Addiction colossale
206 pages
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Addiction colossale , livre ebook

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Description

LA CONCLUSION À LA FOIS DOUCE ET TORRIDE DE LA DUOLOGIE LE COLOSSE DE WALL STREET



Un milliardaire farouchement déterminé...



Marcus Carelli, colosse des fonds spéculatifs, sait comment obtenir ce qu’il désire, et il n’a jamais rien désiré de plus fort qu’Emma. La rousse pétillante, inconditionnelle des chats, lui a peut-être tourné le dos, mais il n’est pas prêt à la laisser partir.



Une femme à chats plutôt méfiante...



Emma Walsh, vendeuse en librairie, a eu le cœur brisé par le milliardaire impitoyable et elle n’est pas près de l’oublier. Marcus peut insister tant qu’il voudra, il ne va pas la reconquérir aussi facilement.



Un lit à deux places...



En amour comme à la guerre, tous les coups sont permis, et le nouveau champ de bataille est un lit à deux places dans une chambre d’amis. Le vainqueur a tout à gagner... Que la joute commence.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 mars 2021
Nombre de lectures 70
EAN13 9781631425899
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Addiction colossale
Le Colosse de Wall Street : tome 2


Anna Zaires

♠ Mozaika Publications ♠
Table des matières



Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

Chapitre 42

Chapitre 43

Chapitre 44

Chapitre 45

Chapitre 46

Chapitre 47

Épilogue


Extrait de Un amour si sombre

Extrait de La Fille qui voit

À propos de l'auteur
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les incidents sont le produit de l’imagination de l’auteur ou employés de manière fictive, et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, des sociétés, des événements ou des lieux ne serait qu’une coïncidence.

Dépôt légal © 2020 Anna Zaires
www.annazaires.com/book-series/francais/

Tous droits réservés.

Sauf dans le cadre d’une critique, aucune partie de ce livre ne peut être reproduite, scannée ou distribuée sous quelque forme que ce soit, imprimée ou électronique, sans permission.

Publié par Mozaika Publications, une marque de Mozaika LLC.
www.mozaikallc.com

Couverture par Najla Qamber Designs
www.najlaqamberdesigns.com

Photographie par Wander Aguiar
www.wanderbookclub.com

Sous la direction de Valérie Dubar
Traduction : Laure Valentin

e-ISBN : 978-1-63142-589-9
ISBN imprimé : 978-1-63142-590-5
1

E mma
Je pleure pendant la première heure du vol de deux heures et demie vers Orlando. Je ne peux pas m’en empêcher. Mon cœur n’est pas seulement brisé, j’ai l’impression qu’on l’a arraché de ma poitrine.
Et c’est moi qui l’ai fait.
J’ai dit à Marcus que je ne pouvais pas emménager avec lui.
Je lui ai dit que c’était fini.
Mes voisins de siège, un chauve d’une cinquantaine d’années près du hublot et une adolescente blonde du côté de l’allée, s’écartent de moi lorsque je me mouche pour la cinquième fois. Seulement, il n’y a nulle part où aller. Bon, techniquement, la blonde peut se lever et s’éclipser aux toilettes, mais elle l’a déjà fait trois fois pour prendre ses distances, alors elle reste en place et me jette quelques coups d’œil désapprobateurs.
Je ne lui en veux pas. La seule chose pire qu’un bébé qui pleure dans un avion, c’est un adulte qui pleurniche.
— Vous, euh… ça va ?
C’est l’homme chauve, qui tente enfin une gentillesse, et je secoue la tête, souriant à travers mes larmes.
— Oui, désolée. Juste une…
Je ravale la boule dans ma gorge.
— Une rupture difficile.
— Oh, super, fait l’adolescente, dont le visage s’illumine sensiblement. Je pensais que tu venais d’apprendre que tu avais un cancer ou quelque chose comme ça.
Je grimace avec l’impression d’être une minable. Parce qu’elle a raison, ça pourrait être bien pire. Les gens vivent tous les jours de véritables tragédies, des horreurs qu’ils ne peuvent éviter. Alors que c’est moi-même qui me suis infligé la douleur que je ressens.
Il y a quelque temps, j’ai rencontré Marcus Carelli, un milliardaire spécialisé dans les fonds spéculatifs, si loin de mon milieu qu’il vient presque d’une autre planète.
Je suis tombée amoureuse de lui en sachant que nous n’avions pas d’avenir, et maintenant j’en paie le prix.
— J’ai connu une rupture difficile une fois, confie l’adolescente en mâchonnant son ongle vert brillant. Ce connard m’a trompée avec ma meilleure amie au collège. Elle l’a embrassé derrière les gradins du stade, tu te rends compte ?
— Oh, waouh, c’est terrible. Je suis désolée, dis-je sincèrement.
Au collège ou ailleurs, c’est toujours douloureux. Au moins, Marcus ne m’a jamais trompée. Il a disparu pendant trois jours après un week-end incroyable ensemble, mais pour autant que je sache, aucune autre femme n’était impliquée.
Enfin, sauf Emmeline.
Elle est toujours là, entre nous, elle ou un quelconque clone tout aussi parfait.
— Bah, ce sont des choses qui arrivent, dit la fille avec philosophie en haussant les épaules. Et toi ? Qu’est-ce que ce crétin a fait ?
— Il…
Je déglutis à nouveau.
— Il m’a poursuivie à l’aéroport et il m’a demandé d’emménager avec lui.
La fille et l’homme me dévisagent comme si une méduse venait d’apparaître sur ma tête et je m’empresse d’expliquer :
— Il ne le pensait pas. Pas comme les gens dans ces circonstances. Disons que c’est une affaire de commodité pour lui. Il va épouser quelqu’un d’autre. Il me l’a dit lors de notre première rencontre et…
— Il est fiancé ? s’exclame la jeune fille avec horreur.
— Non, non, dis-je en secouant la tête. Ils n’ont pas encore commencé à sortir ensemble. Ce ne sera pas forcément elle, d’ailleurs. Il a un critère très particulier, en fait, et je n’y corresponds pas. Pas du tout. Il y a une alchimie, mais ça ne suffit pas pour une relation à long terme. Je ne suis pas le genre de fille qu’il voudrait présenter à ses amis ou à ses clients. Au mieux, je ne suis qu’un divertissement pour lui, et tôt ou tard, il va s’ennuyer et s’en aller. Et alors…
Je laisse traîner ma phrase dans un souffle tremblant.
— Ce serait bien pire.
— Donc, vous avez envoyé paître ce pauvre homme à titre préventif ?
L’homme a l’air fasciné, comme si je lui offrais un aperçu spécial de la psychologie féminine.
— Un peu comme on frapperait le premier dans un combat, pour minimiser les risques de perdre ?
J’acquiesce et me mouche à nouveau.
— Oui, en quelque sorte.
Sauf si le but est de gagner ce combat, j’ai déjà perdu. Mon cœur appartient à l’homme dont je me suis éloignée, et il est difficile d’imaginer que cela puisse faire plus mal que maintenant. Pourtant, je suis certaine d’avoir fait le bon choix en rompant avec lui.
Si je ressens cela après un week-end ensemble, je n’ose pas imaginer combien ce serait pire encore si j’étais avec Marcus depuis un certain temps.
Non, c’est le seul moyen. Il faut arracher le pansement – emportant un morceau de mon cœur, en l’occurrence – et aller de l’avant.
La plaie est appelée à guérir avec le temps.
N’est-ce pas ?
2

E mma
Quand nous atterrissons enfin, je connais un peu trop mes voisins de siège, car pour m’empêcher de pleurer sur ma rupture, ils semblent avoir décidé conjointement de me divertir avec des histoires détaillées sur leurs vies. Ainsi, j’ai appris que Donny, l’homme d’une cinquantaine d’années, est originaire de Pennsylvanie, mais réside en Floride, qu’il a divorcé deux fois, qu’il est concessionnaire automobile à Winter Park et qu’il ne mange absolument aucun légume vert, tandis qu’Ayla, l’adolescente, est née en Floride, qu’elle a une sœur qui a divorcé trois fois et qu’elle passera le bac l’année prochaine – Ayla, pas la sœur, bien sûr. Cette dernière a abandonné le lycée. Oh, et Ayla est allergique aux noix, mais n’a aucun problème avec les légumes verts.
— Au revoir ! C’était un plaisir de vous rencontrer !
Je leur fais signe alors qu’ils pressent le pas devant moi avec leurs sacs et ils me rendent mon salut, visiblement soulagés d’en avoir fini avec ce vol et cette rouquine timbrée qui pleurait parce qu’un homme lui avait demandé d’emménager avec lui.
Je suis soulagée, moi aussi. Non que je n’aie pas apprécié d’entendre leurs histoires, au moins ils ont réussi à me distraire de mon chagrin, mais j’ai hâte de voir mes grands-parents et de sentir l’air chaud de la Floride sur ma peau.
L’humidité ici est une catastrophe pour mes cheveux bouclés, mais ça me fera un bien fou après cette violente tempête de neige à New York.
Papi m’attend à l’intérieur du terminal, juste à côté de la sortie des navettes, et j’accours vers lui, ma valise rebondissant derrière moi. Même si nous échangeons souvent par Skype, je ne l’ai pas vu en personne depuis un an et j’ai l’impression que ma poitrine va éclater de joie. Je lâche la poignée de la valise pour le serrer dans mes bras avec un sourire jusqu’aux oreilles.
À près de quatre-vingts ans, mon grand-père est robuste, ses épaules ne sont pas voûtées et son torse toujours large. Il sent aussi exactement comme dans mes souvenirs, mélange d’arômes des biscuits de mamie et de linge amidonné. En m’écartant, je le regarde attentivement et je suis heureuse de constater qu’en dépit de quelques rides plus profondes, il a la même apparence que l’année dernière, à peu de choses près.
Il me dévisage à son tour et je vois le moment exact où il remarque mes yeux rouges.
— Qu’est-il arrivé ? demande-t-il, ses sourcils broussailleux froncés. Tu as pleuré ?
— Non, bien sûr que non. J’ai reçu du jus de citron dans les yeux.
Je mens tout en attrapant la poignée de ma valise.
— Je pressais une tranche dans mon eau, dans l’avion, et elle a giclé droit sur mon visage.
— Du citron, vraiment ?
Papi me prend la valise et nous commençons à marcher jusqu’à la sortie.
— Je pensais que c’était en rapport avec ton petit ami de Wall Street, ajoute-t-il.
— Quoi, Marcus ? Oh non, ça n’a rien à voir avec ça. En plus, je te l’ai dit, ce n’est pas mon petit ami.
Il n’est plus rien pour moi, mais je ne vais pas m’y appesantir maintenant. Peut-être plus tard, une fois que j’aurai repris mes marques et que j’aurai grignoté quelques biscuits de mamie, je trouverai la force de tuer dans l’œuf les espoirs de mes grands-parents, mais pour l’instant, je suis trop épuisée pour ça.
D’ailleurs, je préfère annoncer la mauvaise nouvelle à tous les deux à la fois.
— Eh bien, quoi qu’il en soit, nous sommes contents pour toi, me dit papi. À moins, bien sûr, qu’il soit le citron en question.
Il me regarde alors que nous montons sur l’escalier roulant et je me force à sourire.
— Très drôle, papi. Et si tu me disais comment vous allez, mamie et toi ?
— Oh, toujours pareil, tu sais… la bonne vieille routine.
Il me fait un clin d’œil, et cette fois, mon rire est authentique.
— Et toi, princesse ? Comment s’est passé le vol ? Je pensais qu’il arriverait à l’heure, mais évidemment, en retard comme toujours.
— Oh, non. Tu étais déjà sur le chemin de l’aéroport quand tu as appris le retard ?
— Oui, mais ne t’inquiète pas. Je me suis un peu baladé, j’ai écouté des livres audio. Ta grand-mère était inquiète, alors tu ferais mieux de l’appeler dès que nous arriverons à la voiture. Ils ont dit quelle était la raison du retard ? C’est à cause de la tempête de neige ?
Je hausse les épaules.
— Ils ne l’ont pas dit, mais ils ont dû dégivrer les ailes ou quelque chose comme ça. J’ai eu de la chance que l’avion décolle.
— C’est vrai. Ta grand-mère est collée à la chaîne météo depuis lundi, pour suivre la foutue tempête. On croirait que c’est l’une de ses émissions Netflix.
Il renifle en secouant la tête et je cache un sourire. Papi regarde Netflix en même temps que ma grand-mère, mais pour une raison quelconque, il continue d’insister sur le fait que ce sont ses émissions et qu’il ne les suit pas.
Nous continuons à discuter en entrant dans le parking et j’apprends que papi a acheté une nouvelle canne à pêche et que mamie a déjà cuisiné pour demain.
— C’est dommage que ton jeune homme ne puisse pas venir, commente papi lorsque nous montons dans la voiture.
Mon sourire se crispe lorsque je répète l’excuse que je leur ai donnée sur Skype, à savoir que Marcus est submergé de travail cette semaine.
C’est vrai, en réalité – un investissement qui a mal tourné l’a arraché à moi, dimanche – mais je ne le savais pas samedi, lorsque Marcus a rencontré mes grands-parents sur Skype et qu’ils l’ont invité en Floride pour Thanksgiving. Je savais seulement que c’était dingue de l’emmener si tôt dans notre relation, alors j’ai laissé échapper cette excuse. Bien m’en a pris.
Si mes grands-parents s’attendaient à ce qu’il vienne avec moi, ça aurait été infiniment pire.
Une fois que nous avons quitté le parking, j’appelle ma propriétaire, Madame Metz, pour prendre des nouvelles de mes chats.
— Ils ont mangé et ils dorment sur votre lit, m’informe-t-elle gaiement.
Je la remercie à nouveau de prendre soin de mes bébés à fourrure pendant mon absence.
Ensuite, j’appelle mamie et je lui annonce que mon vol s’est bien passé et que j’ai hâte de la revoir. Elle me décrit tous les plats qu’elle prépare pour demain avec des détails qui me font baver d’envie. Au moment où je raccroche, je pourrais manger mon propre pied.
— Elle a emballé un petit quelque chose pour toi, dit papi, comme s’il lisait dans mes pensées. C’est dans la glacière à l’arrière. Elle s’est dit que tu aurais faim après le vol.
Je n’avais pas spécialement faim jusqu’à ce que ma grand-mère me donne toutes ces descriptions alléchantes, dignes d’un livre de recettes, mais qu’y puis-je ? En me retournant, j’attrape la glacière et je commence à grignoter des fruits coupés en morceaux et des bâtonnets de fromage, tandis que papi se lance dans une histoire sur un nouveau couple avec lequel mamie et lui se sont liés d’amitié, ainsi que des anecdotes au sujet de leur communauté.
Flagler Beach, leur petite ville sur la côte nord-est de la Floride, se trouve à environ quatre-vingt-dix minutes en voiture d’Orlando, mais papi déteste l’autoroute I-4, la plus directe, qui traverse le centre-ville d’Orlando, si bien que nous finissons par emprunter le chemin le plus long. Selon lui, ça en vaut la peine, car ces vingt minutes supplémentaires lui procurent une grande tranquillité d’esprit.
— Je ne resterai pas coincé dans la circulation, comme ça, m’informe-t-il.
Je m’abstiens de souligner qu’en empruntant systématiquement l’itinéraire le plus long, même pendant les heures creuses où la probabilité d’un embouteillage est faible, il passe globalement plus de temps sur la route qu’en empruntant toujours l’I-4, au risque de rester bloqué de temps à autre.
Il est presque minuit quand nous arrivons chez eux. À ma grande surprise, mamie, qui se couche généralement vers vingt-deux heures, est bien réveillée et sur son trente et un. Elle nous accueille dans l’allée, où une belle Mercedes blanche est garée à côté de l’ancienne coccinelle de ma grand-mère – sans doute rendent-ils service au voisin.
— Tu aurais dû aller te coucher, grondé-je en l’embrassant.
Elle rit, ses yeux gris brillant d’une excitation à peine contenue, avant de s’écarter, laissant derrière elle une bouffée de son parfum au jasmin préféré.
— Me coucher ? Alors que ma petite-fille préférée rentre à la maison ? Je ne suis pas vieille au point de ne pas pouvoir rester debout quelques heures après mon horaire habituel. D’ailleurs, je ne pouvais pas m’endormir avec la surprise qui t’attend, dit-elle, rayonnante.
Je me rends compte qu’en plus de porter du parfum et une tenue impeccable, elle est toujours maquillée.
— Quelle surprise ?
Papi, qui arrive avec la valise, semble aussi perplexe que moi.
— Et à qui est cette voiture ?
Il jette un coup d’œil à la Mercedes par-dessus son épaule.
Mamie sourit.
— Venez à l’intérieur et vous verrez.
Elle se précipite alors que papi et moi échangeons un regard étonné avant de lui emboîter le pas.
J’entre en premier, papi derrière moi avec mon bagage. Au bout de deux pas, mes pieds s’enracinent et je me fige sur place, bouche bée devant le spectacle inattendu.
Au milieu du salon de mes grands-parents, debout à côté de leur canapé légèrement élimé, se trouve un homme de grande taille et de forte carrure, les traits bien dessinés et furieusement masculins. D’épais sourcils bruns, une mâchoire carrée, des pommettes saillantes et des joues creuses assombries par un soupçon de barbe… Dans les lignes audacieuses de son visage, tout me réchauffe le sang et accélère les battements de mon cœur. Il a troqué son costume habituel parfaitement ajusté contre un jean de créateur et une chemise blanche décontractée – la même tenue qu’il portait à l’aéroport JFK de New York, il y a moins de cinq heures.
Quand il m’a embrassée.
Quand il m’a demandé d’emménager avec lui.
Et quand il m’a regardée comme si je l’avais poignardé au cœur lorsque j’ai refusé avant de monter à bord de l’avion.
Marcus Carelli, le milliardaire de Wall Street dont je suis tombée amoureuse en dépit du bon sens, est ici, dans la maison de mes grands-parents, son regard bleu acier posé sur moi avec l’intensité d’un faucon traquant sa proie préférée.
3

M arcus
Les yeux gris d’Emma sont si énormes que je pourrais m’y noyer. Ses taches de rousseur se détachent nettement lorsque toutes les couleurs quittent son visage déjà pâle. Ses boucles sont plus sauvages que d’habitude, flottant autour de sa tête comme un halo de feu, et son petit corps tout en courbes est raide de choc tandis qu’elle me regarde de l’autre côté de la pièce, son grand-père tout aussi stupéfait derrière elle.
— Salut, chaton, dis-je calmement, alors même qu’une envie sombre bouillonne dans mon sang, se mêlant à une fureur persistante et outrée. Devine quoi ? J’ai terminé mon travail en avance et j’ai décidé de te surprendre.
— Il s’est envolé pour l’aéroport de Daytona Beach et il est arrivé il y a une demi-heure, tu t’en rends compte ? s’exclame Mary Walsh, fébrile d’excitation. Je voulais t’appeler, mais Marcus a pensé que ce serait plus amusant de te faire la surprise à ton arrivée. Nous prenons du thé et des biscuits et…
— Excusez-moi, déclare fermement Emma.
Revenue de sa stupeur, elle s’approche de moi, attrape mon bras et fait face à ses grands-parents.
— Marcus et moi, nous devons parler.
Le visage de Mary se ferme quand elle réalise que son enthousiasme n’est pas partagé.
— Bien sûr, je suis certaine que vous avez besoin de…
Je n’entends pas le reste de ce qu’elle dit, parce qu’Emma m’a entraîné hors de la maison. Pas exactement, bien sûr, puisqu’elle est minuscule par rapport à moi, mais en tirant sur mon bras avec assez de force pour que je sois incapable de résister, sous peine que ses grands-parents comprennent que ma présence n’est pas vraiment la bienvenue.
Ils doivent déjà s’en douter.
Ses doigts délicats violemment enfoncés dans mon avant-bras, Emma me tire dans la rue jusqu’à ce que nous soyons à deux maisons de là, hors de vue de ses grands-parents derrière les haies luxuriantes des voisins. Alors, et seulement alors, elle me relâche et recule, me regardant avec tant de fureur que chaque boucle sur sa tête semble prendre du volume.
— Qu’est-ce que tu fous ici ? siffle-t-elle, ses petits poings serrés le long de son corps. Je t’ai dit que c’était fini…
— Et moi, j’ai refusé de l’accepter, précisé-je sombrement.
Je n’ai qu’une envie, l’attraper et l’embrasser. Ou mieux encore, la prendre sans attendre. Mais eu égard au lieu public où nous nous trouvons, je déclare :
— Au moins, tu me dois une explication.
— Tu es venu jusqu’ici pour une explication ? Tu n’as pas entendu parler d’une invention appelée le téléphone  ? Tu pouvais appeler et envoyer un texto. Bon sang, tu pouvais même envoyer un e-mail.
Son intonation n’est que pur sarcasme, ce qui rend d’autant plus difficile l’obligation de garder mes mains à distance de son délicieux petit corps. Son jean moulant et son t-shirt glissé sous la ceinture forment une tenue de base qui met néanmoins en valeur ses fesses rebondies en forme de cœur et sa taille fine. La lumière jaune projetée par le réverbère, combinée à la forte humidité de l’air, donne à sa peau de porcelaine une lueur douce et rosée, et j’ai envie de la déshabiller et de la goûter sur-le-champ, portant une attention toute particulière aux replis lisses et tendres entre ses…
Merde. Ce n’est pas le moment.
— Tu veux dire que tu aurais réellement répondu ? demandé-je d’un ton égal, détournant mes pensées de ce fantasme classé X.
Je n’ai plus besoin de carburant pour mes envies. Tendue comme elle est, ma queue est sur le point de déchirer mon jean.
— Parce que je t’ai appelée sur le chemin de l’aéroport. À plusieurs reprises, uniquement pour tomber sur ta messagerie.
Elle lève le menton.
— Peut-être que je l’aurais fait. Quoi qu’il en soit, tu n’avais aucun droit de débarquer chez mes grands-parents. Comment es-tu arrivé ici, d’ailleurs ? Tous les vols vers Daytona sont complets depuis des lustres.
Un sourire sans humour recourbe mes lèvres.
— J’ai un jet privé, chaton.
Et un pilote qui a pu changer notre plan de vol d’Orlando à Daytona Beach dès que j’ai réalisé que l’aéroport de Daytona était plus proche de ma destination.
— Quant à débarquer chez tes grands-parents, ils m’ont invité pour Thanksgiving, tu as oublié ?
Elle écarquille les yeux quand je mentionne le jet, mais aussitôt, ses sourcils se rejoignent.
— C’était avant notre rupture. S’ils savaient…
— Mais ils ne savent pas, n’est-ce pas ? Et tu ne sembles pas pressée de le leur dire.
Je penche la tête.
— Pourquoi ça, dis-moi ? Tu n’es pas aussi certaine de ta décision que tu le pensais ?
— J’en suis certaine.
Ses petits poings se resserrent encore et elle recule involontairement.
— Je te l’ai dit, je ne veux pas te revoir.
Et voilà, le langage corporel contradictoire que je cherchais. Je lui demande alors d’un ton trompeusement amène :
— Pourquoi ?
Elle cligne des paupières.
— Comment ça, pourquoi ?
— C’est une question simple.
Levant la main, je glisse une boucle torsadée derrière son oreille.
— Pourquoi ne veux-tu pas me revoir ?
— Eh bien, parce que… parce que je n’en ai pas envie, ça te va ?
Elle se déplace pour échapper à ma portée, mais je saisis ses mains dans les miennes.
— Pourquoi ? répété-je tout en frottant mes pouces sur l’intérieur de ses poignets.
Là, sous la peau soyeuse, son pouls s’accélère. Elle ne m’est pas indifférente, loin de là. Voilà pourquoi sa décision n’a aucun sens.
Je ne pourrais jamais courir après une femme qui ne veut pas de moi, mais Emma me désire toujours.
J’ai goûté à son désir pour moi, je l’ai senti couler sur mes lèvres et ma langue.
— Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas compatibles !
Retirant ses mains de ma prise, elle recule, sa poitrine se soulevant avec une agitation visible.
— Ça ne mène nulle part, alors inutile de…
— Ça ne mène nulle part ?
La colère monte en moi, brûlante et virulente, se mêlant au désir qui martèle mes veines. Je distingue le contour de son soutien-gorge sous le tissu fin de son t-shirt et mon sexe palpite dans mon pantalon, exigeant de s’enfouir au plus vite dans son corps serré et si doux.
— De quoi tu parles ? Je t’ai demandé d’ emménager avec moi.
— Parce que tu en as assez de te taper les ponts et les tunnels, c’est tout !
À présent, elle crie presque, se hissant sur la pointe des pieds pour se rapprocher de mon visage. C’est ridicule, elle m’arrive à peine au menton, mais le vent soulève ses boucles et me chatouille le cou. Au lieu d’être amusé, je ressens un coup de poignard sous l’effet de l’envie, un besoin si puissant qu’il efface ce qu’il me reste de maîtrise de moi.
Sans penser aux voisins, je prends son visage entre mes paumes et je me penche pour l’embrasser – ou plus précisément, pour la dévorer vivante. Je mange sa bouche comme si c’était son sexe, suçant et léchant chaque centimètre de ses lèvres roses et souples, glissant ma langue sur ses dents, caressant son palais, goûtant et explorant chaque recoin. Il ne reste qu’un soupçon de chewing-gum dans son haleine – elle a dû le mâcher juste avant notre baiser à l’aéroport –, mais en dessous je retrouve sa propre saveur de miel, un goût et un parfum si addictifs que j’ai la certitude que je n’en aurai jamais assez.
Et si je la convaincs de déménager, ce ne sera pas nécessaire.
Elle sera à moi, et je pourrai la dévorer à ma guise.
Au début, elle est raide et passive. Elle ne résiste pas, mais ne participe pas non plus. Bientôt, ses mains glissent dans mes cheveux et ses ongles s’enfoncent dans mon crâne tandis que sa langue danse avec fureur contre la mienne. Elle m’embrasse avec la même avidité farouche qui déferle dans mes veines. Son corps se plaque contre le mien et ses petites dents me mordillent la lèvre inférieure. Ce pincement aigu décuple mon excitation, et avec un grognement sourd et guttural, je passe une main le long de son dos pour la refermer sur ses fesses…
— Qu’est-ce que vous faites, tous les deux ?
La voix nasillarde est comme un fusil de chasse qui détone à côté de nous. Surpris, nous nous séparons et nous tournons vers l’intruse, une petite femme debout sur la pelouse, devant nous. Elle semble assez vieille pour être née au temps de la Guerre civile. Vêtue d’une chemise de nuit fleurie qui couvre son corps fragile du cou jusqu’aux pieds, elle est perchée sur une marche et nous regarde fixement, ses mèches clairsemées ondulant dans la brise autour de son visage parcheminé.
— Je suis vraiment désolée, Madame Potts, dit Emma à bout de souffle, repoussant les boucles de son visage d’une main instable.
Difficile à dire sous cet angle, mais je suis sûr qu’elle rougit.
— Nous ne voulions pas vous déranger.
La vieille femme la regarde.
— Emma ? C’est toi, ma chérie ? Et lui, qui est-ce ?
Inclinant son déambulateur vers moi, elle me dévisage.
— Est-ce le jeune homme dont ta grand-mère nous parlait ?
— Oh, euh… oui. Voici Marcus. Marcus Carelli. Il est en visite. De New York, où il habite, vous savez.
Emma bredouille, clairement déstabilisée, et malgré la pression douloureuse au sud de mon abdomen, je ne peux m’empêcher de ressentir sa gêne.
C’est le moins qu’elle mérite pour m’avoir mis à l’épreuve.
Enfin, je décide de la prendre en pitié. Me dirigeant vers elle, j’enroule un bras exclusif autour de sa taille et souris à la femme plus âgée.
— Je suis le petit ami d’Emma, je suis venu pour Thanksgiving. Ravi de vous rencontrer, Madame Potts. Je m’excuse si nous vous avons dérangée d’une quelconque manière.
Elle renifle et agite une main noueuse.
— Oh, ce n’est pas la peine. Je pensais que c’étaient les adolescents du bout de la rue. Ceux-là, ils filent du mauvais coton. Allez, je vous laisse à vos petites affaires. Mais n’oubliez pas les préservatifs, d’accord ?
Sur ce, elle tourne les talons et se dirige vers sa maison. J’étouffe un rire incrédule, mais quand je regarde Emma, ​​elle me foudroie des yeux avec une fureur renouvelée, son visage plus froid que jamais.
— Petit ami ? siffle-t-elle, me repoussant dès que Madame Potts est hors de portée d’oreille. Tu n’es pas mon petit ami.
Aussitôt, je retrouve tout mon sérieux.
— Ce n’est pas ce que pensent tes grands-parents. En fait, ta grand-mère était même ravie d’apprendre que tu viens habiter chez moi. Elle s’inquiète de te savoir seule en ville, tu sais ? Presque autant qu’elle s’inquiète du fait que tu ne sois sortie avec personne depuis l’université. Avant moi, je veux dire. Elle est très heureuse que nous soyons ensemble, figure-toi.
Pendant un instant, je suis presque certain qu’Emma va riposter – ou exploser sur place.
— Tu as dit à ma grand-mère qu’on emménageait ensemble ?
— Oui, dis-je avec un sourire sombre. Tu vas lui dire le contraire ? Gâcher ce jour de fête ?
Je suis un salaud manipulateur, je le sais bien, mais je me bats pour nous – et je n’ai pas l’intention de perdre.
Pendant un instant, Emma semble stupéfaite. Puis son tempérament s’embrase.
— Tu… espèce de connard !
Ses boucles vibrent presque d’indignation.
— Mais pour qui te prends-tu ?
Mon sourire devient encore plus machiavélique.
— Ton copain, chaton. Et bientôt ton petit ami officiel, l’homme qui vit avec toi – du moins en ce qui concerne tes grands-parents. À moins, bien sûr, que ça ne te dérange pas de leur annoncer, et à moi par la même occasion, pourquoi tu souhaites que notre histoire se termine.
— Je te l’ai dit. Parce que nous ne sommes pas compatibles, dit-elle en serrant les dents. Toi, tu veux une fille parfaite, Emmeline, et je…
— Emmeline ?
Une pièce du puzzle – un élément que je n’aurais jamais trouvé seul – se met en place.
— C’est de ça qu’il s’agit ? Emmeline ?
Le corps entier d’Emma se raidit, et je la remarque alors, la douleur sous l’emportement et la colère. Ses yeux sont beaucoup trop brillants, scintillants de larmes non versées, et son menton tremble légèrement.
Elle est blessée – d’une manière ou d’une autre, je l’ai blessée – et tout ce foin, c’est en réaction à cette blessure.
Mais qu’est-ce qu’Emmeline vient faire dans cette histoire ? Je n’ai dîné avec cette femme qu’une seule fois, le soir où Emma et moi nous sommes rencontrés, après le fameux quiproquo Emma-Emmeline / Mark-Marcus. L’élégante avocate était peut-être une fille idéale sur le papier, mais nous n’avions aucune alchimie, et tout au long du dîner, je ne pensais qu’à la petite rousse pétulante que j’avais brièvement confondue avec Emmeline. En fait, Emma ne connaît Emmeline que parce que, lors de notre premier véritable rendez-vous, elle m’a demandé si j’avais fini par voir la femme que je devais rencontrer. Je lui ai répondu par la vérité. Ensuite, nous avons parlé de l’entremetteuse et des qualités que je recherche chez ma future épouse…
Oh, putain.
Je n’en reviens pas d’avoir été aussi aveugle.
Moi qui ai fait carrière en sachant observer, tirer des conclusions, en voyant ce que tout le monde rate, voilà que j’ai ignoré une réponse écrite en grosses lettres devant mes yeux.
— Emma, ​​chaton…
Lentement pour ne pas l’effrayer, je saisis sa main et la serre entre mes paumes.
— Dis-moi quelque chose. Pourquoi m’as-tu renvoyé la première fois ? Ce vendredi soir, quand j’ai cassé ta porte ?
Elle cligne des yeux.
— Quoi ?
— Pourquoi m’as-tu repoussé cette nuit-là ? répété-je.
Après qu’elle m’a demandé de partir, je cherchais tellement à me convaincre que c’était pour le mieux que je n’ai jamais vraiment réfléchi au pourquoi de cette réaction. J’ai dû partir du principe qu’elle avait les mêmes doutes que moi à propos de notre relation, à l’époque, mais je ne l’ai jamais exprimé clairement.
— On passait un très bon moment, et tout d’un coup, tu as dit que ça ne marcherait pas et que je devais partir, continué-je. Pourquoi ?
— Eh bien, parce que… parce que c’était la bonne décision.
Le bouclier de sa colère se dissipe et elle semble si jeune et vulnérable que ma poitrine se gonfle avec tendresse.
— Nous ne sommes pas du tout compatibles et…
— Pas compatibles, comment ça ?
Elle l’a déjà dit, et j’ai balayé sa réponse comme si ce n’était qu’une répartie déconcertante, mais si elle le pensait vraiment ?
Et si elle prenait à cœur ce que j’ai dit, lors de notre premier rendez-vous ? Mes sentiments à ce sujet ont évolué avec mon obsession croissante, mais ses doutes ne semblent pas avoir disparu.
Sa main se crispe dans les miennes et son regard se dérobe.
— Tu sais exactement comment. Tu voulais une femme qui serait « un atout pour les rapports sociaux ». Comme Emmeline ou… ou Claire, tu sais, la femme du politicien dans House of Cards  ?
Le voilà, le cœur du problème.
Je n’ai jamais vu cette série, mais je sais de quoi il retourne, car je suis tombé sur une interview donnée par l’actrice, une fois. Le personnage qu’elle interprète, la femme parfaite et implacable d’un politicien sans pitié, correspond en effet à ce que j’ai toujours imaginé chez ma future conjointe. Cependant, quand j’essaye d’y penser maintenant, l’image refuse de se former dans mon esprit. Tout ce que je peux voir, c’est ma petite rousse, entourée de ses chats blancs et pelucheux.
Je ne sais pas encore ce que cela signifie, mais une chose est sûre, si je ne convaincs pas Emma de nous donner une chance, je ne le saurai jamais.
Je prends une profonde inspiration.
— Emma, ​​chaton, écoute-moi…
— Pourquoi fais-tu ça ? s’énerve-t-elle, son regard revenant sur mon visage.
Ses yeux flamboient de plus belle, les larmes sur le point de déborder.
— Pourquoi es-tu ici ? Ça te plaît de jouer avec moi ? Un week-end, tu es tout feu tout flamme, et les trois prochains jours, tu disparais…
— Oui.
Ses yeux s’écarquillent devant ma réponse franche et je lui attrape l’autre main avant qu’elle ne puisse me frapper.
— Oui, répété-je en soutenant son regard. J’aime jouer avec toi, chaton… J’adore ça, en fait. J’adore aussi te baiser. Et j’aime vraiment, vraiment être avec toi. J’adore te tenir pendant que tu dors et j’aime te regarder quand tu manges. Putain, même la façon dont tu respires m’excite. Si je pouvais, je jouerais avec toi jour et nuit, je te garderais dans mon lit et à mes côtés en permanence. Parce que tu es ce dont j’ai besoin, Emma. Pas Emmeline ni Claire, ni un quelconque « atout ».
Elle me regarde comme si elle n’en revenait pas, et en un sens, moi non plus. Mais l’idée même de sortir avec une autre femme me semble fausse, répugnante. Peut-être qu’à l’avenir, si mon obsession pour Emma se calme, je reprendrai ma recherche de l’ultime épouse trophée. Pour l’instant, tout ce que je veux, c’est cette femme debout devant moi.
Une femme que je dois encore persuader, car elle secoue déjà la tête avec incrédulité.
— Tu ne… tu ne veux pas dire ça.
Se dégageant de ma poigne, elle recule.
— C’est l’alchimie qui parle, c’est tout. Nous sommes trop différents aussi…
— Vraiment, tu crois ?
Sans sourciller, je m’avance.
— Parce que ça ne ressemblait pas à ça, le week-end dernier. En réalité…
— Pourquoi as-tu disparu dimanche, alors ?
Sa voix chevrote tandis que je saisis ses épaules, l’empêchant de battre en retraite.
— Tu as pénétré de force dans ma vie, tu m’as fait sentir qu’il y avait quelque chose de significatif entre nous, et puis… tu as disparu. Pas de coups de fil, pas de messages, rien.
— Et c’était plus que stupide de ma part. Je suis désolé.
Je ne vais pas me répandre en excuses, elle a raison d’être bouleversée. Mon attirance est si puissante, si écrasante, que ça ressemble fort à une dépendance. Quand j’ai pris conscience, dimanche, que je l’avais laissée me détourner de mon travail, j’ai profité de l’urgence de la situation pour m’offrir une sorte de cure de désintoxication. Mais je n’y ai pas pensé du point de vue d’Emma, ​​je n’ai pas tenu compte de ses sentiments, à elle, quand j’ai décidé de prendre mes distances pendant quelques jours.
Elle m’a donné une chance et je l’ai ratée.
Maintenant, j’ai besoin qu’elle m’en accorde une autre.
— Je suis désolé, dis-je encore devant son silence.
Ses yeux gris sont comme des flaques sombres dans la faible lueur du réverbère.
— Ça ne se reproduira plus, je te le promets.
Penchant la tête, je l’embrasse encore une fois, doucement cette fois, avec tendresse. Du moins, autant qu’il m’est possible de le faire avec une érection aussi violente. C’est un baiser de contrition, qui implore son pardon. Du moins, c’est ce que je souhaite. Mais au moment où nos lèvres se touchent, j’oublie tout de mes intentions, tellement emporté par le goût et la sensation que mon esprit devient vide et mon désir prend le dessus, sombre et tourmenté. Mes mains bougent de leur propre initiative, l’une pour glisser dans ses cheveux et l’autre pour saisir sa hanche, l’attirant vers moi alors que sa tête retombe sous la pression affamée de mes lèvres…
— Vous venez, les tourtereaux ? Mary va aller se coucher et elle veut s’assurer que tout est prêt pour la nuit.
Merde. Réprimant un grognement irrité, je lève la tête et me tourne vers le grand-père d’Emma, ​​qui se tient à une vingtaine de mètres de nous et nous regarde avec un sourire manifestement satisfait. Il a dû sortir pour nous chercher et, bien sûr, nous a trouvés pile au moment où j’allais rappeler à Emma ce qu’elle ratait.
À contrecœur, je la libère et elle se retourna vers lui, le visage si écarlate que je le devine malgré la lumière tamisée.
— Papi ! Désolée, on voulait juste… On allait… Enfin, on arrive, d’accord ? Donne-nous encore une minute.
Ted Walsh a envie de rire, ça se voit.
— Bien sûr. Je vais prévenir Mary.
Il retourne à la maison et je prends la main d’Emma, ​​la faisant pivoter vers moi.
— Chaton, écoute-moi…
— Non, toi , écoute-moi, souffle-t-elle en me donnant un coup dans la poitrine avec son index. Je ne veux pas que tu joues avec mes grands-parents. Quelle que soit notre relation à tous les deux, ils n’ont rien à voir avec ça, compris ?
— Compris, dis-je en réprimant un sourire.
Le froncement de sourcils déterminé sur son visage est adorable, vraiment. Et si nous nous dirigeons où je pense…
— Bon, très bien.
Elle soupire et semble perdre un peu de sa fureur.
— Dans ce cas, tu peux rester pour Thanksgiving. Puisque tu es ici, forcément. Mais…
Elle lève un doigt sévère à la manière d’une enseignante.
— Ça ne veut pas dire que nous sommes à nouveau ensemble. C’est uniquement pour la tranquillité d’esprit de mes grands-parents. Et il est hors de question que j’emménage avec toi. Tu vas rester ici ce soir, fêter Thanksgiving avec nous demain, puis tu auras une autre urgence et tu repartiras. En attendant, tu te tais et tu me laisses répondre à toutes les questions que mes grands-parents nous poseront. C’est clair ?
C’est ce qu’on verra.
— Très clair, confirmé-je à voix haute.
Avant qu’elle ne puisse changer d’avis, je me dirige vers la maison de ses grands-parents, sa main bien serrée dans la mienne et une sombre satisfaction dans les veines.
Mon petit chaton en colère ne le sait pas encore, mais elle vient de perdre la plus grande bataille de la guerre, et je ne partirai pas avant d’obtenir son entière capitulation.
4

E mma
Les sourires heureux de mes grands-parents nous accueillent alors que nous entrons dans la maison, main dans la main, et je sais que j’ai pris la bonne décision en laissant Marcus rester, même si cela signifie un chagrin d’amour supplémentaire pour moi.
Parce que je pensais ce que j’ai dit.
Je n’emménagerai pas avec lui.
Je ne vais même plus le revoir après notre retour de Floride.
Pour l’instant, cependant, je n’ai pas d’autre choix que de prétendre qu’il est mon petit ami. Ou du moins, un homme avec qui je sors. Parce que je ne veux pas avoir à expliquer à mes grands-parents, à minuit et demi, pourquoi je rejette un homme qui a pris l’avion depuis New York pour être avec moi – un homme beau, à la carrière florissante, absolument tout ce qu’ils souhaitent dans ma vie.
Le seul ennui, c’est que je ne corresponds en rien à ce qu’ il veut – et expliquer cela à mamie et à papi aurait été beaucoup trop douloureux. J’aurais fondu en larmes et ils auraient été tristes pour moi. Et amèrement déçus.
Ils ont clairement placé en lui tous leurs espoirs, à tel point qu’ils en ont parlé à leurs voisins.
Bien sûr, je devrai leur dire la vérité tôt ou tard, mais ce ne sera pas ce soir – ni au cours de ce séjour, à vrai dire. Parce que Marcus avait raison, cela gâcherait le Thanksgiving de mes grands-parents. Ce sont leurs vacances préférées, voilà pourquoi j’essaie toujours de venir les passer avec eux. Ils ne sont pas fans de Noël, trop commercial, selon ma grand-mère, mais ils adorent les traditions de Thanksgiving.
Non, il vaut mieux que je leur parle de la rupture une fois de retour à New York. Ils seront toujours contrariés, mais ce sera plus facile de prétendre que je vais bien sur Skype. Pour le moment, mes émotions sont trop emmêlées, trop à vif, surtout avec Marcus qui débarque sans prévenir. Je ne comprends pas pourquoi il est ici, pourquoi il essaie de faire croire que nous pourrions avoir un avenir alors qu’il est plus qu’évident que…
— Vous avez réglé votre question, les tourtereaux ? s’enquiert papi en se levant du canapé lorsque nous entrons dans le salon.
Avant que je puisse répondre, Marcus acquiesce avec un grand sourire :
— Oui, merci. Emma était juste contrariée que j’aie vendu la mèche auprès de Mary. Elle voulait vous annoncer à tous les deux que nous emménagions ensemble.
Je vois rouge. Littéralement.
Au début, je crains que les vaisseaux sanguins de mes yeux aient explosé sous la fureur qui me traverse, mais je me rends compte que certains de mes cheveux sont tombés sur mon visage. Les écartant de ma vue, j’ouvre la bouche pour lui rentrer dans le lard – il y a tant de choses que j’aimerais lui assener – quand mamie laisse échapper un cri de fillette et se précipite vers nous.
— Oh, c’est tellement excitant, s’extasie-t-elle en nous enveloppant tous les deux dans une étreinte parfumée.
En reculant, elle se tourne vers papi, rayonnante.
— N’est-ce pas la meilleure nouvelle de tous les temps, Ted ?
— En effet, renchérit papi alors que Marcus éternue pour une raison quelconque. Nous sommes ravis qu’Emma quitte enfin ce studio en entresol. Mary m’a dit qu’elle allait s’installer chez vous, c’est bien ça ?
— C’est ça, dit Marcus alors que, de mon côté, j’essaie de trouver les bons mots pour réfuter cette folie. Mon appartement a beaucoup de place pour Emma et ses chats.
— Et ton travail ? me demande papi. Ta librairie est à Brooklyn, comment comptes-tu y aller si tu habites à Manhattan ?
— Oh, j’ai déjà demandé, répond ma grand-mère avant que je puisse dire un mot. C’est le chauffeur privé de Marcus qui l’emmènera à la librairie et la ramènera tous les jours, ajoute-t-elle en souriant. Et puisque l’appartement est à Tribeca, à seulement quelques pâtés de maisons du tunnel, le trajet ne prendra pas beaucoup plus de temps que son trajet actuel. Tu sais, entre les couloirs du métro, l’attente de la rame, tout ça.
Ils ont même discuté de la logistique de mon trajet ?
Je suis folle de rage, sans voix. Au sens propre du terme.
— En effet, dit Marcus tandis que j’essaie de retrouver l’usage de mes cordes vocales paralysées. Ce sera moins dangereux pour elle, aussi. Vous connaissez l’état du métro, de nos jours. De plus, cet hiver devrait être plus rigoureux que d’habitude et elle sera bien au chaud dans la voiture.
Posant sur moi un regard tendre, il m’attire contre son flanc et dépose un baiser sur le sommet de ma tête.
Mamie semble sur le point de se liquéfier de joie, et même papi renifle, comme s’il était ému aux larmes.
La réplique cinglante que je m’apprêtais à décocher meurt sur mes lèvres. Quel genre d’enfoirée serais-je si je gâchais ce moment ? Aussi loin que je m’en souvienne, mes grands-parents se sont fait du souci pour moi, craignant d’abord que ma mère sociopathe, leur fille, ne me néglige, puis que mon enfance avec elle ait laissé des cicatrices durables sur mon état psychologique. Mêlée à cette inquiétude, il y a cette culpabilité profondément ancrée pour le comportement de leur fille, ainsi que le regret de ne pas avoir demandé ma garde quand j’étais petite.
« Je n’arrêtais pas de penser qu’elle finirait par changer, par réaliser à quel point son comportement était dommageable pour toi, son enfant », m’a confié ma grand-mère en larmes après la mort de ma mère, alors qu’âgée de onze ans et sans grande finesse, je venais de lui raconter ce que c’était que de vivre avec elle. « Mais elle n’a jamais changé, n’est-ce pas ? On aurait dû t’éloigner d’elle il y a des années, peu importe les frais d’avocat et le fait que les tribunaux favorisent généralement la mère. »
Papi ressent la même chose, c’est pourquoi, quand j’ai obtenu mon diplôme universitaire, il a fallu toutes les tactiques de persuasion de mon arsenal pour les convaincre de prendre enfin leur retraite et de déménager en Floride. Ils étaient plus que réticents à me laisser seule à Brooklyn, mais je savais que le soleil toute l’année et le farniente sur la plage étaient leur rêve de toute une vie, et j’ai insisté, affirmant que j’étais adulte et que j’avais besoin de mon indépendance.
Ils ont fini par céder – pour continuer à s’inquiéter à distance. Bien qu’ils aient vécu à New York pendant des décennies, tout ce qui concerne la ville les épouvante maintenant, de la foule jusqu’aux hivers glacials, en passant par les attentats terroristes réguliers. Savoir que j’y habite toute seule n’arrange rien, car ils craignent que je n’aie personne autour de moi si je tombe malade ou si je me blesse.
Alors, pas étonnant que la promesse de Marcus leur paraisse aussi attrayante. La sécurité, la chaleur, l’amour et le soutien – il a trouvé exactement ce que mes grands-parents souhaitent pour moi. Ce faisant, il me met au pied du mur.
Je ne peux pas leur refuser cette joie, même si elle ne dure que peu de temps.
Au lieu d’agonir Marcus de toutes les injures possibles et imaginables, je m’extirpe discrètement de son étreinte et j’annonce :
— Il se fait tard. Nous en reparlerons demain.
Une fois que j’aurai pu enguirlander en privé ce menteur manipulateur.
— Bien sûr.
Mamie est radieuse.
— Venez, j’ai préparé la chambre d’amis pour vous deux.
Une seconde. La chambre d’amis… C’est-à-dire une chambre ? Dans leur maison de Floride, mes grands-parents ont deux chambres d’amis, dont l’une fait office de bureau pour papi. J’ai cru qu’ils mettraient Marcus dans l’une et moi dans l’autre, conformément aux convenances. Mais il semblerait que ce ne soit pas au programme.
Une sensation oppressante me noue le ventre alors que je suis ma grand-mère hors du salon, Marcus sur mes talons.
— Nous y sommes, dit-elle en ouvrant une porte pour révéler une chambre confortable à l’éclairage tamisé, avec un lit queen-size soigneusement préparé et une salle de bain attenante. Tout est prêt pour vous accueillir.
Oh, pitié. Tuez-moi tout de suite.
Je n’ai jamais invité d’homme à dormir chez mes grands-parents auparavant, car la dernière fois que je sortais sérieusement avec quelqu’un – mon copain à la fac, Jim – ils habitaient toujours à Brooklyn, dans un appartement à deux chambres que je partageais avec eux. C’était à peine plus grand que mon studio actuel et les murs étaient ultra-fins, si bien que Jim et moi allions plutôt dormir chez ses parents à Long Island.
Je n’ai donc aucun point de comparaison. Pourtant, la logique voudrait que la plupart des grands-parents, aussi ouverts qu’ils soient, comme les miens, n’encouragent pas leur petite-fille à avoir des relations sexuelles avant le mariage sous leur propre toit.
Bien sûr, mes grands-parents n’ont jamais été comme les autres, mais tout de même, un peu de prudence ne me semble pas trop demander.
Je n’ai aucune envie de partager un lit avec Marcus.
Ou plutôt, après ces baisers de nature à me faire fondre le cerveau, tout à l’heure, j’en ai trop envie.
— Merci, Mary. C’est très joli. Nous apprécions vraiment votre hospitalité, déclare Marcus, reprenant les rênes de la conversation avant que je puisse trouver quelque chose à dire.
Et d’abord, pourquoi appelle-t-il ma grand-mère par son prénom ?
Ont-ils eu le temps de faire ami-ami en nous attendant, papi et moi ?
Il me contourne et entre dans la chambre, ma valise dans une main et un sac marin qui doit contenir ses affaires dans l’autre. Il a probablement récupéré nos bagages dans le salon quand je ne regardais pas – mais comment se fait-il qu’il ait emporté ses affaires ? Pour arriver si vite, il a dû sauter dans un avion juste après mon départ.
A-t-il un sac à sa disposition sur son jet privé, au cas où l’envie lui prendrait de poursuivre une femme à tout moment ?
Un instant, pourquoi est-ce que je m’inquiète pour ses bagages alors que nous sommes sur le point d’être obligés de partager un lit ? Ce n’est pas un arrangement viable pour la nuit. Pas du tout. Étant donné la pulsion sexuelle intense de Marcus et le fait que je m’enflamme au moindre souffle, il est à peu près acquis que dès que cette porte se refermera, nous nous retrouverons à l’horizontale. Si je tiens à ma santé mentale, c’est tout bonnement hors de question. Je dois absolument demander à mamie des chambres séparées. Mais comment faire sans dévoiler toute la supercherie ? Ils m’ont vue en peignoir chez lui. Je ne peux pas exactement prétendre que notre relation n’a pas progressé aussi loin.
Alors que je me débats avec ce dilemme, Marcus pose les deux sacs et commence à déballer ma valise. Il sort mes vêtements et les pose sur le lit avec l’assurance sereine d’un homme qui a parfaitement le droit de manipuler mes affaires. À tout autre moment, ma mâchoire serait par terre, mais après tout ce qui s’est passé ce soir, son culot me déconcerte à peine.
Ce qui me dérange, c’est que ma grand-mère semble sous le charme de son arrogance. Pour elle, il faudrait que nous soyons déjà parfaitement à l’aise l’un avec l’autre, un peu comme un vieux couple marié. Elle pense probablement que Marcus se montre utile en déballant les affaires à ma place, au lieu de voir ses actes pour ce qu’ils sont : une prise de contrôle impitoyable de ma vie. Je l’entends déjà raconter à papi à quel point Marcus est gentil, un parfait homme d’intérieur, attentionné et organisé.
En ce moment même, il suspend mes t-shirts. En fait, il les accroche dans le placard de la chambre d’amis. Oh, et il les classe par couleur, du clair jusqu’au foncé, comme un tueur en série.
C’est lui qui doit avoir des troubles obsessionnels compulsifs, tout compte fait, pas son majordome.
— Bonne nuit, chérie. Bonne nuit, Marcus, dit ma grand-mère avant que je puisse trouver une solution au problème de lit. Dormez bien.
Elle s’empresse de me faire un câlin rapide, puis je n’ai plus le choix.
J’ai l’impression d’entrer dans l’antre d’un dragon quand je serre les poings et m’avance dans la chambre d’amis.
5

E mma
Marcus suspend mon dernier t-shirt – je n’en ai apporté que quatre, un pour chaque jour du séjour – et se retourne pour me faire face. Son expression est impassible, mais rien ne cache la chaleur farouche dans ses yeux bleus perçants alors qu’ils me parcourent de la tête aux pieds. Je déglutis lorsque mon corps réagit en un instant, mon rythme cardiaque s’accélère et mes mamelons se contractent dans les confins de mon soutien-gorge. Ma culotte est à nouveau humide et il ne faut pas plus que ce regard pour que l’excitation inonde mon cœur.
Ce sera encore plus dur que je le pensais. Dans tous les sens du terme, parce que je vois déjà le renflement croissant dans son jean. Un gros renflement épais qui…
Pff, arrête ça, Emma. Détournant mon esprit des images classées X, je fais appel à toute ma fureur et je fais quelques pas dans la chambre.
— Tu as enfreint ta promesse. Tu as dit que tu tiendrais ta langue et…
— Je n’ai jamais dit ça.
Ses yeux s’étrécissent.
— J’ai dit que je l’avais compris, comme dans : j’ai compris ce que tu voulais que je fasse. Mais je n’ai jamais promis de le faire.
Mes molaires se serrent si fort que j’aurai mal aux dents demain.
— Arrête de couper les cheveux en quatre. Tu savais ce que je pensais et tu t’es fichu de moi. Je t’ai dit ce que tu devais faire pour rester et tu as fait exactement le contraire. Tu as menti à mes grands-parents…
— Ah bon ?
Il croise les bras sur sa poitrine et sa chemise se tend, soulignant les muscles bien définis en dessous.
— Qu’ai-je dit de faux ?
— Tu as dit que j’emménageais avec toi !
Je crie presque, mais au dernier moment, je me souviens où nous sommes et je baisse la voix.
— C’est un mensonge complet, et tu…
— Oh, mais tu vas venir chez moi. Seulement, tu ne l’as pas encore admis.
Je le regarde, ébahie par la certitude inébranlable de sa voix. Il délire ou quoi ? À moins qu’il soit tout simplement habitué à arriver à ses fins ? Aucune femme ne lui a jamais dit non ?
Une minute.
Est-ce pour ça qu’il est là ?
Parce que je l’ai rejeté et que je suis redevenue un défi ?
Je me suis posé des questions à ce sujet quand il a disparu, plus tôt cette semaine, à savoir si l’attirance que je lui inspirais se résumait à cela. Je doute que de nombreuses femmes l’aient repoussé, ces dernières années, mais c’est exactement ce que j’ai fait le soir où il a cassé la porte de mon appartement. Bien sûr, moins de deux semaines plus tard, j’ai cédé et nous avons passé ce week-end incroyable ensemble.
Un week-end au cours duquel j’ai cessé d’être un défi.
Ce serait donc ça ? Vraiment ?
Parce que je lui ai encore dit non ?
Si c’est le cas, il n’a pas menti en prétendant qu’il me veut, moi et non Emmeline. Il veut m’avoir et il fera tout jusqu’à ce que je capitule, puis il perdra tout intérêt, comme ce week-end.
Et cette fois, il pourrait disparaître pour de bon.
Ma colère s’estompe, remplacée par une douleur sourde dans ma poitrine. Je me détourne, les yeux à nouveau brûlants.
Je ne peux pas faire ça. Pas même pour mes grands-parents.
Je dois mettre un terme à cette mascarade.
Rassemblant mon courage, je m’avance vers la porte, pour m’arrêter aussitôt quand de grosses mains chaudes se posent sur mes épaules.
Doucement, il m’attire à lui, moulant mon dos contre la surface dure de son corps.
— Viens te coucher, chaton, murmure-t-il à mon oreille, sa voix profonde et veloutée me frôlant comme une caresse. Il est tard et nous avons tous les deux passé une longue journée. Nous réglerons tout demain, je le promets.
Je ferme les yeux, essayant de contenir les larmes qui menacent. Mon cœur perfide bat beaucoup trop vite à cause de sa proximité et mon corps devient mou et alangui. Son parfum viril m’enveloppe, mélange familier de pin et de brise fraîche, et son érection est épaisse, dure au bas de mon dos.
Il me veut.
C’est évident.
Et bon sang, je le veux aussi.
— Emma.
Sa voix a encore baissé d’une octave.
— Regarde-moi.
Il pourrait me retourner facilement, mais il ne le fait pas. Ses mains puissantes reposent sur mes épaules, immobiles, et je sais qu’il me laisse le choix.
De le regarder ou pas.
De rester ou de partir.
Je peux sortir de cette chambre, dire la vérité à mes grands-parents et mettre fin à cette folie tout de suite.
Je peux sauver ce qu’il reste de mon cœur.
Sauf que… il est venu jusqu’ici. Un homme ferait-il ça simplement parce qu’une femme envers laquelle il commençait à perdre son intérêt a décidé de ne plus le voir ? Jet privé ou pas, c’est un vol de deux heures et plus, et une parenthèse dans son emploi du temps chargé. Si je ne suis rien d’autre qu’un défi amusant, même me pourchasser à l’aéroport me semble un effort démesuré.
Est-ce possible ?
Pense-t-il vraiment ce qu’il a dit ?
Souhaite-t-il que j’emménage chez lui pour d’autres raisons que la logistique pure ?
Mes pieds semblent prendre une décision avant mon cerveau, et je me retourne, inclinant la tête en arrière pour rencontrer son regard.
Pendant une seconde, nous nous dévisageons simplement, nos corps si proches que nous nous touchons presque. Ses mains sont toujours sur mes épaules, la chaleur de ses paumes s’infiltrant en moi, me réchauffant jusqu’aux orteils. Je devine une envie primitive dans ses yeux, mais en dessous, il y a quelque chose de plus doux, de plus tendre.
Et ce quelque chose me fait mal à la poitrine d’une manière entièrement différente.
— Emma, fait-il en prenant mon menton en coupe. Donne-nous… une autre chance.
Je prends une inspiration frémissante et mon cœur cogne à tout rompre dans ma cage thoracique.
Une chance.
Il demande une chance.
Une autre chance pour lui de me faire du mal.
Ou peut-être, je dis bien peut-être , pour savoir si cela pourrait être réel.
— Je ne suis toujours pas…
J’humecte mes lèvres sèches avant de poursuivre :
— Ça ne signifie pas que j’emménage avec toi.
Un sentiment chaud et sombre irradie dans les profondeurs glacées de ses yeux. L’instant d’après, cette expression a disparu.
— Je comprends, dit-il sèchement.
Avant que je puisse clarifier ce qu’il veut dire, il plonge la tête et recouvre mes lèvres des siennes.
Ma bouche s’ouvre sur un halètement surpris et sa langue m’envahit avec une férocité sans commune mesure. Il nous dirige vers le lit, arrachant nos vêtements en chemin. Fini l’homme tendre qui m’aurait laissée sortir de la pièce. Je me rends compte qu’il n’a jamais véritablement été prêt à cela. Il a toujours été ce conquérant impitoyable, un sauvage déterminé à me consumer tout entière.
Le vrai Marcus Carelli.
Le temps que nos habits touchent le sol, ses mains vagabondent déjà sur mes courbes avec une avidité possessive, ses paumes chaudes et rugueuses sur ma peau nue, et je réponds avec la même ferveur sombre, ma douleur et ma colère canalisées en un désir aveuglant. Quelques secondes plus tard, nous nous retrouvons complètement nus sur le lit, lui sur mon corps et mes poignets plaqués sur le matelas, à côté de mes épaules, alors qu’il dévore ma bouche, avalant goulûment mes respirations haletantes. Son grand corps musclé et ferme est chaud, lourd sur moi, son sexe franc et rigide à l’intérieur de ma cuisse alors qu’il cale ses genoux entre mes jambes, les ouvrant largement. Il vient mordiller mon lobe d’oreille, puis descend le long de mon cou, à coup de langue et de dents. J’ai l’impression de prendre feu, comme si je pouvais brûler sous l’effet du désir vertigineux. Au moment où il atteint mes seins, tout mon corps est couvert d’une délicieuse chair de poule. Je suis tellement excitée que je sens mes cuisses moites de désir.
— S’il te plaît, gémis-je alors que sa bouche chaude et humide pince mon mamelon dressé, le suçant avec gourmandise. S’il te plaît, oh s’il te plaît, Marcus, juste… Oh mon Dieu, oui, juste là.
Mes yeux se ferment, mes hanches se décollent du lit alors qu’il libère mes poignets et dirige sa main vers mon clitoris endolori, le manipulant avec une habileté infaillible. Enfin libérées, mes mains retombent le long de mon corps, agrippant la couverture par spasmes tandis que la tension en moi se contracte comme un ressort insoutenable. Le plaisir augmente, dans un crescendo inéluctable.
J’y suis presque, à deux doigts de l’extase, quand ses doigts se retirent et ses lèvres reviennent sur les miennes, étouffant mes gémissements. Il m’embrasse avec intensité et guide son sexe vers le mien. Lentement, avec une patience infinie, il me pénètre.
Il est volumineux – mon Dieu, j’avais presque oublié à quel point elle est grosse – et malgré mon excitation abondante, je ressens un étirement douloureux lorsqu’il s’enfonce en moi, me prenant avec une douceur exquise. Mes mains viennent se cramponner à ses côtes et mes muscles se bandent, alors que l’étirement menace de se transformer en brûlure. Je peux sentir chaque centimètre épais en moi, et mon corps tremble dans l’effort nécessaire pour l’accueillir. En même temps, ses baisers me rendent folle. Sa langue enchevêtrée avec la mienne est d’une férocité sensuelle qui ne fait que souligner le soin dont il témoigne en me pénétrant si lentement.
Enfin, il est inséré tout entier, ses bourses pressées contre mes fesses, et alors qu’il se redresse sur ses coudes pour me regarder, je découvre son visage luisant de sueur, sa mâchoire dure crispée.
— Ça va ? demande-t-il dans un souffle saccadé.
Je hoche la tête, incapable de parler. Il est si profondément en moi que j’ai l’impression que nous ne formons plus qu’un, comme s’il ne s’agissait pas uniquement de l’union de nos deux corps. Avec son visage à quelques centimètres du mien et ses yeux bleus fixés sur moi, l’intimité est presque insoutenable.
Il ne s’agit pas uniquement de sexe entre nous, aussi formidable que ce soit, et cela me terrifie.
— Tant mieux, souffle-t-il.
Sans me quitter des yeux, il commence à bouger en moi.
Au début, ses coups de reins sont soigneusement contrôlés, mais au fur et à mesure que mon corps s’adapte à lui, il accélère, plus loin et plus fort à chaque coup. Ses obliques toniques se contractent sous mes mains, et la tension chauffée à blanc se love à nouveau en moi, mon excitation remontant en flèche à chaque va-et-vient. Enfin, je jouis dans un cri, me disloquant autour de lui, mais il ne ralentit pas, ne s’arrête pas. Le deuxième orgasme prend déjà de l’ampleur, propulsé par le contre-coup du premier. À présent, il me pilonne, son regard concentré sur mon visage, et je sens que je peux voir directement dans son âme, dans les tréfonds enténébrés de son être.
Le deuxième orgasme m’ébranle sans prévenir, les sensations déferlant comme un raz de marée. Chaque muscle, à l’intérieur comme à l’extérieur, se resserre et se relâche, mes orteils se recourbent de leur propre initiative et mes ongles lui labourent les côtes alors que je lâche un cri. L’apogée du plaisir semble durer éternellement, les spasmes si prolongés qu’ils me donnent l’impression de ne jamais s’arrêter. Je sens mon sexe se comprimer par saccades autour du sien, encore et encore, et je vois le moment précis où il bascule à son tour.
Avec un gémissement guttural, il rejette la tête en arrière. Les tendons de son cou musclé se crispent alors qu’il s’enfouit en moi et s’arrête, les yeux fermés. Son sexe épais convulse au plus profond du mien, m’inondant de chaleur liquide. La sensation est étrangement envoûtante et je frissonne. Mes muscles internes se contractent à nouveau, lui soutirant jusqu’aux dernières gouttes de plaisir.
À bout de souffle, Marcus ouvre les paupières et me regarde, ses pupilles encore dilatées par l’orgasme. Pendant quelques secondes, nous nous dévisageons simplement, stupéfaits par la puissance de ce que nous venons de vivre. Puis il écarquille les yeux et me repousse, se retirant dans un mouvement brusque.
— Merde !
Il se rassied tout en fixant mes cuisses.
— Putain de merde.
Vexée et désorientée, je me redresse et suis son regard… pour me figer avec horreur en réalisant ce que signifiait cette sensation chaude et humide.
Marcus a éjaculé en moi.
Sans préservatif.
La preuve s’étale sur mes cuisses.
6

M arcus
— Pitié, dis-moi que tu prends la pilule.
Ma voix est basse et tendue lorsque je rencontre le regard horrifié d’Emma. La béatitude de l’après a tôt fait de se dissiper dans ma tête. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? Je n’ai jamais oublié un préservatif auparavant. Jamais. Pas même quand j’étais un adolescent en chaleur et encore moins à l’âge adulte. Comment oublier un détail aussi important ? Si on est célibataire et sexuellement actif, avec un minimum de jugeote, cette protection est une habitude, tellement ancrée que l’on tend la main pour chercher le carré de papier aluminium en même temps que l’on se déleste de son pantalon. Pourtant aujourd’hui, cette pensée ne m’a même pas effleuré l’esprit.
L’envie de la pénétrer était si forte, si écrasante, que la prudence la plus élémentaire et le bon sens m’ont fait défaut.
Emma secoue la tête, la mine tellement défaite qu’on dirait qu’elle va vomir.
— Non, je… Ce n’était pas nécessaire après Jim et moi, c’est-à-dire que je n’ai pas… Mais il y a toujours la pilule du lendemain. Je vais en chercher une tout de suite.
Elle s’apprête à sortir du lit, mais j’attrape instinctivement son poignet.
— Attends. Il est presque une heure du matin. Y a-t-il seulement des pharmacies dans le coin ?
Elle cligne des yeux, perplexe devant la question. Ses boucles forment un halo sauvage et crépu autour de son visage empourpré et ses lèvres sont encore roses, gonflées par mes baisers. Avec ses courbes nues ainsi exposées et sa peau pâle abrasée çà et là par mon début de barbe, elle exsude la sensualité, tellement délicieuse que malgré mon cerveau en alerte rouge, ma queue en redemande déjà.
Bon sang. C’est tellement malsain.
— Laisse-moi chercher, d’accord ? dis-je d’un ton bourru, la lâchant et descendant du lit pour mieux me concentrer.
Avisant nos vêtements par terre, je les ramasse et les plie soigneusement sur une commode, puis je sors mon téléphone de la poche de mon pantalon. Ce faisant, je surprends Emma qui me regarde comme si j’étais un inconnu.
— Quoi ? demandé-je.
Elle secoue la tête avant de chercher un mouchoir pour essuyer l’humidité entre ses jambes.
— Rien. Je me disais simplement que tu es un véritable maniaque du rangement.
Je fronce les sourcils alors qu’elle retire le mouchoir et le laisse tomber négligemment sur la table de nuit.
— Je ne suis pas maniaque.
Même si j’ai une forte envie de récupérer ce mouchoir pour le jeter comme il se doit. Au lieu de ça, je baisse les yeux et saisis « Pharmacie ouverte 24h/24 » dans la barre de recherche de mon téléphone. Au moins trois endroits apparaissent tout de suite, à quelques kilomètres de là.
Pour une raison indéfinissable, cette découverte m’exaspère. Je m’attendais à ce que cette station balnéaire soit moins civilisée, dénuée de luxes urbains comme les pharmacies ouvertes toute la nuit. Maintenant, je n’ai aucune excuse pour ne pas aller chercher la pilule – non que j’en cherche, cela dit. Je me réjouis que nous puissions résoudre ce problème si rapidement.
Vraiment.
— Alors ? insiste Emma quand je lève les yeux. Il y a des pharmacies de garde ?
J’acquiesce.
— Je vais aller nous chercher la pilule.
— Attends, je viens avec toi. Laisse-moi me nettoyer.
Sautant du lit, elle se précipite vers la salle de bain attenante, ses cheveux flamboyant au-dessus de son corps entièrement nu.
Mon sexe se manifeste aussitôt, et après une seconde de délibération, je la suis dans la salle de bain. Mon sang ressemble à de la mélasse brûlante dans mes veines et mon cœur cogne à tout rompre dans ma poitrine. Elle atteint déjà la petite cabine de douche et je pose mes mains sur ses hanches généreuses, l’attirant à moi avant de nous placer tous les deux sous le jet qui se réchauffe rapidement.

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