Coup de coeur assuré
274 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Coup de coeur assuré , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
274 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Dorian, trentenaire célibataire, jure qu’on ne l’y reprendra plus. Sa carrière, sa famille, le squash et rien d’autre. Surtout pas les femmes ! Fini les déceptions amoureuses, les profiteuses et autres arnaques sentimentales. Puisque son cœur d’artichaut l’empêche de profiter des coups d’un soir ou de s’amuser, Dorian calfeutre ses sentiments. Jusqu’à l’arrivée de Jolène, sa nouvelle responsable, sexy, intelligente et surtout intouchable.


Alors pourquoi ses sens s’emballent dès qu’elle est là ? Perdu dans un flot d’émotions contradictoires, Dorian lutte contre cette attraction, cherche des dérivatifs. Un voyage d’affaires annihile tous ses efforts et le duo de travail se transforme en amants passionnés. Les appréhensions de Dorian font face aux peurs de Jolène et à ce petit jeu, personne ne gagne. Seule la confiance et l’amour de Dorian parviendront à conquérir la belle.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 16
EAN13 9782382281437
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0041€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Coup de cœur assuré
Copyright de l’édition française © 2021 Juno Publishing
© 2021 Floyd Geable
Relecture et correction par Sandrine Joubert, Thomas Lebescond
 
Conception graphique : © LJ Designs
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38228-143-7
Première édition : juillet 2021
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
Remerciements
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
 
À mon père,
Tu ne lisais pas de romance, mais j’espère que là où tu te trouves, tu jetteras quand même un œil à celle-ci.
 
 
 
 
 
 
Remerciements
 
 
Lorsque j’ai débuté l’écriture tout seul dans mon coin et même au moment où j’ai commencé à publier de petits morceaux de texte sur internet, jamais je n’imaginais en arriver à éditer. Excepté qu’une personne est parvenue à instiller cette idée dans mon cerveau.
Donc merci à toi, Cyrille, d’avoir cru en moi, de m’avoir guidé et donné les premières clés pour m’améliorer. Si tu ne m’avais pas poussé comme tu l’as fait, je n’en serais jamais là aujourd’hui.
Merci à Audrey pour avoir pris le relais sur la plateforme d’écriture où je t’ai rencontrée. Tes conseils et ta bienveillance légendaire m’ont permis de ne jamais lâcher l’affaire, même dans les pires moments de doute, et tu n’ignores pas combien j’ai pu en avoir !
Merci à Florence pour sa gentillesse et surtout son œil de lynx pour pointer les défauts de ce récit afin de le peaufiner. J’ai pesté contre toi à maintes reprises, mais si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seule seconde, car c’est en partie grâce à ça que cette histoire est ce qu’elle est.
Au-delà de vos talents de bêta-lectrices, vous êtes devenues de vraies amies et ça reste le plus important pour moi.
Merci à Juno Publishing d’avoir cru en mon roman et de me permettre de vivre l’aventure de l’édition. Aventure stressante, mais ô combien passionnante !
 
Floyd.
 
 
Coup de cœur assuré
 

 
 
Floyd Geable
 

 
Chapitre 1
 
 
 
 
Il arrive que l’on se réveille de bonne humeur sans vraiment savoir pourquoi, mais ce matin, je connais exactement la raison pour laquelle j’ai bondi du lit avec une banane monstrueuse. J’abandonne dans le rétroviseur une période traumatisante de mon existence sans lui donner la moindre chance de me coller aux basques. Tel un boulet de bagnard, elle m’a longtemps entravé les chevilles, mais aujourd’hui, son règne prend fin ! Bye bye, l’emmerdeuse, dégage et laisse ta place à un important changement de cap professionnel, une promotion qui offrira un nouvel élan à ma vie.
Et un nouvel élan, j’en ai bien besoin pour effacer des tablettes toutes mes débâcles amoureuses. Marre d’avoir l’impression de grimper dans des montagnes russes à chaque liaison et de me ramasser la gueule au premier looping ; en dépit des apparences, aucune tendance masochiste chez moi. À défaut d’amour, je me contente donc d’eau fraîche ainsi que de boulot, ce qui a au moins le mérite de servir ma carrière. Les fruits de mon labeur ont bien mûri et le jour de la récolte est venu !
Mes lèvres s’étirent un peu plus lorsqu’apparaît en ligne de mire la façade vitrée du bâtiment qui abrite le siège de Deschanel Construction, l’un des plus importants promoteurs français. J’y bosse comme agent spécialisé dans l’immobilier d’entreprise, le domaine le plus rentable de la société, l’autre étant le luxe. À titre personnel, j’aime mieux traiter avec des hommes d’affaires pragmatiques que des richards mécontents au moindre brin d’herbe de travers.
Je lorgne le dernier étage et sa terrasse panoramique où doit se dérouler la grand-messe annuelle durant laquelle mon responsable en profitera pour fêter son départ à la retraite. Son bureau attend un nouveau locataire, moi, bien entendu. Au-delà des avantages pécuniaires, cette promotion sonnera comme une revanche. Oui, ma vie sentimentale ressemble à s’y méprendre à la première traversée du Titanic, mais pas les autres aspects de mon existence et cette (r)évolution le prouvera !
Ce genre d’évènement a souvent tendance à me gonfler, mais celui-ci est inscrit dans mon agenda depuis des lustres ! Le parking est bondé, plus d’une centaine de personnes est attendue, comme chaque année. La majorité des employés ainsi que quelques huiles venues profiter du buffet et des boissons à volonté.
— Alors, Hussaut, c’est le grand jour pour toi ! m’interpelle une collègue à ma descente de voiture.
— Je n’en sais rien, le patron ne m’a pas tenu au courant de ses plans.
— Arrête un peu, à toi tout seul, tu as engrangé un tiers des résultats cette année !
— Ce ne sont que des chiffres, rétorqué-je en haussant les épaules.
Mon humilité a bien du mal à contenir les assauts de mon excitation. Cependant, elle n’a pas tort, le bilan annuel surpasse de loin les précédents. Un taux de croissance qui tutoie les 20 % récompense une période durant laquelle je ne me suis pas ménagé, et c’est un euphémisme ! Je n’ai compté ni les heures, ni les kilomètres, ni la fatigue et les cernes offerts en cadeau.
Négociations ardues ? Locaux réputés invendables ? Exigences improbables ? Aucun problème, je gère ! Je suis celui vers lequel on se tourne quand on ne trouve pas de solution et je m’appuie là-dessus pour obtenir le Graal qui couronnera mon dévouement. Personne ne conteste que je suis l’homme de la situation, encore moins mon boss. Si Yvan Deschanel ne remportera jamais un prix d’amabilité, il sait en revanche reconnaître et récompenser ceux qui le méritent.
À moi bureau immense, repas aux tables les plus prestigieuses et voyages en classe affaire, sans parler de la satisfaction d’exposer ma réussite aux yeux du monde, et plus particulièrement de ma sœur. Elle qui, ces derniers mois, n’a eu de cesse de me seriner de prendre ma vie en main et d’initier des changements. Je me languis d’être à notre déjeuner prévu ce midi pour lui annoncer la grande nouvelle !
Un des postes les plus importants chez un leader de l’immobilier, cela te convient comme changement, ma petite sœur adorée ?
Je débarque gonflé à bloc dans l’immense salle de réception, m’imagine déjà derrière le pupitre en train de prononcer le discours de remerciement répété sans cesse dès le lever. En attendant, je salue mes collaborateurs et me permets aussi un bonjour très amical envers la tête à baffes qui nous sert de directeur financier et que personne ne peut blairer, moi le premier. En cette période bénie, je pourrais même lui claquer la bise si je ne me retenais pas !
— Alors, comment va le directeur ?
Cette voix m’arrache un sourire, un «  Monsieur le Directeur  » me traverse l’esprit. À la place, feignant l’indifférence, je lève les yeux.
— Ne me porte pas la poisse, s’il te plaît.
Tony réajuste son nœud de cravate en scannant la salle du regard.
— Le destin, ça te parle, mon pote ?
— Pour se payer ma tête, oui. Concernant le reste, j’attends encore.
Il écarte les bras, vire sur lui-même dans un mouvement théâtral et plutôt fluide malgré son gabarit d’armoire normande, ou slave, vu les origines du bonhomme.
— Attendre quoi ? Tout le monde est ici pour assister à ton couronnement, Dorian !
Il pousse un rire sonore avant d’abattre la main sur mon épaule.
— Bon, tu m’excuseras, je vais contrôler les effectifs, histoire de trouver quelque chose à me mettre sous la dent, me souffle-t-il à l’oreille.
— Tu n’embobineras aucune nana aujourd’hui, ta réputation t’a précédé.
— Cent balles ?
— Quarante.
— Quatre-vingts.
— Cinquante, je n’irai pas plus haut.
— Espèce de rat.
— Va chier.
Nous topons, puis il fend la foule en dégainant un sourire enjôleur lumineux. Parier avec lui à ce sujet n’apparaît pas comme l’idée du siècle, mais mon euphorie m’aveugle.
Charmeur, beau parleur, un poil frimeur, je pourrais détester ce mec s’il n’était pas comme un frère pour moi. Études, bringues, conneries, galères et j’en passe, nous avons tout traversé ensemble. Il a toujours répondu présent après mes différents naufrages amoureux, difficile de se remémorer combien de fois j’ai chialé devant lui.
Impossible de lui rendre la pareille, son activité favorite consistant à empiler les baux de courte durée, ou plans cul, en d’autres termes. Sa gueule d’ange, sa tchatche et son physique sculpté à grands coups de développé couché demeurent des atouts imparables. Un véritable aimant à gonzesses !
On ne bosse pas dans le même secteur, il navigue dans l’immobilier de luxe et préfère arpenter des propriétés fastueuses plutôt que des zones d’activités.
Je bavarde avec un collègue quand Tony m’arrache de la discussion en m’empoignant le bras. Nous traversons la salle en moins de deux.
— Bordel, tu fous quoi ? grommelé-je lorsqu’il daigne me relâcher.
— Mec, vise un peu le phénomène !
J’accompagne son regard, orienté vers l’endroit où se pressent les dirigeants de l’entreprise. Une femme se trouve à l’écart, l’épaule contre l’encadrement d’une fenêtre. Vêtue d’un tailleur jupe très classe, sa veste s’ouvre sur un chemisier dévoilant un cou gracile. Sa chevelure châtain clair aux reflets couleur miel est rassemblée en un chignon bas, quelques mèches tombent de part et d’autre de son visage. Les bras croisés, elle observe négligemment le paysage urbain, ignorant la foule massée devant elle.
— Tu la connais ? me demande Tony, les yeux brillants comme ceux d’un enfant le soir de Noël.
— Jamais vue.
— Tu crois que c’est la nana de Deschanel ?
— Deschanel est marié.
— L’un n’empêche pas l’autre.
— Peut-être, mais je l’imagine mal se pointer ici avec sa maîtresse.
— Ou alors, c’est celle du vieux.
Le vieux, comme il le surnomme affectueusement, c’est Henri Deschanel, fondateur de l’entreprise. Même si Yvan, son fils, gère les affaires au quotidien, il se trouve toujours au sommet de l’organigramme, conservant un œil averti sur sa société. Il se montre très peu et surtout à l’occasion des réunions annuelles.
Ce dernier s’approche de l’inconnue, lui glisse un mot à l’oreille. Elle se tourne vers lui, de discrètes fossettes apparaissent, cerise sur le gâteau d’un sourire déjà magnifique. Très ravissante, j’avoue, malgré tout, mon obsession du jour reste ailleurs ; même un défilé Aubade ne me détournerait pas de mon but.
Cependant, mon ami voit sans doute en elle un futur casse-croûte.
— Putain, c’est la nana du vieux !
— Bon, tu veux bien te calmer ?
Autant demander à un lion affamé d’ignorer une proie…
De son côté, Yvan Deschanel exhibe un air contrarié. Avec les résultats de cette année, afficher de la bonne humeur n’aurait pourtant pas été scandaleux. Loin de son père et sa jeune amie, son attitude m’évoque celle de ses plus mauvais jours. Étrange.
Pas le temps de me poser d’autres questions qu’il lance les réjouissances. Il monte sur l’estrade, passe en revue les chiffres des différents secteurs, félicitant l’assistance pour cet excellent bilan. Les projections pour l’année à venir clôturent son intervention.
Son père le remplace ; au contraire du fiston, il arbore une mine réjouie. Il se répand à son tour en éloges avant de rendre un hommage appuyé à Charles Desjean, le futur retraité. Ce dernier récite un petit discours, reçoit un cadeau, puis pose pour des photos souvenirs avec ses anciens patrons et se rassoit sous une salve d’acclamations. Il a été un bon responsable, j’ai hâte de prouver mes capacités dans ce rôle. Henri Deschanel revient devant le micro.
— Avant de dévoiler la personne qui succédera à Charles, je vous présente une nouvelle venue dans notre société.
Il tend le bras vers la belle anonyme, elle se lève en souriant chaleureusement. Le moment fatidique approche, je m’efforce de réfréner l’excitation qui bouillonne en moi. Mains croisées sur les genoux, j’essaie de contenir le tapotement compulsif de mon pied.
— Je suis fier de vous annoncer que Jolène, ma petite-fille, rejoint notre grande famille.
Jolène, voilà un prénom original qui lui sied à merveille. Tony marmonne des jurons en admirant sa silhouette, il espère sans doute qu’elle intégrera son service pour tenter sa chance. J’esquisse un sourire, mais celui-ci ne fait pas long feu au moment où les enceintes crachent la phrase suivante.
— Elle dispose déjà d’une solide expérience qui lui sera très utile dans ses nouvelles attributions, car elle remplacera Charles à la direction de son secteur. Souhaitons-lui toute la réussite possible !
Pardon ?
Moi qui me suis toujours demandé ce que ressentent les mannequins de crash-test, je suis servi !
Vaguement conscient de la situation, je peine à réagir. D’ailleurs, est-ce réel ? Vient-on vraiment de filer un poste pour lequel je me suis levé un cul monstrueux, à une nana sortie d’on ne sait où ?
Oui, oui, tout à fait !
Des acclamations retentissent de nouveau, Jolène Deschanel hoche plusieurs fois la tête en guise de remerciement avant de se rasseoir. On ne peut pas dire qu’elle transpire la joie de vivre. Après tout, à quoi bon ? Elle estime sans doute que porter le nom « Deschanel » légitime l’obtention de ce poste ! Putain, si même les femmes inconnues au bataillon me pourrissent l’existence, je ne suis pas sorti du sable…
J’essuie mes paumes sur mon pantalon alors que Henri Deschanel met fin à la réunion et donne le coup d’envoi d’un apéritif gargantuesque. Passablement agacé, son fils déserte dans la foulée. Après quelques salutations de circonstance, Jolène Deschanel suit son grand-père et ils partent aussi tous les deux. Tout le monde se presse déjà au buffet, mais je reste assis, hagard.
— Merde, mec… je suis désolé pour toi, c’est vraiment moche.
Gêné, Tony se passe la main dans les cheveux. Même lui, pourtant chambreur, ne trouve pas matière à en rire. Pas plus mal, car à cet instant, mon sens de l’humour manque cruellement de souplesse.
— Fais pas la gueule, Dorian, tu ne peux pas lutter contre la famille, encore moins celle des patrons. Vois le bon côté des choses, ta nouvelle cheffe est canon !
Comme si ce détail insignifiant adoucira la bile où baigne ma gorge.
— Allez viens, rien de plus efficace pour oublier que de picoler ! propose-t-il.
Un sentiment de trahison s’insinue en moi, identique à celui ressenti il y a un an. L’histoire se répète avec une régularité désespérante. Le choc passé, la colère suit, amplifiée par les regards en biais que l’on me jette. Je croise les doigts que l’on ose me charrier, cela justifiera quelques bris de verre et une ou deux dents cassées.
— Monsieur Hussaut ?
La secrétaire de mon boss m’observe avec prudence, prête à prendre ses jambes à son cou tant la rage imprègne mes traits. En guise de réponse, je me contente de grogner, mâchoires serrées.
— Monsieur Deschanel souhaiterait s’entretenir avec vous. Il vous attend dans le salon privé, souffle-t-elle avec retenue.
Voilà l’opportunité idéale de livrer le fond de ma pensée, mais les cris qui résonnent une fois à portée d’oreille de la porte tempèrent mon projet. Je reconnaîtrais cette voix entre mille, Yvan Deschanel sait monter les décibels dans les grandes occasions. J’entre si discrètement que personne ne me remarque. Mon patron a une discussion animée avec son père pendant que sa fille, assise et calme, regarde le sol sans se préoccuper de la joute verbale.
— Qu’elle bosse ici, c’est une chose, mais lui refiler les clés de ce secteur est une connerie sans nom !
— Tu radotes, mon fils.
— Tu sais très bien pour qui elle travaillait auparavant !
— Oui, mais elle ne s’y trouve plus.
— Tu en es vraiment sûr ? Si elle donnait des infos sensibles à son ancienne boîte, ça serait désastreux !
— Fais-lui confiance, veux-tu ?
Yvan Deschanel pousse un ricanement nerveux.
— Bon, de toute manière, j’ai pris ma décision et ne reviendrai pas dessus ! Vous devrez collaborer, c’est clair ? Jolène ?
— Pas de problèmes, répond-elle d’une voix blanche sans lever le nez.
— Yvan ?
Le visage figé, la fureur ruisselle de tous ses pores.
— Yvan ! insiste Henri Deschanel en haussant le ton.
Mon patron se dirige vers sa fille, pointe un doigt vers elle. L’espace d’un instant, je crois voir des éclairs jaillir de ses pupilles dilatées.
— Je te préviens, Jolène, tu n’as pas intérêt à déconner !
Elle relève la tête vers lui, un sourire mutin ourle ses lèvres.
— Je vous le promets, père, énonce-t-elle d’un ton chantant mâtiné d’ironie.
Il renâcle, puis tourne les talons et sort de la pièce. Le regard de Jolène Deschanel croise alors le mien, elle plisse immédiatement les yeux. Sa décontraction s’efface, «  attention, danger !  » clignote sur son front. J’assombris mes pupilles jusqu’aux limites de la décence sans relâcher l’attention de ses iris brun clair. Si je n’étais pas aussi en pétard, je les trouverais jolis.
— Ah, Monsieur Hussaut ! s’exclame Henri Deschanel en s’approchant de moi.
Son intervention interrompt notre combat visuel. Tandis que je le salue, miss «  voleuse de poste  » joue les prolongations et me scrute toujours.
— Je vous présente Jolène, ma petite-fille, m’annonce-t-il.
— Enchanté, Mademoiselle Deschanel.
Elle expire, me gratifie d’un signe du menton et d’une poignée de main ferme, mais brève. Pourquoi faut-il que toutes les chieuses croisant ma route aient la peau douce ?
Pour mieux te la faire à l’envers, mon enfant !
— Prenez place, je vous en prie, m’invite Henri Deschanel. Désolé pour cette petite scène, mon fils peut parfois monter dans les tours, mais vous travaillez pour lui, donc vous le savez déjà.
— Ce n’est rien, Monsieur.
— Je tenais tout d’abord à vous complimenter pour vos résultats, jeune homme, commence-t-il en s’asseyant face à moi. Vous faites clairement partie des meilleurs éléments de la société !
J’aurais savouré ses éloges avec grand plaisir si j’avais obtenu la promotion qu’elles valent !
— C’est pour cette raison que je voudrais que vous travailliez avec Jolène, que vous la guidiez le temps qu’elle prenne ses marques. Nous dresserons un bilan tous ensemble d’ici peu pour voir où nous en sommes. Qu’en dites-vous ?
Propulsé assistant au lieu de responsable… Incroyable ! Je me tortille sur ma chaise, persuadé de participer à une caméra cachée. Mais non, personne ne sort de sa boîte en criant «  surpriiiiise !  ».
Henri Deschanel me considère en attendant une réponse.
Tu mérites bien plus !
Je liste les choix disponibles. Refuser m’obligerait à donner une explication et hors de question de m’abaisser à chouiner. Taper du poing sur la table en invectivant tout le monde dans un rayon de deux kilomètres me soulagerait, mais m’enverrait aussi tout droit chez Pôle Emploi. Inenvisageable, ce n’est pas mon genre, puis mon job me plaît. Même si cela me coûte, je dois accepter. Sur le point de répliquer, une voix harmonieuse me précède.
— Ça ira, grand-père, je me débrouillerai seule. Ton projet n’emballe clairement pas Monsieur Hussaut, lance Jolène Deschanel en me dévisageant.
De quoi ?!
Je fronce les sourcils, une nouvelle lutte silencieuse s’engage entre nous. Pour qui elle se prend ? Non seulement cette fille à papa me pique ma nomination, mais en plus, elle veut décider pour moi ? Que je le veuille ou non, elle est ma responsable et m’écraser n’enverrait pas un message positif. Je me détends, lui adresse un large sourire.
— N’interprétez pas mon silence comme un refus, Mademoiselle, ce n’est pas le cas. J’accepte avec grand plaisir, Monsieur Deschanel, annoncé-je en me tournant vers son grand-père.
— Formidable, nul doute que votre association fera des merveilles ! Assez parlé, allons boire un verre pour fêter ça !
Il se lève, vite imité par sa petite-fille. Ses talons claquent ostensiblement sur le carrelage quand elle quitte la salle, le tout sans un dernier regard pour son nouveau sbire. Je rumine en silence alors qu’elle disparaît de ma vue.La beauté ne dispense pas de politesse, lui rappeler ce principe basique fera partie des premiers conseils que je lui donnerai.
 
 
Une ambiance festive, aux antipodes de mon état d’esprit, baigne le lieu de réception. Alors que ce devait être MA journée, l’impression de ne pas me trouver au bon endroit domine.
— Ben alors, t’étais où ?
Le corps musculeux de Tony me percute, son bras s’enroule autour de mon cou, me sauvant d’une chute. Une blonde pulpeuse le suit de près ; j’ai pitié de la robe dont le tissu peine à maintenir un généreux décolleté.
— Dorian, je te présente Camille. Camille, voici Dorian, mon meilleur pote !
Je m’apprête à tendre la main, mais elle me devance en se collant à moi pour une bise appuyée. Ses seins s’étalent sur mon torse, cela fait une éternité qu’une poitrine ne s’est pas aventurée si près. Sans l’ombre d’un doute, la sensation la plus plaisante en cette belle journée bien pourrie.
— Mon ange, tu veux bien aller nous chercher quelque chose à boire ? roucoule Tony, les doigts au creux des reins de Camille.
— Bien sûr, glousse-t-elle, suivi d’un clin d’œil.
Elle s’éloigne en roulant des hanches comme si elle marchait en terrain miné. Son postérieur rebondi s’accorde parfaitement avec sa poitrine.
— Tu as une conception assez particulière de la galanterie, ironisé-je une fois la gazelle sortie de notre champ de vision.
— Elle est déjà folle de moi ! Et ça signifie deux choses, tu veux savoir lesquelles ?
— Non.
Il lisse le col de sa veste en bombant le torse.
— La première, c’est que ce soir, je vais me vautrer dans le stupre jusqu’à ce que mort s’ensuive et la seconde, c’est que tu me dois cinquante balles !
Je soupire en sortant mon portefeuille.
Quand ça ne veut pas…
Miss bonnet F s’approche de nouveau avec deux coupes de champagne.
— Bordel, t’as vu cette paire de nichons ? murmure Tony. Le tour du propriétaire va durer des plombes !
— Ne te perds pas surtout, dis-je en m’éloignant.
— Tu vas où ?
— Prendre l’air.
Oh oui, j’en ai bien besoin ! Un caisson hyperbare ne serait d’ailleurs pas de trop.
— Attends, elle est venue avec une copine, tu veux que je vous présente ? Ça te changerait les idées.
— Merci, mais je n’ai pas vraiment la tête à ça.
— Comme d’habitude… marmonne-t-il. Si tu préfères, on peut finir la journée ensemble à boire des coups et à disserter sur l’injustice de la vie.
Si j’accepte, il donnera congé à Barbie dans l’instant, mais une belle blonde danse dans ses pupilles. Je ne le priverai pas d’une soirée croustillante, il en a assez perdu à cause de mes malheurs. Je sais qu’il est là pour moi, ce simple constat me soulage déjà.
— C’est bon, Tony. C’est gentil, mais ça va aller.
— Sûr ?
— Camille doit avoir hâte que tu commences la visite, dis-je en lançant un sourire entendu.
Ses lèvres s’infléchissent vers le haut, il me donne une tape amicale sur l’épaule avant de se tourner vers sa conquête.
 
 
Je fuis le bâtiment pour prendre ce grand bol d’air tant désiré. Les yeux levés vers le ciel, je pose une simple question à l’univers, aux petits hommes verts, à Dieu ou à n’importe quelle entité dirigeant le destin des pauvres êtres que nous sommes : pourquoi cet acharnement ? Cette journée devait clôturer un chapitre raté de ma vie et en débuter un tout nouveau, les emmerdes en moins. Au lieu de cela, je me farcis une désillusion que mes plus mauvais rêves n’auraient pu concevoir. Ce n’est pas faute d’avoir cauchemardé, cette année, mais mon imagination apparaît bien moins perverse que la réalité. Sur l’instant, j’hésite entre rire, pleurer ou cogner sur quelque chose. Peut-être les trois en même temps…
 

 
Chapitre 2
 
 
 
 
Je tire deux avantages à rester le front collé à l’alu frais de la table du restaurant. Le premier empêche mon cerveau de bouillir et le second, le plus important, me protège des pupilles assassines de ma sœur. Un temps seulement, le rappel à l’ordre ne tarde pas. La patience n’a jamais été une vertu chez elle.
— Bon, arrête un peu de jouer à l’autruche et relève tout de suite la tête !
J’obéis en m’enfonçant dans ma chaise. Assise en face de moi, Lila pioche dans un bol de chips. Son gabarit de pin’s et ses airs de première de la classe sont trompeurs, cette nana est redoutable, surtout quand sa voix part dans les graves, comme maintenant. À partir de là, deux solutions s’offrent à vous : obtempérer ou mourir, de honte dans le meilleur des cas.
— Tu pourrais compatir au lieu de me gueuler dessus.
— Compatir, ce n’est pas mon genre, tu le sais très bien. Donc, le big boss a embauché sa petite-fille et lui a filé le job que tu convoitais, c’est ça ?
— Oui.
— Quel poste ?
— Directeur du secteur « immobilier pro ».
— Et pourquoi tu estimes le mériter ?
— Pourquoi ? m’exclamé-je. Cette année, j’ai enfilé les actes notariés comme des perles ! Si Deschanel a acheté une baraque à Saint-Barth’ et changé son Porsche Cayenne, c’est grâce à moi, donc oui, j’estime avoir largement mérité de poser mon cul dans ce foutu bureau de vingt mètres carrés !
Pas le moins du monde impressionnée par la véhémence de mon speech, Lila sirote son apéritif sans broncher.
— Répète-moi ce que je t’avais conseillé après ta dernière rupture.
Je m’en souviens très bien, mais la boucle puisque de toute façon, elle me le ressortira mot pour mot.
Devant mon silence, elle pose ses coudes sur la table, se penche vers moi en enfonçant ses yeux sombres dans les miens.
— Je t’avais dit de profiter, de vivre pour toi avant de penser aux autres. Cette année, comme tu viens si joliment de le clamer, tu as bossé pour ton patron. Mais à toi, ça a rapporté quoi ?
— Plus d’argent.
— Super ! Ensuite ?
Sans réponse à lui donner, je détourne le regard. C’est dingue cette impression d’avoir l’air à ce point étranger à sa propre vie…
— Tu veux que je te dise ? reprend-elle. Tu as balancé un saut de peinture sur un mur pourri en espérant que ça suffirait, mais non. Tu devais te remonter les manches et abattre ce foutu mur !
— Bon, tu me proposes quoi, alors ?
Je retiens mon souffle, car Lila ne connaît pas la demi-mesure, y aller en douceur est synonyme de temps perdu. À la vérité, j’ai besoin de cela, d’une direction que je ne prendrais jamais de mon propre chef. ...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents