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Description

Romance contemporaine MM - 360 pages (spin-off du roman Fix me)


Romain s’est forgé une personnalité par complaisance, une façade derrière laquelle, chaque jour, il se trahit lui-même, jusqu’au jour où un drame le ramène en France. Il est alors confronté à son passé... un passé peuplé de fantômes.


De son côté, sacrifiant sa propre vie privée, Sam lutte contre l’intolérance et se consacre corps et âme à ceux mis au ban de la société.


Après deux ans de séparation, l’amitié de Romain et de Sam a-t-elle survécu ? Ces retrouvailles peuvent-elles les rapprocher plus encore ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 33
EAN13 9782379611551
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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MARIE SOREL
MARIE SOREL

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-155-1
Photo de couverture : StarsStudio
PROLOGUE


L’amour a ce petit quelque chose de lumineux, il offre ce battement de cœur supplémentaire, cette peur constante, cette main tremblante, cette chorégraphie au creux du ventre, ça pétille, ça danse, ça vit. C’est exactement cela, alors que mes paupières se soulèvent avec délicatesse, je me sens plus en vie que jamais. Jusqu’il y a peu, j’avais ce sentiment intrinsèque que quelque chose ne fonctionnait pas correctement, que j’avais été placé sur le mauvais chemin et que de ce fait, pour l’éternité, je me traînerais, tentant inexorablement d’approcher un peu le bonheur. C’est ça, la cigogne qui m’avait déposé ne devait pas avoir l’intégralité de ses capacités, elle avait dû se cogner la tête avant de prendre son envol et était repartie quelque peu désorientée.
J’ai seulement dix-sept ans et hier soir pour la première fois, j’ai eu, perçu, découvert ce que voulait dire se sentir soi. Se sentir bien. Tomber amoureux n’est pas un choix, c’est un saut dans le vide, grisant, euphorisant.
La lumière qui traverse mes volets entrebâillés m’indique que même la météo a décidé qu’aujourd’hui serait une belle journée. Il flotte ici une douce euphorie, elle ne me quitte pas, plus. Je m’étire, tends chacun de mes muscles pour tenter de les réveiller eux aussi, je baigne encore dans cette plénitude, ce sentiment que tout est devenu extraordinaire. Extra-Ordinaire, c’est exactement cela, il n’y a aucun doute. Mon cœur explose, frappe contre ma poitrine, ça fait mal et contradictoirement ça fait un bien fou. Cet organe qui ne me servait qu’à vivoter prend aujourd’hui toute sa place, enfin il s’épanouit, se développe, m’insuffle cette force que je peinais à trouver.
Quand mon téléphone posé sous mon oreiller bipe, je me retourne instantanément pour le saisir.

[ On se retrouve au parc à onze heures ]

Mes lèvres s’étirent. Fébrile, je me lève pour me préparer non sans avoir pensé à répondre, le cœur battant la chamade. Si un jour on m’avait dit que je sentirais ces foutus papillons dans mon ventre, marcherais sur de la guimauve, j’en aurais très certainement ri à gorge déployée. Et pourtant…
Quelques longues minutes plus tard, je suis assis dans la cuisine le nez plongé dans ma tasse, Caroline, ma sœur, s’installe face à moi. Je relève la tête devant son regard pesant.
— Quoi ? demandé-je en grognant.
— Rien, répond-elle avec une moue amusée.
— Balance ce que tu as à dire, j’aime pas quand tu fais cette tête.
— Tu es tout beau ce matin, tu as un rendez-vous ?
— Non. Arrête, je vais croire que tu es devenue barge.
— Romain, tu as quelque chose sur le visage.
— Quoi ? m’écrié-je en me redressant. Où ?
Mes mains partent toucher ma peau, tâtonnent, cherchent alors que ma sœur éclate de rire. Je stoppe mes mouvements, la fixe incrédule, essaie de comprendre ce qui peut bien la mettre dans cet état. Je n’aime pas sa moue amusée qui se dessine ni ses yeux qui pétillent de malice, non, je n’aime pas ça ! Je la connais comme si c’était moi, nous sommes faits dans le même moule, enfin presque, seulement nés à quelques minutes d’intervalle. Elle la première. Avant qu’elle n’ait le temps de répondre, nos parents nous rejoignent, je me lève, les embrasse, je dois filer j’ai un rendez-vous important. Caroline suit mon mouvement, s’approche et se penche pour déposer une bise sur ma joue. Je n’ai pas le temps de la repousser, sa voix s’échappe dans un chuchotement.
— Je crois que tu es amoureux, dépêche-toi d’aller le rejoindre…
Je me redresse surpris, mon ventre se noue, mon estomac tourne dans tous les sens, je peine à déglutir et j’attends. J’avoue en cet instant être impuissant. J’ancre mes yeux aux siens, j’ai peur de voir son jugement et surtout, je me demande comment elle sait, comment a-t-elle deviné ? Jamais jusque-là je n’en avais parlé, jamais, jamais je n’avais su. Car oui, elle a raison, si mon cœur frappe si fort, si mon corps tremble autant, c’est pour un garçon et pas n’importe lequel, c’est Le garçon. Je ne l’ai pas choisi, nous nous sommes juste trouvés.
— Tu… enfin je…
— Comment je le sais ? Je te connais par cœur, peut-être plus que toi-même, et ce que je peux te dire c’est que j’aime te voir avec ce sourire, ces yeux qui pétillent, je veux que tu sois heureux et j’espère que tu me le présenteras bientôt. Allez, file avant que je te demande de tout me raconter et surtout, couvre-toi !
Je bloque, sidéré, mes yeux doivent sortir de leurs orbites, Caroline part dans un fou rire incroyable quand elle comprend les pensées qui m’assaillent.
— Ton manteau, il fait un froid de canard, pense à prendre ton manteau.
— Ah oui, bien sûr, réponds-je penaud.
Nous sommes en plein mois de décembre ; dans quelques jours, Noël sera là, lumineux, joyeux, apportera son lot de surprises. C’est avec le sentiment de sauter sur des nuages, de voler dans du coton que je sors de la maison. J’ai l’âme qui fredonne un concerto, le cœur qui appose son rythme et donne à l’ensemble cette symphonie unique. Je ne savais pas comment le dire, je ne savais pas comment serait vécue cette annonce, il me reste mes parents, mais l’assentiment de ma sœur est peut-être le plus important pour moi. Et puis, il y a le reste du monde…

Quelques jours plus tard, le reste du monde n’a pas été ce que j’espérais. Noël, une surprise dont je me serais passé. Noël ne sera plus jamais pareil.

L’utopie, la naïveté, l’espoir… je ne sais pas ce que j’avais pris comme compagnon, et très vite, j’ai dû l’abandonner pour rester seul, vide, un fantôme déambulant dans le corps d’un homme qui plus jamais ne pourrait aimer. Car oui, plus jamais je n’aimerai.
CHAPITRE 1


Romain

Premier jour.
Nouveau départ.
Nouvelle mission.
J’ai accepté, non, j’ai demandé à revenir. La France n’avait rien à m’apporter. Ici, je me sens utile, je n’ai pas besoin de revêtir un costume pour vivre au milieu de la cohorte humaine. Ici, je suis Romain, infirmier militaire. Je ne suis pas la victime des insultes, des crachats de mon quartier. Je ne suis pas cette tapette, pas le souffre-douleur de personnes mal dans leurs baskets qui savent juste rejeter ceux qui ne leur ressemblent pas. Pourquoi la différence n’attire pas l’indifférence plutôt que la violence ? Un soir, j’ai été surpris en train d’embrasser un garçon. Cachés derrière un arbre, dans un parc, nous voulions rester discrets. Il était mon premier amoureux, je venais de comprendre ce qu’était ce sentiment fou, dingue, je vivais sur un petit nuage… Depuis, rien ne va.
J’avais dix-sept ans, la tête emplie de rêves, le ventre terrain de jeux de milliers de papillons, le cœur gorgé d’espoir. Je suis reparti avec une blessure inguérissable, j’ai abandonné mes dix-sept ans, mes espoirs, mes rêves, évincé les papillons. Il n’y avait plus rien, ne restait de moi qu’une coquille vide. Dix ans plus tard, me voilà fondu dans un moule conforme à celui dans lequel je dois vivre, celui imposé par la société, par ma peur. À dix-neuf ans, je me suis engagé dans l’armée, me suis camouflé pour devenir celui que je n’étais pas. Mes envies, mes rêves, mes espoirs… ils n’existaient plus, ils n’en avaient plus le droit. Les militaires revêtent cette tenue pour passer inaperçus en zone hostile, j’ai fait de même, dans chaque acte, chaque geste. J’ai enfilé ma propre combinaison, suis resté caché aux yeux de tous, j’étais Romain, un jeune homme un peu trop timide. Pour moi, l’hostilité se trouvait partout, à tout moment, en tout lieu. J’ai joué, inventé des histoires d’amour, des coups d’un soir lors des permissions… avec des filles. Je devais créer un personnage acceptable aux yeux de mes pairs. Et puis, je suis devenu infirmier.
Dans cet avion qui me mène vers le Tchad, je repense à la première fois que j’ai parcouru ce même trajet. Je suis déjà venu durant six mois. J’ai dû repartir, car les périodes passées sur les terrains de guerre sont comptées, mesurées presque comme du papier à musique. Le tempo est parfaitement rodé. Ensuite, nous pouvons revenir ou réintégrer un hôpital militaire. Un claquement de doigts plus tard, plus de mine, plus de cris, plus de sang. Les rires se glissent dans les ruelles où les enfants jouent, ils sont loin de ceux qui périssent entre les pierres explosées de leur ville ou village. Deux mondes totalement différents dans lesquels j’évolue.
— Salut, Romain, content de te revoir, comment vas-tu ?
Sur le tarmac la chaleur me saisit, face à moi l’adjudant Martin me tend la main. C’est lui qui est venu nous récupérer pour nous accompagner jusqu’à notre demeure provisoire.
— Ç a va merci, le voyage a été quelque peu chaotique, mais normal avec notre pilote.
Ce dernier arrive à nos côtés, éclate de rire quand il voit ma mine verdâtre. Je serre toujours les dents à m’en faire mal, comme si je craignais que, malgré mes pieds bien ancrés dans le sol stable, je puisse encore rendre mon déjeuner. Les turbulences ont eu raison de mon estomac. Je saisis mon sac, le glisse sur mon épaule, suis notre chauffeur. Nous avons une heure de trajet avant d’arriver et je sais d’avance les rebonds, trous, virages, peu idéaux pour apaiser mes maux. Malgré les paysages qui s’étirent, le soleil qui réchauffe, le spectacle époustouflant offert par cette nature, je me concentre sur ma respiration.
Lorsque nous débarquons, c’est plutôt calme. Quelques hommes déambulent entre les tentes. J’entre dans celle qui sera ma maison pour quelques mois, j’y aurai un espace réduit entouré par d’autres. Rapidement, je dépose mes affaires avant d’aller visiter les lieux, me présenter à mes supérieurs. Il est probable que certains ne me soient pas inconnus, mais pour les autres… Nous devrons très vite apprendre à nous coordonner, à nous connaître. Dans la clinique, deux médecins, un généraliste et un chirurgien sont dans un bureau. Je reconnais un peu plus loin, assis sur un siège buvant un café, l’anesthésiste avec qui j’ai déjà travaillé. Je m’avance vers les deux hommes, mes supérieurs.
— Infirmier de classe supérieure Romain Perlier, m’annoncé-je tel que le protocole l’exige.
— Capitaine Roland, médecin généraliste, se présente-t-il en me tendant la main.
L’autre homme se lève à son tour.
— Colonel Druaud, chirurgien orthopédique. Vous avez fait bon voyage ?
— Oui, globalement, le trajet s’est bien passé.
— Parfait, votre service actif ne commence que demain, d’ici là, je vous engage à profiter de votre quartier libre pour vous reposer et visiter les lieux. L’infirmier que vous remplacez doit encore être dans les parages, il part demain et prendra soin de vous montrer où est le matériel.
— Très bien, je vous remercie.
Après avoir présenté mes respects à chacun, je quitte le bureau des médecins. Il a raison, je vais me reposer et tenter de récupérer un peu des dernières vingt-quatre heures avant d’être réellement épuisé. Ici, le rythme est très différent, la moindre minute de sommeil est quasi vitale. Ici, mes cauchemars fuient la majorité du temps, le bruit, l’effervescence, m’obligent à une grande vigilance, même eux ne sont pas autorisés à me déranger.

***

Je suis là depuis bientôt un mois, tout est parfaitement rodé. De garde pour la nuit, je profite un peu du vent frais. L’infirmerie est calme ; seul un homme blessé dort profondément. Je sais que cela ne durera pas, pour l’avoir déjà vécu, à tout moment cela peut basculer dans des scènes d’horreur. Un café à la main, une clope dans l’autre, je m’assieds sur le sol poussiéreux, m’adosse à la paroi de la tente. Le ciel est clair, illuminé d’étoiles qui scintillent et offrent un tableau spectaculaire. Un léger souffle caresse la peau de mon visage, la lune pleine permet une visibilité assez nette sur ce qui m’entoure : quelques tentes, des véhicules, et puis des kilomètres de vide. J’inspire doucement, longuement, une bouffée de ma cigarette. Je laisse l’air pénétrer mes poumons avant de le recracher. Cette fumée blanche s’échappe, s’envole, s’évapore. Un jour, il faudra que j’arrête… un jour oui, pas maintenant. C’est devenu un rituel, le moment de pause, de sérénité. Concrètement, ici, ce n’est pas le plus gros risque que je prends. Mourir d’un cancer du poumon ou explosé par une roquette… les faits sont là, les probabilités évidentes. Seul, je peux laisser mon esprit divaguer, je saisis une poignée de sable, laisse la matière s’écouler comme elle le ferait dans un sablier. Je plonge, replonge dans un passé pas si lointain, je pense à lui. Lorsque ma pause est terminée, je réintègre la tente. Je m’installe au bureau qui me sert également d’observatoire, de là, j’ai une vue d’ensemble sur les lits des patients. Je complète quelques documents, puis ouvre le bouquin que j’ai commencé il y a plusieurs jours. La lecture est une échappatoire dont j’ai viscéralement besoin. Une ouverture sur d’autres lieux, en d’autres temps. Loin du chaos.
— Romain, bouge ! On doit partir, prends le sac d’urgences et ton gilet.
— Oui, mon commandant.
Je me lève pour suivre les ordres, je ne sais ni où nous nous rendons ni quel type de mission nous attend. Le véhicule militaire est déjà prêt à écraser les kilomètres, je saute à l’intérieur. Nous sommes cinq, quatre hommes et une femme. Tous en tenue, portant ce fameux gilet censé nous protéger.
— Nous allons dans un village à trente minutes de route, des civils ont été attaqués, il y a de nombreux blessés, nous n’avons que très peu de détails, il faudra trier rapidement, vous connaissez tous la procédure et les codes. Deux autres véhicules pour transporter les blessés les plus graves nous suivent, puis encore deux nous rejoignent, ils arrivent de plus loin. Nous serons les premiers sur place, je compte sur vous.
— Oui, mon Capitaine, répondons-nous en chœur.
La tension monte d’un cran, ce genre de mission est dangereuse, nous ne savons jamais si l’attaque est terminée, si c’est un piège. Des militaires armés seront là pour encadrer les lieux, évidemment, mais comment ne pas penser au pire ? Je dois faire le vide. Je me cale contre mon siège, ferme les paupières et tente de chercher une image, un son, afin de trouver suffisamment de sérénité. Je connais les codes, les priorités, je suis formé pour agir dans l’urgence, ne pas penser à moi, seulement aux civils meurtris. À l’extérieur, le soleil pointe, la lumière est incroyable, le paysage époustouflant, dans d’autres circonstances je pourrais me repaître de ce spectacle.
Lorsque nous arrivons, ce sont les pleurs, les cris qui nous accueillent. Nous descendons, coordonnés, nous savons ce que nous avons à faire. Je m’approche, sac sur l’épaule, d’une femme allongée. Des larmes ruissellent sur son visage dont les traits montrent la douleur qu’elle ressent, sa main appuyée sur son ventre. Elle me fixe. Délicatement je retire ses doigts, le sang coule beaucoup. Trop. La plaie apparaît quand je retire le tissu qui la recouvre.
— Mes enfants, trouvez mes enfants.
Sa voix sifflante me fait lever les yeux. J’observe les alentours, je ne vois rien, aucun gamin. Et puis, un mouvement, un bruit, je veux appeler un des hommes armés pour qu’il aille vérifier. Le regard de la mère m’implore. Sa blessure impressionnante ne semble pas mettre ses jours en danger. Je fais signe à ma collègue de prendre le relais, puis me dirige vers la maison. Un petit garçon est recroquevillé, il ne doit pas avoir plus de cinq ans, près de lui, allongée, une petite fille semble dormir. Semble, c’est cela qui fait toute la différence, car en réalité le sang étalé autour d’elle me fait comprendre qu’il n’en est rien. J’avance à petits pas, parle doucement pour ne pas effrayer l’enfant. Je m’agenouille près de lui.
— Bonjour, je m’appelle Romain, je suis là pour t’aider, c’est ta grande sœur ?
Il acquiesce d’un mouvement de tête, renifle.
— Tu veux bien que je regarde comment elle va ?
Il répète le même mouvement. Ma main se pose sur le cou de l’enfant dont les battements du cœur se sont tus. Tout comme elle, ils ne joueront plus jamais la symphonie de la vie.
— Est-ce que tu as mal toi ?
— Non, répond-il dans un murmure.
— Tu veux venir avec moi ?
— À couvert, à couvert ! hurle une voix.
Un frisson me parcourt, j’attrape le petit garçon le plus rapidement possible quand une détonation retentit. J’ai l’impression de la ressentir jusque dans mes entrailles. Une douleur intense me saisit, un voile se pose sur mes iris. Je serre aussi fort que possible le corps de l’enfant. Je voudrais le rassurer, lui souffler des paroles réconfortantes. Je n’y arrive pas. Mes forces me quittent. Le noir. Le silence. Je ne ressens plus rien. Je plonge sans aucune maîtrise, des regards, des sourires glissent, se dessinent autour de moi, je me sens léger, un sentiment de plénitude m’enveloppe. Le noir à nouveau. Le silence, encore.
CHAPITRE 2


Sam

Assis dans la cuisine, je feuillette un magazine abandonné par une ancienne résidente. Julie est installée dans le vieux fauteuil, près de la cheminée qui ne crépite pas, n’offre que sa beauté vieillissante, accueillante. Le nez plongé dans un roman, mon amie semble totalement transportée loin d’ici. Ce lieu est à son image, calme, bienveillant. Ma meilleure amie a réalisé son rêve, sa maison est devenue celle des autres, de ceux qui se sont égarés sur le mauvais chemin, ceux qui se sont perdus et aspirent à retrouver une certaine sérénité. Actuellement, nous accueillons Johane, adolescente de seize ans. Bientôt viendront se joindre à nous une jeune femme et son fils. Nous travaillons en étroite collaboration avec les services sociaux du secteur et la gendarmerie. Si l’initiative a surpris, le concept de ce lieu d’accueil plaît vraiment. Nous sommes plusieurs salariés, moi en tant qu’infirmier, veilleur de nuit. Marcus qui vient de finir sa formation d’éducateur spécialisé. Nous avons aussi Catherine, psychologue, qui vient une fois par semaine. Julie est bénévole et vice-présidente de l’association qu’elle a créée pour gérer ce lieu, toujours étudiante à la faculté de psychologie. S’ajoute à ce joli petit monde Joséphine, également éducatrice et Tristan, veilleur de nuit. C’est un lieu totalement atypique, loin du cadre connu dans d’autres structures. Julie s’est battue pour recevoir les agréments nécessaires. Une grosse partie du financement vient de donateurs, pour la plupart issus du milieu médical. Magguy, la mère adoptive de Julie et Richard, son époux, organisent deux fois par an des évènements afin de trouver de l’argent. Ils sont aussi membres du bureau associatif. Cela fonctionne bien, même très très bien.

Une voiture se gare sur le parking. Julie se lève, je la suis. Nous allons accueillir nos nouveaux résidents. À l’extérieur, je reconnais Thibault, l’assistant social. Je lui adresse un léger sourire auquel il répond. S’il n’était pas accompagné, Julie me donnerait un coup de coude suivi d’un clin d’œil complice, la discrétion de mon amie n’est pas sa principale qualité, elle espère trop me voir enfin craquer pour ce type, qu’il soit un peu plus… un peu plus. À son côté se trouve une jeune femme au corps frêle, ses doigts enserrant fermement la poignée d’une valise, comme elle le serait à une bouée au milieu d’un océan. De son autre main, elle tient celle, toute petite, de son fils. Ils observent la bâtisse. Un sourire se dessine sur mon visage, je suis leur regard. Cette maison, qui semble régner sur son monde, seule, surplombe un paysage incroyablement paisible. Ses volets rouges, sa vieille pierre lui confèrent ce côté rassurant, sécure, comme une grand-mère qui vous accueillerait sur son giron pour vous dire que tout ira bien. J’espère qu’ils le ressentent aussi. Une légère brise souffle, me caressant la nuque. La jeune femme doit le percevoir également, un frisson s’empare d’elle. Elle inspire délicatement, inspire cette nouvelle vie, cette nouvelle chance. C’est ici qu’ils vont vivre le temps nécessaire à leur guérison. À leur reconstruction. Ensuite, ils vogueront où bon leur semble.
— Céleste ?
La jeune femme se tourne vers l’assistant social toujours près d’eux. Elle lui adresse un sourire timide, à peine visible.
— Vous êtes prête ? reprend-il.
— Oui.
— Très bien, je vous présente Julie et Sam, ce sont eux qui dirigent ce lieu. Julie est la responsable et fait en parallèle des études de psychologie. Sam est infirmier. Il manque Marcus et d’autres avec qui vous ferez connaissance plus tard.
— Je suis l’infirmier, le cuisinier, le meilleur copain, le confident, le meilleur joueur de bataille, enfin l’homme à tout faire ! m’exclamé-je joyeusement.
Je ne précise pas que je suis également l’amant de celui qui l’accompagne, il est là le pas assez pour Julie, son espoir de nous voir partager un peu plus qu’une nuit de temps en temps. J’ai rencontré Thibault il y a quelques mois, Julie ne pouvait assister à une réunion au conseil départemental, elle m’a demandé de la remplacer. Après des heures à tournicoter autour de sujets plus barbants les uns que les autres, il m’a proposé d’aller boire un verre. Nous nous sommes très vite entendus et sur bien des sujets. Le premier étant que nous ne voulions en aucun cas d’attaches, juste une pause dans nos vies quand nous en ressentions le besoin. Régulièrement, nous nous octroyons une soirée, une nuit, puis nous repartons vaquer chacun à nos occupations. C’est un type génial, drôle et particulièrement sexy. Nous ne nous sommes jamais menti, nous adorons les nuits que nous passons ensemble, et n’attendons rien de plus. Il nous arrive de nous confier, de partager nos moments de doutes… il est un peu un super pote avec quelques avantages en plus. Le sourire qu’il m’adresse en cet instant pourrait faire fondre la calotte glaciaire, je sens un doux frisson remonter le long de mon échine, cache tant bien que mal l’excitation que cela produit. Je n’éprouve pas de grande difficulté à le faire ; lorsque je pose mes yeux sur la jeune femme, son regard apeuré me remet immédiatement les pieds sur terre. Je m’avance vers elle, lui tends une main que j’espère douce et rassurante. Elle la saisit, tremble un peu quand nos peaux se touchent. Mes sourcils se froncent légèrement alors que je sens cette angoisse qu’elle peine à cacher. J’ai l’impression qu’elle tente de me la transmettre sans le vouloir. Je me tourne ensuite vers son fils. Ce petit garçon semble perdu, il se colle contre la cuisse maternelle. Je m’agenouille pour être à sa hauteur. Ses yeux se rivent aux miens.
— Salut, bonhomme ! Comment t’appelles-tu ?
Il ne me lâche pas du regard, se serre encore plus contre Céleste. Julie va devoir faire quelques papiers avec elle, évoquer peut-être les raisons de sa venue. Bien sûr, nous en savons quelque chose, mais il reste important de voir où en sont les personnes que nous accueillons. Ici, c’est un lieu de protection dans lequel tout peut être déversé.
— Tu peux répondre, chéri, le rassure sa mère.
— Tom, ajoute-t-il d’une toute petite voix.
— Est-ce que ça te dirait de venir visiter la maison ?
Il jette un œil apeuré à Céleste. Elle semble dans le même état que lui, très vite elle tente de le cacher, un doux sourire se dessine sur son visage. Elle s’accroupit également pour être à la hauteur de son petit.
— Chéri, tu te rappelles ce que je t’ai expliqué ?
— Oui, c’est ici qu’on va faire dodo.
— Exactement. Tu es d’accord pour aller faire le tour avec Sam ? Je te rejoins très vite.
— D’accord.
J’adresse un sourire à la maman louve, qui peine à laisser partir son petit, puis à mon amie. Tom a glissé ses mains dans ses poches. C’est un geste qui semble le sécuriser, il ne souhaite absolument pas que je le touche. Ce que je respecte, évidemment. Je sais à quel point arriver dans un lieu inconnu peut être effrayant. Ici, la confiance peine à se trouver, les histoires passées des uns et des autres sont souvent un frein. Alors, nous offrons toute notre patience, jusqu’au jour où ils décident d’accepter la main qu’on leur tend.
— Céleste, vous voulez venir, que je vous explique comment nous vivons ici ?
— Bien sûr.
Lorsque nous entrons dans la cuisine, les yeux de Tom vagabondent, il observe, scrute, analyse. Il n’est pas vieux, à vue de nez je dirais quatre ou cinq ans, pas plus.
— Est-ce que tu aimerais que je te montre mon bureau ? Il y a plein de trucs rigolos.
D’un signe de tête, il m’indique qu’il est d’accord. Avant d’emprunter le couloir, je saisis dans un tiroir un paquet de bonbons. Tom sur les talons, nous arrivons dans l’infirmerie. Ses yeux s’agrandissent, je ne sais pas si cela est dû à la surprise ou à la peur. Je ne suis pas hyper habitué à des êtres si minuscules. Depuis l’ouverture de la maison, nous n’avons pas eu de si jeunes résidents. Il faudra bien prendre le rythme, car bientôt nous accueillerons un bébé.
— OK, alors est-ce que tu veux faire un dessin, je dois avoir des feuilles par ici, dis-je en ouvrant un tiroir. Attends, il faut des crayons, où sont mes crayons ? Ah la la je suis tête en l’air, je ne sais plus où je les ai rangés.
J’entends pouffer dans mon dos. Un sourire prend forme sur mon visage. Je patiente encore, continue de chercher, puis me tourne. Les mains sur les hanches, je fixe mon invité, qui lui se marre de plus belle.
— Tu as l’air de beaucoup t’amuser pendant que moi je cherche, c’est pas très juste quand même. Alors bon, sauf si tu es magicien et que tu fais apparaître mes crayons…
— Là, m’indique-t-il tout en pointant son doigt vers mon bureau.
Je me tourne, les sourcils froncés et une très forte envie de rire.
— Oh, mais, oh la la, m’écrié-je un peu trop hystérique, tu es trop trop fort, comment tu as fait ?
Je pivote à nouveau dans sa direction. Il me fixe incrédule, hausse les épaules pour me signifier qu’il ne sait pas quoi répondre. Je continue mon improvisation.
— Ah, mais oui, suis-je bête, les magiciens ne dévoilent jamais leurs secrets.
Après une bonne heure de coloriage et de franche rigolade, Tom repart trouver sa mère. Il me semble beaucoup moins inquiet qu’à son arrivée.

La journée s’est passée tranquillement. Le soir venu, Céleste s’est retirée dans ses appartements pour coucher son fils. Il était exténué. Comme souvent, je me dirige vers l’extérieur de la maison, c’est moi qui veille cette nuit. J’aime arpenter la cour alors que la nuit est tombée, quand seule la lune permet de se diriger. L’ombre du grand chêne se dessine, j’entends le craquement des branches provoqué par le souffle du vent. Il y a un autre son, je ne l’identifie pas immédiatement. J’avance. Les yeux clos, la tête appuyée sur le dossier de son siège, le corps qui tressaute, Céleste est là. Je m’avance encore, la faible lumière qui traverse la vitre de son appartement me permet de mieux la distinguer. Des larmes roulent sur ses joues.
— Salut ! chuchoté-je à ses côtés.
Elle se tourne dans un sursaut, comme prise en faute, pose une main sur sa poitrine.
— Pardon, reprends-je calmement, je ne voulais pas t’effrayer.
— Ce n’est rien, je… j’étais plongée un peu loin dans mes pensées, je ne vous ai pas vu arriver.
CHAPITRE 3
 
 
Sam
 
Cette femme est un oiseau tombé du nid, qui peine à tenir sur ses jambes. Elle est assise, et pourtant à deux doigts de s’écrouler. J’aurais dû être plus vigilant, plus bruyant en m’approchant. Elle a été surprise. Trop surprise. Nous savons pourquoi elle est ici. Violence conjugale. Pas de précision supplémentaire. C’est à elle de s’ouvrir à nous pour avancer, effectuer ce premier pas, les autres seront ensuite plus faciles. C’est comme un enfant qui apprend à marcher. Il tombe, se relève avec l’aide d’une main tendue, jusqu’au jour où il n’a plus besoin de ce soutien. C’est ce que nous sommes ici. C’est ce dont a besoin Céleste. Frêle, elle semble habiter un corps étranger, comme si elle l’avait emprunté à quelqu’un d’autre. Elle doit reconstruire ses bases.
— Il faut quand même que j’apprenne à être moins discret, ajouté-je en riant.
J’espère détendre l’atmosphère, l’aider à sortir des limbes de ses souvenirs.
— Ce n’est pas grave, je n’étais pas très attentive, je suis plus vigilante d’habitude. Vous… tu… euh, je ne sais pas.
— Tu peux me tutoyer sans problème, d’ailleurs je ne t’ai pas demandé si je le pouvais, c’est un réflexe chez moi.
— Pas de soucis, je crois même que je préfère, c’est moins formel. J’ai déjà l’impression de faire un saut dans le vide si en plus je suis réceptionnée par des inconnus… bon d’accord tu es un inconnu. Tu veux une infusion ?
— Avec plaisir.
Je saisis ce brusque changement de conversation. Je sais combien il est difficile de supporter certaines discussions. Quand elle revient, j’attends, la laisse s’installer, se détendre.
— Tu as des questions ?
— Je pense que j’ai déjà eu beaucoup d’informations en peu de temps. La semaine prochaine, Tom reprendra l’école, c’est bien, enfin, je crois. C’est bien ?
— Oui, c’est une bonne chose pour lui, c’est important qu’il puisse vivre le plus normalement possible. Il va se faire de nouveaux copains et tu pourras prendre soin de toi, tranquillement.
— C’est bizarre comme mot.
— Lequel ?
— Prendre soin, je veux dire, depuis quatre ans, presque cinq je prends soin de lui. Déjà, quand il était dans mon ventre, pas plus gros qu’une noisette, je veillais sur lui. Avant ça, j’ai veillé sur mon… sur Mathieu. Lui aussi en avait besoin. Nous étions jeunes lorsque nous nous sommes connus, un peu cabossés par la vie. J’ai tenté de colmater ses plaies, de réparer ses bosses. Lui aussi a essayé. Je crois. Encore avant lui, je… Enfin bon, maintenant, je dois prendre soin de moi ? Je pense que je ne sais pas faire ça. C’est pas que je n’aimerais pas, c’est juste que j’ai pas eu le mode d’emploi.
— Tu as envie d’apprendre ?
— Je ne sais pas.
— Et si tu te laissais un peu de temps ?
— Peut-être oui.
Le silence reprend sa place, les étoiles scintillent toujours, l’air devient de plus en plus frais. Il est l’heure, je sais que cette jeune femme ne fermera pas l’œil de la nuit. Elle attendra de voir le soleil se pointer, obligeant ses fantômes à fuir. C’est la période la plus difficile, le sevrage. Je me retire dans mes quartiers prendre une douche rapide avant de partir pour quelques heures. À peine Thibault avait-il quitté la maison que je recevais un message me demandant de le rejoindre ce soir. Je ne me suis pas fait prier très longtemps, si je ne veux aucun engagement, je ne refuse pas une nuit de corps à corps torride.
 
***
 
Au petit matin, Julie est déjà dans la cuisine, elle s’affaire à préparer le petit-déjeuner. Une vraie maison de famille, comme elle la voulait. Nous sommes loin de l’institution classique et on adore ça. Ce lieu est ce qu’il devait être, un cocon réparateur, une étape dans une vie chaotique. Un tremplin.
— Salut, chérie !
— Salut !
Je m’avance, dépose un baiser sur sa joue.
— Tu as bien dormi ? me demande-t-elle, la tête dans ses casseroles.
— Comme un bébé.
— Thibault va bien ? ajoute-t-elle l’œil malicieux et un sourire qui fend son visage.
— Il était très en forme oui, réponds-je en éclatant de rire. Tiens d’ailleurs tu savais qu’il partait ?
— Comment ça ?
— Il quitte la région, un poste lui a été proposé à la Réunion, il ne pouvait pas refuser.
— Il va te manquer ? ose-t-elle demander de l’espoir dans la voix.
— Forcément, on passe des moments sympas tous les deux, j’apprécie qu’on ne se prenne pas la tête à penser à un avenir ou toutes autres conneries dans le genre.
— Sam… commence à grogner mon amie.
Un petit bruit à la porte coupe notre échange, nous nous tournons. Céleste est là, la main sur la vitre. Je vais lui ouvrir.
— Bonjour, vous êtes pile à l’heure pour le petit-déjeuner, enfin si notre chef du jour ne fait pas tout cramer.
La jeune femme avance, la petite main de Tom dans la sienne. Il regarde, curieux, tout ce qui se passe, inspecte les lieux. Ses yeux plissés montrent son inquiétude. Lui aussi, il lui faudra du temps. Collé à sa mère, il suit chacun de ses pas. Quand elle prend place à table, il s’installe sur ses genoux. Il est parfois difficile, douloureux, de percevoir cette détresse, de ne pouvoir seulement l’observer, de devoir attendre que la vie fasse son boulot, allège un peu les maux.
— Tom, tu veux un chocolat chaud ? Je suis le spécialiste, personne ne sait le faire comme moi.
— Ah ça c’est certain, ajoute Julie en riant.
— Oh toi ça suffit, occupe-toi de tes tartines, elles te font un appel à l’aide.
— De quoi ?
— Regarde, le grille-pain fait des appels de fumée, au secours il fait trop chaud, au secours, m’exclamé-je.
Julie se retourne tout affolée, elle débranche l’appareil, sort les morceaux de pain. Tom nous observe, je crois qu’il nous pense un peu fous. Il n’a pas vraiment tort. Céleste sourit.
— Je suppose qu’ils n’ont pas supporté, nous allons devoir nous en débarrasser, reprend théâtralement Julie, les tartines posées devant elle.
Elle attrape un chiffon, les recouvre cérémonieusement.
— Je ne suis vraiment pas faite pour ça.
— Je peux vous aider ? propose Céleste. On est plutôt doués pour la cuisine, n’est-ce pas Tom ?
Le petit garçon scrute sa mère, ses lèvres s’étirent malicieusement. Il descend de ses genoux, garde sa main crochetée. Il y a des liens, comme celui-ci, devenus un ancrage, une sécurité. Ils ont besoin l’un de l’autre pour tenir face à ce bouleversement. Mère et fils s’affairent dans la cuisine, demandent régulièrement où sont les affaires. Une demi-heure plus tard, alors que nous nous apprêtons à passer à table, Marcus fait son entrée. Il rejoint Julie, dépose un baiser sur ses lèvres. Quand il vient vers moi, au dernier moment je me penche pour éviter le petit coup derrière la tête, rituel trouvé pour nous dire bonjour. Tom sourit. Confiture, café, thé, chocolat chaud, pancakes, le festin du roi est sur la table. Marcus se présente, remercie Céleste pour ce vrai petit-déjeuner.
— D’habitude, j’ai droit à des tartines cramées, du café dont la couleur ressemble à celle du thé. Vous recommencez demain ?
— Marcus ! s’exclame Julie scandalisée.
— Ça va, Clochette, je plaisante.
— Clochette ? s’étonne le petit garçon qui, pour la première fois, laisse entendre sa petite voix.
— Tu connais Peter-Pan ?
Tom acquiesce.
— Moi, je trouve qu’elle ressemble à la fée Clochette, ajoute Marcus. En plus, elle raconte plein d’histoires, elle est trop forte pour ça. Et elle est aussi maladroite que la vraie.
Le petit bonhomme regarde, un peu sceptique, puis après un haussement d’épaules reprend sa dégustation. Nous discutons, de tout et de rien, du planning de la journée, quand Johane arrive. Elle entre précipitamment, stoppe ses mouvements. Elle n’avait pas rencontré les nouveaux habitants. Johane n’a que seize ans et déjà des responsabilités d’adulte. Un accident de parcours pour certains, une énorme connerie pour d’autres. Seize ans. C’est encore une enfant qui bientôt devra s’occuper de sa propre petite fille. Elle est arrivée à la maison aux volets rouges il y a deux mois. L’assistante sociale avec qui Julie est en contact a appelé...

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