Chambre avec vue
20 pages
Français

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Description

L'histoire sexuelle d'un luxueux appartement parisien de 1830 à nos jours.





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Publié par
Date de parution 24 mai 2012
Nombre de lectures 81
EAN13 9782823801798
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

couverture
Maïna Lecherbonnier

Chambre avec vue

12-21

Paris 1870, l’extase hebdomadaire

Je vis au sein d’un de ces quartiers chic parisiens où rien ne transpire, où tout est feutré, dans le royaume du non-dit, le côté obscur du puritanisme.

Je suis la chambre à coucher principale d’un hôtel particulier de très grand standing baptisé « la Villa Maïna », en hommage à une célèbre prostituée, d’origine turque, prénommée Maïna. Elle se fit offrir cette belle demeure par un riche homme d’affaires, où elle vécut paisiblement sa vie de pute et surtout ses extases de femme pendant trente-deux ans.

J’ai été construite en 1750 par un architecte suisse, un adepte de Voltaire, fasciné par la beauté des corps et de l’espace, et passionné par l’union trouble du plaisir et de la douleur. Il m’a bâtie pour célébrer l’Amour sous toutes ses formes, quels que soient l’époque, l’âge de mes propriétaires et leur façon de décorer ma partie boudoir, bibliothèque ou reposoir. Une spacieuse et superbe salle de bains, revêtue de marbre rose vénitien, prolonge mes soixante-neuf mètres carrés tapissés de velours rouge. Grâce à mes six grandes baies vitrées, j’ai vu sur le tout-Paris. En 1870, ma propriétaire s’appelle Joséphine. Femme d’une trentaine d’années, veuve d’un noble britannique, qui aurait pu être son grand-père. Elle vient de m’hériter après une rude bataille l’ayant violemment opposée aux enfants du premier lit de feu son époux. D’après les conversations intimes qu’elle partage chaque jour à 17 heures, autour d’un thé anglais, avec sa meilleure amie, son défunt mari lui a tout appris des perversions des hommes et des femmes.

Elle accède à l’orgasme exclusivement par la sodomie. Elle a d’ailleurs fait installer, très récemment, un miroir amovible sur pied aux armatures en fer forgé, dans un de mes recoins. Elle reste face à lui des heures entières à contempler son cul, à jouer avec lui en lui introduisant toutes sortes d’objets tels que petits vases en cristal, encriers ou coupes à champagne. Elle demande parfois à sa cuisinière de lui apporter un plateau de fruits, qu’elle s’amuse à introduire, un à un, avec dextérité, au plus profond de son anus, vingt minutes avant l’arrivée d’un de ses amants réguliers qu’elle prie alors de l’enculer sans attendre.

Veuve joyeuse, oisive à longueur de journée, peu encline aux sorties mondaines, aimant en revanche recevoir à domicile ses nombreux amants, elle me fait profiter chaque jour de sa vie de courtisane du XIXe siècle. Nous sommes mardi. C’est le jour où Charles, le banquier, un très bel homme d’une cinquantaine d’années, lui rend visite. Il sonne le carillon de la « Villa Maïna », à 11 h 30 précises, comme chaque semaine. Joséphine est « sa détente extatique » de l’après-conseil d’administration hebdomadaire. Le maître d’hôtel, parfaitement habitué à la régularité de cette entrevue, vérifie à peine l’identité de notre visiteur par le judas de la lourde porte cochère.

Ce jour-là, je suis toujours fleurie, selon les saisons, par des bouquets merveilleux aux mille senteurs. Quinze minutes avant la venue de Charles, tous les acteurs de la « Villa Maïna » sont en scène, du personnel à qui il ne manque jamais de laisser une pièce, à la maîtresse de maison à qui il offre chaque fois une eau de parfum. Comme un homme pressé, il monte quatre à quatre l’escalier central de la maison. Joséphine l’attend avec l’impatience d’une femme-cul, c’est-à-dire une femme en manque de cul. Elle l’attend, sans robe, sans corset, pieds nus et sans artifice. Elle a relevé ses lourds et longs cheveux bruns en chignon. Son élégance naturelle est son unique vêtement. Elle pourrait être la mère de la future Isadora Duncan ou de Mata Hari. À moitié allongée sur le canapé en velours de mon petit salon, la tête penchée légèrement en arrière, dès son apparition dans l’encadrement doré de ma porte, elle lui chantonne d’une voix cristalline :

— Bonjour, mon chéri, ton conseil d’administration s’est-il bien passé ? Viens me faire ton rapport précis !

À ces mots, toujours les mêmes, il dépose son haut-de-forme et ses gants de cuir sur la commode en marqueterie Louis XVI prévue à cet effet. Joséphine écarte un peu ses jambes élancées de façon à laisser entrevoir l’entrebâillement de son sexe déjà bien éclos par les caresses qu’elle a prodiguées à son anus à l’aide d’un godemiché de style Empire. Je suis fascinée par la complicité existant entre la chatte et le cul de cette femme. En effet, alors que Joséphine délaisse parfaitement sa foufounette, celle-ci réagit, tel un tournesol au soleil, aux moindres effleurements que les doigts de sa propriétaire offrent à son sphincter, habilement dressé depuis des années à l’orgasme. Automatiquement, sa chatte mouille abondamment.

Charles porte toujours le même costume. À peine entré, empressé comme un homme en manque de sexe, il jette sa veste sur mon lit à baldaquin rose thyrien. Il rejoint alors, dans un élan passionnel, sa belle, les bras largement ouverts.

Comme chaque semaine, elle lui dit :

— N’avez-vous rien oublié, mon bon ami ?

— Suis-je bête ! lui répond-il d’un air ennuyé.

Comme d’habitude, il tourne maladroitement les talons, se dirige à nouveau vers mon lit à baldaquin, fouille dans les poches à rabats de sa veste en tweed et en tire le parfum hebdomadaire de sa maîtresse. Il profite de cette occasion pour se dévêtir de son gilet croisé jaune, de sa chemise blanche au col rabattu, de sa cravate noire, de ses bottines noires, de son pantalon de drap brun clair à carreaux et enfin de son caleçon assorti à celui-ci.

Je me suis souvent demandé si ce rituel parfaitement chronométré – trois minutes – est ou non volontairement orchestré par les deux personnages. Quelle que soit la réponse, c’est dans le plus simple appareil, la queue en rut, qu’il se dépêche de tendre à Joséphine son cadeau. Pendant qu’elle ouvre délicatement le papier de soie et défait le ruban de l’emballage, il se branle énergiquement.

— Excellent choix, chéri ! susurre-t-elle en souriant.

Elle frotte immédiatement, comme à l’accoutumée, ses seins, ses mains, sa chatte et l’intérieur de ses cuisses de quelques gouttes du parfum choisi, toujours différent. C’est d’ailleurs le seul élément de leur entrevue qui soit chaque semaine différent.

Il lui déclame sa phrase habituelle :

— Je suis pressé aujourd’hui. Tourne-toi ! J’ai envie de ton cul.

Joséphine se met à quatre pattes sur le canapé, la pointe de ses mamelons caressant le dossier du canapé. Charles, derrière elle, lui écarte un peu les fesses avant de l’enculer. Joséphine semble tendue, mais ce n’est qu’une comédie dont le but est d’exciter un peu plus « son homme du mardi ». Elle adore la manière cavalière dont il l’enfile, sans aucun préliminaire, d’un coup sec des reins. Ses seins lourds, sous les pressions de son amant, durcissent. Il mate le cul de sa maîtresse avec une telle envie qu’il en salive. L’excitation de Joséphine s’accroît à mesure que le pénis de son amant creuse son sillon et la perfore.

Le godemiché, posé négligemment sur le bord du petit guéridon, n’échappe pas au regard de ce dernier. Tout en continuant à lui labourer l’arrière, Charles saisit à pleine main l’objet de plaisir sur la table et l’enfourne dans la bouche de sa compagne.

— Lèche-le, salope !

Joséphine lape le gros gland factice en poussant des petits cris d’hyène affamée. Peu à peu, tous les muscles de Charles, à mesure de ses va-et-vient dans l’anus de Joséphine, se tendent. Tel un animal blessé, son buste bascule sur le dos de son amante, ses jambes flagellent. Il jouit. Elle enfonce ses ongles peints dans le rebord du canapé en poussant un long gémissement de satisfaction. Joséphine s’envole dans les limbes de l’extase. Elle semble transportée hors d’elle-même, du monde sensible. La tension extrême des traits de son visage donne le sentiment qu’elle s’unit à un objet transcendant, qu’elle semble voir, toucher, posséder. Elle est en lui, elle est lui.

Il est 13 heures, Charles se rhabille en regardant avec la fierté du vainqueur heureux Joséphine allongée, inerte, enfermée dans son extase, sur le canapé en velours rouge. Il s’approche d’elle, l’embrasse sur le front et lui dit :

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