Aloïs
197 pages
Français

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Description

Bit-Lit - Ange déchu - 350 pages


Moi, c’est Aloïs. Vous vouliez voir ma belle gueule d’ange sur la couverture ? Raté ! Va falloir lire pour me connaître. Mais attention ! Je suis un ange déchu avant tout, et détective sans état d’âme... à dénoncer ce que l’humanité fait de pire.Un régal !


Comment cette histoire a commencé, déjà ? Ah oui ! J’étais tranquille, dans mon fauteuil du Soul Wolf, à siroter un single malt, une femme sur mes genoux, lorsque cet inspecteur de Scotland Yard a débarqué, avec son enquête qui piétinait.


Je lui aurais bien ri au nez, s’il n’avait pas eu ce regard insistant vers Andy, chanteuse irrésistible, il est vrai. J’aurais pu lui déployer mes ailes noires sous le nez qu’il ne les aurait pas vues.


Je pensais régler ça dans la journée, mais c’était sans compter sur mon passé. Vraiment, il y a des jours où tout fout le camp.



Vous allez voir, Londres est une ville pleine de surprises !

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782379610691
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Aloïs, la voix d’un ange


Charlie Genet
Charlie Genet



Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-069-1
Corrections : Nord correction
Concept de couverture : Didier de Vaujany
Logo du Soul Wolf : Mikaël Pennec
Pour Alix, mon mari, mon ami, mon amour, toi qui supportes mes aléas et partages ma vie. Merci d’avoir partagé ton humour avec Aloïs.
« Une nuit que j’étais
à me morfondre,
Dans quelque pub anglais
Du cœur de Londres,
Parcourant l’Amour Monstre de Pauwels
Me vint une vision… »

Serge Gainsbourg, Initials BB
Remerciements


Aloïs s’est immiscé dans mon esprit à la suite d’une discussion avec mon mari, et c’est aussi en l’observant au quotidien que l’humour d’Aloïs est né. Ce personnage est pour toi, mon grognon sarcastique. Je t’aime Alix.
Écrire cette histoire était une urgence dans mon esprit. Ça me taraudait tellement que je n’ai pas pu attendre très longtemps pour la coucher sur papier. Sans le soutien indéfectible de mes parents et la patience de mes enfants, je n’aurais pas pu le faire. Ils ont toute ma reconnaissance et mon amour.
Et comment ne pas se perdre entre une enquête, deux romances sans les trois paires d’yeux perçants de mes bêtas sur ce livre. Merci à vous les filles, Cyrielle, Marine et Eva.
Je n’oublie pas, Mikaël qui a entendu mon appel pour créer l’enseigne du Soul Wolf et sa rue. Merci d’avoir compris ma description pas claire du tout.
En parlant de descriptions, merci à Didier pour la couverture, et pour les magnifiques portraits des personnages.
Enfin, il y a une personne sans qui ce livre ne serait rien, celle qui me fait suffisamment confiance pour tenter l’aventure avec moi, Laetitia, mon éditrice. Merci de tes conseils avisés qui me permettent de m’améliorer.

Je laisserai à Aloïs le dernier mot.
Si on laissait ces mièvreries et que je vous remerciais comme il faut ? Attaquez la lecture, croquez-moi à pleines dents…
1
Aloïs


Vous pensiez avoir tout vu, tout lu ? Voici l’histoire de l’ange déchu.

Les sanglots de l’homme se mêlent au solo du saxophoniste, les notes accompagnent la douleur de mes révélations. L’orchestre jazz reprend son ensemble, le trompettiste couvre les reniflements sonores de l’attristé, et le batteur s’accorde avec le rythme lent de mon cœur insensible. Je ne lève pas les yeux vers mon client. Je préfère me noyer dans le liquide ambré de mon verre. Ce n’est pas que la détresse humaine m’est indifférente, mais je n’ai pas une once de compassion pour ce mec bafoué. Les cocus, j’en reçois des dizaines par an, et ce, depuis des décennies, alors les larmes de crocodile restent mortes-eaux pour moi.
— Pourquoi ? chouine-t-il. Pourquoi m’a-t-elle fait ça ?
Phase une, l’incompréhension. Pourquoi est-ce arrivé ? Pourquoi moi ? J’en passe et des meilleures.
Si vous êtes négociant en antidépresseur, c’est le moment ! Je vous offre un client.
Je daigne enfin lever mon regard bleu-gris vers lui. Je l’observe, j’ai bien une petite idée de la raison pour laquelle sa femme l’a trompé, mais je vais éviter d’aborder le sujet, n’étant pas là pour l’enfoncer. Un suicidé ne paie pas.
— Vous n’auriez pas dû !
Phase suivante, le refus. Je suis le responsable, même si c’est lui qui m’a engagé pour ce job.
— Monsieur Blit, répliqué-je calmement, vous vouliez que je découvre ce que votre charmante épouse faisait de ses après-midi. Vous doutiez de son engouement soudain pour le bridge, et vous aviez raison.
— Elle a dû être manipulée ! s’indigne-t-il. C’est cet homme qui l’a séduite.
La phase de déni : ma femme est victime d’une machination.
— Vous lui poserez la question vous-même. Mais il ne me semble pas que ce soit le même homme sur les différentes photos.
Je n’ajouterai pas que son épouse est très entreprenante envers tout ce qui a un pénis, mis à part lui. J’ai eu l’honneur d’un tête-à-tête pour vérifier cette hypothèse. Je souris au souvenir torride de mon échange avec la jeune Mme Blit.
Il y a des avantages en nature dans tous les jobs, alors ne faites pas cette tête outrée. Je ne vais pas dire non à une petite gâterie quand c’est offert généreusement. Je suis poli !
— Comment avez-vous eu ces clichés ? renifle-t-il.
La phase du doute : ai-je bien fait mon job ?
Ma patience commence à s’étioler, j’ai horreur des pleurnichards.
— Ça n’a pas été très difficile, le Bridge est en fait un club libertin. Votre femme y est une cliente régulière. Ce club est ouvert à tous, sous condition d’acquittement du droit d’entrée, ainsi que d’être au goût des habitués présents ou d’être recommandé par l’un d’entre eux. Je n’ai eu qu’à y aller, un jour où Mme Blit s’y trouvait.
— Vous avez pu prendre des photos en toute impunité ? demande-t-il, suspicieux.
— Les minicaméras sont des merveilles de technologie et d’une discrétion parfaite.
Il se pétrifie sur son siège, les informations montent doucement jusqu’à son cerveau. Il n’y a plus de doute dans son regard, il est cocu.
— Je devrais y aller pour la confronter ! s’emporte mon client.
Phase suivante : la colère, c’est celle que je préfère.
J’avale une gorgée de mon whisky. Les émotions de ce genre sont violentes et, même si j’ai dépassé la période où j’aimais les provoquer, je ne peux m’empêcher de m’en repaître. Je ferme les yeux et apprécie l’électricité dans l’air, écoute la cavalcade des battements de son cœur, le craquement des jointures de ses poings serrés.
— Ils ne vous laisseront pas entrer, annoncé-je posément.
— Vous y êtes entré, vous, pour prendre ces photos ! s’indigne-t-il.
— Je suis un beau gosse appétissant ! le nargué-je.
Que voulez-vous, aucune femme ne me résiste ! Le privilège de ma gueule d’ange. Lui, a contrario, il a la tronche d’un gnome enrhumé.
— Vous sous-entendez que je suis moche ! s’énerve-t-il en bondissant de son fauteuil.
— Je n’irai pas jusque-là…, souris-je avant d’avaler une gorgée de pur malt.
Les clients du Soul Wolf se tournent vers nous, certains curieux, d’autres agacés d’être dérangés et, en majorité, excités à l’idée d’un éventuel bain d’hémoglobine. La clientèle de cet établissement a le sang chaud, enfin, façon de parler.
Du coin de l’œil, j’aperçois le visage fermé de Clark, le patron. Mon ami n’a pas envie de nettoyer de la tripaille sur le parquet alors que la soirée débute à peine.
Je reporte mon attention sur l’homme aux joues rebondies, au teint coquelicot de colère, avec la goutte au nez. C’est pathétique ! Il semble sur le point de faire une crise cardiaque. Ce type a besoin d’extérioriser sa rage, mais je ne suis pas d’humeur. En un regard, je lui intime de se calmer. Plutôt opposant au départ, il finit par se plier à mon injonction silencieuse, et se rassoit, les épaules basses.
— Votre colère n’est pas dirigée contre la bonne personne. Votre femme termine sa « partie de cartes » dans une demi-heure, je suis certain que vous saurez trouver les mots justes pour lui expliquer votre façon de penser.
Il extirpe un mouchoir en tissu de sa poche et souffle bruyamment. Quelle élégance ! Vraiment, cet homme a tout pour plaire !
Avant-dernière phase du cheminement du bafoué : la résilience.
— Et si je ne lui dis rien ? Je ne veux pas la perdre.
Voici l’invitation à l’enterrement de ses couilles au fond du jardin ; autrement dit, adieu fierté et dignité.
— Je ne suis pas psy, monsieur Blit, je suis détective privé. Ce que vous faites de mes résultats m’indiffère au plus haut point. Si ça ne vous dérange pas d’être le seul à ne pas baiser votre femme, alors vous êtes un mari comblé. Pour ma part, j’ai des charges à payer, j’attends par conséquent d’être rétribué pour mes talents.
OK, mon bureau est une table dans un bar et les obligations financières, mon addition.
Il acquiesce et sort son chéquier.
— Tss, nous en avons parlé avant, je ne suis pas épicier, je ne prends que le cash.
L’homme me jette un coup d’œil. Devant mon visage fermé, il fouille dans sa sacoche, attrape une enveloppe dodue et me la tend. Je ne l’ouvre pas, je la glisse dans la poche intérieure de ma veste en cuir. Mon client reste assis sur le fauteuil face à moi, le regard dans le vide : retour à la phase une.
L’orchestre s’arrête pour la pause, le set suivant est assuré par la belle Andy, avec sa voix envoûtante. Je compte bien l’écouter, me détendre, siroter tranquillement et seul mon single malt de dix-huit ans d’âge.
— N’oubliez pas de régler les consommations en partant. Clark n’est pas un barman conciliant avec les mauvais payeurs, lancé-je.
L’homme sursaute, se lève précipitamment, revêt son manteau et se plante devant moi, se balançant d’un pied sur l’autre.
— Une ultime question, monsieur Fallen, si vous me le permettez ? À combien s’élève votre service supplémentaire ?
Je le fixe, un léger sourire étire mes lèvres.
Dernière phase : la vengeance.
La partie la plus intéressante du job, vous allez adorer.

2
Aaron


Je jette un dernier coup d’œil au miroir. Je ne suis pas narcissique, mais j’aime que tout soit sous contrôle. Ma coupe en brosse est égalisée au millimètre, je vérifie la longueur de mes cheveux bruns toutes les semaines, ne laisse place à aucune folie capillaire. Mon nez droit et étroit et ma bouche fine me confèrent un air sévère que je n’essaie pas d’égayer par un sourire, ça me donnerait des allures de minot gentillet. Je ne suis pas un homme que l’on aborde dans la rue pour lui demander l’heure, pas assez avenant. Néanmoins, je suis quelqu’un sur qui on peut compter dans toutes les situations. Je ne suis pas un séducteur non plus, pourtant j’ai toujours eu du succès, je plais aux femmes. Il faut croire que mon côté inaccessible les attire, à moins que ce ne soit ma fossette au menton ou ma mâchoire volontaire.
Je vérifie mon costume bleu nuit, ajuste ma cravate, je suis prêt. Je rejoins l’assemblée de mes collègues, tous réunis dans ce restaurant pour célébrer le départ en retraite de mon binôme. Patrick Molton quitte la Metropolitan Police , dite aussi Met , après trente ans de service au sein du Grand Londres. Demain, celui qui m’a formé et qui a fait de moi le flic que je suis aujourd’hui rejoindra son épouse Irma, partie en avance dans leur maison de campagne. Cet homme fut un excellent inspecteur, sa carrière est exemplaire, même le commissaire principal a fait le déplacement pour le saluer.
Une fois tout le monde attablé, je me lève et réclame l’attention par un raclement de gorge. Le silence acquis, je fais un court laïus en l’honneur de mon collègue, lui souhaite une belle retraite et me rassois, le visage fermé, mais le cœur gros de perdre mon ami.
— Merci, Aaron, me dit-il lorsque les discussions reprennent autour de nous.
— Je t’en prie, en tant que coéquipier, je ne pouvais pas te laisser partir sans dire un mot.
— Je parle de la soirée. Je sais que ce n’est pas le grand manitou qui a organisé ça, murmure-t-il.
Pour le commissaire principal Helmut Tinler, nous ne sommes que des pions œuvrant pour son profit et sa gloire. Il y a longtemps que cet homme imbu de lui-même ne voit plus la population londonienne comme des êtres humains, mais comme un moyen de monter en grade. Chaque grosse affaire résolue, chaque gang démantelé, chaque quartier « nettoyé » lui ouvre des portes pour son ascension professionnelle. Il n’a de reconnaissance envers personne.
— Je suis fier d’avoir pu vous dire au revoir, inspecteur…, nous interrompt Tinler.
— Molton, Patrick Molton.
— Exact, Molton. Mais je vais devoir, à mon plus grand regret, vous laisser, j’ai à faire. Je suis désolé de quitter une si belle fête.
Il serre mollement la main de mon ami, puis se tourne vers moi. Je me retiens de penser qu’il n’en a sûrement rien à foutre d’être là.
— Je vous vois dimanche pour le brunch avec Annie ?
— Certainement, monsieur.
— Parfait, comme vous serez parmi nous, ma fille sera ponctuelle alors. Bonne soirée, Aaron.
Sur ces mots, il tourne les talons et quitte l’établissement.
— Je n’ai aucune idée de comment tu fais, ce mec est imbuvable, affirme Pat.
— Je ne le vois que rarement. Je le côtoie surtout au boulot, comme vous tous. Tu sais qu’il ne sort pas souvent de son bureau pour se mêler aux policiers de terrain.
— Tu te le coltines au repas de famille dominical, quand même.
— J’accompagne Annie seulement lorsqu’il est présent. Les autres dimanches, elle préfère rester entre femmes avec sa mère.
— Tu parles d’Helmet le Muppet ? nous coupe Owen.
L’officier Owen Brixton a fait ses classes avec moi. Nous sommes amis depuis. Petit, sec et hyperactif, il est tout le contraire de moi. Avec mon mètre 84 et mes 90 kilos de muscles acquis par un entraînement régulier, notre duo pourrait faire penser à David contre Goliath. Comme dans cette histoire, je ne parierais pas sur moi-même. Owen est un excellent combattant, adepte de la boxe, sa petite taille fait de lui, sur un ring, une véritable anguille. Je ne suis pas en reste dans mes déplacements, et mon poing ferme le mettrait KO s’il demeurait à sa place. Dans le quotidien, nous sommes également très différents. Là où je garde pour moi mes ressentiments, c’est une vraie langue de vipère pour ceux qu’il n’apprécie pas. Je suis la force tranquille et lui l’aspic sous cocaïne. Je supporte mal ses bavardages, c’est la raison pour laquelle je l’évite. Le grand chef n’est pas son meilleur ami, ce qui a valu à ce dernier le surnom d’Helmet le Muppet. Il faut dire que s’appeler Helmut, avoir les yeux globuleux et la moustache de la marionnette a suffi à Owen pour l’affubler de ce surnom.
— Ça fait quoi d’avoir bientôt un Muppet comme beau-père ? En même temps, pour une nuit dans le lit de sa fille, moi aussi, je serais prêt à bruncher avec ce connard condescendant, cet arriviste...
Je fusille du regard mon collègue.
— Elle est vachement canon, Annie ! Elle a un de ces… enchaîne-t-il.
Je tente de l’attraper par le col de sa chemise, mais ce vermisseau s’échappe en riant. Pat pose la main sur mon avant-bras.
— Laisse-le ! C’est un gamin. En plus, il est bourré.
Je me rassois en grognant.
— Je n’apprécie pas son impolitesse.
— Tu veux dire quand il parle du fessier d’Annie.
— Je suis un gentleman, rétorqué-je. Il devrait en être un.
— S’il te charrie comme ça, c’est par jalousie. Tout le monde ne se fiance pas avec une des plus belles filles de Londres et l’une des plus populaires dans les médias.
Je suis avec Annie depuis trois ans maintenant et si nous ne partageons pas encore le même toit c’est à cause de sa vie de youtubeuse et de clubbeuse. Je n’aime pas ce genre d’activités, elle en est adepte, comme de la vodka d’ailleurs. Les tabloïdes raffolent de ses écarts de conduite, d’autant plus quand son père doit la sortir de dégrisement. Je l’ai demandée en mariage il y a six mois, j’aime vraiment cette fille, même si notre relation reste discrète à l’heure actuelle. J’espère qu’après être devenue Mme Weaver, elle cessera ses frasques nocturnes. Son père a l’air d’y croire, c’est d’ailleurs lui qui m’a suggéré de passer le cap du mariage. Dans mes projets, cet engagement a parfaitement sa place, je me suis donc lancé. Annie a accepté ma demande, à condition que je lui laisse un an de liberté.
— Tu sais, fiston, dit Pat, la direction va te chercher un autre coéquipier. Il va falloir que tu sois un peu moins taciturne et plus jovial, au moins au début.
— Je ne changerai ni demain ni jamais. Je suis comme ça. Je peux très bien enquêter seul, grogné-je. Tu étais un mentor, un père pour moi, je n’ai pas envie de faire du baby-sitting de bleu. Ils sont en sous-effectif en ce moment, alors j’ai une chance d’être peinard un peu. Et si j’arrive à faire mes preuves en solo…
Patrick secoue la tête en soupirant.
— Ce n’est pas impossible, je suis méticuleux, organisé et rien ne m’atteint, continué-je.
— Fiston, tu dois arrêter de jouer les indépendants sans-cœur. Tu es coincé dans ta planification de vie parfaite. Tu es plus que ça, tu as du feu dans les veines et tu serais un meilleur enquêteur si tu l’acceptais.
Je lui offre un de mes rares sourires, avale une gorgée de whisky et le lance sur un autre sujet qui nous passionne tous les deux : le championnat de football anglais, avec le prochain match d’Arsenal, notre équipe fétiche.
3
Aloïs


Rien ne devrait troubler un ange qui déguste un whisky avec un ami, sauf peut-être une belle femme.
— Il y a un client pour toi, lance Andy.
La jolie brune entre dans le bar vide avec l’entrain de sa jeunesse. Toujours souriante, elle est le soleil de nos vies, à Clark et moi. Malgré ses vingt-cinq ans, elle en a déjà vu de dures, pourtant, elle reste de bonne humeur. Elle est la seule nana que j’apprécie et respecte. Et il vaut mieux, sinon Clark m’épinglera par les valseuses à la cible de fléchettes.
— Je devrais te faire payer un loyer, grogne ce dernier en me servant un verre. Heureusement que tu consommes généreusement.
— Je te ramène des clients, souris-je.
— Que dalle ! Ce sont des pignoufs ou alors des rageux. Ils commandent un café à l’entretien d’embauche et un shot d’alcool fort quand tu as réglé leurs affaires. Tu te fais plus de fric que moi sur ce coup.
— Attends, je prends des risques ! plaisanté-je.
— Mon cul ! Tu leur fais croire des conneries, tu te fais passer pour un détective humain avec un talent de mentaliste, mais en fait tu n’es rien de tout ça. Tu es un enfoiré et ça ne changera jamais.
— Quelle vulgarité, Clark ! s’indigne Andy.
— Tu ne vas pas le défendre, quand même ?
— Je ne me mettrais jamais entre vous deux, répond Andy, les mains levées.
— La vision est pourtant sympa, m’esclaffé-je.
— Je vais te tuer, s’emporte le barman. Je vais te dépecer avant de te bouffer les tripes…
— Moi aussi, je t’aime ! répliqué-je en mimant un baiser.
Mon ami se marre, je siffle mon verre en une gorgée. L’alcool s’infiltre dans mon organisme, chauffant un peu mon corps, accélérant les battements de mon cœur morne. Mon regard se fixe dans le miroir derrière le bar. Les bouteilles hachent mon reflet. Je me perds dans les souvenirs d’une autre éternité où elle était le trésor de mon existence.
— Hé, les gars ! Je lui réponds quoi à la demoiselle qui attend devant la porte ? demande Andy.
— Une demoiselle ? Canon ? l’interrogé-je en reprenant pied dans la réalité.
— Tu n’as aucune éthique, mec ! intervient Clark. Dis-lui de revenir si elle veut voir ce trou du cul. On ouvre dans une heure.
— OK, chef ! réplique Andy en riant.
Elle disparaît en sautillant. Cette gosse est une merveille de gentillesse et elle a une voix… de la chantilly sur un air de jazz.
J’observe Clark, le grand blond aux cheveux longs me renvoie un sourire carnassier. Nous sommes amis depuis des années, je l’ai connu louveteau, pas la version boy-scout, un véritable lycan, avec les crocs, les griffes, les poils et l’odeur de chien mouillé.
Vous pensiez vraiment que j’aurais laissé un humain me traiter de trouduc sans broncher ? Il faut savoir choisir ses alliés.
Clark a ouvert ce bar lorsqu’il a été en âge de servir de l’alcool. Il voulait un établissement où chacun puisse venir sans discrimination. Pour les quelques hominidés qui se perdent dans les bas-fonds de la capitale anglaise, et plus précisément dans le quartier de Peckham, le Soul Wolf est un bar où l’on joue le meilleur jazz de Londres. Clark y collectionne des whiskys d’excellence et propose à la dégustation des cigares délicieux. L’interdiction de fumer ne s’applique pas ici, les forces de l’ordre n’oseraient jamais y pointer leur nez. L’établissement est dissimulé au fond d’une ruelle étroite entre deux immeubles de six étages. Seul le néon rouge, une tête de loup jouant du saxo, indique sa présence. La lourde porte en bois avec son judas, version film de mafia, est gardée par un gros molosse à l’air pas aimable, Finn. Une fois passé l’entrée, on arrive dans un sas avec vestiaire et belle gosse, Leis, pour vérifier que les armes restent là. La sélection se fait à ce niveau, les accros à leurs flingues, à leurs lames, ou les peureux effrayés par le regard de tueur et les borborygmes de Finn font demi-tour. La clientèle y est hétéroclite et bizarre, mais la voix d’Andy vaut le désagrément des grognements de certains ou des œillades affamées des autres.
Je prends mon godet, abandonne le barman à l’essuyage des siens pour rejoindre mon espace, un ensemble de trois fauteuils club en cuir et une table ronde en bois avec un plateau de verre. Les habitués connaissent ce coin pour être mon bureau. Je n’ai pas besoin de plaque sur rue pour travailler comme détective privé, le bouche-à-oreille suffit. J’exerce sans autorisation depuis plus de soixante-dix ans et je n’ai pas pris une ride.
Imaginez la tête du bureaucrate avec ma demande de licence dans les mains. Identité : Fallen Aloïs, âge quatre cents ans. Lieu de naissance : Glasgow, la première fois, Eden, la seconde fois. Le mec finit à l’asile direct.
Le bar ouvre ses portes, l’orchestre s’installe, prêt pour un set de jazz version La Nouvelle-Orléans. Ce soir, le soliste est un vampire nommé Alistair. Il joue du piano comme personne. Je ne suis pas un fan des dents pointues habituellement, mais j’aime bien partager un verre ou une femme en sa compagnie, de temps à autre.
Restez ouvert aux nouvelles expériences, on ne sait jamais ce qui nous plaît avant de tester…
Les premières notes emplissent l’espace, le brouhaha des clients diminue. Les humains et les êtres surnaturels se mélangent, trinquent, boivent ou fument un cigare. L’ambiance est agréable. Je me cale dans mon fauteuil. Une femme emmitouflée dans un manteau de fourrure traverse la salle. Le côté cadavre dépecé du vêtement provoque les grognements de certains sur son passage. Elle porte des bijoux à tous les doigts, affichant clairement son appartenance à la haute société. Elle n’avait certainement jamais mis les pieds dans ce quartier avant ce soir.
— Vous êtes le détective Fallen ? demande-t-elle en se plantant devant moi, l’air déterminé.
Je hoche la tête.
— Êtes-vous aussi bon qu’on le prétend ?
— Je suis le meilleur et je dis ça sans me vanter.
— Ce n’est pas la modestie qui vous étouffe.
— Ce n’est pas pour faire connaissance que vous êtes là, n’est-ce pas ? répliqué-je sèchement.
Il est clair qu’elle n’est pas habituée au second degré, je prends ma tête de gentil garçon.
— Asseyez-vous, souris-je en désignant l’un des fauteuils de cuir marron.
Elle ôte sa pelure d’animal, s’assied. Son corps somptueux est mis en valeur dans une robe moulante, elle croise de longues jambes gainées de noir. Cette femme est une bombe à faire craquer les braguettes.
— J’ai besoin de vos services.
C’est parti pour le show ! Admirez le pro.
4
Aaron


Mon cœur fait un bond dans ma poitrine lorsque Owen surgit devant mon bureau. Je suis installé dans l’ open space de Scotland Yard, dans un coin un peu en retrait, face aux salles d’interrogatoire.
— Tu m’as fait peur ! grondé-je.
— L’inspecteur Weaver serait capable d’être surpris alors ? raille le rouquin.
— Qu’est-ce que tu veux ?
— Ton téléphone est mal raccroché. Comme je dois ressembler à un pigeon voyageur, le Muppet m’envoie te réexpliquer le fonctionnement de cet appareil.
Je jette un coup d’œil, le combiné est retourné et émet la tonalité de fin de communication. Annie m’a appelé au bureau, il y a une heure, pour se plaindre de son père. Celui-ci lui aurait demandé de ne plus dépenser autant, pour s’habituer à son futur train de vie de Mme Weaver. Une heure de jérémiades et de sanglots, j’ai cru que ça ne finirait jamais. Pour avoir la paix, j’ai mis le haut-parleur et posé le combiné afin de pouvoir me replonger dans mes dossiers. J’ai dû rater la fin de la conversation puisque ma fiancée a raccroché sans que je m’en rende compte. Je rappuie sur la touche rouge de l’appareil et la sonnerie retentit immédiatement. Je décroche, la voix du commandant Finler m’arrache le tympan avant que j’aie pu dire « allô ». Owen explose de rire et repart vers ses dossiers.
Il est rare que le commissaire principal nous attribue des enquêtes directement, c’est le rôle du chef. Des hurlements de mon supérieur, je comprends qu’une nouvelle affaire vient de nous être confiée : un cambriolage chez un de ses amis, un riche joaillier possédant plusieurs bijouteries dans la City {1} . Si le vol avait concerné l’une d’elles, l’enquête ne nous aurait pas été donnée, mais à la police de la Cité de Londres. Il a eu lieu à son domicile de Fulham, il est pour moi.
J’installe mon arme dans son étui, enfile mon trench-coat pour parer à la pluie fraîche de l’automne et rejoins mon véhicule. Le trajet est rapide, la propriété est entourée de voitures de police, un dispositif plus important que nécessaire, à moins que je ne sois pas en possession de toutes les informations. Je passe le barrage d’hommes en uniforme, entre dans la maison. Elle doit faire au moins dix fois mon appartement. Il faut un plan pour s’y retrouver. L’endroit est impeccable, le sol en marbre du hall brille, les policiers qui m’ont précédé ont dû mettre des patins, comme les cambrioleurs, ou la femme de ménage est déjà passée. La console où trône un bouquet de lys est rangée, le courrier classé entre deux serre-livres.
— Qui êtes-vous ? me questionne froidement un homme.
La cinquantaine grisonnante, il porte un costume anthracite parfaitement taillé. De petits yeux rapprochés, une bouche pincée, un visage sec, il inspire une austérité qui me rappelle mon père. Sa posture agressive dénote un tempérament autoritaire.
— Je me présente : Aaron Weaver, inspecteur à la Met.
— Ah, le futur gendre d’Helmut ! s’exclame-t-il avec un rictus. Je suis Arthur Simons, fondateur des bijouteries Simons.
Il était certain qu’il n’était pas le chauffeur, mais je l’imaginais plus grand. Il ne doit pas dépasser le mètre soixante-quinze.
— J’ai été envoyé pour un cambriolage, mais tout a l’air en ordre. Un vol a eu lieu ici ?
— Exactement, sinon vous ne seriez pas là, dit-il, hautain. Suivez-moi.
Je m’engage derrière lui, nous traversons la pièce de vie, elle est immense et a été fouillée, les tiroirs des meubles sont ouverts et la bibliothèque vidée. Le rangement est à revoir. L’agitation des hommes sur place crée un bruit de fond mis en sourdine par les tapis persans épais étalés sur les sols. Je m’arrête près d’un policier chargé de photographier le site du cambriolage. Il regarde le jardin à la française par la fenêtre, désœuvré, l’appareil pendant autour de son cou.
— Vous avez fini ? murmuré-je pendant que mon hôte continue son chemin vers une autre pièce.
— J’ai pris les photos du bureau, comme l’a exigé M. Simons.
— Et le reste de la demeure ?
— Heu… non, bafouille-t-il. Il ne veut pas.
— Faites-le, je vous prie. Et envoyez-moi les clichés rapidement, je m’occupe de lui.
Je lui tends ma carte et l’abandonne à son travail. Je retrouve le joaillier dans son bureau. Le lieu est dévasté : le mobilier renversé, les tableaux éventrés, le coffre est béant, sa gueule vide s’expose aux regards. Une odeur de caramel et de tabac provient de la boîte de cigares posée sur le bord de la fenêtre. La pièce adjacente est assurément la chambre d’un homme. J’y distingue le valet de nuit pour les vestes, le lit au couvre-lit masculin, une seule table de chevet. Rien n’est dérangé là-bas.
— Les voleurs savaient ce qu’ils cherchaient, car ils n’ont rien dérobé d’autre que le contenu du coffre.
— Quel était-il ?
— Principalement des montres de collection, j’y tiens énormément, il y en a pour à peu près cinq millions de livres sterling. Il y avait quelques colliers de ma femme, rien d’aussi précieux que mon horlogerie. D’ailleurs, ils ne les ont pas pris.
Je réfléchis, c’est singulier comme choix de vol. Les montres de collection ne se revendent pas facilement au premier receleur venu.
— Où est votre épouse ?
— Elle doit faire du shopping, comme d’habitude.
Son intonation est glaciale, il ne porte pas sa femme dans son cœur.
— Auriez-vous des photographies de ces objets ?
— Objets ? s’indigne-t-il. Ce sont des œuvres d’art, inspecteur. Soyez plus respectueux !
Il me foudroie du regard, se redresse de toute sa hauteur.
— Vous marier avec la fille d’un haut placé dans la police ne suffira pas à gravir les échelons, pensez-y.
— Sauf votre respect, monsieur, si je dois monter en grade, ce sera grâce à mon travail et non du fait de mon mariage.
Il me scrute, tente de me faire baisser le regard avec son air dominateur, mais je ne bronche pas. Il perd de sa superbe devant mon flegme, son visage s’adoucit.
— Excusez-moi, je suis sur les nerfs. Je suis traumatisé, il faut me comprendre.
— C’est le cas ! Auriez-vous des clichés, s’il vous plaît ? répété-je. Cela nous serait très utile.
— Bien sûr. Ils sont dans mon bureau.
Je me tourne vers les deux officiers qui attendent à la porte.
— Messieurs, je vais avoir besoin de votre aide.
À trois, nous luttons pour redresser le lourd meuble en bois rouge. Il doit peser une cinquantaine de kilos, sans aucune prise. M. Simons sort une clé de sa poche et ouvre l’un des tiroirs. Il fouille, me tend un catalogue en papier glacé. Sur la couverture, le titre « collection privée Simons ».
— Je prépare une exposition, dans un peu moins de deux mois, explique-t-il. C’est l’album, vous y trouverez les photos et les descriptifs.
— Je vous remercie.
Je prends le livre, commence à le feuilleter. Mon hôte reste immobile, je suis son regard fixe. Le sang a quitté son visage. La serrure d’un des tiroirs du bureau a été forcée.
— Avez-vous autre chose à me signaler, monsieur ?
— Non, rien, dit-il précipitamment.
Il semble agité, tout à coup.
— Je vous laisse, je dois appeler les assurances, lance-t-il avant de quitter la pièce.
Cet homme est vraiment antipathique. Je reste seul, notant sur mon carnet tous les détails pour l’enquête.

5
Aloïs
 
 
Rassurez-vous, je ne vais pas lui fouiller la cervelle, j’aurais peur de me perdre dans le néant. Et puis, je suis un ange déchu, pas un télépathe.
La femme reste muette, les poings serrés sur ses jambes croisées. Le jazz habille le silence entre nous. Je l’observe avec attention. Je sais ce qu’elle veut et m’apprête à le lui donner contre rétribution.
— Puis-je vous demander votre identité, avant toute chose ? Après tout, vous connaissez la mienne, expliqué-je.
— Mme Anaïs Smith.
Je n’ajoute rien, fais signe à Clark de me servir un verre.
— Tu peux te lever, je ne suis pas ton chien ! me rembarre-t-il.
— C’est madame qui paie, rétorqué-je sans quitter la cliente des yeux.
Elle me foudroie du regard, ouvre son portefeuille de la taille d’un livre, avec une jolie pochette transparente pour la carte d’identité, le permis de conduire, des rangements pour les cartes de crédit. Elle le pose sur la table et sort un billet. Je souris, saisis le breuvage et le déguste sans un mot.
— Vous allez rester silencieux ? s’énerve mon vis-à-vis.
— Tant que vous me baratinerez.
La colère empourpre ses joues.
— Vous sous-entendez que je suis une menteuse ?
— J’affirme, même.
— Je ne vous ai rien dit !
— Votre silence, lui, si.
Je suis ce qu’on appelle un mentaliste, j’analyse les comportements de mes interlocuteurs et, à partir de là, je peux en dire beaucoup sur eux.
— Vous venez de la City, comme en témoignent vos habits et votre accent des beaux quartiers, mais aussi l’adresse sur votre carte d’identité. Vous avez pensé à mettre votre doigt sur votre nom, mais l’adresse est restée visible pour un œil aguerri. C’est à cause de votre geste que je peux affirmer que vous ne vous appelez pas Anaïs Smith.
— Très bien, monsieur Fallen, je ne suis pas celle que je vous ai dit être. Quoi d’autre ?
— Vous êtes mariée, puisque vous vous êtes présentée sous le titre de madame et non de mademoiselle. Vous ne portez pas votre alliance, vos yeux sont secs et vous transpirez la colère, ce n’est donc pas un époux volage, mais vous ne l’aimez pas pour autant, vous êtes l’infidèle du couple.
La femme commence à s’agiter sur son fauteuil. Elle frotte ses paumes moites sur ses collants.
— Vous rechignez à payer mon verre, alors que vous avez une forte somme en liquide, vu le bombement de votre portefeuille. Vous n’avez pas accès au compte du couple et l’argent est certainement lié à un prêt d’une amie.
Sa bouche s’étire en un léger sourire.
Il faut qu’elle croie qu’elle n’est pas un livre ouvert. Après tout, c’est elle le patron, puisque c’est elle qui paie.
Je reprends, après avoir laissé passer une respiration.
— Non, pas un emprunt, vous avez mis quelque chose au clou. Si j’accepte votre affaire, cet argent me revient, sinon vous retournez chercher ce qui est en gage.
— Bravo, détective Fallen, vous êtes à la hauteur de votre réputation, vous m’avez percée à jour en quelques minutes.
Je lui offre mon plus beau sourire de séducteur. Si les gens étaient plus précautionneux, ce genre d’exercice ne serait pas aussi facile, c’est lassant autant de négligence de leur part. Il est rare que je doive utiliser mes dons surnaturels pour le premier speech. J’adore l’effet que ça provoque chez eux quand je fais mon numéro. J’attends sa décision : m’embaucher ou pas.
— Je suis mariée depuis deux ans à un homme plus vieux et très fortuné. Je n’ai aucune envie de divorcer, je l’aime sincèrement, mais vous comprendrez que quarante ans de différence d’âge se ressentent sur certains aspects de notre vie de couple.
Vous y croyez, à l’amour sincère de cette femme ? De toute façon, avec cette différence d’âge, le veuvage arrivera avant le divorce.
— En quoi puis-je vous être utile ? Vous avez l’air épanouie, raillé-je.
— Je le suis, monsieur Fallen, dit-elle avec un indignement feint. Mon époux travaille énormément et je me sens très seule. Je suis mauvaise cuisinière, alors nous avons un service de livraison à domicile de plats faits par un cuisinier diététicien. Le livreur est un jeune homme très… gentil. Un soir où j’étais très déprimée, il est resté pour me consoler et nous avons accidentellement dérapé.
Se cogner le petit orteil dans une table, c’est un accident. S’empaler sur la queue du livreur n’en est pas un.
— Je ne suis pas conseiller conjugal, madame, rétorqué-je. Si vous avez été prise sur le fait par votre époux, je n’y suis pour rien.
J’aime beaucoup pousser mes futurs clients dans leurs retranchements, je sais ainsi s’ils sont prêts à assumer les conséquences de ce qu’ils s’apprêtent à me demander. En l’occurrence, la demoiselle n’a pas été surprise, sinon le vieux l’aurait déjà éjectée pour une secrétaire bien plus jeune.
— Le livreur me fait chanter ! s’énerve-t-elle. Il a filmé l’incident à mon insu et veut 50 000 livres, ou il l’envoie à Georges.
— Qu’attendez-vous de moi ?
Je ne vais pas lui faciliter la vie, elle doit mettre des mots sur ce qu’elle fait ici.
— Vous devez récupérer cette vidéo.
— Réglez votre amant et vous l’aurez !
— Non ! s’emporte-t-elle. Ce salaud doit payer pour m’avoir dupée. Il avait tout prémédité, il...

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