Docks of sorrow
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Docks of sorrow

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Description


Le monde, hier. L’humanité, aujourd’hui.


Gary Gardner avait la détestable impression que toutes les épreuves, toutes les missions, toutes les aventures menaient ici. À ce moment, à cet endroit.


Ni Olaf, ni Kevin, ni même Cap One ne semblaient faire le poids face à cette nouvelle menace. Nouvelle ? Vraiment ? L’ennemi semble tellement... novice et maladroit.


Tel un chat jouant avec une souris, Gary ne s’est jamais senti autant manipulé.


Et pourquoi tout semblait-il tourner autour de lui et des siens ?


Si la Spyrale et ses équipes surentraînées ne pouvaient venir à bout de l’adversaire, l’humanité tout entière s’effondrerait. Et le complot, installé sur une génération, se refermerait sans espoir de rédemption.


Pourquoi Gary a-t-il la désagréable impression que la Spyrale compte qu’il stoppe, seul, l’inexorable effondrement ?



Le quatrième tome des Chroniques de Gary Gardner ne déroge pas au style entraînant des tomes précédents. François Panier emmène le lecteur aux quatre coins du globe dans une course à la fois rapide et fluide. Il installe Gary dans sa nouvelle vie. Ce dernier affrontera ses ennemis, pas parce qu’il en a la force, mais pour survivre. Il aura à gérer ses compagnons d’armes, désemparés eux aussi face à la menace.



Et Tom, qui mérite tellement mieux qu’un amour sali par l’angoisse permanente de perdre Gary...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782376769774
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0049€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Docks of sorrow
Copyright © 2021 Juno Publishing
© 2017 François Panier
Relecture et correction par Agathe P., Sandrine Joubert
 
Conception graphique : © Adrien Panier
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-977-4
Première édition : octobre 2017
Deuxième édition : janvier 2021
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
THE SAND OCEAN
STARVING LIONS
SHOP TILL YOU DROP
WHITE NIGHT
SAY GOODBYE TO THE WORLD YOU THINK YOU LIVE IN
LOVE BELONGS TO EVERYONE
MARGARITA OR DAIQUIRI ?
VOICES FROM OUTERSPACE
CHICKEN SOUP FOR THE SPIES
BEACH IN HEAT
DARK LIGHTS
BRIGHT NIGHTS
JUST A PINCH OF PEPPER
TRAINING DAYS
THERE IS NO PLANET B
DR VIOLET AND THE KNIFE, IN THE KITCHEN
SPOON YOUR WAY OUT
TOO BEE OR NOT TOO BEE ?
UNBREAKABLE
DRAMA QUEEN
MORE STARS THAN THE EYE CAN SEE
ALLEY OF ANGELS
L.A. OF ANGELS
HUNKUT
A BAND NAMED SORROW
SEEDS OF HATE
DOCKS OF SORROW
FAST FOOD
BREADS AND GAMES
FOR INFORMATION ON YOUR STATUS, PRESS ONE
GLITTER PINK & HIGH HEEL SHOES
BONUS TRACK
À venir
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
 
Le clair-obscur de mes nuits,
sur les pages écornées,
entrave les bruits,
des histoires à jamais inachevées.
 
Wangi, Lotili, Itoko et Ikela,
Bokolomba,
Vous êtes l’inspiration.
 
 
Docks of sorrow
Chroniques de Gary Gardner #4
 

 
François Panier
 

 
THE SAND OCEAN
 
 
 
 
Le soleil caressait l’horizon, virant à l’orangé. La chaleur restait intense, mais plus pour longtemps. C’est du moins ce qu’on dit, dans le désert, les nuits sont froides.
Les ombres des dunes s’étiraient à vue d’œil, augmentant la sensation de relief.
À l’est, la lune, déjà, se levait. Pleine et gonflée comme une femme sur le point d’accoucher, étalant ses rondeurs avec une insolence sensuelle et délicieuse. Magnifique, charnelle, et plus que jamais désirable.
Le ciel entier s’embrasa d’ors, de safrans et de grenats, chantant la mort provisoire d’un astre qui agonisait avec panache. Nout avalant Râ.
Gary n’était installé que depuis une heure face au midi, face aux dunes. Dans le Sahara oriental. À sa droite, entre lui et les dernières lueurs, ses compagnons de mission s’alignaient à quelques pas, profitant du même spectacle.
Il était arrivé le dernier. John, Bob, Gabriel et Akram étaient là depuis plus longtemps.
Les dernières incandescences orangées laissaient place, maintenant, à la clarté bleutée de la lune. De cette énorme pleine lune.
Putain que ces paysages étaient beaux. Enfin, Gary pouvait observer les alentours sans se brûler les yeux.
Les dunes étaient magnifiques, voluptueuses à en pleurer.
Elles n’étaient pas aussi hautes qu’il les avait vues à la télé, loin de là. Ce qu’il voyait n’était que la miniature de ce qu’il s’était imaginé, mais même à échelle réduite, cela restait un spectacle grandiose.
Il n’y avait pas que la taille des dunes qui était différente de l’image qu’il s’était faite du désert de Lawrence d’Arabie. Le sable également était étonnant.
Il n’était en rien comparable au sable de la mer du Nord, piquant, en comparaison. Celui-ci était doux comme la soie, fin, si fin qu’un souffle le soulevait. Entre les galets de Brighton et le sable grossier de Mykonos, le sable d’Ostende lui avait toujours paru très fin et doux. Il devait revoir son jugement.
Les déserts semblent tellement morts, en plein jour, d’où leur nom et leur association à l’enfer sur terre. Remarquables, certainement, mais morts. Il avait beau savoir qu’il n’en était rien, voir la vie reprendre ses droits, dans cette clarté lunaire, forçait le respect.
Les bousiers sortaient de nulle part et arpentaient le sable, laissant leurs empreintes si caractéristiques et admirables de régularité, comme autant de petites frises se déroulant sur une tapisserie. Les scorpions restaient à distance pour le moment, une chance. Quelques insectes volants commençaient à les taquiner, mais rien de plus que des agaces sans conséquence.
Les coups de soleil piquaient.
Une heure, même dans la lumière mourante du soleil, ce n’est pas prudent. Mais la prudence, pour l’heure, n’était pas de mise.
Dans un peu plus de douze heures, ils seraient morts.
 
 
Partir en mission est une chose dangereuse, toujours, même lorsqu’elle semble facile. C’est une leçon qu’on croit apprise, mais qu’on ne mesure qu’une fois sa garde retombée.
Ils étaient alignés, enfouis dans le sable jusqu’au cou. Mains liées derrière le dos. Ils avaient été abandonnés au milieu de nulle part. Aux divagations d’Akram à l’extrême droite, demain matin au lever du soleil, ils ne seraient sans doute plus que quatre.
Ils devaient juste récupérer le Tunisien, et ses précieux documents. Une mission de vingt-quatre heures, pour le compte de la Spyrale , tellement banale que c’est à leur équipe qu’elle avait été confiée. Un bond avec John depuis Chicago jusqu’à Bruxelles où ils avaient embarqué Bob et Gabriel – la moitié armée et musclée de l’équipe – et ils avaient repris un vol pour Tunis. Neuf heures d’une route infecte et trompe-la-mort jusqu’à la frontière avec la Libye pour rejoindre leur contact.
Akram était au rendez-vous, mais il n’était pas seul. Ils leur étaient tombés dessus. Une dizaine de gaillards enturbannés. Magnifiques, sans aucun doute, dans leurs parures de désert, mais lorsque l’on n’était pas dans leur camp, on ne pouvait que craindre leur colère. Gary ne savait même pas qui ils étaient, les autres aussi l’ignoraient.
Enlevés sans un mot, dépouillés de tous moyens de communication, ficelés comme des cochonnailles ardennaises, et conduits ici, en plein désert, dans des jeeps rutilantes qui sentaient encore l’usine.
L’airco des véhicules avait retardé un peu la rencontre avec l’univers de Lawrence.
Akram avait été enterré le premier. Ensablé jusqu’au cou malgré ses supplications hystériques. Il savait, mieux qu’eux, ce que signifiait la lente morsure du soleil.
Bob et Gabriel avaient suivi, enterrés debout, les mains liées derrière le dos. John ensuite, mais comme à l’évidence le temps commençait à manquer à leurs bourreaux, il avait été ensablé à genoux.
Tout comme lui.
L’ordre n’était pas un hasard, Gary avait eu le temps d’y réfléchir avant que les brûlures ne commencent à le torturer.
Akram était le plus habitué aux conditions extrêmes du désert, il tiendrait le plus longtemps. Bob et Gabriel, avec leur gabarit imposant, offraient eux aussi une plus grande chance d’endurer le soleil.
Quant à John et Gary, nettement plus minces, surtout Gary, ils étaient les plus fragiles.
Mission banale, donc, mais aux conséquences létales. Plus létales que ne l’avaient été les attaques répétées d’Olaf.
Gary avait survécu à beaucoup. Il avait cru mourir – vraiment mourir – plus d’une fois. Cinq ou six. Il ne comptait plus. Un coup de feu dans la bouche, dans le ventre, un crash d’avion, il avait été poignardé, battu à mort, empoisonné…
Et il allait bêtement mourir ici, sans même savoir pourquoi.
Une mission banale…
Akram délirait, l’insolation avait mordu son visage et son crâne suintait comme les cloques explosaient sous la pression. La nuit ne lui apporterait aucun répit.
Bob et Gabriel semblaient dormir, inconscients, peut-être.
John regardait Gary, le côté droit du visage brûlé.
— La nuit sera froide, elle fera du bien, dit-il soudain.
— Cela ne fera que prolonger notre agonie. C’est Akram qui a de la chance…
Une voix rauque s’éleva, plus loin. Gary ne savait si c’était celle de Bob ou celle de Gabriel avant de reconnaître l’accent de Charleroi dans l’anglais de Gabriel.
— La nuit, les scorpions sortiront.
— J’ai essayé de me dégager. Impossible.
— C’est pour ça qu’ils nous ont enterrés debout, aucun mouvement n’est possible.
— John et moi sommes agenouillés.
— La bonne affaire ! Qu’attendez-vous pour vous relever ?
— On a essayé, qu’est-ce que tu crois ? cingla John.
Lorsque sa voix était agacée, c’était qu’il avait peur. On ne pourrait le lui reprocher.
 
 
Putain que ces paysages étaient beaux. Tout ce bleu, réfléchi par la lune, après l’orange vif du soleil… Gary pouvait observer les alentours sans s’écorcher les yeux.
Le contraste entre l’annonce de leur mort prochaine et la beauté du paysage était surréaliste au point de lui donner l’envie de rire comme un dément.
Bientôt, il ne put plus l’empêcher et des salves d’un rire hystérique crépitèrent de sa gorge projetant le sable loin de sa bouche.
— Stop ! hurla Akram dans un ultime moment de lucidité. Tu vas t’étouffer.
Et il avait raison. Les vibrations provoquées par les éclats de rire avaient permis au sable de comprimer davantage sa cage thoracique.
Cela coupa net le rire de Gary.
Akram recommença à divaguer.
Gary soupira. Et dans son soupir, un nouveau micro-nuage de sable s’écarta de lui.
Par jeu, il souffla sur le sable, dessinant des formes.
Puis Gary eut une véritable bouffée d’adrénaline lorsqu’il réalisa qu’ils étaient peut-être plus près de l’évasion qu’il ne le pensait possible.
Ils avaient toute la nuit, mais toute la nuit seulement, pour tenter l’impossible.
Par souffles répétés et inlassables, Gary commença un travail de Titan. S’il pouvait dégager son cou, il pourrait peut-être profiter de sa position accroupie, pour s’extraire du sable.
La tête lui tournait, mais qu’importe, il jouait sa vie ici. Il modifia son souffle pour ne plus expulser de grands volumes d’air rapidement, mais plutôt un fin filet – mais puissant – qui limitait son apport d’oxygène.
La froidure du désert aidait sans doute à rendre les brûlures supportables, il n’osait imaginer ce que seraient ces douleurs sans le froid.
L’avant du cou dégagé, Gary pouvait se pousser vers l’avant et se dégager davantage. Mais comme un sablier, le sable ultra fin s’infiltrait dans les moindres interstices, compliquant le dégagement.
La lune poursuivait sa course, Gary la surveillait avec inquiétude, car quand le soleil pointerait à l’horizon, les jeux seraient faits.
Akram ne disait plus rien. Il était peut-être mort. Ou endormi. Bob et Gabriel semblaient récupérer. À part Akram, c’étaient eux qui avaient le plus dégusté.
Gary parvint enfin à sortir une épaule. Et rapidement l’autre. L’espoir revint. Et, tel un nouveau-né, et au prix d’efforts surhumains, Gary sortit le tronc. Gary était à bout de souffle, mais son exploit suscita les encouragements nourris de ses collègues et amis.
Il était à deux doigts de sombrer, à bout de force. La tête lui tournait, il ne sentait plus ses bras, toujours liés derrière lui. Ses jambes n’étaient que crampes.
— Allez, Gary, relève-toi ! hurlait John pour le sortir de l’état semi-comateux dans lequel il se sentait aspiré.
Gary hurla sa rage et au prix d’un dernier effort, il parvint à tendre les jambes et se sortir du sable jusqu’à mi-cuisse dans un hurlement de douleur. Muscles des cuisses déchirés… Gary reprit son souffle, serra les dents pour contenir la douleur, puis, il rampa jusqu’à John. D’abord, sortir le plus facile…
— Viens jusqu’ici, dit Bob. Je vais défaire les liens de tes mains pendant qu’avec tes pieds tu dégages John.
Gary rampa jusqu’à placer ses mains devant sa bouche et ses pieds au niveau du visage de John. Pas un instant à perdre…
Gary repoussa avec douleur le sable loin du faciès de son faux frère, gonflé par les brûlures du soleil et les piqûres d’insectes, chaque mouvement remplaçant cinq ou dix minutes de souffles. Bob entaillait les liens, rongeant comme un petit chien le nœud trop serré.
Une demi-heure, sans doute, fut nécessaire pour libérer John. La fin étant facilitée par le fait que Bob le débarrassa enfin des liens. Gary termina de dégager John avec les mains, exsangues et endormies. Il défit ses liens aux pieds ainsi que ceux de John.
Désensabler Bob et Gabriel sembla, en comparaison, un jeu d’enfant. Et pourtant, ils n’étaient pas agenouillés dans le sable, eux. Une fois les mains dégagées, et les liens ôtés, le reste n’était plus qu’une formalité.
Il était trop tard pour Akram. Gary ne s’en était pas inquiété, connaissant d’avance le sort de l’homme silencieux, et préférant délivrer d’abord ses amis, conscients. Lorsqu’ils se tournèrent vers Akram, celui-ci ne respirait plus. Ses yeux révulsés et la bouche desséchée, rien n’aurait pu le ramener à la vie.
Être confronté à la mort n’est jamais facile, mais cela révèle toujours un moment profondément égoïste. Gary était soulagé que ce ne soit pas John, Gabriel ou Bob qu’il dût regarder en ce moment. Des pointes acérées d’accès de culpabilité lui piquèrent l’âme. Il savait, très objectivement, que l’homme n’aurait pas pu survivre, même si Gary l’avait immédiatement désensablé. L’insolation avait été trop forte.
Leurs ravisseurs avaient privé Akram de son chèche kaki, exposant son crâne aux cheveux courts au soleil bien longtemps avant que Gary soit exposé. Bob et Gabriel également étaient brûlés, mais le fait qu’ils soient tous deux rasés – et donc virtuellement chauve – avait, sur les années, tanné leur cuir chevelu. Et en cette fin d’été, après des vacances longues, ils étaient bronzés comme jamais. Cela les avait sauvés.
Les brûlures que John et lui-même avaient étaient sévères, mais pas dramatiques. Douloureuses, au plus.
À l’est, la lumière rosée indiquait qu’il était temps de poursuivre la route. Ensablé ou pas, le soleil leur tomberait directement dessus, avec les mêmes conséquences.
— Je dois pisser, dit Gary. C’est dingue, alors que je savais qu’on allait mourir, je ne parvenais pas à me pisser dessus !
— Retiens-toi encore, dit Bob. Parce qu’au cas où tu n’aurais pas remarqué nous n’avons pas de gourde. On va devoir boire nos urines.
— Je propose que Bob et Gabriel hissent Gary, qui est le plus léger, sur leurs épaules, dit John. Avec la hauteur, en cette fin de nuit, il y a peut-être la lumière d’un campement qui pourrait nous donner une direction à suivre.
— Sans moi, John, dit Gary. Je me suis claqué les muscles des cuisses, je ne tiendrai pas debout.
Bob et Gabriel grimpèrent au sommet de la dune la plus proche et firent la courte échelle à John. Il monta sur leurs épaules et scruta l’horizon.
— Plein nord, je crois voir un feu…
— Ça ne peut pas être aussi facile…
— Aussi facile ? On n’y arrivera jamais avant que le soleil ne nous brûle.
— Alors, mettons-nous en route ! urgea Gabriel. Et si j’ai bien compris, il faudra porter Gary.
— Le chèche d’Akram, il est resté près de l’endroit où les voitures se sont stationnées, dit Gary. Faut le déchirer en quatre.
— Ça aidera… convint Bob. On pourrait prendre sa chemise.
— Mais on perdrait trop de temps à le désensabler…
— Juste… Allons, en route !
John déchira le chèche. Il était long, mais cette longueur n’était pas faite pour rien. Il espérait que la protection ainsi diminuée suffirait quand même. John se noua son morceau sur la tête, façon pirate des Caraïbes, et aida Gary à nouer le sien. La douleur de ses cuisses se faisait de plus en plus insupportable.
Bob et Gabriel se tinrent par l’avant-bras tandis que John aidait Gary à se redresser. Gary s’assit, étouffant sa douleur, et s’accrocha aux cous de ses amis et collègues. Les jambes pendantes le tourmentaient. Le sang pulsait, cinglant dans la blessure musculaire comme des coups de couteau.
Gary serra les dents, il n’y avait rien d’autre à faire.
Magnifique, Râ revenait à la vie, tandis qu’ils avançaient lentement sur le sable ultra fin. Leurs pas rendus plus lents et difficiles encore par la souplesse du sol.
 
 
Les vacances avec toute la famille, étendue à Gabriel, avaient été tout bonnement formidables. Les meilleures vacances de toute sa vie.
Il avait fallu reconstruire depuis zéro sa relation avec sa mère. Il était sans doute trop tard pour renouer avec une affection profonde telle qu’elle avait existé, car malgré tous ses efforts de compréhension, Gary ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir. Elle l’avait abandonné, leurré à croire à sa mort. Officiellement, c’était pour le protéger, mais en réalité, cela les avait propulsés tous les deux à ces places qu’ils occupaient aujourd’hui, avec les souffrances et surtout les sacrifices que cela avait induits.
Sa mère tenait plus d’une collègue, aujourd’hui, que d’une mère. La dernière fois qu’il l’avait vue, avant sa « mort », elle était juste « Maman ». Aujourd’hui, c’était une espionne internationale de niveau 1. Une personne qui n’avait rien à voir avec le souvenir tendre de cette mère. Elle avait troqué une relative douceur et sollicitude avec la sécheresse d’une dame de fer qui aurait pu donner des leçons d’autorité à Margaret Thatcher. C’était sans doute la conséquence du prix qu’elle avait elle-même payé en acceptant sa mission.
Et avec son beau-père, l’infect Peter Collin, qui était également son patron, les relations seraient aussi difficiles. Jamais Collin – Steel Eyes – ne rivaliserait avec son vrai père, assassiné en « même temps » que sa mère.
Malgré tout, ils avaient instauré et construit, une sorte de paix momentanée. Un challenge rendu possible par le cadre idyllique des vacances dans le Sud-Est asiatique. L’avenir dirait si ce semblant de « famille » résisterait à la pression du métier, et du temps.
Mais c’était surtout sa relation avec Tom qui avait le plus évolué.
L’amour, quand il se passe à distance, est facile. Frustrant, mais facile, car il n’y a pas de défis, pas de frictions, pas de challenges.
Au quotidien, il faut gérer les différences, apprendre à composer, à penser comme l’autre, à véritablement vivre ensemble. Roméo et Juliette nous ont habitués – à tort – à croire que l’amour et ses bons sentiments suffisent. Ils suffisent, effectivement, le court moment où cet amour nous aveugle. Un court moment où tout est beau, tout est parfait, et où l’on se croit surhumain. Un court moment, où les défauts sont des qualités, et les qualités tiennent plus des vertus célestes que du hasard génétique. Ce n’est qu’une fois passée cette étape que le désir de l’autre, que le véritable amour prend racine. Tom et Gary étaient passés du stade d’amoureux-imbéciles, gagas l’un de l’autre, à amoureux profonds. C’est en vacances, avait dit Gabriel-le-Célibataire, que l’on voit vraiment si l’on est fait l’un pour l’autre.
Et à l’évidence, cet adage ne lui avait pas réussi, de son aveu propre.
Gary avait beaucoup de mal à expliquer les statuts de célibataires de Bob et de Gabriel. Ils étaient ce que cherchaient la plupart des gens. Sexy, intelligents, et assez nantis pour que l’argent ne soit jamais problème.
Malgré ces enveloppes quasi parfaites, ils étaient seuls. John aussi, d’ailleurs. Dans le cas de John, son faux vrai jumeau , cela s’expliquait par une volonté de liberté absolue, et de libertinage 100 % zéro-tabou. Véritable séducteur, flirtant à ses heures avec le satyrisme, John l’avait entraîné dans des histoires qui aujourd’hui encore faisaient rougir Gary.
Gary avait été moulé à l’image de John, pour les besoins d’une mission – conséquence indirecte des choix de « Môman » – et ça lui avait donné en tout cas assez de confiance en lui pour assumer, dans la douleur, une homosexualité jusqu’alors refoulée.
Aujourd’hui, ils travaillaient officiellement pour la CIA avec Bob, dans une cellule construite sur mesure pour leur équipe et qu’on appelait la cellule H5N1. Mais officieusement, ils travaillaient pour une super-organisation internationale calquée sur les fonctionnements de l’OTAN et l’ONU. La Spyrale . Avec Gabriel, leur chef d’équipe.
Les super espions de la Spyrale étaient triés sur le volet, de toutes origines culturelles et ethniques. Une base ultrasecrète avait été installée sous la capitale de l’Europe, Bruxelles, pour accueillir leurs bureaux. Une base en forme de spirale. Vingt-huit tours – qu’on appelait à tort les vingt-huit spires, alors qu’il n’y en avait qu’une seule, forcément. Elle se déroulait depuis son cœur dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Chaque spire était numérotée en partant du centre et divisée en 60 minutes. Aller en 15-22 était simple à condition de savoir lire l’heure. Quinzième spire, vingt-deuxième minute. Des couloirs interspires traversaient les anneaux et permettaient d’éviter de parcourir les plus de vingt kilomètres de l’immense.
Gary percevait plus la Spyrale sous l’image d’un serpent enroulé sur lui-même, faussement endormi, car rassembler les meilleurs espions du monde dans un seul endroit était une folie suicidaire digne des intrigues vénitiennes du 17 e  siècle. Et des dérapages, il y en avait eu, mais jamais d’aussi importants que celui auquel lui, et son équipe, avaient pu mettre un terme. La Spyrale , nid de vipères, avait été infiltrée de longue date par « l’ennemi » qui préparait en secret depuis plus d’une décennie une prise de contrôle de tous les régimes du monde.
La Spyrale avait cette capacité de pouvoir sur les gouvernements. Elle pouvait les faire et les défaire à son gré, usant de moyens subtils comme la délation – rien de tel qu’un parfum de scandale, même fabriqué de toute pièce, pour discréditer un homme influent. Utilisée contre elle-même, l’ennemi pouvait, par des moyens lourds comme la dispersion de H5N1, et récemment d’A/H1N1, mettre le monde à genoux.
Gary n’était pas peu fier d’avoir contribué largement à sauver l’humanité telle qu’on la connaissait encore aujourd’hui. Ils avaient décapité une organisation mafieuse du nom de Cap One sur le point de réussir la prise de la Spyrale et la prise de possession de tous ses moyens. Avec de tels moyens, Cap One aurait semé le chaud et le froid à sa guise, régnant par la terreur et s’enrichissant au-delà du possible. Cap One avait planifié une attaque mondiale coordonnée et axée sur plusieurs objectifs. Elle était à l’origine de la dispersion du H5N1, dans un premier temps. Sorte de répétition générale afin d’éprouver la rapidité de la réponse mondiale. Après ajustement, elle avait sorti son arme finale, un virus particulièrement virulent, sans grande gravité, mais qui devait créer une psychose dont ils émergeraient en « héros », avec leur vaccin.
Si les effluves de la grippe qu’on appelait aujourd’hui la grippe mexicaine flottaient toujours, la panique mondiale, elle, tardait à retomber. Pourtant, les efforts de l’OMS, soutenus indirectement par la Spyrale , étaient encourageants.
S’ils avaient évité le pire, il y avait tout de même des conséquences importantes pour le quotidien des Spyraliens .
Cap One avait également infiltré tous les réseaux de commandes du monde, et en particulier ceux de la Spyrale . Ses taupes n’étaient pas si nombreuses que ça en fin de compte, et parfois, elles ignoraient qu’elles étaient utilisées contre les intérêts de leur employeur principal. Cela rendait leur identification difficile. Des cellules dormantes.
Un véritable commando d’hommes et femmes suréquipés, en revanche, avait fait irruption dans la Spyrale via un tunnel qui reliait la Spyrale à un projet d’archivage officiellement abandonné en raison de ses coûts. Une extension des bâtiments à un kilomètre de là, aménagés sous des parkings souterrains et un bassin d’orage.
Gary pensait que si les personnages à la tête de Cap One n’avaient pas été si arrogants, orgueilleux, si perfectionnistes, et s’ils n’avaient pas cherché à se venger de Gary avec l’énergie du désespoir, ils auraient réussi.
Les conséquences de leur échec étaient nombreuses. La Spyrale se remettait, le monde, lui, ignorait à quoi il avait échappé. Tout simplement.
Par moment, Gary avait l’impression de travailler pour les Men in Black, inconnus du public, inconnus des services secrets. Sauf qu’ici, ils combattaient non pas des monstres venus de l’espace, mais des monstres de leur propre espèce.
En conséquence de la tournure des événements, la structure hiérarchique de la Spyrale et la sécurité avaient été repensées.
Peter Collins – son beau-père – était toujours son patron. Les contrôles aux points de passages névralgiques étaient devenus des enfers – s’ils ne l’étaient pas déjà avant. Et une partie du personnel était purement et simplement passé à la trappe, et remis à leurs autorités nationales qui examineraient leur intégrité. Une réduction de personnel d’environ une quinzaine de pour cent. Tout était devenu plus compliqué. Chacun devait faire des heures sup et l’engagement de nouvelles recrues était en cours. Sans mentionner que ces nouvelles personnes allaient subir un examen plus approfondi encore que lors des engagements traditionnels.
C’est comme ça que Tom – impliqué malgré lui dans la tourmente – avait rejoint l’équipe restreinte des Spyraliens . Pas en tant qu’espion – quoi qu’il soit tenu aux mêmes obligations de confidentialité maximale –, mais en tant que barman au lounge VIP de la spire 8. Auparavant, il était barman dans un bar gay où Gary l’avait rencontré et où ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre pratiquement instantanément. Les cicatrices effrayantes de Tom, une brûlure qui avait fait fondre une partie de son visage, sacrifié un œil, mangé une oreille et coulé sur le côté droit de son torse aurait sans doute repoussé la plupart des hommes. Mais Gary n’avait vu que « Tom ». Pourquoi ? Peut-être parce que son esprit avait été monopolisé par ses propres problèmes, avec la Spyrale , avec son coming-out inabouti à ce moment ? L’aurait-il aimé si facilement s’il était entré dans ce bar, en pleine possession de ses moyens ? Sans doute pas. Il devait l’admettre. Bien sûr, dès que l’on connaissait Tom, on ne pouvait que l’apprécier. Il était adorable. On pouvait tomber amoureux une fois le « choc » des cicatrices passé. C’était moche de réduire quelqu’un à une première impression, mais l’humain est ainsi, le nier, c’est mentir. Gary ne prétendait pas être « meilleur », parce qu’il avait su voir l’homme derrière la défiguration. Le destin les avait fait se rencontrer au bon moment, c’était tout et ils en étaient tous les deux heureux, c’est tout ce qui comptait. Gary soutenait qu’une belle gueule fait gagner quinze jours, mais c’est tout. Pire, une belle gueule, comme celles de Bob et Gabriel, ce n’est pas facile à porter. Draguer est facile, mais si l’on ne laisse pas l’occasion aux « quinze jours » de permettre de connaître l’autre en profondeur, cela ne sert pas à grand-chose.
Gary ne voyait pratiquement jamais Tom au boulot et tant mieux. Si les choses devaient tourner mal entre eux, ils ne se croiseraient pratiquement jamais. Car oui, Gary était amoureux, mais pas idiot, les choses ne restent pas toujours idylliques entre deux tourtereaux, et voilà pourquoi il y avait tant de cœurs brisés dans ce Monde.
Quand Gary était à la Spyrale , et qu’il était contraint de loger dans sa chambre en spire 26, Tom avait l’autorisation d’y loger également. L’insonorisation de la Spyrale étant à toute épreuve, personne ne se plaignait de cet arrangement.
 
 
À cette heure, Tom était probablement en train de déjeuner. Il prendrait le service de onze heures, pour les douze prochaines heures.
Cette pensée fit sourire Gary, malgré les tiraillements qu’occasionnaient les contractions musculaires de son visage sur ses coups de soleil. Doux et tendre Tommy… si tu voyais ton homme en ce moment… porté comme un vieux sac de patates par deux malabars crasseux, puant la transpiration, et malgré tout plus sexy que des Rugbymen néozélandais.
Gary n’aurait jamais osé signaler que ses fesses étaient atrocement douloureuses. Pas après les quelques kilomètres parcourus dans un désert, sur ce sable si tendre sous les pieds que ses porteurs trébuchaient souvent.
Bob et Gabriel se tenaient maintenant par les poignets. Le soleil sur leur face droite, brûlée hier soir par le soleil couchant, était déjà trop chaud. L’épuisement d’une nuit longue passée à se désensabler, couplé avec la douleur occasionnée par les articulations anguleuses des mains et des poignets enlacés de ses collègues, et les crampes aux bras et au dos à force de s’agripper à eux firent qu’à un moment, Gary n’en put plus. Son niveau personnel de saturation ultime était largement dépassé.
C’était comme si tout s’arrêtait ici. Il avait parcouru le monde, désamorcé des conflits, évité des guerres fratricides, il avait échappé à la mort un million de fois, il aurait dû, en toute logique, échapper à une « petite » épreuve comme celle-ci. Dans une heure, peut-être deux, avec de la chance, ils rejoindraient le camp dont ils avaient aperçu la lueur d’un feu.
Mais non. Tout se paie dans la vie. Et Gary avait l’impression de passer à la caisse, maintenant. Il avait résisté, lutté, avec un courage qui ne lui ressemblait guère. Mais en un claquement de doigts, il était las. Ses résistances artificiellement maintenues venaient de lâcher. Il était las. Las de mener cette vie, écrasé par le poids de responsabilités que ses étroites épaules ne pouvaient pas assumer. Las de se battre sans arriver à changer fondamentalement la fatalité. Las de côtoyer l’insoutenable.
Il n’avait plus la force de lutter, plus la force de tenir.
Il ne souhaitait pas trépasser, à proprement parler, mais il ne voulait plus lutter contre cette mort en sursis. Elle l’avait testé, taquiné trop souvent, elle attendait son heure, patiente et inlassable. Et cette heure, c’était maintenant… dans cet instant de faiblesse, sans doute, mais de grande lucidité également.
Gary crut voir le sourire de la mort tandis qu’elle l’accueillait enfin. Un sourire qui n’était ni mélancolique, ni enjoué, ni inquiétant, ni réconfortant.
Accueillant peut-être…
Oui, accueillant.
Il rendait les armes. Abandonnait, pas par lâcheté, mais juste à cause d’un épuisement qu’il avait nié à coup d’enthousiasmes contrefaits.
Il ne résista pas. Plus.
En fin de compte, il se demandait pourquoi elle n’avait pas clamé son dû plus tôt, il l’aurait accepté sans appréhension.
La chance – et la chance seule – lui avait permis de survivre si longtemps dans des conditions extrêmes. Quand on voit la fragilité de l’être humain, on se demande comment il ne meurt pas plusieurs fois par jour. Ce monde n’est pas fait pour lui.
L’instinct de survie ne pouvait pas tout expliquer. Certains succombent à une petite chute, d’autres résistent à un violent accident. Pour Gary, il était temps de payer et de rendre son dernier souffle, il le sentait au fond de ses tripes et cela lui procura un sentiment de soulagement. Et bien que la douleur parcoure son corps, pernicieuse et vicieuse, Gary se demanda pourquoi il avait estimé si important de sauver le Monde, de sauver tous ces gens. Nous sommes tous en sursis depuis l’instant de notre conception. S’accrocher à sa vie ? Pour quoi faire ? N’est-ce pas pathétique ? Qu’est-ce que l’accomplissement des prodiges – et des horreurs – dont nous sommes capables peut y changer ?
Une brève sensation de perte d’équilibre, une légèreté momentanée, un choc feutré… le visage de Tom souriant, et le long, le froid passage de la nuit, sur le Styx.
Un comble quand il faisait plus de quarante degrés.
 


STARVING LIONS
 
 
 
 
Putain… pas encore…
Il faisait noir dans la pièce, et surtout, il faisait étouffant. Il était couché sur un matelas inconfortable, avec une chemise fine qui collait sur son corps moite.
Le bip-bip régulier à sa droite lui fit comprendre qu’il était à l’hôpital.
Comment avait-il survécu ? Encore ?
La mort elle-même lui refusait-elle l’accès à la paix éternelle ? Ou plus exactement au silence et au répit…
Il n’éprouvait aucune douleur, juste de la chaleur.
Il essaya de bouger, mais tout pesait une tonne, sa jambe, son bras…
Non, il n’avait pas pu survivre, il avait senti son corps et son esprit lâcher prise, renoncer. Il avait senti sa vie le quitter, sereinement. Mais s’il était mort, que faisait-il ici ? Y avait-il vraiment une vie après la mort ?
...

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