Jusqu au dernier battement de ton cœur
204 pages
Français

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Jusqu'au dernier battement de ton cœur

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Description


« Il connaissait par cœur ces eaux troubles dans lesquelles il avait navigué. Elles étaient envahies de voitures, d’un pare-brise en mille morceaux... »


Deux ans après l'accident de voiture qui lui a arraché ses amis et son frère aîné, Even endure une existence solitaire. Il a l'impression d'étouffer à chaque nouveau pas dans les couloirs bondés de son lycée et se sent cerné par les regards de haine et les insultes. En réponse à cette colère, il n'a d'autre choix que d'attendre. Attendre que les jours passent, que la réalité reprenne un sens, que la lumière revienne dans sa vie.


Lorsqu'elle se montre, un beau jour d’automne, il ne la remarque pas tout de suite. Pourtant, Lucas, cet élève bruyant et lumineux, gravite autour de lui depuis l'enfance.


Even ne lui a jamais prêté attention, jusqu'à ce jour où, forcé de lui donner des cours particuliers, leurs mondes entrent en colision.


Et s'il y avait encore de l’espoir ?



#MM #NewAdult #SecondeChance


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Informations

Publié par
Nombre de lectures 21
EAN13 9791038109445
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


Lorsqu'elle se montre, un beau jour d’automne, il ne la remarque pas tout de suite. Pourtant, Lucas, cet élève bruyant et lumineux, gravite autour de lui depuis l'enfance.


Even ne lui a jamais prêté attention, jusqu'à ce jour où, forcé de lui donner des cours particuliers, leurs mondes entrent en colision.


Et s'il y avait encore de l’espoir ?



#MM #NewAdult #SecondeChance


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Elinna T. Higg
 
Jusqu’au dernier battement de ton cœur
 
 
 
Reines-Beaux
 
Pour la présente édition © Reines-Beaux 2020
Reines-Beaux est un label des éditions Bookmark
dirigé par Terry Milien
 
Copyright © Elinna T. Higg 2020
 
Maquette : Scarlette Victoire
Illustration de couverture : Ana Grigoriu-Voicu
Suivi éditorial : Marc Philipps
Corrections : Relis-tes-ratures
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les personnages, lieux et évènements décrits dans ce récit proviennent de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes, des lieux ou des évènements existants ou ayant existé est entièrement fortuite.
 
Tous droits réservés. Cette œuvre ne peut être reproduite, de quelque manière que ce soit, partiellement ou dans sa totalité, sans l’accord écrit de la maison d’édition, à l’exception d’extraits et citations dans le cadre d’articles de critique.
 
Avertissement sur le contenu : cette œuvre dépeint des scènes d’intimité entre deux personnes de même sexe ou non et un langage adulte. Elle vise donc un public averti et ne convient pas aux mineurs. La maison d’édition décline toute responsabilité pour le cas où vos fichiers seraient lus par un public trop jeune.
 
ISBN numérique : 9791038109445
ISBN broché : 9791038110717
www.editionsbookmark.com
Prologue
 
Sombres ténèbres
 
 
Juin 2012
 
— Isac !
Le bruit de la pluie frappant le bitume ne fut pas suffisant pour couvrir la voix brisée d’Even. Isac se retourna et constata que les traînées de sang qui tapissaient le sol plus tôt n’étaient plus qu’un souvenir, tout comme celles qui recouvraient le bras et le visage de son petit frère.
Il partagea un regard avec le policer à ses côtés, n’osant pas faire un geste pour rejoindre Even. L’homme finit par s’éloigner de lui, lui donnant implicitement la permission d’aller à la rencontre du jeune homme en pleurs.
— Even, murmura-t-il, calme-toi, d’accord ?
Isac leva ses poignets liés et caressa la chevelure noire de son petit frère, coupée très court sur la partie inférieure de son crâne. D’habitude ébouriffées avec style, ses mèches plus longues sur le sommet de sa tête étaient désormais gorgées d’eau et collaient à son front. Cela ne préoccupa pas Even qui le fixait, terrifié. Il savait comment tout cela allait se terminer. Il n’y avait aucune autre échappatoire. Pourtant, il ne parvenait pas à l’accepter. Isac était tout ce qui lui restait.
Sa mine alarmée renvoya Isac quelques années en arrière, à une époque qu’il avait presque oubliée. Celle où son petit frère venait le retrouver dans sa chambre après avoir fait un cauchemar, à la recherche d’un réconfort qu’il était le seul à pouvoir lui donner.
— Isac, articula difficilement Even, ne pars pas… Je t’en supplie, ne me laisse pas !
Isac jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, vérifiant que le brigadier était à une distance suffisante. En le voyant discuter avec l’un de ses collègues, il s’adressa de nouveau à son frère, sans pouvoir empêcher sa voix de trembler.
— Je suis désolé, Even, souffla-t-il avec tendresse. J’aurais voulu pouvoir m’occuper de toi et te protéger. Ne t’inquiète pas pour moi. Prends soin de toi, d’accord ? Ne ressasse pas cette soirée. Je ne t’en veux pas pour ce que tu as fait, c’était un accident. C’est moi qui aurais dû faire plus attention. C’est de ma faute.
Sa voix se brisa sous le poids de la culpabilité. S’il avait été plus attentif à Even, s’il avait réussi à le comprendre, rien de tout cela ne serait arrivé. Ils n’en seraient pas là, sur le point de tout perdre. Personne ne serait mort.
— Ta faute… chuchota Even en donnant l’impression de ne pas comprendre le sens de ce mot.
Voir Isac le consoler le fit suffoquer. Il aurait dû être celui à l’apaiser. Son frère avait les poignets menottés. Il était à deux doigts de perdre sa liberté, de vivre une vie qu’il n’avait jamais demandée. Il allait l’abandonner, le laisser seul, hanté par ses démons.
— Tu veux rire ? reprit-il d’une voix plus forte. Comment tu peux dire que c’est de ta faute alors que c’est moi qui…
Avant qu’il ne puisse continuer, Isac plaça un doigt sur ses lèvres et lui fit signe de baisser d’un ton. Il vit Even fermer les paupières avec force, cachant ainsi ses yeux sombres larmoyants. Les mêmes que les siens.
— Il va falloir que tu te débrouilles seul à partir de maintenant d’accord ? J’ai confiance en toi.
Les pleurs d’Even s’intensifièrent, troublés par les sirènes et les voix autour d’eux. Il s’avança et cala son visage contre l’épaule d’Isac, le suppliant plusieurs fois de ne pas le quitter. Il enfouit son nez dans les longues mèches brunes, d’habitude nouées en catogan. Elles étaient désordonnées, sortant à moitié de l’élastique, mais cela ne l’empêcha pas de se gorger de leur odeur, enterrant ce souvenir au plus profond de son être.
Il s’en imprégna, conscient que cela apaisait les battements de son cœur.
Isac ne bougea pas, attendant que son frère se calme. Il ne parvenait pas à s’éloigner, alors il resta là et pria le ciel de prendre soin d’Even. C’était la seule chose qui pouvait l’aider dorénavant.
Une main se posa sur son épaule.
— Isac Lauzier, il est temps d’y aller.
Il hocha la tête et recula, forçant Even à se détacher de lui. Il se mordit l’intérieur de la joue pour s’empêcher de réagir à son regard de détresse et monta sans un mot dans la voiture de police. Il ferma les yeux, sachant qu’il ne pourrait pas supporter d’être une nouvelle fois témoin de sa propre impuissance.
Lorsque le véhicule se mit en route, aucun des policiers ne parla. Ils ne réagirent pas en voyant les larmes qui coulaient sur son visage et Isac leur en fut reconnaissant. En cet instant, la fatalité était partout dans l’air, les frappant, lui et son frère de plus en plus fort à chaque seconde écoulée.
À quelques mètres, Even laissa ses yeux se perdre sur cette voiture qui emportait toute sa vie. Son monde s’écroula quand il aperçut les lèvres d’Isac mimer les mots « excuse-moi ».
Cruellement, le froid prit possession de son corps.
 


 
Novembre 2014
 
Lorsque l’alarme de son téléphone retentit, Even papillonna des paupières. Incapable de se souvenir du jour ou de l’heure qu’il était, il resta immobile, fixé sur le plafond, un air de rock en fond sonore. L’idée d’attraper son portable pour désactiver son alarme l’effleura. Pourtant, il ne bougea pas. S’il prenait ce téléphone et éteignait cette musique, alors la seule chose qu’il entendrait serait un long et imperturbable silence. Juste cela. Il n’y avait personne d’autre dans cette maison, aucune autre vie. Juste lui.
Il s’assit sur le bord de son lit. Le lundi était toujours difficile. Pas parce qu’il signalait la fin du week-end, mais parce qu’il indiquait le début de la semaine. Il ne pouvait plus rester chez lui, loin de toutes ces personnes qui regrettaient son existence. Il devait sortir, aller en cours et supporter chaque insulte, souvent accompagnée d’un inéluctable remords.
Quand il entendit l’alarme redémarrer, il tendit la main pour la désactiver. Ses yeux parcoururent pour la énième fois la pièce dans laquelle il se trouvait. Il n’y avait plus aucun poster aux murs, plus aucune photo d’amis, plus aucun livre. Simplement un lit, une armoire et un bureau. Des murs blancs et des meubles noirs, accentuant cette ambiance froide et tragique qui s’accordait à sa vie.
En traversant le couloir pour se rendre dans la salle de bains, son regard se porta sur la porte close à côté de sa chambre. Il se remémora le temps où son frère partait travailler avant qu’il se lève, laissant la porte de sa chambre grande ouverte, signe qu’il n’était plus à l’intérieur.
Aujourd’hui, elle était constamment verrouillée. Plus personne n’allait travailler, plus personne ne dormait dans cette pièce. Depuis deux ans, Isac ne vivait plus dans cette maison.
Even soupira en pénétrant dans la salle de bains. Même s’il ne s’en souvenait pas, il savait qu’il avait eu droit à l’habituel cauchemar cette nuit. Son tee-shirt collé à sa peau et ses cheveux humides en étaient la preuve. Cela était devenu si fréquent que son cerveau effaçait ce songe dès qu’il ouvrait les yeux. Cependant, il connaissait par cœur ces eaux troubles dans lesquelles il avait navigué. Elles étaient envahies de voitures, d’un pare-brise en mille morceaux, de sang, de silhouettes sans vie, de son frère. L’enfer des abîmes qui l’entouraient à chaque crépuscule.
Il secoua la tête pour éloigner les images qui prenaient place devant ses yeux et s’engouffra dans la douche. Au moment où son corps entra en contact avec l’eau froide, il oublia tout.
 


 
Lorsqu’il descendit dans la cuisine dix minutes plus tard, il attrapa une pomme et s’installa à table. En prenant sa première bouchée, il essaya d’oublier le calme ambiant, seulement interrompu par le tic-tac incessant de l’horloge.
De sa place, Even pouvait voir le canapé en cuir beige qui meublait le salon. Son esprit divagua vers une époque où des rires emplissaient la pièce. Une époque où il se bagarrait avec son frère pour savoir quel film ils allaient visionner, où il n’hésitait pas à lancer des coussins sur Isac quand il l’énervait. Une époque où il n’était pas seul.
Une légère grimace apparut sur son visage. Il passa rageusement une main sur ses paupières devenues humides. Il haïssait cette faiblesse qui le submergeait quotidiennement. Il refusait de la laisser prendre possession de son être une nouvelle fois.
Il se releva, jeta le reste du fruit à la poubelle, et sortit après avoir pris son sac et enfilé ses chaussures. Le trajet jusqu’au lycée fut rapide. Les écouteurs dans les oreilles, Even fit fi des regards de haine et de pitié des élèves présents dans la cour de l’établissement. Il accéléra sa marche et bougea la main dans la poche de sa veste pour monter le son de sa musique, ne désirant pas entendre les insultes qui lui étaient adressées.
Il n’éteignit son lecteur de musique que lorsqu’il arriva devant sa salle de cours. Les yeux rivés sur l’appareil, il ne vit pas le garçon qui sortait de la pièce et le bouscula. Du coin de l’œil, il vit que la plupart de ses camarades s’étaient figés pour observer la scène avec une impatience malsaine.
—  Tu peux pas faire gaffe !
Even reporta son attention sur l’élève qui venait de lui parler. Quelques années plus tôt, celui-ci n’aurait jamais osé lui adresser la parole de la sorte. Even ne lui en voulait pas de le faire désormais. Il en avait toutes les raisons.
—  Désolé, marmonna-t-il, désireux d’aller s’asseoir.
—  Désolé ? T’es désolé ? Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre moi que tu sois…
—  C’est bon, Adrien, laisse tomber d’accord ?
Adrien se retourna vers Lucas qui venait de lui couper la parole. D’un regard, son ami lui demanda de ne pas faire de scène. Even l’observa aussi, ne sachant pas vraiment si Lucas avait fait cela pour l’aider. Cette pensée quitta son esprit aussi vite qu’elle y était entrée. Il connaissait Adrien et Lucas depuis le collège. Il n’avait jamais été ami avec eux. Il n’y avait jamais eu d’animosité entre eux à l’époque. Ils côtoyaient juste des personnes différentes.
Tout avait changé à présent. Adrien le haïssait et était parfaitement en droit de le faire. Quant à Lucas, Even ignorait tout de lui. Il ne lui avait jamais adressé la parole. Étonnamment, Lucas ne semblait penser aucun mal de lui. Il ne participait jamais aux effusions de haine à son encontre.
Adrien interrompit ses pensées en le poussant pour sortir de la salle, mécontent de ne pas avoir pu l’insulter comme il le désirait. Lucas le suivit après un dernier regard pour lui. Le même que tous les autres. Des yeux emplis de pitié. Pourtant, il ne ressentit aucun sentiment négatif. Juste une sorte de compassion qui l’affligea un peu plus.
Il les vit disparaître dans le couloir, puis s’installa à sa place, ignorant les murmures des autres élèves.
Une fois assis, alors que ses iris se perdaient sur la cour visible à travers la fenêtre, il ne put s’empêcher de penser une nouvelle fois à Isac. Il aurait donné n’importe quoi pour savoir ce que son frère penserait de la haine que les autres avaient envers lui, de leurs insultes ou du fait qu’il soit éternellement seul.
Il voulait le rendre fier. C’était la seule raison qui le poussait à ne pas répliquer, à ne pas renchérir. Il ne voulait pas s’attirer d’ennuis ou d’ennemis. Du moins, pas plus que ceux qu’il avait déjà.
Parfois, il avait envie de hurler sa colère à tout le monde, de leur dire qu’ils ne savaient rien, qu’ils n’avaient pas été là.
Il ne le faisait pas, car si Isac avait été présent, il lui aurait dit de laisser les autres penser ce qu’ils voulaient. Il lui aurait dit de ne pas s’en préoccuper, de ne pas chercher d’histoires. Il lui aurait dit de rester fier et de bien se comporter.
Mais Isac n’était plus là. Il était en prison.
Chapitre I
 
Douce rancœur
 
 
La liberté ne tenait pas à grand-chose. Elle se raccrochait à un souffle, à un battement de cils, à un rire. C’était inattendu, parfois éphémère. Elle pouvait revêtir la forme d’un souvenir, d’une pensée ou d’un espoir. Ce jour-là, elle prit la forme d’une mésange. Ses couleurs lumineuses hypnotisèrent Even à l’instant précis où elle se posa sur le rebord en pierre de la fenêtre.
Distrait depuis plusieurs minutes, la tête appuyée sur la paume de sa main, il dirigea son attention sur ce petit être qui paraissait l’observer. C’était envoûtant.
Il se surprit alors à naviguer dans un monde qui n’était pas le sien. Sa tête fut emplie d’idées nouvelles, d’attentes illusoires. Comme cet oiseau, il eut envie d’être libre. Il fantasma sur une vie sans barrières ni sacrifices , s’imaginant quitter cette petite ville qui l’avait vu grandir à la recherche d’un plus qu’il savait hors de portée.
Il aurait pu vivre d’une tout autre façon , rencontrer des personnes qui ne porteraient sur lui qu’un regard neutre. Il découvrirait le monde, ses secrets, ses endroits sacrés. Il n’y aurait aucun préjugé, aucun remords, aucun regret. Juste lui et la liberté. Un oiseau sans aucune aile brisée.
Malgré lui, cette fantaisie le conduisit vers son passé, ce temps où sa vie était relativement joyeuse. Une vie normale où il avait plus d’amis que d’ennemis. Il se souvint de celui qu’il était. Pas parfait, car il avait commis beaucoup d’erreurs, mais pas malheureux non plus.
Dehors, la mésange prit son envol et disparut, emportant avec elle la moindre miette d’espérance. Il suivit sa trajectoire jusqu’au dernier moment, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’un minuscule point noir virevoltant au gré du vent. Puis ses yeux dérivèrent sur l’horloge qui trônait au-dessus du tableau noir.
Encore dix minutes.
Il tenta sans grande conviction de replonger dans ses souvenirs. Le temps passait plus rapidement ainsi. Néanmoins, il dut se résoudre à abandonner quand il sentit quelque chose lui frôler la tête. Il toucha ses cheveux et regarda la petite boule de papier qui avait atterri sur sa table. Il n’eut pas besoin de se retourner pour connaître le responsable. Les rires vicieux de ses camarades de classe furent bien assez révélateurs.
Sans rien dire, il replaça son menton contre sa paume.
Plus que sept minutes.
Un autre objet le percuta à la nuque. Il ne se retourna pas. Il ne le fit pas non plus les fois suivantes, même en entendant les ricanements de plus en plus bruyants des garçons derrière lui. Cependant, sans qu’il le réalise, son corps se mit en mouvement. Il se tourna, juste un peu, une infime seconde. Il avait besoin de le voir, sans raison particulière.
Il croisa les regards noirs d’Adrien et de ses amis qui le défièrent de dire quelque chose. Ce ne fut pas sur eux que ses iris onyx se focalisèrent. Ils s’arrêtèrent sur une autre personne, en retrait. Lucas était là, ses prunelles saphir toujours habitées par cette étrange émotion. Cette étincelle qui le fit frissonner. Celle qu’il avait déjà perçue quelques jours plus tôt et qui le différenciait des autres.
Le fait que cette lueur réveille à la fois une sourde colère et du soulagement en lui n’avait aucun sens. Pourtant, ce fut le cas. La contradiction de ces deux sentiments le rendit fébrile. Sourcils froncés, il se tourna à nouveau vers l’avant de la salle, les mains serrées en poings.
Il ne connaissait pas Lucas. Pas vraiment. Pas plus que les autres du moins. Pour autant, savoir qu’il le prenait en pitié lui posa problème. C’était comme si, malgré lui, il ne voulait pas paraître faible devant ce garçon.
La sonnerie se fit entendre et Even se leva en tentant d’ignorer que le temps ne s’était pas écoulé si vite depuis longtemps. Il avait l’habitude des minutes qui paraissaient des heures. Cette manière de subir sa vie au lieu de la vivre, en hommage à ces gens qui n’avaient plus d’existence à apprécier. Ces gens qui n’étaient plus que des souvenirs. Ses amis, ce couple innocent… ils étaient morts. Pas lui. Pas Isac. Le seul moyen qu’il avait d’alléger sa conscience était de subir ces moments où il respirait encore. Mais aujourd’hui, Lucas s’était tant accaparé ses pensées que le temps était devenu flou. Il regarda les élèves sortir un par un dans un brouhaha joyeux et rangea ses affaires. Adrien et Lucas passèrent devant lui pour imiter leurs camarades. Il garda les yeux rivés sur son sac. Il eut l’impression qu’un battement de cœur résonna dans le silence de la pièce, faisant écho au sien.
Lorsqu’il quitta enfin la salle, il essaya de ne pas se souvenir de ce bleu époustouflant, semblable au ciel qu’avait rejoint la mésange. Semblable à la liberté. Ce regard qui reflétait tout ce qu’il fuyait. Une forme de tristesse qui l’étouffait.
Sa propre tristesse.
 


 
Dans le parc près de leur lycée, Lucas s’installa aux côtés de son ami tout en jouant avec l’anneau qui lui traversait le milieu de la lèvre inférieure. Adrien lui avait proposé de venir ici afin de pouvoir discuter. C’était un endroit spécial pour eux. Un endroit sacré où ils partageaient de nombreux souvenirs, où ils venaient quand ils avaient des choses importantes ou difficiles à se dire. Un endroit où les secrets n’étaient pas acceptés et où les confidences étaient bien plus simples à faire.
C’était avec beaucoup de naturel que ce coin de paradis s’était fait une place dans leurs cœurs. Ils avaient huit ans à l’époque où tout avait commencé. Une dispute, des cris, puis une fuite. Lucas s’était précipité dehors, les yeux inondés de larmes, les sens renversés par la douleur. Il ne s’était jamais disputé ainsi avec Adrien. Il avait été son premier ami. La peur qu’il ne lui adresse peut-être plus jamais la parole lui avait traversé l’esprit, lui coupant la respiration.
Pourtant, de longs instants d’agonie plus tard, ce fut bien dans les yeux noisette remplis d’inquiétude d’Adrien qu’il se noya. Son ami, essoufflé d’avoir couru, l’avait retrouvé. Il avait eu l’air à bout de forces et Lucas avait remarqué sans mal sa culpabilité. Il lui avait suffi de constater sa mine perdue quand il s’était approché. Adrien s’était mis à lui hurler dessus et, sur le moment, Lucas n’avait rien osé répondre. Il s’était senti stupide de l’avoir inquiété.
Cet endroit était devenu le symbole de leur amitié. Il reflétait sa puissance et son éternité. Les paroles prononcées avaient retenti en un millier d’échos dans leurs esprits.
Dorénavant, tout problème trouvait sa solution ici. Dès que quelque chose n’allait pas, dès qu’ils ressentaient le besoin de se parler à cœur ouvert, de se confier sans faux-semblants, ils venaient dans ce parc, sans crainte de créer une dispute, de se blesser mutuellement ou de s’insulter. Même s’ils repartaient parfois en colère, ils étaient conscients que le lendemain, tout irait bien. Ce lieu saint les empêchait de se faire saigner.
Lucas sortit de ses pensées quand Adrien prit la parole d’une voix claire et assurée :
— Je crois que je suis amoureux…
La soudaineté du propos aurait pu le surprendre, toutefois, il ne fit que sourire face à la mine gênée de son ami. Adrien avait fait cette déclaration comme s’il s’agissait d’une horrible malédiction. Il ne remarquait même pas à quel point cela le rendait attendrissant.
—  Sois plus clair, tu veux, le taquina Lucas, définis amoureux… ?
—  Arrête de te foutre de ma gueule ! Sérieux… Il faut toujours que ça tombe sur moi ce genre de conneries. En plus, comme si ce n’était pas suffisant, il faut que ce soit une fille inaccessible et pas pour moi.
Lucas ricana, profitant de ce que son ami s’ouvre à lui.
Adrien passa une main nerveuse dans ses boucles châtaines, bien loin de partager son amusement.
—  Sur quoi tu te bases pour affirmer qu’elle n’est pas pour toi, au juste ? demanda Lucas en ressentant son malaise. Écoute, tu as toujours eu tendance à te rabaisser, mais je pense que tu devrais juste tenter ta chance. Peut-être que tes sentiments sont partagés.
Adrien eut envie de lui dire qu’il avait tort, qu’il n’y avait aucune chance qu’une fille comme celle-ci s’intéresse à un garçon comme lui. En regardant Lucas du coin de l’œil, il sut très bien ce qu’il lui répondrait. Il lui dirait que ses mots n’avaient aucun sens, qu’il méritait le paradis et plus encore. Il lui faudrait plus que des paroles pour le convaincre. Il ne croyait jamais aux affirmations de Lucas. Il n’était destiné qu’à l’enfer au vu des pensées répugnantes qui prenaient possession de lui régulièrement. Cette haine et cette rage qui l’empoisonnaient.
Le regard perdu sur l’étendue bleue qui les surplombait, il s’expliqua d’une voix qui contrastait avec son agitation intérieure :
—  Je ne suis pas encore prêt à dire de qui il s’agit. C’est une fille bien. Genre vraiment. Elle est droite, belle, et intelligente en plus ! Je ne sais pas pourquoi, mais c’est juste arrivé, conclut-il.
—  C’est physique ou tu l’aimes vraiment bien ?
Adrien regarda son ami dans les yeux et prit quelques instants avant de répondre :
—  Aimer, c’est peut-être un peu fort. Je l’apprécie beaucoup et je la trouve très belle. Je ne sais même pas ce que je suis censé faire. En plus, elle est déjà avec quelqu’un d’après ce que je sais…
Lucas se redressa à cette nouvelle. Adrien n’était encore jamais tombé amoureux et le fait qu’il apprécie enfin une fille lui faisait plaisir. Il avait toujours pensé que celle qui lui taperait dans l’œil serait spéciale. Il avait déjà tant perdu, plus qu’il n’aurait dû, qu’il lui était difficile de s’attacher à quelqu’un désormais. La peur, la tristesse et la rancœur étaient trop présentes dans son esprit. Malheureusement, il ne semblait pas avoir choisi la bonne personne.
Il lui donna un léger coup d’épaule, chuchotant un « ça va aller » pour lui remonter le moral. Il détestait se sentir inutile. Adrien l’avait sauvé lorsqu’il était plus jeune. Il avait affronté chacun de ses ennemis à sa place, forgeant une forteresse tout autour de lui et s’invitant à l’intérieur pour que plus jamais la solitude n’apparaisse. Ils étaient deux, maintenant. Et lui, il était toujours incapable de l’aider.
C’était frustrant.
—  Essaie de ne pas trop réfléchir, d’accord ? Laisse faire les choses, ça viendra naturellement. Et puis, peut-être que ça ne se passe pas bien avec son copain, qui sait…
Adrien acquiesça, souriant pour remercier Lucas de respecter sa réserve. Il était conscient qu’il allait devoir faire des efforts pour accepter d’aimer quelqu’un et de s’attacher. Surtout si ce quelqu’un était une personne honnête qui ne méritait pas de souffrir. Il ne pouvait pas se permettre de lui faire du mal. Si jamais il tentait d’aller au-delà de l’amitié avec cette fille, ou du moins si la chance lui en était donnée, il allait devoir se montrer prudent.
—  Il y a quelque chose dont je dois te parler, déclara Lucas, les yeux perdus au loin.
Adrien tourna la tête vers lui, attentif à la suite.
—  C’est à propos d’Even…
—  Pourquoi tu me parles de cet enfoiré ? cracha Adrien en le coupant.
Lucas soupira face à cette animosité. Dès qu’il entendait le prénom « Even », Adrien réagissait toujours de la même façon. Les insultes jaillissaient, souvent suivies par un repli silencieux.
Néanmoins, il n’avait pas l’intention d’abandonner cette fois-ci. Il voulait faire bouger les choses, sortir son meilleur ami de ce cercle de haine dans lequel il s’était enlisé. Il voulait aussi aider ce garçon aux yeux sombres remplis de fatalité, qui passait la moitié de ses journées à regarder par la fenêtre de leur salle de cours.
Puisant en lui le courage nécessaire pour avoir cette discussion, il reprit d’un ton plus calme :
—  Je sais que tu lui en veux, que tu le détestes, que tu ne supportes même pas sa présence. Est-ce que tu penses que le haïr t’apportera quelque chose ? Sérieusement, tu es mon ami, mon meilleur ami, mais je ne peux pas tolérer la façon dont tu te conduis avec lui et tu le sais.
Lucas s’interrompit, pas certain des mots à employer.
—  Il est… Il me fait de la peine, en fait.
Adrien eut un mouvement de recul, blessé que son ami prenne le parti du jeune Lauzier. C’était la plus grande forme de trahison qu’il pouvait avoir envers lui.
—  Cet enfoiré est du même sang que le meurtrier de mes parents, d’accord ? Je ne pourrais jamais lui pardonner ça. Il était avec Isac le soir où mes parents sont morts. Pour moi, il est aussi coupable que son frère, c’est clair ?
—  C’est Isac qui…
—  Arrête ! s’écria Adrien pour lui faire comprendre qu’il était dans son intérêt de ne pas relancer la discussion. Je n’ai pas envie de me disputer avec toi, OK ? Alors ne prends plus la défense de cet abruti. Jamais.
Lucas resta quelques instants surpris par son ton. N’ayant pas l’habitude de se laisser marcher sur les pieds, il se leva et se plaça face à lui. Adrien dut plisser les yeux pour le voir à travers les rayons du soleil. Vu d’ici, Lucas ressemblait presque à un ange.
—  Ne me donne pas d’ordres, Adrien. Je suis de ton côté et tu le sais. Ça ne change pas le fait que t’acharner sur Even n’arrangera rien. Peut-être qu’il le mérite, peut-être qu’il n’a pas de cœur. Je n’en sais rien, je ne le connais pas ! Et toi non plus, d’ailleurs ! Le ridiculiser et l’emmerder ne ramènera pas tes parents ! Isac est en prison ! Qu’est-ce que tu veux de plus ?
Il reprit son souffle et tenta de calmer les battements de son cœur, conscient d’avoir évoqué un sujet sensible. Malgré la culpabilité, il refusa de revenir sur ses mots et de céder. Il n’en pouvait plus d’assister chaque jour aux mêmes scènes. Entendre les mêmes mots, les mêmes rires. Supporter cet air fataliste sur le visage d’Even qui ne répliquait même pas. Il avait atteint sa limite.
Comme au ralenti, il vit Adrien se relever, le défiant sans détour.
—  Rien. Je ne veux rien de plus. Je veux qu’il continue de souffrir, comme moi j’ai souffert quand il m’a arraché ma famille. Je…
—  C’était Isac, pas Even, le coupa Lucas.
—  Peu importe. L’emmerder, comme tu dis, ne ramènera peut-être pas mes parents, mais ça me soulage. Ça éteint cette fureur qu’il a créée. J’aime le voir souffrir. Il le mérite. Et je sais que faire souffrir Even fait d’une certaine façon souffrir Isac. C’est ma vengeance et tu ne pourras rien y faire.
Lucas détestait cette facette d’Adrien. Quand il se laissait contrôler par sa colère, il avait l’impression de ne plus le connaître. Il était si différent du garçon avec qui il passait ses soirées à jouer aux jeux vidéo. Il n’avait plus rien d’un héros en cet instant.
Il secoua la tête. Un soupir lui échappa et il reprit la parole, légèrement tremblant :
—  Je retourne en cours, déclara-t-il, déçu. À plus.
Il se dirigea vers la sortie du parc, sans regarder la tête que fit Adrien. Il ne regarda pas si son ami était en colère contre lui ou s’il le suivait. Il marcha droit devant lui, la tête haute, pas prêt à céder à ses caprices et à ses injustices. Même s’il était son meilleur ami, il y avait des choses qu’il ne pourrait jamais accepter. Le rejet en faisait partie.
 


 
Un soupir franchit les lèvres d’Even. Il déposa la pile de courrier sur le buffet de l’entrée, retira sa veste et se dirigea sans enthousiasme vers la cuisine.
Le silence de la demeure l’oppressa malgré l’habitude. Cela faisait déjà deux mois qu’il était revenu vivre ici, mais il ne s’y faisait pas. Il s’adossa contre le plan de travail pour l’écouter avec plus d’attention. Il aurait donné n’importe quoi pour entendre un son autre que sa respiration. Pour que la journée du lendemain soit différente des autres. Pour qu’elle ne soit pas une épreuve de plus à passer afin de survivre et de parvenir au jour suivant.
Il se demandait parfois pourquoi il se battait, pourquoi il n’abandonnait pas tout simplement. À chaque fois que l’idée de quitter ce monde l’obsédait, il pensait à son frère et se résignait. Isac avait déjà bien assez souffert et enduré. Il ne pouvait pas lui faire subir cela. Tout ce qu’il avait à faire pour le soulager était de continuer sa vie monotone et sans but dans ce monde intransigeant qui ne voulait pas de lui. Un monde qui ne voyait pas qu’il existait, qu’il respirait, qu’il souffrait. Il n’était qu’une vie parmi tant d’autres, mais une vie que certaines personnes auraient préféré voir disparaître.
Il retourna dans l’entrée pour récupérer le courrier. Il mit les factures de côté et les publicités à la poubelle. Puis il s’arrêta sur la dernière enveloppe. Elle était petite, de couleur bleue. Son nom et son adresse avaient été tapés à l’ordinateur avec une police très simple.
Il inspira, sachant très bien quel genre de message elle contenait. Malgré cela, il la retourna et l’ouvrit avec une hâte délétère, révélant une carte blanche ornée de quelques mots :
 
« Famille d’assassins,
les gens de votre espèce devraient tous mourir, ton frère en premier et toi en deuxième, tu devrais avoir honte d’être en vie à l’heure actuelle alors que d’innocentes et honnêtes personnes sont mortes.
Un conseil : suicide-toi ! »
 
Even la relut plusieurs fois avant de se diriger vers le tiroir du buffet et de l’y déposer sur une trentaine d’autres cartes identiques.
Il n’avait ni la force ni le courage de se défendre, de se sentir injurié ou de pleurer. La vérité était peut-être écrite noir sur blanc, après tout. Il était tellement habitué à tout cela qu’il était comme anesthésié, n’éprouvant ni douleur ni colère.
Il n’avait aucune crédibilité pour contredire ces mots. Il était le petit frère d’Isac Lauzier, emprisonné pour avoir tué quatre personnes très appréciées dans cette petite ville. Il était le dernier Lauzier vivant librement ici, une crainte pour les autres. Ils n’avaient en mémoire que ce jeune garçon qui avait passé son temps à enchaîner les erreurs et à exaspérer les gens.
La sonnerie du téléphone interrompit ses pensées. Il referma brusquement le tiroir du meuble avant de répondre.
—  Allô ?
—  Salut Even, lança l’autre personne d’un ton joyeux. Je te dérange ? Comment tu vas aujourd’hui ?
—  Nohan ? s’enquit Even en ayant du mal à revenir à la réalité.
—  Évidemment ! Qui veux-tu que ce soit !
—  Désolé, j’étais ailleurs. Tu appelles pour quoi ?
—  Pour rien. Je prends de tes nouvelles, c’est tout.
Évidemment, Nohan n’appelait que pour s’assurer qu’il était toujours vivant. Il le faisait chaque semaine. Quand il s’était retrouvé sans famille à seulement seize ans, Nohan l’avait hébergé sans hésiter. Il l’avait toujours considéré comme son petit frère et en avait fait la promesse à Isac. Ils étaient meilleurs amis, après tout. Pourtant, dès qu’il en avait eu l’occasion, dès qu’il avait atteint dix-huit ans, quatre mois plus tôt, il était revenu vivre ici, dans la maison de ses parents. Seul. C’était ce qu’il méritait. Il refusait d’être un poids pour qui que ce soit. Il avait bien assez d’argent pour payer les factures et vivre durant cette dernière année de lycée. Son père avait laissé une somme généreuse – la seule chose correcte qu’il avait faite – avant de les abandonner. Pour ce qui était de la suite, il n’y avait pas encore réfléchi. La vie était bien trop incertaine pour mériter d’être prévue.
—  D’accord.
—  Tout va bien ? demanda Nohan d’une voix inquiète.
Non, il n’allait pas bien. Rien n’allait. Sa vie ne se résumait qu’à aller en cours, rentrer, manger et dormir. Puis il reproduisait le même schéma le lendemain. Ses amis lui manquaient. Son frère lui manquait. Il n’avait pas besoin que Nohan le surveille ou se force à l’appeler pour avoir de ses nouvelles parce qu’il en avait fait la promesse. Even en avait assez d’être une tare pour les autres.
Il ne voulait pas qu’on prenne soin de lui et qu’on fasse comme s’il était une victime. Il était loin d’en être une. Il méritait tout ce qui lui arrivait. Il méritait les insultes, la solitude et les remords. Il méritait tout cela et plus encore.
Il avait envie de hurler, de le crier au monde entier.
Sa main se resserra sur le téléphone et il inspira. Il ne devait pas évacuer sa rancœur et sa colère contre Nohan. Il s’efforçait de faire de son mieux. Peut-être que lui aussi le haïssait en réalité et qu’il pensait la même chose que les autres. Seulement, sa loyauté le forçait à le cacher.
Ce fut pour cette raison qu’Even répondit :
—  Oui, tout va bien, je t’assure.
Il y eut un court silence. Puis Nohan reprit la parole, terminant cette conversation, sachant qu’Even n’était pas de nature très loquace :
—  Parfait alors. Je vais te laisser. Tu m’appelles s’il y a un problème, d’accord ?
—  Oui.
—  Bon… À plus tard.
—  Salut.
Even raccrocha sans attendre.
Inconsciemment, sa main se dirigea vers le tiroir du meuble devant lui et en sortit une page de journal arrachée.
 


 
En franchissant la porte de chez lui, Adrien distingua la présence de sa sœur dans la cuisine. Cette dernière semblait nettoyer et ranger la pièce, à en juger par le bruit des portes de placards qui s’ouvraient et se fermaient.
Il s’avança et la regarda quelques secondes. Elle ne remarqua pas sa présence. Il distingua les gouttes de sueur qui coulaient sur son front ainsi que les cernes plus qu’évidents sous ses yeux noisette. Ses cheveux auburn étaient attachés à la va-vite en une queue de cheval haute.
La tristesse s’empara de lui, s’alliant à la colère qui ne quittait jamais son esprit. Si sa sœur avait l’air aussi épuisée, c’était parce qu’elle devait s’occuper de la maison, de lui et de son travail. Elle avait abandonné ses études deux ans plus tôt, devant vite trouver un moyen de les nourrir. Il fallait payer les factures et les frais de l’enterrement de leurs parents aussi.
Trop rapidement, la jeunesse de Joanna avait volé en éclats, le devoir prenant le pouvoir sur l’insouciance.
Adrien la regarda s’affairer, la ...

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