À travers tes yeux
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Description

Romance contemporaine - 350 pages


Je m’appelle Charlotte, je rêve de lumières.


Pourtant, lorsque le destin vous conduit à de douloureux sacrifices, tout peut s’assombrir.


Et à travers l’objectif, comme à travers ses yeux, mon regard sur le monde et sur ma propre vie ne sera plus jamais le même.



Mais tout n’est-il pas qu’une question de point de vue ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 17
EAN13 9782379613142
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À travers tes yeux



MARIE SOREL
MARIE SOREL

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-314-2
Photo de couverture : MrCat
PARTIE 1

Romain


Chaque histoire a un début. Pour la connaître, il faut savoir remonter le temps, tourner les aiguilles en sens inverse et retrouver ses fantômes…
Chapitre 1
Charlotte


Six mois que je suis partie, six mois que je fais semblant que tout va bien. Chaque fois que ma mère m’appelle, je lui raconte des histoires et pour le coup ce n’est pas de Jane et de Tarzan ni de princesses {1} dont il s’agit… enfin tout ça pour dire plus sérieusement que je lui mens. Mon conte de fées s’est très vite transformé en une histoire placide et presque grotesque. Je suis une cendrillon en pantoufles, bien loin des escarpins dont je rêvais derrière la vitrine d’un magasin. Le prince charmant, n’en parlons même pas, il a dû chopper la belle au bois dormant au passage et se casser dans un village fort lointain.
– Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien, la vie ici est géniale.
Est-ce que j’en rajoute une couche ? Très certainement, je sais que ma mère se fait un sang d’encre, elle a besoin d’entendre ces paroles apaisantes aussi fausses soient-elles.
– Et la fac, ma chérie, comment ça se passe ?
– Très bien, les cours sont exceptionnels…
Des mensonges, encore et encore. Il y a six mois, j’ai annoncé à ma famille que je souhaitais rejoindre la capitale pour étudier. Leurs écoles étaient bien meilleures que la mienne dans laquelle je n’avançais pas. J’avais tout préparé, un dossier béton, toutes les documentations, les simulations de bourses, les APL… J’avais même promis de chercher un travail pour subvenir à mes dépenses personnelles. La conversation a duré des heures, des jours, je m’enfonçais de plus en plus. Je devais les convaincre. Un matin, ils sont arrivés, tout sourire. Ils acceptaient que je parte, que je quitte notre campagne pour la ville, la vraie, la grande. Un instant, j’ai cru que c’était une blague, j’ai vérifié le calendrier, nous n’étions pas le premier avril, donc pas de poisson. À presque vingt ans, je me lançais dans une aventure dingue. Seule. Sans filets de sécurité. Je savais ce que je voulais, depuis longtemps, depuis toujours. Mon rêve, mon avenir, devenir mannequin et pas celle dans les catalogues La Redoute . Non, ma place n’était pas à côté du vibro qu’on faisait passer pour un masseur de joues. Soyons honnêtes, on sait très bien que ce n’est pas cette partie du corps qui sera sollicitée avec ! Non, moi je rêvais de podium, de grands magazines. Je feuilletais, regardais tout ce qui pouvait m’apprendre : les livres, les documentaires… Je m’imaginais à leur place, je me rêvais idole d’une génération de petites filles.
– Maman, je dois te laisser, il est l’heure que j’aille bosser. On se rappelle plus tard.
– D’accord, ma chérie, si tu as besoin, tu le dis, je ne veux pas que tu t’épuises à travailler et que tu sacrifies tes études.
– Ne t’inquiète pas, tout va très bien, je m’en sors parfaitement.
– Je te fais confiance, tu as toujours réussi ce que tu entreprenais, je suis fière de toi, chérie.
BOUM. Le coup de la culpabilité qui percute mon cœur et me vrille l’estomac. Il fait sacrément mal, celui-ci. Si elle savait, si elle savait à quel point elle se trompe, elle serait tellement déçue. Je dois réussir avant qu’ils ne découvrent ce que je cache. Je ne veux pas voir la lueur de déception dans leurs yeux. Ils sont ceux sur qui j’ai pu me reposer, ceux qui ont tenu le tuteur pour que je grandisse telle une magnifique plante, droite et fière. Enfant intrépide, adolescente renfermée, rêveuse, je me suis épanouie au fil du temps, laissant éclore celle qui était enfermée, qui n’osait se montrer. Je ne peux aujourd’hui les décevoir, je refuse de voir dans leurs yeux cette trahison, cette tristesse s’ils apprenaient la vérité. Je dois me battre, obtenir ce à quoi je suis destinée. Et ce n’est pas dans les champs de ma Corrèze natale que je pourrais accomplir ce projet. Je suis partie sans me retourner, j’ai laissé mes amis, mes ex-petits amis… Je ne suis restée en contact qu’avec Pauline. Elle m’appelle régulièrement, je lui vante la beauté de la capitale. J’espère qu’un jour elle me rejoindra. Nous sommes soudées comme les doigts de la main, j’espère simplement qu’il s’agit de la même main. Je raccroche après avoir dit à ma mère que je l’aime. Il me reste peu de temps pour me préparer, je dois enfiler ma tenue, survivre à cette journée de boulot, puis filer au casting pour lequel je me suis inscrite. Tout ça sans sentir la frite. Ce n’est pas gagné ! J’imagine parfaitement la scène, moi défilant dans un joli maillot de bain, ondulant gracieusement, les cheveux suivant le même mouvement et le photographe qui hurle : mais qui a ramené de la friture ici, ça pue sortez-moi ça d’ici, TOUT DE SUITE ! Alors, je serais obligée de quitter les lieux, moi, ma fierté, mes odeurs de graisse.

Lorsque j’arrive au fastfood dans lequel je travaille, j’ai la nausée. Je ne supporte plus ces effluves, ce bruit, ces commandes expédiées, répétitives. Chaque fois que je regarde un plateau, j’ai le sentiment de prendre un kilo, et des plateaux y’en a un paquet qui défilent dans la journée. En prime, les gens n’ont pas d’heure, ils ingurgitent sans se poser de questions, matin, midi et soir, milieu de journée ou de la nuit, qu’importe, la satisfaction avant tout. Je repense alors aux trois carottes qui ont constitué mon repas de la veille, je me rassure en me disant que c’est pour la bonne cause, le casting, mon rêve juste à la pointe du légume.
– Charlotte, faut que tu te bouges là ! On n’a pas que ça à faire !
Je me tourne, regarde celui qui s’adresse à moi. J’aimerais lui dire ce que je pense, que je ne suis pas faite pour cette vie-là, que je ne resterais pas bien longtemps… si tout se passe comme prévu. Non, je ne serai pas la plus heureuse le jour où on me filera le chemisier blanc de ceux qui sont montés en grade ! Je refuse d’être comme lui, même son physique est assorti au lieu, il ressemble à une frite, tout en longueur, fin, blond, les cheveux gras… Ne sachant pas exactement ce que l’avenir me réserve, je me tais. Je ravale les mots à la place des burgers que je dois mettre en boîte et qui ainsi ne serviront pas à embellir mon fessier. Ne pas laisser échapper ma verve ne me nourrit pas, mais ça évite que je me fasse virer. C’est déjà pas mal.
Je travaille ici depuis deux mois, une vraie chance, c’est plutôt bien payé. Les horaires sont très variables, ce qui me permet d’avoir aussi du temps pour moi. Dès que je le peux, je fais les petites annonces à la recherche du super plan, de ce qui me permettra d’arriver tout en haut, de vivre ce rêve.
– Sérieux, bouge tes fesses, Charlotte ! Tu as vu la queue devant toi ? Faut vraiment que tu fasses un effort parce que tu te rapproches dangereusement de la sortie sans retour possible.
– C’est bon, Hugo, c’est bon.
Je me ressaisis, je ne dois pas perdre ma place, ils auront vite fait de me remplacer et moi de retrouver la compagnie des bovins qui habitent ma campagne natale. Régulièrement, je me dis que je supporterais plus les meuglements que d’entendre mon pseudo supérieur qui devrait s’occuper de son derrière plutôt que de reluquer le mien. Même leurs regards globuleux sont plus agréables. Je garde mes réflexions, gère cette boule tapie au fond de mon ventre, éteins les projecteurs sur ma vie future et j’avance. Un pas supplémentaire c’est un de plus vers ma destinée. Bientôt, tout sera fini. Bientôt.
Enfin, le calvaire est terminé, je cours jusqu’à ma chambre de bonne. Je dois me doucher, enlever cette foutue odeur qui me recouvre, s’incruste dans chaque pore de mon corps. Sous le jet d’eau, je frotte, frotte, c’est comme si ma peau avait tout absorbé, s’était imprégnée. Je dois être aux deux tiers de la bouteille de gel douche quand je décide qu’il est temps d’arrêter. En sortant, je fixe mon armoire. La tenue… robe moulante sexy ou pantalon tailleur classe façon Saint-Laurent ? Choix cornélien.
Chapitre 2
Romain


Un café noir, très noir. Peut-être arrivera-t-il à me sortir des limbes d’une nuit de tous les vices ? Ce monde est dingue, je le hais, pourtant, je ne peux m’empêcher de me jeter dedans, de m’y délecter, de profiter de ce nom que je porte comme un fardeau. J’ai décidé qu’il fallait en tirer un avantage. Chaque matin, je me réveille avec ce sentiment de dégoût, cette rage, cet écœurement. Une nausée s’empare de moi, je fixe la fenêtre derrière laquelle s’étale une ville qui reprend vie. La vue est pourtant splendide et je ne parle pas de la jolie brune à peine couverte par le drap blanc de mon lit. Sa peau ébène ressort à merveille. La lumière, qui filtre par la grande baie vitrée, projette un halo extraordinaire, donnant l’impression d’une nymphe endormie. Je l’observe un instant, vêtu seulement de mon boxer, assis au comptoir de ma cuisine ouverte. Ce loft est une merveille, un lieu prédestiné pour mon métier. Je me lève, sans bruit. Dans le studio qui jouxte la pièce principale, je trouve un de mes appareils, je reprends place, avale une nouvelle gorgée de ce nectar bienfaisant. Puis, l’œil dans l’objectif, je capte cet instant, je le grave, l’immortalise. Le clic ne la réveille pas, elle semble bien loin d’ici. Un léger sourire naît, j’aimerais la toucher, repositionner cette mèche de cheveux qui barre son visage. Le drap effleure sa peau, couvre un sein, dévoile le second. Une jambe découverte. Je capte chaque partie de cette beauté indécente. Je repense à la soirée d’hier. Inauguration, encore. Une de plus pour célébrer la créativité, le talent de mon père. Je m’y suis rendu sans conviction avec l’envie de tout brûler. Tous ces badauds ne savent pas qui il est. Ils ne le connaissent pas comme moi, ne subissent pas ce narcissisme pathétique, pathologique.



– Monsieur Guillemin, une coupe ?
Le jeune serveur me regarde tout sourire, son plateau à la main. Je déteste le champagne, je hais toutes ces courbettes. Putain, j’ai vingt-quatre ans, pas soixante. Je veux de la bière, de la musique, je veux profiter de la vie et non faire semblant de vivre. Je souris, réponds aux salutations diverses.
Un mouvement un peu flou se dessine dans le coin de mon œil. Je saisis le verre, je suis bien élevé, je ne peux refuser. Si en plus ça peut me permettre d’oublier où je suis ! Je me tourne ; au milieu des corps se dessine celui fin et parfaitement proportionné d’une jolie brune. Elle est grande naturellement, mais sur ses escarpins rouges elle est majestueuse. Un port de tête incroyable, un profil aux traits parfaits. Je ne l’ai jamais vue, surprenant. Elle sourit. J’ai trouvé celle qui occupera ma soirée. Je la laisse déambuler un instant, elle contemple les photographies affichées sur les murs. Mon père est un connard, mais il a du talent. Un œil inégalable, il capte les expressions comme personne. La robe fourreau noire qu’elle porte épouse ses formes à merveille, les fines bretelles mettent en valeur l’arrondi parfait de ses épaules, un décolleté plongeant dans son dos laisse deviner une chute de reins que je rêverais de découvrir. Imaginer mes doigts caresser cette peau soyeuse me fait frissonner. Je m’attarde sur son profil sensuel, sur le galbe sublime de ses seins, qui semblent faits pour être caressés de mes mains. Ses longs cheveux noirs, attachés en un chignon flou, dévoilent une nuque que je rêve d’embrasser. J’imagine ma langue glisser, goûter. Animal, j’approche à pas de loup vers ma proie. Je vais la dévorer. Je ne vois plus rien de ce qui m’entoure. Bousculé par un serveur qui me propose de remplacer ma coupe vide, j’accepte sans lâcher une seconde cette belle créature du regard. Elle n’est plus qu’à quelques pas.
– Bonsoir, l’interpellé-je en lui tendant une coupe, alors qu’elle se tourne vers moi.
Ses lèvres s’étirent, s’entrouvrent, laissant apparaître de sublimes dents blanches. Elle saisit le verre, le porte à ses lèvres carmin. Les bulles d’or dansent, se reflètent dans son regard chocolat.
– Bonsoir et merci beaucoup, je vous avoue que je commençais à me déshydrater.
– Cela serait fort dommage. Puis-je vous faire faire le tour du propriétaire ?
– Avec plaisir, oui.
Je pose ma paume sur le bas de son dos, glisse légèrement mes doigts et découvre la soie de sa peau. Comme je l’avais imaginée, douce, un parfum sucré qui me donne l’eau à la bouche. Nous déambulons au milieu des convives, acheteurs, amateurs, prêtant peu d’attention à ce qui nous entoure. Ce soir, je serai celui qui la raccompagne, pour quelques heures, elle sera mienne. Je suis certain qu’elle serait un modèle parfait sur lequel je pourrais jouer de mon focus. Julia, de son petit nom, est d’une compagnie agréable et distrayante. Elle connaît parfaitement le milieu dans lequel j’évolue, elle a beaucoup d’humour, ce qui ne fait qu’agrémenter notre petite balade. Le temps passe sans que l’on ne s’en rendre vraiment compte. Les visiteurs commencent à partir.
– Ça te dit de continuer la soirée ailleurs ? demandé-je
– Avec plaisir, oui.
Son regard pétille, malicieux, il me raconte déjà une fin de soirée que je sais d’avance savourer. Je n’ai pas envie de traîner dans un lieu public, il se fait déjà tard, le bruit, le monde, c’est bon, j’ai ma dose. Alors qu’elle récupère sa veste, je vois mon père un peu plus loin, adossé au mur, il nous regarde, me regarde. Son sourire vicieux ne me plaît pas quand il s’attarde un instant de trop sur les courbes de ma partenaire. Ce n’est pas de la jalousie, je sais que je vais passer une nuit sympa et que demain je passerai à autre chose. Ce qui me ronge, c’est cet air animal, pervers, qui se dessine sur ses traits, alors que Julia doit à peine avoir la moitié de son âge. Quel gros porc ! De nouveau, je glisse ma main dans son dos et l’accompagne jusqu’à ma voiture. Je meurs d’envie d’adresser mon majeur haut et droit à mon géniteur, mais je sais qu’il ne rentrera pas seul, que dans le lot certaines sont là espérant être le gain de la soirée. Si elles savaient. J’essaie de taire cette voix accablante qui me répète que je suis comme lui, ses travers deviennent les miens. Il me formate depuis des années, espère qu’un jour je devienne le digne héritier de ce monde qu’il a créé.

J’ouvre la porte de mon loft, l’éclairage urbain suffit à nous déplacer. Je me dirige vers la cuisine, sors une bouteille de bière du frigo. Je vais enfin enlever ce goût de ma bouche.
– Julia, je peux te proposer quelque chose à boire ?
Elle me regarde, fixe ma main, sourit.
– La même chose que toi, ce sera parfait.
Je la rejoins, alors qu’elle est devant la grande baie vitrée.
– La vue est incroyable, s’exclame-t-elle. Je suis totalement fan.
– J’adore aussi ce lieu, je surplombe Paris, je vis à son rythme. La nuit, c’est le moment que je préfère, les lumières, les ombres, les mouvements, c’est extraordinaire.
Tout en parlant, je fais glisser mon doigt le long de sa colonne, je la sens frissonner. Sa peau se recouvre d’une légère chair de poule. Dans le reflet, je perçois un sourire naître. Elle pose la bouteille entre ses lèvres et les images indécentes surgissent dans mon esprit. Ma bouche vient se poser sur cette nuque que j’ai eu envie de découvrir toute la soirée. Je dépose de légers baisers, doux comme des plumes qui virevoltent avant d’atterrir avec délicatesse. Sa respiration accélère, se saccade. Je poursuis, mords délicatement son épaule. Une main sur la vitre, la tête relevée, ma belle créature savoure. De mon doigt, je fais glisser l’une de ses bretelles, les lueurs de la ville se reflètent sur sa peau ébène. Elle est splendide. Je poursuis mon chemin jusqu’à son poignet avant de remonter. Mon autre main se pose alors sur son ventre qui se contracte. Je la presse contre mon corps, lui faisant ainsi sentir tout mon désir. À son oreille, je susurre :
– J’ai envie de te dévorer, toute la soirée j’ai eu envie de croquer ta peau, ton odeur de fruits est un pur délice.
Je sens son rythme cardiaque accélérer, elle déglutit difficilement, elle aussi se laisse saisir par les tumultes du désir. Elle se tourne, nos regards se rivent l’un à l’autre. Elle est à peine plus petite que moi, je rêve de son corps nu, de pouvoir la dévêtir, savourer, caresser chaque courbe. Nos yeux ne se quittent pas, se cherchent. Ses prunelles chocolat luisent d’un désir brûlant. Du bout de mon index, je suis la courbe de son cou, sa clavicule. Elle abdique, alors que je plonge sur sa bouche. Un baiser sauvage, dévastateur. Le dos contre la vitre, je prends un instant pour la contempler. La ville en profondeur, elle est déjà essoufflée, le tableau qui se dessine sous mes yeux est magique. Mes mains se posent sur ses hanches, j’abandonne ses lèvres au goût de cerise pour la faire tourner sur elle-même. Un petit cri surpris, elle pose le plat de ses mains sur la fenêtre. Oh oui, chérie, je vais t’offrir un spectacle que tu n’es pas près d’oublier. Je picore sa nuque, descends le long de sa colonne tout en faisant glisser la totalité du tissu, jusqu’à ce qu’il s’évapore sur le sol. En appui sur un genou, mes doigts se posent sur ses chevilles.
– Ne bouge surtout pas.
– Mais enfin, Romain… tu…
– Ne crains rien, j’ai juste besoin de mon appareil, je veux capturer cet instant, tu es… incroyable. La lumière, la ville, tu es juste sublime, ton corps se dessine merveilleusement. Je te donnerai l’image, je te le promets, je n’en ferai jamais rien. C’est juste que… je dois te capturer, complètement, intégralement.
Sa bouche remonte en un léger rictus satisfait.
– Capture-moi alors, ajoute-t-elle suave.
Je savais qu’elle céderait, elle n’était pas à l’expo par hasard. Elle veut qu’on la voie, qu’on l’adule. Quand enfin j’ai pu obtenir l’image parfaite, je pose mon appareil. De nouveau le dos contre la vitre, elle m’observe approcher. Elle sait que c’est maintenant, elle sait que je ne vais faire qu’une bouchée de ce corps à se damner. Félin, je ne suis qu’à quelques centimètres. Je sens naître cette passion qui me consume. Ce soir, cette nuit, c’est dans mes bras qu’elle entonnera le chant le plus mélodieux qui existe.



Elle ondule sous le drap, le clic de l’appareil a fini par la sortir des bras de Morphée. Très bien, je vais pouvoir profiter encore un peu de ma belle créature sauvage, féline. Sa capacité de séduction n’a d’égal que sa folie. Cette nuit a été époustouflante.
– Tu es encore en train de profiter de mon corps, murmure-t-elle la voix un peu éraillée par le sommeil ou les cris de la nuit passée.
– Que veux-tu ? Tu es une vraie source d’inspiration.
Elle s’étire, ondule. Le drap s’échappe, mes doigts s’égarent.
Chapitre 3
Charlotte


Une seule tenue achetée avec mon premier salaire, spécialement choisie pour ces circonstances. Je me faufile dans la petite robe bleue, son tissu frôle ma peau alors qu’elle glisse pour prendre place. Le haut est un bustier légèrement plissé, à la taille une ceinture large, blanche, sépare du bas qui volète. Je tourne sur moi-même, le tissu s’élève, je ris. Chaque fois que je la porte, la même scène, qui me fait penser à celle de Marilyn Monroe et son poupoupidou . Une touche de fard à paupières, un gloss brillant rose pâle, un peu de mascara et mon parfum fétiche. Je suis prête.
Mon cœur tambourine, le stress, l’excitation m’envahissent. Je suis entre euphorie et panique. Entre trouille intersidérale et joie extraordinaire. Je range mes sandales dans mon sac, elles sont superbes, mais absolument impossibles à porter dans les rues parisiennes. Si je veux arriver entière, sans cheville foulée, rien ne vaut ma petite paire de baskets blanches. En passant devant le frigidaire, je saisis le petit papier maintenu par un aimant, ce petit carré blanc qui peut-être sera le début d’une nouvelle aventure. Il est mon Saint-Graal… j’y crois, je dois y croire.
Je traverse la ville, change d’arrondissement à plusieurs reprises, de métro tout autant. Mon sourire ne s’est pas estompé. Je ne marche pas, je vole, danse, tournoie.
Le haut bâtiment se dessine enfin, il est là, à quelques pas de moi. Depuis le trottoir opposé, j’observe, inspire, expire le plus calmement possible. Je repense à toutes ces fois où petite fille je défilais seule dans ma chambre. Mes admirateurs étalés les uns à côté des autres, aux couleurs et aux formes différentes. Ours en peluche, chiens, chats, poupées de tissu, ils n’admiraient que moi. Je les saluais, fièrement, une révérence digne de la plus belle héritière du trône. Je les entendais applaudir, hurler leur joie et leur admiration. Je chipais les talons de ma mère, régulièrement, me faufilais dans son armoire pour trouver la tenue la plus belle. Combien de fois m’y a-t-elle trouvée endormie au milieu de ses jupes, robes… Elle allait alors chercher mon père qui me portait dans mon lit, je sentais son souffle empli d’amour, les battements de son cœur contre mon oreille, je souriais, endormie… à moitié. Il m’installait dans mes draps frais, me bordait, déposait un baiser sur mon front avant de glisser à mon oreille un doux : je t’aime, ma belle et douce princesse .

Un coup de klaxon, un hurlement injurieux me sort de mes souvenirs, je me reconnecte au monde réel. Je tente de revêtir ma plus belle assurance, de la laisser me recouvrir, empêchant ainsi la peur de sortir, puis traverse la rue. Les portes coulissent, se referment. De nouveau le même mouvement, moi je n’en fais aucun. Figée devant ces vitres qui vont et viennent au même rythme que mes pensées. Je ne sais combien de temps s’écoule, suis à deux doigts de prendre racine. Un mouvement, une chevelure blonde qui danse. Je la fixe, m’accroche à elle comme si elle pouvait m’extirper de cette situation, me tirer grâce à un lien imaginaire. Une main qui gesticule. La standardiste tente de m’interpeller. Je souris. A-t-on déjà vu scène plus stupide que celle-ci ? Je suis moi-même spectatrice, comme excentrée de mon corps, comme observant un film sur un grand écran. J’ai envie de rire, alors que mon double est prêt à s’effondrer.
Charlotte, c’est ton rêve, ton avenir, bouge tes fesses ! hurlé-je à cette autre figée. Je suis à un cheveu de la schizophrénie.
– Mademoiselle, vous allez bien ? Mademoiselle ?
– Je… oui Charlotte… je… casting…
– J’espère que ce n’est pas pour faire doublure de voix, vous êtes mal barrée, rit le jeune homme qui se tient face à moi.
Je le regarde, interdite. Et stupide. Il me fixe dans l’attente d’une réponse. Mon cerveau se met à chauffer, je l’ai déjà vu, mais où ? Je souris. Encore. Je vais finir par me coincer les zygomatiques.
– Pardon, je crois que je suis un peu perdue. Je viens pour le casting.
– Vous êtes au bon endroit, suivez-moi, je vais vous accompagner.
J’avance, alors que sa main se glisse sur le bas de mon dos. Je tressaille légèrement. Je ne suis pas une grande fan de la proximité corporelle. C’est juste pas mon truc. À vingt ans, je n’ai eu que très peu de petits amis, la majorité du temps ils se sont lassés, vite, très vite. Je ne suis pas assez tactile, pas assez câline, j’ai même entendu que je n’étais pas assez buccale. Ce jour-là, j’ai ri… jaune, j’ai eu envie de mordre… fort. Sur ce coup, je l’aurais été avec grand plaisir… buccale.
– Je m’appelle Romain, me surprend mon guide, alors que nous sommes face aux ascenseurs.
– Charlotte.
– Enchanté de faire votre connaissance.
Ses yeux ne me lâchent pas, il est plutôt beau mec. Vêtu d’un jean slim noir et d’un tee-shirt blanc près du corps, révélant une jolie musculature, les mains dans les poches, il semble être dans son élément, décontracté, dans cet univers qui me terrifie. Appuyée sur le fond de la cabine, je lui jette quelques petits coups d’œil discrets. Nos regards s’accrochent, je sens la rougeur naître sur mes joues. Mal à l’aise, je fixe le bout de mes chaussures, me dandine d’un pied sur l’autre.
Quand nous arrivons au bon étage, Romain me dirige vers l’accueil, il s’avance vers la standardiste, la jolie blonde lui parle, sourit, acquiesce. Quand il me fait signe, je le rejoins. Ça y est, je sais où je l’ai vu, il y a quelques semaines, je suis allée faire un casting pourri, complètement pourri. C’était pour un magazine de vente par correspondance, je n’ai pas été prise, le vieux bedonnant de photographe avait mieux.
– Bonjour, je suis Charlotte Payrot, je suis inscrite pour le casting.
Elle regarde son ordinateur, cherche un instant, ses lèvres s’incurvent en un joli sourire. J’accroche mes mains l’une avec l’autre pour éviter de montrer mes tremblements.
– Très bien, mademoiselle Payrot, vous pouvez aller dans la salle d’attente, elle se trouve au bout de ce couloir. Nous vous appellerons quand ce sera votre tour.
La fameuse salle ressemble à un hall d’accueil d’aéroport les jours de grand départ. Quelle foule ! Je me glisse au milieu des corps féminins, des minettes qui sont concentrées sur leur miroir, se sourient à elles-mêmes, s’observent, se félicitent. Le brouhaha n’est fait que d’autocongratulations. Je me sens étrangère, ovni, au centre de ce lieu. Je me faufile tant bien que mal, m’excuse d’une petite voix. Je me sens si minuscule, ridicule, laide. Elles sont toutes splendides, grandes, élancées, perchées sur de magnifiques chaussures. D’ailleurs, j’ai complètement oublié les miennes. Dans un recoin, j’échange ma paire de baskets avec mes jolis escarpins.
– Laisse tomber, même avec ça tu ne seras jamais à la hauteur. Tu t’es vue, rit l’une d’elles.
Je relève la tête, un peu stupéfaite. Le spaghetti qui me fait face, toutes dents dehors, s’amuse beaucoup. Grande, brune, les cheveux relâchés, dessinant de magnifiques boucles, les lèvres d’un rouge intense, des yeux chocolat incroyables, je déglutis avec peine.
– Tu sais où tu es ici ? me demande-t-elle.
Je ne réponds rien, que lui dire, si ce n’est que j’ai simplement choppé l’annonce dans un magazine, que je ne connais absolument pas ni le lieu ni le photographe.
– Tu es mignonne, s’esclaffe-t-elle. Les filles ? Nous avons une nouvelle venue, je ne sais pas de quel coin paumé elle arrive, mais c’est du lourd ! Regardez-la bien, je pense que c’est la dernière fois que nous la voyons.
Je sens une larme se frayer un chemin sous ma paupière, je la retiens, je ne veux pas craquer, je ne le dois pas. C’est mon rêve, elle ne me le retirera pas. Les autres pouffent, chuchotent, me regardent jusqu’à éclater de rire, un rire atroce, persécuteur, qui se glisse en moi pour m’étouffer. Je le ressens physiquement, il fait mal, très mal. Une porte s’ouvre. Le silence s’installe de façon foudroyante. Je suis toujours accroupie.
– Payrot ? Charlotte Payrot ?
Je me ratatine. Est-ce que j’ai raison ? Est-ce que ma place est ici ? J’attends, après un deuxième appel, l’assistante sollicite la personne suivante. Je me redresse, laisse couler ma frustration, ma peine, ma faiblesse sur mes joues et fuis.
– Charlotte ? Charlotte, attends !
Je ne m’arrête pas, les portes de l’ascenseur se referment sur le visage étonné de Romain.
Chapitre 4
Charlotte


Je cours à en perdre haleine, je file à me brûler l’âme. Je sens le moindre de mes muscles, chaque petite goutte qui roule sur mes joues, pour s’échouer au sol. Je sens mon cœur qui tape, percute, mon souffle brûle ma trachée. Je n’ai pas pu, je n’ai pas réussi, elle a eu raison de moi, de ma volonté, de mes rêves. Je cours et ne m’arrête pas, je ne sais ni où je suis ni où je vais.
Essoufflée, le cœur battant à tout rompre, je me laisse tomber sur les rebords en béton de La Seine. Mes larmes ont séché, je n’en ai plus, j’en ai trop versé durant cette course. Sous mes yeux, l’eau glisse en continu, sinueusement, contournant la capitale la plus belle du monde. La ville qui détient mon destin entre ses mains. Des bateaux-mouches, des touristes, des sourires, des cris de joie. La vie dans tout ce qu’elle a de plus beau, de plus léger. Ce que je ressens en cet instant est à l’opposé de ces effusions que j’observe. Mon esprit est sens dessus dessous, cherche au milieu de mon vacarme intérieur un peu d’accalmie. Je ne sais où donner de la tête, où regarder. Ma vue se trouble, mon cœur s’acharne contre ma poitrine comme s’il tentait de fuir. Je suis là, submergée par ce sentiment d’impuissance, à tenter de réfréner les cris de frustration qui m’envahissent, qui essaient de se frayer un chemin. Pourquoi n’ai-je pas été capable de lui clouer le bec ? Évidemment que je suis novice et certainement pas à la hauteur, mais c’est mon destin, personne ne doit m’empêcher d’y arriver. Je refuse. Mes parents m’ont toujours enseigné d’aller au bout de mes rêves. Je dois combattre ce manque de confiance, je ne peux pas laisser la première difficulté faire s’écrouler tous mes projets. Un sentiment de colère se fraie insidieusement un chemin en moi. Finis les défilés dans ma chambre de petite fille, dans le salon sous le regard fier et attendri de mes parents. Si je ne me bats pas, ils resteront les seuls témoins des applaudissements que j’aurais à jamais entendus. Leurs paroles réconfortantes, leurs encouragements s’immiscent dans mon esprit. Je dois puiser dans ces souvenirs ce qui me manque de courage. Je me souviens d’un jour, alors que j’avais emprunté les plus beaux escarpins de ma mère, ma cheville s’est tordue, j’ai crié, pleuré. Mon père est arrivé, il m’a prise dans ses bras. Alors que je me reposais sur le canapé, il a déposé un sachet de petits pois sur mon membre douloureux. Je pleurais toujours. Il a eu ces mots que je n’oublierai jamais : vis tes rêves, chérie, quelles que soient les difficultés que tu rencontreras, va au bout, ne te refuse rien. Je ne te dis pas que la vie sera facile, ce serait te mentir, mais tu es la seule à pouvoir déplacer les montagnes qui compliqueront ton chemin . Je n’ai pas compris pourquoi et comment il voulait que je déplace les montagnes. J’ai grandi, mûri, je suis devenue une femme et j’ai saisi. Il n’y a personne qui puisse décider à ma place, qui puisse faire à ma place. Je relève la tête, me remets en marche, hors de question que je n’y arrive pas. Le métro, une station, deux… je descends. La rue, la même. Un immeuble, le même. Les portes coulissent, j’entre. Cette fois, je n’hésite plus. Je prends l’ascenseur sous le regard surpris de la dame de l’accueil. 5e étage. Les portes s’ouvrent. La standardiste est là, toujours vêtue de son tailleur parfait, les cheveux impeccablement plaqués sur la tête. Elle me regarde, fronce les sourcils, sa bouche dessine une petite moue méprisante. Je pense qu’on va s’apprécier, toutes les deux. Je m’avance, fièrement. Les pieds en feu d’avoir tant couru, je n’ose les regarder de peur qu’ils soient meurtris. C’est vraiment pas le moment, je dois être parfaite.
– Mademoiselle, je peux vous aider ?
– Oui, je viens pour le casting.
– Sauf erreur de ma part et je n’en fais jamais, vous êtes venue et repartie il y a maintenant plus de trois heures.
Trois heures, mince, je ne pensais pas avoir fui si longtemps. J’hésite.
– J’ai eu un problème personnel et j’ai dû…
– Peu importe, vous vous pensez où ? Nous avons autre chose à faire que de jouer avec des princesses indécises ! Toutes les mêmes, ça devient vraiment insupportable !
– J’ai vraiment eu…
– Quoi, pas la bonne paire de chaussures ? Une erreur de coiffure ? De couleur de culotte ? Votre chien est mort ? D’ailleurs, en parlant de coiffure, vous auriez pu au moins avoir la décence de vous présenter convenablement, on dirait un épouvantail !
Commence vraiment à me chauffer, le spaghetti frustré. Il ne peut y avoir d’autre raison que celle-ci pour qu’elle me parle sur ce ton dédaigneux. Je suis certaine qu’elle aussi rêvait de gloire et de beauté, et non, je ne parle pas de jouer dans la série. Elle a échoué et s’est retrouvée standardiste, je refuse de vivre la même chose, non que j’aie quoi que ce soit contre ce métier, simplement ce n’est pas mon but. Je sens la colère grimper, elle sinue, se fraie un chemin, je suis à deux doigts de lui arracher son splendide chignon et de le lui faire avaler. J’appuie mes mains sur le comptoir, approche mon visage sans jamais rompre le contact visuel.
– Écoute, chérie, j’ai pas que ça à faire, j’ai dû m’absenter, on va pas en faire un fromage. Maintenant, je vais reprendre ma place au milieu de la faune sauvage et tout rentrera dans l’ordre.
Je suis surprise des mots qui sortent de ma bouche, ma voix est sèche, impérieuse. Mon cœur bat très fort, j’essaie de rester la plus calme possible, elle ne doit pas percevoir mon malaise. Au fond, je suis pétrifiée. Un tic nerveux fait tressauter le coin de sa lèvre, une légère rougeur se dessine sous son blush, accentuant les joues de poupées qu’elle possède.
– Mademoiselle, le casting est terminé, il n’y a plus personne.
La sentence tombe comme un couperet, je suis à deux doigts de m’effondrer. C’est impossible, je n’ai pas pu passer à côté de ce rendez-vous. Un rictus presque amusé apparaît sur le visage de celle qui me fait face, je voudrais le lui faire ravaler, lui hurler dessus. Elle n’y est pour rien, je suis seule responsable de ce fiasco. M’en prendre à elle n’y changera rien, au mieux, ça me soulagera quelques minutes. Les épaules basses, le dos voûté, je me tourne sans un mot de plus.
Dans l’ascenseur, le miroir me renvoie ma propre image, le reflet de mon échec, de mes incompétences. Un boomerang qui me revient en pleine face, avec force. C’est douloureux. J’ai l’impression qu’y défilent tous mes rêves, tout ce pour quoi je me suis battue. Je quitte cet espace gardant cette image, mon image, celle d’une perdante, celle d’une personne trop faible. Dans la rue, le flot incessant de voitures me donne le vertige. Elles défilent devant moi, allant et venant comme ma vie, comme mes rêves, que je pensais juste au bout de mes doigts et qui viennent de fuir, s’échapper bien loin. Il ne me reste plus qu’à faire mes valises pour retrouver mes parents, les champs, les forêts, les animaux.
– Hey, Charlotte, tu vas bien ?
Figée, tel un mime de rue, je ne réponds pas. Seul mon souffle permet de voir que je suis encore en vie. Penser à mon départ de la capitale me donne la nausée. Tout ça pour ça ? Une ombre, un corps, je ne vois plus rien d’autre que ces grands yeux bleus qui me fixent. Je m’accroche à eux comme à une bouée. Je voudrais sortir de ce marasme, ne plus laisser mon esprit voguer sans limites. Je ne veux plus penser, simplement oublier cet échec, effacer cette journée, juste me réveiller ce matin dans mon lit avec un avenir encore possible.
– Charlotte, tout va bien ?
Je cligne plusieurs fois des paupières, le brouillard se dissipe.
– Romain, vous… je…
– Eh bien, je vois que tu n’as pas retrouvé tes capacités de parole. Tu n’as pas l’air en grande forme, je peux faire quelque chose ?
– Remonter le temps de quelques heures, c’est possible ?
Il rit, un son doux, mélodieux qui me fait du bien. Il rit et je souris.
– Je suis désolé, mais je ne vais rien pouvoir pour toi. Oh pardon, au fait, je peux te tutoyer ?
– Pas de problème, je ne suis pas assez vieille pour imposer le vouvoiement et pour tout te dire, je déteste ça, j’ai l’impression d’être ma grand-mère.
– Elle doit être charmante alors.
– Qui ?
– Ta grand-mère.
Devant mon regard sceptique qui semble beaucoup l’amuser, il précise :
– Si elle te ressemble, elle doit être charmante… même à son âge.
– Très drôle, vraiment je… ah ah ah.
– Je sais, je sais, se vante-t-il. Plus sérieusement, accepterais-tu de venir boire un verre avec moi ?
Je ne m’amuse plus, ne pouffe plus. Cette invitation totalement inattendue me surprend. Il a l’air sympa, amusant. Est-ce que c’est une bonne idée ? Je ne sais pas. Je crois qu’après la journée que j’ai vécue, je ne peux risquer plus grand fiasco.
– Pourquoi pas, au point où j’en suis de toute façon.
– Aïe, se plaint-il la main sur le cœur, ça fait mal très mal, Charlotte.
Sa mimique douloureuse m’amuse. C’est avec un léger sourire et le sentiment d’être moins accablée que je le suis.

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