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La biographe ordinaire , livre ebook

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Description

La biographe ordinaire nous raconte cinquante années de la vie d’Ana, une inconnue dont il importe peu qu’elle existe ou non.


Bousculée dès le départ par des vents contraires, l’aventure d’Ana, marquée par l’abandon, est celle d’une enfant à aimer, d’une amie lointaine, d’une femme souvent blessée qui tâche résolument d’aller de l’avant.


D’îles en continents, de somptueux paysages la regardent faire ses choix, nourrissent son infatigable aptitude à la vie, sans la retenir jamais quand il devient nécessaire de partir.


Un jour, sa fille lui écrira : « Tu fais partie, je dirais, des chasseurs-cueilleurs. Tu avances, tu te nourris de ce que tu trouves sur ton chemin. Parfois, tu tombes, tu te fais mal, tu te relèves. »

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 03 août 2023
Nombre de lectures 0
EAN13 9782414605941
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
Copyright
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cet ouvrage a été composé par Edilivre
Immeuble Le Cargo, 157 boulevard Mac Donald – 75019 Paris
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Email : client@edilivre.com
www.edilivre.com
 
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
 
ISBN numérique : 978-2-414-60594-1
 
© Edilivre, 2023
Du même auteur
Du même auteur Sous le nom d’Élisabeth Delaygue :
Mestizo , roman – Éditions Présence Africaine – 1986 – Paris
D’Amour et d’Afrique , nouvelles – Éditions Kashi Kasi – 1991 – Mayotte
Dont Saudi – réédition à venir
 
Comme un film en noir et blanc, biographie – commande privée – 2007
 
Sous le nom d’Elisabeth Seenivasa Pillai :
Pendant la guerre , roman – Éditions Le Manuscrit —  2005 – Paris
Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
Exergue
« Toute vie n’est qu’un poème, un mouvement. Je ne suis qu’un mot, un verbe, une profondeur, dans le sens le plus sauvage, le plus mystique, le plus vivant. »
Blaise Cendrars – 1913 – À propos de La Prose du Transsibérien
« Celui qui ouvre le livre, quand il est pris par l’histoire, se fait sa propre musique »
Enki Bilal – Interview sur France Musique, 21 décembre 2022
Fais-toi bonheur,
Fais-moi tristesse, fais-moi magie,
Fais-toi couleur, fais-toi sanglot,
Fais-moi mélancolie ou inspiration ou hululement, ou fais de moi un arbre et puis de l’herbe verte !
Invente mon instant, puise dans ta joie pour abreuver toutes tes soifs, surtout ne va pas pleurer sur le temps qui passe ou sur le fleuve sauvage que des cœurs ont laissé s’élargir devant toi et devenir infranchissable, des cœurs-souvenirs au goût brumeux-salé d’autrefois.
Cours loin de là, il y a des montagnes, il y a des cascades, il y a un vent frais, il fera ta force et tes pas –
Il y a des mers, des océans, des eaux claires, franchis maintenant les brunes ravines où coule l’eau souillée des désespérés.
Cours où les messages sont ardents, bleus ou bien dorés, n’écoute pas les sons stridents, ne regarde pas les nuages que l’on te dessine. Il n’y a rien. Tout est inventé.
Personne ne t’attend, personne ne me voit, ton âge passera et rien n’emportera, pas même moi qui te suis, te pousse tout droit vers le plus apaisant des paysages : viens, la beauté est là.
Élisabeth Delaygue – Les Âges – 2019
1 ère partie DANS LES ILES
1
Le major Josef Seidel tenait par la main une toute petite fille quand il se présenta au guichet de la police des frontières.
Ses papiers étaient en règle, il appartenait encore à un régiment de la Légion étrangère mais n’était plus au détachement de Mayotte depuis des mois, depuis qu’il avait atteint ce grade ultime des sous-officiers de la Légion en passant un concours. Il n’était revenu que pour régler une affaire personnelle.
L’enfant, sa fille, était inscrite sur son passeport, elle avait 5 ans, un petit sac à dos rouge et elle tenait fermement une sucette de la même couleur dans son poing sans penser à la porter à sa bouche.
Immobile près du major, elle tournait cependant fréquemment la tête du côté du hall, sans bouger le reste de son petit corps vêtu d’un bermuda et d’un polo miniatures.
Un groupe de femmes s’agitait à l’entrée de la zone d’accès à la piste. À cette époque, il était assez facile de s’avancer avec les voyageurs jusqu’au pied de l’avion – l’unique avion de ligne, le second étant un Transal C160 de l’armée – sans avoir à justifier d’un titre de transport ou de toute autre chose.
Une voix féminine cria « Ana, mon cœur ! » sur un mode aigu. D’autres voix s’exprimèrent en diverses langues régionales, toutes en même temps, le major put rapidement se rendre compte qu’on retenait fermement la mère de l’enfant qui cherchait à rejoindre la passerelle.
Il prit sa fille dans ses bras pour grimper dans le vieil Hawker 1 sans plus se retourner et de sa main libre imprima une légère pression sur le visage de l’enfant afin qu’elle ne regardât pas en arrière.
Ils étaient les premiers arrivés dans la cabine. Il s’installa au fond de l’avion, gardant la petite sur ses genoux. Il l’incita à sortir de sa léthargie, de cette sorte d’état rêveur où il décelait inquiétude, incompréhension et peut-être peur, en guidant la sucette rouge vers son petit visage trop sérieux. Il la regarda alors avec attention et se réjouit de la trouver si belle. Elle aurait 6 ans bientôt, il ne l’avait pas revue depuis presque une année. Maintenant elle resplendissait avec sa peau couleur crème, ses cheveux ondulés d’un brun légèrement doré, retenus par un ruban de tissu élastiqué, ses yeux en amande un peu rapprochés, vert pâle, d’un charme indéfinissable. Il eut l’impression qu’elle ressemblait à sa propre mère, en train de les attendre quelque part en Afrique de l’Ouest, espérant connaître sa petite-fille.
Par le hublot il ne voyait pas l’aéroport mais le lagon, les îlots Bousi et de Bandrélé se succédant au loin.
Un morceau de la Grande-Terre aussi.
Il ôta ses petites sandales à Anaruby puis la mit debout sur le siège voisin pour lui montrer le paysage.
Il s’impatientait pourtant. Les autres passagers arrivaient tranquillement, plaçaient des sacs et des paniers dans les espaces trop justes suspendus au-dessus de leurs sièges, prévus pour de très petits contenus.
Soudain il y eut des cris, le major aperçut Pernille Chetty, la mère de l’enfant. Elle se démenait pour franchir l’allée étroite, gênée par les passagers encore debout. L’hôtesse de bord s’accrochait à son bras, tandis que Pernille gesticulait pour s’en débarrasser en criant qu’elle devait récupérer sa fille.
« Ana ! Ana », appela-t-elle une ou deux fois.
L’hôtesse disparut, deux hommes en uniforme se faufilèrent jusqu’à la jeune mère ; ils l’immobilisèrent au centre de l’avion. La petite fille qui s’était tenue très sage jusque-là se mit à pleurer abondamment sans un bruit. Le major Seidel s’était levé prêt à faire face à Pernille. Ce ne fut pas nécessaire.
Le commandant de bord et l’officier de police de l’aéroport repartaient déjà avec elle. Elle paraissait avoir abandonné toute résistance.
Josef Seidel prit Anaruby dans ses bras, la berça tendrement jusqu’à ce qu’elle s’assoupît un peu après le décollage.
Le Hawker de Réunion Air Services, la première des compagnies aériennes à desservir l’île – auparavant il y avait le bateau ou exceptionnellement le Transal – allait les conduire tranquillement vers leur destination, dans le ronronnement monotone de ses deux moteurs estampillés Rolls Royce – cela faisait sourire sur ce petit avion un peu rustique.
Une autre île, un autre monde se rapprochaient, ce que le major pouvait espérer être une vie différente à venir, avec vraisemblablement sa retraite de la légion pour mieux s’occuper d’Anaruby.
Il observa un moment le bleu sombre du canal de Mozambique, puis ils se posèrent à Majunga pour une courte escale. Ensuite ils survolèrent assez longtemps le nord de Madagascar, des hauts plateaux aux vastes compositions vert sombre de ses forêts humides des basses terres. La beauté de la canopée mousseuse, vue du ciel, sous laquelle il savait la richesse d’une faune endémique, originale et unique.
L’opulence de cette nature ne tarderait pas à décroitre sous la poussée de la population rurale démunie mais grandissante.
Il vit défiler l’étendue rouge des espaces de latérite, les terres diverses ponctuées de villages.
Josef repéra enfin, sur la côte est de la Grande Ile, l’extrémité nord du canal des Pangalanes et devina au loin l’île de Sainte-Marie. Alors il s’endormit à son tour tout contre l’enfant, comme si un danger était passé, comme si la tension qu’il avait supportée depuis Dzaoudzi se dissipait à la rencontre de l’océan Indien.


1  Avion à hélices Hawker Siddeley HS 748, premier avion mis en fonction sur la ligne Réunion Mayotte. Il emmenait 28 passagers entre les deux îles en un peu plus de 4 h.
2
À la Réunion, son père déposa Anaruby à Saint-Paul chez un couple d’amis avec lesquels il s’était entendu pour l’accueil de son enfant. Il ne pouvait dans un premier temps la garder avec lui ni l’emmener chez sa grand-mère en Afrique de l’Ouest. Un ordre de mission tout récent était venu contrarier ses projets.
Prévoyant et organisé, peut-être en raison d’une longue habitude de la discipline forgée par la Légion, mais probablement aussi parce que c’était dans sa nature, Josef Seidel avait une idée assez précise de la façon dont il allait construire les prochaines étapes de son parcours.
Ce serait une nouvelle vie partagée avec la petite Anaruby, il en avait dessiné les contours dans une grande hâte de tourner la page des années passées.
À peine l’enfant était-elle née qu’il avait envisagé la possibilité de l’emporter un jour loin des Comores et de rompre avec sa mère. Pourtant, deux ou trois ans plus tôt, au début de leur relation, il avait été fasciné par Pernille. Leur rapprochement l’avait d’abord comblé de bonheur.
Il avait vécu avec elle, au gré de ses retours au DLEM, bien qu’ayant appris très vite ses rendez-vous avec d’autres hommes, à chacune des missions qui l’éloignaient de l’île.
Josef, homme réservé, voire mystérieux, ne se confiait à quiconque quand il s’agissait de sa vie privée. Lui seul savait pourquoi il était convaincu qu’Anaruby était véritablement sa fille. Il l’avait reconnue. Il l’aimait tendrement tout en se détachant progressivement de Pernille.
Cette dernière travaillait. Sa famille lui avait assuré un poste administratif dans un bureau d’affaires maritimes, aussi confiait-elle la plupart du temps le bébé à une parente.
Pernille avait elle-même été élevée par l’un des hommes les plus influents de l’archipel, un indo-malgache rompu aux affaires telles qu’elles se pratiquaient à cette époque, avec la simplicité et la facilité que procurent de grandes disparités soci

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