L étoile des audacieux
119 pages
Français

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L'étoile des audacieux , livre ebook

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Description

Dans une province française mi-villageoise mi-urbaine, carrefour de toutes les influences, certains cherchent leur étoile : une jeune femme démarrant autant dans l’enseignement que dans l’apprentissage de la vie ; un marginal désabusé, prostré sur un banc ; deux adolescents, l’un solaire, l’autre lunaire ; un bibliothécaire aux éternelles chaussures jaunes et une dame âgée avec une étrange manie. Leurs regards et leurs vies se croisent. La pulsion des attirances mutuelles vibre. Ces quelques êtres ordinaires seront-ils suffisamment audacieux pour que les amours secrètes cèdent la place aux vérités ?


Le style de Johanna Petit est d’une savoureuse imprécision, se situant quelque part entre le vieux San Antonio et la fraîche Fred Vargas. On retrouve un certain souffle de polar mais sans patatras particulier, sans crime, sans meurtrier, si ce n’est une solitude qui tue à petit feu. Avec son style unique, ce roman choral, caméra à l’épaule, libère la vie. Il la libère des contraintes narratives, il la distancie des lois des genres, et il laisse le sang et les larmes dans les replis fielleux de leurs différentes pochettes. Le regard bienveillant de Johanna Petit nous fait tranquillement palper ce qu’il y a de si vaste ici, juste ici.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 8
EAN13 9782924550397
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L'étoile des audacieux
Johanna Petit
© ÉLP éditeur, 2018 www.elpediteur.com ecrirelirepenser@gmail.com ISBN : 978-2-924550-39-7
Conception graphique : Allan E. Berger Image de la couverture: Michaël Garcini, 2018
Avis de l'éditeur
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ÉLP éditeur est une maison d’édition 100% numérique fondée au printemps 2010. Immatriculée au Québec (Canada), ÉLP a toutefois un e vocation transatlantique : ses auteurs comme les membres de son comité éditorial p roviennent de toute la Francophonie. Pour toute question ou commentaire co ncernant cet ouvrage, n’hésitez pas à écrire à : ecrirelirepenser@gmail.com
À mon jeune homme, à nos enfants
JEAN-MICHEL
Chapitre 1 Bon pied? bon oeil !
Aurore avait enroulé la natte brune sur elle-même e t épinglait soigneusement son chignon. Sa campagne natale, ses coteaux humides s’ éveillaient, paisibles ; l’été s’achevait toujours dans la brume et le silence.
Les frappements métalliques d’un chantier extirpère nt la jeune femme de ses pensées bucoliques. Elle s’engouffra précipitamment dans la cage de l’escalier en colimaçon, avec son cartable neuf en cuir végétal c ontenant une enveloppe matelassée pour Sébastien. Les marches étaient inég ales, fraîchement cirées, Aurore s’envola par-dessus la rampe piquée et rejoignit di rectement le trottoir.
L’air vif saisit ses narines conquérantes. Telle un e fillette jouant à la marelle, elle sautilla entre les pigeons, sur le parvis de sa nou velle vie.
Shirley et Driss venaient d’être déposés par le bus , place de La Poste.
Khadija Baraka avait solennellement annoncé à son f ils qu’il était assez grand pour ne plus être accompagné à l’école le premier jour. L’adolescent avait poussé un léger soupir de soulagement. Sa mère avait hurlé en arabe une dernière recommandation qu’il n’avait pas cherché à comprendre. Il s’était hâté vers l’arrêt Villeneuve où patientait déjà Shirley.
Des grappes d’élèves chahutaient aux portes du coll ège Sainte-Bernadette des Anges ; chez les plus jeunes, quelque chose d’indéf inissable trahissait l’appréhension. Aurore repéra les potentiels meneurs et les plus in trovertis.
Toutefois, elle ne remarqua pas sur le banc à quelq ues mètres d’elle, les deux iris orangés du rapace à l’hirsute barbe bleutée qui la fixaient, et elle pénétra insouciante dans l’enceinte de l’établissement.
o0o
Je ne louperais pas le retour des puceaux et des pi sseuses pour tout le pognon du monde. La rentrée, c’est le jour le moins merdique de l’année.
Alors je suis descendu un peu plus tôt que d’habitu de, avant même ma première collation. À ce propos, faudrait qu’on file avec Pa scal chercher un cubi chez Toupacher. J’espère qu’on ne se tapera pas la Vieil le.
Les festivités reprennent !
Il y a les sixièmes qui pédalent dans la semoule, c hargés de bouquins, cahiers, classeurs, pour ceci et pour cela, et de trousses d ans lesquelles les stylos seront remplacés par du papelard mâché d’ici samedi. J’en ai repéré quelques-uns de ces morveux dès la maternelle privée, derrière le collè ge. Ces petits faux-culs avaient déjà une tête de gland. Des enfants de chœur, avec une m ain sur leur chapelet et, avant la fin du trimestre, la seconde dans leur calbute ! Ga ffe à vous les mauviettes, vous allez dérouiller ! Ça va vous changer, le rythme du secon daire.
Entrejuilletetaoûtlescinquièmesontpristrent ecentimètresetlemelon.Ilsont
Entrejuillet et aoûtles cinqumes ont pristrente centimètres etle melon.Ils ont allégé leur paquetage, porté désormais sur une épau le comme une épuisette. Pour jouer les affranchis.
Les quatrièmes, ah les quatrièmes ! Treize ans, l’â ge de toutes les conneries… Ils se balancent des bombes à eau et jactent comme des rac ailles. Ils sont complexés de ne pas être nés dans la zone et de ne pas étudier dans le public… Les pignoufs.
Quant aux troisièmes, il me reste dix mois à voisin er avec leur appareil dentaire et à apprécier la technique de leurs galoches.
Le petit beur n’est pas flanqué de ses frangines da ns leur soucoupe roulante et de sa daronne au fichu de veuve corse qui baragouinait , en nage derrière les manettes, des « Driss ! Driss ! Moins vite mon fils ! » Il si ège dans le car à côté de la rosbif et bouffe des yeux ses taches de rousseur en tirant ne rveusement sur les pans de son futal. Toujours aussi peu entreprenant depuis trois ans, le gamin.
Franchement, qu’est-ce qu’il fout dans cette taule parmi des bourges à la blondeur aristocratique?
C’est comme moi, qu’est-ce que je branle dans une n écropole qui s’ignore, où les gonzes causent PME : ils gèrent, optimisent et perf orment leur vie de A comme artiche à Z comme zob.
Alerte au Malibu, v’là Pamela, la prof de chimie si je me souviens bien ! Elle me balance son effluve de luxe dans le tarin. Toujours d’aussi gros nibards, toujours autant de quincaillerie à ses paluches. Elle a un nombre d e bagouzes proportionnel au poids de ses nichons. (Dommage que Pascal loupe le specta cle. Ses miches le font rêver, l’artiste.)
Des apprentis puceaux de la boulange se retournent sur son passage, le claque-merde en cul de poule. Ces bleus… les mêmes au fil des décennies ! Ils rigoleront moins quand ça chauffera pour leur matricule. Paraî t que c’est une satanée peau de vache, Pamela.
Ça me cogne, les travaux dans le quartier Villeneuv e, un no man’s land en face d’une rocade où ils ont déplacé le cimetière. Là où on ne vit que pour dormir quand on n’y est pas mort.
La Vieille dit qu’ils finissent d’y construire un e space social. Ils m’ont surtout gonflé tout l’été. Et vas-y que ça creusait ! J’avais l’im pression qu’on perforait mon cerveau et qu’il allait se transformer en ticket de métro.
Sous le cagnard, ça cravachait sec. Enfin, ça crava chait sec pour celui qui cravachait… pas pour les trois autres mecs de la Di rection départementale de l’équipement qui se tournaient les pouces derrière leur collègue et les vieux en mal de rénovation qui trouvaient là une occupation comme u ne autre.
Ils ont dû apprécier les touristes… Il y en avait p artout, des touristes ! À croire qu’ils ont créé un centre de reproduction de globe-trotteu rs au Conseil Général.
Moi, je ne fais pas dans le vacancier en panoplie « short de Claudette sans le satin, espadrilles bayonnaises et casquette récupérée au p assage de la caravane du Tour de France ». Rien de croustillant à se mettre sous la dent avec lui : pas de feuilleton, pas de suspense. C’est une fourmi, le touriste, en moin s besogneux, en plus gras, mais tout aussi couillon.
Poursucerunedeux-boules,ilposesonressortgél atineuxsurmonassiseattitrée
Pour sucer unedeux-boules,il pose son ressort gélatineux sur mon assise attitrée depuis des lustres. Il y a autant de bancs publics que de pigeons dans ce foutu bled, ben les mecs, il me pique le mien !
Un jour je le ferai graver mon banc : « Ci-sied Jea n-Michel. Prière de respecter, bande de nazes. »
Une caisse trop pressée agite son grelot au carrefo ur de la rue Rimbaud et de la place de La Poste où ça coince autant les vendredis soir qu’à Paname, place de l’Étoile.
Une donzelle qui a déboulé de nulle part, comme une comète sur la Voie lactée, rentre dans mon collimateur. Elle est sapée comme l ’as de pique avec sa pelure tricotée dans les années soixante-dix par un camp d e lépreux, et ses rangers. (Qu’est-ce que c’est que ces godasses?!)
Elle se dirige vers le collège. Un cartable. C’est une prof. Les profs ont tous un cartable. Comme des gosses. Sauf les profs de gym. Les profs de gym ont tous un jogging et des baskets. Comme des athlètes. Une pro f de quoi? Pas assez raide pour être une prof de maths ou de biologie.
Je suis surpris par sa légèreté. Foulée aérienne. D émarche de voltigeuse.
Mazette, les démarches sont uniques, plus sûrement que des empreintes digitales. Et elle… elle a la démarche à Greta ! La grâce à Gr eta qui faisait rouler sa carrosserie sans accrochage, entre les tablées de ce bar à mili taires de Wittlich, pour servir des bières ! Elle a un port de tête altier, avec une nu que étroite à la Greta… une nuque à croquer, j’imagine. Elle est bien plus petite que G reta. Et moins gironde aussi, ça c’est certain ; parce que la religion de mon Allemande, c ’était leChriststollen.
Ça pourrait presque être la môme à Greta ! Une petite Gretel en somme.
Je ne partage plus mon vécu avec moi-même depuis be lle lurette… mais un beau jour, sans crier gare, avec ses souvenirs vieux de trente piges, le passé vient te chier à la gueule.
Les portes du bahut l’ont avalée toute crue. Bonne chance, Gretel, tu ne sais pas à quelle sauce tu vas être mangée !
Ce n’est pas tout ça mais ça va sonner. Et si deux ou trois de ces morveux ont soif de savoir, moi j’ai soif de ratafia.
Je ne m’attarde pas, je remonte l’étancher.
o0o
L’enseignante en français fut accueillie dans la cl asse des 3es 2, dont elle avait été chargée d’être la professeure principale, par des c huchotements railleurs. Fait étrange, Aurore se sentait à l’aise comme dans des chaussons et était persuadée qu’une bonne impression pouvait s’exercer simplement avec de l’a ssurance.
Or, les élèves lui renvoyaient l’image d’une enseig nante dénuée de toute prestance.
Elle ouvrit la bouche pour saluer son assemblée ; D riss s’avança vers elle. La surprise empêcha Aurore de protester.
La classe entière retenait son souffle.
Legarçonpointasesdouxyeuxcharbonneuxverslespiedsdecellequiavait
Le garçon pointa sesdoux yeux charbonneux versles piedsde celle qui avait seulement dix ans de plus que lui.
WienMozartHausschuhen.
Elle avait gardé les pantoufles que son père Isaac, tailleur de pierre de profession, lui avait fabriquées selon un tuto autrichien. Ce flagr ant délit la fit rougir. Cela passa inaperçu grâce à une utilisation abusive de savon d e Marseille qui donnait un charme rustique à sa peau diaphane.
Driss s’adressa à elle avec connivence, expliquant à voix haute, pour lui sauver la mise, qu’il avait un souci similaire, et ramena ses billes ébène vers le bas de son pantalon aux ourlets trop longs. Il les souleva, dé voilant à tous ce dont il s’était aperçu, crispé, en grimpant dans le bus numéro douze : des babouches pointues qui sentaient agréablement la menthe.
Khadija Baraka mettait des feuilles de menthe maroc aine dans toutes les affaires de Driss, même (et surtout) celles susceptibles de sor tir avec lui de leur trois-pièces. « Comme ça, tu es partout chez toi, mon fils », justi fiait-elle sa manie. Il en retrouvait jusque dans ses manuels, séchées par l’épaisseur de s pages, et la capuche de ses sweat-shirts.
Des fous rires fusèrent.
Un son court et sourd imposa immédiatement un silen ce de plomb : Shirley, au dernier rang, avait frappé fermement du poing sur l a table et foudroyait du regard le groupe qui s’était tourné vers elle.
L’incident fut clos.
Driss regagna sa place en demandant terrorisé, troi s minutes plus tard, s’il y aurait de la grammaire et de la conjugaison au programme d e cette année.
En cours de français avec une dictée au brevet? J’e n ai bien peur… répondit Aurore, amusée.
Eh Baraka, t’es pas près d’avoir la plus bonne note ! lança Pierre Lepic.
J’en connais d’autres, Pierre, le reprit Shirley.
Avec solennité, l’enseignante commença par annoncer l’emploi du temps. Elle omit de faire signer la charte informatique et distribua le règlement intérieur, en circulant dans la pièce repeinte en orange pour stimuler la c réativité des collégiens (avec ses WienMozartHausschuhen).
Elle profita de l’interclasse pour tirer les stores et protéger ses élèves d’une luminosité devenue aveuglante.
Des gouttes de sueur perlaient sur son décolleté, e lle ôta sa veste en laine des Pyrénées, faite main, au motif jacquard dans des to ns parme, dont la poche gauche avait vrombi frénétiquement dès huit heures. Un boî tier en plastique noir s’en échappa et, en embrassant le plancher, se désagrégea, désin tégrant ainsi la dizaine de messages paternels encore en surbrillance ; la moit ié prenait gentiment de ses nouvelles quand l’autre moitié la réprimandait de n e pas en donner.
Aurore ramassa les morceauxmade in Taiwanet les jeta à la poubelle avec un rictus de satisfaction.
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