Compilation d Histoires BDSM
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Exrait

Compilation Erotique
Pauline Costa
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Prisonnière  
« Salut Papa, oui, tout va bien, comme d’habitude. J’ai mangé des céréales avec du lait, et un bol de chocolat chaud. Oui, vraiment. Bon, OK, j’avoue, c’était un café. Oui, je sais, mais je n’étais vraiment pas réveillée ce matin, et j’adore le café. Je te promets, c’est le seul de la journée. Allez, laisse-moi maintenant Papa, s’il te plaît, maintenant je vais courir.
 
Oui, comme d’habitude, au même parc. Oui, oui, juste quarante-cinq minutes. Oui, oui. Bon, tu me laisses y aller maintenant ? D’accord. Oui, oui. Je t’aime, Papa. Au revoir. »
 
Ooooooooouf ! Sa litanie téléphonique enfin terminée, Jessica raccrocha avec soulagement. Tous les jours, c’était la même rengaine. Son père étant souvent en voyages d’affaires, sa mauvaise conscience l’amenait inévitablement à harceler sa fille chérie et unique de coups de fils sirupeux et fondants. Jessica avait dû prendre sur elle et se prêter à la corvée agaçante de répondre aux déclarations d’amour paternelles quotidiennement renouvelées.
 
Elle étira son corps long et fin (« trop long, trop fin », avait l’habitude de dire sa mère, « tu n’as aucune courbe, il faut t’épaissir un peu, tu es plate comme un garçon, comment vas-tu leur plaire aux garçons, tu ne fais aucun effort, en plus, ils n’aiment pas les filles trop grandes, c’est vraiment pas de chance… ») et pratiqua quelques étirements. Les épaules, le dos et les jambes.
 
Elle était vêtue d’un legging gris et d’un top s’arrêtant à la hauteur du nombril. Ses longs cheveux d’un blond presque fluorescents étaient noués en arrière en une queue haute. De loin, on aurait pu les prendre pour la crinière enchantée d’un cheval albinos. Jessica aimait courir.
 
C’était son moment préféré de la journée. Lorsqu’elle s’élançait sur la piste, plus rien n’importait. Les devoirs accumulés, les tâches administratives et les délais s’évanouissaient, fondaient comme neige au soleil. Juste le plaisir de la course, du vent dans le dos, de l’effort éreintant des muscles avalant la piste. Juste la respiration. Inspiration.
 
Expiration. Inspiration. Expiration. Le plaisir de n’être plus qu’ un souffle . Vraiment. C’était tout pour elle. Même si Jessica avait vécu dans un environnement aisé, même si chaque été, sa famille avait invariablement insisté pour l’emmener en Inde, au Japon, au Népal, en Alaska, et qui sait dans quelle destination phare allaient-ils l’attirer l’été prochain, même si, aussi loin que remontent ses souvenirs elle n’avait jamais connu la faim, le froid et la maladie, finalement, lorsqu’on regardait bien, il suffisait de peu de choses pour assurer son bonheur.  
Alors qu’on pouvait dire en toute objectivité qu’elle rentrait dans la catégorie des filles gâtées, Jessica était une fille simple . Rien de négatif dans ce qualificatif, un simple constat. Le monde est ainsi. Juste et injuste. Ce n’est la faute de personne.  
Ce jour-là, après avoir pratiqué ses étirements pendant une bonne dizaine de minutes, Jessica regarda le cadran de sa montre, se prépara mentalement à sa course de quarante minutes, et planifia machinalement le reste de sa journée.
 
C’était une journée comme les autres. Il était encore tôt dans la matinée, peu de passants traversaient les rues, le soleil était timide, un vent frais, mais pas trop violent, bruissait doucement dans les rues. Idéal pour la course.
Jessica s’élança.
 
Elle ne remarqua pas l’homme posté près du feu rouge qui la regarda passer et sortit un téléphone portable à clapet pour y envoyer un message, ni le jeune homme à la carrure athlétique vêtu d’un jogging et d’un sweat bleu flashy qui, depuis l’autre bout de la rue, se mit à courir tranquillement dans sa direction.
 
Elle ne sentit pas le regard d’une intensité effrayante qu’il porta dans sa direction, ni la précision et la décontraction de ses mouvements calculés au millimètre près, et surtout pas la concentration extrême sous-tendant cette apparente détente. Elle ne le sentit pas, car le jeune homme s’était bien préparé. Elle était trop captivée par le plaisir égoïste de la course. Et lorsqu’il arriva à sa hauteur, il était trop tard.
 
Une voiture grise s’était arrêtée non loin d’eux. Un courant électrique la traversa de part en part, ses membres ne lui répondirent plus. Avant qu’elle ne saisisse ce qui lui arrivait, les bras du jeune homme entourèrent Jessica et s’engouffrèrent avec elle sur la banquette arrière du véhicule. Celui-ci démarra aussitôt.
 
Jessica se débattit faiblement, la main de son ravisseur plaquée sur ses lèvres. Il tâtonna le long de ses hanches, trouva son Iphone 6 et le balança par la fenêtre. Puis il lui recouvrit la tête d’une cagoule. Elle ne vit plus rien. C’était le noir. Il y eut un autre grésillement, et elle perdit connaissance, la dernière sensation de la banquette rêche et rugueuse plaquée contre la joue.
 
Quelques minutes passèrent, ou bien étaient-ce des heures, des jours ? Elle ne savait pas. Elle reprit conscience allongée sur un matelas usé, parsemé de tâches à l’origine indéfinissable. C’était le seul mobilier. Les murs avaient dû être blancs, mais la peinture s’écaillait et des moisissures s’étalaient telles des mosaïques fantaisistes et abstraites. Par terre, un sachet de papier kraft embaumait la pièce d’arômes alléchants de fast-food. Jessica n’y toucha pas. Elle était bien trop méfiante et trop bien éduquée pour se jeter comme un animal sur la nourriture. Pas encore.
 
Elle se leva, constatant avec soulagement qu’elle était toujours en possession de ses mouvements, et essaya immédiatement d’ouvrir la porte en fer qui constituait l’unique sortie.
 
Elle était verrouillée, bien sûr. Elle en testa la dureté, en vain. Jessica sentit un léger sentiment de panique monter en elle, mais elle le réprima. Gardons notre sang froid, se dit-elle. Gardons notre sang-froid. Et la vague reflua. Ça y est. C’était un don qu’elle avait, de pouvoir anesthésier consciemment ses sentiments, afin d’analyser en toute lucidité la situation. C’était un truc que lui avait appris un des psys qu’elle avait consultés toute petite, car elle avait longtemps été sujette à des crises de panique.  
 
Il lui avait dit : « sors de ton corps, et regarde la situation comme un oiseau observerait le paysage d’en haut. Ensuite imagine-là en noir et blanc. » Ça marchait toujours. Son cœur revenait à des pulsations régulières. Sa respiration se calmait.
 
Maintenant elle se sentait étrangement détachée, comme si cela ne lui arrivait pas personnellement. Au fond, peut-être n’avait-elle pas encore pleinement conscience de ce qui était en train de lui arriver. Mais elle se sentait vide, émotionnellement vide. Prête à bondir tel un tigre sur sa proie.
 
Les seules images qui lui traversaient l’esprit étaient des flashs de faits divers, voire des scènes de films d’action dont elle s’était gavée au cinéma. Elle tâtonna les murs, le sol, comme si elle était une héroïne de films d’action dont le kidnapping constituait l’ordinaire. Aucune issue. Elle devrait se résoudre à attendre. Se reposer et manger, peut-être. Et si la nourriture était empoisonnée ? Mieux valait sans doute essayer d’en savoir plus sur ses ravisseurs.
 
Elle s’éclaircit la gorge.
-Excusez-moi ? lança-t-elle d’une voix incertaine.
Pas de réponse.
-Au secours !!! dit-elle alors, sans conviction, juste afin de voir si elle allait déclencher quelque chose, n’importe quoi.
De l’autre côté de la porte, elle entendit alors des pas venir dans sa direction. Souples et rapides.
 
-Chut, siffla une voix masculine.
-Qu’est-ce que vous voulez de moi ? demanda-t-elle avec un calme étonnant. Où suis-je ? Je…Où sont mes affaires ?
 
Pas de silence. Curieusement, ce silence la rassura. Il y avait comme une espèce de respect étrange dans cette non-prise de parole.
-Répondez-moi, insista-t-elle. S’il vous plaît.
-Je ne te ferais pas de mal si tu te tiens bien. Tu resteras ici le temps qu’il faudra. Tiens-toi tranquille. Appelle-moi si tu as besoin d’aller aux toilettes.
 
La voix était étrangement douce. Presque neutre. Jessica se demanda brièvement à quoi ressemblait le visage auquel pouvait appartenir cette voix. Elle l’entendit tourner les talons.
-Attendez !! s’écria-t-elle.
 
Les pas s’arrêtèrent.
-J’ai faim, mais je ne peux pas manger ces saloperies. Vous savez que c’est du poison ? Est-ce que vous pourriez m’apporter un fruit ?
Il y eut un ricanement, puis les pas repartirent.
 
Sucres, graisses, chaud, sauce, fritures croustillant sous la dent. Délices de l’affamé. Rondelles d’oignon. Feuilles de salade coincées entre les dents. Morceaux de tomates explosant contre la langue. Vingt-quatre dés de sucre avalés en une seule gorgée pétillante.
 
Mal à la tête. Trop de graisses saturées d’un coup. Mais l’estomac est content. Jessica roula rageusement l’emballage de papier kraft en boule et mit de côté les emballages de carton. Furieuse de s’être laissée prendre à avaler ces saloperies, en dépit de toute éthique, de toute fierté.
 
Mais le corps a ses propres exigences. Elle repensait au jogging qu’elle n’avait pas fait, à son devoir maison qui l’attendait, et probablement à son père qui s’inquièterait, elle l’espérait, oui, pour une fois, elle espérait qu’il la rappelle, et que, n’obtenant aucune réponse de sa part, ses instincts de papa poule feraient le nécessaire afin de neutraliser ses ravisseurs et la délivrer.
 
Et puis comme une pierre tombant dans sa poitrine, elle se souvint qu’il avait un meeting important prévu dans la journée, qui allait prendre beaucoup de son temps et de son énergie, et qu’il n’aurait probablement pas le temps ni la disponibilité d’esprit pour s’inquiéter sur son sort. Merde alors.  
 
Elle était seule. Il faisait belle lurette que sa mère était sortie de sa vie, car après le divorce de ses parents, elle avait rencontré un jeune et bel acteur et elle ne voyait sa fille qu’à de rares occasions, pendant les vacances d’hiver et d’été. Jessica n’avait pas beaucoup d’amis.
 
Elle n’avait jamais ressenti une énorme affinité avec les jeunes de son âge et aimait sa tranquillité ; courir, travailler à la chaleur de sa cheminée chez elle, faire des randonnées, du bricolage, du jardinage, dessiner. Tels étaient ses loisirs, et ils n’appelaient pas particulièrement à la compagnie.
 
Non. Elle était seule. La cible idéale. Pendant un bref instant, elle grinça des dents et se maudit de n’avoir pas cherché à être une fille plus populaire. Que lui restait-il à faire ?
 
En attendant, elle avait l’impression que son geôlier n’était pas un dérangé mental, et qu’il ne lui couperait pas la tête tout de suite. Il y avait de l’espoir. Elle essaya de se remémorer le visage de celui qui l’avait kidnappé, mais c’était vraiment flou dans sa mémoire. Etait-ce le même qui la surveillait ? Sans doute…un instinct la portait à le croire. Elle s’allongea sur le matelas et essaya de faire remonter le flot de ses souvenirs. Un visage carré…Des yeux francs…Des épaules larges…Jessica eut un rictus amer.
 
Probablement le genre de gars qui attirent les filles pour mieux les séquestrer ensuite. Alors qu’elle réfléchissait de plus en plus intensément, en se fondant sur la manière dont les héros de ses séries télés préférées résolvaient les affaires les plus sordides, Jessica en conclut deux choses. Le mode opératoire avait probablement été répété.
 
Il était efficace et abouti : ce n’était donc sans doute pas la première fois que ses ravisseurs agissaient ainsi. Ils n’avaient fait aucune tentative pour la torturer ni la violer, voire pire, par conséquent il ne s’agissait pas de dérangés sadiques. Probablement qu’ils l’avaient repéré, elle, la cible parfaite ( conne, naïve ), joggant tous les matins à la même heure.  
 
Il n’y avait qu’une seule explication, en conclut-elle, c’étaient des proxénètes, et ils l’avaient capturée pour faire d’elle une de leurs prostituées. Donc ils avaient besoin d’elle vivante, et en bon état. Ils ne se permettraient pas « d’abîmer la marchandise ».
 
Ils la transféreraient probablement dans un pays en voie de développement d’ici peu, un pays où les jeunes femmes blondes étaient rares, et un atout sûr pour qui les contrôlaient. Jessica se leva et se mit à faire des cent pas. Son cerveau marchait à toute vitesse.
 
Si elle parvenait à endormir leur vigilance, en jouant suffisamment la demoiselle en détresse éplorée, elle devrait arriver à trouver une porte de sortie, à s’échapper et à trouver protection auprès de la police avant de franchir les frontières.
 
Si elle n’avait pas tort sur toute la ligne. Il fallait faire preuve de vigilance, peut-être ne se présenterait-il qu’une occasion.
 
Où se trouvaient-ils ? Après son enlèvement dans la voiture, c’était le trou noir. Elle chercha sa mémoire, en vain. Elle n’en avait aucune idée. Elle pouvait tout aussi bien se trouver déjà de l’autre côté de la frontière. Sa montre avait disparue. Le temps s’écoulait sans qu’elle ait la moindre idée de sa durée. Jessica avait peur d’une chose par-dessus-tout, c’était de devenir cinglée.
 
Elle repensait aux regards vides des otages qu’on voyait à la télé lorsqu’on venait juste de les libérer par miracle, ça l’avait frappé, la première fois qu’elle avait aperçues leurs gueules de survivants sur le petit écran, alors que tout le monde se réjouissait, on y lisait un gouffre immense et effrayant, comme s’ils avaient passé trop de temps avec eux-mêmes dans une salle obscure, à contempler leurs démons intérieurs, à marmonner, chantonner et grommeler tous seuls comme des bêtes.  Est-ce qu’elle deviendrait comme ça aussi ?
 
Non. Non. Jamais. OK. OK. Ce n’était pas grave. Elle respirait encore, elle était encore en possession de ses facultés de penser, de réfléchir et de parler, pour l’instant, la seule option restante était de tester son ravisseur, de récolter le plus d’informations possibles avant de monter un plan d’action. Elle réunit tout son courage, et s’éclaircit de nouveau la gorge.
 
-Excusez-moi ?
Pas de réponse.
-Excusez-moi ?
Un bruit de pas.
-Oui ?
Très bien. Un nouvel indice : les murs n’étaient pas insonorisés au point que son geôlier n’entende pas ses appels.
-Je voudrais aller aux toilettes, dit-elle en se mordant la lèvre, en se demandant si le subterfuge fonctionnerait.
Un soupir.
-C’est pressé ?
-Oui.
Un silence. Evaluateur.
-Mmmh. Bon. Euh, je vais vous accompagner.
-Merci.
 
Il avait l’air gentil. Bon signe ! Jessica échafauda un plan à toutes vitesses dans sa tête. L’amadouer. Lui faire du charme . Le mettre de son côté. Pourquoi pas ? Elle savait qu’elle était jolie. Lorsqu’elle était petite, elle faisait partie de ces gamines provoquant continuellement louanges, exclamations émerveillées et ravies de la part de ses oncles et tantes, telles de bonnes fées grotesques penchées au-dessus de son berceau. « Qu’elle est belle ! disaient-ils à sa mère.  
 
Tu devrais l’inscrire à une agence. Elle pourrait devenir mannequin plus tard. » Si elle avait été un bébé particulièrement chou, la jeune femme qu’elle était devenue s’était avérée un peu plus quelconque que prévu. Mais bon.
 
Bien sûr, elle n’était pas si extraordinaire que cela, il y en avait des centaines, voire des milliers plus belles qu’elles, mais elle possédait un certain charme, elle en était consciente, dont elle pouvait user à bon escient. Peut-être le moment était-il venu de l’utiliser. On se bat avec ce qu’on peut. N’est-ce pas ? Jessica rajusta en hâte sa chevelure, et pinça ses joues, bêtement, comme une jeune première d’une comédie grotesque. Mais le monde n’est-il pas une gigantesque comédie ?
 
Bruit de verrou qu’on coulisse. Cling de la barre métallique. La jeune femme retint son souffle, se préparant à la vision de son ravisseur apparaissant à travers l’encadrement de la porte.  
 
Elle fut extrêmement déçue. Rien ne transparaissait à travers sa cagoule de laine noire, ni son jean brut déchiré aux genoux, et son polaire blanc cassé. Il était d’une carrure athlétique et avait de grands yeux marrons, mais c’était tout. Il y eut un silence.
 
-Bon, alors, cette envie de pisser ?
Jessica sursauta. Elle se rendit compte qu’elle avait passé trois bonnes secondes à dévisager son geôlier. Son pied fusa soudain.
-Argh !
 
Elle se mit à courir de toutes ses forces. Elle l’avait touché au menton, et elle savait que ce coup étourdissait assez afin de lui donner un peu de temps, mais pas suffisamment pour la mettre à l’abri de tout danger. Elle tourna le coin d’un couloir aux murs de plâtres, aperçut une cuisine au carrelage rouge, puis la porte d’entrée, et probablement, la sortie ! Lorsqu’un poids massif s’abattit sur elle, la plaquant au sol froid.
-Petite conne, grogna une voix au timbre rauque contre son oreille.
 
Jessica hurla.
-Lâchez-moi !
-Tu vas te taire, oui ?
La jeune femme sentit une crise de panique pointer le bout de son nez. Ecrasée par le corps de son ravisseur, elle était suffoquée et n’arrivait pas à avaler la moindre goulée d’air.
-Hey hey hey, qu’est-ce qui se passe ?
 
Son geôlier se releva légèrement sur ses coudes.
-Pardon, s’excusa-t-il soudain, à sa grande surprise. Je ne voulais pas t’étouffer. Mais n’essaye plus de t’échapper, OK ?
Jessica écarquilla les yeux. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas été à proximité d’un corps masculin, et la sensation l’étourdissait quelque peu. Elle hocha la tête en silence. Mais elle n’avait qu’une envie. Prolonger l’expérience. C’était idiot, elle le savait.
-Est-ce que je peux connaître votre nom ? murmura-t-elle.
-Non.
-Salut, Non, fit-elle.
Il eut un grognement.
-Salut, Jessica.
Il la raccompagna dans sa cellule et ce fut tout pour la journée.
 
Pendant les jours qui suivirent, Jessica rêva de découvrir le visage de celui qui la surveillait. Elle n’en concevait plus aucune frayeur et n’était préoccupée que d’une seule chose : en apprendre le plus de choses possibles. Il avait quelques tics. Par exemple, il faisait un claquement de langue avant de débloquer le verrou de la porte. Il haussait légèrement les épaules en la saluant le matin. Il faisait passer régulièrement son poids d’un pied à un autre. Les sorties toilettes – les vraies cette fois – et les sorties douches étaient devenues des rituels.
 
Les mains sur la tête, Jessica devait attendre sagement qu’il ouvre la porte puis le précéder le long des couloirs au papier peint défraîchi. La salle de bains était propre et déprimante, sans aucun signe de personnalité quelconque. Les seuls cheveux qu’elle retrouvait dans le lavabo étaient les siens. Aucune fenêtre donnant sur l’extérieur.
 
Aucun rasoir, bien sûr. Lorsqu’elle avait fini, il la raccompagnait dans sa cellule et c’était tout. Pour le brossage de dents, elle le faisait dans sa chambre. Elle aurait bien aimé avoir un poste de télévision ou un livre pour passer le temps, mais à la place elle devait se contenter de ruminer dans sa tête les quelques infos qu’elle avait glanées sur son ravisseur et les moyens de se sortir d’ici.
 
Elle n’arrivait pas à comprendre qu’est-ce qu’elle faisait ici. Cela faisait une semaine, et rien ne s’était manifesté. Par contre, elle estimait son plan de séduction en bonne voie. Il était de plus en plus doux avec elle, et était de moins en moins laconique.
-Tu vas bientôt sortir, lui dit-il un jour. Ton père a accepté de payer ta rançon.
 
Nous avons négocié avec lui, et il s’est montré raisonnable. On va chercher l’argent demain et ensuite, une fois qu’on l’aura, on te déposera en ville.
Jessica sentit son cœur se gonfler de joie, mais, elle ne sut pourquoi, il y avait aussi une petite pointe de regret.
-De…de combien est la rançon ? osa-t-elle demander.
Mais, avec un sourire dans la voix, l’homme qu’elle avait baptisé « Non » lui répondit :
-ça, tu le sauras bien assez tôt.
 
Mais elle ne le saurait jamais. Le lendemain après-midi, il revint, une rage froide animant ses mouvements.
-Ton père a essayé de nous piéger, lui annonça-t-il froidement. Heureusement que j’ai tout de suite repéré les flics en civil qui faisaient le pied de grue comme des cons. Changement de plan. On te garde et on augmente la rançon. Pour lui mettre la pression, on va lui envoyer un petit cadeau.
« Un petit cadeau » ? « Nous » ? Trop d’informations à la fois. Le cœur de Jessica battit à la chamade.
-Qu’est-ce que vous voulez dire…un petit cadeau ? osa-t-elle demander.
-Je sais pas encore.
-S’il te plaît, ne lui faîtes pas de mal.
-Je sais pas encore, j’te dis. Putain.
-Quoi ?
-Rien. C’est cette cagoule. Elle me tient chaud.
 
Jessica ne dit rien pendant un moment.
-Vous pouvez l’enlever, hasarda-t-elle enfin.
-C’est ça. Pour que tu t’empresses de dessiner mon portrait-robot auprès des flics, non merci.

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