Démons de cendre - 2 - Le sacrifice de la latente
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Description

Urban Fantasy (Bit-Lit) - 574 pages


Bien décidé à arrêter l’ennemi qui œuvre en secret, le monde démoniaque crée un Consortium réunissant les Indomptés, les zalistes, le Forum et quelques petits clans.


Austeen, elle, sait depuis toujours qu’elle n’a pas grand-chose à apporter aux siens. Mais lorsque l’empire Shaeman vacille, elle n’hésite pas une seconde à unir sa destinée à celle de Carter Saint-Pierre, l’un des plus cruels démons. Pourtant, elle ne se doutait pas que cette union déboucherait sur une imprégnation rapide ni que son nouveau compagnon exigerait d’elle une totale soumission. Seul réconfort, le consortium lui confie le suivi des jeunes femmes sorties du centre de reproduction.


Alors que, sevrée de contacts par son compagnon, elle lutte contre les symptômes de l’imprégnation, sa faiblesse pour Briard, le lieutenant des Indomptés, revient la hanter. Inconcevable pour le guerrier de céder au charme de la guérisseuse, même si elle le tente comme aucune autre.



Mais saura-t-il encore résister à cette tentation alors qu’Austeen devient la cible de l’ennemi ?

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Informations

Publié par
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EAN13 9782379613265
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Démons de cendre – 2 – Le sacrifice de la latente


Laura Black
Laura Black

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-326-5
Illustration de couverture : Nicolas Jamonneau
Prologue

La lanière de cuir fouetta l’air, si violemment, que son claquement sec recouvrit les gémissements filtrant des cachots. L’atmosphère humide se chargea aussitôt de relents métalliques acides. Viviane Barthélémy s’arcbouta contre le mur où elle était enchaînée, et se mordit les lèvres jusqu’au sang pour réprimer un hurlement. Les vampires étaient biologiquement d’une résistance hors-norme, mais son bourreau maîtrisait l’art de la torture à la perfection. Il avait neutralisé ses capacités régénératrices, avant de lui inoculer un poison qui avait rendu ses chairs flasques, là où elles étaient d’ordinaire aussi solides que du marbre.
Pour la première fois de sa vie, Viviane goûtait à la saveur aigre de la douleur physique. Et elle n’y était pas préparée… Pas préparée à ce que sa peau se déchire et expose ses muscles et ses os… Pas préparée à ce que son corps convulse sous la violence des assauts.
— Tu te retiens encore ? se moqua le basilic avant d’abattre à nouveau son bras sur son dos. Ça ne va pas durer, je te le promets…
La souffrance explosa ses terminaisons nerveuses. Viviane maudit son ancien allié, devenu fort opportunément un traître, quand l’heure fut venue de rendre des comptes à leur Grand Maître. Gabriel n’avait pas hésité une seconde avant de la désigner comme la seule responsable de leur échec, un échec renforcé par la perte de l’un de leurs centres de reproduction.
Viviane avait su, à l’instant où leurs plans avaient viré au désastre, que le Grand Maître allait les punir. Elle n’avait jamais croisé le chemin d’un enfoiré aussi sadique. Ni même rencontré un tel condensé de noirceur brute. Dans son monde, la violence était omniprésente, alliant parfois barbarie et cruauté, mais son mentor jouait dans une catégorie à part. Et ses ambitions, démesurées et abjectes, étaient sans conteste à la hauteur de sa démence féroce.
C’était ce qui avait charmé Viviane. En tant que dirigeante de son clan, elle exécrait la faiblesse qui s’installait progressivement parmi les siens, et ne supportait plus de voir les espèces démoniaques péricliter. Entre les massacres dont elles avaient fait l’objet, et la nécessité de procréer avec les humains pour continuer de prospérer, ces dernières avaient perdu leur statut de prédatrices incontestées. Une vérité qui les classait désormais parmi les bêtes traquées.
Le Grand Maître proposait une solution toute simple pour pallier ce désastre. Une solution qui avait séduit Viviane, lorsqu’un rabatteur l’avait approchée quelques années plus tôt. Il comptait manipuler les énergies cosmiques pour replacer les démons en tête d’une hiérarchie qui n’aurait jamais dû leur échapper.
Et, à ce jeu, il n’existait qu’une voie possible : asservir les Casglwr sains , ces fragiles démons qui avaient hérité du don de manier les Sphaerams et les Sphirals, les énergies primaires qui permettaient d’équilibrer l’univers ou, à l’inverse, de le transformer en chaos.
C’était là que le talent du Grand Maître s’était révélé. Au contraire d’autres clans qui protégeaient les Casglwr sains pour maintenir la balance cosmique, il avait choisi de les utiliser pour ce qu’ils étaient : des êtres à peine plus dignes de respirer que les humains. Pathétiques et dépendants, ils ne méritaient, à ses yeux, pour seule défense qu’un carcan austère qui les obligerait à se plier aux impératifs de leur mission.
Les centres de rétention étaient nés de cette idée géniale, formant de véritables structures qui exploitaient les Casglwr sains sans se soucier de leur confort ou de leur santé.
Un problème s’était cependant rapidement posé : il en fallait un nombre conséquent pour influer sur l’équilibre cosmique. Or, ces conditions de vie, alliées au stress de l’emprisonnement, favorisaient leur déclin mental. Un déclin mental qui les transformait en coquilles vides...
Même si un état catatonique n’empêchait pas leur exploitation (ce qui se révélait, à bien des égards, plus facile à gérer), les résultats obtenus étaient trop médiocres pour combler les aspirations du Grand Maître. Et trouver de nouvelles proies relevait du challenge, puisqu’ils étaient, pour la plupart, étroitement protégés et surveillés.
Viviane, en tant que codirigeante du Forum, avait largement résolu ce problème en mettant à sa disposition des Casglwr sains défaillants et oubliés de tous.
Cela n’avait pas suffi, évidemment, pour répondre à la soif inextinguible du Grand Maître. Il avait alors décidé de forcer ses prisonniers à se reproduire, et commandité des enlèvements au sein de petits clans isolés.
L’une de ses erreurs, que Viviane s’était évertuée à lui faire entendre, en vain, avait été de s’attaquer aux Indomptés et aux zalistes, en plus de quitter l’abri sécurisant de la clandestinité. Les alpha de ces Guildes prisaient peut-être leur indépendance, ils n’étaient cependant pas du genre à abandonner l’un des leurs ou à ne pas retourner les sphères humaines et démoniaques pour les retrouver.
C’était à ce moment-là que tout avait dérapé…
Viviane avait fini par être démasquée. Et ce détail avait d’autant plus irrité le Grand Maître, que cet événement était survenu peu après que l’un de leurs établissements de reproduction eut été découvert. La perte de cette structure avait mis un sérieux frein à leur projet.
Viviane avait anticipé la rage de son mentor, mais pas qu’elle serait accusée de l’ensemble du fiasco. À ses yeux, c’était Gabriel qui avait le plus foiré. Lui qui n’avait pas réussi à protéger le centre bêta et qui avait semé, dans la lutte, le guérisseur chargé des études médicales. Lui qui, obsédé par une chuchoteuse phénix, l’avait ramenée sur leur territoire principal, et avait mis en danger leur sécurité lorsqu’elle s’était évadée.
— Alors, vampire, tu ne cries toujours pas ? siffla soudain le basilic à son oreille.
— Va te faire foutre, enfoiré !
— Je préfère mener la danse et je n’ai jamais baisé une démone de ton espèce, ricana-t-il en retour. Tu crois que ça me plairait ?
La main masculine s’attarda sur ses fesses, étalant avec une lenteur calculée le sang qui ruisselait de son dos lacéré. Pas de violence ou de rudesse. Il s’agissait, comprit-elle, d’une démonstration de force qui incluait des armes bien plus subtiles. Elle se mordit les lèvres et arqua la colonne vertébrale, incapable d’accepter son impuissance, lorsque Gabriel arracha les derniers lambeaux de ses vêtements pour exposer son corps nu à l’humidité et au froid ambiants.
— Dommage que nous n’ayons plus Lucifer sous la main, je suis persuadé qu’il aurait réussi à te faire pleurer en moins d’une minute. Mais tu sais quoi ? Je crois que je vais relever le défi.
Viviane se contracta violemment lorsque des ongles déchirèrent sa peau, et ravala la fureur qui lui brûlait la gorge. Supplier et crier étaient à ses yeux une faiblesse, mais elle intégra, dans un éclair de lucidité abjecte, que Gabriel avait les armes pour anéantir toute fierté chez elle.
Quand le manche du fouet caressa son épiderme, trouvant son chemin entre les replis de ses chairs, et s’insinua en elle, elle lâcha la bride à son désespoir et se mit à hurler.
1
 
Campée devant l’immense miroir de sa chambre d’hôtel, Austeen lissa le tissu soyeux de sa robe de cérémonie, débordée par un trop-plein d’émotions qui excluait l’excitation ou la joie. Alors qu’elle aurait dû exulter à l’idée de s’unir à l’un des démons les plus puissants au monde, elle se sentait nauséeuse et au bord de la crise de panique…
S’efforçant de recouvrer la maîtrise de ses sens, elle enfila une paire de boucles d’oreilles ornées de rubis, indifférente à la beauté des pierres précieuses, et inspira profondément pour raffermir son courage.
Comme si cela pouvait suffire…
C’était elle qui avait proposé de lier sa destinée à Carter Saint-Pierre pour sauver sa famille du marasme, mais elle n’était plus très sûre de ne pas commettre une erreur monumentale. Même si, d’un point de vue stratégique, cette option demeurait la meilleure possible.
Tout comme elle était persuadée que, personnellement, cela tenait plutôt du suicide… Surtout lorsque l’on était née latente et que l’on s’apprêtait à remettre sa vie entre les mains d’un enfoiré sans pitié, qui ne vous accordait de l’attention que parce que vous étiez une Shaeman…
Cerise sur le gâteau de cet édifice branlant : elle n’était qu’un second choix aux yeux de son futur compagnon, une alternative qui ne comblait pas la liste de ses exigences…
Carter avait fantasmé sur sa sœur, Rowane, avant de jeter son dévolu sur elle. Pas parce qu’elle l’avait séduit, non, mais parce qu’il était prêt à tout pour s’associer à sa lignée, convaincu qu’il était, l’imbécile, de pouvoir contrôler un jour l’empire que tant convoitaient.
Austeen le soupçonnait également de vouloir faire oublier qu’il était apparenté à l’un des salopards qui œuvraient à domestiquer le monde, et qu’il avait échoué à le neutraliser quand il en avait eu l’occasion.
La puissance létale de Carter n’était pas une légende : il avait décimé sa famille sans le moindre état d’âme, pour raffermir sa position. Alors que Gabriel, un cousin mystérieusement réchappé de sa folie meurtrière, ait réussi à le manipuler et à le torturer, sans qu’il soit en mesure de le punir pour cet affront, c’était le genre de détail qu’il ne pouvait tolérer. Dans le monde démoniaque, la vengeance était une nécessité qui tenait de la démonstration de force, à moins de vouloir paraître faible.
Austeen savait que son futur compagnon était, pour cette raison, sur le qui-vive et que cela le rendait plus dangereux et imprévisible que jamais, trop pour qu’elle se frotte à lui. Mais sa famille était dans une position encore plus délicate.
— Jolie tenue pour monter sur l’échafaud, s’éleva une voix aux accents traînants dans son dos.
Surprise par l’intrusion, Austeen fit volte-face, le cœur battant à tout rompre, et resta en apnée devant le regard émeraude qu’elle redoutait pour ce qu’il était capable de lire en elle.
Briard… Elle ne l’avait pas revu depuis la cérémonie d’union de sa sœur. Ne désirait pas le croiser de nouveau. Jamais ! Et tant pis si cette réaction témoignait d’une faiblesse manifeste, puisqu’elle était la seule à en connaître le sens…
— Nom de Dieu ! On ne t’a jamais appris à frapper avant d’entrer chez les gens ? finit-elle par pester.
— Tu ne m’as pas flanqué dehors, riposta le griffon avec un sourire mordant.
Austeen croisa les bras sur sa poitrine, sans pouvoir retenir un grondement exaspéré. Briard avait le chic pour l’énerver, tout en apaisant cette part d’elle qui bouillonnait de rage et de frustration depuis toujours.
Et il venait une fois de plus de lui prouver qu’il exerçait sur elle une emprise déstabilisante. Peu importe qu’elle soit latente ou pas, elle était une démone et, comme tous ceux de son espèce, elle protégeait son territoire et jalousait son intimité. Sa nature aurait donc dû la pousser à accueillir son intrusion cavalière à coups de poing. Ou avec un lancer de chaussures en pleine tête, vu qu’elle était largement moins grande et imposante que Briard…
Au lieu de quoi, elle éprouvait l’insidieux besoin de s’abandonner à son aura ténébreuse. Une aura qui l’attirait à un niveau fondamental, sans qu’elle soit dupe du péril que représentait ce démon trop sauvage et farouche pour être approché comme elle l’aurait voulu si...
Austeen stoppa net ses divagations, consciente qu’elle s’engageait sur un terrain dangereux. Elle ne put rien, en revanche, contre l’onde de chaleur qui se diffusa sous sa peau, comme un écho du feu qui crépitait dans le regard masculin.
— Qu’est-ce que tu fous là, Griffon ? s’emporta-t-elle pour étouffer des velléités qui faisaient mauvais ménage avec ses projets du jour.
Briard ne parut pas offensé par son ton brusque. Un rictus moqueur sur le visage, il s’appuya contre le chambranle de la porte et l’observa entre ses paupières mi-closes. Austeen sut pourtant qu’il était aux aguets, si concentré sur elle que pas une seule de ses réactions ne devait lui échapper.
Les griffons étaient des enfoirés par nature : nonchalants et peu concernés par les contingences matérielles, en apparence, ils possédaient le don incroyable de se connecter à l’esprit de leur proie. Ils pouvaient alors extraire leurs souvenirs, ou les manipuler à leur insu. C’était aussi ce don qui les rendait solitaires et suspicieux. Parce que dans la sphère démoniaque, on préférait exterminer ces sangsues mentales, plutôt que de courir le risque de tomber sous leur contrôle.
En dépit du fait que Briard avait aidé à délivrer sa jeune sœur des pattes de Gabriel, Austeen ne lui accordait qu’une confiance relative, d’autant que son regard vert semblait la transpercer à chaque fois qu’ils se rencontraient.
Briard était trop perspicace, trop attentif à ce que les autres ne remarquaient même pas. Sous le faisceau émeraude, elle se sentait souvent mise à nu, comme s’il se débarrassait de son indolence habituelle quand ils interagissaient, et qu’il s’imprégnait de tous les secrets qu’elle gardait bien enfouis.
— Rowane s’inquiétait pour toi, révéla-t-il avec une douceur déconcertante.
Son cœur se serra à ces mots. Dieu que sa sœur lui manquait… Alors qu’elle allait s’engager sur un chemin tortueux, elle aurait aimé l’avoir à ses côtés. Mais Carter était rancunier et pas prêt à fumer le calumet de la paix avec une femme qui s’était moquée de ses prétentions pour s’unir à un ennemi de leur clan.
Briard était le premier lieutenant de Trenton Black, le chef des Indomptés et compagnon de Rowane. S’il était réputé pour être intraitable, le dragon avait aussi longtemps été hostile aux méthodes du Forum, l’organisation qui s’arrogeait le mérite d’avoir sauvé les démons de l’extinction. L’organisation qui avait vu grandir Austeen et à qui elle aurait confié sa vie sans sourciller jusqu’à il y a encore quelques mois…
— Je lui ai dit que tout irait bien.
— Tu sais bien qu’elle est douée pour lire entre les lignes.
Elle se raidit. Sa sœur n’avait jamais caché sa réprobation à l’idée qu’elle s’unisse à Carter, mais elle avait fini par accepter sa décision quand elle avait compris que rien ne la ferait changer d’avis. Austeen espérait juste que cela ne nuirait pas au réchauffement de leur relation, après des années d’un amour fraternel bancal.
— Tu ne devrais pas être ici ! tonna-t-elle, déterminée à se raccrocher à sa colère plutôt qu’aux ombres tapies en elle.
— J’ai été invité...
— Pas par moi !
— Ce qui n’était pas très gentil… Toi et moi, nous sommes amis, non ?
L’ironie était si flagrante qu’Austeen grimaça. Elle se frotta machinalement les tempes, comme si ce simple geste pouvait annihiler la sensation qu’elle avait éprouvée quand son esprit avait été connecté à celui du griffon. Ce lien n’avait pas duré très longtemps, mais il lui avait laissé une saveur étrange, une sorte d’écho doucereux qui avait comblé un vide abyssal en elle.
Elle ne pouvait tolérer cette faiblesse. Peu importait que l’absence de démone intérieure ait généré une plaie béante au cœur de sa psyché, elle ne permettait à personne de toucher cette brisure qui l’anéantissait.
— Certainement pas ! aboya-t-elle.
— Ah oui ? la provoqua-t-il.
Briard esquissa un sourire torve, puis quitta son point d’appui pour se rapprocher d’elle. Austeen songea à fuir, mais son instinct lui souffla qu’elle ne ferait qu’attiser le jeu entre eux. Pour des raisons évidentes, le griffon avait décidé de la séduire, mais son regard calculateur trahissait le fond de ses pensées.
Elle ravala un juron, déçue qu’il soit si peu différent des mâles qui la flairaient comme si elle n’était qu’une proie bonne à baiser. Car, si la plupart des démons la toisaient de haut du fait de sa latence, il existait un domaine où cela importait peu.
Plus grande que la plupart des femmes, Austeen arborait un physique plantureux qui plaisait et faisait d’elle une cible privilégiée pour tous les dragueurs invétérés, qui voyaient dans sa conquête une occasion de soumettre une Shaeman. Nul respect là-dedans ; il s’agissait d’une lutte pour le pouvoir, qui la positionnait en simple trophée facile à obtenir.
Au regard de la puissance de sa famille, c’était devenu un challenge que beaucoup avaient essayé de remporter au fil des ans, renforçant son isolement. Alors, seule dans son laboratoire de recherche, ou errant dans les couloirs à moitié vides de l’hôpital où elle travaillait, Austeen se sentait finalement plus à l’aise qu’au milieu d’une assemblée qui la méprisait ouvertement.
Elle avait néanmoins appris à gérer ces regards, mais que Briard singe ces opportunistes… Oui, cela l’atteignait sans qu’elle soit en mesure d’expliquer cette piqûre désagréable. Peut-être était-ce dû à sa vulnérabilité passagère ? Sa famille subissait coup dur sur coup dur depuis quelques mois, et Austeen avait l’impression de se noyer dans un bourbier sans nom.
Pourtant, elle réalisa que cette douleur-là était supportable. Oui, elle pouvait admettre que Briard se comporte comme tous les connards qui flirtaient avec elle, la langue pendante et les yeux brillants de convoitise. Parce qu’elle avait l’habitude de ce genre d’attitude ? Sans aucun doute possible.
Mais le griffon avait une autre raison de la séduire, une raison qui la plaçait en simple numéro sur sa longue liste de conquêtes… Et son regard pénétrant proclamait qu’elle ne se trompait pas en subodorant qu’il agissait ainsi avec elle pour protéger sa sœur.
Elle carra les épaules, consciente que le lieutenant vouait une loyauté sans faille à Rowane. Une loyauté qui l’incitait à utiliser son charme pour lui démontrer qu’elle avait tort de s’engager avec Carter.
Comme si elle était assez faible pour succomber à ce genre de stratagème…
Elle étouffa un ricanement âpre, renvoyée à l’image que beaucoup se faisaient d’elle : si elle ne possédait pas de démone intérieure, n’était-ce pas la preuve d’un psychisme fragile ?
Elle avait fini par s’habituer à ces jugements, mais qu’ils viennent de Briard…
— Tu devrais dégager ! dit-elle, sa colère tempérée par la blessure de son ego. Si ma grand-mère s’aperçoit qu’un Indompté s’est glissé à la fête…
— Elle ne bronchera pas, ironisa-t-il avec assurance. Pas plus que ton… fiancé.
Le ton n’était pas seulement piquant, il était acide. Irrévérencieux. Elle songea que peu auraient osé utiliser ce timbre pour désigner un démon aussi létal que Carter, mais Briard n’était pas du genre à craindre qui que ce soit. Même si c’était stupide dans le cas présent.
— Je suis ici en ma qualité d’émissaire de Trenton, après tout, continua-t-il, et les tiens ne sont peut-être pas ravis de la situation, mais ils ne peuvent pas faire comme si notre monde n’était pas en danger.
Il n’avait pas tort. Quand les démons avaient découvert qu’un mystérieux ennemi s’attaquait aux Casglwr sains , ils avaient été horrifiés. L’équilibre de l’univers reposait sur leurs épaules, et aucun clan n’avait envie de voir quiconque s’emparer de cette puissance. Ce qui dans les faits était déjà plus ou moins le cas, puisque c’était le Forum qui régissait le contingent le plus important de Casglwr sains et qu’il contrôlait la stabilité des énergies primaires. C’était pour cette raison que la structure ne pouvait faire cavalier seul : sa gestion de la situation avait été vivement critiquée quand il était apparu qu’elle n’avait pas réussi à protéger ces fragiles créatures.
Une redite des débats qui avaient accompagné la naissance du Forum. Les démons n’étaient pas de nature pacifique et s’étaient déchirés pendant des siècles, facilitant la tâche de tous ceux qui voulaient les anéantir. Décimés et affaiblis, ils avaient fini par réaliser qu’au-delà de leur propre survie, l’équilibre du monde était en danger à cause de leur incapacité à préserver les Casglwr sains .
Le Forum était né de cette idée que les espèces pouvaient vivre en harmonie, ce qui impliquait de se cacher de l’humanité, et permettre aux plus vulnérables de s’épanouir dans un cadre bienveillant. Même si plusieurs clans avaient vu là une volonté détournée d’asservir les Casglwr sains et de contrôler les énergies primaires, il avait globalement remporté son challenge.
— Mais, si je dois être tout à fait honnête, je serais venu même sans cette excuse…
Toujours aussi maître de lui alors que son propre cœur battait la chamade, Briard combla le dernier mètre qui les séparait et frôla du bout des doigts la courbe de sa joue.
— Arrête ! lui intima Austeen en reculant jusqu’à se retrouver acculée contre le mur.
— C’est vraiment ce que tu veux ?
L’inflexion de sa voix était moins arrogante que curieuse. Une curiosité où se mêlaient des accents si sincères qu’une part d’elle devint brûlante. Avide également de quelque chose qui se dissolvait sous ses doigts alors qu’elle rêvait de s’en emparer sans comprendre la signification de ce désir.
— Évidemment ! asséna-t-elle durement. Tu te crois irrésistible ? Je ne renoncerai pas à m’unir à Carter parce que tu réussis à me retourner les sens.
— C’est ce que je fais ? souffla-t-il d’une voix langoureuse.
Il se pencha vers elle, une étincelle s’allumant dans son regard lorsqu’il la vit tressaillir. Austeen aurait aimé pouvoir s’éloigner de lui, mais à l’idée de poser ses paumes sur son torse pour le forcer à battre en retraite, elle cessa de respirer.
— À quoi tu joues ? gronda-t-elle.
— Tu n’as pas envie de t’unir à ce connard ! matraqua Briard en appuyant les mains de chaque côté de sa tête, les arêtes de son visage soudain plus anguleuses.
— Pardon ? se rebiffa-t-elle, happée par une onde de volupté si corrosive qu’elle chancela. Dégage de mon chemin, griffon !
— J’aime quand tu me susurres des petits noms doux à l’oreille, lui confia-t-il, amusé, en soutenant son regard furibond.
Austeen ferma les yeux, débordée par un besoin qui n’avait cessé de croître depuis le jour où elle avait rencontré Briard. Le griffon l’avait énervée, mais elle n’avait jamais été dupe : il lui inspirait un désir sauvage comme elle n’en avait jamais ressenti. C’était stupide et, surtout, cela ne changeait rien aux décisions qu’elle avait prises. Peu importait Briard ou ses aspirations, elle allait s’unir à Carter parce que c’était le seul choix possible.
Pourtant, à cette seconde, l’espace d’un battement d’ailes de papillon, elle eut envie d’oublier le poids qui l’entravait. De se perdre dans le regard émeraude et de croire que Briard pouvait la sauver. Qu’il ne voyait pas en elle une démone atrophiée et fragile. Qu’il ne s’amusait pas avec son désir uniquement par intérêt.
Comme si elle le méritait…
Comme s’il n’était pas l’un des membres les plus éminents d’un clan dont elle se méfiait comme de la peste…
Comme si sa vie lui appartenait encore…
— Je garde ce genre d’attentions pour mon futur compagnon ! riposta-t-elle, mue par un instinct tranchant qu’elle ne se connaissait pas.
Briard ne mordit pas à l’hameçon, mais il demeura si statique qu’elle eut l’impression qu’il s’était changé en statue. Puis, brutalement, ses yeux virèrent à l’orange et se mirent à luire telle une opale de feu. Austeen n’avait jamais vu de griffons sous leur forme démoniaque. Ces derniers étaient peu sociables et vivaient dans des recoins loin des villes ou de toute présence humaine, consacrant leur temps à surfer dans les airs ou à s’alanguir sous les rayons du soleil. Ils se dissimulaient, conscients que leurs dons les classaient dans la catégorie des prédateurs nuisibles. Une vérité qui leur avait valu d’être traqués et décimés par leurs pairs.
C’était pourtant bien la part démoniaque de Briard qui la contemplait, sans chercher à camoufler une seule parcelle de ce qu’il était. Sa puissance filtrait par tous les pores de son être, si létale qu’elle lui irritait la peau.
Austeen n’éprouva toutefois aucune peur. Au contraire, même, elle se rapprocha insidieusement du griffon, luttant contre son envie de le toucher pour se nourrir de sa force et de sa chaleur. Elle se sentait tellement gelée… Trop pour ne pas lever la main et l’appuyer contre le torse solide et caresser les muscles bandés au travers de la chemise noire.
— Encore, gronda Briard d’une voix sourde, lorsqu’elle suspendit son geste.
— Je ne te donnerai jamais plus, clarifia-t-elle, la gorge nouée.
— Non ?
Austeen ne sut quelle part d’elle réagit à cette provocation ni pourquoi celle-ci plus qu’une autre lui fit lâcher prise. L’espace d’une seconde, elle se perdit dans le regard orangé et oublia tout ce qui n’était pas cet homme et le désir incendiaire qu’il lui inspirait. Elle se rua sur sa bouche, les mains enfouies dans ses cheveux épais pour mieux l’attirer contre elle.
Briard ne chercha pas à se dérober à son baiser, mais il la laissa mener la danse, lui offrant ce qu’elle exigeait comme s’il avait compris qu’elle en avait viscéralement besoin. Puis, cédant enfin devant cette déferlante de passion, il l’enlaça plus étroitement et prit le contrôle.
Le corps traversé par une vague de feu, Austeen projeta son âme dans cette étreinte qui, elle le savait déjà, serait le seul et ultime aveu de son désir pour Briard. Dès que leurs lèvres se sépareraient…
— Non ! feula le griffon contre sa peau lorsqu’elle tenta de s’éloigner de lui.
Austeen capitula dans un gémissement de plaisir et s’abandonna un peu plus contre lui, la passion ruant dans ses veines comme de la lave en fusion. Curieusement, et alors qu’elle n’avait jamais ressenti ça, elle avait conscience que les deux parts de Briard savouraient ce moment et la goûtaient avec le même enthousiasme. La même avidité.
En écho, il lui sembla que le murmure démoniaque, qui n’était qu’un fantôme en elle, se délayait dans ses cellules pour s’envoler vers son partenaire. Une sensation qui s’évanouit aussitôt pour la laisser aussi vide qu’une coquille.
aux lèvres de Briard, le souffle court et les joues cramoisies. Son cœur battait la chamade, trop pour qu’elle maintienne les apparences de froideur dont elle s’entourait au quotidien. Une faille de plus à ses yeux, qu’elle combla avec l’énergie du désespoir.
Lorsqu’elle s’écarta de Briard, son masque d’austérité de nouveau en place, elle lut dans son regard une déception si vive qu’elle manqua se trahir en lui adressant une prière muette.
— Tu sais ce...

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