Attractif Enchantement
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Description

1848, près de Saint-Malo, France.

Considérée comme un bas-bleu sans charme par les membres de la société dans laquelle elle gravite, Cordélia de Montrésor en est persuadée, elle finira sa vie vieille fille.

Après avoir, une fois de plus, été la cible de quolibets au cours d’un bal, elle se retrouve en présence de Rory Erainn.

Le beau capitaine irlandais possède la lourde charge de protéger à tout prix une Cordélia chamboulée par les disparitions successives qui ont secoué sa famille.

Quel est donc ce péril imminent qui la guette ?

L’attirance qu’elle éprouve pour celui qui paraît détenir le pouvoir de la transformer ne risque-t-elle pas de tout compliquer ?

Dans une ambiance où s’entremêlent la passion, l’humour et un soupçon de féérie, Cordélia et Rory devront déjouer les mystères et complots qui semblent vouloir les séparer.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782902427932
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

A ttractif
Enchantement
Tome 1
Les Erainn : Rory, le séducteur
 

 
 
 
Attractif
Enchantement
Thalie Perrot
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
©2021, Thalie Perrot
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 07/2021
ISBN numérique : 978-2-902427-93-2
ISBN papier : 978-2-902427-94-9
 
 
 
 
 
 
A u commencement des temps, les mots et la magie étaient une seule et même chose.
Sigmund Freud
 
L’ homme veut être le premier amour de la femme, alors que la femme veut être le dernier amour de l’homme.
Oscar Wilde
 
 
 
Table des matières
Chapitre premier
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre ultime
 
 
Prologue
 
C ordélia filait à travers une inquiétante forêt, elle courait à perdre haleine tentant ainsi d’échapper à son poursuivant invisible.
Ses poumons expérimentaient le feu et même si elle ne connaissait pas l’identité de son agresseur elle avait cependant compris que cette folle errance se révélait vitale !
Le bruit de sa respiration se répercutait dans le bois soudainement assombri par une végétation de plus en plus dense.
À présent, les ronces s’accrochaient au bas de sa robe. Sa progression devenait toujours plus difficile et elle faillit perdre l’équilibre en se prenant le pied dans une racine.
Elle s’immobilisa, haletante et à bout de force, contre le tronc torturé et noueux d’un vieux chêne.
Elle jeta ensuite un regard circulaire, lorsque brusquement, elle aperçut une trouée rayonnante au milieu des arbres.
Elle comprit, ipso facto, que si elle atteignait ce point de lumière elle serait probablement définitivement sauvée. Rassérénée à cette simple pensée, elle se mit à courir de plus belle pour déboucher, finalement, sur une clairière fleurie où une sensation de chaleur l’envahit tout entière. Elle vit alors son frère Lysandre apparaître au beau milieu de cette scène poétique, il lui souriait tout en lui tendant les mains.
Cordélia se précipita dans ses bras, elle se sentait enfin en sécurité. Serrée contre lui elle l’entendit murmurer à son oreille :
 
— Il faut que tu te montres courageuse petite sœur, je dois partir et je reste persuadé que tu le sais Cordélia.
 
Elle leva vers lui des yeux noyés de pleurs et hocha brièvement la tête en signe d’assentiment.
 
— Prends grand soin de Juliette ! Je te promets de revenir au plus vite ! affirmat-il.
 
Il se détacha doucement d’elle et après un dernier sourire il s’éloigna vers une vaste source de lumière qui finit par l’engloutir complètement et aveugla par la même occasion Cordélia.
Une tempête parut subitement se soulever. Des feuilles s’appliquèrent à tourbillonner autour d’elle et comme des larmes commençaient à rouler sur ses joues, la pluie en concomitance se mit à tomber également.
Cordélia se sentait seule et si lasse soudain ! Cependant, il fallait à tout prix qu’elle reste forte pour sa jeune sœur, Juliette, qui venait d’entrer à son tour dans la clairière. Plus Cordélia tentait de s’approcher de sa benjamine et plus cette dernière semblait hors d’atteinte, aussi elle cria de toutes ses forces :
 
— Juliette ! Attends-moi !
 
C’est à cet instant que se fit entendre une voix douce qui l’appela :
 
— Cordélia ! Cordélia, réveille-toi !
 
Elle souhaitait de tout son cœur aller vers cette voix rassurante et ouvrit les yeux.
Une silhouette happée par la pénombre se tenait devant elle. L’ombre se déplaça et elle aperçut un homme. De qui s’agissait-il ?
Que fabriquait-il là ?
Il lui sourit et son visage prit soudain une expression diabolique en s’embrasant. Tandis que cette face se trouvait la proie des flammes, il riait.
Cordélia hurla et sentit qu’on la secouait avec force. Elle ouvrit les yeux, morte de peur à l’idée de ce qu’elle allait découvrir, mais fut soulagée de rencontrer les traits aimants de sa sœur.
 
— Ce n’est qu’un cauchemar, calme-toi Cordélia ! la rassura-t-elle.
— Pince-moi, s’il te plaît Juliette, afin que je puisse le vérifier ! quémanda-t-elle.
 
La benjamine ne se fit pas prier…
 
— Aïe ! Mais tu es complètement folle ! Tu m’as fait mal ! Je pense que cette preuve irréfutable se montrera amplement suffisante ! Je tiens encore un tout petit peu à ma personne ! Dit précipitamment Cordélia voyant que sa jeune sœur s’apprêtait à intervenir de nouveau, les yeux pleins d’espièglerie.
— Vas-tu enfin me dire à quoi tu rêvais ? J’ai cru comprendre au vu de ce sommeil agité qu’il s’agissait d’un cauchemar à propos de ton ami Matthieu, le malencontreux  !
 
Juliette aimait jouer à taquiner son aînée d’autant plus qu’elle connaissait fort bien la répulsion que ce dernier lui inspirait. D’ailleurs, déjà Cordélia s’en défendait…
 
— Quelle atrocité ! Pas le moins du monde ! Heureusement ! Pourquoi me parles-tu de cet horrible individu ? demanda-t-elle mécontente pour une fois de cette attitude enfantine.
 
Cependant, elle se ressaisit assez vite, tentant ainsi de préserver sa benjamine. Elle ne souhaitait pas lui infliger ses propres craintes à propos de ce triste sire.
De toute façon, son rêve ne possédait rien de commun avec le barbant marquis Matthieu Le Dantec, mais serait-ce réellement raisonnable de partager ses angoisses concernant la disparition de Lysandre ?
Dans le même temps, elle s’arrangeait pour laisser sa jeune sœur sur des charbons ardents sachant parfaitement que sa marotte favorite était de la titiller sur des sujets délicats ou irritants comme Le Dantec. Ainsi aujourd’hui ce serait peut-être Juliette qui perdrait patience !
Cordélia se morigéna intérieurement : ce n’était pas le bon moment pour jouer de façon si puérile !  
Elle ne dirait rien à Juliette, voilà tout ! Même si un mauvais pressentiment continuait à la tarauder, elle ne serait rassurée qu’une fois le retour de leur frère confirmé.
Cela faisait quelques mois qu’il avait pris la mer précipitamment et sans qu’aucune nouvelle ne leur soit parvenue depuis. Cela ne ressemblait en rien aux habitudes de Lysandre qui se montrait toujours très protecteur envers ses sœurs et qui ne s’était pas donné la peine de les faire chaperonner, lui laissant cette charge.
 
— … cela apparaît si merveilleux ! Qu’en penses-tu Cordélia ? demandait Juliette.
 
Entendant son nom elle fixa cette dernière à la beauté étourdissante. Comment pouvait-il y avoir de telles dissemblances entre elles ? Juliette paraissait aussi solaire et jolie qu’elle-même semblait éteinte et laide. Elle se força à s’accrocher au sens des mots plutôt qu’à ses réflexions.
 
— Excuse-moi je n’ai pas compris, précisa-t-elle.
— Dis tout simplement que tu n’écoutais pas ! répliqua la benjamine avec tout l’aplomb que lui conférait la jeunesse de ses dix-sept ans. Je t’indiquais tout bonnement à quel point je trouvais merveilleux de pouvoir assister à mon premier bal. La comtesse de Châtelain nous prodigue un grand honneur, n’est-il pas ?
— Oui certainement ! énonça Cordélia. Je soupçonne cependant tante Lizzie d’être l’instigatrice de cette invitation. À n’en pas douter, ce sera une fois de plus ennuyeux !
— Quel rabat-joie !
 
 
Chapitre premier
1848, près de Saint-Malo, Bretagne, France
S a sœur avait eu raison au moins sur une chose… La soirée n’apparaissait en rien ennuyeuse, mais elle restait en tout MOR-TEL-LE-MENT rébarbative ! En tout état de cause elle le figurait pour Cordélia !
Juliette, quant à elle, s’amusait follement virevoltant une nouvelle fois au bras d’un charmant jeune homme. Ses joues avaient pris la teinte incarnate du bonheur, Juliette se trouvait probablement proche de la pâmoison.
On pouvait dès à présent affirmer que son entrée dans le monde se révélait fracassante.
Les cavaliers s’étaient succédé de manière exponentielle. Quant à Cordélia, elle avait l’impression hautement déplaisante de vivre dans un univers parallèle.
Une société où son invisibilité au milieu des autres ne cessait de croître encore.
Assise sur une bergère au fond de la salle de bal des Châtelain, elle ne ressentait que vide et solitude.
À côté d’elle, sur une console dorée, un magnifique vase en porcelaine de Sèvres semblait le seul sujet désireux de converser avec elle. Elle jeta un clin d’œil amusé puis imitant le ton guindé et compassé employé par toutes les vieilles douairières en telle circonstance elle déclara :
 
— Mademoiselle Potiche je présume. Ne serions-nous pas apparentées par hasard ? lui sourit-elle.  
 
Après un instant susceptible d’être comblé par la réplique inaudible de cet objet inanimé elle reprit :
 
— Allons, voyons ! Entre potiches de bonne famille pas tant de manières ! Appelez-moi Cordélia, je vous prie ! suggéra-t-elle de façon convaincante.
 
Face à ses propres réactions, elle en arrivait, parfois, à se considérer comme complètement pathétique. Se trouver ainsi réduite à ne représenter qu’une spectatrice de la vie des autres s’avérait déjà d’une tristesse sans nom, mais ne posséder en outre pas la moindre possibilité de connaître les émois de l’amour contenait tout le drame de son existence. Elle se sentait dépitée. Elle admira une nouvelle fois Juliette et vécut l’espace d’un instant le rêve éveillé de celle-ci par procuration. Pourquoi le bonheur lui était-il refusé ?
Perdue dans ses pensées, Cordélia se figea soudain lorsqu’elle entraperçut au loin sa tante Élisabeth en compagnie de Matthieu Le Dantec, celui-là même que sa sœur avait surnommé le malencontreux car où qu’elle soit Cordélia réussissait toujours à croiser la route de ce vieux barbon.
«  Que diantre ! Ne pouvaient-ils la laisser tranquille à la fin ?  » S’interrogea-t-elle avec rage.
Elle décida d’aller se cacher avant d’être vue par ces deux rabat-joie.
Trouble-fête, vraiment   ? Cette simple pensée lui rendit le sourire, ne venait-elle pas, en effet, de se plaindre de cette soirée il y avait peu encore ?
Femme inconstante ! Se morigéna-t-elle et aussitôt après cette réflexion, la priorité et l’imminence du danger la poussèrent à se dissimuler derrière une tenture qui masquait l’embrasure d’une fenêtre.
Écartant le rideau de façon à entrevoir sans être remarquée elle aperçut Élisabeth et Matthieu se diriger vers l’endroit quitté précipitamment un instant plus tôt.
Comme à chaque fois qu’elle repérait le marquis Le Dantec, sa ressemblance avec un batracien la frappa et elle sentit un frisson de dégoût parcourir son échine.
Il portait un gilet jaune sur son ventre proéminent qui faisait ressortir encore la trop grande maigreur de ses bras, mais aussi ses jambes trop courtes. Quand il se mit à parler, sa large bouche agita ses grosses joues flasques et verdâtres.
 
— Elle ne se trouve pas là visiblement ! coassa-t-il. Vous m’aviez pourtant promis que je la rencontrerais ce soir !
— Mon cher Mathieu n’ayez aucune crainte, on nous aura certainement mal renseigné, voilà tout ! Mais je demeure persuadée que nous allons la retrouver avant même la prochaine danse ainsi vous aurez tout loisir d’inviter Cordélia. Venez, elle doit se trouver un peu plus loin, proposa-t-elle de son ton mielleux.
 
De grosses gouttes de sueur perlèrent le long de la colonne vertébrale de Cordélia, elle savait bien que sa propre tante manigançait derrière son dos afin de faciliter une alliance avec la famille Le Dantec et en connaissait parfaitement les raisons. D’une part, Le Dantec était marquis, mais de plus il possédait une fortune colossale.
Elle demeura cachée quelque temps, le silence se rétablit enfin. Cela signifiait certainement que les deux empêcheurs de tourner en rond avaient déserté les lieux à présent, elle voulut jeter un regard furtif, mais au moment où elle posait à nouveau la main sur son rideau protecteur elle distingua nettement deux voix exclusivement féminines cette fois-ci.
Elle ne souhaitait pas se montrer inconvenante et encore moins espionner qui que ce soit, mais se trouva contrainte et forcée de rester recluse à l’endroit précis où elle s’était réfugiée d’autant plus que les propos malveillants tenus par les deux femmes s’avéraient quelque peu grivois… elle ne connaissait plus d’autre choix que de s’espérer la plus discrète possible.
 
— … Il paraît même que Marine Laennec n’hésite pas à entamer trois liaisons à la fois, chaque nuit elle reçoit en son giron trois amants, il semblerait d’ailleurs qu’elle les invite en même temps ! Pas étonnant qu’elle ait été déflorée par son beau-père !
 
Cordélia sentit le rouge lui monter aux joues. Non qu’elle se montrait trop prude, mais elle était véritablement outrée que des femmes bien nées puissent tenir ce genre de propos ignominieux !
 
— Et Soazig de Paimpol, renchérit l’autre fiévreusement afin de ne pas demeurer en reste, sous ses dehors d’ange on dit que deux gentilshommes se seraient battus en duel uniquement pour jouir d’un moment de dépravation avec la petite garce !
 
Cordélia commença à s’agiter à l’écoute de toutes ces horreurs proférées. Elle souhaitait de tout cœur signaler sa présence avant de surprendre toute parole fielleuse supplémentaire, mais au moment où elle s’apprêtait à sortir de sa retraite elle entendit son propre nom.
 
— Voilà quelque chose qui n’arriverait assurément pas à l’aînée des Montrésor ! se moqua une des femmes.
 
Cordélia suspendit son geste attendant la suite qui, elle s’en persuadait, ne se révélerait pas vraiment flatteuse. Ce qui succéda lui donna raison, en effet, après un silence éloquent elle discerna les propos outranciers tant redoutés :
 
— Comment le pourrait-elle c’est un véritable laideron, pouffa la harpie. Toujours vêtue de ses oripeaux noirs, et de ce chignon qui lui confère l’air d’une gouvernante revêche… quant à sa silhouette alourdie inutile même d’en parler ! Mon fils aîné m’a affirmé qu’il faudrait le payer au prix fort pour qu’il l’invite ne serait-ce que pour une danse ! Elle ne possède vraiment rien qui puisse l’illustrer de manière attrayante au regard des hommes !
 
Cordélia, le souffle coupé par tant de méchanceté, encaissait le coup, elle sentit des larmes amères envahir et brûler ses yeux. Déjà, la seconde vipère surenchérissait :
 
— En tout cas pour les jeunes apollons de notre estimée société, comme on me l’a appris, il paraîtrait que le marquis Le Dantec s’intéresse à elle de très près, lui-même n’a que peu de chance de trouver la femme idéale malgré son immense fortune et son titre nobiliaire, aussi devrait-elle considérer cette offre ultime de prendre époux. À vingt-cinq ans et avec son physique elle ne connaîtra plus d’autre circonstance opportune de s’unir et de procréer ! D’autant plus qu’ils apparaissent si bien… comment dire… elle sembla marquer une pause pour mieux conclure dans un coup d’éclat… assortis  !
 
Toutes deux explosèrent d’un rire mauvais. Cordélia était anesthésiée, la dernière estocade venait d’être portée. Des pleurs inondaient à présent son visage déformé et ravagé par la peine.
 
— Sa sœur, elle, ne possédera pas d’inquiétudes similaires, continuait l’une des vieilles chipies, elle a la même aptitude à la prostitution que sa mère !
 
À ce moment précis, Cordélia jaillit comme un diable hors de sa boîte.
Les deux vipères restèrent pétrifiées sur place en la reconnaissant puis elles passèrent par toutes les couleurs.
 
— Mademoiselle de Montrésor, quelle surprise ! s’exclamèrent-elles simultanément sur un ton emprunté.
— Je ne peux qu’espérer sincèrement qu’elle s’avère mauvaise cette surprise. Sachez madame de Tournemain et vous, madame d’Alexandrine et ce avec tout le respect dû à votre VÉ-NÉ-RA-BLE âge, répliqua Cordélia insolente, que je vous déconseille à l’avenir de proférer quelconque injure que ce soit à l’encontre de ma chère mère défunte ou bien de mon innocente sœur. Si je venais à apprendre qu’un seul terme discourtois est sorti de vos bouches ô combien disgracieuses, moi laideron de service, je pourrais fort bien agrémenter mon prochain repas de deux langues de vipères assaisonnées ! Finit-elle par affirmer menaçante. Faisant mine de s’éloigner elle s’arrêta soudain et fit face de nouveau aux deux sorcières malveillantes. Au fait, j’allais oublier… ne vous êtes-vous jamais renseignées quant à l’identité des amants de mademoiselle Laennec, Mesdames, ce serait pourtant si instructif… ! À l’occasion, rappelez la Laennec aux bons souvenirs de vos irréprochables époux respectifs !
 
C’est sur cette ultime pique acérée qu’elle s’enfuit un sourire de vengeance flottant sur ces lèvres.
Personne ne s’attaquait impunément à sa famille. Secrètement, elle se félicita d’avoir prêté parfois une oreille attentive aux propos de son frère Lysandre et de ses amis, plus encore en ce qui concernait les maris de ces deux mégères. D’ailleurs, complètement estomaquées et blêmes, ces dernières n’effectuèrent aucun geste. Quand elles reprirent des couleurs, elles s’indignèrent dans un bel ensemble :
 
— Quelle insolence !
— Je dirais même plus, quelle outrecuidance ! ajouta une voix moqueuse.
 
Béates de stupeur les deux malheureuses virent un homme démesurément grand sortir de l’ombre et emboîter le pas à Cordélia de Montrésor.
 
 
Chapitre 2
 
 
L orsque Rory Erainn réussit à localiser Cordélia de Montrésor, ce fut pour voir une jeune fille étourdissante de beauté l’attraper par la manche de sa robe et monopoliser complètement son attention, puis elle finit par l’entraîner vers une banquette pour enfin parler sans discontinuer.
Au fil de son monologue, elle s’agitait en tous sens affichant la mine réjouie de celles qui obtiennent toujours tout ce qu’elles désirent.
Cordélia, pourtant atteinte, Rory s’en trouvait certain, au plus profond de son cœur en réponse aux récents affronts éprouvés, sut prodigieusement masquer son affliction et se tourna tout entière vers sa voisine.
Elle lui tendit ainsi une oreille tout attentive. Elle réussit, exploit s’il en était, à ébaucher un pâle sourire tandis qu’elle subissait le flot impressionnant de paroles de la toute jeune femme installée à ses côtés.
Un interlocuteur plus vigilant aurait sans aucun doute remarqué sa peine, car ses yeux étaient rougis…
Cordélia émut plus que de raison Rory par sa dignité et pour la deuxième fois au cours de cette réception parvint à le surprendre.
La belle inconnue parut soudain se figer de stupeur poussant Cordélia à regarder à son tour dans la même direction, cette dernière sembla aussitôt se muer en statue de sel… un véritable apollon avançait droit vers elles.
 
 
J uliette, inconsciente qu’elle remuait encore le couteau dans la plaie vive de Cordélia, s’agitait frénétiquement lui contant ses exploits de la soirée.
Sans le vouloir, elle soulignait d’autant plus l’inaptitude caractérisée à trouver le bonheur de son aînée.
Bien sûr, elle se réjouissait de la joie de sa sœur, mais cela accentuait cruellement son avenir personnel plus qu’incertain.
Elle finirait, sans doute aucun, seule vieillissant avec autant d’amour gâché, bourrelée de remords et d’envies jamais assouvies. Aussi, elle ne pouvait qu’encourager Juliette à choisir un autre destin que le sien.
Elle lui sourit avec tendresse et fournit un effort supplémentaire pour saisir chacune de ses paroles.
Simultanément lui revenait en mémoire chacun des propos de mesdames de Tournemain et d’Alexandrine. Elle était blessée dans son orgueil et remerciait le ciel ainsi que ses parents défunts d’avoir su remédier à cette erreur de la nature en créant Juliette si belle, si drôle et si pleine de vie !
Juliette cessa son babillage et blêmit, Cordélia chercha aussitôt du regard ce qui avait pu motiver cette interruption dans sa volubilité. Elle sentit à son tour tout son sang se retirer de ses joues, Philippe de Cœuvres venait droit vers elles.
Il représentait tout ce que peut désirer une femme, et elle-même ressentait une grande attirance pour ce jeune homme dont la perfection physique était reconnue de tous. Malheureusement, jamais il ne l’avait abordée au cours de ces nombreux bals auxquels elle avait assisté. Elle craignait fort qu’il ne l’ait même jamais remarquée.
Philippe s’arrêta face à elles et s’inclina galamment devant Cordélia, puis demanda :
 
— Mademoiselle de Montrésor, me permettrez-vous de convier votre sœur à la prochaine danse ?
 
Cordélia resta muette un long moment. L’espace d’un instant, elle avait presque touché son rêve du doigt, Philippe s’avançait vers elle et l’invitait enfin à valser. Malheureusement, la vérité l’avait éveillée comme sous l’effet d’une douche froide et elle eut du mal à articuler :
 
— Je vous en prie, Juliette n’a nullement besoin de mon approbation et je constate, à son air ravi, qu’elle se fera une joie d’accepter.
 
Philippe tendit alors sa main élégante vers Juliette qui y glissa la sienne délicate et, bien avant que Cordélia ne reprît pied avec la réalité, le charmant couple se trouvait déjà sur la piste de danse.
En voyant ces deux êtres si semblables dans leur beauté parfaite, Cordélia prit brusquement conscience de l’inassouvissement de ses rêves et de ses désirs.
Plus encore que cette ressemblance qui l’avait frappée l’espace d’un instant, elle se rendit enfin compte que ces mêmes rêves ne représentaient que chimères qui n’avaient par conséquent aucune chance d’aboutir.
Comment, en effet, croire qu’un homme pareil à Philippe de Cœuvres pourrait un jour lui dispenser une cour qu’elle pensait mériter ?
Elle avait l’impression que son cœur se brisait en mille morceaux.
Elle avait subi bien des désillusions au cours de sa courte existence, mais aucune réalité ne l’avait autant fait souffrir à un tel point.
Ses joues lui cuisaient, elle se leva, bien résolue à s’isoler, et ce plus encore lorsqu’elle aperçut Matthieu le Dantec, à n’en pas douter, à sa recherche une nouvelle fois.
 
 
R ory suivit discrètement Cordélia qui se dirigeait vers le jardin. Quand elle s’arrêta et appuya son front contre le tronc d’un chêne centenaire, il hésita à entreprendre ne serait-ce qu’un geste, puis il vit les épaules secouées légèrement par des pleurs trop longtemps contenus.
Il s’approcha d’elle doucement, sortit un mouchoir de dentelle blanche qui se trouvait dans son gilet et le lui tendit.
Lorsque le carré de tissu délicat apparut dans son champ de vision, il vit l’aînée des Montrésor se contracter. Malgré cela, après visiblement quelques secondes de réflexion, elle s’en empara et s’essuya discrètement le visage, puis l’instant d’après, avec la maîtrise que seule conférait l’habitude, elle avait repris une expression sereine et plaquait un sourire de rigueur sur sa bouche afin de se tourner vers l’inconnu plein d’attention.
Elle se trouva en face d’un géant à la stature impressionnante dont les traits étaient noyés d’ombres, elle ne parvenait pas à le reconnaître.
 
— Merci, monsieur, s’appliqua-t-elle à articuler essayant de faire en sorte qu’aucun tremblement ne transparaisse dans sa voix.
 
Mais comme le quidam ne bougeait pas ni ne prononçait la moindre parole, elle voulut rompre le silence. En lui montrant le carré soyeux, elle lui déclara :
 
— Je suis désolée d’avoir gâché un si joli mouchoir, je vous promets de vous dédommager de cette perte !
— Nul besoin mademoiselle de vous soucier de cette simple chose en tissu qui n’a de véritable raison d’exister qu’en vous servant !
 
Cordélia fut touchée par tant de délicatesse et de courtoisie, elle dédia au galant inconnu son plus beau sourire. Elle éprouvait beaucoup de gratitude à l’égard de ce mystérieux jeune homme.
Grâce à lui, pour la première fois de la soirée, elle pouvait ressentir un semblant de réconfort.
Déjà, ce dernier continuait d’une voix empreinte d’une grande douceur :
 
— Je ne souhaite pas apparaître importun à vos yeux ni vous mettre dans l’embarras, mais je tiens à vous dire que s’il vous faut une oreille attentive, je peux vous prêter la mienne. Je me place à votre entière disposition si vous le désirez, mademoiselle !
— Que voulez-vous dire ? De quoi pourrais-je bien prétendre vous parler, grands dieux ? demanda Cordélia interloquée.
— J’ai cru remarquer qu’un immense désespoir vous avait envahie et je pense qu’il s’avérerait préférable que vous puissiez vous en ouvrir à quelqu’un de confiance.
— Monsieur, sachez que je n’éprouve aucune tristesse, répondit Cordélia véhémente, face à cet homme certes courtois, mais bien trop perspicace à son goût.
 
Rory demanda alors :
 
— Pourquoi ces pleurs si tout va pour le mieux ?
 
Cordélia, songeuse et agacée devant le regard scrutateur et peu convaincu de l’inconnu, voulut interrompre ce semblant de joute verbale qu’ils venaient tous deux d’engager.
 
— Ils ne présentaient que la réaction visible d’une allergie !
 
Rory l’observa perplexe, une lueur moqueuse brillait au fond de ses yeux. Son sourcil levé ultime témoin de son vif amusement, avait pris la forme d’un accent circonflexe.
Il osa une dernière bravade :
 
— De quelle origine est issue votre maladie ?
 
La réponse fusa, un peu trop rapidement d’ailleurs pour être complète :
 
— Je présente une allergie à… à…
 
Cordélia avait beau réfléchir à toute vitesse, elle ne parvenait pas à trouver une explication plausible aussi, piquée, elle s’emporta :
 
— À vous ! Voilà ce qui m’insupporte et ne vous déplaise je ne possède que cette explication à vous fournir, monsieur l’inquisiteur ! Je me demande bien pourquoi je tente de me justifier, car… enfin, de quel droit m’interrogez-vous ainsi ? Sachez que mes états d’âme ne vous concernent en aucune manière ! Bien le bonsoir, monsieur !
 
Furieuse, elle voulut le dépasser afin de planter là l’arrogant, mais celui-ci l’attrapa aussitôt par le bras.
Une chaleur presque intolérable irradia dans tout son membre jusqu’à une sensation de brûlure à l’endroit même où sa grande main restait posée.
Elle la fixa un moment avant de revenir vers le visage de l’homme. Il semblait décomposé et prêt à exploser lui aussi.
Cordélia eut soudain peur. Qui était cet inconnu ? Que s’apprêtait-il à entreprendre ? La frapper ?
À sa mémoire afflua la brutalité dont faisait preuve son père, elle ferma les yeux presque dans l’attente du premier coup, comme autrefois lorsqu’elle l’entendit murmurer :
 
— Sachez, mademoiselle, que j’ai tous les droits. En ce qui vous concerne je détiens de surcroît celui que m’a octroyé votre frère Lysandre.
 
À peine, ces mots avaient été prononcés que Cordélia, à ce point interloquée, ne pouvait plus ébaucher le moindre geste.
Apathie apparente, car en vérité intérieurement tous ses organes réagissaient à cette extraordinaire révélation, tandis que son corps, lui, semblait figé de stupeur. D’une voix blanche, elle parvint toutefois à articuler :
 
— Que venez-vous de dire ?
 
Après quelques secondes de silence, Rory lui répondit enfin…
 
— Je vous ai très clairement signifié que c’est Lysandre qui m’a instamment prié de veiller sur vous, son absence devait se prolonger. Par conséquent, en devenant votre tuteur de remplacement, je me sens tout à fait en droit de m’immiscer dans votre vie si cela s’avérait nécessaire !
— Mais vous m’apparaissez complètement fou à lier, ma parole ! affirmat-elle tout en reculant un peu.
 
Comme au cours d’une partie d’échecs, ce fut au tour de Rory d’avancer d’un pas, acculant ainsi Cordélia contre le tronc d’un arbre et prévoyant certainement aussi toute fuite éventuelle de la jeune fille symbolisant sa reine d’un instant.
Un rayon de lune filtra soudain entre les branches et auréola leurs visages de sa douce lumière sélène. C’est alors que Rory remarqua l’expression de stupéfaction naître sur les traits de Cordélia… bien qu’il eût énormément changé depuis dix ans qu’ils ne s’étaient pas revus, elle venait sans doute de le reconnaître.
Quant au jeune homme, la raison l’avait quitté, toute son attention demeurait fixée sur sa bouche qui semblait le tenter comme la flamme aurait attiré le papillon. Il sentit son propre visage, mû par une volonté qui ne lui appartenait plus, s’approcher doucement de celui de Cordélia.
Au moment où celle-ci prononçait son nom, il ne put s’empêcher de s’emparer de ses lèvres pleines.
Stupéfaite, Cordélia en vérité ne savait que faire face à un comportement si inattendu, un geste qu’elle n’aurait jamais pensé réalisable.
À vingt-cinq ans, c’était son premier baiser. Bien sûr, elle en avait rêvé en maintes circonstances, mais chaque fois il s’agissait d’extrapolation et en aucun cas elle n’avait en outre imaginé vivre cet instant privilégié avec un être aussi séduisant que Rory Erainn !
Le plus troublant était probablement de s’interroger quant aux motifs qu’il avait eus de se conduire de cette façon. Pour mettre un terme à leur querelle ? Ou bien pour une raison beaucoup plus obscure ? Si oui, laquelle ?
Pourquoi ? Cette question tourmentait également Rory. Elle tournait et retournait dans sa tête alors même que l’envie d’intensifier ce baiser devenait de plus en plus forte.
La passivité de la jeune fille représentait un défi de plus à relever pour lui, le séducteur d’Irlande … ainsi le surnommait-on.
Pour l’heure, c’était le tentateur le plus dérouté qui eut jamais existé.
Le goût épicé et sauvage de Cordélia le surprenait et le motivait plus que de raison à prolonger cet instant magique.
Après avoir mordillé la lèvre inférieure de Cordélia, il parvint à approfondir le délicieux moment de pure passion en investissant sa bouche fraîche.
La raison l’abandonnait peu à peu, son sang circulant de plus en plus vite dans ses veines affolées.
Déjà, la jeune femme, atteinte par ricochet en plein cœur par cette ardeur, avait noué ses bras autour du cou de Rory et à présent lui rendait son baiser avec frénésie.
Tout le corps de Rory réagissait, il fallait reprendre pied avec la réalité, un signal d’alarme se déclencha dans son cerveau embrumé de cette ivresse langoureuse… enfin, après un effort qui lui parut quasi surhumain, il réussit à se détacher d’elle.
Cordélia vacilla, à ce point grisée, elle aussi, qu’elle dut s’appuyer contre le tronc de l’arbre tandis que Rory lui tournait le dos prestement.
Elle interpréta cette attitude, à tort, comme la marque d’un dégoût évident à son égard.
Une raison obscure l’avait poussé à l’embrasser et à présent elle le répugnait, du moins en elle en jurerait.
Personnellement, elle avait perçu ce baiser comme la chose la plus extraordinaire qui lui ait été donné de vivre. D’une voix altérée, elle l’entendit murmurer :
 
— Je vous prie de m’excuser, Cordélia, je ne sais ce qui m’a pris… je vous promets qu’un tel comportement ne se reproduira jamais !
 
Et pour cause ! pensa-t-elle tristement.
Comment elle, Cordélia, jeune fille sans le moindre charme pourrait-elle espérer qu’une seconde fois Rory demeure assez fou pour l’emporter dans cet univers entraperçu et si merveilleux de la passion.
 
— L’incident est clos, Rory Erainn, à certains moments sous le feu de la colère, nous sommes prêts à dire ou à faire des choses que nous ne serions pas parés à concéder dans d’autres circonstances, affirmat-elle.
 
Aux yeux de Rory, cette assertion paraissait si mystérieuse qu’il s’apprêtait à lui demander ce qu’elle sous-entendait par là.
Malheureusement, Cordélia ne lui en céda pas le temps matériel, elle continuait à alléguer :
 
— … à moins que nous puissions mettre cela sur le compte de cette frénésie passagère qui s’empare des êtres lors des nuits de pleine lune, comme c’est le cas ce soir. Moi aussi, je vous promets une chose… ne jamais plus reproduire cette folie avec vous !
 
Et sans même lui laisser l’occasion de répliquer, elle enchaîna :
 
— À présent, pourriez-vous m’informer de la situation de Lysandre ? Où se trouve-t-il ? Pourquoi n’a-t-il pas donné de ses nouvelles ?
— Je pense qu’il serait préférable que l’on se voie dans d’autres conditions et en présence de Juliette afin de parler d’un sujet des plus sérieux, je viendrai donc vous rendre visite demain, disons à quinze heures.
 
Cordélia voulut protester, mais au même moment, son attention fut captivée par la présence de sa sœur au loin qui sortait tout juste sur le balcon accompagnée de Philippe de Cœuvres.
Elle se retourna afin d’avertir Rory de son non-assentiment à ce rendez-vous imposé, mais elle découvrit qu’il avait disparu.
Comment un tel être pouvait-il se déplacer aussi silencieusement ?
Sans réponse, elle se résolut à retrouver sa benjamine qui aussitôt qu’elle l’entraperçut vira au rouge vermillon.
 
— Que prépares-tu dehors sans chaperon ? demanda insolente Juliette à son aînée lorsque cette dernière les eut rejoints.
— Il me semble que je pourrais te retourner la question ! Sache tout de même que je prenais le frais, répliqua Cordélia.
 
Puis se tournant vers Philippe, visiblement embarrassé, elle ajouta :
 
— Veuillez nous excuser, monsieur de Cœuvres, mais ma jeune sœur et moi-même devons rentrer immédiatement.
 
Même si Juliette se montrait réticente face à cette décision, de surcroît adoptée sans consultation préalable, elle finit par abonder dans le sens de Cordélia.
 
— Merci Philippe pour cette merveilleuse soirée ! minauda la benjamine.
 
Juliette ébaucha un sourire à faire se damner un saint qui parvint au but escompté, Philippe était subjugué.
Son expression aurait même pu amuser Cordélia si elle ne se sentait pas aussi anxieuse.
Tandis que les deux sœurs s’éloignaient, Philippe de Cœuvres retint Cordélia et l’implora :
 
— Me permettrez-vous de vous rendre visite, disons demain à quinze heures ?
 
Curieux, songea Cordélia avec humour, ne serait-ce pas une impression de déjà-vu ?
 
— Je crains malheureusement que cela ne soit impossible, car j’ai pris des engagements… mais nous serions enchantées de voir recevoir à n’importe quel autre moment. Bonsoir, monsieur de Cœuvres ! Déclara Cordélia plantant ainsi le jeune homme et en entraînant Juliette à sa suite.
 
 
Chapitre 3
 
L a navigation avait lentement accoutumé Rory à exercer sa vue de telle façon qu’au cours de ses nombreux voyages elle avait fini par devenir extrêmement aiguisée.
Aussi, ce qu’il découvrait depuis l’une des fenêtres du salon des Montrésor était un véritable enchantement.
Dans le jardin à l’anglaise au beau milieu des fleurs, Cordélia, allongée sur un écrin de verdure, semblait s’être muée en la plus délicieuse des créatures.
Elle avait renoncé à son éternel chignon et ses cheveux bruns aux quelques reflets flamboyants flottaient librement.
Sur son visage transparaissaient les émotions de la passion. Elle les vivait au rythme de sa lecture. Étendue sur le ventre, elle avait ôté ses chaussures, sa jupe retroussée et ses jambes croisées laissaient entrevoir ses mollets découverts et bien galbés. Elle avait ajusté ses bésicles qui, loin de l’enlaidir, accentuaient encore son côté épicé et original.
Ce qui, cependant, attirait le plus le regard de Rory, figé de stupeur, demeurait le large décolleté qui permettait de deviner une poitrine arrondie, opulente et généreuse. Cordélia avait, en effet, dégrafé...

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