Les mots… sans chaînes
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Description

Marie-Laure Peyre-Ginestes met à profit ce nouveau temps disponible qu’est la retraite pour donner libre cours à son imagination à travers l’écriture de nouvelles qu’elle veut divertissantes, nostalgiques, fantastiques, romantiques et parfois… inquiétantes. Partager ces moments d’évasion, susciter le plaisir, la curiosité, procurer des sentiments forts et variés sont la motivation et l’aboutissement de ces quelques pages.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 octobre 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782312063027
Langue Français

Extrait

Les mots… sans chaînes
Marie - Laure Peyre - Ginestes
Les mots… sans chaîne
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2018
ISBN : 978-2-312-06302-7
Merci à
Gérard , Monique ,
pour leur aide et leurs conseils avisés,
Aux participants de l’atelier littéraire
pour leur soutien amical
Je suis un punk
Je suis un punk. Un punk à chiens. Plutôt un punk à un seul chien. J’en voulais trois que j’aurais appelés : Athos, Porthos et Aramis. J’aurais été d’Artagnan et, bien évidemment, le chef de la meute. « Les trois mousquetaires » font partie de mes souvenirs subsistant du collège que j’ai quitté en cinquième, rebelle, pour une vie libre, sans contrainte, et surtout d’errance.
Mais le dressage d’Athos me convainquit de m’en tenir là. Mon bâtard préféré, croisé de je ne sais quelles races, avait les oreilles pointues, des yeux vifs, un corps athlétique et fin, très tonique, le poil « poivre et sel » légèrement soyeux. Surtout , il possédait un caractère indépendant et frondeur qui me faisait rager lorsqu’il partait dans une course effrénée au lieu de m’obéir. Son éducation canine, sans laisse ou entrave quelconque, me forçait à des sprints inopinés pour éviter des catastrophes de toute sorte.
Je zonais ces jours-ci dans le sud de la France et plus particulièrement dans une grande ville qui offrait des coins stratégiques pour faire la manche et vivoter agréablement.
Ce fut lors d’une poursuite après Athos que j’aboutis sur un boulevard où se mettait en place une course de soutien pour les personnes souffrant de maladies orphelines. Je m’approchai, tenant mon chien en laisse.
Un organisateur, au centre d’un groupe de participants de tous âges, me sourit et me tendit un dossard :
– Viens courir avec nous. C’est plus une course de solidarité qu’un challenge pour la gloire.
Cela faisait si longtemps que je n’avais pas été sollicité si gentiment, de plus pour une action altruiste… Je n’avais plus l’habitude.
– Avec plaisir. Combien de temps dure la course ?
– Le temps que tu mettras. 4 kms dossard bleu, 8 kms dossard rouge ou 12 kms dossard vert. Au choix. Quelle distance choisis-tu ?
J’hésitais. Je me sentais en forme en ces premiers jours de printemps, mais je n’étais pas un sportif accompli et entraîné. Loin s’en faut.
– Je pense que je vais m’inscrire pour les huit kilomètres, mais seulement à la condition que mon chien, Athos, puisse m’accompagner.
– Pas de problèmes si tu le tiens bien en laisse. C’est une manifestation caritative et non une course officielle. Il y a des chiens qui guident des non-voyants, il faut donc être respectueux de leur sécurité sur leur parcours.
Je le remerciai chaleureusement, tout de même un peu inquiet sur mon choix de distance et l’obéissance aléatoire d’Athos . Il inscrivit mes nom et prénom sur son ordinateur avec la blague habituelle :
– Dupon … T, ou Dupon … D ? Allez , Fred , je te souhaite une bonne course et peut-être… la coupe !
Je sortis de mon sac à dos des vêtements plus légers que j’avais récupérés dans une autre ville, dans un bosquet, lors d’une pause « propice ». Un sac de sport, certainement volé, avait été fouillé et abandonné là. Je m’étais servi : baskets, jogging, short, tee-shirts, casquette… le vestiaire d’un vrai sportif ! À l’opposé de mon apparence actuelle, tatouages, piercings, rangers et crête bleue à l’iroquoise. L’apothéose de la provocation.
Toutefois, les longues marches et les courses avec Athos me permettaient de conserver une forme physique satisfaisante, éliminant les bières ingurgitées sans trop de séquelles éthyliques.
Je me mis en tenue, short, tee-shirt, dossard rouge, et chaussai les baskets avec une félicité sans nom. À côté de mes rangers déformés, lourds et raides, ces nouvelles chaussures me faisaient penser être Mercure aux pieds ailés. Une seconde peau d’un confort inégalé… Je rangeais ma crête capillaire sous la casquette. J’avais l’air d’un vrai sportif !
Je laissai mon sac à dos aux soins des organisateurs et pris place dans le groupe sur la ligne de départ. Les dossards verts étaient en train de partir. Les bleus papotaient encore.
Je profitais des quelques minutes d’attente pour observer mes « concurrents ». Des hommes, des femmes, des jeunes, des seniors, qui finissaient de s’habiller de vêtements multicolores et fluorescents, tout en remplissant leurs poches de barres énergétiques.
Sur la ligne de départ, au coup de pistolet, notre démarrage fut fulgurant. Athos fut surpris, mais entra dans la course immédiatement. Nous fendions de concert l’air frais du matin, notre respiration ajustée sur mes foulées dont l’amplitude était amortie par mes chaussures de rêve.
Ma tête se vidait, mon corps m’obéissait – Athos aussi, pour une fois – mes muscles sollicités à l’extrême travaillaient en profondeur et provoquaient une saine souffrance que je ressentais et que j’acceptais. Je revivais !
Au bout d’un kilomètre, je me rendis compte que je courais près d’un groupe de jeunes qui maintenaient l’allure, sans forcer outre mesure. Ils étaient cinq ou six, deux filles et au moins trois garçons. On sentait une forte cohésion dans cette petite équipe. Une fille blonde et élancée donnait la main à l’un des coureurs, d’une façon légère mais continue.
J’étais tout de même intrigué par ces participants qui visiblement ne recherchaient pas la victoire à tout prix. Leur motivation était autre que la compétition.
C’est alors que je compris. Les lunettes de soleil de la jeune fille dissimulaient le handicap qui l’affectait : la cécité. Elle n’avait pas de chien-guide, mais la garde rapprochée affectueuse de ses amis lui permettait de courir en toute confiance.
Tout d’un coup, alors que je la regardais discrètement, elle me parla d’une voix cordiale :
– Je t’entends courir près de nous avec ton chien. Comment t’appelles-tu ?
Je fus étonné qu’elle s’adresse à moi, sans que son visage toujours fixé vers la lointaine ligne d’arrivée ne se tourne vers moi, et que son souffle ne soit altéré par ces quelques mots.
– Fred. Et mon chien Athos, répondis-je d’un trait, essayant de faire bonne figure en ne manifestant aucun essoufflement.
– Moi, c’est Natacha. On se retrouve tous à l’arrivée ? Gardons notre souffle et notre rythme pour fêter notre non-victoire.
– D’accord, avec plaisir.
J’étais étonné de l’attitude d’Athos , qui courait entre Natacha et moi, persuadé qu’il avait détecté, avec son sixième sens, la fragilité et le besoin de protection de cette jeune femme. Il ne faisait plus du tout le fou, prenant garde à ne pas la bousculer, lui jetant à sa façon des regards mouillés d’encouragement.
Natacha était en train de transformer petit à petit cette course imprévue. Il émanait d’elle une telle envie de croquer la vie à pleines dents, de faire sauter les verrous du handicap, de profiter de toutes les joies à sa portée, que je ne pouvais que l’admirer. Si elle ne pouvait me voir, moi, je ne la quittais pas des yeux. Athos tirait la langue à présent et nous jetait alternativement des regards un peu inquiets, nous associant naturellement tous deux à son tourment.
Lors d’un arrêt pour se ravitailler en eau, Natacha discuta avec ses amis et m’associa naturellement à leur conversation. Ce n’était que quelques propos anodins, mais c’était très joyeux. Je regrettai que la distance que nous avions choisie, elle et moi, ne soit que de 8 kms au lieu des 12 kms. J’aurais aimé que dure longtemps le plaisir de cette course conviviale. Les kilomètres restants furent avalés tranquillement, et, le soleil étant de la partie, je trouvais que je passais une excellente journée.
À l’arrivée, nous retrouvâmes les autres concurrents en train de se restaurer et fîmes de même, tout en commentant abondamment notre exploit. Athos eut droit à une gamelle d’eau et de croquettes, vite avalées. Il se coucha ensuite, fatigué, apaisé.
– Alors, Fred ? Content de ta performance ? me demanda Natacha.
Elle avait enlevé sa casquette et lâché ses cheveux, d’un rare blond vénitien. Sur son fin visage, légèrement hâlé, tourné vers moi, perlait un peu de transpiration. Ses yeux étant dissimulés par les lunettes, je me focalisai sur le sourire éclatant, à la dentition parfaite, qu’elle m’adressait. Je la trouvais particulièrement belle.
– Pour moi, c’est une première, cette course. J’ai bien envie de continuer à m’entraîner.
– Pourquoi pas ! Tiens , j’ai une proposition à te faire. J’ai besoin de personnes qui puissent courir avec moi régulièrement. Si tu es disponible, et d’accord bien sûr, on peut se retrouver dans la semaine sur des parcours plus ou moins courts. Qu’en penses-t

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