In Umbra Lucis
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In Umbra Lucis , livre ebook

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Description

Eliel Blackwood, vampire de cent douze ans, habite un petit quartier de Londres avec sa fiancée, Erin Dale. Ils vivent le parfait amour jusqu’au jour où ils décident de s’unir pour l’éternité.


Courageuse et déterminée, Erin se sent prête à être transformée en buveuse de sang. C’est à l’instant où les crocs d’Eliel entrent en contact avec la chair de sa bien-aimée que leur soirée d’Halloween tourne au cauchemar.


Eliel ne parvient pas à s’arrêter de boire et vide sa compagne de son sang. Dépourvu de ses souvenirs et de son humanité, le vampire devra apprendre à maîtriser ses émotions, ses sentiments et ses parts les plus sombres. C’est sans compter sur le Gardien, personne responsable d’établir la paix entre les humains et les buveurs de sang, qui décide de lui mener la vie dure.


Eliel acceptera-t-il le fait qu’il a déjà aimé dans le passé ? Comprendra-t-il qu’il n’y a rien de plus fort que l’amour ? Accueillera-t-il la lumière même dans les moments les plus sombres ?

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9782493219350
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

In umbra
Lucis
 
 
PAULINE GOMBERT
 
 
 
 
 
In umbra
Lucis

«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
©2022, Pauline Gombert
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 01/2022
ISBN numérique : 978-2-493219-35-0
ISBN papier : 978-2-493219-36-7
Illustrations : Maripache       
PAULINE GOMBERT
 
Institutrice en Belgique, l’imaginaire a toujours été une échappatoire.
Amoureuse de fantastique, je m’évade dans d’autres univers en lisant.
Lorsque l’idée d’In Umbra Lucis m’est venue, je me suis dit : pourquoi pas m’évader en écrivant.
Et j’ai trouvé une nouvelle voie de navigation vers l’imaginaire.       
 
 
 
 
À Tomas, qui m’a permis d’ouvrir les yeux sur ce
qu’être aimé signifie réellement.
 
Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29

 
Prologue
Eliel
Ça grouille de monde dans Oxford Street, les gens se bousculent comme s’ils étaient les seuls individus sur cette terre. Les magasins, bars et restaurants ont sorti le grand jeu. Ils sont colorés du sol au plafond grâce aux fioritures en tous genres. De grandes guirlandes suspendues qui rejoignent chaque côté de la rue illuminent le ciel assombri par la nuit. Ce sont l’orange, le rouge et le noir qui dominent ce soir. Des citrouilles en veux-tu en voilà font la devanture des bâtiments. C'est la tradition, il parait. Les humains aiment passer des heures à sculpter un potiron pour obtenir quelque chose censé ressembler à un visage. Tout ça pour y glisser une bougie à l’intérieur. C'est un petit clin d’œil à ce vieux conte celtique de Jack-O-Lantern. Si vous voulez mon avis, il n’a pas eu de chance ce Jack. Terminer comme une âme errante avec pour seule lumière une braise donnée par le diable en personne.
Je souffle dans ma barbe. Qu’est-ce qui m’a pris d’accepter de sortir un samedi soir en pleine période d’Halloween ? Tout le monde se réjouit de fêter ce folklore débile. Ça s’agite dans tous les sens, des sorcières, des pirates, des vampires, il y en a pour tous les goûts. Rien que de voir ces déguisements, ça me donne envie de gerber. Toutes ces personnes pensent pouvoir oublier leurs problèmes et toutes leurs conneries en changeant de personnalité et en jouant un rôle, mais tôt ou tard, leur réalité les rattrapera sans qu’ils aient le temps de dire ouf .
J'ai accepté d’aller boire un verre juste parce que je ne peux pas résister à un bon gin. Ou plutôt, le gin ne me résiste pas. Erin marche devant, balançant ses fesses de droite à gauche en symphonie avec sa tête qui reluque tous les autres débiles accoutrés n’importe comment. Elle s’extasie devant chaque coloquinte ou drap blanc transformé en fantôme. De temps en temps, elle sursaute face à certaines décorations effrayantes ou aux passants qui crient à tout bout de champ.
— Je rêve, Ely, ou c’est un sourire que je vois sur tes lèvres ? me lance ma compagne d’un ton moqueur.
—Tu ne rêves pas, ma belle, la vue que tu m’offres me donne l’eau à la bouche, lui réponds-je en me léchant la lèvre inférieure.
Ma réplique me vaut une petite tape sur l’épaule. Je ne peux me retenir de rire.
— Tiens, une mouche m’a percuté en plein vol ou que s’est-il passé ? Parce que j’ai rien senti. T'as vu quelque chose, toi ?
Ma belle lève les yeux au ciel et me tire par le bras dans une ruelle perpendiculaire à celle que nous empruntions. Plus aucune lumière, plus aucune musique assourdissante, il n’y a qu’elle et moi dans cette impasse plongée sombre et froide. C'est glauque, j’adore. Mes yeux inspectent les environs, les passants de la grande rue ne jettent même pas un coup d’œil dans cette direction, c’est parfait. Le dos d’Erin se plaque contre le mur et mes lèvres se posent sur les siennes. En la goûtant comme si c’était la première fois, mon corps entier frémit lorsque ma langue rencontre la sienne. Mon souhait le profond est de ne jamais devoir me détacher d’elle. Ma main glisse sous sa chemise noire décorée de chauves-souris blanches, je veux me nourrir de toutes ces sensations que me procure le contact de nos peaux. Elle a insisté pour mettre cette horreur de chemisier pour l’occasion. Son sourire d’ange me rend faible et il m’a été impossible d’y résister.
Ma main droite caresse la peau nue de son ventre pendant que ma bouche embrasse le creux de son cou. Son parfum réveille tous mes sens et me monte à la tête. La camomille envahit mes narines et le sol commence à tanguer sous mes pieds. C’est fou comme cette fille peut me faire perdre les pédales.
— Je sens que c’est le bon moment, Ely, souffle-t-elle. Je suis prête, tu peux le faire.
À ces mots, un frisson d’excitation me traverse. J’ai l’impression que cela fait une éternité que j’attends ce moment et l’entendre dire que c’est maintenant me met dans un état de joie indescriptible. À nous l’amour éternel. Cette décision, nous l’avons prise ensemble, je ne peux lui infliger cette épreuve sans son accord.
Ma main droite quitte sa peau pour remonter le long de son t-shirt et vient se loger derrière sa nuque. En prenant une grande inspiration et en profitant de sa fragrance, mes lèvres embrassent la peau de sa jugulaire. J’en ai l’eau à la bouche.
— Détends-toi, ma belle, cela ne fera pas mal, susurré-je en la regardant droit dans les yeux.
Son corps se détend tout à fait, ses muscles se relâchent et elle se tient à mes épaules pour ne pas tomber par terre. Mes yeux fixés dans les siens, je l’interroge du regard.
— Je te fais confiance. Vas-y. Et surtout, n'oublie pas que je t’aime.
À la fin de sa phrase, mes lèvres retrouvent leur chemin vers sa nuque. Son pouls parvient à mes oreilles, elle est assez calme. Le son du sang qui circule dans ses veines m’ensorcelle. Ma bouche s’ouvre et mes crocs se dévoilent. Mes canines s’enfoncent dans sa chair moelleuse, le flot de plasma arrive jusque sur ma langue. En goûtant pour la première fois au sang de ma bien-aimée, cela me fait l’effet d’une bombe. Mon corps entier manque d’imploser lorsque son hémoglobine entre en contact avec mes papilles gustatives. Mon cœur se déchaîne sous ma poitrine, il bat de plus en plus vite. J'entre dans une transe, ma vue se brouille. Des gouttes de transpiration coulent le long de mon front. Mon âme est comme transportée dans un monde parallèle. C'est comme si elle se séparait de mon corps. Des cris lointains me parviennent. Il me semble distinguer que c’est une femme qui supplie de tout arrêter. Ses cris s’apparentent à des suppliques. Arrêter quoi ? Aucune idée. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il m’est impossible de mettre fin à mon festin. Il ne m’était jamais arrivé de goûter un humain de la sorte. Je bois jusqu’à en être ivre et épuisé.
Ensuite, trou noir. C'est le néant.
L'odeur métallique du sang envahit mes narines, il y en a partout. J’inspire profondément pour me calmer. Ne surtout pas s’emballer. Ce n’est pas une bonne idée, plus mes inspirations sont grandes, plus mon envie de boire augmente. Il fait noir et l’humidité m’indique qu’il doit faire froid en ce moment. Pourtant, je ne ressens rien. Ni le froid ni la peur ni la tristesse. Je n’éprouve rien, c'est l'inanité en moi.
La tête baissée, une image me percute de plein fouet. Il y a un corps éteint au sol. Une jeune femme est allongée sur son flanc droit. Elle ne bouge plus et ne respire plus, c’est le calme plat, aucun signe de battement de cœur. Du cruor a coulé de sa nuque à ses hanches. Sa dépouille est couverte de sang devenu noir et sec. Devant moi, se présente ce qui s’apparente le plus à une scène digne d’un crime. Le pire dans tout cela, c’est que je ne peux pas dire pourquoi je suis là et que je n’ai aucune idée de ce qu’il s’est passé.  
 
Chapitre 1
Eliel
Le gros lard en robe affalé sur sa chaise en face de moi se prend pour l’homme le plus important de la planète. Cela fait des heures qu’il me fait la morale. Tu m’appelles quand t’as fini ton discours, mon vieux, parce que ce n’est pas tout, mais je crève la dalle. Mon estomac est tellement vide qu’il se tord dans tous les sens. En me levant sans faire attention à ce qu'il baragouine dans mon dos, mon objectif est de trouver de quoi me nourrir. D'ailleurs, cela fait combien de temps que je n’ai pas mangé ?
— Monsieur Blackwood, avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ?
Ma défense ? Qu’est-ce que j’ai encore fait ? Je me tourne vers lui et lui lance un regard sans intérêt. Tout ce qu’il raconte m’importe peu, c’est entré par une oreille et c’est directement sorti par l’autre. Il n’y a pas un traître mot qui sort de sa bouche qui m’intéresse. Son faciès m’obnubile tellement, qu’il m’est impossible de me concentrer sur son débit de mots aussi ingrats que lui. Son regard vitreux est empli de jugement, le mi-homme mi-porc me dévisage. Ses sourcils roux abondants et en bataille ne sont pas du tout assortis avec ses cheveux gris-blanc. Cela me perturbe fortement. Sans parler de sa panse, s’il continue à grossir, il risquerait de ne plus y avoir de place entre la table et la chaise. Il faut que je réagisse. Mon but n’est absolument pas de rester ici toute la journée. Ça commence à bien faire.
— Pouvez-vous me rappeler où nous sommes et pourquoi je suis là   ?
— Monsieur Blackwood, si vous ne voulez pas que je vous envoie directement dans le monde du Néant, je vous conseille de vous tenir à carreau et de répondre honnêtement à mes questions. Ceci est mon dernier avertissement.
 
Merde. J’espère ne pas avoir bien entendu. Il a bien dit “monde du Néant” ? Il s’avère que le mec qui se prend pour le maître de l’Univers n’est autre que Connor Clifford ou communément appelé le Gardien . Il vaut mieux ne pas jouer au plus malin avec ce gars. J'ai déjà tenté il y a quelques années et cela ne m’a rien apporté de bon.
 
— Nous sommes rassemblés en ce premier novembre pour le procès de Monsieur Blackwood Eliel. Lucas, tu notes, lance-t-il à son nain de jardin qui lui sert de secrétaire.
Ce mec me dégoûte autant que Clifford, il a des yeux globuleux qui font la taille des verres de ses lunettes et de toutes petites lèvres pincées. Je mettrais ma main à couper que ce type jubile quand il voit l’un des nôtres se faire envoyer dans le monde du Néant. Je ne peux m’empêcher de lui lancer une œillade haineuse, il me sourit davantage. Tout à coup, l’idée de lui montrer mon majeur me traverse l’esprit. Va te faire voir, bouffon.
Un détail attire mon attention. Le plafond de cette immense salle est tellement haut que l’on pourrait croire qu’elle en est dépourvue. L'ambiance n’est pas au rendez-vous si vous voulez mon avis. Des centaines de paires d’yeux me fixent et me brûlent le dos. Tout ce que ces imbéciles se chuchotent entre eux parvient à mes oreilles. Certains pensent que je suis coupable, d’autres disent que ma place est dans un asile de fous. À ce stade, ils ont l’air d’en savoir beaucoup plus que moi. Je n’ai aucune foutue idée de ma présence ici.
Clifford, assis juste en face de moi, se tortille d’impatience sur son siège. Je le fixe droit dans les yeux. Lui et les jurés sont assis sur une espèce de balcon en pierres jaunies par le temps. Des cris retentissent derrière l’immense porte qui se situe juste en dessous du jury. Les propylées semblent trembler à chaque hurlement émis par une âme en peine et en détresse. Ça me donne la chair de poule.
Un raclement de gorge me ramène dans la salle du Gardien et au procès.
 
— Monsieur Blackwood, vous m’écoutez ? Je vous rappelle que vous êtes accusé de meurtre envers un anthropien de sexe féminin. Le corps a été retrouvé ce 31 octobre dans la nuit, avec des marques claires de morsures. De plus, la victime est dénuée de son sang. Les blessures ont été identifiées et il s’agit sans aucun doute de vos crocs. Suite à ces accusations, le jury a pris la décision de vous infliger la peine de mort.
— D’accord, soufflé-je entre les dents en soupirant d’exaspération. Petit un, je n’ai jamais mangé personne, mon grand. Petit deux, je suis assez mature pour m’arrêter quand j’ai une petite faim. Je ne sais quelle bête t’as piquée, mais redescends sur Terre, je te le dis : Je. N’ai. Bouffé. Personne.
Bordel, il manquerait plus que ça. Je n’ai que cent-douze ans, je suis trop jeune pour mourir et me retrouver avec toutes les âmes paumées derrière cette maudite porte. Je vous l’accorde, je suis déjà décédé une fois, mais cette là, ce n’est pas pareil. Le Néant, ça fout les boules. Il paraît qu’il n’y a que des vampires errant depuis des milliers d’années. La légende dit qu’il fait humide, noir et vide.
Cet endroit est un énorme trou sans fond. Les âmes se contentent d’errer sans but et sans limite de temps. Conscientes de leur ennui et de leurs souffrances, elles ne peuvent rien faire d’autre que d’attendre. Attendre quoi ? Personne n’en sait rien. La seule certitude que j’ai, c’est que nulle âme n’en est jamais revenue. Rien qu’à y penser, j’en ai froid dans le dos. Un frisson me parcourt l’échine lorsque de nouveaux cris me parviennent de derrière cette porte.
Une question me taraude quand même l’esprit, comment est-il possible que je me défende alors que j’ignore de quoi il parle ? Je n’ai bouffé personne, ça, j’en suis sûr. Cela fait partie du Traité entre anthropiens et buveurs de sang . Ce document a été signé par les deux représentants de nos espèces, il y a des centaines de milliers d’années. Ce traité de paix nous permet de vivre dans le monde humain. Nous avons quelques règles à respecter comme, ne pas becqueter les hommes sous peine de mort incertaine et douloureuse. Même si, entre nous, certains sont plus appétissants que d’autres. Les vampires majeurs, comme moi, sont capables de se contrôler et boivent à même la veine sans pour autant vider notre repas de son sang. Mes mets préférés sont quand ils sont effrayés et suppliants.
— Écoutez Blackwood, je n’ai pas que ça à faire de ma journée, alors si vous pouviez coopérer, cela m’arrangerait. Lucas, amène-moi cette vermine sur l’estrade. Le problème va être vite réglé.
Le nain de jardin m’attrape les poignets sans que je puisse de me défendre. Ce n’est pas l’envie qui me manque, mais quelque chose m’en empêche. Je veux lui montrer mes crocs à ce Lucas de mes deux pour lui faire comprendre qui est le plus fort entre nous. Impossible. Une force inexpliquée m’oblige à le suivre et à acquiescer lorsqu’il me commande de faire quelque chose.
Avançant lentement les mains liées derrière le dos, je me retrouve face à Clifford. Seigneur, ses yeux vitreux et sa peau terne sont encore pires de plus près.
— Regardez-moi dans les yeux, Eliel.
C'est à cet instant précis que je comprends pourquoi mes intentions sont irréalisables et pourquoi il m’est impossible d’aller à l’encontre de ses ordres. J'ai été astreint. Le fait que le Gardien était capable d’utiliser ce pouvoir d’hypnose sur d’autres vampires m’avait complètement échappé. Normalement, seuls les buveurs de sang possèdent cette aptitude sur les anthropiens.
Comme je suis contraint d’obéir à ses injonctions, mes membres se placent bien en face de Clifford sans aucune difficulté et mon regard se verrouille au sien.
— Eliel Blackwood, énonce-t-il en s’éclaircissant la gorge, après mûre réflexion, tu ne seras pas envoyé dans le monde du Néant aujourd’hui. Ce serait trop facile et trop beau pour toi, dit-il avec un ton condescendant. J’exige ton retour dans le monde humain afin de me prouver que tu es capable d’aimer et de vivre comme quelqu’un de bien. Tes faits et gestes seront sous surveillance et je déciderai en temps voulu si tu vaux la peine d’être épargné. Tu rentreras chez toi sans un seul souvenir de ce qu’il s’est passé aujourd’hui.
Le mi-homme mi-porc claque alors des doigts et je me retrouve seul dans un couloir avec pour unique indice, une pancarte indiquant Room 18 . De vieux bibelots appartenant à la Grèce antique sont exposés tout au long des murs. Mon estomac crie famine. Aucun fichu souvenir ne me permet de dire ce que je fous ici, mais j’avalerais bien tout un régiment.

 
Chapitre 2
Eliel
Errant depuis quelques minutes dans les rues de Londres à la recherche de mon repas, le besoin de sang se fait ressentir. Des sueurs froides m’assaillent, ma tête me fait souffrir et je n’ai plus les idées claires. À chaque fois qu’un humain passe, tout ce qu’il m’est possible d’entendre est le flot d’hémoglobine couler dans ses veines et les battements de son cœur. Mon nez est à l’affût de toutes les odeurs qui se dégagent des anthropiens. Mon attention est tournée vers n’importe quelle fragrance qui émane de ces êtres faibles.
Mais pourquoi j’ai la dalle à ce point ?
La nuit est déjà tombée depuis quelques heures. Il doit être entre sept et huit heures du soir. Certains magasins sont encore ouverts, ils exhibent leurs décorations d’Halloween comme si c’étaient des chefs-d'œuvre. Cette fête m’ennuie au plus haut point, elle est d’un ridicule ! Heureusement pour moi, cette année, je n’ai pas dû y assister. Pas d’humaine pour m’obliger à participer à ce folklore. Maintenant que j’y pense, je ne parviens pas à me rappeler ce que j’ai fait à la place. J’ai sûrement abusé du gin avec Smith.
Une odeur métallique me sort de mes pensées et vient chatouiller mes narines, plus j’avance, plus elle s’intensifie. Une piste se présente à moi. Quelqu’un serait-il blessé par ici ? C’est l’occasion ou jamais.
À table, mon grand !
Mon odorat me conduit dans une ruelle qui empeste la pisse de chat et la poubelle. Bon appétit, tu parles. Mes yeux repèrent une silhouette recroquevillée sur elle-même dans un coin, caché du regard de tous. Au-delà des battements rapides du cœur de ma proie, des sanglots se font entendre. Je m’approche de ce qui me semble être une jeune femme et m’accroupis devant elle.
— Vous êtes blessée, mademoiselle ?
— Je... je vais bien, dit-elle entre deux sanglots.
— Si vous voulez mon avis, vous êtes tout sauf bien.
 
La fille me dévisage sans broncher. Au fond de ses yeux toute une armée d’émotions se bouscule. Elle ne doit pas savoir quoi penser ou quoi faire en ma présence. À cet instant précis, elle se demande sûrement si elle doit me faire confiance ou pas. Comme ça doit être fatigant d’éprouver tous ces sentiments en même temps. Je ne comprendrai jamais ces personnes qui s’obstinent à mettre des mots sur ce qu’ils éprouvent constamment. Je serais exténué à leur place.
— Alors, vous comptez me dire ce qu’il s’est passé ou je dois vous forcer ? balancé-je en montrant les crocs.
Oups, j’y suis peut-être allé un peu fort, là. La demoiselle sursaute suite à ma menace, son regard de miel me transperce. Elle tremble comme une feuille contre ce mur plein de mousse et de pourriture. J'avance ma main vers elle et la pose sur son genou, elle tressaille au contact de ma peau contre la sienne. Elle est gelée. Au fur et à mesure, sa confiance envers moi semble grandir. Son pouls se fait de plus en plus faible. C'est parfait. Maintenant qu’elle est entièrement vulnérable, l’obliger à être discrète sera un jeu d’enfant. Son état de latence me permettra d’en profiter pour planter mes crocs acérés dans sa nuque.
Elle prend une grande inspiration et commence son récit. Loin de moi l’envie de la brusquer, toutefois, l’écouter geindre ne faisait pas partie de mon planning. Il faut bien l’admettre, je lui ai posé la question. Cependant, je ne m’attendais pas à ce qu’elle me raconte sa vie. La plupart du temps, les victimes sont trop effrayées pour le faire. Allez, prends sur toi, Ely, ouvre grand tes oreilles et pense au repas succulent qui t’attend.
— Une connaissance m’a invitée dans un bar qui se situe à quelques rues d’ici. Le nom m’est inconnu, c’est la première fois que je viens dans ce quartier. J'ai bu quelques verres servis par une barmaid on ne peut plus vulgaire. Après être allé me soulager au petit coin, j’ai surpris mon rendez-vous flirter avec une autre. Je suis partie de cet endroit de malheur en courant et je me suis retrouvée ici.
Cette petite est complètement désarçonnée, la peur se lit jusqu’au plus profond de ses yeux châtains. Ça m’excite. Fini de jouer maintenant, je bois ce qu’il me faut, puis je me casse.
— Écoute-moi bien, petite, articulé-je sans la quitter du regard, ne bouge pas et ne crie pas. Je ne te ferai aucun mal.
Aucun mal, tu parles. Elle acquiesce d’un signe de tête. Ma main droite qui était posée sur son genou, trouve son chemin jusqu’à sa nuque et balaie d’un coup lent ses cheveux châtains. En prenant une grande inspiration et en me concentrant seulement sur l’odeur fleurie de sa peau, une douce odeur de camomille me monte à la tête. Mes crocs acérés et dévoilés, j’approche sans difficulté de sa chair rosie par le froid automnal. Soudain, l'odeur de cruor déjà présent sur sa nuque m’interpelle. J’effectue un mouvement de recul et analyse la jugulaire de ma victime. Un détail, et pas des moindres, me saute aux yeux. Elle a déjà été mordue.
Nom d’un chien ! C’est à ce moment précis que ma pièce tombe. Quel idiot ! Elle vient d’un bar, je cite : “de malheur” avec une serveuse “on ne peut plus vulgaire”. La jeune brebis égarée ne peut venir que d’un seul endroit, le Bloody Pub. Un autre buveur de sang a été conquis par son doux parfum avant moi. Cela dit, je le comprends. Cette demoiselle a un je-ne-sais-quoi étrangement attirant. Habituellement, je me trouve un repas qui n’a pas été entamé par quelqu’un d’autre, ça me répugne. Je suis incapable de détourner mes sens et mon attention de cette fille. Tant pis, cette fois-ci on repassera sur les grands principes, je crève la dalle.
Je saisis son poignet et le porte à mes lèvres. Elle se laisse faire et reste d’un calme olympien. Normal, elle est obligée. Elle est astreinte et ne peut donc rien faire contre mes ordres et mes demandes. La possession de ce pouvoir de persuasion sur ces humains me ferait presque jouir. Mes canines s’enfoncent dans sa peau et mes papilles gustatives se délectent de son sang. Les quelques gorgées que je peux me procurer ne satisferont pas entièrement ma soif, mais ça me calmera. Le liquide chaud qui coule dans ma gorge provoque un sentiment de bien-être intensif. Je suis tellement fiévreux que ma tête tourne. Depuis combien de temps je n’ai plus mangé ? Après m’être rassasié à moitié, j’oblige cette gamine à décamper et à oublier tout ce qu’elle a vécu ce soir. Un autre encas se présentera bien à moi. Au pire des cas, un verre de gin fera l’affaire pour l’instant. L’alcool a la faculté de faire passer la soif de cruor pendant quelque temps. Ce n’est pas éternel, cependant, on fait avec ce qu’on a. Vivre parmi les hommes ne nous permet pas de nous sustenter à notre guise. C’est pour cela que nous avons dû apprendre à gérer notre faim.
Mes jambes prennent à elles seules la direction du Bloody Pub, le quartier général des vampires.
Quelques rues plus loin, mes deux mains poussent l’immense porte en bois. Il y a très peu de fenêtres, ce qui permet de ne pas être vus par les humains qui pourraient passer dans la rue plus tard dans la nuit. Si un anthropien passe la porte d’entrée et met les pieds ici, il n’en sortira pas indemne. Nous sommes sur notre territoire.
Dès que mes pieds foulent le parquet, je me sens directement chez moi. L'espace assez sombre n’est illuminé que par des néons qui forment des mots ou des phrases aux quatre coins de la pièce. Le plus impressionnant est celui au-dessus du bar où l’enseigne du bâtiment est écrite en rouge dans ces tubes lumineux fluorescents. De grandes tables en bois noires sont disposées un peu partout dans la salle autour du comptoir et de gros sièges en cuir y sont installés pour pouvoir y déposer nos fessiers sans se les froisser.
Je m’installe sur un tabouret au bar qui est disposé en îlot. Il trône au milieu de la pièce et un petit peu en hauteur par rapport aux tables. Cela permet à Wilson de se sentir plus puissante et plus grande que les autres, j’imagine. Tiens, tiens, en parlant d’un vampire, on voit le bout de ses crocs.
— Eliel Blackwood, ça faisait longtemps. Plus de vingt-quatre heures sans te voir mettre un pied ici, c’est bizarre, me lance Wilson, un grand sourire planté sur ses lèvres rouges. Qu'est-ce que je te sers ?
Ça me fait du bien de revoir un visage familier. Wilson se tient derrière le comptoir, un débardeur noir avec un décolleté plongeant à souhait. Elle a plus de peau visible que de vêtements. Ses cheveux de couleur charbon lui tombent sur les hanches.
— Hé Wilson, vingt-quatre heures sans me voir et tu ne sais plus ce que je bois ! Tu me déçois, ma grande. Un gin fera l’affaire.
— T'as pas bonne mine en tout cas, qu’est-ce qu’il t’arrive ?
— Ma mine t’emmerde, Wilson. T’aurais pas vu quelques heures plus tôt une jeune brune qui s’est fait mordre juste ici ? demandé-je en lui montrant du doigt l’emplacement de la blessure.
— Je te rappelle que j’ai un prénom, Eliel, souffle-t-elle exaspérée que je ne l’appelle que par son nom de famille. Les humaines ne trainent pas trop seules par ici en général.
En levant les yeux au ciel, mes lèvres se trempent dans mon verre et mes papilles gustatives me remercient pour ce délicieux goût de pamplemousse. Décidément, Shay ne me sera d’aucune utilité, parce que oui, Wilson a un prénom. Il faut absolument que je sache quel buveur de sang incompétent laisse sa proie au beau milieu d’une ruelle sans l’avoir contraint d’oublier la soirée. Qu'il comprenne son erreur et qu’il souffre comme il se doit, cet abruti.
Une voix qui m’est familière me sort de mes pensées.
— T’as raison, Wilson, les humaines ne se baladent pas ici toutes seules, je le saurais.
Je relève la tête pour découvrir Miles Smith, mon fidèle compagnon de beuverie, de chasse, de comptoir. En résumé, de tout. Il pourrait vous surprendre, cet anthropien d’une trentaine d’années cache bien son jeu derrière son air angélique qui fait craquer toutes les gonzesses. Miles s’installe à mes côtés et fait signe à notre amie barmaid de nous servir la même chose.
— Alors Ely, qu’est-ce que t’as foutu ? Ça fait une plombe que je t’attendais, me balance le blond.
— J’ai chassé, je crevais de faim. Dis-moi, tu n’aurais pas entendu une info sur un vampire qui aurait mordu une petite brune et qui l’aurait laissé partir sans lui faire oublier ?
 
Miles passe sa main sur sa barbe de trois jours.
— Pas que je sache, mon esprit était un peu ailleurs ce soir, dit-il en fixant l’autre côté du bar.
— Smith s’est encore amouraché d’une petite brune prête à se faire bouffer, m’annonce Shay tout en essuyant un verre de ses mains manucurées.
— Oh, je vois, et le mariage est pour quand, mon grand ?
— Allez-vous faire voir, tous les deux, je ne suis pas comme vous, moi. Mes souhaits n’apparaissent pas en un claquement de doigts. Bande d’abrutis.
 
Sur ces dernières paroles, Miles se lève et s’approche de la brunette en question. Elle le bouffe des yeux. Allez, c’est bon signe mon pote ! Reste à voir s’il la ramènera ce soir. En attendant, l’envie de prendre une douche naît en moi. Seul ou accompagné ? Hum... je me tâte. Une petite douche en duo aurait été une super idée pour me détendre sauf que ramener une femelle avec moi demande de faire un effort. Mon degré de fainéantise décide pour moi. Ce sera donc en solo.
D’un signe de main, j’annonce mon départ à Wilson et me mets en route pour mon appartement. Je suis vidé. Pas comme j’aimerais l’être, mais c’est un détail que nous réglerons plus tard.

 
Chapitre 3
Eliel
C’est seul, frustré et intrigué que je rentre chez moi. Mes jambes montent machinalement les marches de la cage d’escalier en fer qui se situe sur la droite du bâtiment. L’idée de déménager dans un espace plus grand m’a déjà traversé l’esprit, mais à vrai dire, je n’y suis pas souvent. Je tâte mes poches pour trouver mes foutues clés. Ce trousseau de malheur a l’art de me foutre en rogne. C'est toujours quand on en a besoin qu’il se cache on ne sait où. Une fois trouvé, j’insère la bonne clé dans la serrure et ouvre la porte. Étrange... il n’a fallu faire qu’un seul tour pour pouvoir entrer.
Mes pieds foulent le parquet qui craque sous mon poids. Je balance ces satanées clés sur le meuble de l’entrée. Mon appartement est plongé dans l’obscurité. Seul un rayon de lune éclaire le séjour à travers la fenêtre. J'allume les lumières, enlève mon perfecto en cuir qui atterrit sur le divan.
Tous mes gestes se font instinctivement, comme une sorte de routine. Bon Dieu, emmerdant à souhait le mec. Traverser le salon et pousser la porte de la salle d’eau. Enlever mes vêtements à la hâte et me glisser sous la douche à l’italienne, que je n’échangerais pour rien au monde. Elle est spacieuse, ce qui permet une liberté de mouvement étendue lorsque j’ai des invitées. Le must dans tout cela, ce sont les miroirs qui sont juste en face, ils me permettent d’avoir une vue panoramique sur ma plastique de rêve ou sur celle de la jeune femme qui m’accompagne.
L'eau chaude coule sur mes épaules et détend tous mes muscles crispés par les derniers évènements. Quelque chose m’échappe, mais je ne saurais dire quoi. Je me sens exténué, qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour me sentir dans un état pareil ? Habituellement, il en faut beaucoup pour m’achever. Mes yeux se ferment et mon corps entier profite de la sensation de chaleur ambiante. Soudain, un regard noisette surgit et trouble mes pensées. C’est comme une apparition, je n’ai même pas le temps de me rappeler où je les ai vu que l’image disparaît. Bon sang, que c’est frustrant ! Mon poing atterrit rageusement sur le mur en face de moi qui se fissure sous la force incontrôlée de mon coup. C’est vraiment insupportable d’être dans un état pareil. J’ai l’habitude d’avoir le contrôle sur tout, sur mes pensées, mes désirs, mes repas, et j’en passe. Le souvenir de ce regard caramel me trouble, il est assez rare que ce genre de détail m’échappe, même chez mes victimes. Les yeux sont comme une identité, ils reflètent notre âme et j’aime observer la peur et...

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