restés impunis.
Sur fond de trafic d’organes et de malversations, l'auteur nous plonge au cœur d'une aventure guidée par la recherche de la vérité et la lutte pour la justice.
« Izya » est le roman de l’amour et du courage. Il est aussi le récit de l’espoir, chevillé au corps. Parce que l’espoir est comme de l’or…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 septembre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782304046038
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Izya


Patrick Bédier

Editions Le Manuscrit 2016
ISBN:9782304046038
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
 
 
DU MÊME AUTEUR
 
La revanche des malinois , 2007
Les fleurs de nos mensonges , 2014
 
 
 
 
 
©couverture – lilu1331 photo femme
 
 
PREMIÈRE PARTIE
 
« JO »
 
 
« Un pays qui oublie son passé, est condamné à le revivre. »
Winston Churchill (1874 – 1965)
1
 

 
Une poigne dans ses cheveux bloquait la tête d’Izya contre le capot de la voiture. Tout s’agitait autour d’elle dans des déplacements de mains sur son corps. Claquant des dents, les jambes molles, la fille réfléchissait vite, mais ne trouvait aucune solution à ce trouble infini qui lui retournait les entrailles.
Elle allait mourir. À vingt ans, ce n’était pas concevable, mais en Boccagrande, les kidnappings étaient nombreux. Le trafic d’organes battait son plein, des parents procréaient pour revendre les bouts de reins de leur progéniture. Dix dollars le centimètre carré de peau, quatre cents dollars une rate jusqu’à mille dollars la paire de globes oculaires…
Le bras retourné dans le dos jusqu’à la brisure de ses articulations, Izya sentait le vent tourner, cette perception du néant qui s’affichait sous les yeux et rendait les choses plus absurdes.
Réfléchir, réfléchir, réfléchir…
Toujours réfléchir. C’était un peu la marque de fabrique de cette belle fille dont le quotient intellectuel avait fait pâmer nombre de ses professeurs à l’université.
Soudain, profitant d’une distraction de celui qui la tenait quand son mobile joua la « Chevauchée des Walkyries », Izya jeta violemment le talon de son escarpin dans le tibia de l’autre gaillard. L’étreinte se fit plus molle. Elle lança son genou dans les parties de son agresseur avant de courir à perdre haleine vers la rampe menant vers la rue. Ses talons hauts résonnèrent sur l’asphalte tandis que des hurlements de gomme retentissaient dans la nuit brûlante.
La voiture la poursuivait. Jamais, elle n’avait couru aussi vite, jamais, elle n’avait projeté son corps avec autant d’ardeur. Izya s’engagea dans un carrefour où des véhicules lancés à vive allure se croisaient à l’infini. Les conducteurs pilèrent devant cette beauté en tailleur léopard qui courait comme une gazelle tandis qu’une berline luxueuse la pourchassait, le moteur survolté. Brusquement, un effroyable crissement de pneus retentit, accompagné d’un froissement de tôles.
Une masse terrifiante d’acier venait de traverser l’intersection. Tous sentirent cette brûlure rougeoyante leur enflammer le visage et battre leur coeur. Tous, ils avaient vu le camion brûler le feu rouge, percuter violemment l’auto et poursuivre sa route comme s’il ne s’était agi que d’un vulgaire fétu de paille. Ils ne voyaient que les feux arrière s’éloigner et entendaient le long klaxon rugissant, tel celui d’un bateau ivre, se fondre dans les alarmes de la ville. Grelottant de terreur, Izya plongea dans les bras d’un inconnu. Elle sentait ses jambes disparaître dans l’asphalte. Au milieu de la chaussée, la voiture fumait tel un étron métallique…
Tout avait commencé bien avant qu’Izya Warden ne tombe enceinte de Damiano Absalon, bien avant encore son mariage avec un époux de plus de soixante-dix ans son aîné. Bien avant qu’elle ne sombre dans les torpeurs du passé…
Cela remontait à six mois, pas plus. Peut-être moins, elle ne le savait plus. Sa mémoire en avait pris un coup. Les cachets, la drogue…
*
Je ne sais me résoudre à accepter l’intolérable. Seul, l’espoir me permet d’appréhender l’avenir sans craindre du lendemain. Je m’y accroche dans la détresse de mon coeur. Le combat est incertain.
2
 

 
Six mois auparavant.
 
Izya se dirige vers Gusto, le quartier interlope d’Esperanza, veillant à ce que le chauffeur de taxi ne la reconnaisse pas derrière son foulard et ses lunettes noires.
Le contact s’est fait trop rapidement. Elle est sortie du Palacio quand un homme l’a accostée sur le parking. Une bourrade dans le dos, quelques mots échangés en feignant de la relever. « Si tu veux en savoir plus sur ton père, viens au motel Paradisio. Demande Jo. Chambre 69. Pas un mot à personne. »
Son coeur a sauté dans sa poitrine. Son père, un grand inconnu, sa mère, Elsa Warden, une femme politique, disparue il y a vingt ans alors qu’Izya n’est qu’un poupon. À la sortie d’un meeting, Elsa n’est jamais réapparue. Personne n’a eu de ses nouvelles, comme plus de cent mille personnes qui chaque année, disparaissent sans laisser de traces.
Quelques heures par jour, dans une chaleur lourde et tenace, une averse sournoise trempe les corps, mouille les trottoirs, fait déborder les cours d’eau. La saison des pluies ne fait que commencer en Boccagrande, petit pays coincé entre la Colombie et le Venezuela, au nord de l’Équateur, dans les Tropiques.
Personne ne doit savoir où Izya se rend, encore moins les multiples informateurs d’Antonio Slahenger, le chef de la sécurité. Il y a plus de trente ans, Slahenger a été un policier zélé dont les états de service lui ont valu d’être nommé officier. Malgré la fin de la dictature et le retour à la démocratie, le danger persiste de retomber dans les pièges du passé, incarné par la dictature de César Daïmon, qui s’est fait appeler « Janus », le dieu des dieux. Tout un programme pour un despote qui s’est cru immortel et a trouvé la mort dans un accident d’avion.
Izya règle la course. Elle se dirige à pied vers un petit établissement hôtelier sans prétention. Le bruit et la fureur d’une artère fréquentée par une flopée de désoeuvrés accentuent le malaise de la jeune femme. Dans un tourbillon de couleurs vives et d’odeurs poivrées, au milieu des étals de poissons et ceux des fruits juteux, des mangues et des ananas, se mêle une foule bigarrée et exubérante, prompte aux trafics. Autour d’elle, tout brûle d’une chaleur animale. Gusto, le quartier du plaisir et des larmes, porte dans son nom même les racines de cette attirance malsaine pour les plaisirs interdits, le sexe et le jeu.
Que fait-elle donc là à chercher des fantômes qui n’existent peut-être pas ? Est-elle folle de s’immiscer dans un monde qui n’est pas le sien dans sa robe de soirée à mille dollars ? Est-elle consciente des risques ? Ou tout simplement, persuadée de la supériorité de sa caste, comme lui ont enseigné ses pairs depuis sa naissance ? Peut-être les deux à la fois.
Le gardien du motel mire ses yeux sur le décolleté de la demoiselle.
— Un homme m’attend. Un certain Jo, chambre 69, dit-elle.
— Tout un programme, n’est-ce pas ?
Froide et hautaine, Izya dédaigne son humour scabreux.
— En haut de l’escalier, il n’y a pas d’ascenseur.
Izya gravit lentement les marches en humant les odeurs poussiéreuses du vieil établissement. Nauséeuse, elle s’avance vers la porte 69 et sans hésiter, toque. Le vantail s’ouvre sur la corpulence d’un géant aux cheveux courts dont le visage cassé lui inspire de la défiance.
— Vous êtes Jo ? demande-t-elle, la voix étranglée.
— Entre.
Au bord de la voie rapide, sous l’échangeur, rien n’a le clinquant du plaisir ni l’attrait de la consommation. Le bourdonnement incessant des trucks venus des pays voisins emplit la nuit tropicale. Un vent chaud et poussiéreux tourbillonne, drainant les détritus. C’est le « viento », comme on l’appelle ici. L’été sera brûlant et interminable, prédisent les oiseaux de mauvais augure.
Près d’un rideau de fer baissé, une berline noire s’est garée sans ménagement pour les jantes alliages. À l’intérieur, quatre hommes écoutent la pluie tambouriner contre le toit. D’où viennent-ils, sinon du désert hostile de Muahua dans l’État de Paso à l’est de la Boccagrande. Poussés par la misère et une propension à la flemmardise, ils ont tous préféré relever les compteurs de quelques filles plutôt que s’atteler au travail dans un atelier pour le compte des multinationa

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