Abject
264 pages
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Description


« On ne naît pas Connard, on le devient. »



Malgré les années, Enzo Montalbano ne s’est jamais remis de la trahison de son amour de fac. Pour combler ses blessures et protéger ses failles, il a blindé son cœur et son mental derrière une haine sans borne pour les femmes.



Trois règles :



1 : Pas d’attaches.


2 : Pas de sentiments.


3 : Pas de deuxième nuit.


3 bis : Ne jamais déroger aux règles 1, 2, et 3.


3 bis bis : Même si ça concerne cette comète aux cheveux bleus et son foutu défi !



Vices


Noirceur


Démons intérieurs


Gardez toujours à l'esprit que le Connard est un être solitaire, déterminé et impitoyable.


Mais peut-être plus fragile qu’il n’y paraît...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 12
EAN13 9782379932441
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

AB JE CT
Morgane Rugraff
 

 
L’auteur est représenté par Black Ink Éditions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit, sous n’importe quelle forme.
 
Nom de l’ouvrage : Abject
Auteur : Morgane RUGRAFF
Suivi éditorial : Emma Landas
 
© Black Ink Éditions
Dépôt légal septembre 2021
 
Couverture © Black Ink Éditions
Réalisation: Juliette BERNAZ
Crédits photos
Photographe: Rafa Catala
Modèle : Jorge Del Rio
ISBN  978-2-37993-244-1
 
Black Ink Éditions
27 rue Vivonne - 17220 La Jarne
Numéro SIRET 840 658 587 00026
 
Contact : editions.blackink@gmail.com
Site Internet : www.blackinkeditions.com

Table des matières
Quand l’auteure se prend pour une philosophe
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Remerciements

 
Quand l’auteure se prend pour une philosophe
 
À toi, lecteur ou lectrice, est-ce que ça t’arrive de te fatiguer ? De te promettre certaines choses et de ne pas les tenir ? Oui ? Alors tu es comme moi, et c’est génial !
Tu ne comprends pas ? Attends, je t’explique.
Retour en arrière d’un an.
 
En juin 2020 sortait Double Je, ma première romance, les premières lignes de vie d’Hugo et d’Enzo Montalbano.
 
D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais aimé la romance. Ni les romans écrits au présent et à la première personne. Ni les comédies romantiques. Ni les happy end. Ni les trucs en guimauve – parce que je pensais faussement que la romance se résumait à ça. … Bref, tu as compris l’idée !
 
Et puis, un matin d’été 2019, les jumeaux Montalbano se sont pointés dans ma tête, pour ne plus jamais me quitter. En quelques jours, ils sont devenus une révélation, une évidence. Alors, j’ai écrit leur histoire dans Double Je. Et j’ai fait tout ce que je n’aimais pas, tout ce que je ne connaissais pas. J’ai écrit un roman au présent, à la première personne, et qui parlait d’amour… Une putain de belle histoire !
Tu sais quoi ? Mon éditrice m’a dit que j’étais un OVNI dans le monde de la romance. Et je suis d’accord. Je ne suis aucun schéma établi, je ne connais aucun code, aucune case. Je fais au feeling, selon mes envies, mes émotions, mes ressentis. Et c’est comme ça que je m’épanouis.
 
Après la sortie de Double Je, j’ai clamé haut et fort : C’est bon, ma folie passagère est assouvie ! Plus jamais de romance pour moi ! Terminé les romans au présent, écrits à la première personne, les histoires d’amour…
 
Toi et moi connaissons le résultat de cette promesse, puisque tu tiens à présent Abject entre tes mains.
 
Ce qu’il faut retenir de ce roman, c’est qu’il est pour moi, une leçon de vie.
C’est ça la vie : Ne suis pas toujours la voie que tu t’es fixée, ou celle que le monde t’impose ou te conseille.
Explore les sentiers battus, fais un peu l’école buissonnière, apprends par toi-même, n’écoute pas toujours les autres, et surtout, ne t’écoute pas toujours, toi non plus. Apprends de tes erreurs, reconnais que parfois tu te trompes et que finalement, tu prends un pied monumental à faire des choses qui te paraissaient inconcevables. Tu verras que c’est dans ces moments-là que tu livres le meilleur de toi-même.
 
Essaye, trompe-toi, découvre ! Et surtout, n’arrête jamais de croire en tes rêves !
 
Morgane
 
 
# Enzo Montalbano #
 
Vous vouliez savoir comment j’en suis arrivé là ?
Vous tenez vraiment à plonger avec moi dans le passé ?
À remuer la merde ? À me haïr ?
 
Okay… Alors bienvenue dans mon enfer.
 
C’est l’histoire d’un mec… tout simplement.
C’était moi, mais ça aurait pu être n’importe qui d’autre…
C’est une histoire qui a mal commencé, mais qui connaîtra peut-être une belle fin. Peut-être…
 
Si je trouve la force d’avancer, de pardonner, de tirer un trait sur le passé. Et ça, c’est pas gagné.
 
Enzo Montalbano
 
 
 
 
 
 
« Il y a une fissure dans toute chose ; c’est ainsi qu’entre la lumière… »
Léonard COHEN
 
Chapitre 1

 
Enzo
 
Les yeux rivés sur le mur blanc de ma piaule, mes coups de bassin sont mécaniques, bestiaux. De temps à autre, ma main vient claquer le petit cul pâle qui se tend vers moi pendant que sa propriétaire couine gentiment. J’étais prêt à la baiser comme elle voulait, elle s’est d’elle-même mise à quatre pattes . Levrette ? Parfait ! Pas besoin de la regarder, d’assumer l’image que je renvoie, pas plus que d’affronter mon reflet dans ses grands yeux bleus. J’en sais même foutrement rien, s’ils sont bleus ou pas… et je m’en balance !
Oh putain, je sens que je vais venir ! Sous moi, la petite nana se tord de plaisir, en sueur, haletante. Elle crie mon nom : « Enzo… ».
Et dire qu’à une époque pas si lointaine, les meufs que je serrais gémissaient en boucle un tout autre nom  1 :
« Matt, baise-moi. »
« Matt, lèche-moi. »
« Matt, plus fort ! »
Et puis tout a foutu le camp parce que… parce que c’est comme ça… parce qu’une Amazone a tout fait exploser. Tout ! Le lien qui m’unissait à mon jumeau. Notre vie peinarde ! Notre double identité !
— Enzo, encore…
Oh, mais merde ! Boucle-la. Laisse-moi kiffer mes va-et-vient de taulard !
J’ai été Matt pendant si longtemps que j’ai presque l’impression que c’est un autre qu’elle est en train de supplier.
— Ferme-la…
Oui, boucle-la ! Contente-toi de gémir ! Contente-toi de bouger ton cul ou ta langue sur ma queue ! Contente-toi de faire juste ce que je te demande… Tu n’as pas ton mot à dire. Putain, quand je la baise, c’est le visage de Théa qui vient se superposer ! Le visage de cette garce ! Elle aussi a tout foutu en l’air il y a des années. Enragé, je pilonne ma partenaire d’une nuit avec plus de bestialité, mais elle a l’air d’apprécier car ses gémissements montent crescendo.
Ses longs cheveux balayent son dos. D’une main, je les attrape pour les enrouler autour de mon poignet. Sous la pression, elle se redresse, se cambre davantage. Ma paume claque son derrière si fort que je marque sa peau d’une tache écarlate pendant de longues secondes. Fiché en elle, je libère ses cheveux et la rejette en avant. Pas question de jouir dans cette merde en plastique qui m’enserre la queue ! Je retire la capote luisante et me finis au-dessus de son fessier bombé.
Docile, affalée sur le ventre, elle ne bouge pas et attend que je me termine. Je ne connais même pas son prénom. Elle n’est rien de plus qu’un petit corps à posséder, un corps sur lequel j’ai apposé mon odeur, mon foutre. Au matin, elle sera partie, ne sera plus qu’une ombre sans visage qui finira par totalement disparaître. Au matin, je m’en voudrai d’avoir agi de cette façon avec elle, mais ce remords ne dure jamais bien longtemps. Au matin, je penserai déjà à la suivante…
Assis au bord du lit, je reprends lentement mon souffle. Ma respiration erratique emplit le silence de la pièce. Sur mes avant-bras, mes veines saillantes tremblent, piquées de bleus par endroits. La gorge sèche, je les frôle de mon pouce. Un long frisson glisse le long de mon échine. Putain de déchéance de merde.
Les parties de baise où Hugo et moi partagions nos proies me semblent si lointaines. Tellement lointaines que par moments, c’est comme si cette période de notre vie n’avait jamais existé. Mais, il y a eu cette fille… Lux Huxley… L’Amazone qui escalade les monuments interdits la nuit pour y jouer du violon. Une sale histoire… dans laquelle j’ai tout perdu. J’ai perdu cette fille, j’ai perdu mon frère, mon double. J’ai perdu ce qu’il me restait de dignité. Mais c’est pas grave, parce que j’ai pas besoin d’eux !
Maintenant, j’avance seul. Seul avec mes ombres, mes démons. Ils sont de fidèles compagnons de route. Silencieux. Invisibles. Constamment présents. Loyaux.
La solitude, proche de la folie, devient une habitude. La seule amie qu’on a vraiment. Putain, j’essaye de me souvenir comme c’était bien, avant toute cette merde ! Avant que tout change du jour au lendemain, même si en refaisant le fil de mes conneries – de nos conneries – c’était juste une question de temps avant que ça pète.
Parfois, on oublie tout simplement que les gens peuvent disparaître, que ce ne sont pas les amis qui vivent ensemble jusqu’à la fin, et que la famille reste la chose la plus importante. J’avais une famille… J’avais mon frère… Avant. Hugo, putain, où t’es ? Bordel ! J’ai encore besoin de toi, mais je ne te le dirai jamais. Pas après tout ça. Plus maintenant. C’est trop tard.
On oublie aussi que nos fautes ressurgissent toujours à un moment ou à un autre. T’as beau les enfouir loin, les enterrer profondément, les camoufler sous un masque, elles t’explosent au visage comme une bouteille de gaz dans une cheminée. On oublie qu’on sera toujours détesté de tous, même de ceux à qui on n’a rien demandé. Parce que c’est comme ça. Parce que la vie est une putain de chienne ! Parce que tu payes toujours !
Une fois, j’ai essayé de penser aux gens à qui ça pourrait faire de la peine si je disparaissais… Mais aucun nom ne m’est venu. Mon esprit est resté vide à ce moment-là, seulement habité par la merde que je m’injecte. En fait, y a rien d’autre que le vide. Y a rien parce que je ne manque à personne. Parce que personne n’est assez fou pour se soucier de moi, pour se lever le matin en se demandant comment je vais, ou pour se coucher le soir avec l’envie de me voir le lendemain… Parce que je suis un foutu connard.
Je pourrais disparaître totalement que les autres ne s’en rendraient même pas compte, tellement mon existence est futile, pourrie, rongée jusqu’à la moelle.
D’abord j’ai eu mal. Une putain de douleur sourde qui me vrillait l’esprit H24, qui martelait ma conscience en continu jusqu’à me faire chialer. Minable . J’ai tenté de lutter, longtemps. Pendant des mois, je n’ai plus été que l’ombre de moi-même, avec cette putain d’impression que partout où je mettais les pieds, « Matt » était gravé sur mon front. Et puis, j’ai succombé… D’abord juste une fois, juste pour essayer. Je suis redevenu Enzo. Seulement quelques heures, puis, nuit après nuit. Et bordel, qu’est-ce que c’était bon ! Je suis une autre version de moi-même. Pas la meilleure, c’est certain, mais je n’ai aucune prétention à ce niveau-là.
Je suis redevenu moi. Enzo Montalbano. Un putain de connard, un serial baiseur sans regrets, sans attaches, sans sentiments, sans aucun remords, et je l’assume à deux mille pour cent ! On ne vit qu’une fois, mais si on jouit pleinement de chaque minute, c’est assez ! Trop de personnes consomment leur existence comme si elles en avaient d’autres en réserve. J’ai été de celles-là, et j’ai perdu assez de temps à jouer à être quelqu’un que je ne suis pas.
Matt était tellement sage comparé à ce que je suis réellement…
— Je vais prendre une douche.
— Hum, porte au fond du couloir, rétorqué-je par automatisme.
— Tu viens ?
Je redresse la tête, toise une seconde cette fille toute frêle qui me fait face, qui a encaissé sans broncher, puis me lève à mon tour. Elle est si fine que j’ai eu peur de la casser par moments. En quelques pas je la rejoins, glisse ma main sur sa nuque fragile pour l’attirer contre moi et brutaliser ses lèvres tout en murmurant :
⸻ Compte pas sur moi pour te frotter le dos, petite. Si je t’accompagne dans la douche, tu ne tiendras pas le second round.
Elle écarquille les yeux. Ses pupilles noires brillent. Quoi ? T’es choquée, bébé ? Toutes les mêmes. Elle balbutie une seconde puis recule sans un mot. Un sourire amusé sur les lèvres, je la suis du regard jusqu’à ce qu’elle referme la porte de la salle de bains derrière elle. La sourde tension qui habitait mon corps plus tôt dans la soirée s’est un peu calmée. Apaisé, j’ouvre les portes coulissantes de ma chambre qui donnent directement sur la terrasse. En contrebas des collines, les lumières d’Huntington Beach dansent dans la nuit. La villa domine les alentours, et fait de moi le roi de ce territoire de débauche.
Clope vissée au coin des lèvres, à poil, j’effectue quelques pas sur les dalles froides. Il ne doit pas faire plus de dix degrés dehors, mais j’ai tellement chaud intérieurement que je ne ressens rien. Je ne saurais pas dire depuis combien de temps je suis devenu insensible à tout ce qui m’entoure. Mon âme brûle en permanence… Vidé, je ne suis plus qu’une carcasse qui obéit à la règle des 3 B : Baiser. Boire. BHD.
BHD … Mon nouveau meilleur ami depuis trois mois. Un seul de ces petits comprimés me permet de planer grave. Comment tu fais quand t’as l’impression que ta tête va exploser ? Comment tu t’en sors quand ton crâne est sur le point d’éclater tant il est plein de merdes ? Comment tu gères des nuits d’insomnie, de colère, de rage, de vice ? C’est simple… tu te vides complètement l’esprit. Tu t’accroches à la moindre petite chose qui te fera décoller, te procurera un sentiment d’extase si puissant que le pire drame te paraîtra insignifiant, risible. C’est exactement ce que j’ai fait. J’ai trouvé un exutoire, une porte de sortie. Pas la meilleure, j’en conviens, mais la plus efficace.
Coke. Quatre lettres. Quatre moyens différents de la consommer. Sniffée. Fumée. Injectée. Avalée. Quatre moyens de planer. Avant d’avoir essayé, personne ne peut avoir idée de l’euphorie, de ce sentiment jouissif de puissance qu’elle t’offre ! La descente est violente, brutale, mais pour quelques minutes d’extase totale, je suis prêt à tout supporter maintenant. La sensation de sentir mon cœur s’emballer pour une autre raison que la haine ou la rancœur. Le sentiment d’être le maître du monde, de l’avoir tout entier à mes pieds. Bien sûr, les effets ne durent pas plus d’une heure ou deux, le temps d’une bonne défonce, d’un rush d’enfer. Même baiser sous coke, c’est le pied. Tout est décuplé.
⸻ Tu viens te coucher ?
La voix douce de la demoiselle m’incite à tourner la tête dans sa direction. Dans l’air froid, je remarque ses tremblements, mais plus encore, quelque chose me fait totalement vriller. J’aurais pu avoir un semblant de douceur pour elle, après l’avoir prise comme un acharné, la garder dans mes bras pour aller dormir, embrasser son front dans une illusion de tendresse, mais une fraction de seconde a suffi à me faire changer d’avis.
⸻ Retire ça tout de suite ! grondé-je.
Elle ne comprend pas et baisse les yeux vers le sol. Pauvre conne !
⸻ Enlève mon sweat. Qui t’a dit que tu pouvais le prendre ?
⸻ Pardon… j’avais froid et je l’ai vu dans la salle de bains. Alors…
⸻ Alors tu t’es dit que tu pouvais faire comme chez toi et te servir ? la coupé-je brutalement en envahissant son champ de vision. T’as froid ? T’as deux options pour remédier à ça ! La première, tu vas t’allonger dans les draps et je te fous la paix jusqu’au matin. La seconde, tu vas t’allonger dans les draps et je m’occupe de toi. Mais mon sweat, t’es pas autorisée à le porter.
Oh bordel, non ! Ni toi ni une autre de ces poufs que je ramène ici. Une seule fille l’a porté. Une seule ! Et de temps à autre, j’imagine encore son odeur, son parfum de pomme d’amour et de vanille flotter dans les fibres. Lux Huxley … Ouais, je l’ai toujours en tête ! Elle me hante. Chaque jour. Chaque nuit ! Chaque putain de seconde que Dieu fait. Mais elle n’est pas à moi. Elle n’est plus à moi. Elle appartient à Hugo aujourd’hui… Et je les maudis tous les deux !
⸻ Excuse-moi… je ne savais pas.
Son regard apeuré me fait redescendre un peu. Devant moi, elle retire mon sweat et me le tend. Je suis un charognard et me délecte de la vision de cette fille quasiment nue, frissonnante dans la nuit. Seulement habillée de son tanga de dentelle blanche, elle me dévisage une seconde avant de souffler.
⸻ Je vais me coucher…
⸻ Je te rejoins.
Quelques minutes passent. Le temps que je termine ma clope, que les cendres s’envolent, et qu’avec elles mon impatience retombe. Lorsque je la retrouve dans le lit, elle est allongée sur le côté, tournée vers la place vide que j’occupe normalement.
Je ne lui fais pas l’amour une seule fois cette nuit-là, mais malgré tout, je la prends avec plus de douceur la seconde fois. Je lui devais bien ça.
 
« Et pourtant
Nous sommes de ceux qui n’renoncent pas
Des chiens enragés, des teigneux, des acharnés
Nous sommes de ceux qui comptent bien d’venir capables de tout encaisser
Nous sommes de ceux qui établissent des stratégies dans l’obscurité
Pour reprendre la main, jouer selon leurs propres règles et forcer le destin »
Fauve : De Ceux
 
 
Chapitre 2

 
Enzo
 
Les néons agressent ma rétine fatiguée. La petite nana de la veille est restée un peu plus longtemps que prévu. C’était pas désagréable d’avoir quelqu’un près de moi au réveil. Habituellement, une fois qu’on a fini nos séances de sexe, je leur appelle un taxi et basta ! Mais avec elle, j’ignore pour quelle raison, j’avais envie de prolonger le moment. Attention, c’est pas de l’attachement ou je ne sais quoi. Seulement, elle était plus discrète que les autres. Elle n’a pas cherché à parler, à faire bêtement la conversation pour combler nos blancs. Non, elle était là quand il fallait, pas chiante. Je lui ai proposé un café, elle a pris le café. Je lui ai proposé une pizza le midi, elle a accepté la pizza sans même essayer de savoir quelle garniture il y aurait dessus. Je crois qu’elle avait juste envie, elle aussi, de passer un moment un peu plus long avec moi, histoire de profiter sans aucune prise de tête, et jouir d’un lâcher-prise sans conséquence.
J’ai fumé des joints sur lesquels elle a tiré quelques lattes. C’est resté très soft. L’après-midi, on s’est simplement posés dans ma piaule, sans prendre la peine de se rhabiller. Elle m’a sucé en silence pendant que je caressais ses cheveux, je l’ai fait monter en pression avec ma langue, jusqu’à ce qu’elle me supplie de la doigter en même temps. Son orgasme était sympa à regarder. Quand son petit corps s’est tendu et qu’elle a appuyé son bassin contre ma langue, j’ai eu une furieuse envie de la prendre. Cette fois, elle est restée allongée sur le dos, mais la chambre était plongée dans l’obscurité des rideaux tirés, et elle a gardé les yeux clos presque tout le temps. J’ai pris un moment pour détailler les traits de son visage. Plutôt jolis, en fait, même si j’avoue que ce n’est pas la première chose que je regarde quand je fais ma sélection. Je traque les petites meufs chaudes comme la braise, celles qui n’ont pas peur de remuer leurs fesses et qui ont une jolie bouche… J’aime les lèvres rosées, fines, sensuelles. De parfaites bouches à pipe. Connard.
En fin d’après-midi, elle – je n’ai toujours pas son prénom – est retournée prendre une douche, je l’ai suivie, mais ni elle ni moi n’avions plus aucune envie à assouvir. Quand elle a quitté la salle de bains, elle m’a juste dit merci pour la soirée, et le temps que je finisse de me laver, de me sécher, elle avait disparu. J’imagine qu’elle a appelé un taxi toute seule comme une grande. Celle-là a tout compris !
 

 
Autour de moi, la musique résonne, bourdonne jusqu’à emplir chaque particule de mon corps. Mon épiderme réagit au quart de tour à chaque basse qui fuse, mon cœur palpite. J’ai soif ! Soif de vodka, soif de me glisser entre les petites chattes en chaleur qui se déhanchent sur la piste de danse. Pas besoin de bouger. Claquer des doigts est largement suffisant. J’ai juste à les fixer longuement, sans un mot. Le seau à champagne posé en évidence sur la table basse fait le reste… Certaines choses ne changent jamais. Les femmes sont vénales, superficielles. Pas toutes, c’est vrai, mais celles qui s’approchent de moi le font uniquement pour cette raison. Et c’est également pour cette même raison que je les choisis. Parce que je ne recherche rien d’autre.
Pour le moment, je me contente de parcourir la salle du regard, en mode repérage. Calé dans l’angle des banquettes de cuir rouge, je laisse mes yeux traîner sur mon possible harem d’un soir. Une grande métisse aux cheveux tressés bouge ses fesses dans une danse plutôt hypnotique, je dois bien le reconnaître. Elle a l’air d’avoir du potentiel… Pendant deux secondes, je l’imagine allongée dans mes draps, puis je sens quelqu’un s’asseoir juste à côté de moi. La métisse quitte mon champ de vision. Merde…
⸻ Salut. Moi c’est Sky.
Escarpins noirs, robe moulante retroussée sur des jambes croisées aux mollets fins… Mon regard remonte davantage en prenant son temps. Décolleté sage, mais qui laisse entrevoir la naissance de deux beaux seins ronds, une bouche rouge écarlate, et des yeux, bordel ! D’un bleu turquoise comme je n’en ai encore jamais vu.
⸻ Salut.
Elle m’adresse un sourire confiant, encouragée par ma réponse. Son visage fin est encadré de boucles claires, presque blondes, qui retombent sur ses épaules. Je préfère les cheveux longs, les brunes, mais ça peut aussi faire l’affaire… Même pas besoin de me lever ce soir… Il suffisait d’attendre.
⸻ Tu m’offres un verre ?
⸻ En quel honneur je ferais ça ?
Ses lèvres s’entrouvrent jusqu’à former un cœur et j’observe sa langue les humecter sous la lumière tamisée alors qu’elle prend son temps pour me répondre.
⸻ Je t’ai vu mater toutes les filles comme un charognard.
⸻ Comme un charognard ?
Elle ne manque pas d’air, celle-là. J’aime bien…
⸻ Tu es en train de les passer en revue une par une. Et je sais comment ça va se finir. Tu vas en attirer une, attendre qu’elle minaude deux minutes devant toi et vienne poser ses fesses à côté des tiennes. Après, tu lui offriras une coupe de champagne hors de prix en glissant ton bras derrière ses épaules pour la caresser un peu. Et puis ensuite, tu la ramèneras chez toi en Corvette pour quelques heures de plaisir.
⸻ Eh bien… Tu as un sens de l’observation plutôt affûté…
⸻ Ce n’est pas la première fois que je te vois agir comme ça.
⸻ Donc tu viens souvent ici…
⸻ De temps à autre.
⸻ Et pour la Corvette ? Je t’ai pas allongée sur le capot, que je sache.
La musique couvre presque nos voix, mais elle esquisse un sourire amusé.
⸻ Pas encore, peut-être.
Intrigué, je me penche vers elle, troublé bien malgré moi par son odeur qui vient exciter ma conscience, dont une moitié plane encore, alors que la seconde commence sérieusement à s’imbiber. Elle sent le citron. Vert. Des notes acidulées, fraîches, qui tranchent avec la lourdeur des parfums capiteux qui flottent ici.
⸻ T’as peur de rien, toi.
⸻ Je sais qui tu es, lâche-t-elle sans me quitter des yeux.
Putain, ce bleu ! J’ai le sentiment de me noyer dans quelque chose de trop profond pour moi.
⸻ Ah ? Et qu’est-ce que tu sais au juste ?
Malgré ma chemise noire entrouverte sur mon torse, et mes manches relevées, je crève de chaud. La gorge sèche, j’avale cul sec ma coupe de champagne. Bordel, c’est bien une boisson de femme ça ! Elle me coule dans la gorge comme du petit-lait, sans rien étancher de ma soif.
⸻ Ce que tout le monde dit.
⸻ Et ils disent quoi les gens ?
⸻ Qu’il y a un gars qui s’appelle Enzo Montalbano. Un mec qui passe ses nuits ici, à boire, et qui ramène toutes les filles chez lui, quelque part dans les hauteurs de la ville. Mais il paraît, aussi, qu’il ne rappelle jamais celles avec qui il couche. Avec lui, c’est une nuit, pas plus, et pourtant, toutes en redemandent.
Je ricane en reposant ma coupe.
⸻ Rumeurs flatteuses.
⸻ Info ou intox ? m’interroge-t-elle, cash.
Je frotte ma langue contre mon palais, à la recherche d’une once de salive. J’ai l’impression que le champagne m’a plus déshydraté qu’autre chose. J’avais soif en arrivant, mais là, je suis carrément sur ma faim avec cette fille. Je ne sais pas à quoi elle joue, mais si c’est de la baise qu’elle cherche, je suis son homme.
⸻ J’sais pas. Possible.
⸻ Je suis de nature curieuse. Et je ne crois que ce que je vois.
⸻ Et pourquoi je te prendrais toi, et pas une autre ?
Immédiatement, je distingue une lueur de défi s’allumer chez elle.
⸻ Qui t’a dit que c’est toi qui me prendrais ? Peut-être que c’est moi qui vais te baiser…
Lentement, je recule jusqu’à m’adosser contre la banquette, et évalue la situation. La nana me scrute sans ciller. Elle a soutenu mon regard pendant toute notre conversation, ce qui est suffisamment rare pour que je le relève. Bien souvent, je mets les femmes tellement mal à l’aise qu’elles préfèrent baisser les yeux, mais pas elle. Au contraire ! Plus je tends à lui faire perdre contenance et plus elle me rentre dedans.
⸻ Allez, vendu ! Lève ton petit cul de là, lui ordonné-je, la voix rauque d’excitation, de fatigue, et de clope.
⸻ Et le champagne ? m’interroge-t-elle en désignant la bouteille pleine, plongée dans le seau de glace pilée.
⸻ T’as pas une tête à boire ça, toi.
⸻ Et j’ai une tête à avaler quoi ?
Un sourire pervers étire mes lèvres. Si elle savait ce que j’ai à l’esprit à ce moment-là… Remarque, elle doit le savoir, parce que ses yeux m’allument comme jamais, pourtant elle ne rougit absolument pas. Elle a parfaitement conscience de sa réponse à double sens.
⸻ Quelque chose de beaucoup plus fort…, occulté-je évasivement.
Toi, c’est pas sur la banquette arrière de la Corvette que je vais te prendre ni sur le canapé du salon. Je vais te savourer en profondeur sur le territoire de mon pieu…
⸻ Bon, tu viens ?
 
 
« Non j’ai braqué personne, planté personne, buté personne Mais j’suis un voyou c’est comme ça qu’on dit tout simplement J’ai fait des choses que j’regrette suffisamment Suffisamment pour y penser tout l’temps J’pourrais te donner un million de bonnes raisons Pour qu’on m’attrape, qu’on m’casse les genoux et qu’on m’cloue au pilori »
Fauve : Voyou
 
Chapitre 3
 

 
 
Sky
 
Oh, ne t’inquiète pas. Je vais te suivre, y a pas de doute là-dessus. Sans même un regard pour moi, ce foutu connard arrogant se lève et abandonne sa bouteille à deux cents dollars sur la table. C’est à peine s’il y a trempé les lèvres. Moulé dans sa chemise noire et son Levi’s brut qui lui fait un cul d’enfer, Enzo Montalbano ne se préoccupe absolument pas de moi et se fraye un chemin jusqu’au bar où il adresse un rapide signe de tête à la barmaid. Est-ce qu’elle aussi est passée dans ses draps ? Peut-être pas, ils ont peut-être juste fait un aller-retour aux toilettes. Ceci dit, j’ai rarement vu des chiottes aussi propres qu’ici. Les miroirs vont du sol au plafond, et pour un mec qui s’aime autant, c’est l’endroit parfait pour se regarder baiser.
La serveuse semble acquiescer, puis mon homme d’un soir se tourne vers moi.
⸻ T’es sûre de toi ? Une fois que t’as posé un pied dans la caisse…
⸻ Qu’est-ce qu’on fiche encore ici à parler ? le coupé-je.
Il sourit et tire un paquet de cigarettes de sa veste en cuir qu’il vient de récupérer au vestiaire. C’est malheureux à dire, mais j’ai toujours trouvé ça sexy, un homme en train de fumer. Le videur nous ouvre les portes qui donnent sur l’extérieur tout en adressant un clin d’œil à mon chauffeur, accompagné d’un signe de tête très explicite.
⸻ Bonne soirée, mademoiselle, me lance-t-il.
Je lui offre mon plus beau sourire, mais intérieurement, il a droit à mon plus beau fuck . L’air glacial me saisit immédiatement, je retiens ma respiration tant il me brûle les poumons. À quelques mètres de moi, Enzo ralentit à peine son pas, mais une flamme brille au creux de sa paume. Une seconde plus tard, une arabesque de fumée blanche file vers le ciel. La façon dont Enzo tient sa clope en dit long sur sa personnalité. Calée entre son majeur et son annulaire, sa cigarette tremble une seconde… J’y perçois un savant mélange de délicatesse et de mal-être, une assurance à tout rompre, teintée de fébrilité.
Du regard, je cherche le petit bolide qui va nous emmener tout droit dans les hauteurs d’Huntington. J’aime les voitures de sport et ce coupé rouge flambant me procure une bouffée d’excitation bien plus violente que son propriétaire. Je n’ai encore jamais posé les fesses sur un siège à quatre-vingt mille dollars !
Je ne m’y attendais pas, mais étrangement, le serial fucker m’ouvre la porte de son carrosse et la referme avec délicatesse. Sans doute plus par peur que j’abîme son bijou que par galanterie pure. Le temps qu’il finisse sa clope – tiens, il ne fume pas dans sa voiture, un maniaque de l’habitacle clean –, je trouve rapidement mon portable dans ma pochette noire et pianote sur mon clavier :
 
[Je ne rentre pas ce soir. Bisous. Je t’aime.]
 
La réponse survient presque dans la foulée à l’instant où la portière s’ouvre du côté conducteur. L’air froid s’engouffre dans la voiture, en même temps que le parfum de mon chauffeur dont le corps ne se trouve soudain plus qu’à quelques centimètres du mien. J’ai le feu aux joues, mais ce n’est pas sa présence qui me fait cet effet-là. Coincé entre mes paumes, mon téléphone vibre.
⸻ T’appelles qui ?
...

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