Glam 
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Glam  , livre ebook

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Description

28 ans, fraîchement larguée sur les marches de l'autel, de retour dans sa chambre d'ado chez ses parents et sans emploi malgré ses nombreux diplômes, Alyson fait le point et panique.


En désespoir de cause, elle signe pour le poste que lui propose le webzine féminin le plus en vogue du moment. Stagiaire ? Elle ? Dans cet univers fait de stress et paillettes où les journalistes sont aussi piquantes que leurs talons aiguilles ?


Alyson n'a pas d'autre choix que se fondre dans la faune de la rédaction. Et quand on a Lou Sherman comme patronne, votre capacité d'adaptation en milieu hostile peut vous sauver la vie.



Suivez Alyson au fil de son blog-exutoire et découvrez l'envers du décor de Glam' comme vous ne l'avez jamais vu.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782375744642
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Virginie Platel
Glam'





Collection Infinity
Mentions légales
Le piratage prive l'auteur ainsi que les personnes ayant travaillé sur ce livre de leur droit.
Collection Infinity © 2018, Tous droits réservés Collection Infinity est un label appartenant aux éditions MxM Bookmark.
Illustration de couverture © Alis
Suivi éditorial © Mathilde Coquard
Correction © Emmanuelle Lefray

Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit est strictement interdite. Cela constituerait une violation de l'article 425 et suivants du Code pénal.
ISBN : 9782375744642
Existe en format papier
D’après une idée originale de série télévisée de Nathalie Bouembassa & Virginie Platel

Quand la série télévisée rencontre le roman…
Pour Nath, « We finally dit it ! »
Merci à ma bonne fée…
UNE HISTOIRE DE RENCONTRES…

À l’origine, GLAM’ était un projet de série télévisée, imaginé par Nathalie Bouembassa et moi-même. Nous nous sommes rencontrées dans les locaux de la production de la série Un gars, une fille où nous travaillions toutes les deux. Une belle amitié est née, et beaucoup d’imagination plus tard, la série GLAM’ est arrivée.
Alors que l’on assistait à une explosion de Chicklit chez nos confrères anglo-saxons en littérature et au cinéma (Bridget Jones, Le Diable s’habille en Prada…), il n’existait pas en France de séries télévisées de comédie avec des héroïnes féminines (comme Sex and the city, Absolutely Fabulous ou Desperate housewives …)
C’est suite à ce constat que nous avons imaginé « GLAM’». Une série télévisée ancrée dans l’actualité, avec une identité culturelle forte, car si la France est l’athanor des arts, de la mode et du glamour, le paysage audiovisuel français ne reflète pas cette réalité.
Riches de nos expériences mises en commun, pour ma part en tant que scénariste, partie à Londres pour acquérir le savoir-faire anglo-saxon dans le domaine des séries télévisées féminines, et Nathalie actuellement chez BBC France, nous avons conjugué l’envie de créer un programme original, s’appuyant sur une formule qui avait fait ses preuves à l’étranger, tout en conservant la sensibilité de notre pays. Il s’agissait en quelque sorte de s’inspirer de la recette, mais de modifier les ingrédients, pour aboutir à un mélange sucré-salé à la française.

LE PITCH DE GLAM’ POUR LA TÉLÉVISION

UNE SÉRIE « FÉMININ-PEOPLE » PROPOSÉE PAR DES POTINS DE FILLES

« Non, il ne s’agit pas d’une grande blonde de 1m80 avec pour seul argument un 105 C, mais de l’histoire de cinq jolies femmes qui ne lésinent pas sur leurs efforts et leur rouge à lèvres pour fabriquer du rêve.
Entrez dans la ruche du magazine people que ces donzelles besogneuses et coquettes confectionnent avec dévotion et cynisme chaque semaine.
Cette nouvelle minisérie audacieuse et décalée met en scène les tribulations de cinq femmes « actuelles », aussi piquantes que leurs talons aiguilles, évoluant dans un univers impitoyable fait de stress et de paillettes. »

Bien que très apprécié par nos interlocuteurs et partenaires, le projet de série GLAM’ fut jugé trop féminin (un marché de niche apparemment !) par les dirigeants de la télévision française, et n’a finalement pas abouti. Ce qui ne l’empêchera pas de vivre par ailleurs…
Je tiens à remercier la productrice, une grande dame de la télévision avec un vrai sens de l’honneur, qui a soutenu et porté ce projet auprès des diffuseurs.
Qui sait, peut-être qu’un jour le succès du roman librement inspiré de ce projet sera tel que GLAM’ fera l’objet d’une adaptation télévisée ? La boucle (attention pas celle du sac à main ni de la ceinture) serait alors bouclée.
Virginie Platel

Quelques définitions

GLAM’ est un webzine féminin people. C’est-à-dire un magazine féminin en ligne. Il distille conseils et astuces beauté, balance des infos people , mais donne surtout un tas de clés aux femmes pour survivre dans la jungle urbaine du XXI e siècle, tout en menant de front leur carrière, leur vie de femme, de mère et d’amante (religieuse ou non).
GLAM’ se revendique ouvertement de la Chicklit. Chicklit, mot d’origine anglo-saxonne, signifie littérale ment « littérature de poulettes ».
Ce genre léger a aussi reçu le sobriquet de « Gossip lit », car la Chicklit, c’est la littérature des cancans, des ragots, du commérage et du bavardage. (Vous voilà prévenus !)
J-1 • Dimanche 30 septembre

Au début, j’avais mis ça :

LES TRIBULATIONS PROFESSIONNELLES & SENTIMENTALES D’UNE CÉLIBATAIRE DE (PRESQUE) 30 ANS (PRESQUE) MARIÉE ET DOCTEURE ÈS LETTRES MODERNES.

Bonjour,
Je m’appelle Alyson Nell, je suis née il y a vingt-huit ans d’une mère française et d’un père britannique, et j’ai trois gros défauts : je suis romantique, maladroite, franche et honnête. Comment ça, ça fait quatre ? Ah, et j’ai de l’imagination aussi, trop parfois, même…
Je suis diplômée d’un doctorat en Lettres Modernes et, aujourd’hui, j’ai dû réapprendre à écrire. Parce que si je veux avoir une chance d’être publiée, je dois devenir une blogueuse très connue sur la toile. Eh oui, ça marche comme ça, maintenant ! Exit les essais sur Euripide, Montaigne, Montesquieu… Place aux blogs !
Mon « weblog » sera à la fois mon journal intime et un carnet de bord où je consignerai mes souvenirs pour ne rien oublier des événements euh… exceptionnels que je suis en train de vivre. Il est destiné aux générations actuelles et futures qui tomberont accidentellement sur mes publications, parmi les millions de blogs que compte Internet. Une petite étoile dans l’immensité de la galaxie baptisée sobrement blogosphère par les initiés.
Cet espace sera aussi le nôtre, où nous pourrons échanger des informations, et où vous viendrez nombreux, chers internautes, me poster plein de commentaires enthousiastes.
À terme, ce blog devrait aussi servir d’outil de promotion pour mes textes. En attendant, il va me permettre de libérer ma plume et de soulager ma conscience.
En effet, comme je ne savais pas de quoi parler, j’ai décidé de raconter ma propre vie. Une sorte de mise en abîme, quoi… Ironique, non ?

Commentaires :
Caro77
Iro… quoi ?

Alyson
Laisse tomber…
1 er jour de boulot • Lundi 1 er octobre

QUAND TOUT A COMMENCÉ …

Savez-vous ce qu’est un webzine féminin people ? Oui ?
Non ?
Eh bien moi, je n’en avais aucune idée jusqu’à aujourd’hui. Et je me demande encore dans quelle galère je suis allée me fourrer…
Ce matin, j’avais rendez-vous à 9h pour rencontrer la directrice de GLAM’ 1 , un magazine féminin en ligne très tendance, au sein duquel j’espérais pouvoir décrocher un job.
À vingt-huit ans, diplômée d’un doctorat de Lettres Modernes chèrement obtenu après trois années de multiples et fastidieuses réécritures d’une thèse de sociolinguistique, je ne me faisais toutefois pas trop d’illusions vu mon manque d’expérience professionnelle. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir cherché du travail jusqu’ici, mais il semblait que le travail ne voulait pas de moi !
Ce matin donc, je me suis pointée à l’accueil du webzine, vêtue de façon classique sous un manteau noir léger, une étole nouée autour du cou. Je serrais un porte-documents contre moi avec mes CV un peu vides contrairement à ma tête, bien pleine. Il était 8h45. J’avais pris deux bus pour parvenir jusqu’à l’immeuble moderne de la rédaction, du genre provisoire qui dure, dans le 15 e arrondissement de Paris, et attendu un peu au premier étage sur la coursive en béton que le temps passe. Détestant être en retard, j’avais prévu large pour être à l’heure.
Dans l’entrée de la société, la standardiste, une fille de vingt ans, svelte, aux cheveux courts blond platine terminés par des pointes bleues, m’a alors accueillie. Enfin, accueillie, c’est un bien grand mot ! Elle écoutait son iPod en se collant des tatouages sur l’avant-bras. Quand au bout de plusieurs minutes, elle a daigné lever les yeux vers moi par-dessus ses lunettes noires, ça a été pour balancer que Lou Sherman 2 , la directrice de GLAM’, ne débarquait jamais avant 10h pour la « Conf’ de Rédac’ ». De plus, ça l’étonnait que j’aie rendez-vous à 9h vu que Lou n’était pas du genre lève-tôt. Elle m’a désigné plusieurs fauteuils club de couleur flashy autour d’une table et conseillé d’attendre là, et que je verrais bien si elle arrive ou non.
Peu rassurée, j’ai poireauté une demi-heure environ. J’ai alors assisté à un truc de fou. La standardiste avait mis son iPod en mode haut-parleur. C’était Uptown Girl de Billy Joel et ça collait bien avec la scène qui allait suivre.
Une jeune femme à la peau mate et aux boucles réglisse en tire-bouchon vêtue d’un legging moulant et d’un mini blouson rose déboule soudain en rollers. La fille de l’accueil lève les yeux du magazine « TRASH » qu’elle lit sous le logo « GLAM’ » (ce qui fait bien) pour mater la sportive sexy. La jeune métisse lui lance un : « Salut, Agathe ! », enlève ses rollers et pénètre dans la rédaction.
L’instant d’après, c’est une brune aux yeux bleus, arborant un look BCBG, qui surgit sur une trottinette. Elle la replie ensuite, tout en parlant au téléphone via son kit mains libres, et entre à son tour.
Arrive alors une femme châtaine, banale, sans coupe de cheveux définie ni formes, poussant un vieux vélo avec des sacoches sur les côtés. Elle fait plus âgée que les autres, même si ça ne doit pas forcément être le cas. Elle salue Agathe (qui ne la calcule pas), range son vélo dans le local à fournitures sur le côté et s’introduit dans la société.
Je crois avoir tout vu, lorsqu’un scooter flambant neuf jaillit du monte-charge dans un nuage de fumée. Aussitôt, la standardiste s’empresse de planquer son magazine. Une femme blonde aux cheveux longs vêtue d’une jupe courte (pas évident de porter ce genre de truc sur un scooter, avec des talons hauts qui plus est) tente à plusieurs reprises d’éteindre son moteur. La standardiste tousse tellement à cause des gaz d’échappement que je crois qu’elle va s’écrouler, asphyxiée. Quand enfin la blonde réussit à couper les gaz, elle a du mal à mettre son engin sur la béquille. Elle ôte ensuite son casque rose en forme de coquille d’œuf et le balance sur le bureau d’Agathe, sans même un regard, avant de disparaître. Je devine alors que cette blonde doit être la patronne, la fameuse Lou… À ce moment-là, je me demande si je ne suis pas tombée en plein milieu d’un tournage de série télé avec toutes ces caricatures ambulantes…
La standardiste reprend son magazine, tout en feignant toujours royalement de m’ignorer. Je me dis que le défilé doit être terminé et que si ça se trouve, même, j’ai dû rêver.
Les deux battants de la porte s’ouvrent alors en grand. Je fais un bond sur mon fauteuil. Une très vieille femme debout sur un chariot à roulettes contenant ramettes de papier et palettes de fournitures diverses fait une arrivée fracassante. Elle hurle : « Yeeeeeepppaaaaa !!! ».
Son char vient percuter le scooter de la patronne. Sous la violence du choc, l’engin bascule, mal en point. Le craquement est tel que la standardiste quitte son magazine des yeux.
— J’avais la priorité là, non ? se justifie la chauffarde auprès de la standardiste, médusée.

— Bienvenue chez GLAM’, m’a lancé Lou Sherman, une dizaine de minutes plus tard depuis son fauteuil de ministre dans son grand bureau.
Autant dire, « bienvenue parmi une bande d’Amazones complètement givrées », si j’en jugeais par ce à quoi je venais d’assister. (à suivre…)

***

De Caro Lyne <Caro77@gmal.com>
À Alyson Nell <AlysN@youhou.com>
Envoyé le : Lundi 1 er octobre à 21h20
Hello Miss,
Waouu ça c’est du résumé ! Tu t’es fait engager, alors ? Raconte… C’est vraiment nul que tes parents ne veuillent pas que tu reçoives d’appels après 20h. Ça craint même, à vingt-huit ans ! Depuis que tu es retournée chez eux, tu as douze ans et demi de nouveau. Sérieux ! En même temps, heureusement qu’ils t’ont recueillie quand l’autre naze t’a larguée. J’en reviens toujours pas qu’il t’ait plantée le soir de ton mariage…
Tout ce que j’espère, c’est que tu deviennes une grande journaliste, que tu gagnes plein de fric et qu’il te supplie de le reprendre parce que sa stagiaire de vingt ans l’aura jeté, lui, son bide et sa tonsure galopante. Non, mais j’hallucine, il t’a plaquée, toi qui as un doctorat, pour une petite pouf, une STAGIAIRE, non, mais hello ! Qu’est-ce qu’ils doivent avoir à se dire ? Rien ! Remarque, il se fiche peut-être de sa conversation, sa poitrine mise à part. La psychologie masculine, je n’y comprendrai jamais rien… C’est comme Quentin. Figure-toi qu’hier soir il était chaud comme la braise, quand moi j’étais plongée en plein suspense du dernier chapitre de 15 degrés de rouge. Et une fois mon livre terminé, que j’étais tout émoustillée, Monsieur s’était endormi ! Non, mais tu vois le tableau ? Enfin, bref !
Bisous,
Caro

De Alyson Nell <AlysN@youhou.com>
À Caro Lyne <Caro77@gmal.com>
Envoyé le : Lundi 1 er octobre à 21h45
Bonsoir Caro,
Je te réponds vite fait, car je n’ai pas terminé d’écrire le compte rendu sur mon blog et je suis crevée.
Concernant mon ex-mari, il a eu le culot de me sortir que j’étais psychorigide ! Tout ça parce que j’ai voulu qu’il marche sur les marques au gaffer que j’avais mises exprès pour lui à l’église et à la salle des fêtes quand on a dansé. Alors que j’avais fait ça pour arranger le caméraman, qui avait passé des heures à installer ses projecteurs, la veille. Et tu sais comme Franck peut être dispersé dans ses gestes, surtout quand il danse (ça fait peur !). Bon, je suis peut-être un poil perfectionniste, mais psychorigide… Non, mais tu te rends compte de sa mauvaise foi ?
Je me suis donné un mal de chien pour tout organiser, que tout soit parfait. Je me suis cassé la tête sur le plan de table, les ongles sur la déco, et le cul sur les marches de l’église pour que Monsieur à la fin de la soirée me rende son alliance. Soi-disant qu’il ne se voyait pas se déplacer sur des bouts de gaffer jusqu’à la fin de sa vie ! Que face à la crise de l’âge mûr (sous-entendu c’était moi, l’âge mûr) il étouffait et qu’il devait prendre ses distances s’il voulait survivre. Alors, oui, ça fout les boules de devoir retourner chez ses parents à presque trente ans. Surtout quand ils te mettent la pression pour que tu trouves du travail parce qu’ils en ont marre de te voir traîner à la maison (en fait, étudier, mais ils ne comprennent pas le concept de la thèse). Et qu’ils ne supportent pas que tu aies un avis sur tout (déco, alimentation…), parce qu’à vingt-huit ans forcément tu es une adulte et que tu ne dis plus « oui, amen ! » à tout ce qu’ils tentent de t’imposer. Et que justement, considérant que tu es une adulte, ils aimeraient te voir voler de tes propres ailes pour retrouver leur liberté.
Pour rappel, parce que je ne sais pas si je te l’avais dit, ils m’ont posé un ultimatum : soit je décroche un boulot, soit ils me mettent sur le trottoir avec toutes mes affaires. Tu réalises ? Sur le trottoir ! Mes parents !
Alors, comme mes démarches ne donnaient rien, ils étaient tellement désespérés que mon père a demandé à notre médecin de famille, qui a le bras long et la main baladeuse, d’activer ses contacts pour aider leur petite « scribouilleuse » à se dégoter un job. Et le doc n’a rien trouvé de mieux que de m’obtenir un rendez-vous dans un webzine féminin (dont il soigne la patronne) ! Bref, à l’opposé des articles sérieux que j’aimerais écrire et des prix littéraires que je vise. Quant à savoir si je l’ai finalement eu, ce boulot, la suite arrive…
Bisous.
Alys


De Caro Lyne <Caro77@gmal.com>
À Alyson Nell <AlysN@youhou.com>
Envoyé le : Lundi 1 er octobre à 22h27
Bonjour le suspense ! T’exagères…
Caro
1 er jour de boulot • Lundi 1 er octobre

BIENVENUE CHEZ GLAM’ !

Comment s’est passé mon entretien ? Je vais essayer de vous restituer fidèlement la scène.
Assise derrière son immense bureau, Lou Sherman, la patronne blonde de GLAM’, m’a tout d’abord vanté les mérites du webzine dont elle a la charge :
— GLAM’ reflète les enjeux féminins d’aujourd’hui. Né il y a cinq ans à peine, ce webzine est actuellement le leader du marché. Son site Internet est en mesure de répondre à toutes les attentes des femmes…
Lou avait complètement disparu de mon champ de vision, occupée à vérifier l’état du vernis de ses orteils sous son bureau (comme j’ai pu m’en percevoir en penchant la tête au bout d’un moment, inquiète de ne pas la voir remonter à la surface).
— Les grandes marques nous courtisent, les recettes publicitaires sont énormes. On peut réellement parler de success-story en ce qui nous concerne, s’est-elle encore enorgueillie. Nous avons cinq millions de lecteurs en Europe, dont la moitié en France, et nous envoyons presque autant de newsletters à nos abonnés.
Lou s’est brusquement relevée. De fait, elle a passé le reste de l’entretien avec une mèche blonde en l’air sur la tête.
— Bref ! Vous êtes là pour quoi, déjà ?
Je me suis sentie comme un misérable moucheron venu quémander une miette de pain. J’ai dégluti et à peine avais-je ouvert la bouche, qu’elle me l’a bouclée.
— Ah, c’est vrai ! Notre sympathique médecin de famille a plaidé votre cause. Il a su me prendre par les sentiments…
Je ne sais pas comment il l’a prise, mais à en juger par l’expression malicieuse sur son visage, ça n’a pas dû être une torture pour elle.
— Écoutez, je ne connais pas votre parcours, en dehors du fait que vous avez fait des études jusqu’à devenir vieille fille (j’ai cru que j’allais m’étouffer). Mais ce que j’exige de mes collaborateurs, c’est qu’ils soient opérationnels, efficaces et surtout totalement DISPONIBLES. Pensez-vous posséder ces qualités ?
J’ai hoché frénétiquement la tête, tout en poussant mes CV sur son bureau pour attester de mes compétences. CV qu’elle s’évertuait à snober royalement.
— Par DISPONIBLE, j’entends que nous ne regardons pas la montre, ici. Il peut arriver que vous restiez fort tard, tant que le travail n’est pas terminé… m’avertit encore Lou.
C’est à ce moment-là que j’aurais dû me méfier. J’ai balbutié que le travail ne me faisait pas peur.
— Très bien. Alors, vous foncez avec nous ! me lança Lou en se levant.
Je n’en revenais pas. Je venais de décrocher mon premier emploi ! Une joie intense et un immense soulagement m’envahirent.
— Vous aurez un mois pour faire vos preuves à la rédaction de GLAM’.
— En tant que rédactrice ? interrogeai-je, naïve.
— En tant que stagiaire à la rédaction, rectifia Lou.
J’ai cru que j’allais tomber de ma chaise. Moi, STAGIAIRE ?
— Avec une possibilité d’embauche à la fin ? réussis-je à articuler, la voix étranglée.
— Nous verrons de quoi vous êtes capable, répondit Lou en détournant son regard bleu glacé, presque blanc, ailleurs.
— Bienvenue chez GLAM’, me gratifia-t-elle enfin en me tendant une main osseuse garnie de bijoux clinquants et en arborant un sourire artificiel (dans tous les sens du terme).
De son air impérieux, du genre que l’on n’ose pas contredire, elle m’a ordonné de la suivre. Le temps qu’elle m’avait alloué était terminé, je n’avais plus droit à la parole.
J’allais être sur les talons de ma nouvelle patronne une bonne partie de la journée avec encore mon manteau sur le dos et mon porte-documents sous le bras, sans pouvoir aller faire pipi et sans que personne ne me calcule. J’étais devenue transparente et inexistante, une sorte de larbin à sa solde. J’étais devenue stagiaire.

Commentaires :
Caro77
STAGIAIRE ??? Pendant 1 mois ? Noonnn… C’est une blague ?

Alyson
Eh non ! (Snif)
1 er jour de boulot • Lundi 1 er octobre

MA PREMIÈRE MATINÉE CHEZ GLAM’

Finalement, j’ai décidé de rebaptiser humblement cet espace comme suit :

LE BLOG D’UNE STAGIAIRE

LES 10 COMMANDEMENTS DE LA STAGIAIRE :
— De questions, point tu ne poseras.
— Toujours d’accord avec ta patronne tu seras.
— Disponible, de jour comme de nuit, tu te rendras.
— Larbin dévoué, femme à tout faire, tu deviendras.
— De très peu d’argent tu disposeras.
— En revanche quantité de travail tu abattras.
— Aux idées saugrenues des autres, tu te soumettras.
— Les voir partir manger pendant que tu trimes, tu accepteras.
— Heureuse de ta condition, enfin, tu seras.
— Et surtout ta gueule, tu fermeras.
NB : Je dénonce ici l’exploitation industrielle des petites stagiaires surdiplômées et désespérées, dans un contexte de soi-disant crise, volontairement entretenue par des sociétés multimilliardaires générant des bénéfices pharaoniques, qui ont le culot d’employer un individu pour faire le boulot de trois personnes. C’est tellement commode d’agiter le spectre de la crise : « Surtout n’allez pas voir ailleurs, vous ne trouverez pas de travail ! ». Ces mêmes sociétés utilisent des stagiaires à des postes qualifiés, avec la bénédiction de l’État. Mais pourquoi s’en priveraient-elles ? C’est pas GLAM’ ça, sérieux ?

TIMELINE 9h52
J’ai poursuivi Lou jusqu’à un grand open space , appelé salle de rédaction, où sont entassées toutes les journalistes du magazine. On se serait cru dans une ruche où une dizaine de donzelles tapaient de concert sur le clavier de leur MacBook Air (encore plus frénétiquement, d’ailleurs, à l’arrivée de leur patronne). Derrière le glamour et le rêve véhiculés par ses pages, je n’allais pas tarder à me rendre compte que la rédaction d’un magazine, c’est aussi l’enfer où tous les coups, surtout les plus bas, sont permis.
9h54
Lou a regardé la page d’accueil du site, appelée la « Home » (pour home page ) avec deux chefs de rubrique. Quand les deux femmes ont fini de tout lui détailler, elle a conclu que ça n’allait pas du tout. Les journalistes n’ont pas moufté. Je crois qu’elles sont blasées.
10h
Tout le monde s’est rendu au pas de charge, à la suite de Lou, dans une grande salle pour la fameuse conf’ de rédac’ (abréviation de conférence de rédaction). L’ambiance était électrique. J’ai cru que j’allais me faire piétiner par un banc de filles, et pas des thons, qui s’engouffraient dans la pièce. Il y avait aussi quelques garçons, qui se sont mis debout en retrait de la table où se sont installées les journalistes avec leurs ordis. (À noter que beaucoup ont essayé de se planquer derrière leur écran quand Lou a hurlé, mais à part celle qui avait un 17 pouces, toutes les autres ont morflé.) À leur place, j’arriverais avec un grand écran, la prochaine fois…
10h05
De l’extérieur, on pourrait penser que la conf’ de rédac’ c’est comme une tea party entre copines, où on discute fringues, produits de beauté et actu people, des petits gâteaux à la main. Mais en fait pas du tout ! Déjà, il n’y a que du café noir de Jamaïque qui rend speed, et des biscuits de régime. Et ensuite, on se croirait sur un ring où Lou orchestre un vaste règlement de comptes. Chaque rédactrice note scrupuleusement ses directives et encaisse ses critiques acerbes. Car Lou est non seulement la directrice artistique du magazine, mais aussi la rédactrice en chef. Bref, pas moyen de lui échapper, tout passe par elle !
10h10
Lou a défini les thématiques des dossiers de la semaine, avec les dates de rendu des articles, et les quelques interviews à réaliser. Elle les a attribuées à plusieurs journalistes et chefs de rubriques spécialisés. Elle a également discuté « visuels » à « resizer » (comprendre redimensionner) avec un gars de l’informatique. Une fois que le planning des mises en ligne a été complété, elle a demandé à la journaliste spécialisée dans la cuisine de lui indiquer les meilleurs plans restos du moment, car elle avait un rendez-vous important le soir même. Cet aparté s’est largement étendu sur la réunion. Ensuite, elle a demandé à Agathe de lui réserver une table pour deux chez Tony, balayant ainsi d’un revers de la main toutes les propositions de la journaliste précédemment interrogée. La standardiste a hurlé en disant qu’il fallait réserver trois mois à l’avance dans ce resto. Lou a alors dit de bien rappeler à Tony qu’elle était la directrice de GLAM’ et qu’elle avait le pouvoir d’anéantir sa réputation. Dans les minutes qui ont suivi, elle a eu sa table.
11h05
On est entrées dans le vif du sujet avec la thématique du jour : « Être ou paraître ». Le credo de Lou, c’est qu’« être GLAM’ » c’est entretenir son corps. Pour traiter un dossier spécial soins corporels, elle a imposé à son équipe d’expérimenter diverses techniques, plus fantaisistes les unes que les autres. J’ai discrètement filmé avec mon Smartphone ce moment d’anthologie, et franchement, ça vaut de l’or ! Je vais tâcher de vous en restituer un petit extrait, comme si vous y étiez !

MORCEAU CHOISI
Pour vous resituer un peu les membres principaux de la rédaction 3 : LOU, c’est la patronne. Blonde, style slave, un véritable prédateur en jupons.
DIANE, brune aux yeux bleus BCBG. Intelligente et classe, le genre journaliste intègre.
MAELYS, c’est la métisse sexy, optimiste de nature, sportive et extravertie.
GERSANDE, la fille châtaine transparente, qui poussait un vélo à sacoches. Je ne sais pas qui c’est. Elle a dû se planter d’étage… RAYMONDE, la fringante doyenne et chauffarde de ce matin. Elle aussi je me demande ce qu’elle fait là, vu son grand âge, elle devrait largement être à la retraite.
Et enfin AGATHE, c’est la standardiste je-m’en-foutiste, assistante de LOU et testeuse de produits à l’occasion.

LOU
Conseils et astuces beauté. « Dix crèmes de soin au banc d’essai. » On fait un tour de table.
Agathe ?
AGATHE (visage très rouge. Œil au beurre noir sous ses lunettes)
J’ai testé l’Hydraluciole de chez Spotlight spécial teint lumineux. C’est même carrément phospho ! En boîte, j’étais l’attraction phare, sur la piste.
LOU
Et ton coquard, c’est dû à quoi ?
AGATHE
Ah, ça, c’est quand on est rentrés. J’ai un pote un peu bourré qui m’a confondue avec la porte du frigo.
GERSANDE (le visage bouffi)
J’ai testé la crème à la Gelée royale de Nutritella.
LOU
Tu fais une allergie ?
GERSANDE
Non, je me suis fait piquer par une abeille.
LOU (atterrée)
C’est la Cour des Miracles, ici ! Diane ?
DIANE (le teint hâlé, mais les yeux rouges et contours blancs)
J’ai testé la Photosmile effet bonne mine. Comme j’avais un rencard avec mon ex, j’ai mis le paquet… Mais elle pue tellement, cette crème, qu’il a fait chambre à part ! (Elle sanglote.)
LOU
Si même ta crème beauté te casse ton coup, laisse tomber !
Image d’un pot de crème avec un râteau scotché dessus.
LOU
Raymonde, l’anti-Flip raffermissante, ça donne quoi ?
RAYMONDE
C’est de la connerie ! Ça n’existe pas les potions magiques. Pour moi, être jeune, c’est avant tout un état d’esprit.
MAELYS
OK, Raymonde. C’est bien joli.… N’empêche qu’au lit, ce n’est pas ta philosophie qui compte !
RAYMONDE (vindicative)
Tu vois, ça c’est la différence entre nous : toi tu as un capital beauté. Et moi j’ai un capital… tout court !
LOU (coupant court au crêpage de chignons)
Bon, ça suffit ! C’est ça le résultat de vos tests : un coquard, une abeille et un râteau ? Vous allez me retravailler ça d’ici mercredi. Vous, la nouvelle (elle m’a pointée du doigt) , vous vous y collerez aussi. En attendant, j’espère que notre dossier spécial Soins corporels vous inspirera davantage. Je vous ai concocté un planning de tests pour la journée. Et j’attends du concluant, cette fois ! (Elle sort, très énervée.)

Commentaires :
Caro77
Merde alors, avec tous tes diplômes c’est ça ton job : testeuse produits ?
Alyson
Ne m’en parle pas, j’ai cru que j’allais pleurer !
1 er jour de boulot • Lundi 1 er octobre

PAUSE DÉJEUNER
(sauf pour moi)

À la suite de la conf’ de rédac’, tout le monde s’est activé sur son ordi. Comme je n’avais pas de directives, je suis allée frapper à la porte du bureau de Lou. Lorsqu’elle s’est ouverte, ça a été pour laisser rentrer un homme avec une sacoche. J’ai pensé que Lou était malade, genre la voix enrouée vu comme elle avait hurlé en conf’ de rédac’, mais bizarrement je n’ai pas reconnu notre médecin de famille. La porte a claqué. Tous les volets se sont baissés et je me suis mise à attendre.
Au bout d’un moment, j’ai été délivrée par Agathe, qui m’a annoncé que Lou en avait au moins pour une heure entre son épilation du maillot et sa manucure avec l’esthéticien. Je pouvais m’occuper du standard si je voulais, en attendant, histoire que je fasse connaissance avec tous les noms des employés de la boîte, leurs fonctions et leurs postes. Moi, naïve et candide, j’ai trouvé l’idée plutôt bonne. C’est comme ça que je me suis retrouvée à garder le standard pendant qu’elle allait manger avec ses collègues. Heureusement, ça n’a quasiment pas sonné, parce que la liste des employés avec leurs numéros de poste sur l’ordi d’Agathe était fausse. (Mais comment fait-elle pour travailler ?)
J’ai également connu un grand moment de solitude quand un vieux monsieur (à en juger par sa voix) a appelé et demandé à parler à Lou. J’étais incapable de la lui passer et je ne pouvais décemment pas la déranger en pleine épilation. Tout ce que j’ai trouvé à dire c’est que Lou était en rendez-vous et que je pouvais prendre un message s’il voulait (j’avais vu ça dans une série télévisée). Le monsieur, charmant, a répondu de lui transmettre que René-Charles Sherman, son mari, avait appelé. Je me suis excusée platement de ne pas l’avoir reconnu, vu que je ne le connaissais pas (et que j’étais surtout loin de me douter que ma sexy en diable de patronne était mariée à un vieux). Tout à fait charmant, le monsieur a compris que j’étais nouvelle parce que j’avais été très polie au téléphone et qu’il n’en avait pas l’habitude. Il a raccroché en me souhaitant bonne chance. Je ne sais pas comment je dois l’interpréter…

Commentaires :
Caro77
Dis donc, ça balance sec sur les coulisses pas très GLAM’ de ce webzine ! Vivement la suite !
1 er jour de boulot • Lundi 1 er
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