Black Wolves - Tome 1 : Je ne suis pas Juliette
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Black Wolves - Tome 1 : Je ne suis pas Juliette , livre ebook

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Description

Angel a été élevée au milieu d'une bande de bikers. Belle, rebelle, elle est têtue, coriace, insatisfaite et adore la bagarre. Mais surtout, elle aime se réfugier sous cet arbre, où à douze ans, elle a reçu son premier baiser du mystérieux Soan.


Soan rejoint les Red Stars, la bande de motards de son père, pour se cacher. Il aime la lecture, Shakespeare et ne se trouve pas à sa place auprès d'eux. Il n'a qu'un souhait : revoir Angel, la fille du chef des Silver Wings qu'il a embrassée avant de partir vivre chez sa grand-mère.


Angel, Soan, deux êtres séparés par la rivalité de leurs pères. Cela vous rappelle une histoire ? À vous de découvrir si leur destin sera maudit.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782493219299
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Black Wolves
Tome 1 :
Je ne suis pas Juliette
STÉPHANIE DELECROIX
 
 
Black Wolves
Tome 1 :
Je ne suis pas Juliette
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
©2021, Stéphanie Delecroix
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 12/2021
ISBN numérique : 978-2-493219-29-9
ISBN papier : 978-2-493219-30-5
Stéphanie delecroix
 
Auteur auto-édité de mai 2018 au 30 avril 2020, j’ai auto-publié douze titres. Puis j’ai commencé à travailler avec plusieurs maisons d’édition.
 
Maman de 5 enfants, j’écris dès que possible lorsque j’en ai le temps afin de pouvoir m’échapper du quotidien et partir à l’aventure avec mes personnages.
 
Mes romans ont tous pour point commun la romance, mais dans des univers multiples. Du fantastique au suspens, en passant par la romance contemporaine, je manie l’amour à toutes les sauces en tentant de partager un maximum de sentiments dans mes productions écrites.
 

Table des matières
Chapitre 1— Impossible Angel
Chapitre 2— Le retour de Soan
Chapitre 3— Insatisfaite Angel
Chapitre 4 — Soan, sans but
Chapitre 5 — Intrépide Angel
Chapitre 6— Retrouvailles
Chapitre 7— Inaccessible Angel
Chapitre 8— Interdiction de toucher !
Chapitre 9 — Naïve Angel
Chapitre 10— Pacte avec le diable
Chapitre 11— Impulsive Angel
Chapitre 12— Rendez-vous au paradis
Chapitre 13— Incorrigible Angel
Chapitre 14 — Cauchemar
Chapitre 15— Impatiente Angel
Chapitre 16 — Rivalité
Chapitre 17 — Mauvaise Angel
Chapitre 18 — Mon père, ce blaireau
Chapitre 19 — Repentante Angel
Chapitre 20 — Blue Hole
Chapitre 21 — Indécise Angel
Chapitre 22 — Entre désir et réalité
Chapitre 23 — Curieuse Angel
Chapitre 24 — Chacun sa merde !
Chapitre 25 — Palpitante Angel
Chapitre 26 — L’amour et ses conséquences
Chapitre 27 — Impudique Angel
Chapitre 28 — La vie est folle !
Chapitre 29 — Sulfureuse Angel
Chapitre 30 — Vivre un rêve
Chapitre 31 — Triste Angel
Chapitre 32 — Vivre en cavale
Chapitre 33 — Angel sur un nuage
Chapitre 34 — Dernier entraînement
Chapitre 35 — Meurtrière Angel
Chapitre 36 — Romantique Angel
Chapitre 37 — Course contre la mort
Chapitre 38 — Angel a mal
Chapitre 39 — Préparation d’enfer
Chapitre 40 — Quand Juliette plante Roméo
Chapitre 41 — Jugement
Chapitre 42 — Nouveau souffle
Chapitre 43 — Rendez-vous arrangé
Chapitre 44 — Angel s’efface
Chapitre 45 — Rêve d’espoir
Chapitre 46 — Angel libérée
Épilogue

 
Prologue
Les grands sont encore en train de se bagarrer. Je m’éloigne vers un arbre caché derrière des arbustes pour éviter d’être blessée, comme papa me l’a ordonné. Carl, le second de papa m’a appris à donner des coups de pied dans les bijoux de famille pour me défendre, mais ce que je préfère, c’est frapper avec mes poings dans la tête. Je cogne rageusement dans le tronc. À chaque fois, ils s’amusent sans moi ! Depuis que maman est morte, dès qu’on croise les Red stars, y’a baston. Je n’ai pas le droit de participer sous prétexte que je vais me faire broyer par un adulte. J’ai douze ans, je ne suis plus un bébé !
Je m’assieds en appuyant mes coudes sur mes genoux avant de fourrer mon visage dans mes mains. J’écoute les cris et les sons de la bagarre qui me parviennent. Je suis super énervée ! Tandis que je marmonne à l’injustice, un caillou vient finir sa course sur ma chaussure. En remontant la trajectoire qu’il a empruntée, je vois des boots noires couvertes de poussière. Mes yeux voyagent vers le visage de mon gêneur. On ne peut plus bouder tranquillement !
Un garçon qui semble avoir le même âge que moi se tient à quelques pas. Il a les cheveux noirs, les iris verts, un jean qui me plaît beaucoup, large et un peu plus grand que lui, une veste de cuir renforcée en cas de chute et un bracelet composé d’une ficelle rouge et fermé par une étoile. Un Red stars ! Je me relève dès que j’aperçois le symbole. Mon père me répète sans cesse : ne fais jamais confiance à un Red Stars. Il n’y a pas plus roublard et cinglé qu’eux !
Je serre les poings et les tiens légèrement devant moi, prête à en découdre. D'un ton méfiant, je lui demande :
— Qui es-tu ?
Il affiche une moitié de sourire mesquin, triture la mèche de cheveux trop grande lui tombant sur le front et me répond :
— Soan.
Puis il s’assied là où j’étais avant son arrivée. Je finis par aller m’installer près de lui, n'ayant rien d’autre à faire. On pourrait se bagarrer, mais il n’en a visiblement pas envie. Plus l’ennemi est proche, moins il a de chance de me surprendre ! Je joue avec une petite pierre qui traîne à proximité. Il a l’air triste, il dessine des ronds dans le sable avec un bâton.
— Toi aussi, on t’a interdit d’aller te battre ?
Il secoue la tête, un sourire en coin sur les lèvres.
— Non, je me bats contre ceux de mon âge dès que je peux.
Oh, la chance ! Moi j’y ai le droit juste pour me défendre. Comme je suis la fille du chef d’une bande de motards, ça n’arrive pas souvent. On m’autorise tout. Les concours de pets, de rots. Celui où l’on crache le plus loin. Les plus belles acrobaties sur la selle de la Harley de papa, mais la bagarre, non ! Même quand j’essaie de la provoquer, je suis écartée fissa de l’échauffourée. Mon père me dit qu’un jour, ça me tuera, ce sont des bêtises !
— Ben, pourquoi tu fais cette tête alors ? je demande à Soan qui demeure trop silencieux.
Il me regarde un long moment, songeur, puis il me répond :
— Je dois partir vivre chez ma grand-mère. Mon père en a assez que je traîne dans ses pattes. Ma mère a changé d’homme et de bande pour la troisième fois cette année, du coup, elle ne peut pas s’occuper d’un mioche. Alors, ils se débarrassent tous les deux de moi. Je n’en ai pas envie, j’aime bien la route.
Ça, c’est l’horreur ! J’ai manqué d’y passer aussi. Après le décès de ma mère, une tante est venue trouver mon père. Elle voulait m’embarquer pour que je bénéficie d’une éducation « classique ». Il l’a rembarrée, lui promettant un tabassage en règle si elle touchait à un seul de mes cheveux. Je fixe Soan à son insu, je n’aimerais pas être à sa place.
— Tu n’auras qu’à revenir après...
Il secoue la tête, puis se lève.
— Je n’ai aucune raison de revenir, mon père ne veut plus de moi.
Il me regarde avec un rictus amusé, et me lance :
— À moins que tu m'en déniches une ?
Je me redresse tout en continuant à jouer avec ma pierre. Tête baissée et perdue dans mes pensées, je réfléchis pour trouver un moyen de l’aider. Quand je relève le visage, les lèvres de Soan viennent se poser sur les miennes. Ce con me fait un gros smack ! Dans un réflexe de défense, je lui balance mon poing dans la figure et recule pour m’essuyer la bouche. C’est dégoûtant ! Lorsque je lui prête à nouveau attention, je constate que je lui ai ouvert l’arcade sourcilière grâce à la pierre que je tenais encore dans la main au moment où j’ai frappé. Du sang s’écoule de la plaie, il va avoir une belle cicatrice. Ça lui apprendra ! Il a toujours son rictus qui me tape sur le système quand il reprend en essuyant son visage :
— Maintenant, j’ai une raison de revenir ! On verra si un vœu peut se réaliser !
Il m’adresse un clin d’œil, fait volte-face et disparaît derrière les arbustes un peu plus loin. Je suis furieuse ! Comment a-t-il osé ? Une chose est sûre, si un jour il se pointe, il a intérêt à courir vite ou c’est tout le portrait que je lui referais. J’entends mon père crier après moi au loin, je souffle pour calmer mes nerfs et cours pour le rejoindre.       
Chapitre 1 - Impossible Angel
Angel. 10 ans plus tard

On ne peut jamais être tranquille ! Je me pose sur ma moto pour siroter une bière à l’extérieur du bar qui pue la testostérone, et voilà que deux andouilles se pointent pour essayer de me draguer. Avec mon pantalon de cuir, mes talons aiguilles, mon petit débardeur blanc au décolleté plongeant et ma veste en cuir, je suis sûre que ce n’est même pas moi qui les attire, mais ma bécane. Mon bébé. Une Harley Davidson 883 roadsters, très maniable, aux couleurs et aux chromes chatoyants, elle est ce que j’ai de plus précieux.
Les mecs bien éméchés ne me lâchent pas, ils sifflent, se tiennent le paquet. Ils me saoulent ! Il est temps que j’utilise mon arme secrète. Avec un regard aguicheur, je monte ma bière jusqu’à mes lèvres. J’en profite au passage pour effleurer délicatement ma poitrine. Bingo, les deux zozos sont à la limite de baver. Je prends le goulot de ma bouteille dans ma bouche, avec un mouvement suggestif promettant une pipe de toute beauté. Je bois rapidement pour accumuler de l’air dans mon gosier. Lorsque mes deux poissons sont bien harponnés, je lâche un rot retentissant.
Le visage de mes deux prétendants change aussitôt. Pâles, un brin dégoûtés, à la limite de vomir, mais toujours hésitants. OK, il faut sortir la grosse artillerie ! Je pose mes deux coudes sur le guidon de mon bébé, écarte les jambes de chaque côté de la roue avant. Je les fixe droit dans les yeux et affiche un sourire enjôleur. Une fois qu’ils pensent que le pire est passé, je laisse un pet de catégorie mondiale retentir dans mon pantalon. Bordel ! Même à moi, il fait peur ! Les deux soûlards, choqués, le regard écarquillé, se sauvent vers la rue opposée. Gagné !
Je m’assieds sur mon bébé dès que je suis seule. Les hommes ! Lorsqu'une femme ne correspond pas à leurs stéréotypes de princesses, ils se barrent. Une princesse ! Manquerait plus que ça ! Autant m’enterrer tout de suite si je deviens la moitié de ces potiches écervelées, sans caractère et bonnes à engrosser. La porte du bar s’ouvre sur mon père qui vient se poser sur sa vieille Harley à côté de moi. Il ne cherche pas à noyer le poisson et me demande sans détour :
— Alors ? Tu ne changeras pas d’avis ?
Ah, le sujet qui fâche ! J’ai décidé de participer, moi aussi, aux courses de motos sauvages. Mon père les déteste. J’ai dû me cacher pour apprendre avec mon oncle Damon à piloter des bécanes comme une pro. Ma mère est morte lors d’un parcours, elle a perdu le contrôle et s’est brisé le cou. C’est ce qui explique les réticences de mon paternel. J’ai pu contempler des photos et vidéos d’elle sur l’asphalte. Un frisson d’excitation envahissait mon échine rien qu’à les regarder. Elle paraissait si heureuse, si libre, si passionnée. Dès que mon daron partait en road trip sans moi, j’en profitais pour apprendre les méthodes afin d’augmenter ma vitesse, prendre des virages serrés et tout ce qui est nécessaire pour gagner une course. À l’âge de quinze ans, j’en avais déjà remporté une dizaine. Aujourd’hui, accompagnée des Silver Wings comme supporters, j'assure la relève de Damon, au grand désarroi de mon père.
— Non, je ne changerai pas d’avis. Mon rêve est d’être aussi douée que maman sur le goudron. C’est une façon pour moi de me rapprocher d’elle. Elle me manque.
Le visage de mon paternel prend dix ans d’un coup. Dans une bande comme la nôtre, la fidélité se fait rare. Les couples se séparent et d’autres se forment en un tour de main. Mes parents étaient fous l’un de l’autre. Mon père est un très bel homme, son blond vire peu à peu au gris, ses iris bleus se ternissent avec l’âge. Il conserve une carrure d’athlète grâce aux nombreuses bagarres. Son visage en forme de triangle lui donne un air sévère. Il porte toujours le même style de vêtements : cuir, jean, clou, rock, comme tout biker qui se respecte. Ma mère était son opposé, brune aux yeux noirs, elle avait des rondeurs là où il fallait pour être plantureuse. Je lui dois ma poitrine pigeonnante et ma silhouette en forme de sablier. Damon me dit souvent qu’elle était aussi passionnée par mon père que par les motos. Il lui était difficile de choisir ses priorités.
Sauf quand je suis née. Elle a ralenti les courses pour s’occuper de moi. Arrêter n’était pas possible, il fallait bien vivre. Les tournois de poker de mon paternel ne ramenaient pas suffisamment d’argent. À ceux qui croient qu’un biker se sert où il veut quand il veut, vous vous fourrez le doigt dans l’œil ! Figurez-vous que comme tout le monde, ils paient !
Bref, pendant deux ans, après ma naissance, mes parents louaient des Mobil-homes en fonction des états où les Silver Wings faisaient une halte. Ils se relayaient pour rester avec moi le temps que je sois assez grande pour les suivre. À cinq ans, j’investissais le side-car familial pour arpenter l'asphalte du pays et surtout, la mythique route 66.
— Elle me manque aussi, ce n’est pas une raison pour tenter le diable.
Mon père me sort de ma rêverie pleine de nostalgie, je lui claque un baiser sur la joue et réponds d’une voix rassurante :
— Ne t’inquiète pas, je serai prudente.
Il va de nouveau protester, mais il s’arrête quand mon attention se porte sur le bar. Je suis attirée par la clameur d’une bagarre qui résonne derrière nous. Mon corps se remplit instantanément d’adrénaline, le sourire aux lèvres, je lui crie :
— Allez ! On va s'amuser !
Mon père entre le premier, je cours derrière lui. Manquerait plus que tout le monde soit KO avant que je me défoule ! Le bar, plongé dans la pénombre, est sens dessus dessous. Des bris de verres jonchent le sol, provenant des bouteilles et des miroirs éclatés autour du comptoir. Ça tape dans tous les coins. La transpiration et les effluves d’alcool saturent l’air ambiant. Au fond de la salle, un juke-box diffuse du rock, ajoutant un côté électrique à l’ambiance. J’aperçois Damon exploser une queue de billard sur la tête d’un poivrot qui l’a attrapé par le col. Jo mord l’oreille d’un homme deux fois plus gros que lui. Lisa donne un coup de boule mémorable à une gonzesse qui essaie de défendre son mec. La pauvre fille finit au sol, assommée, lui évitant ainsi d’entendre hurler son petit ami comme une fillette quand Lisa le chope par les couilles. Le sourire sadique qu’elle affiche me fait redouter le pire pour ce gars. Je recule lorsqu'un type puant le tonneau de bière freine des quatre fers devant moi. Je vois qu’il était en train de poursuivre Call, le plus jeune de la bande, pour le tabasser. Mauvais plan pour lui, j’adore Call. Il me fixe, complètement stone, et baragouine d’une voix pâteuse :
— Je peux t’offrir un verre, ma jolie ?
— Même pas en rêve ! je rétorque en grimaçant de dégoût.
OK, je ne suis pas difficile, mais il ne faut pas abuser non plus. Je ne fais pas dans la zoophilie, se taper un poulpe, très peur pour moi, merci ! Il se tourne pour repartir à la traque de Call tout en marmonnant :
— Poufiasse d’allumeuse.
Bon, il l’aura cherché ! La rage me prend aux tripes et je lui tapote l’épaule. Il fait demi-tour vers moi, perplexe. Je ne lui laisse pas le temps de réfléchir plus longtemps. Je donne de l’élan à mon pied et lui assène un coup dans les roubignoles. Il tombe à genoux en râlant, tandis que je me penche à sa hauteur et lui susurre :
— Allumeuse, d’accord. Poufiasse, pas d’accord.
Je le finis en lui enfonçant mon genou dans le nez. Un de moins ! Je jette un coup d’œil circulaire à la salle pour sélectionner ma prochaine proie. Je suis vraiment motivée ce soir ! Dès que j’ai trouvé le parfait sac de frappe, je m’élance au milieu de l’échauffourée.
 
Chapitre 2 - Le retour de Soan
Soan

Et voilà ! Encore un autre jour de balade à moto. J’ai récupéré une vieille Ducati et ça fait une semaine que mon père et sa bande de loufoques roulent de ville en ville. Hier soir, on a dormi dans un hôtel miteux en bord de route, on se disputait la place entre les gars et la poussière. Demain, il y a un « attrape-touristes » devant l'antique station-service de Baxter Springs. Les élus locaux nous ont promis deux mille dollars si nous faisions la potiche toute la journée pour donner un brin d’authenticité au lieu. On a négocié un plein d’essence pour chaque moto en plus et c’est dans la poche.
Mylène, Gabriel et José sont en train de nettoyer et stériliser leurs instruments de tatouages. Encore un cliché destiné à ceux qui pensent que se faire tatouer assis sur une bécane en plein air est un inconditionnel. L’étoile rouge sur mon omoplate droite me démange juste en les regardant se préparer. Mon père organise un petit comité pour prévoir le prochain itinéraire. Je suis posé sur ma moto, tranquille dans mon coin, un livre à la main. Cette habitude que j’apprécie tant me vaut des coups d’œil dégoûtés de la part de mes comparses. Je m’en tape, si je n’y avais pas été obligé, je ne serais jamais revenu.
Pendant un instant, les images de mes paumes ensanglantées et du petit corps inerte à quelques mètres de moi se superposent à ma lecture. Shining de Stephen King, me retourne tellement le cerveau que mes cauchemars refont surface sans que je n’aie besoin de dormir. Je jette mon livre dans mon sac à dos, je le finirai plus tard. Je décide de m’éloigner du groupe bruyant et énervé. Ma grand-mère me manque. Malgré les bagarres, mes colères, le nombre de fois où j'ai été viré des établissements scolaires, elle a toujours cru qu’il y avait du bon en moi. Elle me disait souvent que je ne devais pas devenir comme mon paternel. Elle m’a fait promettre sur son lit de mort de ne pas retourner auprès de lui. Je n’en avais pas envie. Mais je n’avais aucune autre solution. Peu importe où elle se trouve, j’espère qu’elle comprend.
Sans m’en rendre compte, je suis arrivé juste devant l’arbre où, plus jeune, j’ai croisé ma Juliette. L’endroit est assez reculé par rapport à la route principale et l’arbre trône au milieu des buissons. Je savais qu’il n’était pas loin. J’ai une bonne mémoire, je me suis souvenu de la borne sur la 66 où on s’était arrêté ce jour-là. Le petit bisou que j’ai échangé avec cette fille avait tellement d’importance à l’époque. Pourtant, il me paraît si futile maintenant. Quand j'avais sept ans, Cloé m’a appris à lire et à écrire. En moins d’un an, je dévorais tout ce que je pouvais. Elle me filait des livres en cachette pour qu’on ne me traite pas de fillette, préjugé inconditionnel dans l’entourage de mon géniteur, et je les lisais en quelques jours. Je venais de finir Roméo et Juliette de Shakespeare lorsque je l’ai rencontrée ici.
Je savais qui elle était. Mon père m’en avait parlé. Elle était la preuve d’une trahison l’ayant amené à se conduire comme le pire des cons. Une princesse surprotégée à qui on dissimulait la vérité. Elle était mon interdit, mon ennemi, ma Capulet. Mais ce jour-là, je voulais qu’elle devienne mon espoir, ma raison, mon envie. J'ignore où elle se trouve, mais si je la croise, j'essayerai de tenir la promesse que je me suis faite à cet instant précis. Tel Roméo, je suis sûr qu’elle me mènera à ma perte. Shakespeare a tellement bien écrit son histoire d’amour interdit que je suis tenté de voir si c’est possible dans la vraie vie. Après tout, je n’ai plus rien à perdre.
Je n’ai pensé à elle qu’une seule fois au cours des dix dernières années. Lors de ma première partie de jambes en l’air. Une des filles de mon lycée me faisait du gringue depuis un mois. Elle lui ressemblait énormément, alors je me suis dit : pourquoi pas ? Une heure après, le puceau en moi avait disparu. Ça a été le pire coup de toute ma vie ! Je crois que si la fille, dont je ne me souviens pas du prénom, avait pu éclater de rire sans me miner, elle ne se serait pas privée. D’ailleurs, elle ne s’est pas gênée pour partager ma pitoyable expérience auprès de ses copines. Le lendemain, j’ai commencé à lire des bouquins pour améliorer mes performances en tant qu’amant. Je savais quand et où utiliser ma langue, mes doigts, ma queue. Un an plus tard, je changeais de bahut. J’avais brisé trop de cœurs, les autres gars, jaloux, m’ont passé à tabac. J’ai mis un mois à les retrouver, un par un, ils se souviendront longtemps de nos entrevues.
Je m’assieds contre l’arbre, en soupirant d’aise et en profitant du calme que m’offre le lieu. Vivre au milieu des Red Stars n’est pas de tout repos. Ils sont bruyants, la plupart boivent plus que de raison, et quand ils sont sobres, ils cherchent la bagarre à tout le monde. Je plonge dans mes souvenirs et me rappelle la tranquillité que j’avais dans ma chambre chez les Chester.
C’était la quatrième famille dans laquelle je me retrouvais. Jim et Charlotte m’ont accueilli alors que j’avais dix-huit ans. Quand les travailleurs sociaux m’ont déposé chez eux, j’ai cru qu’ils allaient me laisser livrer à moi-même à cause de mon âge. Mais Charlotte était une femme merveilleuse. Elle aimait tellement les livres qu’elle avait ouvert une librairie. Lorsqu’elle a découvert ma passion pour la lecture, elle m’a emmené dans sa boutique. Tous les jours, elle m’apprenait les ficelles du métier, une complicité que je n’aurais jamais espéré avoir avec ma propre mère est née. Puis Cassie est arrivée, un an plus tard. J’ai eu peur que ses petits yeux bleus, remplis d’innocence et de fraîcheur, entourés d’une masse de cheveux blonds de poupée, ne me relayent au rôle de vieux débris gênant. Mais je n’ai jamais perdu la place que j’avais, au contraire, Cassie m’a permis de mûrir en ayant des responsabilités de grand frère d’adoption que je ne connaissais pas. J’étais heureux, jusqu’à ce que Jim déconne.
Penser à eux me donne des sueurs froides. Je me relève en m’appuyant contre l’arbre et me secoue pour reprendre une respiration moins rapide. Une inscription sur le tronc du chêne attire mon attention. Je souris en lisant le message, gravé dans l’écorce.
Soan = RIP
Quelqu’un veut ma mort. J’ai ma petite idée sur le qui et le pourquoi. Je secoue la tête en riant. Cette inscription me redonne la pêche. Je ne peux m’empêcher de graver un message à mon tour. L'esprit rempli de citations soufflées par Shakespeare, je retourne auprès des autres.

 
Chapitre 3 - Insatisfaite Angel
Angel

Je file sur ma Harley en tête du cortège de motos que forme notre groupe. Black Betty de Ram Jam à fond dans les oreilles grâce à mon iPod. Je dépasse des voitures familiales où je vois, le temps d’un battement de cils, des enfants qui me font signe. Je slalome entre les véhicules. Le shoot d’adrénaline que ça me procure est sensationnel. Cette impression de liberté qui m’arrache un sourire sous mon casque et surtout, cette sensation d’ivresse se distillant dans chaque parcelle de mon corps, ce n’est rien comparé à ce que je vais ressentir dans quelques heures, pendant la course, mais c’est suffisant en attendant.
Je ralentis quand j'aperçois ma destination : le musée de Galena. Nous sommes dans le Kansas, treize petits miles sont attribués à la route soixante-six dans cet état. Treize miles qui correspondent à ma prochaine étape. Je me gare à proximité du musée. Nous avons rendez-vous près du panneau historique de la route 66 qui marque l’entrée de l’Oklahoma.
J’attends patiemment que mon père et le reste du groupe arrivent. C’est Damon qui est le premier sur les lieux, il n’est pas mon mentor sans raison. Il a été bel homme, mais depuis que ma mère est morte, l’alcool a ravagé son physique. Il a perdu au moins trois ou quatre kilos de muscles, il paraît fragile et chétif maintenant. Ses cheveux gris, qu’il coiffait chaque matin soigneusement grâce au miroir de poche de ma mère, sont longs et gras. Il s’est laissé pousser la barbe, brune parsemée de blanc, elle le vieillit de vingt ans.
— Ma parole, Angel, t’as le feu au cul ou quoi ?
Je lui souris et lui lance :
— Je n’ai pas eu le temps de trouver une lance à incendie hier soir. Vous avez assommé tout ce qui était potable !
Un rire gras lui échappe avant qu'il ne me rétorque :
— Si je me souviens bien, j’ai vu la marque de tes chaussures imprimée sur beaucoup de visages. Tu n’y as pas été de main morte. Tu me rappelles tellement ta mère plus jeune.
Le silence s’installe, chacun perdu dans ses souvenirs. J’ai connu ma mère calme et attentive. Quand une bagarre éclatait, elle m’emmenait à l’écart, pour me protéger. Avant ma naissance, d’après ce que les membres m’ont raconté, elle fonçait dans le tas. Je sais de qui je tiens mon côté tête brûlée. Mes pensées sont interrompues par l’arrivée des autres. Mon père et Jo, son meilleur ami, se garent près de moi. Call, le fils de Jo, effectue un semblant de dérapage pour épater la galerie. Il retire son casque en s’écriant :
— Punaise ! Angel ! Comment t’es bonne sur ta bécane !
Je lui réponds par un sourire. La tendresse que j’ai à l’égard de ce gamin est inédite. Je m’autorise rarement à ressentir quoi que ce soit pour un membre des Silver Wings. Nous sommes une famille, certes, mais personne n’est à l’abri d’un changement de clan. Si demain, Call choisissait de rejoindre d’autres bikers nomades, je souffrirais de son absence. Mais pour le moment, il me semble bien parmi nous. Il est mignon, blond aux yeux perçants et verts. Il tient cette particularité de sa mère, Lisa. Né trois ans après moi, il a été élevé en maison d’accueil, car Lisa ne parvenait pas à se sédentariser. Certains diront qu’elle a abandonné son fils, et ceux de notre milieu, qu’elle lui a offert une enfance confortable. Personnellement, pour l’avoir vécu, je sais que parfois, c’était épuisant. Lisa ne l’a jamais laissé tomber, elle quittait le groupe régulièrement pendant des semaines pour aller lui rendre visite. Dès qu’il a pu, il a rallié les Silver Wings. Il a récupéré une vieille Harley il y a deux ou trois mois seulement. Il s’est coltiné le side-car ou le camion de transport de Polly en attendant qu’il soit assez âgé pour avoir sa propre moto. Aujourd’hui, il a clairement pris sa place dans les rangs des Silver Wings. Je ne peux m’empêcher de le charrier.
— Je te l’ai déjà dit, Call. Je ne peux pas te dépuceler, ce serait comme de l’inceste ! Et puis, tu n’es pas mon genre.
Tout le groupe éclate de rire. Call se fait chambrer par toute la bande.
— Tu rates quelque chose, mon gars ! balance Kurt dans son dos.
Je lève les yeux au ciel et soupire d’agacement. Kurt, ou la plus grosse erreur de toute ma vie. C’est avec lui que j’ai perdu ma virginité. J’aurais mieux fait de me casser la jambe ce soir-là ! Nous étions à un concert des Rolling Stones , je venais d’avoir dix-sept ans. L’ambiance, la musique, les corps serrés les uns contre les autres, tout ça combiné a fait bouillonner mon sang. C’est alors que l’excitation s’est emparée de moi. J’ai tourné la tête, j’ai vu Kurt. Voilà la raison pour laquelle il a été le premier : il était là ! Je me souviens lui avoir susurré à l’oreille :
— Ça te dit d’aller faire un tour à l’abri des regards indiscrets et de m’arracher la culotte ?
Les étoiles dans ses yeux ont répondu à sa place. Il m’a attrapé par la main et nous nous sommes retrouvés dans les toilettes du stadium. Il est plutôt beau garçon, dans le genre sportif de lycée, mais en plus frêle. Je me rappelle qu’il puait la clope et la bière. J’ai souvent tourné la tête pour éviter les relents de son haleine, il prenait ça pour une invitation à me bouffer l’oreille. Écœurant ! Il tremblait tellement que j’ai dû retirer moi-même mon legging en similicuir et ma culotte. Je me suis retournée vers le mur pour qu’il soit dans mon dos, afin d'esquiver les effluves désagréables qu’il me balançait à chaque souffle. Il n’a mis aucune douceur quand il m’a pénétrée, aucun préliminaire, j’ai hurlé de douleur. J'ai eu l'impression qu'on m'arrachait l'intérieur de la chatte, bordel ! J’étais prête à arrêter les dégâts, mais il m’a retenue en me murmurant en boucle « ça va passer ». Il a commencé à remuer en moi. Effectivement, la douleur s'est atténuée. Et là… Je me suis fait chier ! Le carrelage froid contre ma poitrine me provoquait plus de sensation que son membre. J’ai à peine eu le temps de sentir quelque chose, un léger tiraillement, qu’il a poussé un cri perçant. Ses jambes ont tremblé et… c’était terminé. Il a rougi lorsque je me suis retournée pour lui demander, en toute innocence, bien sûr :
— C’est fini ?
Après avoir jeté le préservatif dans la cuvette, il a bataillé avec son pantalon sur les chevilles puis a quitté la cabine des toilettes à une vitesse impressionnante. En enfilant mes vêtements, je me suis promis de remettre ça rapidement pour savoir si j’avais eu droit à un mauvais coup ou si c’était moi qui avais un problème.
Dans les mois qui ont suivi, j’ai eu quatre amants. Je me suis ennuyée à chaque fois. Ennui que je laissais transparaître. Il n'y avait aucune raison pour que je simule afin de faire plaisir à mes partenaires alors que j’aurais pu entamer une partie de cartes, le cul à l’air, sans aucun souci. Ils réagissaient tous différemment. J’ai même éclaté de rire quand l’un d’eux a débandé en me voyant bâiller. Ou lorsque celui du Kansas a doublé d’ardeur pendant que je me curais le nez.
Non, je désespère, à part les courses, rien ne me satisfait... Et certainement pas le sexe ! Je préviens les autres que je les rejoins devant le panneau historique en Oklahoma et je décolle pour me rendre dans mon jardin secret, le seul endroit au monde où je peux me détendre.
Chapitre 4 - Soan, sans but
Soan

De meilleure humeur après la découverte de l’inscription sur l’arbre, je rejoins la bande. Je me demande ce que fera Angel quand elle constatera ma réponse sur le tronc du chêne. J’ai envie de me défouler. Je provoque Gabriel en tournant la manette des gaz de ma bécane. Gabriel est le plus agréable d'entre nous. Il est un peu crade, il lui manque la moitié des dents, il fume le joint à longueur de journée et sent l’essence plus que sa moto, mais il est sympa. Il comprend mon manège et m’invite à nous aligner côte à côte sur la route. De l’index, il pointe un panneau publicitaire au bout de la portion de nationale. Je devrai faire demi-tour après avoir dépassé celui-ci. J’acquiesce d’un hochement de tête. Avant de mettre son casque, il se penche vers moi.
— Tu paries quoi ?
Je réfléchis un long moment. Je n’ai pas beaucoup d’effets personnels, à part le peu d’argent que j’ai su prendre dans la caisse de la librairie avant de me sauver.
— Je te paie un sachet de Marie-Jeanne, je lui lance en souriant.
Il est satisfait de mon offre, je hausse un sourcil en attendant sa proposition :
— Je t'achète trois livres !
Il me dit cela avec malice. Pour lui, c’est une insulte, pour moi, un moyen d’échapper à ce monde de tarés. Je tourne une fois la manette des gaz, signe que j’accepte. Mylène a repéré notre petit défi et vient se placer devant nous pour donner le départ. Elle lève les bras comme dans tous les films de voyous avec des courses que j’ai pu voir. Je me demande souvent si ce sont eux qui ont copié nos habitudes ou l’inverse. Quand elle les baisse et se met de profil, je m’élance.
...

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